Ravel et la musique espagnole. Belle découverte de jeunes talents

Ciboure est désormais bien repérée pour les manifestations autour de Ravel, qui aimait y séjourner, et en particulier le Festival Ravel. Je viens de découvrir qu’il existe aussi, depuis peu, un « hors-les-murs », un « off », selon l’expression consacrée en Avignon naguère.

Et celui-ci permet notamment à de jeunes interprètes de jouer en concert dans divers lieux. Avant-hier soir, c’était à la chapelle d’Amotz, à Saint-Pée-sur-Nivelle, qu’iels se produisaient.

Pourquoi l’Espagne? Outre, bien sûr, le fait que le Pays Basque ne connait pas de frontière entre les deux pays. Les rapports entre le compositeur et ses pairs outre Pyrénées constituaient cette année le fil directeur du festival qui s’est déroulé fin août et début septembre, et dont le « off » est en quelque sorte la prolongation, une mise en perspective du devenir des artistes de l’Académie Ravel. Voici l’introduction sur le site du festival.

« Au crépuscule du XIXe siècle, la musique espagnole devient un horizon créatif. D’Isaac Albéniz à Manuel de Falla en passant par Enrique Granados, c’est toute une génération de compositeurs et interprètes espagnols qui travaillent au tournant du XXe siècle, pendant quelques années fertiles à Paris à ce qui deviendra la « musique espagnole moderne ». Contemporains de Ravel et Debussy, ils vont permettre un nouvel âge d’or de la musique espagnole. Le pianiste Ricardo Viñes, trait d’union entre Ravel et Falla, introduisant ce dernier au sein du groupe des Apaches réuni autour de Ravel, fera naître une amitié et une admiration artistique mutuelle. Cette école espagnole « de Paris » dépasse la seule musique, et s’illustrera aussi avec des peintres comme Juan Gris, Pablo Picasso ou Joan Miró.

À l’occasion du cent cinquantième anniversaire de Manuel de Falla en 2026, le Festival Ravel vous propose de faire le voyage entre Espagne moderne et Espagne rêvée.« 

C’est donc la naissance de Manuel de Falla qui fut prétexte à désigner cette thématique, 150 ans plus tard. Si vous me permettez une petite parenthèse : en cherchant à en savoir plus, j’ai découvert que mon frère, compositeur, est né le même jour que lui, un 23 novembre… Mais revenons à notre sujet, le concert de ce vendredi 18 septembre 2026, dont le programme m’a quelque peu surprise car je n’y trouvai aucune pièce de Ravel!

Mais ce fut un moment délicieux (si l’on excepte l’inconfort absolu des sièges de cette jolie petite chapelle). Deux pianistes déjà virtuoses malgré leur jeune âge, et trois archets merveilleusement agiles dans les mains de trois jeunes filles (violon, alto et violoncelle), elles aussi virtuoses en herbe. J’étais malheureusement mal placée pour prendre des photos, mais je tiens à vous présenter ces artistes.

C’est Vincent Martinet qui a ouvert le concert, en jouant Albaniz, l’un de ceux qui ont aidé de Falla lors de ses débuts difficiles à Paris.

C’est « À Paris, Falla reprend contact avec Joaquín Turina, qui lui trouve une chambre rue de Belloy[31]. Ses débuts sont difficiles : il doit même collecter des coupons de journaux pour obtenir de la nourriture gratuite[32]. Il commence par gagner sa vie comme pianiste d’une petite troupe de pantomime qui joue L’Enfant prodigue d’André Wormser, et effectue des tournées en France, en Belgique, en Allemagne et en Suisse[33]. Peu après son arrivée à Paris, il rencontre Paul Dukas, qui le présente à Isaac Albéniz et Claude Debussy[34]. Grâce à une lettre de recommandation, il fait également la connaissance de Ricardo Viñes, qui le présente aux Apaches, un cercle de jeunes musiciens d’avant-garde dont fait notamment partie Maurice Ravel[35]. Toujours par l’intermédiaire de Viñes et d’Albéniz, il fait la connaissance d’Alexis Roland-Manuel, a accès à d’autres cercles culturels parisiens et rencontre d’autres artistes espagnols de la ville, tels qu’Enrique Granados, Pablo Casals, Miguel Llobet, Ángel Barrios, Enrique Fernández Arbós, Josep Maria Sert et Pablo Picasso[36]. Pendant cette période, il gagne sa vie en donnant des leçons de piano et en faisant des tournées de concerts[37]. »

J’ai (mal) réussi à « saisir » le pianiste en train de se préparer, en compagnie de la violoncelliste vénézuélienne Maria-Andrea Mendoza.

Hélas pas de photo claire de Thom Poirier, mais on le voit ici quittant le piano, après avoir joué en compagnie de la violoniste Noemi Gasparini, une jeune italo-mexicano_française, que je n’ai malheureusement pas pu bien photographier en raison de son placement.

Par contre j’ai toute une série de l’alto, Cassandra Teissedre, qui se situait pile au milieu…

Un très beau concert, et des moments émouvants, envoûtants, comme d’autres plus entraînants, voire dansants.

Une soirée à Radio France. 2. Le compositeur dirige…

Comme je vous l’ai dit précédemment, c’est le compositeur de deux des oeuvres au programme qui dirige l’orchestre en ce vendredi soir. N’en ayant jamais entendu parler, j’ai cherché qui était Thomas Adès. Voici ce qu’en dit le site de l’Opéra National de Paris :

« Né à Londres en 1971, le compositeur, chef d’orchestre et pianiste Thomas Adès a étudié le piano à la Guildhall School of Music & Drama et la musique au King’s College de Cambridge. Ses opéras sont au nombre de trois : Powder Her Face (1995), The Tempest (2004) et The Exterminating Angel (2016).

En 2021 a eu lieu à Londres la première de Dante, œuvre spécifiquement écrite pour la danse. Sa musique de chambre comprend les quatuors à cordes Arcadiana (1994) et The Four Quarters (2010), un Quintette pour piano (2000) et le quintette pour clarinette Alchymia (2021). Sur le plan orchestral, il a composé Asyla (1997), le Concerto pour violon « Concentric Paths » (2005), Tevot (2007), In Seven Days (2008), Polaris (2011), un Concerto pour piano et orchestre (2019), Shanty-over the Sea pour cordes (2020), Märchentänze pour violon solo et piano / orchestre (2021) et Air-Homage to Sibelius pour violon et orchestre (2022). »
Apparemment, le site n’est pas très compler, puisqu’on ne voit pas dans ces lignes les deux oeuvres représentées ce soir :
En tant que chef d’orchestre, Thomas Adès se produit notamment avec l’Orchestre philharmonique de Los Angeles, l’Orchestre symphonique de Londres et le Royal Concertgebouw d’Amsterdam.

À l’Opéra national de Paris : The Dante Project, 2023 ; The Exterminating Angel, 2024 ; tournées Orchestre de l’Opéra national de Paris (San Sebastián, Saint-Jean-de-Luz), 2025″

En effet, ce soir, c’est un concerto In the Seven Days qui est joué en première partie, puis une oeuvre indéfinissable, Aquifer, qui clôt la seconde. J’ai beaucoup apprécié les deux, pour des raisons différentes. Au passage, remarquons qu’elles comportent 7 mouvements… comme la symphonie de Sibelius est la 7ème, ce chiffre domine la soirée, comme l’a aussi observé l’auteur d’un article que je vous conseille de lire, car il est vraiment expert et intéressant. En voici un extrait :

« D’une durée de 30 minutes, il est structuré en 7 mouvements regroupés entre trois parties : les deux premières parties de trois numéros vont du spirituel/cosmique au réel/terrien et au vivant, et la dernière s’intitule Contemplation. »

J’ai été totalement transportée dans certains de ces mouvements, d’une lenteur et douceur dé-concert-antes, c’est le cas de le dire. Voici ce qu’en dit l’article sus-cité.

« Le mouvement III. Land- Grass -Trees est envoûtant sous les doigts de Bertrand Chamayou, les notes s’égrènent comme des lumières sur un tapis sombre de cordes, avec une magnifique progression comme un vent qui se lève et devient puissant (ou comme un arbre qui pousse ?).« 

Le concerto laisse une place surprenante au piano, dont Chamayou joue divinement.

J’ai un peu moins aimé Aquifer, peut-être parce que sa présentation m’avait laissé espérer entendre le doux murmure de l’eau, et que c’est plutôt un torrent qui a déferlé au début et à la fin.

Ce final a aussi questionné l’auteur de l’article…

« Arpèges mystérieux, crescendos très bien menés tant dans l’écriture que dans la direction, climax dansant (le chef danse lui-même et Bernstein n’est pas loin), c’est de la belle écriture avant un final glorieux en do majeur. Mais quel est le sens de cet accord triomphal alla Symphonie n°5 de Beethoven, Symphonie n°3 avec orgue de Saint- Saëns, voire Symphonie n°7 de Mahler ? S’agit-il seulement d’obtenir à bon prix les faveurs du public, tant le do majeur force aux vivas et aux applaudissements ? Ou s’agit-il aussi de célébrer la magnificence des poches géologiques quand leur précieux liquide retourne à la lumière de la surface terrestre ? Qui danse et pour se réjouir de quoi ? Ce final, en 2024 et encore plus en 2026, interroge. »

Si vous souhaitez découvrir davantage ce compositeur, son site est accessible, en anglais…

Mais vous me connaissez, je n’allais pas m’en tenir là. La question du double rôle « compositeur / chef d’orchestre » m’a poussée à faire des recherches. J’ai ainsi appris que, si la fonction « direction d’orchestre (ou de choeur) » est attestée depuis l’Antiquité, avec différents « outils » dont la main, l’archet, et même la canne – qui a causé la mort de Lulli qui se l’était enfoncée dans le pied lors d’une répétition difficile -, le fait qu’une personne se consacre à cette direction, en tournant le dos au public, date de la fin du 18ème siècle en France, et de la moitié du 19ème en Angleterre, où les résistances furent plus fortes.

« Louis Spohr (1784-1859), puis Carl Maria von Weber (1786-1826) et Felix Mendelssohn (1809-1847) sont ainsi les premiers chefs à diriger les musiciens avec une baguette ou un archet face à l’orchestre et non plus aux spectateurs, au grand étonnement des orchestres et des auditeurs, plutôt déroutés et fortement réticents devant cette pratique indécente, qui fait tourner si impoliment le dos au public. »

Il ne manque plus que Mendelsohn… Pour vous amuser, une représentation de lui, enfant, déjà en direction d’orchestre. L’image est sous copyright, comme vous le voyez, mais autorisée pour usage non commercial. Malgré la pollution par le chiffrage, j’ai souhaité la partager avec vous…

Auteur: WOLDEMAR FRIEDRICH

Titre: The Young F.Mendelssohn-Bartholdy / Woodc.

Légende: Mendelssohn-Bartholdy, Felix ; compositeur allemand . Hambourg 3.2.1809 – Leipzig 4.11.1847. Felix Mendelssohn-Bartholdy enfant dirigeant. Grav. sur bois d’ap. dessin de Woldemar Friedrich (1846-1910), coloriée ultérieurement.

Technique/matériel: GRAVURE SUR BOIS • ARTS GRAPHIQUES • IMPRIME

Si cette question vous intéresse, je vous conseille de lire cet article très intéressant de ResMusica, qui a répondu à ma question : est-ce « habituel » que des compositeurs dirigent l’interprétation de leurs propres oeuvres? La réponse est « oui ». Les premiers à l’avoir fait ne sont autres que Berlioz et Wagner. Je vous laisse jouer à reconnaître les compositeurs dans ce schéma proposé par l’article sus-cité…

Par contre, cela provoque un autre questionnement. « Quelle place, dès lors, à « l’interprétation », dans toutes les acceptions du terme?

Pour en revenir à Thomas Adès, j’ai cherché des vidéos où on le verrait diriger. Je n’ai trouvé que cette « captation sauvage », prise par smartphone, visiblement. Mais le terme « énergie » me semble bien choisi… Et un entretien avec lui, en anglais, sur ce site.

Et pour en savoir plus, bien sûr, France Musique, où vous retrouverez l’intégralité du concert, y compris la Symphonie n°7 de Sibelius, dont je n’ai pas parlé mais qui m’a envoûtée… Ainsi que d’autres pièces du compositeur.

Une soirée à Radio France, épisode 1. Sibelius, Tapiola et le Kalevala

J’ignorais qui était Thomas Adès, certes. Mais j’apprécie Sibelius… Direction donc le Parisian Far West en ce vendredi soir! Arrivée un peu tôt, je prends le temps de monter au 2ème étage et y découvre un bar fort agréable et étonnamment peu fréquenté.

Le temps d’un Moscow Mule, et me voici redescendant vers le 1er, pour gagner ma place. Le plafond est toujours aussi beau!

Je suis toujours étonnée par le nombre impressionnant d’instruments dans un orchestre symphonique. Mais, cette fois, je le suis encore davantage. Pourquoi? Je ne sais. Peut-être les deux pianos? Les percussions très variées? Ou simplement le fait que, la scène étant plus petite que celle de la Philharmonie ou de la Seine Musicale, la quantité paraît supérieure? Mais voici qu’arrive un homme que je prends pour le chef d’orchestre.

Mais non, c’est un présentateur qui vient introduire le spectacle. Et j’apprends alors que le Maestro, ce soir, est aussi le compositeur de deux des morceaux qui vont être interprétés. Fait assez rare, n’est-ce pas? Mais d’abord Sibelius, avec Tapiola. En 1926, Sibelius, qui a alors 61 ans, vit dans la Villa Ainola (du nom de son épouse, Aino), nichée dans une forêt de pins. C’est là qu’il va composer ses deux dernières oeuvres, qui font l’objet du concert de ce 10 avril, cent ans plus tard. Il poursuivra sa vie sans composer durant les 31 années qu’elle durera encore, jusqu’en 1957…

Si vous êtes fan de la mythologie ougro-finnoise, vous connaissez sûrement Tapio. Ce n’était pas mon cas avant cette nuit, où je l’ai découvert. Revenons en 1835, plus exactement le 28 février. Un érudit, Elias Lönnrot, publie le premier Kalevala ou Les vieilles chansons caréliennes du peuple finnois d’antan. Vous êtes perdu-e? Alors décomposons. La Carélie, c’est une république sise à l’est de la Finlande.

« En 1617, par le traité de Stolbova, signé par la Suède (à laquelle était alors rattachée la Finlande) et la Russie, que la Carélie fut divisée en deux: à l’ouest, la Carélie finlandaise, à l’est, la plus étendue, la Carélie russe, elle même divisée en Carélie blanche au nord, et en Carélie Olonets au sud. Lorsque la Finlande passa sous domination russe, la partition resta effective même si les nationalistes finlandais, renforcés par tout un courant littéraire et musical, en firent, au milieu du XIXème siècle, un thème de leurs aspirations… » (source).

Je vous passe tous les détails de la Première Guerre Mondiale, durant laquelle la Carélie redevint Finnoise.

« ‘C’est en octobre 1920 que le traité de Tartu signé par la Finlande et la Russie soviétique fixa la frontière entre les deux pays: si, au Nord, la Finlande gagnait un accès à la mer de Barents, elle dut en revanche renoncer à ses prétentions sur les régions de Repola et Porajärvi contre la volonté affichée de leurs habitants. »

Sibelius n’est pas Carélien. Il est né et a vécu en Finlande méridionale, dans la région d’Helsinki. Mais il s’est intéressé à un ouvrage publié en 1835 par un certain Elias Lönnrot. Explorateur, médecin, poète et linguiste. Bref, un érudit, qui soutenait qu’une nation ne peut exister sans base culturelle partagée.

« Voici qu’un désir me saisit,
L’idée m’est venue à l’esprit
De commencer à réciter,
De moduler des mots sacrés,
D’entonner le chant de famille,
Les vieux récits de notre race… »

« Lönnrot eut l’idée de rassembler les légendes de l’ancienne Finlande en 1828. Il parcourt Finlande et la Carélie pendant les sept années suivantes rendant même dans les plus petits villages. Puis, il compara et adapta ces légendes pour en faire une épopée héroïque qu’il appela le Kalevala. Ce recueil s’est enrichi jusqu’à rassembler près de 23 000 vers en 1849.
En réalité, le Kalevala prend sa source en partie dans l’ancienne mythologie et en partie dans l’imagination d’Elias Lönnrot lui-même. Dans son ardeur à vouloir écrire une épopée comparable à l’Iliade d’Homère, Lönnrot a écrit des poèmes entièrement nouveaux à partir de fragments d’informations qu’il a réunis pendant ses voyages. Le Kalevala raconte une querelle entre deux peuples: les Kaleva originaires du sud de la Finlande et les Pohjola venus du nord de la Finlande et de la Laponie. »

Si vous voulez le lire à votre tour, le voici, ce livre qui regroupe cinquante chants, sous le titre Kalevala, « Terre Nourricière des Héros ».

Parmi les divinités, Tapio.

« Dieu ou esprit de la forêt, Tapio apparait sous forme humaine en général nu mais parfois magnifiquement habillé; il porte une magnifique barbe de lichen et d’épais sourcils en mousse.
Il est cité dans le récit du Kalevala.
Les chasseurs lui adressaient des prières avant la chasse pour qu’elle soit fructueuse.

Il vivait au cœur de la forêt en compagnie de son épouse, la belle déesse de la forêt, Mielikki. Ils étaient les parents du dieu de la chasse, Nyyrikki et de trois filles Annikki, Tellervo, Tuulikki. » (Source)

Et nous en revenons à Sibelius, et à Tapiola, le premier des morceaux de cette soirée. Le dernier composé par le musicien. Comme un oméga face à l’alpha qui serait sa Première Symphonie. Voici ce qu’en dit Radio Classique.

« Sibelius s’inspire des contes mythiques du Kalevala écrits dans les années 1830, sous la plume d’Elias Lönnrot (1802-1894). Vingt-trois mille vers exaltent les chants de Carélie. Sibelius choisit l’un des héros, Kullervo pour sa symphonie. L’identité nationale nourrit l’originalité du langage du compositeur. Elle annonce la Première Symphonie de 1899. Celle-ci recompose un folklore imaginaire criant de vérité.

L’inspiration se tourne plus volontiers vers les couleurs slaves d’un Tchaïkovski. « Il y a chez cet homme bien des choses que je reconnais en moi-même » affirme Sibelius à son épouse Aino, en songeant au musicien russe. Lors de la création, en 1899, le succès est d’autant plus immédiat que le public s’approprie l’œuvre comme un acte de résistance face à l’hégémonie de la Russie du tsar Nicolas II.« 

Très d’actualité, n’est-ce pas? Mais alors que dans cette symphonie le héros est le seul personnage tragique de la mythologie finlandaise, Tapio est au contraire une divinité respectée, à laquelle les chasseurs s’adressent avant leur équipée. Dieu ou esprit? Je ne sais. Mais il est souvent représenté sous forme humaine avec barbe de lichen et sourcils en mousse.

Si vous voulez en savoir plus, un intéressant documentaire en ligne, mais en anglais.

Revenons à la musique, maintenant que nous avons une idée du contexte… Vous ne l’entendrez pas par l’Orchestre de Radio France, mais par celui de Londres. Cependant, vous aurez une idée de la puissance de ce poème symphonique en écoutant ceci. Et, si vous voulez en savoir davantage sur sa composition, un podcast en ligne est disponible sur le site de RadioFrance.

Violoncelle suédois

En une semaine, j’ai eu la chance d’assister à deux concerts avec l’instrument que je préfère : le « cello », le violoncelle. Le premier, dont je ne vous ai toujours pas parlé car, comme vous l’avez remarqué, voici bien longtemps que je n’ai pas rédigé d’article (tout au moins, en entier, car le nombre de « brouillons » devient important hélas), était de mon artiste préférée, Sol Gabetta. Cette fois, ce sont deux jeunes Suédoises que je suis venue écouter ce dimanche 22 février, tout en découvrant qu’il existait à Paris une église suédoise… Eglise? J’avoue que j’ai été un peu perdue, car j’ignorais qu’il existait des églises protestantes… pour moi, c’était forcément des temples…

Je me suis donc renseignée, notamment dans cet article très clair. Si j’ai bien compris, les Luthériens utilisent le terme « église », alors que les Calvinistes lui préfèrent le terme « temple ». Sachant que, d’une manière générale, toute église est en quelque sorte un temple… Or, en Suède, plus de la moitié des habitant-e-s seraient luthériens, selon France Diplomatie.

« Religion(s) : Église de Suède (évangéliques luthériens – 55,6 %) ; sans religion (32%) ; musulmans (8,9%) ; chrétiens orthodoxes ; catholiques. »

Et elle serait bien discrète, cette église, dans cette petite rue du 17ème arrondissement, la rue Médéric, si le drapeau ne la faisait pas remarquer.

J’ai été saisie par le contraste entre une forme de rigueur et de sobriété, d’une part, et des détails accueillants et chaleureux, d’autre part. Il faut préciser que j’ai eu besoin de me rendre dans un endroit intime, et un homme m’a laissée, pour ce faire, pénétrer dans la partie à gauche de la cour, dans laquelle j’ai été surprise par un énorme puits. Suivez-moi…

Les langues utilisées dans les « toalett » m’ont également surprise.

L’anglais, à gauche, est remplacé par l’arabe, à droite…

Mais l’heure du concert approche, entrons donc dans l’église.

Pas de crucifix, mais un Christ « rédempteur » (?) (moins grand que celui de Rio!). A vrai dire, je ne suis pas certaine du terme, car, ici, les mains sont tournées vers le sol. Si parmi vous il se trouve des experts en statuaire religieuse, merci de m’aider à qualifier cette statue. Quoi qu’il en soit, moins dramatique que les Christ en croix de nos églises…

Mais pourquoi une église suédoise à Paris? Celui qui m’avait ouvert la porte des autres locaux, et que je pense être le pasteur, a précisé qu’ils allaient, cette année, fêter les 400 ans de l’église. Ce que je n’ai pas compris, car elle a été construite entre 1911 et 1913. J’ai beau être nulle en mathématiques, cela ne fait pas 400 ans… L’article de Wikipédia est bien documenté, vous pourrez le lire avec intérêt. On y apprend qu’effectivement un pasteur, Jonas Ambraeus, a célébré le culte suédois à Paris pour la première fois en octobre 1626

et que le savant Hugo Grotius, devenu ambassadeur à Paris, a installé une chapelle dans le salon de l’ambassade, 7 quai Malaquais…

Pourquoi dans l’ambassade, me direz-vous? Tout simplement pour profiter de l’extraterritorialité. Replacez-vous dans l’époque. Le culte protestant était interdit par l’Edit de Nantes (1598). Les Suédois y avaient donc droit, dans l’enceinte de Paris, mais pas les citoyens français (si vous vous souvenez des « dragonnades » en 1678) qui, eux, devaient sortir de la ville et se rendre au temple de Charenton. Mais tout au long de l’Ancien Régime, des Français furent baptisés dans la chapelle suédoise, qui a changé d’emplacement deux fois : Hôtel de Cavoye, puis 52 rue des Saints-Pères.

Pour en revenir à l’édifice actuel, il a vécu une histoire récente agitée, car il a failli… être vendu!

« L’Église de Suède, de confession protestante, est présente en France depuis 1626. Elle est aujourd’hui hébergée dans le XVIIe arrondissement de Paris, dans un bâtiment de brique rouge construit entre 1911 et 1913 qui offre aux fidèles un lieu où se retrouver au cœur de la capitale. Le clergé suédois envisage cependant, pour des raisons économiques, de vendre les locaux parisiens. 

Cette menace qui pèse sur l’église suédoise à Paris a provoqué débats et contestations. Un groupe Facebook a été créé afin de s’opposer à la vente, et une pétition a été lancée pour sauver le bâtiment. De nombreuses personnes rappellent l’importance de représenter l’Église de Suède en France, mais aussi le rôle que joue le bâtiment dans la vie locale des fidèles, et le patrimoine culturel qu’il constitue. Dans une tribune pour Dagens Nyheter (article), l’autrice Helena Lindblad se remémore des moments de partage et d’émotion, des rencontres, des découvertes. Elle estime que cette vente serait « une erreur historique ». »

C’est l’alliance de la municipalité, des fidèles, mais aussi des riverains, qui a permis de sauver l’ensemble d’un projet immobilier.

« Estimé à plus de 6 millions d’euros, cet ensemble de 13 000 m2 comprend non seulement l’église mais également une école primaire, une grande salle paroissiale, des bureaux et un logement de fonction bâtis sur une parcelle de 700 m2.

Ce bien avait été récupéré par la congrégation au moment de la séparation entre l’Église et l’État, acté en 2000 en Suède, alors qu’elle l’avait cédé 50 ans plus tôt à l’État suédois pour une couronne symbolique. »

Le pasteur a invité tout le public aux festivités qui se dérouleront cette année… A voir?

Mais revenons-en au concert…

Ce fut un enchantement. Les deux jeunes artistes sont talentueuses, et m’ont fait vibrer tout au long du spectacle. Il faut dire que j’adore Sibelius… Voici un autre enregistrement de Malinconia, si vous souhaitez découvrir l’oeuvre. Mais l’arrangement de Franck était aussi émouvant. En voici aussi une autre version. Les artistes ont offert trois autres morceaux, deux classiques, d’abord, et, pour finir différemment, Barbara, « Dis-moi, quand reviendras-tu? »

Deux jeunes musiciennes aussi passionnantes que passionnées… J’ai trouvé le site de l’une, Alice Power, mais pour l’autre, le site est presque vide, et je vous propose seulement un article en suédois… Si vous avez l’occasion de les écouter, ne vous en privez pas! Un moment de bonheur musical partagé…

Concert à Notre Dame

Je confirme ce que j’ai déjà écrit ici : je n’apprécie pas du tout la restauration de la cathédrale de Lutèce… Trop! Trop neuf. Trop blanc. Trop « sans vie ». Et puis, cette horrible flèche que l’on doit à celui qui voulait « moderniser »!

Mais ce n’est pas de l’édifice dont il est question. Je préfère vous parler du concert qui s’y tenait en ce mardi 10 février aussi humide que pluvieux et qu’est en train d’introduire le prêtre que vous apercevez en bas à gauche de la photo, sous la Vierge et l’Enfant. Vous ne voyez pas? Un petit coup de zoom?

Quatre solistes ayant appartenu ou chantant encore à la Maîtrise de Notre-Dame se sont succédés ou ont chanté en polyphonie, entraînant le public dans des émotions diverses. Le programme était dense : 15 morceaux au total, de 10 compositeurs. En effet, Monteverdi était le plus représenté, suivi de Cavalli et de Purcell, pour ma plus grande joie. Je ne vais pas évoquer l’ensemble, mais focaliser sur les airs qui m’ont le plus envoûtée et/ou que j’ai découverts.

D’abord, « O bone Jesu », du maître de Monteverdi, Francesco Cavalli. Je ne puis vous faire entendre la version que j’ai ouïe, mais en voici une autre tout aussi belle. Du même compositeur, Ave Regina coelorum, dont un extrait est présenté sur le site de la cathédrale. Ensuite, le Salve Regina de son élève. Même chose que pour le précédent, une autre version ici.

Un ravissement donc, une évasion certaine, loin des tristes réalités du quotidien. Un baryton, un ténor, une mezzo-soprano et une soprano étaient accompagné-e-s par le titulaire de l’orgue de choeur, Yves Castagner, dans un jeu tout en délicatesse (à gauche sur la photo ci-dessous).

Un regret cependant pour moi : la sonorisation est un peu faible pour le volume de l’édifice. Je l’avais déjà observé précédemment, cela s’est confirmé. Résultat : l’orgue l’emportait un peu trop sur les voix, et en particulier celle de ma tessiture préférée : mezzo-soprano (limite alto parfois), Joséphine Geoffray. Mais elle m’a quand même enchantée / en-chantée / en-chant-et?

Gautier Capuçon, quelle virtuosité!

Invitée hier soir à un concert d’une de mes idoles, Gautier Capuçon (j’apprécie aussi son frère, mais comme je préfère le violoncelle au violon…), j’ai couru jusqu’à l’extrême nord-est parisien pour assister au concert auquel il participait, dans une salle que j’aime beaucoup, la Salle Pierre Boulez.

Si vous êtes un peu expert en musique, vous aurez compris, en voyant le programme, qu’il ne prenait part qu’à la première partie de celui-ci, car la Symphonie du Nouveau Monde ne permet pas de mettre en valeur un virtuose du violoncelle. Par contre, il nous a gâté-e-s en ajoutant un morceau extrait de son dernier album, Gaïa (en hommage à la Terre), Toward the Forest que Bryce Dessner a composé pour lui. Rappelons donc, pour celles et ceux d’entre vous qui ne suivent pas sa carrière, qu’il s’agit d’un projet, présenté en ces termes sur le site de l’éditeur, Warner Classic (où vous pourrez le trouver, soit dit en passant).

« … un album inspiré réunissant dix-sept créations mondiales signées par seize compositeurs contemporains. Ce projet explore la relation entre l’humanité et la nature sous un prisme multiple, puisant dans différents genres musicaux, esthétiques et influences culturelles, ainsi que dans les contrastes saisissants du monde naturel.

« Chaque morceau donne sa propre voix au violoncelle, nous plongeant dans la puissance et la profondeur de la nature et de la Terre, source de toute vie », explique Gautier. « Dans chaque pièce, c’est la Terre qui s’exprime en musique : parfois fragile, parfois majestueuse, toujours essentielle. … Cet album est aussi un chant d’alerte, un hymne à cette beauté menacée, une prière pour les générations futures. »

Mais revenons au début du concert. Comme je n’avais pas vu le programme en amont, il m’a beaucoup surprise. Imaginez: vous attendez un orchestre symphonique et un soliste, et vous vous retrouvez devant… 4 musiciens! Et qui plus est quatre trompettes! Je n’avais jamais vu cela. Et c’est apparemment normal, car en faisant mes recherches j’ai appris que ce serait le plus petit ensemble requis pour une « fanfare ». Plus le chef d’orchestre, bien sûr. Un morceau envoûtant, étonnant, que je n’avais jamais ouï. C’est le 5ème d’une série de 6, composée par Joan Tower (pianiste et compositrice américaine, aujourd’hui âgée de 87 ans), dédicacé à Joan Harris, née, elle, en 1920.

Une petite parenthèse pour vous expliquer cette dédicace. Toute sa vie, elle a lutté contre les inégalités et la pauvreté, et soutenu les arts. Son (second) époux fortuné l’y a aidée en finançant beaucoup de ses actions, dont la création d’un théâtre à leur nom.

« Joan and Irving Harris review plans for a concert hall in Aspen in 1993.

Harris forged ahead, helping to raise funds and secure a location at Millennium Park in Chicago’s Loop, the city’s bustling central business district. When it opened in November 2003, the Harris Theater became the first multiuse cultural venue built in downtown Chicago since 1929. It has gone far in creating the kind of supportive and lively arts community Harris and other believers long envisioned. »

C’est à l’occasion de ce concert à Aspen qu’a été créée cette « Fanfare for the Uncommon Woman n°5 » que j’ai beaucoup appréciée. En quelque sorte, un hommage à deux femmes, de deux générations différentes : une philanthrope active et une musicienne, compositrice.

S’est ensuivi une pièce assez longue, prenante, un peu « déprimante », mais si intense et magnifiquement jouée par Gautier Capuçon! Voici comment elle est expliquée sur Wikipédia.

« Le soliste ouvre le Largo par une phrase grave et méditative, puis dialogue avec l’orchestre, d’une manière de plus en plus énergique et tendue, surtout dans la deuxième partie du mouvement, marquée par les sonorités du xylophone et une opposition entre les pizzicatos et les accords du violoncelle et la percussion. La fin du mouvement revient à l’intériorité et la retenue du début. Les deux mouvements suivants s’enchaînent et sont indiqués l’un et l’autre Allegretto. Le début s’apparente à une danse tzigane, d’abord assez légère, puis prenant l’allure d’une toccata, avec roulements de tambour et sonneries de cor. La partie suivante est contrastée entre des phrases lyriques, d’autres rythmées, parfois des explosions de violence et une formule cadentielle très classique. L’œuvre s’achève par une longue note grave du violoncelle sur fond de martèlement léger au xylophone. »

Vous pourrez en voir et écouter quelques extraits sur You Tube, qui suffiront à vous faire comprendre l’admiration sans borne pour la virtuosité de Gautier Capuçon, qui n’est pas que « technique ». On parle de l’âme d’un instrument, mais ici c’est la rencontre de trois âmes, celles du compositeur, de l’interprète et de son violoncelle… Pour information, si vous l’ignorez, l’oeuvre a été écrite alors que Chostakowitch était soigné dans un sanatorium, en 1966. Une belle présentation en est faite sur le site de l’orchestre de Monte-Carlo, par une auteure qui termine ainsi :

« Par sa complexité et ses multiples arrière-plans, ce deuxième concerto pour violoncelle de Chostakovitch peut être considéré comme le bilan d’une vie. Par leur côté hagard, leur violence percussive, leur lyrisme douloureux et leur introversion absolue, les concertos pour violoncelle de Chostakovitch constituent des documents historiques en même temps que des confessions humanistes au plein sens du terme sur ce que fut la dictature stalinienne. »

Comme je vous le disais précédemment, la première partie s’est achevée sur un des morceaux de l’album Gaïa (publié en novembre 2025), inspiré des tableaux de paysages et de nature de Münch.

Un petit entracte a permis au public de se remettre de ses émotions, mais c’était pour en retrouver d’autres avec la Symphonie du Nouveau Monde, magistralement interprétée par l’Orchestre Symphonique de Paris. Emphase? Non. Pour l’avoir moultes fois entendue, je peux affirmer que c’est la plus riche et puissante interprétation à mon sens. Un orchestre totalement mobilisé sous la conduite de son chef « dansant », Andrès Orozco-Estrada, un Colombien qui est devenu récemment directeur musical de l’Orchestre Symphonique de la Radio Suédoise, et de la première violon solo, Sarah Nemtanu, qui vient d’être nommée, le 1er janvier 2026. Le site de cet orchestre est remarquablement bien conçu, et vous pourrez y trouver la présentation de chaque membre, organisée par familles d’instruments.

Le public est ainsi passé par toutes sortes d’émotions, jusqu’à l’envol puissant de la finale symphonique… porté par un orchestre uni et fort, sous la baguette d’un elfe et accompagné par un génie. Bref, une soirée magique…

Mozart au Paradis

Soirée aux Bernardins, pour un spectacle dont je me demandais ce qu’il allait me réserver. Inclus dans l’année « Mozart », dont je vous ai déjà présenté un spectacle magnifique, il m’intriguait à la fois par son titre et par l’acteur annoncé, Chevallier (vous savez, l’un des humoristes du duo, avec Laspallès).

Me voici donc en route vers le Collège des Bernardins, si blanc et lumineux en cette soirée de janvier…

J’ai déjà assisté à des spectacles au rez-de-chaussée et en sous-sol, mais jamais je n’étais « montée » au deuxième étage. J’y ai découvert avec étonnement une superbe salle de concert. Sur la scène, un piano et quatre sièges…

L’un des sièges servira d’escabeau! En effet, le personnage incarné par Chevallier bouge énormément dans l’espace. Il commence au milieu des spectateurs, va sur la scène du piano à un muret sur lequel il s’asseoit, redescend inviter des spectatrices à danser, remonte sur scène pour interagir avec les musiciennes, etc.

Loin de moi l’idée de vous révéler l’intrigue, je préfère vous laisser le plaisir de la découvrir, car ce spectacle va se rejouer, aussi bien en tournée dans tout le pays qu’à Paris à partir de février. Si vous avez l’occasion, je vous invite sérieusement et chaleureusement à aller le voir. Car en apparence « léger », comme certains airs mozartiens, le texte est fondamentalement profond, et invite à penser, méditer, rentrer en soi-même. Comme certains des morceaux interprétés avec brio par le trio Bagatelle.

Un vrai moment d’émotions partagées, de méditation collective, et de plaisirs, voire de rires. C’est rare! Merci donc à celles et ceux qui ont eu l’excellente idée de monter ce spectacle!

Une dernière photo que j’ai envie de partager avec vous… Une mise en abîme…

Si vous voulez en savoir plus, une vidéo sur You Tube présente le spectacle au travers d’interviews de l’acteur et du pianiste. Il y est aussi question de l’écrivain philosophe Fabrice Hadjadj.

Découverte du Cap Ferret. 3. C’est du cinéma!

Je vous ai laissé-e-s hier dans le charmant village de L’Herbe. Nous y restons en ce jour de Nouvel An (Bonne Année à toutes et tous!) pour nous arrêter devant un édifice de bois rouge et blanc qui attire l’oeil dès l’entrée.

Le travail du bois y est remarquable, et je n’ai pu m’empêcher de photographier cet escalier extérieur et les détails ornementaux qui le surplombent.

Mais qui peut s’offrir – et surtout entretenir – une telle demeure? La réponse est « Ce n’est pas une demeure »… En effet, il s’agit d’un hôtel. Et pas n’importe lequel.

Cela vous rappelle quelque chose?

Peu d’entre vous me répondront « Une ancienne pension de famille ». Encore moins « Une cantine pour forestiers ». Ce qu’il a été au 19ème siècle.

Par contre, des cinéphiles pourraient réagir…

Peut-être vous souvenez-vous du trio formé par…

… Vous avez reconnu? Guy Marchand, Francis Lemaire et Daniel Ceccaldi. Mais ils étaient entourés d’une pléiade d’actrices et d’acteurs de tout âge, portant l’humour, l’émotion et la nostalgie de ce film de Michel Lang. Vous pourrez en visionner la bande-annonce sur You Tube ici.

Ce faisant, vous remarquerez sans doute que les prises de vue de plages ne sont pas du coin… En effet, l’action se situe non en Aquitaine, mais en Bretagne!

Pourraient aussi réagir des musicologues, ou simplement des fans de Mort Schuman ou Hugues Auffray. Car la bande sonore du film est riche.
D’abord, « Un été de porcelaine », de Mort Schuman. Pour le voir à cette époque, c’est ici.

« Il y a quinze ans à peine

Il y a quinze ans déjà

Ma mémoire est incertaine

Mais mon cœur, lui n’oublie pas

Un été de porcelaine

Un cœur pour la première fois

Qui chavire et se déchaîne

Et balbutie ses premiers pas

Source : https://lyricstranslate.com/fr/un-ete-de-porcelaine-un-ete-de-porcelaine.html


Ensuite, Hugues Auffray, avec « Redoutable ».

A écouter et voir ici...

Un autre film a été tourné dans cet hôtel. Plus récent, celui-là.

Marion Cotillard est en effet une fan du Cap Ferret, où elle possède une résidence. Or, si la maison d’ostréiculteur du film a été construite de toutes pièces à cette occasion, c’est par contre l’hôtel actuel qui a servi de décor également au film de Guillaume Cannet. Vous pouvez le voir sur ce site, qui protège ses photos…

L’hôtel a été rénové dernièrement par Delphine Carrère, et vous pouvez le fréquenter à votre tour, si le coeur vous en dit… et si vous en avez les moyens (plus de 200 euros la chambre en avril !). Pour réserver, voir son site d’où j’ai copié ceci :

Une chorale japonaise en Pays Basque

C’est la curiosité qui m’a poussée à réserver pour un concert à Bayonne en ce 2 novembre…

Me voici donc en cette fin d’après-midi au balcon du théâtre de la ville, la Scène Nationale, pour aller assister à la prestation d’une chorale japonaise au nom bien… italien ! Sopra il Fiume (au-dessus du fleuve). C’est le dernier de la liste ci-dessus, et l’un des deux payants, mais les billets n’étaient pas excessivement chers… En préparant cet article, j’ai découvert que le nom de l’ensemble fait référence à une petite ville au nord de Tokyo, Kawagoe, surnommée « La Petite Edo ».

Je me suis renseignée sur le net, au préalable, et y ai appris les deux spécificités de cette chorale. D’abord, une moyenne d’âge peu élevée. Ce sont tou-te-s des jeunes. Ensuite, le fait qu’elle ne soit pas dirigée par un chef. Les choristes chantent en demi-cercle, sans personne au centre.

Je n’ai pas été déçue… Un répertoire éclectique, des chants superbement interprétés, des voix remarquables. Et j’ai été épatée par la tenue et la mémoire de ces jeunes qui ont chanté non seulement en japonais et en latin, mais aussi en anglais… et en espagnol, avec un bis de « La Cucaracha » (alias « Le Cafard ») chantée avec une originalité empreinte d’humour, accompagnée par la salle. Cela tranchait avec le silence recueilli qui avait accompagné l’ensemble du spectacle.

Dès le début j’ai été saisie par la beauté des chants japonais. Je n’ai pas trouvé le premier interprété par cette chorale, Seagull de Kinishita Hokiko, mais le voici par une autre… Hélas chanté avec moins de douceur. Même problème pour Orasho, de Chihara Odeki, que vous pourrez entendre ici. Idem aussi pour le dernier morceau, Yuyake d’Aizawa Naoto, accessible sur ce site. Mais vous pourrez accéder à l’Alleluiah chanté par le choeur hélas masqué ou à Salve Regina sans masques.

Très beau spectacle donc, avec des moments d’émotion et de transport, notamment par deux des chanteuses, soprano et mezzo-soprano. Je les ai mises en évidence sur la photo ci-dessous.

Une chorale philadelphienne à Saint-Sulpice

L’affiche m’avait surprise : que venait faire une chorale de Philadelphie dans notre vieux Paris?

Et qui plus est, un lundi à 15 heures! La moitié des compositeurs sus-cités m’intéressait… les autres, pour moi étaient d’illustres inconnus, mon « savoir » sur la culture américaine étant quelque peu lacunaire. Cependant, j’ai tenté… et me suis retrouvée au premier rang, suivie par un public plutôt clairsemé, qui s’est progressivement étoffé car des touristes l’ont rejoint.

Bref, les chanteuses et chanteurs étaient presque aussi nombreux/euses que celles et ceux qui les écoutaient! Car le nombre, il faut le dire, était impressionnant. Une bonne cinquantaine! Les voici arrivant « sur la scène », devant l’autel en une longue, longue file.

File suivie par son « directeur », Jeffrey Brillhart.

Enfin, tout le monde est installé, le concert peut commencer. Directement : aucun commentaire, aucune présentation. En réalité, il fallait lire le papier qui avait été remis à l’entrée, et dont j’ai d’abord pensé qu’il s’agissait d’un faire-part de deuil.

Et au verso, le programme, dont a priori nous ne comprenions pas bien la structuration.

Si je devais le décomposer en « parties », ce serait simple : la première et la seconde. Au début, pour moi, une belle découverte. Je ne vous ferai pas l’injure de vous présenter Bruckner ni Poulenc ni Duruflé. Mais peut-être, comme moi, ne connaissiez-vous pas Thompson? Voici une autre version de la chanson qui initiait le concert. Quant à Pierre Villette, je n’ai pas trouvé de version d’un Ave Maria, mais une d’un Salve Regina, interprété par un choeur inattendu… Né à Duclair, près de Rouen, en 1926, et décédé en 1998 à Aix-en-Provence, où il avait dirigé le conservatoire pendant 23 ans, il a composé 80 opus, peu connues en France :

« De façon étonnante, son œuvre n’a jamais été très reconnue en France, sans doute du fait de sa carrière accomplie en province quand Paris domine la vie artistique du pays. » (Wikipedia)

J’ai donc beaucoup apprécié ce début de programme, notamment la « comparaison » possible de deux compositions autour du texte « O magnum mysterium ».

« O magnum mysterium, et admirabile sacramentum, ut animalia viderent Dominum natum, jacentem in praesepio! Beata Virgo, cujus viscera meruerunt portare Dominum Christum. Alleluia. »

En français:

« O grand mystère, et admirable sacrement, que des animaux voient leur Seigneur nouveau-né, couché dans une mangeoire! Heureuse Vierge, dont le sein a mérité de porter Le Christ Seigneur. Alleluia! »

Eh oui, c’est un chant de Noël, un chant grégorien créé pour les matines de Noël. Et j’ai ainsi appris, en préparant cet article, qu’il n’y avait pas deux versions, mais que de multiples compositeur-e-s l’avaient mis en musique (liste de Wikipedia)

« Bon nombre de compositeurs ont créé des polyphonies de ce chant ; parmi lesquelles les plus connues sont celles de Byrd, Morales, Victoria, Gabrieli, Palestrina, Alessandro Scarlatti, Poulenc, Judith Bingham, Harbison, La Rocca, Mäntyjärvi, Pierre Villette, Lauridsen, Kevin Memley, Busto, Louie, et Miškinis. »

Parmi elles et eux, donc, Poulenc et Lauridsen. Si vous voulez « jouer » comme moi, en voici deux interprétations. D’abord, Poulenc, par la Maîtrise de Notre-Dame de Paris. Puis celle de Lauridsen par le Choeur de Radio France. Très différentes, ces oeuvres, n’est-ce pas? Mais que c’est beau à entendre!

Le programme annonçait ensuite quatre motets… ce qui faisait 5, car le texte précédent est aussi un motet! Ensuite, on enchaîne sur la deuxième partie. Quel écart! Me voici soudain dans une ambiance toute autre, évoquant vaguement le Godspel.

Voici le tout dernier morceau, que j’ai très partiellement enregistré pour vous le faire entendre. Peut-être aimerez-vous?

Dernière oeuvre du programme ci-dessus: Moses Hogan

Vous devinez que j’ai beaucoup moins apprécié… et vous avez raison… Et de ce fait, mon regard s’est davantage promené aux alentours. Au pied du gnomon, un prêtre confessait… hors du confessionnal…