Balade aux Tuileries

Le printemps, le soleil, les chants des petits zozios… c’est le moment de profiter des parcs et jardins si nombreux et beaux dans notre capitale… Direction donc les Tuileries. Voilà bien longtemps que je n’y suis allée et, la dernière fois, une partie était un vaste chantier…

Autant faire une arrivée triomphale, non? Pardon pour ce vilain jeu de mots… Bien sûr, je parlais de l’Arc de Triomphe du Carrousel. A ce propos, je me suis interrogée sur l’origine de ce nom. Il vient tout simplement de la situation du monument, sur la place qui portait déjà à l’époque napoléonienne le nom de « Place du Carrousel ». Pourquoi? Parce qu’en 1662, Louis XIV avait célébré de manière grandiose la naissance de son fils, le Dauphin, par un superbe spectacle équestre, donc un magnifique « carrousel ».

Le Grand Carrousel au Louvre, 5-6 juin 1662

Les chevaux sont toujours là… mais moins vivants : c’est un quadrige qui domine les lieux, depuis le sommet de l’arc… difficile à photographier car, en cette fin d’après-midi, le soleil est déjà très à l’ouest…

Il serait aujourd’hui impossible d’imaginer reproduire le spectacle offert par le Roi Soleil… Vous devinez pourquoi? Réfléchissez… une construction moderne, insolite en ces lieux, qui a fait couler beaucoup d’encre et n’est toujours pas acceptée par un certain nombre de nos compatriotes… Vous voyez de quoi je parle ?

Mais la façade de l’aile nord, récemment rénovée, brille de son classicisme intact et plus éclatant que jamais, d’un ocre se détachant sur le bleu du ciel et le vert des buissons bien taillés.

Je ne me lasse pas des innombrables statues qui peuplent – j’allais écrire « qui hantent » – nos espaces verts, et servent de socle aux pigeons orgueilleux, telle cette Nymphe qui ne s’attendait pas à un tel couvre-chef…

Regardez la photo ci-dessus. De nouvelles statues sont venues s’ajouter aux anciennes… Vous les voyez, au fond à gauche?

Continuons à admirer les personnages antiques, plus ou moins mythologiques. Cassandre, d’abord, qui se met ici sous la protection de Pallas.

Joies courbes, n’est-ce pas? Mais il n’y a pas que des courbes féminines à admirer dans ce Jardin… Une petite devinette? A qui appartiennent celles-ci?

A un héros et au Monstre qu’il est en train de tuer… Mi-homme mi-taureau… ça vous dit quelque chose?

Eh oui, Thésée et le Minotaure… On comprend mieux Ariane, n’est-ce pas?

Délaissons maintenant la statuaire pour nous intéresser à la nature. Enfin, la nature bien travaillée, à en croire les panneaux qui expliquent les oeuvres d’art des jardiniers/ères.

Je n’ai pour ma part pas beaucoup vu de ce « bleu précieux »… mais peut-être n’est-ce pas la saison? Il faudra revenir… Par contre, j’ai vu « l’ivoire divin »… enfin, un peu relevé par de l’orangé et du jaune…

Une petite pause sur les fauteuils près de l’un des beaux bassins des Tuileries, pour admirer les « amerrissages » des cols verts et s’attendrir sur les petits canetons. Quand tout à coup surgit, du côté de la Tour Eiffel, un autre arc, en ciel celui-là, tout à fait inattendu vu l’absence de pluie.

Mais il se fait tard, et le soleil commence à décliner derrière l’Obélisque qui se mire dans l’eau et commence à se dévêtir…

Un château disparu

Qui se souvient de ce château en bord de Seine, si près de Paris? Qui a jamais entendu parler du château de Becon? Sans « les Bruyères », si vous pensiez à cela. Quoique. Oui, vous pourriez l’ajouter si vous pensez que tous deux se situent à Courbevoie…

J’ai cherché l’étymologie du terme. Deux pistes trouvées : d’une part, « la terre de Becco », ce dernier étant un nom gaulois; d’autre part, « le phare terrestre » (Claude Bourgeois, 1997). Pas impossible, car il y avait un port à cet endroit.

Bref, un château dominant la Seine, à une époque où ses rives étaient verdoyantes.

Plan de Roussel, 1733

« Les Bruyères », c’était un quartier d’Asnières-sur-Seine et de Bois-Colombes… Et, sur le plan ci-dessus, vous pouvez situer le château, car l’île située en face porte toujours le même nom (ou presque) : c’est celle qui soutient le pont de Courbevoie. Difficile d’imaginer autant de verdure à cet endroit, non? Et encore plus un bac, comme celui que l’on voit sur la carte ci-dessous.

Le château fut construit à la fin du XVIIIème siècle, à peu près à l’emplacement de ce qui fut une maison de campagne qui aurait accueilli un temps Richelieu, au hameau de Becon. Au départ, ce n’était qu’une « maison de plaisance », qui appartenait à Mme de Choiseul. Par la suite, le Comte Orsini l’agrandit. Il passa ensuite entre les mains du Comte de Cayla, pair de France, puis à sa fille, puis au docteur Guillée. C’est dans ces lieux que Thiers aurait écrit son Histoire du Consulat et de l’Empire.

Il aurait par la suite abrité une congrégation religieuse frappée d’interdit par l’archevêché de Paris, et enfin servi d’avant-poste aux fédérés pendant la Commune de Paris, ce qui lui a valu quelques dégâts sévères. Et ce fut pour moi l’occasion de découvrir un ouvrage intéressant, qui porte sur la loi du 10 Vendémiaire an IV. Je vous conseille d’y jeter un oeil, c’est passionnant. Et lisible en ligne sur le site de la BNF…

Quels liens, me direz-vous, entre ce livre et le château? Les indemnités, et ce qui a valu une mini-guerre juridique entre l’Etat, Paris et les communes environnantes. J’y ai découvert (pages 140 à 144) ce qui a été nommé « L’affaire du Château de Bécon », au Tribunal de la Seine le 10 décembre 1873.

Le Château en 1871

Or à cette époque il semble que le château ait déjà été racheté par le Comte Stirbey, dont je vous ai déjà parlé dans des articles précédents (vous savez, celui qui a adopté les peintres Achille et Consuelo Fould? Est-ce à partir de ce « secours spécial distribué par voie de répartition administrative » (pour reprendre l’expression du texte) qu’il a commencé à embellir l’édifice, notamment en y ajoutant un escalier monumental?

Lorsque je vous ai parlé du Musée Roybet-Fould, j’ai évoqué les questions que me posaient la présence d’un artiste né dans la même région que moi, le Nord. Plus précisément, pour ce qui le concerne, Valenciennes. Carpeaux était tombé amoureux de son modèle qu’il représenta en buste.

La Fiancée, Carpeaux, 1869 (source)

Il avait alors 42 ans, et la jeune femme en avait 20 de moins. Et le 20 avril 1869 Jean-Baptiste Carpeaux épousa Amélie Victorine Marie Clotilde (aussi orthographié Clothilde) de Montfort, dont le père était conseiller général de la Marne et gouverneur du Palais du Luxembourg. Le couple eut très vite trois enfants, dont l’un, Charles, né en 1870, deviendra un photographe explorateur; sa soeur Louise Clément-Carpeaux, née en 1872, sera, elle, sculpteure et écrira sur la vie et l’oeuvre de son père.

Mais l’artiste développa une jalousie maladive à l’égard de sa femme, et le couple se sépara en 1874. Etait-il déjà malade? On peut le penser en voyant son autoportrait peint cette année-là.

Autoportrait, Carpeaux (1874)

Peint au château de Bécon? C’est possible, car c’est à cette époque que Jean-Baptiste Carpeaux fut accueilli par le Prince Stirbey qui le logea dans une dépendance de sa demeure, où l’artiste mourut, un an plus tard, d’un cancer de la vessie. Il n’aura pas vu grandir ses enfants, dont l’aîné avait 5 ans…

Au début du XXème siècle, l’endroit était champêtre : près du château, des moulins, une ferme, comme on le voit sur cette carte.

On y voit les stations de chemin de fer. C’est ce moyen de transport qui va entraîner l’industrialisation de ce coin de paradis, avec des noms célèbres : Guerlain, Cadum, Berliet, Hispano-Suiza. C’est la présence de cette usine qui aurait provoqué le bombardement de Courbevoie lors de la seconde guerre mondiale. Episode douloureux pour la ville. Et qui valut au château une destruction partielle, dont il ne se remit pas.

Il finit par disparaître en 1957.

Heureusement que Buffet en a saisi le charme avant…

Le Château de Bécon, Bernard Buffet, vers 1949

Des pays scandinaves à l’Inde en passant par la Valachie…

Il a suffi d’une recherche sur le net, destinée à trouver un endroit intéressant à visiter non loin de La Défense, pour que, ce jour-là, je me retrouve dans le pavillon de la Suède et de la Norvège de l’Exposition Universelle de 1878 – vous savez, celle qui a donné naissance au Trocadéro?

Si vous connaissez l’emplacement de celle-ci, vous allez vous dire que je perds la raison… La preuve dans le panorama de celle-ci…

On est loin de La Défense, n’est-ce pas? Alors, comment le pavillon de la Suède et de la Norvège a-t-il pu « glisser » du centre de Paris à Courbevoie?

Il faut revenir près de 10 ans en arrière pour le comprendre. Les berges courbevoisienne de la Seine, à cette époque, commençaient à attirer nobles et bourgeois. Il faut aussi se souvenir que c’est là que s’était amarré le bateau ramenant les cendres de Napoléon. Je ne vais pas vous retracer toute l’histoire, mais vous expliquer pourquoi on trouve dans ces lieux une maquette de La Belle Poule.

Maquette exposée au Musée Roybet Fould

La Belle Poule ne pouvait remonter la Seine. Elle s’arrêta à Cherbourg. Et, le 18 décembre 1840, les cendres furent transbordés sur le vapeur Normandie. Elles auraient pu être transportées par voie terrienne, mais le gouvernement craignait trop les émeutes et a privilégié la voie fluviale…

Transbordement des cendres de Napoléon en rade de Cherbourg
(tableau exposé au Château de Versailles)

Et le relais continue…. Après un arrêt au Havre, c’est à Val-de-la-Haye, non loin de Rouen, qu’elles sont chargées le 9 décembre sur le bateau La Dorade, qui s’amarra au quai de Courbevoie le 14.

L’arrivée de La Dorade à Courbevoie
(tableau exposé à La Malmaison)
Tableau exposé au Musée Roybet Fould

Cela explique que le Musée Roybet Fould consacre une pièce à cet évènement. On y trouve notamment une étonnante collection d’assiettes.

Est-ce cet évènement qui poussa à investir sur les terrains du coin? La proximité de Paris? La beauté des paysages? Toujours est-il qu’en cette année 1869 George Barbu Stirbai, né en 1828 à Bucarest, en Valachie (une des provinces constitutives de ce qui devint en 1861 la Roumanie), commença à acheter des terres le long de ces berges, et vint s’installer au Château de Bécon.

Le Château de Bécon vers 1870

Comment ce Roumain est-il devenu ministre des Affaires Etrangères en France de 1866 à 1867, j’avoue ne pas l’avoir compris… Si vous avez des idées, je suis preneuse… Placez un commentaire!

Buste du Prince Georges Stirbey exposé au Musée Roybet Fould

Le Prince de Valachie – eh oui, il était prince! il en existe hors des contes de fée…- n’est pas resté seul dans ce domaine. Il épousa sa maîtresse, une femme étonnante, Valérie Wilhelmine Joséphine Simonin. Ne la cherchez pas sous ce nom, elle est plus connue sous trois autres noms : Mme G. Fould, Melle Valérie et… Gustave Haller.

Vous voulez des explications? Le premier est son nom d’épouse. Le second, son nom de scène, et le troisième, son nom d’artiste.

« Mlle Valérie », c’est son nom de théâtre. « Elle entre au Conservatoire de Paris en 1850, y suit le cours de déclamation de Samson et remporte le 1er prix de comédie en 1852. Elle débute alors au Théâtre de l’Odéon dans l’Honneur et l’Argent. En juillet 1853 jusqu’en 1858, elle est pensionnaire au Théâtre Français. »

La jeune Valérie a défié sa famille en épousant le fils d’Achille Marcus Fould, banquier et ministre, et est parti avec son époux, Gustave-Eugène Fould, homme politique et écrivain – homme de théâtre, pourrait-on dire, connu sous le nom de Jalin, vivre à Londres. Alors que, née d’un père chimiste, restaurateur de livres anciens, après avoir bénéficié d’une éducation très ouverte et d’une instruction étendue, elle s’était orientée d’abord vers le théâtre, elle en vint ensuite à la sculpture et devint l’élève de Carpeaux – une des raisons de la présence d’oeuvres du Valenciennois dans cet endroit.

Elle a exposé une sculpture au salon de 1857 et son oeuvre y fut remarquée. Mais elle s’adonnait aussi à la littérature sous le même pseudo. Elle relia écriture et beaux-arts en écrivant sur la peinture, dont elle devint une des pièces maîtresses quand fut enfin reconnue aux femmes le droit d’exposer et d’être primées.

« Avant-hier a eu lieu la première réunion du jury d’admission pour le Salon des artistes Femmes exposant au Palais de la Femme. Le jury est composé de Mmes Demont-Breton, Gustave Haller (sculpteur), Achille Fould, Coutan-Montorgueil, Léon Comerre, Huillard, Pégard et Vallet-Bisson. » (La Presse, 10 mai 1900)

Relisez la liste ci-dessus. Remarquez-vous quelque chose? « Achille Fould »… si vous m’avez bien lue jusqu’ici, cela doit vous rappeler des souvenirs… Qui est cette femme dénommée « Achille Fould », comme le beau-père de Valérie. Ce ne peut être lui, il est mort en 1867. Ni son fils, mort en 1884 après des années de paralysie. Non, c’était une de leurs descendantes… La fille de Valérie. Car, de son mariage avec Gustave-Eugène Fould étaient nées deux filles : Consuelo, en 1862, et Achille Valérie, en 1865. Toutes deux devinrent… peintres. Et eurent droit chacune, comme atelier, à… un pavillon de l’Exposition de 1878. On y revient! Car Le Prince, ami, amant, puis époux de leur mère les considéra comme ses propres filles. Chacune eut droit à un atelier sur les terrains proches du château de Becon…. on y revient.

Pour la cadette, le pavillon des Indes.

Côté Seine
Côté rue

Pour l’aînée, le pavillon de la Suède et de la Norvège. Le seul que j’ai pu visiter.

Je reviendrai dans un prochain article sur ce que contient ce Musée si étonnant…

Il est encore des lieux chaleureux… Le Café de Ponthoile

Lors de ma dernière virée en Baie de Somme, j’ai découvert un endroit qui échappe au temps, à l’agressivité, à l’égocentrisme. Pas par hasard, non, mais parce que des amis m’en avaient parlé la veille. Un petit détour sur la route au retour du Crotoy, et me voici à Ponthoile. Littéralement, le domaine (ou la ferme, bref, « villa » en latin) du pont. Désignation qui évoque l’eau, omniprésente dans ce coin si proche de la baie et des étangs/marais de la Somme.

Un village proche de la Baie et des Marais. Ici, une randonnée suggérée sur le site Outdooractive

Un village tranquille, paisible, qui perdure à travers les siècles : on y a trouvé de l’habitat gallo-romain (voir page 334 de cet article de Roger Agache en 1962), un tertre de l’époque mérovingienne (voir cet article sur la Neustrie septentrionale), et les traces d’une église médiévale brûlée, comme beaucoup d’édifices dans ce secteur, au moment de la Guerre de Cent Ans, qui a vu une chute de la population : de 180 feux on passa à seulement 48… Actuellement, elle tourne autour de 600 personnes, et le village s’est battu en vain, comme beaucoup d’autres, pour garder son école, ce qui ne se fit pas. Les vidéos sur Internet en témoignent : ici ou encore ici, des témoignages poignants… il en est toute une série, avec le 3 et le 4, qui traite davantage de la chanson de l’artiste creusois que de l’école.

Un écho en fut transmis en ligne sur le site de Regain, dans un article intitulé « Aux mioches de Ponthoile« , dont je vous livre un bel extrait:

 » Il est des endroits qui ont une âme. Chaque saison, nous faisons escale dans un village vivant. Planté en terre paysanne aux abords de l’estuaire du fleuve Somme se trouve Ponthoile.
Un village picard rustique et paisible, couché dans la splendeur des bas-champs marécageux. D’ici émane le goût du vrai !

La civilisation du village vacille, continuellement bousculée, malmenée par la modernité. Ponthoile est un de ces villages oubliés, un beau patelin. Cinq hameaux paisibles (Bonnelle, Le Hamel, Morlay, Romaine, Romiotte) entrelacés sur une vingtaine de kilomètres autour d’un petit bourg clairsemé, rendu hirsute par le vent du Nord, à l’image de ces canards de Barbarie qui traînent devant la ferme des Prevost , une vieille famille paysanne. Situé entre Abbeville et Le Touquet, Ponthoile fait partie du Parc naturel régional de la Baie de Somme. Bienvenue en Picardie maritime, au pays de l’oiseau migrateur.

Sous le joug de l’administration de la communauté de communes Ponthieu-Marquenterre, une machine écrasante qui lisse les vies de 71 localités, Ponthoile pleure son école disparue en septembre 2018. Dieu sait si les mioches font le bonheur des campagnes. Se voir ôter injustement l’école du village, l’un des derniers lieux de vie, n’est pas une peccadille pour les 630 âmes qui vivent ici ! JeanLuc Massalon, l’instit’, juge cette décision administrative tout à fait « antidémocratique » et ne peut admettre que le rectorat d’Amiens ait permis « sans concertation et sans nuance aucune » la fermeture définitive de cette école primaire où l’harmonie régnait. Une école de deux classes qui n’était pas en sous-effectif. Une école sans problème qui ne demandait rien à personne : une école heureuse.« 

Vous pourrez à ce sujet écouter la chanson Les Oubliés, de Gauvain Sers.

Mais je ne compte pas vous parler aujourd’hui d’histoire – c’est dans la ferme de Romiotte que les célèbres frères Caudron ont réalisé leurs premiers essais de vol , ni de géographie – la commune possède des marais tourbeux, des prairies humides, des roselières et des mares de petite taille, favorisant la bio-diversité. Les rivières du Dien et des Îles, le ruisseau des Caserettes sont autant de lieux favorables à la conservation des espèces locales, ni de biologie (un des seuls endroits où l’on trouve la grenouille des champs, et je ne blague pas!).

Non, c’est d’un petit endroit hors du temps et de la méchanceté des hommes, le café de Ponthoile. J’ai découvert, en préparant cet article, qu’il existe depuis bien longtemps, comme on peut le voir sur cette carte postale ancienne. Il était alors « café-épicerie ».

Et en voici une autre, empruntée à un site qui m’a beaucoup intéressée et qui a consacré un article dans la série « Un jour un parcours » à Félix Duclaire, que vous avez vu conduisant à 16 ans le tracteur entraînant l’avion sur la carte précédente.

Je n’ai pas pu réaliser de photo de l’établissement car il y avait des véhicules et des personnes à tout moment. Voici l’image du site Guru, fidèle à l’actualité.

A l’intérieur, on est saisi par la « chaleur » de l’endroit. Au comptoir, en ce beau dimanche après-midi de mars, des hommes accoudés. Derrière le comptoir, une dame qui les écoute avec patience et anime la conversation. Dans un coin, un bric-à-brac : nous apprendrons que c’est le lieu de dépôt des dons pour l’Ukraine, ce qui embolise une partie de la salle.

Un magnifique billard en envahit presque tout l’espace. La dame y joue par moments avec l’un ou l’autre des clients. Elle a visiblement enseigné le jeu à un jeune homme qui entame une partie avec elle.

A l’arrivée, bien sûr, des regards interrogatifs : « Qui sont ces étangers? » Mais très vite nous nous sentons accepté-e-s, et la conversation se noue.

Le seul coin possible à photographier car le seul coin vide…
Vers les toilettes
Carpe diem

Et nous y serions bien restés plus longtemps si nous n’étions pas attendus le soir à Mers…

Il a donc fallu prendre le chemin du retour. Un bien beau chemin. La petite route qui ramène vers la « civilisation sauvage » est ceinte de fossés, que les Flamands dénommeraient watergangs…

La mer et la foi

Je ne voulais pas poursuivre tout de suite sur Le Crotoy, par peur de vous lasser. Mais comme des ami-e-s vont découvrir le bourg ce week-end pour un rassemblement familial, je leur dédie cet article autour d’une église où la mer est omniprésente.
Certes, ce n’est pas un cas isolé, car je me me souviens notamment de Sète, d’Antibes, de Sainte-Marine, et, bien sûr, du Tréport plus proche. Sans oublier la Bonne Mère, bien sûr! Mais autant les autres sont ancrées dans le passé, autant l’actualité est ici présente, au travers d’un affichage presque choquant d’un point de vue esthétique.

A première vue, lorsque l’on pénètre dans l’édifice, tout paraît « normal », si l’on excepte les filets qui tracent le chemin vers le choeur…

Mais très vite je me suis sentie pertubée par les rapprochements inattendus.

Confrontation entre les traces des Templiers et les détails techniques…

Très poussés, ces détails. Jugez-en plus tôt (j’ai failli écrire « jaugez »!) en vous approchant…

La proximité aussi avec des oeuvres d’art m’a quelque peu choquée.

Le saint ne semble-t-il pas prier pour qu’on lui épargne cela?

Placer la Crucifixion au-dessus de l’Etoile du Matin ne me semble pas non plus du meilleur goût…

Bref, vous l’avez compris, je n’ai pas franchement apprécié ce qui ressemble à une exposition de – je ne sais quoi dire, d’ailleurs… les photos étant loin d’être artistiques, et la précision du nom des propriétaires alors que les équipages sont simplement désignés par le nombre de « personnes » ne m’a pas davantage plu.

Heureusement, la mer est les bateaux sont présents sous d’autres formes. Les maquettes tant espérées sont bien là. Posées ou suspendues.

Saint-Pierre bénit les voiliers, assisté du saint Curé d’Ars…

Mais ce sont les vitraux qui m’ont le plus séduite. Derrière l’autel, trois d’entre eux mettent en scène la mer.

Je n’ai pu m’approcher de celui du centre, mais regardez ceux de gauche et de droite :

Superbes, n’est-ce pas, ces nuances de bleu et de vert, de « glass » comme disent les Breton-ne-s ?

D’autres vitraux, bien sûr, sur d’autres sujets.

Et je crois deviner qui vous vous attendez à voir… La Jeanne, bien sûr. Pas celle de Brassens, mais celle d’Arc. Alors, à votre avis, est-elle dans l’église? Eh oui, bien sûr! D’abord, sur ce vitrail représentant l’apparition de Saint Michel à la jeune femme emprisonnée.

Puis sous forme de statue, sous une toile marouflée classée parmi les objets « Monuments historiques ».

Vous ne voyez pas bien ce qui est écrit? « Que voici un bon peuple. Plût à Dieu que je fusse si heureuse lorsque je finirai mes jours que je puisse être enterrée en ce pays. » Une phrase attribuée à Jeanne, mais cela n’est pas confirmé…

Je ne l’avais pas placée dans l’article qui lui était consacré pour vous offrir cette surprise, qui me permet de « boucler » pour clore en beauté (à défaut de finesse) cette série sur Le Crotoy.

Mais avant, permettez-moi trois petits « arrêts sur images ». En premier lieu, devant le baptistère.

Ensuite, devant cette bannière qui accompagne les processions.

Enfin, devant ce tableau représentant la Vierge et son enfant, accompagnés par la musique des anges.

Une bonne nouvelle il y a quelques temps pour l’église et Le Crotoy : le classement de celle-ci parmi les Monuments historiques, ce qui permettra d’effectuer les travaux dont vous avez pu voir qu’ils deviennent nécessaires, voire urgents. Pour en savoir plus, une vidéo ici.

Seul le clocher date du XIIIème.
Le reste est une reconstruction au XIXème

Jules, Jeanne et les 3 Jean. Troisième épisode : les 3 Jean

Les 3 Jean… De qui s’agit-il?

Vous allez être déçu-e-s : je l’ignore.

Eh oui. Autant il fut aisé de parler de Jules et de Jeanne, autant il va m’être impossible de vous parler d’un seul Jean.

Sans doute ont-ils existé. Mais quant à connaître leur identité… J’ai écrit pour en savoir plus. Si j’ai une réponse, je vous la transmettrai, promis.

En réalité, il s’agit du nom d’un restaurant que je fréquente régulièrement quand je vais au Crotoy. Non qu’il soit beau. Non qu’il soit confortable. Non qu’on y mange spécialement bien. Mais il offre sur la Baie une vue incomparable, avec pour toile de fond le Hourdel, ce micro-port de pêche et de plaisance désormais très fréquenté par les personnes avides de cueillir la salicorne et surtout de découvrir les veaux marins.

Comme les photos ont été réalisées en hiver, la terrasse est entourée de baies en plastique qui, certes, ne sont pas du plus bel effet, mais au moins protègent du vent.

A la belle saison, tout est découvert et l’on peut profiter du soleil avec cette magnifique vue, tout en dégustant moules frites, fruits de mer, poisson ou ficelle picarde…

Comme vous pouvez le constater, ce n’est pas qu’un restaurant, mais aussi un hôtel, dont certaines chambres offrent une vue incomparable sur l’embouchure de la Somme.

Vous voulez une autre adresse de restaurant avec vue mer au Crotoy? Mais, cette fois, avec vue sur Saint-Valéry et les huttes de chasse qui ne flottent que lors des très grandes marées, comme je l’ai découvert ce dimanche? Je vous explique.

Lors des grandes marées, les huttes posées sur le fond de la Baie offrent un spectacle que je trouve magique : la mer les porte, elles deviennent navires ancrés.

C’est pourquoi, alors que je travaillais le samedi, j’ai foncé vers la Baie ce week-end, et vers Le Crotoy ce dimanche midi. Marée haute prévue à 13h07, il était impératif de déjeuner face à la scène. Voiture à peine garée, je fonce vers la Place Jeanne d’Arc (oui, on la retrouve!) et cherche d’où, à part Chez Mado, le restaurant historique, si typique jadis, devenu selon moi un peu surfait, avec des prix exorbitants. Analyse fait, c’est le Restaurant du Port que je choisis.

Hélas, la dame qui me reçoit me dit qu’il ne reste que les tables du fond, avec vue… sur le manège! Je lui expose mon désarroi et lui explique pourquoi je suis venue. Cela l’attendrit? la fait rire? lui fait penser qu’elle a affaire à une cinglée? En tout cas, elle va vers la table centrale, modifie les réservations, et me la consacre. Gentil, non?

Huttes sur le banc central de la Baie, face à Saint Valéry

Voilà qui m’a permis de déjeuner en chemisier, en plein mois de mars, d’huîtres et d’une parillade de poissons, avec une vue imprenable sur les huttes…

12h50… 13h… Le suspense est à son comble… 13h07… rien. 13h15… toujours rien.

Elles ne se sont pas soulevées! La marée n’est pas assez forte. J’ai ainsi appris qu’un coefficient de 100 ne suffit pas, surtout avec une onde sereine, et qu’il faut au moins 110 pour qu’elles frémissent!

Le perroquet qui trône dans la salle de restaurant me semble se moquer…

Une consolation : les belles images qu’offre cette Baie dont je ne me lasse pas…

Difficile de traduire la force du courant par une photo. Mais on la devine sur celle qui précède, non? Les bateaux quittant le port à ce moment – des touristes, bien sûr, car les professionnels connaissent leur baie… – ont bien du mal à le remonter et partent de gauche et de droite, sans parvenir à l’affronter.

La mer envahit très vite les zones ordinairement asséchées. Ici, elle commence à monter sur les berges environnant le port, pour la plus grande joie des canards.

Derrière l’écluse, elle va plus lentement, car l’eau est régulée.

Cela permet de profiter des couleurs grises et ocre des fonds vaseux.

Les épaves ligneuses sont épargnées, et pourront continuer à servir de refuge aux animaux perdus.

Jules, Jeanne et les 3 Jean. Deuxième épisode : Jeanne

Non, ce n’est pas celle de Brassens, quoique, pour certaines personnes, en France, les derniers vers puissent lui convenir…

« Dans ses roses et ses choux n’a pas trouvé d’enfant,
Qu’on aime et qu’on défend contre les quatre vents,
Et qu’on accroche à son corsage,
Et qu’on arrose avec son lait…
(…)

Quand elle est mère universelle,
Quand tous les enfants de la terre,
De la mer et du ciel sont à elle
… »

Il a même chanté le décès de la cane de ladite Jeanne.

Au passage, visionnez cette visio ou encore celle-ci.

Mais notre propos, vous l’avez compris, ne porte pas sur cette Jeanne, mais sur une autre, qui est passée par Le Crotoy et y a séjourné. Hélas pour elle, pas pour les Bains de Mer. Car elle n’y fut point tout à fait libre de ses mouvements. Une photo? Je ne puis. Mais une photo de la statue qui commémore son passage, volontiers…

La reconnaissez-vous? On n’a pas l’habitude de la voir ainsi vêtue, ni si tranquillement assise. Deux détails cependant pourraient vous mettre sur la piste…

Sculpture de Fossé, 1881 (source)

Une dame enchaînée? avec une épée? ça vous dit quelque chose. Manque des animaux, mais ils ne sont pas loin. Ici ce sont des moutons d’estran, mais ils ressemblent un peu à leurs cousins de l’est. Et sa monture n’était sans doute pas un Henson...

Quant au périple qui l’amena sur les terres picardes, il est narré surtout lors de son procès dans la province voisine, la Normandie. Voici une synthèse qui renvoie aux verbatim.

« De Beaurevoir, 0n la mena à Arras, et de là, par Drugy, au Crotoy où elle fut remise aux Anglais par les officiers du duc de Bourgogne (4).
  Pendant qu’elle était au château de Drugy, les dames de Saint-Riquier allèrent la visiter dans sa prison. Au château du Crotoy, où elle séjourna jusqu’à ce que les dernières mesures fussent arrêtées pour son procès, elle ne parait pas avoir subi une captivité bien rigoureuse. Elle était renfermée dans une chambre qui existait encore en 1657. Un prêtre de la cathédrale d’Amiens, Me Nicolas de Guetille, dit un vieil annaliste du Ponthieu, lui administrait les sacrements et disait beaucoup de bien de cette vertueuse et très chaste fille.


  Quelques dames de qualité et des bourgeoises d’Abbeville l’allaient voir comme une merveille de leur sexe. La Pucelle les remerciait de leur charitable visite et les baisait aimablement. « Que veschy un bon peuple, disait-elle en pleurant ; pleust à Dieu, quand je fynerai mes jours, que je puisse estre enterrée dans ce pays(5). »
  Hélas ! ce n’était point là que devait mourir l’héroïne d’Orléans; c’était à Rouen que les Anglais devaient accomplir ce qu’un chroniqueur a appelé « le plus grand crime que les hommes aient commis depuis la mort du Christ. »

  Bientôt arrivèrent au Crotoy les soldats anglais chargés de la conduire dans cette ville. L’escorte devait être nombreuse et bien armée, à cause du péril de la route et du prix que Bedford attachait à ce que la prisonnière ne pût lui échapper à la faveur d’un coup de main. Il est permis de supposer que cette escorte comprenait notamment John Gris, Berwoit et Talbot, qui eurent la garde de la Pucelle dès son arrivée à Rouen (6).
Vers la fin de décembre, Jeanne fut menée en barque, du Crotoy à Saint-Valéry, de l’autre côté de la Somme, et de là, conduite à cheval sous bonne garde, par Eu et Dieppe (7).
« 

Ainsi, ce qui fut refuge inspirant pour Jules fut halte malheureuse pour Jeanne. La ville garde soigneusement mémoire de son séjour.

J’ai été interpellée par l’absence de la préposition sur le panonceau ci-dessous…

Mais l’hommage est clair, sur le socle de la statue ornant la place face à la Baie.

Comme je le soulignais pour Jules, Jeanne a droit aussi aux perversions diverses liées au commerce et à la publicité.

Place du Monument aux Morts. A gauche l’Hôtel Jeanne d’Arc

On pouvait peut-être y boire la bière brassée non loin de là, à Ronchin, dans le Nord?

La ville continue à célébrer la « Jeanne bergère », ce qu’elle fait depuis bien longtemps…

Jules, Jeanne et les 3 Jean. Premier épisode : Jules

Je vous ai laissé-e-s hier sur une énigme concernant les chalets du Crotoy. Aujourd’hui, je reviens dans cette ville pour évoquer Jules et non pas Jim, mais Jeanne. Certes, il et elle n’ont pas vécu à la même époque, et ils n’ont pas écrit la même histoire, mais elle et il ont marqué la ville de leurs séjour pour l’un et passage pour l’autre.

Devinette : le premier est un écrivain célèbre, dont on peut visiter la maison extraordinaire à Amiens. Il nous a emmener promener sous les mers, au centre de la terre, autour du monde et même sur la lune… Vous avez trouvé?

Jules, qui se prénomme en réalité Jules-Gabriel, a 37 ans lorsqu’il s’installe au Crotoy avec sa famille. Il a déjà un riche passé littéraire (et sentimental!) et a fait quelques voyages, mais n’a pas encore produit tout ce qui fait encore aujourd’hui sa renommée. Il vient juste de publier le Voyage au Centre de la Terre (en novembre 1864) et un ouvrage sur un écrivain qui le fascine, Edgar Poe. 1865, c’est aussi l’année où il devient membre de la Société de Géographie. Il est en pleine rédaction de la Géographie illustrée de la France et de ses colonies ainsi que de Vingt Mille Lieues sous les mers.

Il loue d’abord une dépendance de la propriété Millevoye. C’est à l’emplacement de l’ancien château-fort du Crotoy qu’a été édifiée en 1810 cette demeure, face à la mer.

Elle porte le nom du poète Charles-Hubert Millevoye, romantique à souhait, décédé à 33 ans, dont on dit qu’il inspira Lamartine. Puis il loue une maison, qui, à cette époque, offrait une belle vue sur le port (ce qui n’est plus le cas aujourd’hui).

Il écrit alors à son éditeur : « Je travaille dans la Solitude ». Ne croyez pas qu’il était seul en Picardie. Au contraire, il y était allé pour que son fils Michel, souffrant, profite de l’air sain de la côte. Mais, sur le pignon voisin, un oeil-de-boeuf est ainsi dénommé.

Voir la mer… mais aussi naviguer… Jules fait aménager pour la plaisance un bateau de pêche. Deux voiles au tiers et un foc, gréement typique des voiliers du coin, le Saint Michel I a fière allure, et Jules peut le voir de ses fenêtres.

« Je suis amoureux de cet assemblage de planches et de clous, comme on l’est à 20 ans d’une maîtresse et je lui serai encore plus fidèle » (1868)

L’annotation manuscrite comprendrait deux erreurs d’orthographe, si l’on en croit l’auteur de cet article de Wikipedia. Pour une fois, je vous ai laissé les hyperliens, car c’est très technique!

« Le Bourcet-malet est un type de gréement typique de la Manche comportant deux voiles au tiers et un foc :

Ce gréement est typique des vaquelottes du Cotentin, des canots de Berck dits flobarts, des flambarts, des camins 1 du Havre et de certains lougres à deux mâts… »

Voici un exemple encore visible actuellement de ce type de gréement. Il s’agit de La Reine des Flots, canot de pêche construit en 1927, désormais classé Monument Historique.

Vous aurez compris que s’il y a eu un Saint Michel I, c’est qu’il y en aura un second. Effectivement. L’écrivain avait gardé son bateau même après son départ du Crotoy. Lorsqu’il s’en sépare en 1876, il en achète un autre, qui portera le nom de Saint Michel II. Mais celui-là sera amarré au Tréport. Ce dernier est une hirondelle de la Manche, comme le célèbre Marie-Fernand sur lequel on peut encore naviguer.

Le bateau de Jules Verne a vécu bien des mésaventures, et fut finalement détruit. Mais une réplique en a été reconstruite à partir de 2005.

C’est à bord du Saint Michel II que Jules Verne va voyager sur la Manche et l’Atlantique. Mais c’est une autre histoire… Par contre, concernant Le Crotoy, une hypothèse circule, selon laquelle la configuration de l’Ile Lincoln serait similaire à celle de la côte picarde.

Il s’est peut-être aussi inspiré de l’histoire de la Baie de Somme. Un exemple :

La Baie de Somme à l’époque de César (source)

Le Crotoy se trouvait alors sur une île… Avez-vous lu l’Ile Mystérieuse?

« Vers le nord, au contraire, la baie, s’évasant, formait une côte plus arrondie, qui courait du sud-ouest au nord-est et finissait par un cap effilé. Entre ces deux points extrêmes, sur lesquels s’appuyait l’arc de la baie, la distance pouvait être de huit milles. À un demi-mille du rivage, l’îlot occupait une étroite bande de mer, et ressemblait à un énorme cétacé, dont il représentait la carcasse très agrandie. Son extrême largeur ne dépassait pas un quart de mille.« 

Si vous pensez que le roman a été publié en 1874…

Mais cessons là nos divagations… Terme qui fait écho aux Voyages Extraordinaires, n’est-ce pas? Mais aussi à la mer… Di-vaguer…

La ville du Crotoy et ses habitant-e-s, voire commerçant-e-s, se sont largement appuyés sur leur hôte célèbre pour étayer leur argumentaire touristique. Je suis retournée au Crotoy hier pour assister à la grande marée printanière, et ai pu en saisir quelques traces…

A des fins culturelles, cela s’entend.

Mais qu’aurait pensé l’aventurier savant et créatif de l’utilisation commerciale de son nom ?

Nom de rue, nom du restaurant, dates du séjour, portrait… tout y est, n’est-ce pas?

Il ne manquait plus que le Street Art pour célébrer l’écrivain…

Fresque de Made in graffiti. • Extrait de la photo © Eline Erzilbengoa / FTV

Sherlocke Holmette au Crotoy

Il m’est déjà arrivé de vous parler de la Baie de Somme sur ce blog. Ne m’en veuillez pas si j’y reviens, car c’est un de mes endroits préférés, et on y fait toujours de nouvelles découvertes. Ce jour-là, je m’y étais rendue car je pensais avoir résolu une énigme, et voulais valider mon hypothèse in situ. Je m’explique. Une vieille photo familiale retrouvée par des amis montrait des membres de leur famille dans une station balnéaire. Bien sûr, pas question de vous montrer la photo entière, par respect du droit à l’image et de leur histoire familiale, mais en voici une partie, pour que vous compreniez.

L’époque a été rapidement trouvée : vers les années 1930. Restait à identifier les lieux. A cette époque, on ne parlait pas de « cabines », comme aujourd’hui, dans certaines stations balnéaires, mais de « chalets ». Et ce sont bien des sortes de chalets que l’on voit derrière des personnes en maillot de bain ou tenue d’été. Mais où? Une recherche sur le net m’a conduite à retenir deux villégiatures, toutes deux proches d’un de mes refuges : Cayeux et Le Crotoy. A ma grande surprise, d’ailleurs, car actuellement seule la première a maintenu une tradition de cabines. Cayeux est en effet renommée pour son long chemin de planches (1,2 km) face à la mer, et ses 409 cabines de plage.

Le chemin de planches et les cabines de Cayeux (source)

Mais j’eus beau passer en revue les cartes postales anciennes, pas de trace des demeures que l’on voit en arrière-plan.

La Promenade des Planches en 1923 (source)

Si vous cherchez des cabines au Crotoy, de nos jours, vous serez déçu-e-s… ce n’est vraiment pas la spécialité du coin, on n’en voit pas trace. Et pour cause : la mer, lors des grandes marées, prend tout l’espace disponible jusqu’aux digues. Mais il faut croire qu’il n’en était pas de même jadis, car on trouve des traces de leur existence. D’abord, sur des cartes postales anciennes. D’abord, faits de bric et de broc et disposés un peu n’importe comment.

Chalets au Crotoy, 1905 (Source)

Puis mieux agencés et parfois alignés, comme sur cette carte.

Carte postale de 1908 (source)

Les cartes postales que l’on trouve en ligne témoignent de l’accroissement rapide du tourisme dans ce bourg, avec des constructions évoluant en permanence et des commerces florissant(s?).

Tentes de plage et cabines se font concurrence à la belle saison.

Certain-e-s d’entre vous ont peut-être déjà repéré quelques détails? Regardez bien, sur la gauche, au fond… Vous voyez cette maison avec un oeil de boeuf, devant un petit clocheton? Reportez-vous à la « photo énigme », maintenant… Une autre carte postale la montre de plus près.

Et regardez bien le détail de la maison sise à sa gauche… Vous comprendrez pourquoi cela m’a poussée à aller vérifier sur place. Pas question de rester sur une simple hypothèse, il me fallait voir ce qu’il en était, et si je pouvais retrouver trace de ces demeures datant de plus d’un siècle.

Première vérification sur le net. Il y a toujours, au Crotoy, une rue des Chalets. Débouchant sur la plage. Espoir! Allons sur place… Et, miracle, les demeures sont toujours là! Elles ont changé, certes, mais restent alignées dans le même ordre. Il ne reste plus que la partie supérieure de l’oeil-de-boeuf, car on a modifié le bas pour une plus grande fenêtre. Les décors de la maison voisine sont recouverts d’un crépi blanc.

Et la situation est claire : angle de ce qui était la rue des Chalets et de l’esplanade.

Modernisées, certes, mais pas totalement « défigurées », et l’on retrouve la jolie verrière visible sur les cartes postales. La famille se trouvait donc bien au Crotoy lorsque la photo a été prise. La maison du centre est devenue gîte, et, sur son site, on voit cette photo aérienne qui situe bien l’endroit.

Un seul détail : la rue des Chalets est toujours indiquée sur place, mais pas sur les plans en ligne. Elle est devenue « rue Victor Petit ». Pourquoi? Qui était-il? Nouvelle énigme. Je viens d’écrire à l’Office du Tourisme pour en savoir davantage sur cette rue et sur les « chalets ». Bien sûr, je vous tiendrai au courant!

Château-Musée de Dieppe

Je me suis déjà rendue à maintes reprises dans ce château-fort qui domine Dieppe, sa « Prairie » et son port.

Mais c’est toujours un plaisir et, après un repas aux Ouvriers Réunis – un « routier » très sympa, à l’ambiance agréable et au buffet copieux – , l’envie me prit en ce week-end un peu gris d’y retourner. Ce fut à nouveau un plaisir.

Quelque peu paresseuse, c’est en voiture que j’ai gagné les hauteurs, alors que la montée pédestre est si agréable, offrant de jolies vues. Mais le parking de la falaise a ses avantages, car il permet de descendre par la table d’orientation.

Le paysage n’a guère changé depuis un siècle, époque où l’avait représenté Eva Gonzalès (il faudra que je vous parle d’elle un jour…), à un détail important près : la jetée qui protège l’entrée du port de pêche.

Une photographie ancienne montre les destructions de la seconde guerre mondiale et permet d’imaginer en partie l’histoire récente de cette « Prairie » si étonnante.

Il est temps d’entrer dans le château, par l’ancien pont-levis.

Château-fort, certes, mais pas tout à fait médiéval. En effet, l’édifice initial, datant du XIIème, a été en grande partie détruit à la fin de ce même siècle, et celui que nous voyons maintenant a été construit en grande partie au XVème.

C’est la tour « primitive », située à l’ouest, qui serait la plus ancienne partie.

Sa construction est datée des environs de 1360. Son diamètre? 11 mètres. Mais le plus impressionnant est l’épaisseur des murs : 2 mètres ! A l’époque, elle faisait partie du système de fortifications qui protégeait la ville, représentées sur le plan ci-dessous, datant du XVIIème.

Source

Mais vous n’êtes pas ici pour lire un cours d’histoire sur la ville… Il est temps d’entrer dans le château, par l’ancien pont-levis. J’ai voulu en savoir davantage, mais me suis perdue dans les différents types de pont-levis, et n’ai trouvé aucune explication sur celui auquel appartenait celui-ci. Toujours est-il qu’il a été remplacé par un pont en pierre, qui a d’ailleurs failli s’effondrer, ce qui a valu sa fermeture de quelques mois en 2018. On voit sur la photo le morceau reconstruit avec un plancher de bois.

A l’intérieur on peut voir le système qui permettait l’ouverture et la fermeture de ce pont-levis, un peu caché derrière l’ancêtre des camions de pompiers…

Dans l’une des cours, on découvre avec étonnement un édifice bien postérieur, présentant de beaux colombages normands.

Vous avouerez que l’on ne s’attend pas à ce genre de décor dans un château-fort!

Pas plus qu’à cette étonnante « installation » à l’entrée, qui m’a bien fait rire…

L’intérieur a été retravaillé pour offrir un décor un peu plus digne d’un Musée. Mais on peut voir l’appareillage de silex, de pierres et de briques qui constitue certains murs.

Et de belles échappées s’offrent au regard des visiteurs/euses par les fenêtres plus récemment percées.