Opéra en Liberté et Hymne à l’Amour

Dans le précédent article, qui vous a fait voyager dans les Cieux, je faisais allusion à l’église Saint Julien le Pauvre. Vous la connaissez, si vous lisez ce blog depuis longtemps, car j’en ai déjà parlé ici. Pour les autres, c’est cette jolie petite église plus ou moins romane, blottie dans le petit parc -jardin Viviani – qui fait face à sa grande soeur, Notre-Dame, de l’autre côté de la Seine, et fait angle avec la rue Galande.

Une église qui a vécu une histoire pleine de rebondissements (histoire que j’ai déjà narrée, je n’y reviens donc pas), et est maintenant consacrée au rite grec melkite catholique. Une petite visite, mais limitée au côté droit… je n’ai pas pu me promener dans l’église avant le concert! Et le manque de luminosité explique la mauvaise qualité des photos…

Les Grecs (ainsi dénommés non par leur origine géographique mais parce que c’est la langue grecque qui est utilisée) Melkites Catholiques sont des catholiques de rite byzantin. Ce qui explique la présence de nombreuses icônes.

Chapelle latérale

Cela explique aussi la présence de l’iconostase où se trouvent, entre autres, les peintures représentant les 4 évangélistes et leurs symboles, sujet de ma verve d’avant-hier… Observons-le de haut en bas (pour la petite histoire, le haut avait disparu à une certaine époque!)…

Quel lien avec l’Opéra et l’Amour? Tout simplement, cette église accueille très souvent des concerts, dont celui qui fait l’objet de mon discours ce jour. Vous l’aviez peut-être compris, si votre regard s’est porté sur le piano de la photographie ci-dessus!

EGLISE SAINT JULIEN LE PAUVRE - Salles de spectacles

En ce jour de fête commerciale, rien de tel, pour contrecarrer les visées économiques, que de se nourrir de musique et de chants, n’est-ce pas? Et ce fut un régal.

Le pianiste est remarquable. Il faut dire que Philippe Alègre a une carrière riche, qui l’amène à jouer régulièrement dans les salles célèbres comme Cortot et Gaveau.

Philippe Alègre au piano

« Parallèlement à sa carrière de concertiste, il est depuis 2003 le fondateur et directeur artistique des « Nuits musicales du Rouergue », festival d’été au cœur de l’Aveyron. Il est également directeur artistique de « Piano Passion », série de concerts tout au long de l’année à l’église Saint-Julien -le-Pauvre à Paris. » (source)

C’est donc, si je comprends bien, l’instigateur de ce concert. Voilà qui explique le fait qu’il s’agisse à la fois d’un récital de piano, avec des morceaux interprétés en soliste, et d’un récital d’airs chantés par deux artistes, Clémence Lévy et Matthieu Justine.

Le public attend encore quand s’élève une voix du fond de l’église. Vêtue d’une longue robe rouge, la couleur symbolique de cette fête, une jeune femme s’avance, doucement, s’arrêtant de temps à autres pour créer une connivence avec le public, tout en continuant à chanter… Lorqu’elle arrive au choeur, le changement de sonorité est surprenant et fait comprendre comment l’acoustique est modifiée par l’architecture. Elle est ensuite rejointe par son comparse, et l’on saisit très vite une entente étonnante entre les deux artistes, qui semble aller bien au-delà du duo de chanteur/euse…

Je ne vais pas détailler le programme, ma mémoire n’est pas assez performante et il n’y a pas eu de document écrit. Mais il fut d’une extrême variété, allant de Franck Sinatra à un Ave Maria… Cette diversité fut pour moi un peu difficile à accepter, je dois bien l’avouer, même si la thématique était claire : l’Amour, comme l’indiquait le titre du concert. Mais voir swinguer sur le « Maria » de West Side Story dans une église, alors que quelques minutes plus tôt et plus tard on était envoûté par des airs d’opéra, demandait une certaine adaptabilité. Et il a fallu toute la dynamique du trio, et surtout de la jeune femme, pour que cela constitue au total un spectacle exceptionnel, avec une mise en scène bien réglée.

Lorsque j’ai cherché à en savoir davantage sur le duo, j’ai compris. D’abord, que mon hypothèse était juste : Clémence Lévy et Mathhieu Justine forment bien un couple à la ville comme sur la scène. Ils ont d’ailleurs tourné pendant le confinement une vidéo que je vous conseille de regarder.

Toujours pendant le confinement, lorsque celui-ci s’est un peu « ouvert », ils n’ont pas craint d’aller chanter et jouer en plein air. D’autres vidéos, sur leur site officiel, les montrent dans un décor de cités.

Cela correspond à leur engagement citoyen, explicité dans ce texte:

« L’émotion au cœur.
La voix comme drapeau.
L’opéra est universel, il n’a pas d’âge, de couleur, de frontière.
Amener l’opéra et la musique classique là où on ne s’y attend pas.
Faire un pas vers celles et ceux qui pensaient ne pas y avoir accès.
Partager, toucher, vibrer ensemble aux sons des relations humaines dans une cité, une grange d’un petit village de campagne ou une école.
C’est notre engagement aujourd’hui.
Oui l’opéra et la musique classique sont accessibles à tous et l’accueil du public nous le confirme, concert après concert.
« 

On saisit mieux dès lors le nom de leur ensemble : Opéra en Liberté. Et sa devise : « L’opéra partout. L’opéra pour tous ». Car la soprano et le ténor se produisent aussi dans des contextes plus « classiques », comme on le voit sur cette vidéo.

Le public a suivi. Il a aimé. Il a vibré. Moi aussi. Vous savez, ces instants où tout à coup votre corps est parcouru par des picotements, comme une « chair de poule » généralisée? Et ceux où les larmes vous viennent aux yeux tant l’émotion est forte? Et ceux où vous vous surprenez à sourire en permanence (derrière votre masque) tant vous vous sentez heureux/euse?

Le public a applaudi. Ovations qui se sont terminées debout après deux « bis », ou plutôt deux nouveaux airs offerts.

Un concert à l’Eglise Américaine (2)

Hier je vous ai laissé-e-s à la porte de l’église, tout en vous ayant alléché-e-s avec les artistes créateurs des vitraux et avec son architecture. Il est temps d’y entrer pour ce concert, dont l’affiche vous a peut-être séduit-e.

Le public est déjà installé (beaucoup de têtes grises et blanches!). Mais il reste un peu de temps pour observer l’environnement. les orgues, d’abord. Rien ne vous étonne? Regardez la photo…

Eh oui, elles sont placées en face de nous ! Pour ce qui me concerne, je les ai toujours vues dans le fond (ou, très rarement, sur le côté) des églises. Je suis allée vérifier sur le net, et vous pouvez faire de même, par exemple sur un site dédié aux orgues, un autre, très beau, sur les orgues à Saint Omer et dans l’Audomarois, et dans les photos de l’intéressant article dédié à l’histoire de l’orgue sur Wikipedia.

J’ai fini par découvrir le fin mot de l’histoire. Si vous revenez au plan et à ma description d’hier, on entre dans l’église depuis l’intérieur du bâtiment, et non, comme souvent, par un portail donnant sur l’extérieur. Vous me suivez? En 1931, l’orgue Abbey avait été placé « normalement », dans le fond.

« La construction du nouveau sanctuaire s’accompagna de l’installation d’un orgue de 47 jeux construit par la maison Abbey. Malheureusement, la compagnie fit faillite avant que les travaux soient terminés. La fin de la construction et du montage se fit à la hâte mais l’orgue souffrit de défauts de conception. Les tuyaux étaient placés dans une pièce annexe s’ouvrant en baie sur le sanctuaire. Cet emplacement, qui avait été jugé convenable par le facteur, s’avéra néfaste à la sonorité de l’instrument, le son ayant des difficultés à se projeter dans l’église malgré la pression du vent qui altère par ailleurs la beauté et la clarté des timbres.

De plus, la console était située dans le côté opposé de l’église. La transmission électropneumatique d’Abbey s’avéra extrêmement fragile, ajoutant au retard d’émission du son et causant de nombreuses pannes et réparations coûteuses. »

John Abbey et ses ouvriers

Petite parenthèse ; je vous invite à aller découvrir l’histoire de la famille Abbey, qui oeuvrait à Versailles, puis à Montrouge; c’est passionnant! Et on y découvre que 1931 marque justement la fin de cette aventure familiale.

« le 1er août 1930, John Abbey meurt. Son fils John Marie décède à son tour le 28 octobre 1931. L’entreprise ferme définitivement ses portes. Les derniers orgues fabriqués sont ceux de l’église Sainte-Anne de la Maison Blanche, 1927-1928 (actuelle église Sainte-Anne de la Butte-aux-Cailles), de la Chapelle Sainte-Thérèse de l’Œuvre des orphelins d’Auteuil (actuels Apprentis d’Auteuil) et de l’Église américaine de Paris.« 

Peut-être les problèmes de l’orgue Abbey sont-ils liés aussi à cette époque perturbée pour l’entreprise et ses créateurs?

Bref, il fallut le remplacer. Mais les ennuis ont duré une vingtaine d’années, et ce n’est qu’au début des années 50 que le projet fut amorcé par l’organiste titulaire, Edmond Pendleton.

Un organiste qui sort du commun… Né en 1899 à Cincinnati, il fit des études de composition, et devint ensuite chef d’orchestre. Puis tour à tour, pour gagner sa vie, saxophoniste et pianiste, puis organiste improvisateur (c’est là que nous le rencontrons). Il reprit la composition pendant la seconde guerre mondiale, dans les Alpes où il s’était réfugié, avant de revenir à Paris… jouer de l’orgue, entre autres. Il était ami, entre autres, de James Joyce, Ernest Hemingway et Pablo Picasso. (source)

Donc, la guerre finie, il se soucie de faire remplacer l’orgue à son retour. Mais ce n’est qu’en 1984 que la décision fut prise.

 » Edmond Pendleton, organiste et chef de choeur de l’église de 1935 à 1975, amorça le projet qui se concrétisa seulement en 1984 lorsque le choix du conseil de fabrique se porta sur Rudolph von Beckerath. Suite aux leçons apprises de l’expérience précédente, il fut décidé que le nouvel instrument serait placé dans le sanctuaire contre le mur du fond du choeur. La conception de l’instrument, selon le « Werkprinzip », est due à Gerhard Scharenberg. Chaque plan sonore possède son propre buffet, le tout enchâssé dans un meuble de style gothique. Le récit (3è clavier) surplombe les claviers, les tuyaux sont en boîte expressive, à l’exception du jeu de Violprincipal 8′, en façade masquant les jalousies. Au centre du buffet, le Grand Orgue (2è clavier) avec les petits tuyaux du Principal 8′ en montre. Au sommet du buffet, le Positif (1er clavier), avec le Principal 4′ en montre. La Pédale est divisée en deux buffets encadrant l’ensemble, le Principal 16′ en montre.

La construction, en atelier, commença en juillet 1987 et dura neuf mois. L’instrument, opus 208 de la maison Beckerath, arriva à Paris le 7 avril 1988 pour être monté sous la responsabilité de Klaus Schmekal. Six sommiers, largement dimensionnés, construits en pin de l’Orégon, accueillent les 3328 tuyaux de fabrication artisanale dont 116 sont en bois (basses de Gedackt 16′, du Bordun 16′, de la Rohrflöte 8′; jeux de Violprincipal 8′ et Gedackt 8′) Les tuyaux de métal sont en alliage étain-plomb à 78% de Zn pour les Montres, 56% pour les Principaux, 46% pour les résonateurs d’anche et 36% pour les Flûtes. La préharmonisation de Hans Ulrich Erbslöh a été parachevée par Rolf Miehl et Timm Sckopp. Les motifs d’ébénisterie sont de Gunther Hamann.

L’inauguration se déroula du 7 au 9 octobre 1988. Richard Gowman (St. George’s Church), Connie Glessner (St. Michael English Church), Nicolas Gorenstein (Saint-Jacques-du-Haut-Pas), François-Henri Houbart (La Madeleine), Susan Landale (Saint-Louis des Invalides), Marie-Louise Jacquet-Langlais (Sainte-Clothilde), Gaston Litaize (Saint-François-Xavier) s’y firent entendre.« 

Tout cela est un peu technique, et nous allons l’abandonner pour aller voir le vitrail situé au-dessus.

Hélas la photo est mauvaise, mais cela ne vous empêche pas de remarquer, comme moi, la beauté de la déclinaison de bleus… J’ai désespérément cherché sur le web une meilleure photo, en vain. (Par contre, vous pourrez voir tous les vitraux sur ce site d’un passionné.) Et vous pourrez aussi remarqué l’évocation de l’étoile de David, à 6 branches.

Quelques oeuvres décorent aussi les lieux, comme ce tableau que j’ai pu voir près du banc où je me trouvais.

Plus le temps, disais-je, car l’artiste arrive…

Bien sûr, vous ne verrez pas d’autre photo du concert, car je n’en prends jamais. Nous allons donc nous concentrer, si vous le voulez bien, sur la musique.

Socitété Franz Liszt de Genève - LISZT DANS LE MONDE
Liszt jeune

Le récital a commencé avec des pièces dont j’ignorais totalement l’existence : 6 consolations, de Liszt. Une très belle harmonie. Et, vraiment, « ça me parle »… Vous pouvez les entendre en ligne, il en existe de nombreuses interprétations, comme celle de Zilberstein. Pourquoi ce titre ? Il semble qu’il y ait deux hypothèses explicatives. L’une rattache le titre à celui d’un recueil de poésies de Sainte-Beuve, précédé d’une longue dédicace à Victor Hugo. L’oeuvre intégrale est accessible sur le net ici. J’ai beaucoup aimé les deux exergues, l’une de Chateaubriand et l’autre de Pétrarque.

« On ne hait les hommes et la vie que faute de voir assez loin. Étendez un peu plus votre regard, et vous serez bientôt convaincu que tous ces maux dont vous vous plaignez sont de purs néants. (René).

« Credo ego generosum animum, præter Deum ubi finis est noster, præter seipsum et arcanas curas suas, aut præter aliquem multa similitudine sibi conjunctum animum, nusquam acquiescere ». (Petrarca, de Vita solitaria, lib. I, sect. 1)

Je vous en ai choisi un sonnet, qui est précédé d’un vers d’Horace : « Fallentis semita vitae »

« Un grand chemin ouvert, une banale route
À travers vos moissons ; tout le jour, au soleil
Poudreuse ; dont le bruit vous ôte le sommeil ;
Où la rosée en pleurs n’a jamais une goutte ;

— Gloire, à travers la vie, ainsi je te redoute,
Oh ! que j’aime bien mieux quelque sentier pareil
À ceux dont parle Horace, où je puis au réveil
Marcher au frais, et d’où, sans être vu, j’écoute !

Oh ! que j’aime bien mieux dans mon pré le ruisseau
Qui murmure voilé sous les fleurs du berceau,
Qu’un fleuve résonnant dans un grand paysage !

Car le fleuve avec lui porte, le long des bords,
Promeneurs, mariniers ; et les tonneaux des ports
Nous dérobent souvent le gazon du rivage. »

Effectivement, des échos, dans ces poèmes, avec ce que j’ai ressenti en écoutant avec bonheur les six morceaux… Le recueil date de 1830, et les pièces pour piano solo, des années 1844-1849. Donc pas impossible…

La seconde hypothèse évoque le poème de Lamartine « Une larme, ou Consolation ».

« Tombez, larmes silencieuses,

Sur une terre sans pitié;
Non plus entre des mains pieuses,
Ni sur le sein de l’amitié !

Tombez comme une aride pluie
Qui rejaillit sur le rocher,
Que nul rayon du ciel n’essuie,
Que nul souffle ne vient sécher.

Qu’importe à ces hommes mes frères
Le coeur brisé d’un malheureux ?
Trop au-dessus de mes misères,
Mon infortune est si loin d’eux !

Jamais sans doute aucunes larmes
N’obscurciront pour eux le ciel;
Leur avenir n’a point d’alarmes,
Leur coupe n’aura point de fiel.

Jamais cette foule frivole
Qui passe en riant devant moi
N’aura besoin qu’une parole
Lui dise : Je pleure avec toi !

Eh bien ! ne cherchons plus sans cesse
La vaine pitié des humains;
Nourrissons-nous de ma tristesse,
Et cachons mon front dans mes mains.

A l’heure où l’âme solitaire
S’enveloppe d’un crêpe noir,
Et n’attend plus rien de la terre,
Veuve de son dernier espoir;

Lorsque l’amitié qui l’oublie
Se détourne de son chemin,
Que son dernier bâton, qui plie,
Se brise et déchire sa main;

Quand l’homme faible, et qui redoute
La contagion du malheur,
Nous laisse seul sur notre route
Face à face avec la douleur;

Quand l’avenir n’a plus de charmes
Qui fassent désirer demain,
Et que l’amertume des larmes »

Personnellement, j’adhère moins à cette dernière, car certaines des pièces sont plus joyeuses que cela. La troisième, d’ailleurs, serait un arrangement d’un air populaire hongrois, et la cinquième, un madrigal.

Image illustrative de l’article Cinq Préludes op. 16
Scriabine à 24 ans

La deuxième oeuvre interprétée par la pianiste est de Scriabine. Je devrais écrire « série d’oeuvres » ou mettre le terme « oeuvre » au pluriel : Opus 11, 1 et 2, Opus 14. Prélude op.16 n°1. Plusieurs « opera » au sens latin du terme, qui d’ailleurs, je viens de le remarquer, ne s’emploie pas en français : on dit « des opus ». Bizarre! J’ai, de loin, préféré l’Opus 16 aux autres, car plus sensible et plus doux. Je vous conseille d’écouter son interprétation par Igor Zukhov. Si vous voulez en savoir plus sur Scriabine, il y a eu en janvier 2022, pour les 150 ans de sa naissance, une émission dédiée sur France Culture.

Maurice Ravel — Wikipédia

On avance dans le temps, avec Les Jeux d’Eau. Ecoutons leur compositeur en parler:

« « Les Jeux d’eau, parus en 1901, sont à l’origine de toutes les nouveautés pianistiques qu’on a voulu remarquer dans mon œuvre. Cette pièce, inspirée du bruit de l’eau et des sons musicaux que font entendre les jets d’eau, les cascades et les ruisseaux, est fondée sur deux motifs à la façon d’un premier temps de sonate, sans toutefois s’assujettir au plan tonal classique. » (Maurice Ravel, esquisse autobiographique, 1928)

Elle s’inscrit dans la lignée de Liszt, tout en réclamant fortement sa modernité. En l’écoutant, j’ai pensé à Saint-Saëns, mais j’ai appris par la suite que celui-ci l’avait détestée et traitée de « cacophonie » ! Désolée, Meister, je ne suis pas d’accord avec vous, elle m’a beaucoup plu.

Liszt au piano

Retour à Liszt en fin de concert, pour les Variations sur un motif de Bach. Moins adepte de ce genre de musique. Et je me suis demandée, en bonne ignare que je suis, ce que signifiait le titre. Jusqu’à ce que je comprenne qu’en réalité, il ne s’agit pas de reprendre son prédécesseur, mais d’adopter une technique.

« En musique, le motif BACH désigne le motif formé par les notes si la do si. Cette séquence de notes s’écrit B A C H en notation allemande (le si bémol s’écrit B et le si bécarre s’écrit H) et forme le nom de famille de Jean-Sébastien Bach.

La première occurrence de cette suite est due à Jan Pieterszoon Sweelinck — il est possible, mais pas certain, que celui-ci l’ait écrite en hommage à l’un des ancêtres de Johann Sebastian, eux-mêmes des musiciens réputés.

La notation allemande, particulière, permet d’écrire BACH en toutes lettres alors que la notation anglaise par exemple, ne connaît pas le « H », utilisé pour noter le si naturel. De même, le mi bémol, noté E bémol en notation anglaise, est un « Es », se prononçant comme la lettre « S », en notation allemande. » (Wikipedia)

Voilà, vous savez tout… ou presque… alors que pour ce qui me concerne, je n’en ai pas encore saisi toute la finesse…

Bref, ce fut un beau concert offert par cette pianiste, qui a joué avec beaucoup de finesse et de doigté pour un public hélas trop peu nombreux. Un seul regret de ma part : je l’ai trouvée un peu « froide ». Mais peut-être est-ce explicable? Je ne vous ai encore rien dit d’elle, et voulais finir par quelques mots à son sujet. Mais visiblement la communication est maîtrisée… Impossible de trouver une biographie autre que ce qui en est dit sur son site personnel. Elle y explique notamment son attrait pour Scriabine.

Si elle est très touchée par Brahms, Liszt et sa Sonate, la musique française, dans laquelle elle baigne depuis son enfance, Bach, vers qui elle revient toujours, c’est Scriabine qui entre puissamment en résonance avec ce qu’elle est aujourd’hui.

« Il rassemble maintes qualités que je recherche au piano : l’harmonie hyper sophistiquée aux couleurs raffinées, la superposition de mélodies créant de multiples plans sonores, la diversité des états émotionnels parfois opposés ; mais ce qui me touche plus que tout est la singularité de son imaginaire. »

Son dernier disque

Il est temps de tourner la page, la dernière des partitions et celle de ces belles découvertes. Un dernier regard « to the American Church ». Au fait, je suis maintenant capable de vous dire pourquoi « église » et non « temple » (vous vous souvenez de mon questionnement dans le précédent article?). C’est que les lieux accueillent différents cultes, diverses religions… Quant à moi, j’espère y retourner admirer les vitraux et écouter d’autres concerts…

Haendel au Théâtre des Champs Elysées

Jamais je n’étais allée dans ce théâtre à l’histoire si marquée… Et j’en étais ravie, je dois bien l’avouer, de découvrir enfin l’édifice. En écho aux Années 30 qui ont marqué ma semaine, depuis la discussion sur les costumes de l’époque pour une pièce de Sacha Guitry qu’un de mes amis va jouer en amateur, jusqu’à l’architecture de Boulogne-Billancourt, en passant par le Musée qui leur est consacré… Il ne manquait plus que l’architecture et les oeuvres de ce théâtre, typique de l’Art Nouveau annonçant l’Art Déco !

Avant de pénétrer dans la salle, une visite s’imposait…

Vous l’avez compris, les escaliers aux fers si artistiquement stylés et aux détails si travaillés m’ont particulièrement intéressée. Mais je le fus aussi par les tableaux qui ornent les murs, à tous les étages.

Comment ne pas penser aux vers de Baudelaire ?

« Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté. »

C’est une Invitation à d’autres Voyages que nous propose le théâtre.
D’abord, un voyage dans le temps. En effet, une série de vitrines propose des objets, maquettes, affiches et photographies qui évoquent les divers spectacles célèbres qui s’y sont déroulés, ainsi que les acteurs et hôtes qui ont fréquenté ces lieux.

Je ne connaissais pas les ballets suédois, et me suis donc intéressée au sujet. C’est ainsi que j’ai découvert un documentaire très bref et intéressant à ce sujet. Vous le trouverez ici. Quant à l’histoire du théâtre lui-même, un exposé très complet est en ligne ici.

La sonnerie retentit. Il est temps de pénétrer dans la salle…

Dans un premier temps, j’essaie de décrypter ce qui est peint et écrit tout autour du plafond lumineux…

En effectuant mes recherches plus tard, j’ai compris pourquoi je n’avais pas compris; ce n’est pas un texte, mais un ensemble de textes qui se lisent… en croix! Voici la présentation qui en est faite.

 » Il y illustre quatre thèmes dans les écoinçons : l’Orgue, l’Orchestre, le Chœur et la Sonate. Et entre deux, les phrases suivantes.
– Au-dessus de la scène : « Aux rythmes dionysiaques unissant la Parole d’Orphée, Apollon ordonne les jeux des Grâces et des Muses ». En effet, nous apercevons parmi les personnages Apollon, Orphée et sa lyre, Eurydice, Ariane…
– A gauche de la scène : « Du cœur de l’Homme de toutes les voix de la nature jaillit la symphonie ». Beethoven et ses œuvres, représentées par des femmes.

– A droite de la scène : « l’Architecture de l’Opéra classique ennoblit les passions et les destins tragiques ». On y voit l’opéra baroque de Versailles, le compositeur Glück, Don Juan et Papageno de Mozart, Agathe, Carmen de Bizet…
– Et derrière le public, en face de la scène : « Sur les cimes dans l’angoisse et le rêve, drame lyrique ou poème, la Musique s’efforce vers un pur idéal ». Sur la gauche Chopin est adossé à un rocher, Wagner est représenté par des personnages de ses œuvres (Parsifal, Brünnhilde, Tristan et Yseult), Mélisande sous les traits de l’actrice Yvonne Lerolle, aux côtés de la fille de Maurice Denis… »

Car c’est Maurice Denis qui est l’auteur des fresques, dont il a voulu qu’elles représentent l’histoire de la musique, en s’appuyant sur ses conversations avec Vincent d’Indy.

Le lustre lui-même est exceptionnel à plus d’un titre. Par son esthétique, d’abord.

Mais aussi parce que c’est lui qui assure l’excellente acoustique de la salle. Qui pourrait deviner les prouesses techniques que cache cette merveilleuse apparence? Je vous invite à visionner ce documentaire qui explique ce qui est dissimulé entre le plafond et le lustre, avant de présenter des détails de l’oeuvre de Maurice Denis.

Mais il est temps de se concentrer sur la scène… les musiciens commencent à entrer, puis les chanteurs, puis le chef d’orchestre…

Le silence se fait, et le ténor va se placer à la droite du chef… Je découvre alors que les paroles sont traduites et projetées à trois endroits. En grand, au-dessus de la scène. Et en plus petit, à droite et à gauche, beaucoup plus bas. Au début, j’apprécie de comprendre ce qui est dit, car l’anglais de cette époque, qui plus est, chanté, n’est pas aisément compréhensible pour la mauvaise anglophone que je suis. Par la suite, j’en suis venue à me demander si cela ne constituait pas plutôt un obstacle, comme un paravent entre l’oeuvre et l’auditeur-e…

Moi qui avais déjà assisté à une représentation de la même oeuvre à la Madeleine deux ans avant, j’ai trouvé fort peu de ressemblances entre les deux interprétations. Il faut dire que la première était plutôt perturbée, comme je l’ai narré dans l’article Le Messiah que je lui ai consacré sur ce blog. Un point commun cependant : la soprano, dans les deux cas, a une voix trop faible, qui est couverte par la musique, et peu audible pour les spectateur-e-s. N’était-elle pas en forme, ou n’a-t-elle pas suffisamment levé la tête pour que la machinerie placée dans le lustre saisisse mieux les sons ? Marie-Henriette Reinhold ne semblait pas très à son aise sur scène. Il serait intéressant d’en connaître la raison… Très peu de vidéos sur elle en ligne, mais celle-ci démontre bien la puissance de sa voix. Un mystère, donc, que ce qui pourrait apparaître comme une contre-performance.

L’orchestre joue avec coeur et talent, sous la direction d’un chef expressif, qui par moments « danse » sur la scène. Hans Christoph Rademann n’hésite pas à quitter le pupitre pour être au plus près des musicien-ne-s et du choeur. Si cela vous intéresse, vous pourrez le voir en action, dans le Magnificat (Bach) sur cette vidéo.

La « basse » est interprétée par le bariton Tobias Berndt. Une véritable prouesse lors de la deuxième partie de l’oratorio… et le public l’a reconnue, à en juger par la force des applaudissements en fin de spectacle! On peut en avoir un aperçu dans son interprétation d’un autre air de Händel, en ligne ici.

Le ténor est Islandais. Benedikt Kristjansson a bien modifié son apparence depuis le temps où il enregistra la Passion de Saint Jean de Bach. Plus de cheveux longs… et il paraît bien « sage »… trop, à mon goût, trop de retenue dans son expression, c’est dommage… Mais je ne suis pas spécialiste, loin de là!

Ma préférée, et de loin, fut Dorothée Mields. Gracieuse malgré une robe vraiment affreuse et qui ne l’avantageait pas, la soprano (annoncée ici comme ténor?) m’a conquise dans les (trop rares) airs qu’elle a interprétés. Vous pouvez la voir et l’écouter sur cette vidéo ou cette autre. Et j’aime beaucoup l’entendre dans ce morceau.

Le choeur, quant à lui, s’est révélé exceptionnel et a séduit le public, qui aurait aimé un « bis » à la fin de la représentation.

J’attendais avec impatience le Hallelujah, me demandant si, comme cela se fait dans certains pays, le public allait se lever pour l’entendre. Ce ne fut pas, à mon sens, le « morceau d’éclat » de l’ensemble. Par contre, le « Amen » final a emporté / transporté / enthousiasmé, au sens profond du terme – allusion à theos, le Dieu – la salle. J’en ai écouté plusieurs versions en ligne, dont celle-ci qui a beaucoup de grâce, mais aucune n’atteint la puissance, la force, la beauté prenante de celle que j’ai entendu en ce mois de janvier 2022.

Malgré les petits « bémols » – c’est le cas de le dire! – que je me suis permis dans ce qui précède, ce fut un spectacle remarquable, et des moments très émouvants, de ceux qui marquent la mémoire. S’il en est parmi vous qui ne connaissez pas l’oeuvre, vous pouvez la découvrir dans son intégralité lors d’un enregistrement à la Grace Cathedral de San Francisco.

« Standing ovation » pour le choeur, les chanteur-e-s, l’orchestre et son chef, qui a duré longtemps… Hélas le public n’a pas eu droit à un « bis » quelconque, dommage!

Pixel… un spectacle époustouflant

Pour cause de crise sanitaire deux séances ont été annulées de ce… comment l’appeler? Ballet? Performance? Spectacle complet? L’oeuvre – et j’utilise ce terme bien volontairement, car je la considère comme telle – de Mourad Merzouki (mais pas seulement!) – tient de diverses disciplines et, en cela, possède l’originalité de l’intersectionnalité (au sens large). De la danse, de la musique, du numérique, du mime, du cirque… et, concernant la danse, du hip hop, de la brake dance, de la danse classique, de la roller dance, etc. Bref, une richesse, un foisonnement… mais bien ordonné, agencé, pensé… je suis restée « bluffée » après, mais j’étais « prise » dans les mailles de ce filet de pixels, comme la danseuse acrobate contorsionniste à un moment donné.

Et j’ai eu bien de la chance que celle du 6 janvier soit maintenue!

Les danseur-e-s de la Compagnie Käfig sont remarquables. Ils et elle nous ont donné après la longue ovation debout un aperçu de leurs talents divers, car il s’agit bien ici de complémentarité, de diversité, de partage…

J’ai découvert un compositeur que je ne connaissais pas, Armand Amar, et me suis promis de rechercher d’autres oeuvres de celui dont on vante le « syncrétisme ». J’aimerais notamment assister à une représentation de l’Oratorio Mundi, dont vous trouverez des extraits ici.

Les compositions musicales impulsent un rythme aux scènes diverses, et les corps se tordent, se contorsionnent, partent en vrilles ou en volutes… c’est le mot qui me vient à l’esprit en revoyant certaines figures.

L’espace lui-même est « tordu », transformé par les filets ou les points projetés. Au point que l’on voit courir l’immobile, ou stagner le mobile… le temps lui-même semble perturbé…

Il est difficile de rendre compte d’un tel spectacle en quelques mots. Télérama a utilisé le terme « féériques » pour le qualifier. J’y adhère…

Lorsque j’ai recherché pour vous des extraits filmés, je me suis rendu compte que la bande-annonce sur le site du 13ème art reflète les mouvements, mais trahit la musique, et permet mal d’appréhender les scenarii divers. Car il y a bien une forme de narration, mais presque imperceptible, et l’intellect est pris en défaut… n’est-ce pas ce que l’on peut parfois attendre de l’art?

Dernière minute : au moment de clore cet article, j’ai trouvé ici la bande intégrale du spectacle filmé par Arte. Mais, bien évidemment, cela ne « rend » pas ce que l’on vit et ressent dans la salle…

Un concert à Henri IV

Ce week-end avait lieu au Lycée Henri IV un concert, auquel je n’ai pu assister. Mais un ami musicien, membre de l’orchestre, a eu la gentillesse de l’enregistrer pour moi. Cela me permet de vous en faire part…

Ce concert était joué par l’Orchestre symphonique du lycée Henri IV (composé essentiellement d’élèves et anciens élèves de l’établissement, si l’on excepte 10% de professionnel-le-s), en hommage à sa cheffe récemment disparue, Marie-Christine Desmonts, violoniste avant la direction d’orchestre. Vous pourrez trouver ici des images de celle-ci, et là sa discographie… Pour ma part, j’ai apprécié celle où elle dirige Egmont (dont l’Ouverture fait partie du programme) pendant qu’un jeune homme danse… c’était au Lycée Turgot, en présence d’un ministre et d’un footballeur, pour un évènement intitulé Inégalités et Hip Hop (source).

Egmont, comme je viens de le dire, était au programme. Au départ, un « héros » ayant inspiré Goethe.

Lamoral (comte d'Egmont)
Le Comte d’Egmont (1522-1568)

Lamoral, comte d’Egmont, avait été exécuté comme un protestant alors qu’il était catholique, pour sa prise de position non-violente lors de la crise iconoclaste de 1566… De quoi nourrir l’imaginaire de Goethe, puis, par la suite, en 1810, la verve musicale de Beethoven. Voici l’enregistrement lors du concert…

Vous trouverez l’Ouverture sur le net, sans problème, car c’est l’un des extraits les plus fréquemment interprétés. Ici, par exemple, sous la direction de Daniele Gatti.

Le choix s’était aussi porté sur la symphonie n°3 de Mendelssohn, dite « Ecossaise ». Pourquoi ce qualificatif? En référence, dit l’histoire, à Marie Stuart et aux paysages de son pays envahi par la brume…

Il a fallu 13 ans pour que cette oeuvre voie le jour. En effet, sa composition, initiée lors d’un voyage en Ecosse en 1829 par un compositeur de 20 ans, a été interrompue par un voyage en Italie, pour n’être reprise que 12 ans plus tard à Londres. Et décidément elle est vouée au 13… car c’est un 13 juin (1843) que le reine Victoria l’applaudira…

Si vous souhaitez en entendre d’autres interprétations, pour une étude comparative digne de l’émission du dimanche, sur France Musique, dont je parlais récemment… on trouve surtout des extraits sur le net, mais il y a cette interprétation de la Philharmonia sous la direction d’Otto Klemperer que je vous laisse découvrir…

Un concert sincère, émouvant, en hommage à une cheffe d’orchestre généreuse et experte. Nous attendons d’autres concerts avec impatience, désormais sous la baguette de Jane Latron.

Hommage

En cette journée du 23 novembre – jour de son anniversaire -, j’espère que vous ne m’en voudrez pas de rendre hommage à mon frère disparu.

En effet, je viens de trouver une archive de l’INA où on le voit jouer sur scène, avec son orchestre, l’oeuvre qu’il a composée pour Roland Petit, le Mariage du Ciel et de l’Enfer.

Vous trouverez ici cet extrait.

J’avais vu une représentation de ce ballet à l’Opéra de Marseille, en 1985…

Le jeu d’Anatole

Le Lucernaire propose souvent des spectacles intéressants, originaux, voire drôles. C’est le cas en ce moment, avec ce que je ne sais comment la désigner, la « pièce » intitulée « Le jeu d’Anatole ou Les Manèges de l’Amour ».

Imaginez une scène exigüe, sur laquelle trois à quatre personnages tiennent à peine ensemble.

Et une mise en scène permettant de la transformer en salon, en restaurant, en salle de spectacle, et en belvédère… Une vraie gageure, un pari réussi pour le metteur en scène, Hervé Lewandowski.

Anatole est le stéréotype de l’homme assoiffé de conquêtes. Il se heurte, durant sa vie, à d’autres stéréotypes, de femmes, cette fois. Femmes diverses, tant par la condition sociale que par le style et par le caractère, par les choix de vie aussi. De la « cocotte » pseudo-artiste à la femme bourgeoise, elles se succèdent dans sa vie – et dans son lit – sans qu’il parvienne à les comprendre. Pour les interpréter, une seule actrice.

Mélodie Molinaro est surprenante, inattendue, enjouée, terriblement vivante, et impressionnante dans les diverses facettes de « la femme idéale », qui sont ainsi représentées successivement, jusqu’au dénouement inattendu. Elle chante, danse, virevolte, mais aussi pense, joue et se joue de l’Homme, et émeut…

L’ami fidèle, qui observe, commente, enregistre les méandres des amours d’Anatole, est interprété par Yann Sebile, terriblement séduisant avec sa redingote et son chapeau haut-de-forme…

Quant au troisième homme, il change de costume, de rôle, de ton, tout au long de la pièce, dans une succession incroyable de « seconds rôles ». Tous les personnes incarnés par Guillaume Sorel contribuent à « créer le décor », rendre compte de l’époque et du lieu… et faire rire les spectateurs/trices…

Enfin, proche de la scène, un acteur « invisible » mais pourtant très présent : le pianiste, qui est parfois « convoqué » par les autres, comme un des personnages. Son jeu permet d’évoquer les époques, par des interprétations situées de la musique d’Offenbach, qui accompagne les chansons ou devient fond sonore.

Car la musique est omniprésente et nous entraîne ailleurs, encore ailleurs, dans l’espace comme dans le temps.

Bref, vous l’avez compris, j’ai aimé ce spectacle, qui fait voyager, chantonner, danser sur son siège, et qui fait rire tout en étant au final très profond…

Pour en découvrir davantage, vous pouvez regarder ceci. Mais je vous le déconseille si vous envisagez d’aller voir la pièce… Mieux vaut se laisser surprendre, non?

Nuit des Rois

Enfin les salles réouvrent, et l’on peut retrouver le plaisir des concerts. C’est avec bonheur que j’ai retrouvé hier soir la nef enchanteresse qui vogue sur la Seine à l’ouest de Paris…

Une heure un peu étrange pour un concert, qui avait déjà été avancé à 19 heures, puis l’a encore été à 18h30, pour permettre au public de ne pas contrevenir à l’heure du « couvre-feu » stupide. Au programme : la Nuit des Rois de Schumann. Peut-être pas ce que j’aurais choisi en temps ordinaire, mais un des premiers grands concerts possibles, ça ne se rate pas!

Retrouver les lieux, l’ambiance un peu fébrile dans l’attente du moment où la musique va envahir les lieux et les corps, voir arriver et s’installer l’orchestre, puis le voir se lever pour accueillir la cheffe… autant de ressentis qui manquaient depuis si longtemps…

Parmi l’orchestre, quelques chanteurs/euses
Avec la cheffe d’orchestre, Laurence Equilbey

Les lumières s’éteignent, le silence se fait… Et l’écran s’illumine. C’est une des spécificités de ce spectacle : une projection d’images. Elles sont dues à Antonin Baudry – auteur de la bande dessinée Quai d’Orsay et scénariste du film Le Chant du loup. La vidéo accompagne toute l’oeuvre.

La récitante, Anna Lucia Richter

En transparence, on voit les minuscules silhouettes des membres du choeur et des chanteurs/euses lorsqu’ils passent derrière l’écran. Et, ce que j’ai beaucoup apprécié, les paroles sont traduites et reportées dans un espace réduit en haut à droite de ce même écran.

La Reine des Nymphes et Poséidon, et surtout la Harpe faite des os du Page…

Ce dispositif présente avantages et inconvénients. Du côté des premiers, outre la possibilité, non négligeable, de comprendre le texte, une dramaturgie omniprésente et le mélange des genres. Du côté des seconds, le fait, selon moi, de « distraire » de la musique, et cela me perturbe quelque peu.

Et puis, dois-je l’avouer, je n’ai pas apprécié le graphisme, ni les couleurs. Question de goût, peut-être…

Pour ce qui est de la musique, plutôt des oeuvres assez courtes qu’une oeuvre intégrale:

Schumann, Le Page et la fille du roi

Schumann, La Malédiction du chanteur

Trauermarsch (Marche funèbre) in Leonore Prohaska

Geistlicher Marsch (Marche spirituelle) in König Stephan

Schumann, Nachtlied

Bref, un ensemble de 5 « tableaux » illustrés, joués et chantés. L’interprétation de l’orchestre, sous la direction fine et forte de sa cheffe, m’a entraînée dans des univers tous plus sombres les uns que les autres, avec une mise en abîme de la cruauté, du déni de l’amour, et de la mort sous la vision la plus romantique qui soit.

Le choeur se déplace en une chorégraphie bien réglée et harmonieuse. D’abord, en chant « guerrier », sur chaque côté des balcons. Puis, sur la scène et derrière l’écran. Enfin, descendant les marches parmi le public assis en orchestre. Les costumes sont sobres, en nuances de bleu.

Lorsque le spectacle s’achève, les applaudissements pleuvent. Et successivement montent sur la scène le choeur (ci-dessus), les chanteurs/euses et la cheffe, puis le metteur en scène et tous les autres acteurs du spectacle.

Je ne suis pas parvenue à trouver d’enregistrement du spectacle, alors qu’il a été produit en partenariat avec France Musique, mais pour en savoir davantage sur Insula Orchestra, vous pouvez aller ici.

Et pour comprendre deux des oeuvres, une présentation drôle et bien faite ici. Une autre interprétation de Trauermarsch, un air que j’aime beaucoup (merci, Beethoven!).

Julia Fischer

Certain-e-s m’ont reproché de rédiger en ce moment des articles trop longs… Celui-ci sera donc très bref.

Juste l’envie de vous faire découvrir ou réentendre une violoniste que j’apprécie beaucoup : Julia Fischer.

D’abord, parce que j’apprécie beaucoup son jeu, à la fois sincère, dynamique et engagé. Bref, vivant.
Une semaine lui a été consacrée par Emilie Munera et Rodolphe Bruneau-Boulmier sur France Musique, au mois de janvier dernier. Vous pourrez donc vous y délecter d’informations sur elle et d’écoute de divers morceaux.

Vous trouverez aussi beaucoup d’interprétations de pièces très variées sur Spotify ou d’autres applications.

Mais il y a une autre raison : l’artiste partage sa passion pour la musique et le violon sous forme d’un « club » qu’elle a créé sur le net. Certes, c’est payant : 5 euros par mois ou 50 euros par an. Mais c’est tellement riche, que cela en vaut la peine. Et peut-être un modèle économique qui permettrait aux musicien-ne-s de « survivre » en période de crise comme celle que nous vivons… et, vu le nombre d’oeuvres que l’on peut écouter… franchement, ça vaut la peine!

« Dès l’âge de 3 ans, d’abord au piano puis au violon, je me suis sentie musicienne, avec toutes les responsabilités que cela implique. Cela vient peut-être de mon éducation. Ma mère pianiste, d’origine slovaque, mon père, mathématicien vivant en Allemagne de l’Est dans un pays communiste où l’art était une nécessité vitale. Je n’ai jamais eu peur de rien. Je crois que j’étais une gentille petite fille, mais avec un goût immodéré du risque. » (extrait d’un article du journal Le Monde).

A écouter sans modération…

Un peu de musique dans ce monde absurde…

Je ne sais pas si vous avez fait comme moi hier soir, à savoir vous réjouir d’un programme musical, « pour une fois »!, en début de soirée sur la une, et si vous avez tenté de le suivre jusqu’au bout. Personnellement, je n’y suis pas parvenue, malgré la participation de musiciens célèbres, comme Gauthier Capuçon. Mais même lui n’est pas parvenu à sauver cette émission, et j’oserai même dire que, bien que je sois loin d’être fan de Johny Halliday, sa tentative de substituer son instrument à la voix du chanteur m’a paru pitoyable. Et que dire de Claudio Cappello tentant de reproduire Caruso? Ou encore Dany Brillant singeant Aznavour! Bref, impossible pour moi d’aller plus loin… Sans doute dommage, car la programmation était alléchante, mais le caritatif ne justifie pas la médiocrité.

Ce n’est donc pas de cela que je vous parlerai aujourd’hui, mais d’un air que j’ai entendu par hasard un matin en démarrant ma voiture alors que la radio était branchée sur France Musique. Un air que chantait ma mère, qui jouissait, jeune, d’une voix lui permettant d’interpréter des opéras, opérettes… et chants d’église… Quand j’ai cherché à le retrouver sur le net, je me suis aperçue qu’il avait été interprété, et l’était encore, par des couples parfois improbables. Je vous propose donc en ce matin frigorifique de nous réchauffer au moins le coeur en découvrant quelques-uns d’entre eux.

Avant d’en arriver à l’interprétation, arrêtons-nous sur les paroles.

Belle nuit, ô nuit d’amour,
Souris à nos ivresses,
Nuit plus douce que le jour,
Ô belle nuit d’amour!Le temps fuit et sans retour
Emporte nos tendresses,
Loin de cet heureux séjour
Le temps fuit sans retour.

Zéphyrs embrasés,
Versez-nous vos caresses,
Zéphyrs embrasés,
Donnez-nous vos baisers!
Vos baisers! vos baisers! Ah!Belle nuit, ô nuit d’amour,
Souris à nos ivresses,
Nuit plus douce que le jour,
Ô belle nuit d’amour!
Ah! Souris à nos ivresses!
Nuit d’amour, ô nuit d’amour!
Ah! ah! ah! ah! ah! ah! ah! ah! ah! ah!

Vous avez reconnu – ou pas – les paroles de La Barcarolle (source). Je croyais naïvement (je suis néophyte en opéra!) que c’était un chant d’amour évoquant des plaisirs indicibles, mais ai découvert qu’il n’en est rien, et qu’en réalité elles reliaient au fantastique puisqu’elles avaient été initialement écrites pour Les Fées du Rhin, en tant que Chant des Elfes, qui fut leur premier titre. Nous sommes donc passés du Rhin de légendes au Grand Canal de Venise… Quels écarts! J’ai aussi appris que le terme même « barcarolle » venait de « barque », et que le rythme ternaire de la musique évoquait le balancement des embarcations sur les flots – ce qui m’a fait saisir la plaisanterie d’un des binômes dont je vais vous parler… D’une barque rhénane, nous voici donc transporté-e-s sur une gondole à Venise… pour y rejoindre la courtisane Giuletta, avec qui le Poète tente d’oublier ses amours malheureuses, en compagnie du / de la transgenre de l’histoire, La Muse devenue Nicklausse, le/la même qui, à la fin, le « consolera » (???) par ces mots : « Des cendres de ton cœur, réchauffe ton génie, / Dans la sérénité, souris à tes douleurs ! / La muse apaisera ta souffrance bénie, / On est grand par l’amour, et plus grand par les pleurs ! » (source) – pour ma part je préfère la première option!

Mais revenons à ce qui est le thème de cet article, à savoir les binômes de chanteurs/euses qui ont interprété le « couple » courtisane / Muse déguisée en homme.

Celui que j’ai entendu en ce matin glacé de février, de manière tout à fait inattendue mais bienvenue, était interprété par deux mezzo-soprano, Anne Sofie von Otter et Stéphanie d’Oustrac.

Je ne résiste pas à l’envie d’opposer à leur sérieux lors de l’entrée en scène et du début le « personnage » de Montserrat Caballe, d’abord dans cette représentation de 2011 (elle avait alors 78 ans), mais surtout ses rires et sa connivence avec Marilyne Horne en 1990 – le second étant pour moi un enregistrement inoubliable à tout point de vue. Les deux femmes se connaissent de longue date, je l’ai découvert en lisant la biographie de « La Superba ».

« Le premier succès international de Montserrat Caballé survient en 1965, quand elle remplace Marilyn Horne, enceinte, pour une Lucrezia Borgia en version de concert au Carnegie Hall de New York, où elle fait sensation : le New-York Times titre « Callas + Tebaldi = Caballé » ». (source Wikipedia)

La soprano à la large tessiture et la mezzo-soprano sont nées à la même époque, l’une en 33 et l’autre en 34, et cela fait donc, à ce moment, 25 ans qu’elles se connaissent, ce qui permet de comprendre le véritable « dialogue » de leurs voix.

Très différente, selon moi, la version suivante, chantée par Anna Netrebko (soprano) et Elina Garança (mezzo-soprano). Je suis très partagée à ce sujet. De belles voix, certes, avec une amplitude remarquable, et qui se complètent à merveille. Mais l’air résonne tout autrement… Je les préfère dans la Norma, lors de ce concert.

Bien moins connues, deux jeunes femmes lors d’un concours en Pologne, en 2014 : Julia Pietrusewicz (soprano) et Katarzyna Radon (mezzo-soprano).

J’apprécie l’interprétation plus sobre de Kristina Bitenc (soprano) et Monika Bohinec (mezzo-soprano), bien que la prestation de l’orchestre me plaise moins que les autres – vous remarquerez au passage l’attirance du preneur / de la preneuse de vue pour les jeunes femmes!

Les chanteuses des pays de l’Europe « orientale » (par rapport à la France) sont visiblement attirées par ce morceau, à en juger par leur quantité sur la toile… En voici un autre exemple, avec des « roulades »… Il y a un autre enregistrement du duo, avec un son de piètre qualité, mais remarquable par l’absence d’orchestre. Une autre particularité : Irina (soprano) et Cristina (mezzo-soprano) Lordachescu sont soeurs.

Si vous poursuivez la recherche sur You Tube, Spotify ou autre, vous observerez comme moi la grande variété d’interprétations de ce morceau si bref… D’orchestres et accompagnements musicaux divers, de voix et de « jeux » entre celles-ci, de formes d’appropriation de l’oeuvre aussi…

Je me suis demandé si la Callas avait été enregistrée, chantant cet air. Oui, mais il m’est inaccessible. Si vous êtes abonné-e à Deezer, partagez-le?

Pour finir, une de mes versions préférées, celle de Natalie Dessay et Philippe Jaroussky – mais j’avoue ne pas être totalement impartiale, car je suis fervente admiratrice de ce dernier, comme de beaucoup de contreténors…