Une école d’art à Monaco : le Pavillon Bosio

Deux jeunes amies sont actuellement étudiantes en art, et elles fréquentent une école de Monaco. Hier, elles m’y ont invitée; et j’ai découvert une pépinière dans un cadre idyllique.
Je n’aime pas Monaco, comme vous le savez si vous suivez ce blog depuis des années. Cette verrue sur la côte, hyper urbanisée, où les immeubles veulent dépasser la crête environnante… Mais il est un espace qui serait préservé s’il n’était pas envahi par des hordes de touristes : le Rocher.

Or c’est sur le Rocher que se situe l’école en question, le Pavillon Bosio. Direction donc le Parking des Pêcheurs, avec sa montée en colimaçon qui fut naguère le témoin d’une de mes folies (faire crisser les pneus grâce à la vitesse en montant et descendant, n’importe quoi, mais qu’est-ce qu’on a ri!)

Ascenseurs, escalators, ascenseurs… Il est à peine 10 heures, mais des troupeaux de retraité-e-s s’amassent déjà devant les portes… Heureusement, ils et elles restent grégaires, et n’ont pas vu qu’un ascenseur est libre, sur leur droite. Elsa, que je conduis à son cours, ne sera pas trop en retard. Car il n’est pas prévu, dans la ville hyper-fréquentée par les touristes, de laisser des voies réservées aux habitant-e-s ni à celles et ceux qui travaillent ou étudient. Or c’est une vraie galère quand les flots de touristes envahissent tout!

Nous arrivons enfin « au sommet », et nous dirigeons vers un bâtiment dont le nom m’interpelle. « Ministère d’Etat ». Pour moi, un « ministère » est toujours « d’état », pensai-je d’abord. Puis me vint l’expression « ministère du culte ». Une question à creuser? Alors, bien sûr, c’est ce que je fais ce matin en écrivant cet article. Vite, le site officiel!

« Le Ministre d’État représente le Prince. Il est la première autorité après le Prince. Il est nommé par Lui. En tant que président du Conseil de Gouvernement, il est chargé de l’administration du Pays et dispose, à cet effet, des services exécutifs de l’État.
 
Le Ministre d’État, en vue d’assurer sa mission, est assisté de cinq Membres du Gouvernement qui sont placés à la tête de Départements spécialisés de l’Administration. Les Conseillers de Gouvernement – Ministres sont responsables de leur mission devant le Prince. »

En quelque sorte, c’est notre Matignon, si je comprends bien. Mais mieux situé, avec vue sur la mer… et dont la porte s’ouvre sur une Nymphe…

Si vous parvenez à lire la plaque, vous verrez que la statue est d’un certain… François-Joseph Bosio! Pourquoi lui? Parce qu’il est né à Monaco, justement, en 1768. Alors, pourquoi l’Encyclopédia Universalis le proclame-t-elle « français »?

« Sculpteur français. Né à Monaco, François-Joseph Bosio, certainement le sculpteur le plus en vue de l’Empire et de la Restauration, se forma seul, en marge des écoles ; il passa quelque temps à Paris dans l’atelier de Pajou, puis de nombreuses années en Italie où l’on pense qu’il rencontra Canova. Sa production italienne, qui fut abondante et consista surtout en œuvres religieuses, n’est pas bien connue. Se fixant en France en 1807, mais restant en rapport avec les sculpteurs italiens les plus remarqués de l’époque, Bartolini entre autres, Bosio connut déjà un très grand succès sous l’Empire. Pendant la Restauration, il devint Premier sculpteur du roi et fut fait baron. Académicien et professeur à l’École des beaux-arts en 1816, portraitiste recherché, il reçut de nombreuses commandes officielles et exposa régulièrement aux Salons. »

Je ne vais pas vous raconter l’histoire si complexe de Monaco ni celle de ses rapports avec la France. En gros, on considère que la principauté existerait depuis 1314 (fondation de la dynastie des Grimaldi) – même si d’autres y ajoutent un siècle-, et c’est six siècles plus tard qu’est reconnue, en 1918, son « égalité » avec la France (traité du 17 juillet 1918). Bosio était donc bien « monégasque » de naissance. Mais il a oeuvré bien ailleurs. D’abord en Itale, puis en France, où il a d’ailleurs été anobli par le Roi, comme « baron ». Et, si vous avez fréquenté les lieux célèbres de Paris, donc le Louvre, vous ne pouvez pas ne pas avoir vu une de ses oeuvres, sans même entrer dans le musée. Il suffit de lever la tête, en tournant le dos à la pyramide et en regardant les Tuileries : c’est lui qui est l’auteur du groupe sommital de l’Arc de Triomphe du Carrousel. En vérifiant cette information (car, pour moi, il s’agissait d’une copie de celui qui orne la porte principale de la basilique Saint-Marc à Venise, j’ai découvert l’histoire de ces statues de bronze.

Ci-dessus, on voit le quadrige dominant la place du Carrousel où passent Napoléon et ses troupes, en 1810.

Digital Foxing

Regardez de plus près… Pas d’aurige!

Et pour cause. L’aurige a été placé ensuite. Et devinez qui il représentait? Napoléon, bien sûr.

« La statue de Napoléon placé sur le char, fut retirée à la demande de l’empereur, puis, en 1815, le char et les deux statues furent enlevés (les statues seront conservées) et les chevaux furent récupérés par les Autrichiens qui les restituèrent à Venise. »

Je résume : on vole un quadrige à Venise, on le place sur l’arc de triomphe parisien; on place une statue de Napoléon sur le char, comme aurige. Ensuite, l’empereur fait retirer la statue. On démonte les deux « renommées » en fer et plomb qui encadrent le quadrige, que l’on rend ensuite aux Vénétiens, qui le placent sur Saint-Marc. Les renommées, elles, sont conservées.

Et, comme le sommet est « nu », que fait-on? On fait faire une autre statue. A qui? Au « premier sculpteur », bien sûr. Donc à Bosio. Vous me suivez? On place ce nouveau quadrige au sommet de l’arc, et on replace, quelques temps plus tard, les deux renommées qui avaient été mises de côté. Ce qui donne le groupe que l’on peut voir actuellement, dénommé « Le quadrige de la Paix ». Vous pouvez observer, ce n’est certainement pas Napoléon qui le conduit!

Laissons là Paris, et revenons à Monaco, où le buste du sculpteur nous accueille.

Et ce que vous voyez derrière, c’est le Pavillon Bosio, sujet (un instant) oublié de ce texte.

Voici comment l’établissement se présente sur son site officiel.

« Le Pavillon Bosio occupe depuis une vingtaine d’années une place particulière parmi les écoles d’art avec un enseignement spécialisé en art et scénographie. La scénographie, traditionnellement enseignée dans les écoles d’art appliqué ou dans les écoles d’architecture, est ici placée au coeur d’une pédagogie qui a vocation à former des artistes. Ce positionnement, unique en son genre, accompagne une tendance de fond, celle qui replace les artistes au coeur d’une multiplicité d’aventures collectives et dans une variété de rôles : scénographes, commissaires, metteur·euse·s en scène, réalisateur·rice·s, décorateur·rice·s… En pratique, cela signifie que les étudiant·e·s développent, d’une part, un travail personnel exposé et commenté au moment des galeries d’essai, des bilans, des Dna et des Dnsep et, d’autre part, qu’ielles participent chaque année à un ensemble de projets collectifs relatifs à la question de la scénographie. »

On pourrait s’attendre à ce que la scolarité soit hors de prix. Pas du tout! Le coût annuel est de 690 euros pour les Français-e-s (650 pour les Monégasques). Si vous voulez en savoir plus sur l’Ecole : https://pavillonbosio.com/admissions/concours

C’est effectivement une école très originale, et c’est cette politique spécifique qui a attirée mes jeunes amies. Elles y oeuvrent (c’est le cas de le dire!) dans une vaste salle ouverte sur la Méditerranée.

Dans la salle des « Première Année », des oeuvres en cours de conception, ou attendant d’être évaluées. Ci-dessous, celle d’Estelle Résigné, hélas en contrejour.

Elle crée notamment des « costumes » en matériaux divers, et imagine des scénographies avec ses collègues. L’Ecole présente peu les résultats de leurs travaux, mais en voici un en ligne. Ils sont extrêmement variés… J’ai rencontré une autre étudiante, qui travaille, pour sa part, à partir des pierres et bois « chahutés » par la crue de la Vésubie, car elle est originaire de Saint Martin. Une oeuvre, dans la cour, a été, elle détruite la nuit précédente par le vent. Elsa Mallet-Orlianges, sa conceptrice, m’a promis de m’envoyer une photo de l’installation initiale! Mais, à partir d’une recherche sur Internet à partir de son nom, vous pourrez voir des vidéos d’autres travaux.

L’environnement est calme, serein, loin de l’agitation de la ville, avec de jolies perspectives qui donneraient presque du charme à l’architecture affreuse.

Et j’ai pu constater l’effort fait pour laisser de la place à la nature, avec notamment une sorte d’ « arboretum » urbain : des panonceaux présentes les espèces, comme ce Brachychiton rupestris, qui a la particularité de retenir l’eau dans son tronc, ce qui lui permet de résister à la sécheresse, d’où son surnom d’ « arbre-bouteille ».

Ou encore ce Pin de Norfolk, qui, contrairement à ce que pourrait faire croire son nom, n’est pas un pin, et dont l’expansion racinaire est telle qu’il pourrait menacer des habitations environnantes (notons, soit dit en passant, qu’il jouxte le Ministère d’Etat, que vous apercevez derrière…

Un dernier regard pour la place devant ce Ministère, près duquel un passant se repose…

George Segal, 1984, Man on the bench

Un dernier regard sur la sirène de Bosio, et je quitte le havre de paix où le Pavillon Bosio permet à de jeunes talents de se développer…

Conséquences (inattendues?) du développement de l’industrie…

J’ai eu la chance d’assister hier à une conférence très intéressante, dont le thème était l’influence des estampes japonaises sur la peinture française de la fin du 19ème et de la première moitié du 20ème siècle.

JLa conférencière maîtrisait visiblement son sujet, et a réussi à captiver un public nombreux, en plein après-midi de cette belle journée ensoleillée, avec un exposé très bien et très abondamment illustré. Je ne vais, bien évidemment, pas le reprendre ici. Sachez, pour votre intérêt, qu’il est en ligne : elle propose, sur son site, d’accéder à ses conférences en ligne, pour la modique somme de 7 euros… et elles les valent largement!

Un petit mot au passage aussi pour l’association organisatrice, que je découvrais à cette occasion, et dont je viens d’ouvrir la page Facebook. Elle propose visiblement un programme très intéressant!

Pas question, comme je le disais, de « piller » ni même dévoiler le contenu très riche de l’exposé. Juste quelques points qui m’ont particulièrement marquée, et que je vais vous présenter sous forme de jeu. Voici longtemps que je ne vous avais pas fait jouer!

Influences du Japon

Observez donc les tableaux ci-dessous, et tentez d’y retrouver des éléments qui évoquent le Japon…

Commençons par l’artiste qui possédait une impressionnante collection d’estampes, Van Gogh…

Enigme 1 : quel mont est représenté sur ce tableau?

Enigme 2 : quels points communs entre l’estampe de Korin Ogata (18ème) et le tableau de Van Gogh (1889)?

Continuons avec Manet…

Enigme 3 : Zola est représenté par le peintre, assis à son bureau, à Paris. Pourtant, le Japon est bien présent. Comment? Attention, deux réponses sont faciles, la troisième l’est beaucoup moins. Et je ne parle pas de la manière dont l’écrivain est représenté!

La villa de Giverny regorgeait d’estampes, et Monet ne s’est pas privé de s’en inspirer (pensez aux nymphéas!). (Source de l’image)

Enigme 4 (pour rire un peu) : quels éléments rappellent le Japon dans le portrait de son épouse (1876)?

Enigme 5 (encore plus!) : quel élément du décor de son jardin, évoquant le Japon, Monet a-t-il peint 47 fois (enfin, dans les tableaux qui nous sont parvenus!)?

Plus difficile cette fois : de quelle nationalité est le peintre qui est à l’origine de l’oeuvre suivante (1888)?

Enigme 7 : de qui est ce tableau qui fut considéré comme « japonisant », et pourquoi?

Mais pourquoi ces influences? Deuxième manche du jeu!

Pourquoi ces influences, à ce moment précis?

Question 1. Qui est représenté sur ce tableau? En quoi est-ce en lien avec le « japonisme »?

Question 2. On parle de « japonisme » à cause de cet homme. Mais qui est-ce? En quelle année eut-il l’idée de désigner ainsi le mouvement?

Question 3. Une adresse à Paris : le 22 rue de Provence. On y allait chez un personnage portant un prénom wagnérien mais un nom à consonance asiatique. Qui était-il? Et pourquoi allait-on chez lui?

Question 4. Un « Musée rétrospectif »… cela fait un peu « pléonasme », non? Dans le « Palais de l’Industrie »… inattendu, non ?

Et pourtant! Il eut lieu en 1965… Combien d’oeuvres originaires d’Asie y sont présentées?

Question 5 : Une délégation japonaise vint à Paris en 1867… à quelle occasion? Quels liens avec le « japonisme »?

Question 6. Deux ans plus tard, une exposition étonnante…

Question 7. Encore des expositions! On voit bien les dates, mais ils ont oublié l’année! Quelle était-elle?

On assiste ainsi, en trois décennies, à une véritable expansion du japonisme. Est-ce à dire que les oeuvres japonaises n’étaient pas connues avant? Que nenni, mais c’est une autre histoire.

Je ne veux pas finir sans évoquer deux artistes dont a abondamment parlé la conférencière hier et que, pour ma part, je ne connaissais pas (encore des lacunes, direz-vous!).

Winslow Homer

« Winslow Homer débute comme reporter dessinateur durant la guerre de Sécession, avant de peindre des scènes décrivant le quotidien de l’armée et du monde rural dans la précision naturaliste qui dominait alors la peinture américaine. Après un séjour parisien, Homer adopte un temps la palette impressionniste, puis trouve sa marque définitive, entre réalisme et symbolisme. » (Musée d’Orsay)

Quels liens avec le japonisme? Il passe par un voyage en France, où cet Américain né à Boston découvre les peintres de l’Ecole de Barbizon – et souvenez-vous qu’un des grands de cette Ecole fut Daubigny, l’un des maîtres de Van Gogh (voir article de 2023), et va sans doute aussi fréquenter les milieux artistiques et les expositions à Paris. Souvenez-vous, 1867, c’est la date de l’Exposition Universelle évoquée ci-dessus!

Le tableau qui suit devrait en évoquer d’autres, pour vous…

Il est parmi les premiers peintres à avoir « tronqué » des objets, et ainsi fait en sorte que le hors-champ, par son absence, devienne si puissant.

En 1887, Monet va inverser l’orientation, remplacer la voile par les rames, et les hommes par les femmes…

On trouve sur le net de nombreuses vidéos qui présentent l’immense oeuvre de l’artiste, mais quasiment toutes en anglais. Je vous laisse donc choisir… Mais pour une présentation de l’homme, je vous conseille la National Gallery.

Henri Rivière

Encore un peintre que je connaissais pas, et qui fut fort inspiré par le Japon. Voici ce qu’en dit la présentation sur Gallica (BNF).

« Henri Rivière (1864-1951) a commencé sa carrière par le dessin et l’eau-forte avant de devenir, en 1886, metteur en scène et scénographe du théâtre d’ombres au cabaret du Chat noir, situé au pied de la butte Montmartre. En 1890, sous l’influence de l’estampe japonaise qu’il collectionne, il découvre la gravure sur bois en couleurs, dont il maîtrise toutes les étapes, du broyage des couleurs à l’impression. Ses suites, nées de la fréquentation régulières des côtes bretonnes, l’inscrivent dans l’histoire de l’estampe comme un acteur majeur du renouveau de l’estampe en couleurs. Il donne aussi ses lettres de noblesse à la lithographie en couleurs grâce à plusieurs séries de paysages (Le Beau pays de Bretagne, La Féerie des heures, Aspects de la nature), dont certains inspirés par la capitale (Paysages parisiens et Les Trente-six vues de la Tour Eiffel). En 2007, son fonds de l’atelier, entré par dation, est venu enrichir les collections du département des Estampes et de la photographie. »

Henri Rivière avait réuni une impressionnante collection d’estampes japonaises, comme l’explique le site de la BNF, Gallica.

On comprend qu’elles aient inspiré son oeuvre…

Un petit tour à Saint Paul de Vence

Vous avez peut-être suivi le périple effectué en ce samedi de février, du carnaval de Vence à la chapelle dite « Matisse »… Il nous mène ensuite tout naturellement à Saint Paul, car mes amies ne connaissaient pas la Fondation Maeght.

Le temps manque cruellement, car elle ferme à 18 heures (et, en réalité, un peu avant, comme j’ai pu le constater). Mais ce sera une première approche. Comme il n’y a pas, à cette époque de l’année, d’exposition spécifique, cela leur permettra d’avoir une idée du fond. Et de voir le magnifique parc où j’aime à méditer, assise sur le banc face à « la fourche », avec en toile de fond la Grande Bleue…

Les lumières du couchant me fascinent toujours autant. Elles subliment, en ce crépuscule, les oeuvres qu’elles éclairent de leurs rayons aussi malicieux que le Labyrinthe de Miro.

Les « fidèles » de ce blog ont déjà vu ces oeuvres, comme elles et ils ont vu le banc de Luigi Mainolfi, que je vous ai montré dernièrement, Per quelli che volano. J’ai pensé qu’il s’agissait d’une phrase d’auteur. Apparemment, pas. Mais une auteure a écrit postérieurement (2017, alors que l’oeuvre date de 2011) sous ce titre. A lire ici. En voici un extrait. Poignant, voire triste. J’ai aimé.

« Tardi per essere lì a dare il primo abbraccio,
tardi per offrire una spalla su cui piangere,
tardi per confortare chi ne ha bisogno. »

A l’intérieur, peu de variations dans la collection permanente. Mais l’impression de retrouver de vieux « amis ». Ubac, Hartung, Miro, Soulages… une « revoyure » bien agréable!

Mais j’ai aussi découvert des peintres que je ne connaissais pas et dont les oeuvres m’ont touchée, autant esthétiquement qu’émotionnellement.

Pierre Fauchet, d’abord, et le tableau intitulé Selva.

J’ai pu trouver sur le net une exposition dans une ville que je connais bien, Aire-sur-la-Lys, durant laquelle des écrits (ou encore là, sur la manière dont nous « habitons« ) ont été produits sur ce peintre, disparu en 2015, à 55 ans.

La Muse qui m’amuse… Tel est le titre de la seconde oeuvre découverte, dont l’auteur est Marco del Re, dont l’annonce du décès en 2019 m’a appris qu’il n’était autre que le compagnon d’Isabelle Maeght, la petite-fille d’Aimé.

La vaste salle du premier étage est consacrée à Modigliani et son environnement, en ce moment. J’ai particulièrement apprécié les photos de l’artiste au travail.

Virée du Labyrinthe et du Musée par des gardiens impatients de fermer, je baguenaude encore un peu dans les jardins qui sont exceptionnellement déserts à cette heure…

Une nouvelle oeuvre y a pris place, que j’appellerai « Pierre sur échelle » si je voulais me montrer un peu espiègle… Vous l’avez repérée, sur la photo ci-dessus? Approchons-nous, et faisons-en le tour…

Un aveu à vous faire. Après recherches, je me suis rendu compte qu’elle est là depuis 13 ans! Il s’agit d’une oeuvre d’un artiste suédois, Erik Dietman, intitulée « Monumental ». Cherchant à en savoir davantage sur lui, j’ai trouvé un article qui présente cet artiste à l’oeuvre très hétérogène.
« Au-delà de l’humour, l’œuvre impertinente et truculente d’Erik Dietman a un fort impact esthétique. Hétérogène, elle vise à stimuler intensément le goût pour la curiosité et l’excès. Elle prend sa source dans le mariage de l’exubérance et de l’élémentaire au service d’une forme toujours limitée à son expression essentielle. »

On va fermer les portes, il faut quitter ce havre de paix. Mais c’est pour en retrouver un autre, bien différent, sur les remparts de Saint Paul, peu fréquentés en cette heure, un soir d’hiver au goût de printemps. Une jolie terrasse avec vue mer et montagnes (vous ne verrez pas la vue « montagnes », photo ratée pour cause de contrejour mal apprécié)…

Une dernière surprise : une bière dont le nom m’intrigue sur la carte. Je la commande. Elle est excellente. Appréciez le jeu de mots!

La chapelle du Rosaire à Vence

« Cette œuvre m’a demandé quatre ans d’un travail exclusif et assidu, et elle est le résultat de toute ma vie active. Je la considère malgré toutes ses imperfections comme mon chef-d’œuvre. »

Ainsi Henri Matisse parlait-il de la Chapelle du Rosaire, à qui il consacra effectivement les années 1947 à 1951 (trois ans avant son décès). J’ai déjà vu maintes fois ce monument, mais je le revois toujours avec plaisir, comme à chaque fois que je le fais découvrir à d’autres. Pourtant, je ne suis pas une « fan » de cet artiste, même s’il est né dans une ville proche de mon lieu de naissance, et même si j’admire son oeuvre. Mais ce lieu aux lignes et aux décors épurés appelle profondément à la spiritualité, quelle qu’elle soit.

Venez avec moi, entrez…

Avançons jusqu’à l’autel… Matisse a conçu chaque objet, depuis le crucifix qui orne cet autel jusqu’à la nappe sacerdotale, brodée de poissons (regardez bien, vous en verrez 3 sur le pan visible sur la deuxième photo ci-dessous).

Un livre est ouvert à la date du jour… le texte fait écho à l’actualité : « Va d’abord te réconcilier avec ton frère… Mets-toi vite d’accord avec ton adversaire… »

La lumière filtrant à travers les vitraux de la façade sud se reflète dans les céramiques peintes de celle du nord, alors que le panneau du fond reste contrasté noir / blanc.

Si j’avais déjà vu la chapelle, je n’avais, par contre, jamais visité l’exposition qui relate sa conception. Elle est particulièrement intéressante, car présente des plans, des dessins, mais aussi des photos qui nous montrent les diverses phases de l’élaboration.

Hélène Adant (Hélène Mossoloff) a ainsi pris des clichés de l’artiste en pleine création. Pour information, cette photographe d’origine russe était la cousine de Lydia Delectorskaïa, qui fut le modèle et l’assistant de Matisse de 1926 à sa mort, sa dernière muse. Si vous voulez en savoir plus sur l’auteure des photos, voici quelques liens : ici et

On découvre qu’il y avait dans sa demeure une maquette de la chapelle, d’une taille lui permettant de créer in situ l’ensemble des vitraux et décors.

On le voit en train de concevoir le Christ qui orne l’autel.

On ressent une irrépressible émotion en lisant les extraits de missives manuscrites, comme celle-ci, qui questionne la préparation de la nappe ornée de poissons.

On le « voit » demander conseil aux religieux et religieuses qui lui apportent leurs lumières, comme ici pour les poissons, ou plus bas pour la conception du confessionnal.

Une photo le montre, peignant une esquisse en « grandeur réelle ».

Carnaval de Vence

Sur « la Côte » (comme s’il n’y en avait qu’une!), c’est actuellement le moment des carnavals. Complètement décalés, si vous regardez le calendrier. Car, normalement, un Carnaval s’achève le Mardi Gras. Autrefois on brûlait Monsieur Carnaval. Pour ce qui me concerne, j’ai vécu ces moments au Nord comme au Sud : à Binche, ville de Belgique célèbre pour ses gilles (dont je vous ai déjà parlé) et à Nice. Le lendemain commence en effet le carême des catholiques : durant 40 jours, abstinence, voire, pour certain-e-s, des formes de jeûne. Mais dans notre actuelle société avide d’argent, il faut qu’un carnaval rapporte. Alors, fi des traditions, on le décale. Ce qui fait que, sur la Riviera, ils ont tous lieu après le Mercredi des Cendres, qui, cette année, coïncidait avec la Saint Valentin. Mon arrivée au bord de la Méditerranée s’est effectuée au moment de la Fête des Mimosas, à Mandelieu-la-Napoule, et les carnavals de Nice et de Menton ont commencé tous deux samedi, le 17 février. Jadis, un carnaval était une fête populaire, qui permettait tous les défoulements avant les 40 jours de carême… Maintenant, c’est un attrait touristique. Et, pire, inaccessible au « peuple ». Je m’explique : à Nice comme à Menton, le défilé se fait dans une zone circonscrite, fermée. Il faut payer pour y entrer. Et ce n’est pas donné : entre 14 et 28 euros par personne à Nice, entre 16 et 29 euros à Menton ! Un spectacle, donc, et non plus ce que c’était naguère : une manifestation populaire. J’ai connu le temps où chaque quartier de Nice faisait « son » carnaval…

Heureusement, il y a des Résistant-e-s. On m’a parlé d’un carnaval alternatif à Nice. Effectivement, une page Facebook lui est consacrée.

Et, bien sûr, on y retrouve la ratapignata, la chauve-souris, emblème de la résistance nissarde.

Il s’adapte à l’époque, comme on peut le voir sur cette affiche.

Je ne serai plus là pour le voir, décalage des périodes de vacances oblige; vous savez, ce qui empêche, pour que certain-e-s puissent gagner un maximum, que d’autres se retrouvent en famille, que des (arrière) grands-parents qui vivent à Paris puissent partager les vacances de leurs petits-enfants scolarisés dans une autre région?

Pour ce qui me concerne, je suis allée voir celui de Vence. Un tout petit défilé, mais où chacun-e avait sa place. De l’intergénérationnel. L’absence de « clinquant ». Et de la joie partagée, notamment avec les enfants. Alors j’ai choisi de vous le faire « vivre » autant que possible, au travers de (mauvaises) photos et (piètres) films. Pour témoigner. Pour montrer que cela est encore. Malgré tout.

Un petit mot, avant de commencer, sur la ville elle-même. Une des rares villes qui a gardé son authenticité malgré le flux touristique né avec le PLM et la « nationale 7 » et continué avec le TGV (TPV (très petite vitesse au prix de la grande!) entre Aix et Nice) et l’A8. Le centre ancien y est moins « léché » que dans les villages perchés ou les villes du bord de mer, mais on sent qu’il y fait bon vivre…

La photo ci-dessus a été prise sur la place où nous avons déjeuné. Un lieu idyllique, loin de toute agitation. Calme et silencieux. Un soleil radieux. Un accueil merveilleux. Et un déjeuner délicieux. Que demander de mieux?

Parillada de poissons pour l’une, aïoli aux légumes craquants pour d’autres, et des desserts tous plus fins les uns que les autres, comme les poires au vin que j’ai appréciées à leur juste valeur… Bravo à l’équipe du Michel Ange!

Après la charmante et sereine place Godeau (nom qui a évidemment entraîné le « en attendant » attendu…) au chevet de la cathédrale, direction la place du Grand Jardin, très ensoleillée aussi, moins historique mais beaucoup plus animée…

Une petite heure à siroter le café au soleil, et voici que l’on entend de la musique. Qui s’approche. Le défilé arrive…

Vous ne verrez pas la danse des Boufet, mais on voit déjà, dans le défilé, le costume blanc des danseurs et danseuses selon la tradition.

 » La danse des « Boufet » très répandue en Provence se retrouve sous d’autres formes dans d’autres régions comme les « soufflaculs » dans le Jura.
Comme dans toutes danses traditionnelles, les « Boufet » puisent leur origine aux sources de la civilisation agraire. L’homme a toujours essayé par des représentations d’objets ou d’animaux, des gestes spécifiques, de chasser les mauvais esprits qui pourraient entraver l’acte de régénération et d’encourager les divinités propices du sol dont sa vie dépend.

C’est ainsi que les figures précises de la danse, telle que spirale, enroulement, encerclement,dédoublement, renversement, ainsi que l’instrument employé par les « boufetaires » le soufflet, le costume blanc des jeunes gens et les grelots qui s’agitent à leurs chevilles, sont autant des symboles. »

On sait aussi que les sauts en cadence sur un pied sont des appels pressants à la
végétation, que les vêtements blancs, les grelots, mettent en fuite les mauvais esprits.

La danse des « Boufet » est donc bien un rite de fertilité comparable aux Olivettes et au au Bakubèr dans laquelle le soufflet a pour mission d’insuffler des forces nouvelles à la Nature endormie.
D’ailleurs, le caractère des paroles prononcées, le fait que les sorciers utilisaient le soufflet pour chasser les mauvais esprits, attestent le sens rituel des « Boufet », destinés à agir sur la Nature et sur les astres pour promouvoir la fertilité.
« 

« A Nice, le lancer de paillassou est une tradition. Je l’ai retrouvée, ce jour-là, à Vence. Mais ne sais si on le nomme ainsi…

Le paillassou ou pailhasso, si on l’écrit en niçois, se traduit littéralement par « homme de paille ». Son nom viendrait même de l’italien pagliaccio, qui veut dire le clown ! Tradition issue directement du Carnaval de Nice, le lancer de paillassou est même devenu un championnat du monde. 

À l’origine, il s’agit d’un jeu qui consiste à placer le bonhomme au centre d’un drap. Lancé dans les airs, on compte alors le nombre de rebonds que l’on parvient à faire. Avant tout lancer, un cri :

Un, doi, très, manda lo Pailhasso !le cri du lanceur de paillassou !

Selon la tradition, il représente les soucis, les mauvaises choses de l’année passée. Donc on l’envoie loin, le plus loin possible pour passer à autre chose dès janvier et oublier ses malheurs. En 1990, le groupe de musique Nux Vomica et son chef de file Louis Pastorelli décident de créer un  carnaval indépendant, ils donnent alors une place particulière à ce paillassou. 

Le championnat du monde du lancé de paillassou est organisé chaque année par l’association Nissa Pantai à Nice fin janvier.« 

Ce que je partage avec vous ci-dessous, c’est cette belle tradition, revue pour les enfants, avec un « mini-paillassou ».

L’heure tourne, et nous avons prévu d’aller visiter la chapelle de Matisse. Il faut arriver avant qu’elle ne ferme… Adieu le Carnaval et ses mini-carnavaliers/ères…

Plus de 30 mètres de roman

En 1901, 24 ans après qu’un ouvrier tisserant japonais eut l’idée de créer un métier Jacquart en bois pour éviter le coût de l’importation de métiers français, naissait au Japon Itaro Yamaguchi, qui devint l’un des « maîtres » du tissage.

« Dès l’âge de 19 ans, il crée son propre atelier, le ‘Yamaguchi orimonojo’, à partir de la technique des métiers Jacquard, importée de France à la fin du XIXe siècle. En 1941, il est conseiller municipal de la ville de Kyôto et en 1954, président du Conseil d’administration de la chambre syndicale de tissage de Nishjin, se voyant alors proposer le titre de ‘Trésor national vivant’, distinction qu’il refuse en affirmant que son oeuvre est le fruit d’un travail collectif. » (source)

Lorsqu’il atteint ce que Belges et Suisse nomment la septantaine, il décida d’entamer un travail de longue haleine : faire tisser le DIt du Genji. Puis, en reconnaissance à la France qui avait permis à Kyoto de redynamiser l’industrie textile mise à mal par les taxes contre les produits luxueux puis par deux importants incendies, en initiant trois « envoyés » à l’utilisation des métiers Jacquard, puis en fournissant des métiers de ce type, il offrit au pays les rouleaux ainsi conçus : 3 parvinrent à Paris de son vivant, le quatrième après son décès à l’âge de… 106 ans. Il avait passé plus de trente ans de sa vie à concevoir cette oeuvre, et seule la cataracte le gênait!

La découverte de ces rouleaux constitua pour moi la 7ème belle surprise de l’exposition, et clora cette série que, j’espère, vous n’avez pas trouvé trop longue?

7. Les rouleaux de Maître Itaro Yamaguchi

Le quartier de Nishijin, à Kyoto, est connu pour être historiquement axé sur le tissage. Des techniques spécifiques y ont été développées, et Maître Itaro Yamaguchi a participé à l’histoire de ces évolutions. Mais je ne suis pas là pour vous parler de cela. Je souhaite simplement vous faire partager l’émotion ressentie en admirant ces rouleaux présentés dans deux très longues vitrines, hélas au verre non traité : les photos sont gâchées par la lumière! Néanmoins j’espère que cela vous donnera une idée de ce que j’ai ressenti – et je n’étais pas la seule! Quelques extraits pour vous donner envie d’en découvrir davantage…

Quelques détails saisis dans des scènes…

A la fin de l’exposition, des photos gigantesques permettent de mieux saisir d’autres détails…

Elles sont accompagnées d’un dispositif permettant de humer des senteurs d’encens, en lien avec la cérémonie de l’encens, joute olfactive qui distrayait les nobles de la période de Heian. Elle consistait à associer des senteurs à des images… Vous pouvez jouer avec celles qui précèdent! Ou imaginez celles que vous associeriez aux nombreux personnages du Dit du Genji…

Japon et France tissent… des liens!

Le dernier volet de l’exposition au Musée Guimet porte sur le tissage (d’où le très mauvais jeu de mot du titre, je dois l’avouer!). Pour continuer dans la même veine que précédemment, à savoir « Qu’ai-je appris durant cette visite, qui m’a particulièrement frappée? », voici deux réponses qui concernent cet art.

6. La France aurait « sauvé » l’industrie japonaise…?

On le sait, des liens se sont tissés (c’est le cas de le dire!) entre la France et le Japon, pour ce qui concerne la soie et le tissage. Plus spécifiquement avec la ville de Lyon. C’est là ,en effet, qu’en 1466, alors que la soie française est essentiellement fabriquée en Provence, Louis XI, monarque de l’époque, décide de délocaliser la production pour l’installer à Lyon, place économiquement stratégique, et à proximité de l’Italie, principal fournisseur de vers à soie. On connait le développement ultérieure de cette Histoire, notamment avec les célèbres Canuts. Mais quel rapport avec l’exposition, me direz-vous? Revenons à nos petits vers… une épidémie les attaqua, en Europe, au 19ème siècle. Comment faire pour compenser cette perte? En faisant appel au Japon.

« L’importation de soie brute japonaise depuis le port de Yokohama permit de sauver l’Europe de cette crise. Cet échange est d’ailleurs à l’origine du jumelage entre Yokohama et Lyon en 1959. Cependant (…) Yokohama n’est pas la seule ville avec laquelle Lyon entretient des liens historiques, puisque Kyoto a su tisser elle aussi des relations étroites avec la ville aux deux collines. » (source)

Aussi, lorsque le Japon eut à faire face à une problématique d’origine différente, mais aux conséquences similaires, il se tourna vers son alliée française, qui utilisait depuis le début du 19ème siècle un « métier » évolué, grâce à la mécanique appelée « Jacquard », du nom de son inventeur. Si vous voulez en savoir davantage, voir par exemple ici.

« En 1872, les autorités du département de Kyoto décidèrent d’envoyer à Lyon trois artisans du quartier de tissage Nishijin : INOUE Ihei, SAKURA Tsuneshichi et YOSHIDA Chushichi. Ils y apprirent les techniques du métier à tisser Jacquard puis ils emportèrent à leur retour l’une de ces machines. »

Voilà qui sauva l’industrie japonaise du textile. Mais vous ne voyez toujours pas le lien avec le Dit du Genji? Normal, impossible à deviner si l’on ne sait pas ce qu’est le nishijin-ori, ni qui est Itaro Yamagushi. Ils font l’objet de la septième découverte importante lors de cette visite…

Avatars du Dit du Genji

Rassurez-vous, je vais finir aujourd’hui cette série sur une visite qui m’a vraiment marquée… Ne serait-ce que parce que je suis frustrée de ne pouvoir vous faire vivre avec moi la semaine que je suis en train de passer dans mon fief niçois… Mais je ne voulais pas ne pas vous parler des autres découvertes durant cette visite! Elles sont au nombre de 3.

5. Le Dit en manga et en animation

A peine sortie de la salle où j’ai appris ce qu’est une « parodie » et qui se ferme sur un splendide palanquin, me voici brutalement plongée dans un étrange univers, qui forme un contraste surprenant avec celui qui précède.

Et pourtant, il s’agit bien du même texte! L’oeuvre a été reprise en manga, dans diverses éditions, et en film d’animation.

Je ne vous en dirai pas davantage, car je suis totalement ignare dans ces deux domaines : les mangas et les films d’animation. Et je dois avouer que je suis passée assez rapidement dans cette salle, à qui j’en voulais de « casser » la magie en me transportant dans un univers tout autre. La salle suivante m’a réconciliée avec l’exposition, bien qu’elle parle d’une période bien plus récente que celle de Murasaki Shikibu…

Le Dit du Genji (3)

Après les poétesses japonaises de notre époque médiévale, puis le concept de « genji », voici la troisième découverte de cette visite au Musée Guimet : les illustrations et autres exploitations graphiques du texte depuis cette époque.

3. Le « Dit » en images

Vous avez déjà pu voir dans le précédent article une des versions illustrées. Il y en eut plusieurs, de styles variés.

Les découvrir m’a aussi permis d’apprendre une technique fréquemment utilisée : « le toit enlevé ».

Je m’explique : afin de voir l’intérieur des palais, temples, demeures, l’artiste « ôte » le toit, ce qui permet des vues plongeantes ou en contre-plongée. Recherchant des informations sur cette technique, j’ai trouvé un article passionnant sur l’art japonais, dont voici un extrait qui parle de notre texte.

« Il est passionnant que le Dit du Genji, par exemple, ait été pratiquement écrit en vue d’un accompagnement d’images. L’illustration de cette grande œuvre littéraire, monumentale, la première en langue japonaise, sera reprise plus tard par Sôtatsu, Gukei et Mitsunori. La composition en diagonale, la vue à «vol d’oiseau», à «toit ouvert» ou «toit enlevé», en contre-haut ou contrebas, donnent une liberté de représentation, d’indiscrétion, et surtout une ouverture de l’espace, une maïeutique même dans le rapport des formes et le choix des couleurs. Il est de plus intéressant que les visages, neutres dans la somptuosité des costumes, aient été à ce point impersonnels, «à l’abri du temps»5. Tout spectateur pouvait s’identifier aux héros. En somme, c’est une sorte de spectacle total, «d’emprise globale sur les sens», remarque Eliseeff.
Les jardins alentour des pavillons, les plantes, les fleurs, tout m’enchante. La conception même de Temaki demeure une des hautes formes de la rêverie plastique, par la construction, l’aplat et le jeu des couleurs
. »

Cette technique caractérise ce que l’on désigne par yamato-e, art japonais qui s’est constitué à l’époque de Heian en divergeant de l’art chinois. Si vous voulez en savoir plus à ce propos, voici un article très technique.

Mais trêve de bla-blas (sans car), et passons aux images…

Ce que j’ai apprécié dans la série? la grande variété des compositions, avec cependant des formes et symboles qui les relient les unes aux autres. Cercle et carrés…

« Coeurs », carré, rectangle…

Eventail, carrés… L’éventail est aussi parfois davantage plié…

Cercle, carré, rectangle…

Et ainsi de suite… je ne vais pas tout reprendre ici, n’est-ce pas?

En préparant cet article, j’en ai trouvé un qui me semble intéressant, même s’il n’est pas « scientifique ». En tout cas, les photos sont meilleures que les miennes! Je vous encourage donc à le regarder.

4. La notion de « parodie », alias « mitate

Autre aspect qui m’a saisie : les « parodies » du Dit. En réalité, la traduction trahit, comme souvent. En japonais, le terme est « mitate ».

« Au Japon, le mitate 見立て est un large concept lié à une façon traditionnelle de penser et voir le monde, la réalité, la nature et l’art. Ce concept était d’abord utilisé pour aménager les jardins dans les demeures seigneuriales japonaises dès le 8e siècle. Mitate signifie littéralement « instituer ou établir (tate 立て) par le regard (mi 見) ». Il s’agit donc du principe de « voir comme » selon Paul Ricoeur, et celui de « l’artialisation in visu » qui se combinent dans « l’artialisation in situ » selon Alain Roger2, au sein de la schématisation qui institue le paysage comme tel. Ce procédé se base sur celui de la transposition et de la comparaison, au sein duquel tout objet est « vu comme » une autre chose qui sera désignée ou créée à cet effet. Ce sera dans le rapport qu’entretiennent ces deux objets que s’appréciera la comparaison que fera le l’observateur. » (source)

C’est sans doute pourquoi je ne comprenais pas le sens de « parodie » lors de la visite de l’exposition, dans la mesure où je ne voyais pas en quoi les estampes exposées constituaient des parodies. C’est qu’il me manquait tout l’arrière-plan culturel pour le comprendre. Pour saisir la parodie, il faut être érudit-e…!

En quoi ceci, qu’on doit à Utagawa Kunisada II, au 19ème siècle, qui représente le Genji dans le Jardin des Pivoines constitue-t-il une « parodie »? je suis bien incapable de vous l’expliquer!

Idem pour celui-ci, que l’on doit au premier du nom, dit Toyokuni III, un demi-siècle environ plus tôt.

Il me reste donc encore beaucoup à apprendre… et à comprendre!