Un espace hors du temps

Il est encore des lieux parisiens qui ont échappé à ma curiosité. Ainsi, le Musée de la vie romantique. Je connaissais son existence, mais doutais de son intérêt pour moi. Le romantisme n’est pas ce que je préfère en littérature ni en beaux-arts… Il a fallu une représentation d’Ophélie placardée sur des affiches et surtout des présentations du petit café qu’il abrite en son sein pour me donner envie d’y aller.

Et je n’ai pas regretté.

Un espace hors du temps, tel est l’expression qui m’est venue en pénétrant en cette matinée d’été dans une courette, puis un petit lieu arboré au charme désuet, qui échappe à tout bruit. On s’y sent tout de suite « bien », « tranquille », plus « serein-e »…

Même l’espace « cafeteria », sis dans une verrière, ne manque pas de charme malgré un aménagement « moderne »…

Ce qui m’a par contre choquée, c’est l’anglicisation outrancière de la pâtisserie. Et pas seulement dans les mots. Pas moyen de trouver un croissant ou un pain au chocolat, alias chocolatine. Non, ce ne sont que cakes ou scones… Il faut dire que les scones de Rose Bakery ont même envahi le Bon Marché… et le thé gagne du terrain sur le café… Normal, me direz-vous, pour un « salon de thé »… pardon, « tea room »… mais peut-on appeler « room » un jardin ?

Peu importe le contenu, pourvu qu’on ait l’ivresse… une ivresse douce et harmonieuse en ce clos verdoyant et paisible…

Paris au mois d’août. Harmonie du Soir…

Le roman de René Fallet est oublié depuis longtemps… Henri Plantin aurait dépassé la centaine d’années!

Son interprète dans le film éponyme est mort, mais ne serait pas loin de cette centaine (tiens, il était plus jeune que son personnage!). Pierre Granier-Deferre a aussi disparu depuis un bon moment…

La chanson perdure, mais qui l’écoute encore?

En cette belle soirée un peu trop fraîche pour moi, rien de tel que le pont d’une péniche amarré au port de l’Hôtel de Ville, pour voir le soleil disparaître sous le pont voisin. Etre placée derrière une bouée ne m’a pas trop gênée, je m’en suis amusée…

Quel plaisir de siroter un cocktail en assistant au lent trajet de Phoebus vers d’autres horizons… de quoi hésiter entre un Moscow Mule et une Caïpirinha… et goûter aux deux… Au fait, sauriez-vous deviner à quel verre correspond chacun?

Amusant rapprochement, soit dit en passant, entre la Russie et Cuba, la vodka et la cachaça! Mais cela ne suffit pas à me réchauffer, le vent est très frais… Il va être temps de rentrer au chaud!

Paris au mois d’Août. Bercy et environs au crépuscule

Exposition « Voyage en cerfs-volants », Clémentine Henrion

Que j’aime Paris ! Et encore davantage durant le mois d’Août… Si je le pouvais, c’est là que je choisirais de rester durant cette période où les foules se ruent sur des plages surchargées et des routes encombrées. Quand supprimera-t-on enfin la notion de « vacances » pour laisser chacun et chacune profiter des loisirs aux moments qu’elle ou il choisirait? Mais ce n’est pas mon propos aujourd’hui…

Sous les pavés, la plage…

Donc, Paris, en août, quand on travaille, c’est le Paris du crépuscule et de la soirée. Deux soirées, en l’occurrence, m’ont permis d’en profiter cette semaine.
La première, vous le savez déjà, m’a conduite à un concert gratuit à Bercy Village (voir article sur Ojos). Après le concert, balade… D’abord, Cour Saint Emilion et axes perpendiculaires… Deux expositions : une en l’air (photo ci-dessus), l’autre dans un des passages… J’ai apprécié le détournement des statues parisiennes, remplacées par des Comics…

Benoît Lapray, Monuments

dans les tranquilles jardins de Bercy. Des couples, des groupes d’ami-e-s ou des familles prennent l’air, se reposent, pique-niquent… et les canards font la sieste…

Les rosiers sont encore en fleur et, après la légère pluie de l’après-midi, exhalent un parfum discret. Une danseuse sur les marches qui mènent à la Passerelle Simone de Beauvoir (aurait-elle aimé voir son nom accolé à cet arche menant à… François Mitterand???). Sur celle-ci, on profite à la fois de la vue et de la brise fraîche, tout en admirant le couchant. De l’autre côté de la Seine, c’est l’embarras du choix pour aller boire un verre, car il y a vraiment très peu de monde. J’opte pour le pont d’une belle péniche.

Les cocktails à 10 euros, ce n’est vraiment pas trop pour la vue, le calme… et en outre, ils sont très bons. Une petite assiette d’acras en complément, et le tour est joué, pour profiter de la fin du jour.

Les photo ne sont pas géniales, mais vous donneront une idée de l’ambiance…

Dîner sur la plage

Qui ne rêve de dîner sur une plage? Voici quelques jours que je me fais plaisir en testant diverses formules, et j’ai envie de partager cela avec vous ce matin, alors que je suis confortablement au lit dans la douce chaleur de ma chambre, par seulement 15 degrés dehors (où est la canicule annoncée???)…

Hier vous avez pu voir la photo prise lors d’un pique-nique sur la Plage de Passable. Voir descendre le soleil sur le Mont Boron, regarder Villefranche sombre progressivement dans la pénombre, et se baigner avant ou après le pique-nique, quels plaisirs !

La photo ci-dessus vous donne la réponse à l’énigme d’hier! Effectivement, j’avais oublié les verres… en temps de CoVid, on évite de boire tous au goulot de la même bouteille… J’ai donc effectué une superbe genèse instrumentale (clin d’oeil à Pierre Rabardel) et découpé la bouteille d’eau glacée, qui a permis de dégager deux verres, dont l’un, au superbe pied-bouchon de plastique, visible ci-dessus!

L’écriture de mon article a été interrompue… Je viens d’aider des associations à installer leurs étals (ou étaux???) sur l’esplanade de Mers-les-Bains, en vue de la préparation de la Fête des Baigneurs… Et il est l’heure maintenant d’aller voir la Fête de la Mer au Tréport… promis, je reviens vous « parler » dès que possible…

Une Madone d’Utelle désertée

L’autel face aux Alpes… Quel plus beau site pour des offices?

Le guide Randoxygène, qui n’est pourtant pas spécialisé dans le marketing touristique, présente en ces mots le site :

« Lieu de dévotion où se presse chaque année une foule d’habitués ou de touristes, le sanctuaire de la Madone d’Utelle fut fondé en l’an 850. Trois pèlerinages annuels s’y déroulent au départ de La Tour-sur-Tinée (Pentecôte), d’Utelle (15 août) et du Figaret d’Utelle (8 septembre).

La légende rapporte que deux (ou trois) navigateurs espagnols (ou portugais) perdus dans la tempête au large de Nice aperçurent une lumière surnaturelle qui les dirigea vers la Côte. Ils installèrent un oratoire au sommet de la montagne salvatrice, lequel fut détruit, puis reconstruit en 1806 sous forme de chapelle et restauré au milieu du XXe siècle, une route goudronnée permettant l’accès en voiture depuis 1936. »

L’église apparaît surdimensionnée, et la laideur de son architecture n’a plus de justification…

Certes, la statue n’est pas du meilleur goût, mais elle pleure l’absence des touristes et pélerin-e-s…

J’ai effectivement connu les lieux vivants, avec une auberge accueillante, des promeneurs/euses et des siesteurs/euses, une église ouverte et même une boutique où l’on vendait des produits des monastères environnants, dont un étonnant pastis…

Quel choc de les revoir désertés. Auberge close. Eglise fermée. Et pas un chat sur la gloriette qui abrite la table d’orientation… Seuls deux couples de touristes âgés pour fréquenter la superbe crête qui domine la côte et les vallées de l’arrière-pays niçois…

Un local cependant est ouvert, lui, et bien ouvert! J’aurais pu y prendre ce que je voulais, notamment pour mon jardinage!

Qui a ouvert cette porte, n’a visiblement pas pris grand’chose et l’a laissée béante? Mystère!

Notre hôte de l’Aubergerie del Campo venait de nous le dire : « Avant, il passait 4000 véhicules par jour dans la Vallée de la Vésubie ». Difficile à croire, car nous n’en avions vu qu’une dizaine à l’aller, et guère plus au retour… Et pourtant, c’est vrai. Seuls les sites de la catastrophe attirent les curieux. Le reste est déserté. Triste, n’est-ce pas? Je n’aime pas la foule, mais les villages ont besoin de vivre et d’être accompagnés dans leurs tentatives de survie…

Même les chardons bleus se sentent bien seuls… J’en aurais bien cueillis pour ma pharmacie, mais ne suis pas assez experte pour être sûre que c’est la bonne espèce!

« Outre ses belles fleurs bleu violet, certaines espèces de chardon bleu sont aussi comestible grace à ses racines et médicinale contre les rhumatisme et les calculs rénaux.« 

« Descente » vers le Sud

Le Rhône à Tarascon

Pourquoi utilise-t-on le terme « descendre » pour qualifier le cheminement vers le Soleil? Comme si le Sud était un Enfer? Voilà qui m’a interpelée depuis mon plus jeune âge, et continue de le faire… L’emprise des représentations graphiques est-elle si importante ?

Quoi qu’il en soit, un petit mot pour évoquer cette « descente » vécue cette semaine. Non sans au préalable m’être excusée auprès de mes fidèles lecteurs/trices du long silence du mois de juin, qui a vu se succéder occupations et préoccupations de toutes sortes, ne me laissant pas l’esprit suffisamment disponible pour continuer à partager mes plaisirs et découvertes avec vous. Ce qui explique qu’en ce mois de juillet vous allez me suivre dans le Sud, mais aussi « remonter » de temps à autres vers le passé et le Nord…

Pour commencer, une petite anecdote pour vous faire rire… Autoroute A 5 pour éviter de repasser par l’Ile de France… Petit détour pour le pique-nique de midi. Préparé par une recherche sur le net, une fois le volant passé à un des passagers. J’avais donc repéré un village présenté comme typique, « de caractère », plein de bonnes surprises architecturales et riche d’une histoire intéressante : Chateauvillain. Je n’invente rien, il vous suffira de regarder le site du tourisme Champagne-Ardennes pour comprendre mon intérêt. Après avoir évoqué le plaisir qu’éprouvait Simone de Beauvoir à venir en ces lieux, il évoque toutes sortes de sources d’intérêt:

« La cité conserve de nombreux témoins d’une histoire peu banale : vestiges du château du moyen-âge et de celui du XVIIe, enceintes fortifiées du XIIe et du XIVe, Tour de l’Auditoire qui accueille le petit musée de la ville, labyrinthe de ruelles et de chemins de ronde. On y découvre également un lavoir à parquet flottant unique en France, la Maison de la Prévôté et ses gargouilles, un colombier mis à l’honneur par Diderot dans l’Encyclopédie, la chapelle de la Trinité et ses peintures à la détrempe, une ancienne huilerie, les grandes halles à colonnades, l’hôtel de ville qui fait face à l’église Notre-Dame dont la façade est signée Soufflot. La Porte Madame, une des portes de la ville au moyen-âge, donne accès aujourd’hui au Parc aux Daims, un agréable lieu de promenade de 272 hectares où vivent plus de 200 daims. Fière de son passé, la cité de Châteauvillain, n’en est pas moins résolument tournée vers l’avenir. L’ancien site industriel « Le Chameau » où l’on fabriquait des bottes en caoutchouc, vit désormais au rythme de la création et d’expérimentations artistiques.« 

La réalité est toute autre : un village sans caractère, triste à mourir, peu accueillant. Nous avons fini par pique-niquer sur un banc près du Parc aux Daims, fermé aux visiteurs/euses!

Bref, un détour bien raté…

L’objectif était d’atteindre le soir Tarascon, où nous avions rendez-vous. Donc reprise de l’autoroute et « descente » rapide sans plus de slaloms…

J’aime beaucoup Tarascon, petite ville au riche passé aussi. Et devinez le nom du camping qui m’abrite régulièrement? Tartarin, bien sûr! L’accueil téléphonique était déjà chaleureux. Les prix, sans concurrence… Le choix offert entre roulotte, mobil-home et vaste tente… entre 50 et 85 euros en pleine saison d’été… Et des conseils, sans chercher à « vendre » le plus cher… J’annonce que nous ne savons pas vers quelle heure nous arriverons. Pas de problème! Les propriétaires restent sur place le soir, car ils tiennent un restaurant sympathique, une vaste terrasse au bord du Rhône. Bref, tout ce qu’il faut pour se sentir attendus, accueillis, bienvenus…

Le site est remarquable, au pied du château qui borde le Rhône.

Le château, vu de l’entrée du camping

Le camping a tout pour plaire aux petit-e-s comme aux grand-e-s, avec jeux, terrain de pétanque, mini-golf, restaurant et, bien sûr, piscine. Piscine au bord de laquelle était situé le mobil-home qui nous a abrités, choisi pour sa climatisation, car la différence de température entre Paris et Tarascon n’était pas mince!

La piscine, délicieusement kitsch, vue de la terrasse du mobil-home

La personne qui nous a accueilli-e-s était des plus souriantes. Très avenante, elle nous a ouvert le portail, guidé-e-s jusqu’à notre lieu de repos (bien mérité après une route rendue pénible par le mistral). Bref, un lieu de séjour idéal. Un seul regret : n’avoir pu y passer qu’une nuit, car Nice m’attendait depuis septembre…

De l’hybride au franc de pied

A la fin de l’épisode précédent, nous étions prêt-e-s à déguster. Mais, avant que le vin n’arrive dans nos verres, il a fallu bien du travail ! Si vous vous souvenez, je vous ai parlé de la famille qui tient ce domaine depuis trois (et bientôt 4) générations. Nous allons donc remonter dans le temps pour comprendre comment le vignoble s’est constitué. Plus exactement, dans les années 20. La demeure que vous avez vue date de 1920. Les premières plantations, de 1921.

La vigne rouge, Van Gogh (1888)

1888. Le peintre a saisi les nuances de rouge des vignes pour les magnifier. Mais c’est un drame qui se joue. Si les feuillages ont cette couleur, c’est que les plants sont malades. Un ver venu des Etats-Unis les détruit à une vitesse incroyable. Un an après qu’il a peint ce tableau, la production de vin en France n’est plus que de 23,4 millions d’hectolitres, alors qu’elle atteignait, 13 ans avant, en 1875, 84,5 millions d’hectolitres. Pour comparaison…

La deuxième production mondiale après l’Italie (55% de rouge, 26 de blanc et 19 de rosé) Source CNIV

Pourquoi évoquer le phylloxéra? Pour comprendre le choix fait par l’aïeul de notre hôte de ne planter que des hybrides.

« L’histoire de l’Agriculture ne nous a conservé, à aucun moment et pour aucune autre plante cultivée, le souvenir d’une crise aussi grave que celle traversée par les vignes de l’ancien continent lorsqu’elles furent envahies par le Phylloxéra » Gustave Foex, 1900. (source)

Dans les années 20, on sort à la fois de la Grande Guerre et de la crise viticole. La plantation d’hybrides ou de porte-greffes est l’une des trois options pour lutter contre le phylloxéra, les deux autres étant la lutte chimique et la modification des méthodes culturales, comme l’immersion des terres évoquées par le conférencier. Ce sont donc des plants venus des Etats-Unis qui ont pris racine sur cette terre solognote, constituée pour les 2/3 d’argile à silex et le reste d’argile avec sable.

Argile à silex en Vendômois (source)

On comprend la relation entre terrain et culture.

« Ces argiles ont également l’avantage de retenir l’eau et d’éviter aux vignes de souffrir de stress hydrique les années sèches. En outre, il ont un effet tampon très utile à l’automne, quand le temps est pluvieux. En effet, l’eau descend très doucement dans les argiles avant d’être absorbée par les racines huit à dix jours plus tard. Cela permet aux vignerons de ramasser les raisins avant qu’ils ne pâtissent de ces pluies trop tardives. Des sables ou mêmes des argiles légères laisseraient descendre l’eau beaucoup plus vite jusqu’aux racines des vignes. Une pluie d’automne peut alors mettre en péril une récolte en moins de deux jours. » (source : La Revue du Vin de France)

Pour ma part, j’ignorais le lien entre les sols et l’aspect gustatif… Eh bien, il semble qu’il soit fort, comme l’explique ce vigneron de Vouvray :

« Si le silex est trop présent, il induit un déséquilibre gustatif avec des notes de céleri, estime-t-il. L’argile lisse les textures, mais n’apporte pas de minéralité. Le silex apporte minéralité et rectitude au vin et, avec l’âge, des épices et des notes fumées. »

« La texture d’un vin est d’autant plus serrée que les argiles d’origine sont lourdes. Les vins d’argiles lourdes sont droits, complexes, caractérisés par des notes de pierre à feu. » (ibidem)

Le type spécifique du sol a un nom d’oiseau : « perruche ».

« Perruche (sol) vigne (perruches ou les perruches) : ce type de sol (argile à silex) se rencontre surtout dans la vallée de la Loire. Il est constitué de terres argilo-siliceuses, avec une abondance de silex en surface qui permettent un bon assainissement du sol. C’est un terroir idéal pour une production de vin rouge. En très bonne exposition et sur sous sol calcaire, les blancs y sont excellents.

Les aubuis

Les perruches ont pour pendant les aubuis. Ils sont situés dans la partie basse du coteau, ce sont des sols argilo-calcaires pierreux, terres chaudes, fertiles et perméables sur lesquelles le chenin se plaît particulièrement bien. » (Source)

On comprend donc la richesse du terroir choisi par Kléber Marionnet en ce début du XXème siècle… Joseph Kléber est né en 1897 à Soings où son père, Clotaire, s’était marié en 1889. D’une longévité exceptionnelle, puisque décédé en 1992… 95 ans! Les vignes ont été plantées l’année de son mariage avec Renée Juliette Peltier, née en 1902. Celle-ci venait de perdre son père l’année précédente. Dans la liste des maires de Soings, on retrouve trois fois le nom de Peltier (à la Révolution, de 1819 à 1842 et de 1944 à 1971). Un hasard? Mais je m’égare… revenons à l’histoire du domaine. Peut-être un lien entre sa constitution, le décès du beau-père et le mariage ?

Ce sont donc des hybrides qui ont été plantés sur ces « perruches » et « aubuis ». Un « cépage américain », nous a-t-on dit. Le domaine, à cette époque, fera jusqu’à 57 hectares (il en fait 10 de plus aujourd’hui).

Le site officiel en montre une partie, située autour des maisons et bâtiments administratifs, commerciaux et techniques.

Source : le site du Domaine

Il est temps d’en venir à la vigne elle-même. Je n’ai malheureusement pas pu visiter le domaine lui-même, pour mieux comprendre. Toutes les explications ont été données en un seul lieu, sur la petite parcelle que vous voyez au coeur du triangle formé par les maisons. Il y reste des plants hybrides. Et, pour m’amuser, j’ai parié qu’ils étaient taillés en « guyot ». Et même « en guyot simple »…

Vieux cep taillé en guyot, avec le « palissage »

Et j’ai gagné! Il faut dire que, comme j’ai naguère travaillé sur la taille de la vigne, j’ai encore quelques souvenirs… Et c’est le plus facile à reconnaître…

Source

Depuis cette époque, les plants se sont diversifiés.

Bien sûr, du Gamay. Dont un très particulier, le « Gamay de Bouze ».

« D’après le traité d’ampélographie de Viala-Vermorel, cette variété a pris naissance en Côte d’Or, vraisemblablement à Bouze, petit village des environs de Beaune. C’est un Gamay à jus rouge, le plus anciennement connu, et le père de tous les autres (Chaudenay et Fréaux). Le jus de ses raisins était très coloré, et donnait à l’époque des vins rustiques mais recherchés par leur générosité. L’INAO l’a exclu complètement des cépages recommandés il y a une quinzaine d’années. Cette variété a, aujourd’hui, pratiquement disparu et c’est par hasard qu’Henry Marionnet a pu récupérer une parcelle.La vinification est similaire à celle d’un Gamay classique. Le raisin est cueilli à la main et trié, puis disposé en petites caisses. Les grappes intactes sont mises en cuve pour 6 jours de fermentation intracellulaire afin d’obtenir un jus très dense, avec une couleur intense très foncée, marquée par les fruits noirs, la fraise des bois et un goût de terroir. » (source)

A l’accueil, une collection de bocaux au contenu original permet de « voir » les grappes en toute saison… Un premier exemple :

En 1989 a été planté du Sauvignon.

Oh joie, j’ai appris un mot, ou plutôt une expression : « franc de pied ». Qu’est-ce que cela signifie? Que le pied n’a pas été greffé sur un « porte-greffe », qui le rendrait plus résistant, notamment au phylloxéra (on y revient). A ce propos, vous ai-je parlé des rosiers? Non, car j’avais expliqué leur rôle dans l’article sur le vignoble de Belleville… Mais ici, à ma grande surprise, très peu de ces rosiers qui permettent de déceler la présence du vilain puceron. Bien sûr, la question a été posée « Pourquoi? ». La réponse fut surprenante : ici, c’est une plus grosse bête qui les mange. Les chevreuils se révèlent être un véritable fléau pour les vignes… et pour les rosiers!

Autre cépage : le Chenin. Rabelais en parlait déjà au XVIème siècle, dans Gargantua.

 » Ce faict, et bergiers et bergieres feirent chere lye avecques ces fouaces et beaulx raisins, et se rigollerent ensemble au son de la belle bouzine, se mocquans de ces beaulx fouaciers glorieux, qui avoient trouvé male encontre par faulte de s’estre seignez de la bonne main au matin, et avec gros raisins chenins estuverent les jambes de Forgier mignonnement, si bien qu’il feut tantost guery. « 

Et un cépage original, dont je n’avais jamais entendu parler : le Romorantin, dont on attribue l’implantation dans cette région à François 1er.

« Il faut remonter le temps sur rien moins que 5 siècles pour rencontrer les ceps de vigne, originaires de Bourgogne, qui ont donné naissance au Romorantin. François 1er, en épicurien averti, décide la plantation de 80 000 pieds de vigne près du château de Louise de Savoie, sa mère, sur la commune de Romorantin, d’où le nom du cépage qui naîtra sur cette terre d’adoption. Les pieds seront plantés à l’automne 1517 et sont aujourd’hui encore à l’origine du cépage Romorantin. » (source)

Les vendanges, sur le domaine, sont effectuées manuellement. Voilà qui mérite d’être souligné, n’est-ce pas? La main d’oeuvre cependant ne se trouve pas parmi les autochtones, malgré le chômage hélas bien présent dans le coin : « 70 chômeurs à Soings », déclare notre hôte. Ce sont essentiellement des Bulgares gérés par une entreprise d’intérim, et des Turcs résidant à Romorantin qui effectuent ces vendanges, en commençant par le Gamay.

J’ai commencé cet article par le fléau d’autrefois. Il faut malheureusement aussi évoquer celui d’aujourd’hui : l’esca.

« L’esca est un syndrome caractérisé par l’expression souvent irrégulière de symptômes sur les organes herbacés tels que des anomalies de coloration et des dessèchements et par la présence de désordres vasculaires et de nécroses dans le bois, à caractère évolutif. 

Ce syndrome a le plus souvent été décrit selon la vitesse de développement des symptômes foliaires en deux formes distinctes, une forme lente et une forme apoplectique. Mais des observations récentes tendent à montrer que ce syndrome peut aussi être décrit selon un gradient de sévérité allant de quelques feuilles symptomatiques au cep entier foudroyé avec de nombreux stades intermédiaires affectant un ou plusieurs sarments, un ou plusieurs bras. » (source)

Actuellement les chercheurs tentent encore de trouver des remèdes contre cette maladie dont l’origine n’est pas encore complètement connue. Ce serait une association de champignons et de bactéries, dont certains seulement ont été identifiés. Ils pénètreraient par le bas. Des viticulteurs ont donc essayé de « noyer » les plants durant l’hiver pour tuer les assassins potentiels. Mais c’est très risqué! Au domaine de la Charmoise, on a essayé une autre solution : la musique. Des boîtes à musique ont été placées dans les vignes. Essayer de comprendre pour vous expliquer m’a permis d’apprendre un nouveau mot : la génodique. Savez-vous ce que c’est?

Explication apportée sur le site du constructeur, Genodiscs

« C’est dans les années 90 que la physique quantique a montré, grâce à Joël Sternheimer, docteur en physique théorique et musicien, qu’à chaque acide aminé contenu dans les protéines (présentent notamment dans la vigne) correspond une onde qui peut être retranscrite en une note de musique à l’aide de calculs. C’est ce qu’on appelle la génodique! »

Joël Sternheimer, connu aussi comme chanteur sous le nom d’Evariste

Les boites diffusent donc des séquences musicales de 7 minutes, à intervalle régulier. Cependant, le scepticisme du viticulteur qui nous reçoit est évident… « On est très risqués », ajoute-t-il. Oui, car le franc de pied, vous l’aurez compris, est beaucoup plus fragile que l’hybride. Alors pourquoi s’entêter? Tout simplement parce qu’il produit des vins de qualité, et des crus originaux. C’est une autre histoire, que je narrerai dans un autre texte, si vous voulez continuer à me suivre..

Un domaine tourangeau

Un cadeau d’anniversaire original : une journée avec un club d’oenologie… Me voici donc, en ce 21 mai, dans un autocar roulant vers la Sologne, avec trois groupes de personnes adhérentes à ce club, ainsi que de rares invité-e-s. Je n’aurais jamais pensé à la Sologne comme une région de viticulture! Et pourtant, si, il y a bien des vignobles. Notamment à Soings-en-Sologne, notre destination.

Cette carte (peu visible et lisible, je le sais) n’avait pour objectif que de vous faire appréhender l’ensemble de la zone viticole. Ciblons maintenant l’extrêmité Est, du côté de Cheverny.

Vous pouvez observer que Soings-en-Sologne est situé vraiment en bordure orientale des vignobles tourangeaux. Je n’ai hélas pas pu visiter le village ni voir son lac étonnant, et l’ai un peu regretté, mais une journée, c’est bien court! Le programme était pourtant bien conçu, précis.

7h45 – Rendez-vous devant chez Picard au 25 bis Rue Jean Bleuzen, 92170 Vanves

8h00 – Départ de Vanves en bus

11h00 – Visite du domaine viticole Henry Marionnet La Charmoise, 41230 Soings-en-Sologne

Téléphone : 02 54 98 70 73

  • visite chai 40 mn
  • dégustation 40 mn
  • achats vins 40 mn

13h15 – Déjeuner à l’auberge du Vieux fusil 1140 Rue de Contres, 41230 Soings-en-Sologne

15h30 – Visite de la fromagerie David Bodin 13B Rte de Soings, 41700 Sassay

Téléphone : 06 33 37 59 77

  • visite/explications 30 mn
  • dégustation 30 mn maxi
  • achats fromages 30 mn maxi

17 maxi – Retour sur Vanves devant chez Picard au 25 bis Rue Jean Bleuzen, 92170 Vanves

Les organisateurs/trices ont vraiment bien fait les choses, et ce programme a été respecté, avec un léger retard au retour, dû au(x) plaisir(s) des participant-e-s joyeux/euses vivant-e-s, qui jusqu’au bout ont voulu profiter des paysages, des plaisirs gustatifs (dont certains non prévus, je vous en parlerai dans un autre article), et du soleil qui a régné en maître toute la journée.

Donc pas de visite du village, que je me suis promis de retourner voir, car il présente quelques spécificités. Une histoire ancienne, d’abord. Sans doute lieu de druidisme, ce territoire à la limite de la mer des faluns, dont le sol regorge de coquillages et fossiles, comme nous le confirmera le viticulteur rencontré. Une église datant du XI-XIIème, à la suite d’un lieu de culte plus ancien sans doute. Et un lac mystérieux, dont les fluctuations du niveau de l’eau n’ont encore à l’heure actuelle aucune explication scientifique!

Nous voici donc arrivé-e-s sur le domaine d’une famille qui en est à sa quatrième génération, accueilli-e-s par un membre de la troisième (je rencontrerai sa fille, puis son fils, à la fin). Celui-ci nous reçoit dans une cour cernée de bâtiments. Des hangars, qui abritent pour l’un la partie technique et pour l’autre le stockage. Un bel édifice orné de roses comporte l’accueil, les bureaux et une salle de séjour pour la dégustation. Et des maisons. Nous apprenons ainsi qu’en triangle ont été construites trois demeures, correspondant aux trois générations. Au Nord, une belle longère protégée par un héron (et non une cigogne, comme nous fûmes nombreux/euses à le penser) : la maison du fondateur, que j’appellerai « le grand-père ».

Au Sud, celle des parents. Quant à celle de notre hôte, elle se trouve à l’est… Il restera l’ouest pour la jeune génération, si elle décide d’y rester. Ce qui n’est pas impossible, car la jeune fille de 13 ans que j’ai rencontrée a déclaré aimer la viticulture et l’oenologie. Et le frère cadet nous a été présenté par son papa… En principe, une maison « de père en fils », comme l’atteste une photographie dans un livre qui raconte cette histoire.

Les trois premières générations ont été photographiées, voici un peu plus de 40 ans, devant la maison que vous avez reconnue, je pense, avec son héron… Le jeune garçon à droite est notre hôte. Nous le retrouvons au milieu, avec son fils à droite, sur la photographie suivante.

Comme je faisais remarquer que sa fille aurait dû y figurer, puisqu’elle déclare, en pleine adolescence, s’intéresser au Domaine, il m’a été fait la promesse de m’adresser une photo avec elle… A mon tour je vous promets de la placer sur ce blog, dès que je l’aurai…

Au coeur du triangle dont les pointes sont les domiciles respectifs des diverses générations, se situe l bâtiment administratif et commercial. Son pignon est orné d’un magnifique rosier…

Vous aurez remarqué, ci-dessus, que les vignes viennent jusqu’au seuil, ou presque!

Dans l’entrée, des grappes conservées dans du formol… un peu moins sinistre que les embryons conservés dans certains musées! Je vous les présenterai dans le prochain article, où nous verrons les questions plus « techniques »… Une vaste salle de séjour aux grandes baies vitrées est meublée, entre autres, de deux très grandes tables destinées à permettre la dégustation de groupes comme le nôtre.

Avant la dégustation…

Après (rassurez-vous, les gobelets n’ont servi que de « crachoirs », car avec la pandémie il est interdit d’utiliser un crachoir commun.

Vous aurez peut-être remarqué la superbe armoire sur la droite ? La voici de plus près.

Divers objets rappellent le contexte… Un pressoir, par exemple.

Et deux objets en cuivre dont j’ai oublié de demander la fonction. Distillation???

Le fonds de la bibliothèque est quelque peu orienté… vers… ?

Toute aussi orientée, la décoration murale. Un tableau au sujet plus qu’adapté…

Une dédicace au père de notre hôte, en 2009

Un blason quelque peu fantaisiste rappelle que « le vin éteint la soif »…

Enfin, une photographie nous renvoie à notre rang de pauvres plébéiens, tant l’hôtesse accueillie est illustre! Un peu moins, celui qui l’accompagne, mais quand même…

A droite, le père de Jean-Baptiste, en train d’offrir une bien belle bouteille…

Une belle « touche » !

Je revenais à pied de l’Hôtel de Ville, en raison de la grève des chauffeur-e-s de bus, quand mon regard fut attiré par un petit attroupement sur le quai d’Orléans, sur l’Ile Saint Louis. En m’approchant, je vis que deux personnes conversaient avec un pêcheur. Pêcher depuis le haut? Voilà qui m’intrigua… je m’approchai… puis me penchai…

Je vous présente une magnifique femelle « silure glane« . Qui l’a amenée dans cette fâcheuse position, sur les bords du quai? Rassurez pas, non point un vilain prédateur ni un accident fluvial, mais un jeune pêcheur, l’auteur de l’attroupement dont je parlais précédemment.

A gauche, le jeune pêcheur. A droite, le « passant sportif ».

Le pêcheur demande au jeune passant sportif (qui s’est arrêté pour le regarder) s’il accepterait de l’aider. L’autre accepte volontiers, et se retrouve en train d’apprendre à manier la canne, que va lui confier son propriétaire afin de descendre sur la berge. Pour ce faire, il se laisse glisser…

Mur-toboggan

Petit détail en passant : les traces rouges sur la queue ne sont pas des blessures. Il s’agit de la fraie, car c’est la saison de la reproduction. Dans quelques temps, il n’y aura plus ces « marques » typiques de la femelle, et son mâle s’occupera des oeufs pendant qu’elle se balade, avant peut-être d’être dévoré par elle…

« Coucou la Belle, j’arrive! »

Puis il se déchausse…

Il enfile des gants et plonge ses mains dans la gueule du Monstre, apparemment gentil…

Nous comprendrons par la suite qu’il est en train de retirer l’hameçon. Ayant fait sa connaissance ensuite, j’ai appris qu’il savait exactement ce qu’il faisait. Voici ses explications, données par courriel le jour même (nous sommes resté-e-s en contact…).

« Il s’agit d’une espèce originaire du Danube qui a colonisé la France au XXème siècle, une partie par voies fluviales naturelles, et une partie suite à des introductions dans le but d’en commercialiser la viande (ce fut un échec commercial).
Le silure n’est pourtant pas une menace pour notre écosystème dans la Seine et il cohabite bien avec la trentaine d’autres espèces de poissons qui vivent dans ce fleuve.
C’est un grand prédateur qui consomme des poissons, rats, canards, pigeons, mouettes, écrevisses, moules d’eau douce…
Mais il joue avant tout le rôle d’éboueur de la rivière en consommant les animaux morts et autres déchets notamment la nourriture jetée par les bateaux. Et il s’autorégule par cannibalisme.
Ils se reproduisent entre mai et juin dès que l’eau atteint 20 degrés. La femelle délimite un nid en général dans des racines immergées, puis le mâle la féconde et oxygène les oeufs en leur soufflant dessus durant plusieurs jours.
En général le silure est sédentaire et reste dans le même secteur.

A Paris le silure est recherché par les pêcheurs sportifs, qui le pêchent avec de grandes précautions (hameçons spéciaux, sans le sortir de l’eau comme vous l’avez vu, etc) pour assurer sa remise à l’eau dans de bonnes conditions qui ne perturbent pas son comportement naturel. L’association de pêche de Paris (Union des pêcheurs de Paris) dont je fais partie s’occupe de la protection des espèces aquatiques notamment en luttant contre les braconniers (des trafiquants pour le marché noir des pays de l’Est s’attaquent parfois aux silures).« 

Blason de l’UPP : non, ce n’est pas un silure!

Il tire le silure tout au long de la berge, jusqu’à un endroit peu profond où celui-ci est « posé », tout en restant dans l’eau, comme dit ci-dessus.

A ce moment, je me demandais ce qu’il faisait… J’apprendrai plus tard qu’il repérait des « marques » sur le sol pour pouvoir ensuite revenir prendre les dimensions… environ 2,10 mètres!

Entretemps, la police est revenue. Deux véhicules. Dans l’un, un pêcheur venu « aider » (trop tard!) et constater avec les autres la prise, ses conditions et la taille de la bête… Et puis, une autre activité : un concours de photos!

Ils et elle ne sont pas les seul-e-s : l’auxiliaire bénévole du pêcheur fait de même… mais pour la bonne cause : garder trace de cette prise.

J’apprendrai par la suite que l’animal a peut-être été déjà pêché :

« Probablement un poisson déjà pris par un de mes amis en 2021. Il est relativement fréquent de reprendre les mêmes silures car ils sont assez sédentaires.« 

Il m’avait expliqué de vive voix que ce silure nichait sans doute à l’extrêmité ouest de l’Ile Saint Louis. D’autres « nids » sont, paraît-il, bien visibles sur l’Ile de la Jatte; je me suis promis d’aller les chercher quand je retournerai sur cette île que j’aime beaucoup…

Un petit câlin, on serre le poisson dans ses bras, avant de le relâcher.

Car oui, quelques minutes plus tard, elle repartait tranquillement rejoindre ses congénères, s’enfonçant rapidement dans l’eau sombre de la Seine. Ce fut une merveilleuse leçon pleine d’espoir : on pêche pour le plaisir, et pour la « connaissance », mais on laisse libre ensuite l’animal.

Autre belle leçon en ce matin de mai : la solidarité entre des individus qui ne se connaissent pas. J’ai déjà parlé des deux jeunes gens. Mais il y avait là aussi une dame âgée, coiffée d’un foulard jaune, qui a gardé leurs affaires, et mon sac, pendant toutes les actions. En discutant par la suite avec elle, j’ai appris qu’elle était Kabyle d’origine, mariée à un Breton de Cancale. Gardienne d’un immeuble du coin, elle voulait le rejoindre en Bretagne, mais les habitant-e-s de l’immeuble lui avaient demandé de rester… et elle vivait toujours là, loin de son époux qu’elle aspirait à rejoindre…

Quatre individus d’horizons et d’environnements si différents, uni-e-s pour une heure de partage… cela aussi m’a réjouie…