Je parlais hier sur la Gazette que j’édite pour mes hôtes niçois de « battage médiatique », et il semble que c’en fut bien un.
Certes, une éclipse a eu lieu.
Mais ici, sur la Côte, elle ne fut pas visible longtemps, en raison de l’heure et de l’inclinaison qui la faisait passer rapidement derrière quelques reliefs, puis l’horizon. Et la « sombritude » (un de mes néologismes que connaissent bien celles et ceux qui lisent mon blog) ne s’est pas remarquée, car confondue au crépuscule.
Pourtant, je suis bien allée à la Garoupe comme il était recommandé par les journaux locaux. Pourtant, j’ai bien assisté à ses débuts. La preuve ? En photos, la voici… Mais on ne voit l’éclipse que grâce à un défaut de mon Iphone qui prend toujours un double de l’astre photographié. Regardez, vous allez le voir en petit, et en vert. Et là, vous verrez bien l’ombre de la Lune.
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Et ce n’était pas mieux sur la Côte Basque, vu la (très belle, par ailleurs) photo envoyée par mes amis qui s’étaient rendus à San Sébastian…
ou celles et ceux qui étaient à bord du Brokoa, en mer au large de Saint-Jean-de-Luz… Quant aux jeunes hôtes qui l’observaient de la Villa niçoise, iels n’en ont rien vu à cause des crêtes près de Valberg! Et voici l’extrême « sombritude » observée à l’heure où l’éclipse devait être complète, à défaut de totale (95%), telle qu’observée à Antibes. Je vous laisse en juger avec cette vue de la Garoupe, après notre abandon de poste sur le cap d’Antibes et le retour vers la cité que j’apprécie (plutôt hors saison, il faut bien le dire!)
Vous en avez déjà visité l’église et ses environs, mais je ne résiste pas à l’envie de vous faire découvrir le charme de ce bourg si serein en cette journée d’été. Pourquoi cette impression de sérénité? Je ne saurais le dire… Peut-être parce qu’il est traversé par un cours d’eau très calme?
Ou parce que l’ambiance y est tout à fait particulière, douce et agréable? Ou parce qu’il fait bon voir des êtres humains traîner dans les rues, aux terrasses des cafés ou sur les placettes, sans se presser, sans téléphoner ou surfer sur le net? Simplement en conversant ou lisant?
Les détails fourmillent, qui évoquent la vie des habitants, voire leur métier…
Et l’Histoire est omniprésente.
Ainsi que l’environnement naturel et culturel, rappelé par de nombreux panneaux.
Ce début du texte a été écrit voici quelques temps, et je prie mes fidèles lecteurs/lectrices de m’excuser du retard apporté à sa publication… et par voie de conséquence à celles des articles suivants. J’attendais les photos prises par les personnes qui m’y accompagnaient, car mon Iphone étant à cours de batterie, je n’ai pu en prendre. Je les remercie de me les avoir envoyées hier, ce qui permet de finir ce jour…
Reprenons donc notre promenade avec ces images gentiment partagées.
Ce jour-là, le bourg est en effervescence. Visiblement, une fête s’y prépare et chacun s’active.
Mais d’autres profitent tranquillement de la fraîcheur sous les arcades.
Une échappée fait revoir, de loin, l’église visitée précédemment.
Je ne puis hélas vous montrer davantage d’images, et vous promet de retourner les prendre, d’autant que je n’ai pas tout vu, loin de là, de cette ville chargée d’histoire. Même pas le Palais de Rois de Navarre! Et peu du quartier juif qui la ceint. Ce sera donc pour une autre fois…
Je vous ai abandonné-e-s voici quelques jours à l’entrée de l’église. Il est donc largement temps d’en découvrir l’intérieur. Qui regorge d’éléments décoratifs en tout genre! Pénétrons donc par le portail roman tardif hyper-décoré bien caché, comme nous l’avons vu, par un portail beaucoup plus sobre…
A droite de l’entrée, un Christ sur un tombeau, figure relativement rare, me semble-t-il…
Découvrons maintenant la nef et le choeur.
Pour que vous compreniez mieux, un plan photographié dans l’église.
« L’église est dotée de trois nefs qui terminent par trois absides à l’extérieur et deux de plus a l’intérieur. Les voutes des bas-côtés sont à croisée d’ogives (xive siècle) et celles de la nef centrale sont des voutes en étoile de style gothique (xvie siècle). »
Il est vrai que les « plafonds » sont remarquables.
Avançons un peu dans la nef…
Deuxième surprise : deux chaires symétriques.
Cela signifie-t-il que les sermons se prononcent tantôt à droite, tantôt à gauche? Ou n’est-ce qu’un choix architectural? Un troisième étonnement devant la quantité impressionnante d’anges et angelots. Je crois n’en avoir jamais vu autant, même à Nice et en Ligurie!
Les évangélistes sont repérables à leur plume…
… et l’on peut se questionner sur le genre de Saint Jean.
Nombreuses sont les statues, et chacune interpelle, en particulier par l’expression des visages, mais aussi par tel ou tel détail, comme le petit diable tranchant avec l’angelot.
Et, pour en finir avec les « bouche bée », les statues de la Vierge, de la plus sombre aux plus « rayonnantes » (sens propre comme figuré!)…
Avant de quitter les lieux, un regard sur l’orgue, de taille relativement modeste, qui m’a également intéressée par ses tuyaux horizontaux.
En rédigeant cet article, j’ai découvert le sens de « chamade » !
“Tuyaux en chamade”
Expression pour parler de tuyaux à anches placés horizontalement et en dehors de l’orgue, généralement sous la façade, c’est-à-dire près du sommier. Dans ce cas le son de ces tuyaux est projeté directement vers l’auditeur, ce qui produit un effet surprenant et éclatant. Cette manière de faire provient des orgues espagnols du XVIIIe siècle où l’on trouve les Trompettes de Bataille faisant l’écho aux Trompettes réelles installées verticalement dans l’orgue. On a également placé horizontalement des jeux d’anches à pavillon court. (source)
Un dernier détail amusant dans le baptistère : les fonts baptismaux sont surmontés d’un couvercle. Un système à poulie mobile permet de l’ouvrir et le fermer…
Ingénieux et néanmoins élégant, non?
Quittons l’église San Miguel pour le centre du bourg, que je vous présenterai prochainement…
A l’arrivée dans ce bourg, une découverte très pragmatique : ils ont eu l’excellent idée de faire des places de parking couvert, en plein air, sous les espèces de HLM à l’entrée de la ville! Donc stationnement gratuit… et ombragé… Le must, non, par ces températures légèrement élevées? C’est donc à pied que je m’engage dans la visite de ces sites inconnus. Beaucoup de travaux, on se croirait à Paris! Mais aussi quelques maisons délaissées, telles que celle-ci.
Une énorme église domine la cité.
C’est donc la direction que je prends pour monter, à travers les jardins donc certains sont plutôt potagers…
tandis que d’autres relèvent plutôt de l’agrément.
Une jolie grimpette!
Enfin le replat… Bon, à gauche, impasse : la porte est fermée. Tentons la droite.
Une spécificité pour l’édifice enfin atteint : un porche sobre en cache un second nettement plus baroque.
Avant de les franchir pour visiter l’intérieur, faisons le tour du bâtiment.
Et là, belles surprises. Notamment dans tous ces hauts-reliefs de la façade d’une sorte de tour…
Par contre, impossible de contourner l’ensemble : le chemin se termine dans une sorte de guérite.
Revenons donc vers le porche, par un merveilleux chemin au pavage bien usé…
Comme vous le remarquez, le second porche est nettement gothique, alors que jusqu’à présent vous avez surtout vu du roman… Dans le prochain article, nous découvrirons l’intérieur…
Je vous ai parlé d’Ainhoa tout récemment, mais ai omis de présenter la route qui m’y a conduite. Celles et ceux d’entre vous qui connaissent le coin se diront « Mais voyons, il n’y a qu’une demi-heure de route! »… Certes. Mais celles et ceux d’entre vous qui lisent ce blog depuis longtemps savent à quel point j’ai le chic pour faire « route buissonnière ». Ce fut le cas ce jour-là, où, partie de Saint Jean de Luz à mi-journée, j’avais décidé d’explorer le Pays Basque hispanophone. C’est ainsi qu’après avoir longé la Bidassoa avec toujours autant de plaisir, je bifurquai vers un petit bourg dont le nom m’interpellait : « Lizarra », alias « Estella » en espagnol. « Lizarra », cela peut avoir trait à « ville ancienne » ou « église ancienne » (et son existence est déjà attestée à l’époque romaine) , mais aussi évoquer le frêne, arbre très répandu dans ses environs. Toutefois, comme vous venez de le lire, c’est plutôt le sens d’ « Etoile » qui a été retenu.
« La légende rapporte qu’en 1085, des bergers alertés par une pluie d’étoiles, miraculeuse, découvrirent la statue dite de Notre-Dame-du-Puy. Et depuis ce temps-là, le bourg primitif, dont il est fait mention, à l’époque romaine sous le nom de Gebalda, fut appelé Estella, nom proche du terme castillan estrella, étoile. En tout cas, pour les pèlerins, la ville était Estella Bella, Estella la belle et la Basilique de la Vierge du Puy veille sur la ville.«
Le chemin français de Saint Jacques de Compostelle passe par cette bourgade, c’est sans doute ce qui explique le nombre important de randonneurs croisés, et cette jolie chapelle, au bord de la route, qui ne compte pas moins de 5 croix dans son environnement.
Hélas elle est fermée, mais cela vaut la peine d’en faire le tour! Jugez-en vous-même…
Intrigant, non? Approchons-nous…
Si l’un-e d’entre vous connaît la signification de ce symbole, merci de me la donner en commentaire… Je me suis cru revenue dans l’Atlas, lorsque je travaillais sur les gravures rupestres! Et d’autres surprises m’attendent…
C’est avec regret que j’abandonnai ce coin idyllique pour poursuivre vers le bourg…
Comme je n’ai pas pu « monter » à la chapelle d’où a été prise cette vue, je l’ai empruntée sur cet article que je vous conseille de lire…
« Ainhoa », c’est « la petite colline », comme le « gain » que l’on trouve dans de nombreux toponymes, comme Bordagain…
« Le nom du village d’Ainhoa apparaît dans les archives au 13ᵉ siècle, aynoa en 1238, sans le -h-, et quelques années après, en 1243, aynhoa et aynho, avec le -h-. Le -h-, non aspiré, et même muet, nous indique la marque d’une ancienne palatalisation de la nasale. En d’autres termes, cela signifie que le nom a jadis dû être prononcé [Aiñoa], avec un -n-mouillé, un -ñ-. La forme Agnoa figure d’ailleurs dans l’enquête linguistique et toponymique dite de Sacaze, réalisée en 1887 dans l’ensemble des départements pyrénéens. Cette forme « mouillée » semble avoir disparu, car aujourd’hui, on dit simplement Ainhoa. » (Source)
Je ne connaissais pas le village d’Ainhoa, et ai souhaité aller le découvrir. Ce que je n’ai pas regretté, loin de là. Tout en me disant qu’il valait mieux le voir « hors saison » que lorsqu’il était envahi par une horde de touristes. Car des touristes, il doit y en avoir parfois, à en juger par la quantité de boutiques et de restaurants sagement alignés le long de la rue principale! Cette même artère bordée de maisons aux façades toutes plus belles et/ou intéressantes les unes que les autres.
Une spécificité, outre les colombages : le nom du ou des propriétaires, à certaines époques, est indiqué par une plaque.
Un incontournable : l’église et le cimetière qui l’entoure, avec une jolie vue sur la vallée.
Bien sûr, de nombreuses stèles discoïdales.
« Composée de deux parties distinctes, la stèle discoïdale superpose un carré (ou trapèze) et un cercle. Symboles universels, ces deux formes disent la fonction du monument : le passage du carré au disque suggère celui du défunt de la terre vers le ciel.
Ces stèles sont l’œuvre d’artisans, tailleurs de pierre, qui maîtrisent la technique du champlevé pour la réalisation du décor. Elle consiste à faire émerger les motifs en évidant la surface de la pierre, créant face au soleil des effets changeants et des jeux d’ombre d’une grande force décorative. » (Source)
Certaines inscriptions rappellent que le Pays Basque n’est pas en France…
Le porche de l’église est surprenant, traversant et orné d’un beau double escalier en colimaçon.
Pénétrons dans l’édifice. Typiquement basque, avec ses tribunes… Mais le plafond est exceptionnel.
« Au XVIIe siècle a été créé le somptueux plafond en pitchpin à six caissons lambrissés. Une merveille de la charpenterie basque, unique en son genre, au moins au Pays basque Nord. » (Source)
En y regardant de plus près, deux surprises. La première, c’est le motif décoratif…
Vous ne rêvez pas! Ce sont bien des piments d’Espelette. Il faut dire que les deux bourgs sont proches…
La seconde se trouve dans le tableau. Observez bien. Que regarde le nourrisson?
Pas du tout sa mère! Mais le vaste monde… ou vous?
Une autre Vierge à l’Enfant originale : la statue proche de l’entrée. Difficile à photographier, mais j’ai tenté…
« Statue de Notre Dame de l’Arantza (Aubépine se dit « arantza » ou « elorri » en basque).
Selon la tradition, la Vierge serait apparue à un jeune berger au-dessus d’Ainhoa, près d’une source qui jaillit sous un buisson d’aubépine. Une tradition en tous points semblable à celle qui prévaut pour le sanctuaire d’Aranzazu, au-dessus de l’université d’Oñate en Guipuzcoa, lieu de pèlerinage célèbre depuis le XVe siècle.
Selon la coutume, le lundi de Pentecôte, une procession part de l’église Notre-Dame de l’Assomption au bourg pour se diriger vers la chapelle Notre Dame d’Arantza érigée sur le lieu supposé de l’apparition. » (Source)
C’est la chapelle d’où a été prise la vue initiant cet article… La voici, photographiée par un ami.
Une autre statue a retenu mon attention.
Je n’entrerai pas dans les détails de tout ce qu’offre cette église d’apparence si modeste, mais m’attarderai sur l’un d’entre eux.
Surprise de voir cet animal et ses petits sur l’autel, j’ai voulu m’enquérir à ce sujet. Heureusement, dans un coin de l’église, j’ai trouvé des feuillets plastifiés, fort abîmés hélas, qui m’ont permis de comprendre. Voici l’extrait concernant l’explication…
Si vous passez par là, prenez le temps de placer une pièce pour voir s’éclairer l’édifice, et vous bénéficierez en outre d’un bel accompagnement musical ! A propos de musique, n’oublions pas l’orgue.
Bon, d’accord, on ne le voit pas… Par contre, on admire le décor.
Dommage que la loi entraîne de telles violations de l’esthétique! Suivons donc le panneau et sortons, car il est temps pour moi d’aller faire une visio. Avantage et inconvénient du télétravail! Mais où la faire? Je me dirige vers un café restaurant proche de l’église et explique mon cas, sans trop y croire. Et, à ma plus grande surprise, le patron accepte de me recevoir. Non seulement cela, mais, comme le restaurant n’ouvre pas ce jour-là, il me laisse la salle entière pour que je puisse procéder tranquillement à la visioconférence, afin d’éviter d’être dérangée comme ce pourrait être le cas dans la partie « salon de thé ».
Je profite donc de cet article pour le remercier, ainsi que son aimable personnel et le barman qui m’a préparé un délicieux Moscow Mule… Ah! j’allais oublier de donner le nom de ce bel établissement où je me suis promis de retourner pour un repas dans cette ambiance si sereine. C’est la Maison Oppoca.
Le temps a été trop court pour découvrir tous les trésors de ce bourg, il va donc falloir que j’y retourne lors d’un prochain séjour… ou que je lise cet ouvrage qui lui est consacré?
Le soleil commence à se montrer à travers les nuages lorsque nous appareillons. Il faut d’abord faire dégager l’embarcation qui s’est amarrée au Brokoa, et cela prend un certain temps… Mais enfin le bateau est dégagé et s’élance vers la sortie.
Tandis que le chef de bord est attentif au cap, je dis un « au revoir » au petit hôtel qui m’a accueillie le premier jour et renseignée le dernier sur les possibilités de se garer… La sortie du port me donne l’occasion de vous avouer une erreur dans le premier article de cette série : l’inscription réclamant le retour au pays des prisonniers basques est bien toujours là… j’étais sans doute trop fatiguée pour la voir à l’aller!
Cap au large, avec le moteur car il n’y a pas un souffle de vent…
Tiens tiens, qui vois-je dans le lointain? Notre-Dame de Rumengol, venue saluer mon départ?
Une traînière vient narguer une nouvelle fois l’équipe de rameurs non patentés, en nous doublant puis tournant au nez du Brokoa.
Tout est calme, trop calme. L’occasion de faire des photos!
Un dernier regard aux côtes espagnoles et à l’entrée des ports de Saint Sébastien et de Pasaïa, et nous nous élançons vers Saint-Jean-de-Luz, en parallèle à la côte.
Pendant que certains jouent les « figures de mâts » (à défaut de proue), d’autres espèrent que le barreur va éviter les « frêles » embarcations amarrées au large…
Le vent se lève doucement. Cela va permettre de hisser la grand voile.
Un voilier vient nous narguer, sous foc, lui. Mais n’est-ce pas notre chef de bord de l’aller et son frère qui se trouvent à bord et nous « mitraillent » de leur appareil photo? Vite, leur montrer de quoi nous sommes capables. Et donc hisser la misaine.
Et c’est fièrement vent arrière que nous nous dirigeons vers Socoa, la Rhune à tribord.
Un gros paquebot est amarré face à l’entrée, et nous revoyons nos photographes.
Trop de courant à marée montante pour entrer dans le port en vent arrière à la voile. Le chef de bord donne donc l’ordre d’affaler les voiles, au grand regret de son équipage qui se rêvait entrant à la voile. Mais Sagesse oblige, et un ordre est un ordre, surtout de la part d’un ancien commandant de la Marine Nationale!
C’est donc au moteur que nous passons Socoa, les digues de l’Artha, pour viser l’entrée gardée par le phare construit en 1936 par Pavlosky. L’équipage, en toute autonomie, range tranquillement les voiles et love les cordages pendant que le chef, ayant repris la barre laissée durant la course à plusieurs membres de l’équipage, veille à ne rien heurter.
Après quelques péripéties dues au fort courant, le Brokoa reprend sa place au port.
Le travail n’est pas fini pour le chef de bord, qui doit maintenant garder traces du voyage.
Aller jusqu’en Espagne pour se retrouver paradant sous la pluie, il fallait le faire! C’est ce qui m’est arrivé, en ce jeudi de l’Ascension. Pour – cerise sur le gâteau! – ne pas pouvoir sortir du port ni mettre les voiles (notre chef de bord nous les a fait mettre, mais aussitôt un hors-bord de l’organisation les a fait affaler)…
Mais je ne l’ai pas regretté. Car c’est un vrai plaisir que de montrer le patrimoine maritime basque aux courageux badauds qui affrontent froid et humidité pour venir admirer les vieux gréements.
Et j’avoue que je n’étais pas peu fière d’être sur le Brokoa qui se faufilait entre les magnifiques Recouvrance et Notre-Dame de Rumengol et les adorables traînières espagnoles… Sans oublier l’admiration sans bornes pour les rameurs et rameuses!
A l’antepénultième place « décollent » les « moyens », puis les « grands » voiliers, contrastant avec de modestes embarcations pri
Ils sont suivis, en « bateaux-balais », par les bateaux à moteurs.
Et je sursaute violemment quand éclate un coup de canon. Eh oui, c’en est bien un ! Et les « grognards » que vous apercevez au loin sur la photo qui suit en ont tiré un certain nombre (j’ai oublié de les compter »!).
Sur le quai, c’est une fanfare que j’entends soudain.
Et c’est elle qui va accompagner la fin de la parade, tout le monde en rythme pour se réchauffer, aussi bien sur les quais que sur le Brokoa…
Que faire lorsqu’il pleut toute une journée, qui devrait être de festivités joyeuses sous un soleil espagnol? Au petit-déjeuner, d’autres hôtes m’apprennent que Notre-Dame de Rumengol est arrivée à 4 h du matin, avec une entrée dans la passe très difficile. Un petit tour de ce côté du chenal, puis je traverserai pour aller la saluer… J’étais déjà venue dans ce quartier, mais je ne me lasse pas des traces de l’histoire et de l’architecture si hétéroclite mais « vivante ».
Les petites embarcations jouent quand même sous le regard (l' »itsas ») des rameuses et rameurs.
Première direction : le Musée, qui est aussi chantier naval pour les restaurations. Je le connais déjà, pour y avoir passé un long moment lors de ma première venue. Mais c’est toujours un plaisir de retrouver les forgerons au rythme cadencé, symboles de la vraie collaboration.
Je me remémore l’histoire du San Juan, baleinier qui avait disparu en 1565 à Red Bay, Canada. Son épave, située en 1978 et fouillée par les chercheurs canadiens. Et une réplique en est construite à Pasaïa, qui désormais navigue comme emblème de l’histoire des marins qui partaient du Pays Basque pour si longtemps, et parfois sans y revenir, mais aussi symbole des peuples tels que les Inuits et de la coopération.
J’en profite pour essayer de retenir en basque le vocabulaire spécifique de la marine à voile, que j’ai déjà tant de mal à apprendre en français!
Je passe un long moment dans l’atelier charpente-menuiserie, où j’admire le travail des jeunes qui apprennent les métiers de la construction navale, avec une ardeur incroyable.
Au plafond, vous apercevez les traînières et leur évolution au cours de l’histoire, en raison de l’évolution des matériaux, qui les a rendues de plus en plus légères et rapides.
Mais le musée que j’avais visité vide est maintenant de plus en plus fréquenté, et des hordes d’enfants et d’adolescents se rassemblent autour de moi à chacune de mes haltes, pour écouter (plus ou moins!) leurs guides. Je décide donc de quitter les lieux, à mon grand regret, pour rejoindre l’équipage qui s’est rassemblé dans un bar voisin. L’occasion de déguster le cidre basque.
Un des membres m’a raconté que les pommiers étaient endémiques au Pays Basque, et que Louis XIV avait découvert le cidre lors de son mariage à Saint-Jean-de-Luz.
« Depuis l’Antiquité, la pomme était présente en quantité dans tout l’Euskadi. Au Ier siècle, Strabon, un géographe Grec, décrit l’abondance de pommiers au Pays Basque et mentionne qu’il s’y consomme le Phitarra, une boisson obtenue grâce à des morceaux de pommes que l’on met dans de l’eau bouillante et du miel.
Au Moyen âge, dans son « Guide du pèlerin de St-Jacques », Aymery Picaud écrit en 1134 que l’on trouve au Pays Basque uniquement des pommes, du cidre et du lait comme aliment.
Chaque ferme comprenait autrefois un pressoir permettant la production de cidre »
Mais je n’ai pas tout vérifié. Nous y reviendrons donc à l’occasion, si cela vous intéresse… Pour l’instant, allons avec les autres membres de l’équipage, sous la pluie, voir ce qui se passe sur les quais. Le Morgenster est toujours là. Les bateaux bretons sont bien arrivés, effectivement. Notre-Dame de Rumengol, gabare gérée par l‘association An Test, est bien là. J’avais juste oublié de vous préciser qu’il n’est pas équipé de moteur!
Mais n’est-ce pas la Recouvrance qui est là, nez à nez (enfin, proue à proue!)?
Toujours aussi fine et belle, non? Et l’équipement! De quoi éviter les sacs de noeuds…
« La Recouvrance, goélette symbole et ambassadrice de la ville de Brest qui en est aussi la propriétaire, porte le nom du plus célèbre quartier de la ville, celui où les femmes de marins priaient Notre Dame. »
Sur la terre ferme, des installations sont encore en train d’être équipées, mais certaines abritent déjà leurs occupants. Nous découvrons ainsi une association spécialisée dans la « galupe ».
Des échanges intéressants avec ses représentants, qui partagent beaucoup de nos préoccupations. En outre, cette semaine est justement la semaine culturelle à laquelle l’association participe activement! ça tombe mal pour eux…
Screenshot
Mais l’heure du rassemblement pour la parade approche, et il nous faut regagner le bord, pour y participer, malgré un temps menaçant… Un dernier regard au San Juan et aux voiliers, et vite, regagnons le ponton 3…
Je vous ai laissé-e-s, dans le précédent article, lorsque le bateau était arrivé à quai, et que nous étions contraint-e-s de rester à bord car la grille d’accès au ponton était fermée à clés. D’où un pique-nique à l’heure du thé, dans un courant venteux bien frais… Un avantage toutefois : celui d’assister à l’arrivée d’un magnifique voilier. Jugez-en plutôt :
Ce navire, je l’apprendrai plus tard, est le Morgenster. Quelques temps après, c’est le Saltillo qui pénètre dans le chenal.
Plus modeste, certes, mais très élégant cependant.
Enfin on vient nous délivrer, et nous pouvons aller prendre la navette qui traverse vers l’autre rive… Après la non-réception au quai, enfin, glacée, je peux gagner l’hôtel soigneusement réservé quelques mois plus tôt. Et j’avais bien fait! Le seul dans le coin, et seulement 7 chambres! Vous le voyez, photographié le lendemain : le cadre indique le balcon de la chambre 102, qui m’a accueillie.
La petite navette m’y emmène, et je découvre une vieille maison, dont l’intérieur a été réaménagé avec goût pour accueillir au mieux les hôtes. En bas, une vaste salle commune, qui sert pour les repas ou le travail.
Un ascenseur dessert les deux étages. Le choix a été fait de mêler hardiment ancien et moderne, matériaux naturels et plastique, et l’ensemble est assez réussi. Un plus : de la fenêtre, je peux surveiller et l’Alba et le Brokoa!
Ils sont sagement amarrés juste en face!
Une douche bien chaude, une petite sieste, et vite, retour de l’autre côté (vive la navette!) pour aller découvrir les voiliers et ce que j’espérais être une ambiance festive. Pour la seconde, on oublie : rien n’est installé, il n’y a presque personne sous cette pluie fine. Par contre, quelques navires sont bien à quai. Le Morgenster, que vous avez vu arriver sous pavillon néerlandais, offre à la vue sa figure de proue.
J’ai fait d’autres photos de lui, mais ne vous les présente pas. En effet, de près, il est assez décevant car trop « apprêt ». Il faut dire que ce monocoque de 48 m, lancé en 1919, a été largement restauré et a repris la mer il y a une vingtaine d’années comme navire-école, voilier pour croisières, et fait un peu trop « vitrine » à mon goût. Un peu plus loin, c’est l’Etoile du Roy qui offre sa poupe au regard.
Je le connais pour l’avoir vu en Bretagne, près de son port d’attache, Saint-Malo.
Comme vous le constatez, lui aussi est obligé de se prostituer pour survivre…
Mais les détails n’en restent pas moins impressionnants.
Et la figure de proue est assez terrifiante… Je me suis demandé si elle était dûe à Jean-Paul Gaultier ou à Madonna dans ses jeunes années…
En tout cas, elle ne m’apparaissait pas authentique! Et j’avais raison… Autrefois, c’était un terrible pirate mâle et viril qui ornait la proue du bateau, alors nommé Grand Türk, du nom de celui qui avait fait construire cette réplique d’une frégate-corsaire corsaire du 18ème siècle. Bateau que vous pouvez voir dans les Trois Mousquetaires, avec Cassel et Duris.
Comme il appartient à une entreprise qui loue des navires pour les besoins des réalisateurs, vous pouvez aussi le voir dans Bougainville, Monte Cristo, Napoléon… Bref, à toutes les sauces… Mais revenons à notre Belle Dame de Proue… Car l' »Etoile du Roy » n’est autre qu’une femme, corsaire bien sûr (nous sommes à Saint-Malo), joliment dénommée Violette de la Hisse. Mais n’essayez pas d’en trouver trace dans l’Histoire : elle n’a jamais existé. En tout cas, pas ailleurs que dans l’imagination de l’artiste qui l’a inventée, Valérie Gauthier (pas Jean-Paul, et d’ailleurs le nom ne s’orthographie pas de la même manière!), en 2013. Vous remarquerez le mot « légende »…
La Bretagne est bien présente sur les quais de Pasaïa, mais, ce soir-là, les bateaux n’étaient pas encore arrivés et je les ai cherchés en vain.
Demi-tour donc, un peu frustrée. Mais il fait froid, il n’y a aucune ambiance, et peu d’embarcations sont arrivées. Retour donc sur l’autre rive pour chercher un restaurant. Et là, surprise! Ils sont tous fermés! Une veille de long pont de l’Ascension! Heureusement, il y a les restes du pique-nique… et un bar ouvert sur la place voisine. Mais avant, j’ai eu le temps de découvrir les traces de la haine espagnole contre Charlemagne.
Un petit verre de bière pour reprendre courage. Vous avouerez que l’ambiance n’est pas gaie!
Et la vue est même gâchée un moment par un monstre marin.
La soirée va donc se résumer à un modeste pique-nique dans la chambre d’hôtel…
Heureusement avec une jolie vue! et agrémenté par un Rioja, la barmaid ayant accepté de me prêter la vaisselle adéquate… et par la vue sur les deux bateaux basques.