Nuit des Rois

Enfin les salles réouvrent, et l’on peut retrouver le plaisir des concerts. C’est avec bonheur que j’ai retrouvé hier soir la nef enchanteresse qui vogue sur la Seine à l’ouest de Paris…

Une heure un peu étrange pour un concert, qui avait déjà été avancé à 19 heures, puis l’a encore été à 18h30, pour permettre au public de ne pas contrevenir à l’heure du « couvre-feu » stupide. Au programme : la Nuit des Rois de Schumann. Peut-être pas ce que j’aurais choisi en temps ordinaire, mais un des premiers grands concerts possibles, ça ne se rate pas!

Retrouver les lieux, l’ambiance un peu fébrile dans l’attente du moment où la musique va envahir les lieux et les corps, voir arriver et s’installer l’orchestre, puis le voir se lever pour accueillir la cheffe… autant de ressentis qui manquaient depuis si longtemps…

Parmi l’orchestre, quelques chanteurs/euses
Avec la cheffe d’orchestre, Laurence Equilbey

Les lumières s’éteignent, le silence se fait… Et l’écran s’illumine. C’est une des spécificités de ce spectacle : une projection d’images. Elles sont dues à Antonin Baudry – auteur de la bande dessinée Quai d’Orsay et scénariste du film Le Chant du loup. La vidéo accompagne toute l’oeuvre.

La récitante, Anna Lucia Richter

En transparence, on voit les minuscules silhouettes des membres du choeur et des chanteurs/euses lorsqu’ils passent derrière l’écran. Et, ce que j’ai beaucoup apprécié, les paroles sont traduites et reportées dans un espace réduit en haut à droite de ce même écran.

La Reine des Nymphes et Poséidon, et surtout la Harpe faite des os du Page…

Ce dispositif présente avantages et inconvénients. Du côté des premiers, outre la possibilité, non négligeable, de comprendre le texte, une dramaturgie omniprésente et le mélange des genres. Du côté des seconds, le fait, selon moi, de « distraire » de la musique, et cela me perturbe quelque peu.

Et puis, dois-je l’avouer, je n’ai pas apprécié le graphisme, ni les couleurs. Question de goût, peut-être…

Pour ce qui est de la musique, plutôt des oeuvres assez courtes qu’une oeuvre intégrale:

Schumann, Le Page et la fille du roi

Schumann, La Malédiction du chanteur

Trauermarsch (Marche funèbre) in Leonore Prohaska

Geistlicher Marsch (Marche spirituelle) in König Stephan

Schumann, Nachtlied

Bref, un ensemble de 5 « tableaux » illustrés, joués et chantés. L’interprétation de l’orchestre, sous la direction fine et forte de sa cheffe, m’a entraînée dans des univers tous plus sombres les uns que les autres, avec une mise en abîme de la cruauté, du déni de l’amour, et de la mort sous la vision la plus romantique qui soit.

Le choeur se déplace en une chorégraphie bien réglée et harmonieuse. D’abord, en chant « guerrier », sur chaque côté des balcons. Puis, sur la scène et derrière l’écran. Enfin, descendant les marches parmi le public assis en orchestre. Les costumes sont sobres, en nuances de bleu.

Lorsque le spectacle s’achève, les applaudissements pleuvent. Et successivement montent sur la scène le choeur (ci-dessus), les chanteurs/euses et la cheffe, puis le metteur en scène et tous les autres acteurs du spectacle.

Je ne suis pas parvenue à trouver d’enregistrement du spectacle, alors qu’il a été produit en partenariat avec France Musique, mais pour en savoir davantage sur Insula Orchestra, vous pouvez aller ici.

Et pour comprendre deux des oeuvres, une présentation drôle et bien faite ici. Une autre interprétation de Trauermarsch, un air que j’aime beaucoup (merci, Beethoven!).

Julia Fischer

Certain-e-s m’ont reproché de rédiger en ce moment des articles trop longs… Celui-ci sera donc très bref.

Juste l’envie de vous faire découvrir ou réentendre une violoniste que j’apprécie beaucoup : Julia Fischer.

D’abord, parce que j’apprécie beaucoup son jeu, à la fois sincère, dynamique et engagé. Bref, vivant.
Une semaine lui a été consacrée par Emilie Munera et Rodolphe Bruneau-Boulmier sur France Musique, au mois de janvier dernier. Vous pourrez donc vous y délecter d’informations sur elle et d’écoute de divers morceaux.

Vous trouverez aussi beaucoup d’interprétations de pièces très variées sur Spotify ou d’autres applications.

Mais il y a une autre raison : l’artiste partage sa passion pour la musique et le violon sous forme d’un « club » qu’elle a créé sur le net. Certes, c’est payant : 5 euros par mois ou 50 euros par an. Mais c’est tellement riche, que cela en vaut la peine. Et peut-être un modèle économique qui permettrait aux musicien-ne-s de « survivre » en période de crise comme celle que nous vivons… et, vu le nombre d’oeuvres que l’on peut écouter… franchement, ça vaut la peine!

« Dès l’âge de 3 ans, d’abord au piano puis au violon, je me suis sentie musicienne, avec toutes les responsabilités que cela implique. Cela vient peut-être de mon éducation. Ma mère pianiste, d’origine slovaque, mon père, mathématicien vivant en Allemagne de l’Est dans un pays communiste où l’art était une nécessité vitale. Je n’ai jamais eu peur de rien. Je crois que j’étais une gentille petite fille, mais avec un goût immodéré du risque. » (extrait d’un article du journal Le Monde).

A écouter sans modération…

Un peu de musique dans ce monde absurde…

Je ne sais pas si vous avez fait comme moi hier soir, à savoir vous réjouir d’un programme musical, « pour une fois »!, en début de soirée sur la une, et si vous avez tenté de le suivre jusqu’au bout. Personnellement, je n’y suis pas parvenue, malgré la participation de musiciens célèbres, comme Gauthier Capuçon. Mais même lui n’est pas parvenu à sauver cette émission, et j’oserai même dire que, bien que je sois loin d’être fan de Johny Halliday, sa tentative de substituer son instrument à la voix du chanteur m’a paru pitoyable. Et que dire de Claudio Cappello tentant de reproduire Caruso? Ou encore Dany Brillant singeant Aznavour! Bref, impossible pour moi d’aller plus loin… Sans doute dommage, car la programmation était alléchante, mais le caritatif ne justifie pas la médiocrité.

Ce n’est donc pas de cela que je vous parlerai aujourd’hui, mais d’un air que j’ai entendu par hasard un matin en démarrant ma voiture alors que la radio était branchée sur France Musique. Un air que chantait ma mère, qui jouissait, jeune, d’une voix lui permettant d’interpréter des opéras, opérettes… et chants d’église… Quand j’ai cherché à le retrouver sur le net, je me suis aperçue qu’il avait été interprété, et l’était encore, par des couples parfois improbables. Je vous propose donc en ce matin frigorifique de nous réchauffer au moins le coeur en découvrant quelques-uns d’entre eux.

Avant d’en arriver à l’interprétation, arrêtons-nous sur les paroles.

Belle nuit, ô nuit d’amour,
Souris à nos ivresses,
Nuit plus douce que le jour,
Ô belle nuit d’amour!Le temps fuit et sans retour
Emporte nos tendresses,
Loin de cet heureux séjour
Le temps fuit sans retour.

Zéphyrs embrasés,
Versez-nous vos caresses,
Zéphyrs embrasés,
Donnez-nous vos baisers!
Vos baisers! vos baisers! Ah!Belle nuit, ô nuit d’amour,
Souris à nos ivresses,
Nuit plus douce que le jour,
Ô belle nuit d’amour!
Ah! Souris à nos ivresses!
Nuit d’amour, ô nuit d’amour!
Ah! ah! ah! ah! ah! ah! ah! ah! ah! ah!

Vous avez reconnu – ou pas – les paroles de La Barcarolle (source). Je croyais naïvement (je suis néophyte en opéra!) que c’était un chant d’amour évoquant des plaisirs indicibles, mais ai découvert qu’il n’en est rien, et qu’en réalité elles reliaient au fantastique puisqu’elles avaient été initialement écrites pour Les Fées du Rhin, en tant que Chant des Elfes, qui fut leur premier titre. Nous sommes donc passés du Rhin de légendes au Grand Canal de Venise… Quels écarts! J’ai aussi appris que le terme même « barcarolle » venait de « barque », et que le rythme ternaire de la musique évoquait le balancement des embarcations sur les flots – ce qui m’a fait saisir la plaisanterie d’un des binômes dont je vais vous parler… D’une barque rhénane, nous voici donc transporté-e-s sur une gondole à Venise… pour y rejoindre la courtisane Giuletta, avec qui le Poète tente d’oublier ses amours malheureuses, en compagnie du / de la transgenre de l’histoire, La Muse devenue Nicklausse, le/la même qui, à la fin, le « consolera » (???) par ces mots : « Des cendres de ton cœur, réchauffe ton génie, / Dans la sérénité, souris à tes douleurs ! / La muse apaisera ta souffrance bénie, / On est grand par l’amour, et plus grand par les pleurs ! » (source) – pour ma part je préfère la première option!

Mais revenons à ce qui est le thème de cet article, à savoir les binômes de chanteurs/euses qui ont interprété le « couple » courtisane / Muse déguisée en homme.

Celui que j’ai entendu en ce matin glacé de février, de manière tout à fait inattendue mais bienvenue, était interprété par deux mezzo-soprano, Anne Sofie von Otter et Stéphanie d’Oustrac.

Je ne résiste pas à l’envie d’opposer à leur sérieux lors de l’entrée en scène et du début le « personnage » de Montserrat Caballe, d’abord dans cette représentation de 2011 (elle avait alors 78 ans), mais surtout ses rires et sa connivence avec Marilyne Horne en 1990 – le second étant pour moi un enregistrement inoubliable à tout point de vue. Les deux femmes se connaissent de longue date, je l’ai découvert en lisant la biographie de « La Superba ».

« Le premier succès international de Montserrat Caballé survient en 1965, quand elle remplace Marilyn Horne, enceinte, pour une Lucrezia Borgia en version de concert au Carnegie Hall de New York, où elle fait sensation : le New-York Times titre « Callas + Tebaldi = Caballé » ». (source Wikipedia)

La soprano à la large tessiture et la mezzo-soprano sont nées à la même époque, l’une en 33 et l’autre en 34, et cela fait donc, à ce moment, 25 ans qu’elles se connaissent, ce qui permet de comprendre le véritable « dialogue » de leurs voix.

Très différente, selon moi, la version suivante, chantée par Anna Netrebko (soprano) et Elina Garança (mezzo-soprano). Je suis très partagée à ce sujet. De belles voix, certes, avec une amplitude remarquable, et qui se complètent à merveille. Mais l’air résonne tout autrement… Je les préfère dans la Norma, lors de ce concert.

Bien moins connues, deux jeunes femmes lors d’un concours en Pologne, en 2014 : Julia Pietrusewicz (soprano) et Katarzyna Radon (mezzo-soprano).

J’apprécie l’interprétation plus sobre de Kristina Bitenc (soprano) et Monika Bohinec (mezzo-soprano), bien que la prestation de l’orchestre me plaise moins que les autres – vous remarquerez au passage l’attirance du preneur / de la preneuse de vue pour les jeunes femmes!

Les chanteuses des pays de l’Europe « orientale » (par rapport à la France) sont visiblement attirées par ce morceau, à en juger par leur quantité sur la toile… En voici un autre exemple, avec des « roulades »… Il y a un autre enregistrement du duo, avec un son de piètre qualité, mais remarquable par l’absence d’orchestre. Une autre particularité : Irina (soprano) et Cristina (mezzo-soprano) Lordachescu sont soeurs.

Si vous poursuivez la recherche sur You Tube, Spotify ou autre, vous observerez comme moi la grande variété d’interprétations de ce morceau si bref… D’orchestres et accompagnements musicaux divers, de voix et de « jeux » entre celles-ci, de formes d’appropriation de l’oeuvre aussi…

Je me suis demandé si la Callas avait été enregistrée, chantant cet air. Oui, mais il m’est inaccessible. Si vous êtes abonné-e à Deezer, partagez-le?

Pour finir, une de mes versions préférées, celle de Natalie Dessay et Philippe Jaroussky – mais j’avoue ne pas être totalement impartiale, car je suis fervente admiratrice de ce dernier, comme de beaucoup de contreténors…

Chants corses à Saint Louis en l’Ile

En ce sinistre dimanche de septembre, où Paris respire tellement bien qu’elle est pratiquement vidée de tous ses passant-e-s, sous un ciel de plomb, entre deux averses et parcourue par une bise glacée, l’idée d’aller voir un concert a été partagée par un certain nombre de personnes, à en juger par la quantité de spectateurs/trices en l’église Saint Louis… J’étais de ce nombre, pour entendre l’ensemble Sarocchi que je ne connaissais que de nom.

Et je n’ai pas été déçue.

Une très grande variété, telle est l’expression qui me vient en tête en revivant ce concert.

Bien sûr, de la polyphonie. Chants sacrés, mais aussi chants profanes. J’ai particulièrement apprécié l’Ave Maris Stella pour les premiers… tout en appréciant l’Introït, le Kyrie Eleison, etc. Et j’en ai profité pour apprendre ce que sont les paghjelle. En voici une présentation sur un site qui répertorie 300 textes de paghjelle…

« La paghjella est une des formes du chant polyphonique traditionnel. C’est le chant de fête par excellence car on l’entonne durant toutes les manifestations festives (fêtes patronales, banquets, noces etc.) Ne pas confondre la paghjella avec d’autres formes de polyphonies qui s’en inspirent dans le style de chant comme les « Terzetti » ou « Terzine » (tercets hendécasyllabiques le plus souvent rédigés en toscan), les « madricali » (chants d’amour à métrique libre en toscan également) et surtout le chant religieux tiré de la liturgie romaine, la plupart du temps en latin parfois appelé « messa in paghjella » (messe en paghjella).
Il s’agit d’une poésie profane composée d’un sixtain d’octosyllabes, certains pensent qu’il s’agit plutôt de 3 vers de seize pieds. »

Mais aussi, des chants traditionnels ou plus « modernes »… Un sacré voyage dans les montagnes corses fleurant bon le thym sauvage… L’Alcudina du sud de la Corse, particulièrement… « L’enclume »… dont je connais surtout Bavella comme beaucoup de « continentaux »… ou les églises des villages, quand un prêtre dénonçait un vol d’instrument agraire en chantant… Ou encore dans les auberges, quand une aubergiste vilipendait l’arrivée du train qui menaçait son activité d’accueil des muletiers dont les chemins se croisaient à sa porte… Vous trouverez les paroles de A canzona di u trenu sur ce site, qui répertorie de nombreuses paroles de chansons traditionnelles. Le violon jadis présent dans le groupe a été remplacé par la contrebasse qui a eu bien du mal à essayer d’imiter le sifflet du train, pour la plus grande joie du public!

Une autre forme musicale typique : le lamento. Celui du berger, U lamentu di u pastore, interprété en solo par un jeune chanteur du groupe, Ghjuvan Petru Pieve. Ou encore celui du bandit d’honneur Ghjuan Camellu Nicolai, assassiné à 25 ans, dont j’ai trouvé une version datant de plus de cinquante ans ici.

« Je suis devenu bandit,

Un bandit à la fleur de l’âge,

Parce que le destin maudit

A frappé mon frère au village… »

Ecouter tout un concert de polyphonie est parfois un peu difficile… Mais permet d’en saisir toutes les facettes. La variété des pièces est un pari un peu risqué. Que j’ai trouvé pour ma part gagné. Car le public était conquis, comme je l’ai été. Les instruments aussi m’ont surprise.

La cetera était accompagnée d’instruments « classiques », mais aussi à un moment donné d’un instrument indien, shruti box…

Shruti box

Une autre originalité du groupe, dont les membres sont au nombre de 4, alors qu’habituellement une polyphonie corse concerne trois voix… (pour les membres du groupe, voir ici).

Démonstration du jeu de mora, en plein concert!

Et bravo au groupe, et à son fondateur qui a réussi ce pari, de faire rire avec le jeu de la mora, ou pleurer d’émotion à l’écoute de certains morceaux… jusqu’à l’hymne final, réunissant le public et les musiciens…

Accords parfaits et contrastes

En réponse au Relais musical, vient d’être posté un lien vers un morceau que je découvre. Et je ne résiste pas à l’envie de vous en parler immédiatement, tant il m’a enthousiasmée. Au sens premier du terme, relatif à la divinité.

Une voix étrange, pouvant atteindre des aigus extrêmes, en harmonie avec l’instrument à vent qui l’accompagne. Ceci pour la première partie, où intervient aussi une guitare électrique.

Le son du oud – vous vous souvenez, j’avais dit que nous y reviendrions sans doute ! c’est fait, et plus tôt que prévu! – jouant avec celui de la clarinette… et le musicien s’agenouillant devant l’autre. Ceci pour la seconde partie.

J’ai donc passé un moment d’envoûtement en écoutant Dhafer Youssef dans Soupir Eternel.

Evidemment, par la suite je suis allée voir quels autres morceaux avait joué ou chanté l’artiste. Il en est une liste assez longue sur You Tube. Le panel est important, mais la diversité est remarquable.

Un quatuor évocateur de la mer parfois, et devenant jazz à d’autres, dans un mouvement croissant de puissance, de rythme et de sonorités, avec Les Ondes orientales, en première partie instrumentale. Puis la voix, cette fois grave, qui entonne un air lent dont j’aimerais comprendre les paroles, pour passer ensuite à cet aigu si particulier, et revenir au grave et au rythme jazz. Quel contraste!

Très différent, ce morceau si émouvant : Fly Shadow Fly, où l’on retrouve cependant toute l’amplitude sonore de la voix. Mais le jazz et le oud reviennent, en seconde partie cette fois. A la fin, de nettes inspirations de la musique soufie, que j’aime tant… certains passages m’ont fait penser à Nusrat Fatih Ali Kahn, par moments.

Enfin, une pièce très prenante, Humankind, ou encore cette autre, Sweet Blasphemy.

Et pour finir, ce poème militant, dit par Mohamed Sghaïer Ouled Ahmed, accompagné par Dhafer Youssef et son orchestre, Cantus lamentus. J’en profite pour évoquer la mémoire de ce poète tunisien, décédé en 2016. Pour moi exemple d’un combattant contre toute forme d’oppression. Croyant réellement laïc, militant contre les pouvoirs non acceptables, et poète engagé… A découvrir si vous ne l’avez jamais vu/lu…

Je n’ai pas de problème

Je n’ai pas de problème

Tout chat que je vois seul errant

Je l’embrasse

Tu es mon fils le grand

Et m’en retourne

À ma solitude

Jamais 

Je n’ai de problème

Après dix bouteilles vertes

Dont je ferai les bases de ma cité parfaite

Et nommerai mon commensal à sa tête

Puis ma poésie dictera sa loi

Je ramènerai les soldats à leur devoir sentimental

Et m’en irai

À mon verre oublié

Je n’ai pas de problème

Quand je serai mort

Seuls auront marché derrière moi ma plume

Mes chaussures

Et le rêve des bourreaux

(…)

Je n’ai pas de problème

Quand les fleurs irritent mes poches

Je les dessine avec la plume

Et le drapeau

Et quand ce drapeau dénude mes fils

Je le déchire étoile par étoile

Tandis que je recouds leur nudité

Tandis que j’embrasse la terre sans nommer Dieu

Je n’ai pas de problème

Je n’ai pas de problème.

Traduit de l’arabe par Tahar Bekri. Source : L’Orient littéraire

Vous l’aurez compris, c’est plus que de la musique, c’est un univers à découvrir, écouter, encore et encore, si vous appréciez la rencontre musique dite orientale et jazz.

Post scriptum

Cela fait près de trois heures que j’écris cet article, et je ne me lasse pas d’écouter la grande variété des oeuvres interprétées par Dhafer Youssef… et j’ajoute encore un morceau, si vous permettez… Digital Prophecy

Contre l’absurdité, la musique…

Hier soir superbe lever de pleine lune sur le village et la forêt…

En quête de lune se levant à l’Orient…
Ah! Voici la coquine…

Et ce matin, le soleil brille sur la campagne picarde. Après avoir évoqué le rendez-vous raté cher à Trenet, je me suis mise à écouter une de mes « voix » préférées, celle d’Alfred Deller.

Je ne connaissais pas la pièce intitulée « Solitude », qui convient si bien à ces tristes moments… mais you Tube m’a proposé ensuite cet air que je veux partager avec vous, tant je le trouve beau : The Plaint from « The Faeries Queene« .

Melakoli, Edvard Münch (1894)

La musique, avec l’écriture, est ce qui m’aide à « tenir » pendant la durée interminable de cette privation de libertés et surtout de « société en présence ». Car la communication à distance, médiée par les TIC (un clin do’eil à Jorry et Eric…), ne remplace pas tout…

J’ai lancé dernièrement un « relais musical » sur une application que je me refusais à utiliser jusqu’au début du confinement, et je suis ravie de tout ce qui est proposé par les un-e-s et les autres. Mais comme le « jeu » consiste à ne rien dire des choix, je ne puis m’empêcher de revenir sur quelques-uns dans ce blog. Comme aujourd’hui.

Pour mon anniversaire, des ami-e-s m’ont offert des « morceaux » à distance, beau cadeau s’il en est en ces temps de retraite forcée. Cela m’a amenée à écouter avec délice et amertume les Rückert Lieder, parmi lesquels Ich bin der Welt abhanden gekommen, magnifique… et en résonnance absolue avec certains de mes états d’âme actuels…

Ich bin der Welt abhangen gekommen,
mir der ich sonst viele Zeit verdorben,
sie hat so lange nichts von mir vernommen,
sie mag wohl glauben, ich sei gestorben !


Es ist mir auch gar nichts daran gelegen,
ob sie mich für gestorben hält,
ich kann auch gar nichts sagen dagegen,
denn wirklich bin ich gestorben der Welt.


Ich bin gestorben dem Weltgetümmel,
und ruh in einem stillen Gebiet.
Ich leb allein in meinem Himmel
in meinem Lieben, in meinem Lied.

Emil Nolde

Comme vous ne comprenez peut-être pas tout, et que je ne sais toujours pas faire deux colonnes (quelqu’un-e peut m’aider, en commentaire ou courriel?), voici une traduction proposée en français sur ce site intéressant.

Me voilà coupé du monde
dans lequel je n’ai que trop perdu mon temps;
il n’a depuis longtemps plus rien entendu de moi,
il peut bien croire que je suis mort !

Et peu importe, à vrai dire,
si je passe pour mort à ses yeux.
Et je n’ai rien à y redire,
car il est vrai que je suis mort au monde.

Je suis mort au monde et à son tumulte
et je repose dans un coin tranquille.
Je vis solitaire dans mon ciel,
dans mon amour, dans mon chant
.

Parmi les interprétations vocales, je vous en propose deux très différentes : celle du baryton Dietrich Fiescher-Diskau, parce qu’elle est réputée (sous-entendu je l’aime moins), et celle de Jessie Norman (un peu trop « suave » à mon goût). Pour ma part, je préfère celle d’Elisabeth Schwartzkopf, que je trouve plus « profonde », ou encore la splendide version de Kathleen Ferrier, si riche et émouvante.

Kinder Toten Lieder, Jacques Darras (2004) (source)
Inspiré par une autre oeuvre de Mahler, mais qui pour moi fait aussi écho à celle-ci

Cela m’a permis aussi de me laisser envoûter par la violoncelliste Sonia Wieder Atherton avec par exemple ce morceau, Prière Juive, ou entraîner par des airs plus dansants, comme dans cette vidéo A l’est.

« Je voudrais que des sons, des récits, des chants, tout ce que je n’imagine pas encore vienne peupler mon Odyssée et rencontre la voix de mon violoncelle. Je voudrais que des évènements cachés quelque part dans la mémoire, des rêves éveillés ou endormis, des sensations ou des émotions soient dits, et que ces paroles soient protégées et hébergées par l’Odyssée » (site SWA).

D’autres me proposent chaque jour des airs ou chansons à écouter. Pour certains, c’est un retour dans le passé. J’ai ainsi pu réentendre des airs en toile de fond d’histoires de ma vie, précieusement conservés par d’Autres. Mais je découvre aussi des univers musicaux inconnus ou peu connus de moi…

Le dimanche, j’ai rendez-vous avec un chanteur que j’admire, Mathieu Salama, et avec un jeune organiste, Frédéric Deschamps, qui nous fait découvrir, de sa demeure, les orgues de différentes églises et cathédrales… Je vous en ai déjà parlé, je ne vais donc pas y revenir.

Bref, la musique est, avec la nature et l’écriture, ce qui permet de survivre à l’absurdité… Voilà qui me fait penser à la compositrice Michèle Reverdy et à son oeuvre « De l’ironie contre l’absurdité d’un monde », dont voici le texte de présentation sur le site babelscores.

« Ces poèmes posent les questions sans réponse qui accompagnent notre vie tout en exprimant l’absurdité apparente de notre existence dans ce monde étrange où nous avons échoué comme par mégarde…

Mieux vaut chanter comme Du Bellay plutôt que se laisser dévorer par « l’importun souci qui sans fin nous tourmente ».

Mieux vaut s’extasier devant la simple beauté d’une scène quotidienne magnifiée par l’écriture sobre et belle de Sandro Penna.

Cette vie n’est-elle qu’un rêve – demande sans cesse à travers ses livres Lewis Carroll -?

Nous pensons naïvement que nos pauvres divertissements auront le pouvoir de nous distraire de la finitude inéluctable…

L’ombre gagne. C’est déjà le soir dans le jardin de Hans Werner Henze à Marino, où j’ai rencontré il y a longtemps – et si peu de temps – Hans Ulrich Treichel.Reste le papier à musique!

Alors, finissons sur une chanson bien rythmée de Federico Garcia Lorca, avec accompagnement de cloches! »

La musique comme lien

Aquarelle inspirée par la musique, Vassiaa

« Les amis de mes amis sont mes amis »… Nous avons toutes et tous entendu cela, à un moment de notre vie… En ces temps d’enfermement collectif, c’est plus vrai que jamais. On voit ressurgir la figure des « collabo », dénonciateurs de tout poil ou faiseurs de fric sur le dos des autres, mais aussi celle des « résistants », aux réseaux souterrains plus forts que tout. Temps de « guerre »… enfin, c’est ce que l’On dit…

Mais il est vrai que des réseaux sont en train de se tisser réellement, bien que « virtuels », selon l’expression consacrée. Et, parmi ceux-ci, la musique est un des « fils » invisibles mais efficaces. J’en ai encore eu plusieurs exemples en cet après-midi de dimanche…

D’abord, les artistes qui nous offrent spontanément leurs productions. Pour ce qui me concerne, je ne rate pas un rendez-vous de Mathieu Salama, à 16 h. Un régal en cet après-midi gris d’avril! Quand j’ai le temps, j’enchaîne avec L’organiste Frédéric Deschamps… Il joue sur des orgues virtuels, différents à chaque fois. La semaine dernière, c’était l’orgue classique de Rotterdam. Cette semaine, suite au choix des auditeurs/trices, c’est celui de Saint Omer (1867) qui est exploité… depuis Albi où se situe le jeune musicien. Musique romantique aujourd’hui… et dimanche prochain, il promet de nous emmener « en Italie ». A écouter donc…

En dehors de ces « cadeaux » d’artistes, une mise en réseau par des amis. L’un, Steven Decraene, chef d’orchestre, m’envoie des liens vers ce qu’il produit lui-même en ligne, mais aussi sur ce que son frère met en ligne. Un autre, depuis l’Allemagne, me parle d’une de ses amies, Claire Lefilliâtre… On trouve de nombreuses interprétations de cette soprano spécialisée dans le baroque sur le net, et notamment pas mal de podcasts sur France Musique.

Ce matin, c’est un ami bourguignon qui me faisait part de son plaisir à écouter Bach sur France Musique, dans une émission inédite du Bach du dimanche….
Bref, la musique nous relie… c’est un vrai bonheur partagé… N’hésitez pas à donner vos pistes, pour que je les transmette à mon tour aux autres…

Je repense avec nostalgie à la dernière performance peinture / musique à laquelle j’ai assisté un dimanche après-midi au Ground Control… Dire que je n’ai pas trouvé le temps d’écrire cet article…

Petites histoires sur des partitions de musique, un régal…
La Boite verte

L’après-midi d’un faune

Frontispice d’Edouard Manet, édition Derenne, 1876

Je dédie cet article à un ami musicien confiné seul dans sa Bourgogne natale, et qui me soutient chaque jour par des échanges amicaux souvent orientés vers les plaisirs procurés par les sons, qui volent vers les pauvres humain-e-s emprisonné-e-s… C’est lui qui en as choisi le thème, à partir de l’oeuvre musicale de Debussy, Prélude à l’après-midi d’un Faune.

« J’adore cette pièce, pleine de poésie brumeuse, de nonchalance contemplative, et d’une douce et tiède sensualité évanescente (naissante?)…

« Et c’est fortement d’actualité

Lascivité rêveuse…
Et mélancolie latente

L’attente de quoi… » (JL, 13/4/2020)

Je vous propose cet enregistrement de 1989 sous la direction de Leonard Bernstein.

Pour ma part, je vais commencer par le texte, que, je pense, peu de monde connaît dans son entièreté. Il faut dire qu’il est long, cet « églogue », que j’ai copié sur une édition de 1876, numérisée sur le site de la BNF, qui en propose d’autres éditions auxquelles vous pourrez accéder.

Vous pouvez, à votre guise, écouter d’abord la musique, puis lire le poème, ou bien faire l’inverse, ou mener de front les deux… Enfin, pour ce faire, vous êtes totalement libres!!!

Je dois dire que j’ai beaucoup apprécié les illustrations de ce livre, et vais donc vous en proposer quelques-unes, en espérant que leur reproduction est libre de droit, ce dont je ne suis hélas pas certaine. Mais en ces temps difficiles, je pense que des dérogations sont possibles? Quoique…

Cette oeuvre, Mallarmé la dédie à des amis, de manière très explicite.

Léon Cladel (Bracquemont, 1883)
Ecrivain, militant, Quercytain
(1835-1892)
Léon Dierx, poète parnassien
(1838-1912)

Les quatre écrivains étaient de la même génération. Stéphane Mallarmé, né en 1842, était le plus jeune de la bande…

Catulle Mendès, écrivain, librettiste (1841-1909)

Partition originale

Pour en revenir à l’oeuvre de Debussy, voici la version préférée de mon ami. Le Royal Concertgebouw Orchestra y est dirigé par Bernard Haitink. Je vous livre son commentaire.

« Elle est lumineuse et voilée à la fois…. Voilée de mystère. » (J.L.)

Thomas Turner a effectué un diaporama sur la musique de Debussy, interprétée par L’Orchestre symphonique de Montréal, Charles Édouard Dutoit, avec de très beaux tableaux, en grande partie impressionnistes. Je vous conseille d’aller visiter sa page Youtube, il y a beaucoup d’autres propositions sympathiques…

Un parallèle est effectué entre les deux oeuvres, musicale et poétique, dans cet article publié dans la Revue Italienne d’Etudes Françaises.

J’ai recherché des lectures du poème. Il y a celle de Pierre-Jean Jouve, mais je la trouve bien trop « déclamée »… sans doute est-ce dû à la période où elle a été enregistrée… Je préfère largement la version de Gérard Ansaloni, mais attention, il ne reprends que quelques extraits dans Les Faunes.

Cela me donne l’occasion d’un clin d’oeil à un autre de mes amis, musicien lui aussi, poète et amateur de faunes. Il reconnaîtra celui-ci, que je ne puis malheureusement plus aller saluer en ce moment.

Voilà qui constitue une heureuse transition vers un autre art, la danse. Bien sûr, impossible d’évoquer Debussy sans en venir à Nijinski, n’est-ce pas?

Aquarelle de Léon Bakst en 1912 (source)

Voici une version filmée en 1912, superbe. Une belle analyse en est proposée sur ce site. On trouve aussi encore à acheter des livres sur le danseur et chorégraphe, en lien avec le ballet.

1991

Depuis, la chorégraphie a été reprise à maintes reprises, avec plus ou moins de bonheur à mon goût. Un superbe décor pour cette interprétation que je ne parviens pas à dater, mais je ne suis pas séduite. Nureyev en faune / fauve dans cette version, toujours non datée.

Au cinéma, George de la Pena jouant Nijinsky dans le ballet (film éponyme, 1980)…

Je ne puis bien évidemment pas oublier le remake célèbre et fort controversé de la chorégraphie de Nijinsky dans le clip officiel de I want to break free, de Queen (2’12 à 3’10 environ) – ce qui rappelle le spectacle vu cet hiver, dont je vous ai déjà parlé…

Freddie Mercury

PS. Au moment de « boucler » cet article, je découvre un article de France Culture fort intéressant, intitulé « Le faune de Mallarmé, Debussy et Nijinski ou le Scandale des gestes nouveaux« , à lire, écouter, partager…

Et, pour forclore, un émouvant court-métrage au début très « en écho », « Henri Storck, l’après-midi d’un faune » by Colinet André, avec de beaux airs de harpe celtique. Mais pour ouvrir sur l’avenir, une performance alliant vidéo et concert, en 2011, et Muses à découvrir…

Etti Anki

Comme j’avais souhaité cette semaine « Pessah semeah » à quelques ami-e-s, je recherchais un poème en lien avec cette fête, sans être pour autant un texte religieux.

Toros Roslin (1266)

J’en ai trouvé un, émouvant, mais dont la qualité littéraire ne m’a pas semblé extraordinaire. Je ne sais plus par quel détour du surf je suis arrivée à Yehouda Halevy – Judah ben Shmuel Halevi – sur lequel je reviendrai peut-être un jour, car j’ai envie d’en savoir davantage sur ce « rabbin, philosophe, médecin et poète sérafade » du 11ème siècle (décidément, j’en reviens toujours à ce siècle dans mes appétences…). Et il m’a conduite à découvrir une chanteuse dont j’ai beaucoup apprécié la voix, ce qui m’amène à vous guider vers elle en ce samedi saint qui est aussi Shabbat…

Chagall, Pessah (1968)

La rencontre s’est effectuée au travers de ce poème d’Halévi chanté par la jeune femme, dans cette vidéo (pour les impatient-e-s, allez directement à 3’49). J’ai cherché désespérément sa traduction, sans la trouver. Mais j’ai bon espoir qu’un-e lecteur / lectrice nous la transmette un jour…

Un point commun entre l’humaniste « hébraïsant et arabisant » du Moyen Age et l’actrice, chanteuse, poète et compositrice : la rencontre des cultures juives et arabes. Etti Ankri est en effet née à Lod, en 1963, dans une famille qui a vécu en Tunisie, et sa musique présente souvent des résonances séraphades, voire maghrébines.

Un album entier est consacré à Yehuda Halevi, Avdei Zman.

Pour poursuivre, laissez-vous entraîner par Eshebo

J’aime beaucoup sa voix, que vous pourrez apprécier, vous aussi, en choisissant les morceaux que vous souhaitez entendre sur ce site très bien fourni, mais uniquement audio : musicMe.

Le premier album d’Etti Ankri

Musicienne également, elle joue de divers instruments, comme vous pourrez le constater sur les enregistrements suivants : la guitare pour Ahava gdola, une sorte de tambourin, et je crois l’avoir vue jouer de l’oud, mais ne trouve pas de vidéo la montrant avec cet instrument…

En tant qu’actrice, elle a joué dans les films suivants, dont je ne suis pas parvenue à trouver des scènes photographiées…

Léhem (1986)
Resissim (1989)
Etti Anki dans Resissim
Deadline (1987)
Shabattot VeHagim (1999-2000)

Tornerai

Caillebotte (1876)

C’était hier l’anniversaire d’un des lecteurs fidèles de ce blog. Pas uniquement lecteur, car il l’enrichit régulièrement de ses commentaires. Parmi ces derniers, vous avez sans doute vu celui qui évoque un beau texte italien, « Tornerai ». Alors, en forme de cadeau d’anniversaire, j’ai décidé ce matin de consacrer mon article quotidien dans cette rubrique spécialement créée pour la période de confinement à ce texte… Bien qu’il ne s’agisse pas à proprement parler de poésie, mais du texte d’une chanson que vous n’êtes pas sans connaître, même si la traduction du titre italien ne correspond nullement au titre en français.
J’ai en effet été totalement déroutée, lorsque j’ai lu le commentaire puis que j’ai cherché les paroles en italien, de découvrir que l’on était passé, par je ne sais quelle pirouette ni surtout pourquoi, de « tu reviendras » à « j’attendrai ». Pourquoi ce glissement de point de vue ? Ce passage du sujet agissant au sujet passif ? Sur fond de question de genre, soit dit en passant… Mais revenons au texte dans sa langue d’origine. Il ne date pas d’hier! 1933… il sera bientôt nonagénaire!

Et c’est alors que commença une véritable enquête… Les paroles trouvées sur le net variaient d’un site à l’autre. Pourtant, les références musicales aboutissaient à la même mélodie. Et, à l’heure où j’écris ces lignes que je voudrais publier avant que la nuit ne s’achève, je viens juste de trouver la solution. Mais gardons le suspens.

Je ne suis pas parvenue à trouver le texte original, en italien.

Voici le premier texte en français, un très beau poème. C’est celui auquel le commentaire sus-cité faisait allusion.

Strophe 1

Les fleurs palissent,
Le feu s’éteint,
L’ombre se glisse
Dans le jardin.
L’horloge tisse
Des sons très las,
Je crois entendre ton pas.
Le vent m’apporte
Des bruits lointains.
Guettant ma porte,
J’écoute en vain.
Hélas plus rien,
Plus rien ne vient.

Refrain

J’attendrai le jour et la nuit,
J’attendrai toujours
Ton retour.
J’attendrai, car l’oiseau qui s’en fuit
Vient chercher l’oubli
Dans son nid.
Le temps passe et court
En battant tristement
Dans mon coeur plus lourd:
Et pourtant j’attendrai ton retour.

Strophe 2

Reviens bien vite,
Les jours sont froids,
Et sans limite
Les nuits sans toi.
Quand on se quitte
On oublie tout,
Mais revenir est si doux.
Si ma tristesse
Peut t’émouvoir
Avec tendresse
Reviens un soir.
Et dans tes bras
Tout renaîtra.

Traduction Louis Poterat, source

Au passage, un petit détour car je n’ai pu m’empêcher, vous vous en doutez, d’aller voir qui était ce « Louis Poterat ».

« Après des études de droit, Louis Poterat débute dans le journalisme, puis se lance dans le commerce. Il écrit d’abord pour des revues locales, et s’intéresse à la chanson. Il adapte des œuvres étrangères, et entre à la firme de cinéma Pathé-Marconi pour écrire en série des chansons de films. Ses premiers grands succès datent de la fin des années 1930, et sont des adaptations de chansons étrangères (J’attendrai, sur une musique du compositeur italien Dino Olivieri, en 1938, chantée par Rina Ketty ; Sur les quais du vieux Paris, dont la musique est due à un Allemand, Ralph Erwin, premier succès de Lucienne Delyle, en 1939). En 1943 il écrit la Valse des regrets sur la musique de la célèbre valse en la bémol, opus 39, no 15, de Johannes Brahms, qui deviendra un des grands succès de Georges Guétary. »

J’ai laissé tel quel le texte de Wikipédia, car il vous permet aussi de naviguer sur la Toile…

Carl Vilhelm Holsoe (1863-1935)

Une fois n’est pas coutume, nous allons donc effectuer une démarche historique, pour mieux cerner les avatars de ce texte. Vous me suivez ?

1937, première version trouvée en ligne, celle de Carlo Buti (1902-1953).

La version originale en français est chantée par Rina Ketty. Le disque proposé date de 1938, soit un an après. Or les paroles n’ont rien à voir, à l’exception du refrain. Une hypothèse surgit : les paroles de Louis Potérat ne seraient pas une traduction, mais une adaptation, très libre, une création en quelque sorte, pour ce qui concerne les deux strophes présentées plus haut…

Tino Rossi (1907-1983) reprend la chanson l’année suivante, en 1939. Jean Sablon (1906-1994) enchaîne, la même année. Je n’ai pas trouvé une autre version qui serait de Jacques Larue; si vous l’avez, merci de m’en donner le lien.

Voici alors les paroles. Je vous laisse jouer au « jeu des différences » avec celles de la première version…

J’attendrai
Le jour et la nuit, J’attendrai toujours
Ton retour
J’attendrai
Car l’oiseau qui s’enfuit vient chercher l’oubli
Dans son nid
Le temps passe et court
En battant tristement
Dans mon cur si lourd
Et pourtant, J’attendrai
Ton retour

J’attendrai
Le jour et la nuit, J’attendrai toujours
Ton retour
J’attendrai
Car l’oiseau qui s’enfuit vient chercher l’oubli
Dans son nid
Le temps passe et court
En battant tristement
Dans mon coeur si lourd
Et pourtant, J’attendrai
Ton retour

Le vent m’apporte
Des bruits lointains
Devant ma porte
J’écoute en vain
Hélas, plus rien
Plus rien ne vient
J’attendrai
Le jour et la nuit, J’attendrai toujours
Ton retour

J’attendrai
Car l’oiseau qui s’enfuit vient chercher l’oubli
Dans son nid
Le temps passe et court
En battant tristement
Dans mon cur si lourd
Et pourtant, J’attendrai
Ton retour
Et pourtant, J’attendrai
Ton retour

Je n’ai pas réussi à dater l’enregistrement effectué par Gino Bechi (1913-1993), présenté sur ce disque.

En 1956, c’est au tour de Luciano Virgili (1922-1986) de l’interpréter, accompagné de l’orchestre dirigé par Dino Olivieri, le compositeur de la musique.

Une vingtaine d’années plus tard, c’est une femme, Raffaella Carra (1943-), qui « modernise » l’air, comme dans cette vidéo de 1976.

Fritz von Uhde (1890)

En France, Dalida reprend la chanson ( apparemment la même année, mais ce serait à vérifier) et qui l’interprétera aussi en italien. Les paroles sont alors celles-ci… Nouveau jeu des différences…

J’attendrai le jour et la nuit
J’attendrai toujours ton retour
J’attendrai car l’oiseau qui s’enfuit
vient chercher l’oubli dans son nid
Le temps passe et court en battant tristement
dans mon coeur si lourd
Et pourtant j’attendrai ton retour
J’attendrai le jour et la nuit
J’attendrai toujours ton retour
J’attendrai car l’oiseau qui s’enfuit
vient chercher l’oubli dans son nid
Le temps passe et court en battant tristement
dans mon coeur si lourd
Et pourtant j’attendrai ton retour
Le vent m’apporte de bruits lointains
Guettant ma porte j’écoute en vain

Hélas, plus rien plus rien ne vient
J’attendrai le jour et la nuit
J’attendrai toujours ton retour
J’attendrai car l’oiseau qui s’enfuit
vient chercher l’oubli dans son nid
Le temps passe et court en battant tristement
dans mon coeur si lourd
Et pourtant j’attendrai ton retour
Et pourtant j’attendrai ton retour
Le temps passe et court en battant tristement
dans mon coeur si lourd
Et pourtant j’attendrai ton retour

Vous pouvez en trouver une traduction en italien, mais aussi russe et turc, si cela vous intéresse, sur ce site.

Caspar David Friedrich (1822)

Ce sont donc des générations diverses qui se sont emparées de cette chanson, lui donnant un sens différent selon l’interprète, son sexe d’état-civil, la langue et les paroles, qui ont, nous l’avons vu, beaucoup varié. On pourrait citer entre autres Jane Morgan (1924-), qui la chante en français et en anglais dans cet enregistrement, ou encore Lucienne Delyle, dont la voix rappelle celle d’Edith Piaf. Certaines versions plus récentes comme celle de Jill Barber reprennent les anciennes paroles. Pour ma part, j’ai beaucoup apprécié la réadaptation, modernisation, création – je ne sais quel terme choisir – des Petites Canailles, qui réussissent à merveille à allier les 1ères et 2èmes personnes du singulier, pour faire des deux personnages deux réels acteurs…

En ce lendemain de la Pessah, je ne puis ne pas mentionner la version emblématique en allemand, Komm zurück. Enfin, n’oublions pas les interprétations purement musicales, comme celle de Django Reinhardt

La chanson a été exploitée dans différentes productions audiovisuelles. Lesley Anne Down la chante pour Anthony Hopkins dans the Arch of Triumph (1984).

1954
1982