Danse ou performance ? Une soirée à Chaillot…

J’ai retrouvé avec plaisir l’architecture délirante du Palais de Chaillot et – avec un peu moins de plaisir dois-je l’avouer car ils me font toujours un peu peur – ses escaliers monumentaux, pour aller voir un spectacle de danse. Enfin, pas uniquement de danse, car la présentation annonçait une oeuvre co-conçue par un chorégraphe et un plasticien :

« Entre chorégraphie et expérimentation plastique, Planet [wanderer] confronte le corps des danseurs à divers matériaux pour décrire le lien, à la fois viscéral et onirique, entre les humains et leur planète. » (Source)

Un préambule musical assez long plonge les spectateurs/trices dans l’ambiance. Un peu comme un embryon dans le ventre maternel? Puis une lumière faible fait briller des éclats argentés sur un sol très sombre, sur lequel, progressivement, se dévoilent une sorte de rocher et un petit dôme. Celui-ci commence à bouger, devient queue de baleine, et en émerge enfin un corps de femme aux longs cheveux noirs. Semi-nu, couvert d’une collant noir brillant comme le sol et de poussières de celui-ci, le corps vibre, se tord, bref, danse… tout en restant fixé au sol.

Ce premier axe du ballet m’a fascinée, tant la danseuse est remarquable. Je ne suis pas encore parvenue à l’identifier, car cette vidéo qui présente la troupe (si l’on peut dire, car elle explique que justement il ne s’agit pas d’une troupe institutée, mais d’un ensemble de personnes rencontrées de par le monde par le chorégraphe), cette vidéo, disais-je, l’oublie; pourquoi?

Le corps, dans une subtile reptation, se dirige vers le rocher, se fond en lui… et la masse se met à bouger à son tour…

Je vous laisse découvrir la suite, ne voulant pas dévoiler l’ensemble, qui mérite vraiment d’être découvert.
Un spectacle d’une très grande originalité, extrêmement prenant. La salle était réellement subjuguée du début à la fin – y compris les scolaires qui la composaient en partie.

On aimerait voir plus souvent de telles créations mêlant esthétique, danse et, j’ose le dire, philosophie, qui nous renvoient à nous et à notre rapport au monde et à l’être… Merci aux artistes créateurs et interprètes de ce moment de pureté !

Une guinguette menacée de disparition

Voilà bien longtemps que je n’ai écrit sur ce blog, et beaucoup m’en ont fait reproche. Mais l’été a été très occupé, et surtout, lorsque je reçois des hôtes dans ma demeure niçoise, j’édite quotidiennement à leur intention une Gazette, pour leur permettre de profiter de chaque jour et chaque soirée au mieux. La collecte d’informations, chaque jour, sur les spectacles de Nice, ses environs et l’arrière-pays, leur sélection en fonction des goûts des personnes accueillies, et la rédaction de cette Gazette me prennent tant d’énergie et de temps que je délaisse ce blog.

Me voici de retour à Paris, le travail a repris. Et hier, il m’a menée à Meudon. Comme une visio conférence suivait immédiatement une séance de travail à Saint-Philippe (je vous en parlerai, de cet endroit étonnant), je me suis dirigée, pour la faire tranquillement, vers les étangs de Meudon, dont je vous ai déjà parlé sur ce site, en particulier, l’étang de Trivaux. Près de celui-ci, une guinguette, qui fleure le plaisir et la simplicité, toute proche de l’étang, dont je vous ai déjà parlé.

Guinguette de Trivaux naguère (source)

Et là, quelle n’a pas été ma surprise… et ma colère!

L’adorable guinguette, trace du passé et lieu actuel de plaisir, avec le partage de délicieux repas et de bons moments partagés, est menacée de disparition. Un arrêté de démolition a été pris à son encontre. Et le bâtiment principal porte les stigmates de la lutte que mènent les habitant-e-s de Meudon pour la sauver.

Ce matin, je me suis donc renseignée autant que faire se peut sur les facteurs de cette menace. D’après ce que j’en ai compris, ce sont les Eaux et Forêts qui ont demandé la destruction de ces bâtiments, en arguant de leur esthétique douteuse et en refusant d’en renouveler la concession. Le maire de la ville a été destinataire d’une pétition d’habitant-e-s de Meudon, il lui a été demandé d’intervenir, et une association s’est créée pour défendre la guinguette. Désormais la pétition est à signer en ligne, et les témoignages se multiplient pour raconter les bons moments et expliquer le plaisir de dîner à la bougie, car il n’y a pas l’électricité ici… Affaire à suivre…

Escapade en montagne

La chaleur monte à Nice, et il y a beaucoup (trop?) de monde sur les plages… Le moment rêvé pour une escapade en montagne!

Direction : le Col de Turini. Envie de respirer l’odeur des pins et sapins qui font la spécificité de ce coin du Mercantour…

Aller par la Vallée de la Vésubie. Pas par la route du fond, censée être plus rapide (mais est-elle accessible après la catastrophe de cet hiver? et puis je préfère celle des sages muletiers d’autrefois, en hauteur à flanc de montagne). Donc passage au Saut des Français à Duranus, avant de redescendre sur Saint Jean la Rivière. Et là, les dégâts commencent à être visibles, ainsi que les travaux gigantesques engagés à leur suite. Mais je n’irai pas jusqu’à Saint Martin… direction La Bollène. Quelques lacets, et on y est. Mais le restaurant repéré sur Internet avant le départ, annoncé à La Bollène, se situe… au-delà du Col de Turini, ainsi que me l’annonce la dame qui répond au téléphone (en l’absence de connexion, on revient aux anciennes technologies!)

Donc de nouveaux lacets… Et de l’admiration pour toutes et tous les cyclistes doublés dans la montée!

Passage au Col où quelques sportifs et de rares touristes se rafraîchissent aux terrasses des cafés/restaurants, puis montée vers Camp d’Argent, la station de ski.

Une maison plutôt défraîchie, mais une belle terrasse… L’Authion… C’est bien là… Une carte sur une ardoise un peu effacée le confirme : « Jean-Jean vous propose… »

Installation sur une table avec belle vue sur la forêt et la vallée… Il fait bon, le soleil brille…

Au menu, entre autres : une « cassolette », du lapin grillé, de la daube, des raviolis, de la tarte aux myrtilles… Voilà qui est alléchant…

La cassolette est délicieuse.

La patronne (71 ans) explique qu’elle est faite à partir des champignons fraîchement cueillis et de « chénopode bon-Henri » (je lui ai fait écrire!). Ainsi j’ai découvert une plante que je ne connaissais pas, et appris depuis qu’elle avait de nombreuses vertus… Autrement parfois appelée « épinard sauvage »…

Description de cette image, également commentée ci-après

Appris aussi l’origine (ou la légende) du nom : Henri IV aurait encouragé la culture de cette plante aux vertus médicinales et gustatives…

La même plante a servi à farcir les délicieux petits ravioli qui accompagnent une daube savoureuse et un lapin grillé à point. Au dessert, tarte (j’aurais tendance à dire « tourte » car elle est couverte) aux myrtilles et tarte aux framboises se disputent la vedette.

C’est bien le patron qui fait la cuisine, encore, à 82 ans… et la patronne qui sert. Un accueil chaleureux, qui s’achève sur le genépi offert… Bref, une adresse comme on en trouve beaucoup trop rarement…

Pendant le repas, une pluie d’orage. Les autres clients se réfugient à l’intérieur. Et c’est un délice de continuer à déguster sous un vaste parasol devenu parapluie, avec l’odeur des sapins amplifiée par l’humidité, dans la tranquillité ambiante…

Petite sieste ensuite au-dessus de la station, avec une vue splendide sur le Mercantour et la Vallée des Merveilles.

Mais il faut penser à redescendre, à regret.

Arrêt à la Vacherie de Mantegas. Le coin regorge de vacheries, où l’on peut acheter la tome, le brousse et la brousse… ce que je fais auprès de la vachère, qui m’explique ses déboires avec les touristes…

Vacherie de Mantegas

Tome et brousse achetés, la descente continue. Nouvel arrêt, cette fois pour aller voir ce qui est indiqué comme « table d’orientation ». En fait, je découvre qu’il y a deux tables. Que plus d’un siècle séparent…

On commence donc par la plus récente, qui offre un panorama allant, si on l’en croit, jusqu’à la Corse. En l’occurrence, la brume empêchait même de bien percevoir le Pic de l’Ours… Comment aller à l’autre, que l’on aperçoit au lointain? Un escalier s’offre en contrebas… Essayons?

Les marches plient mais ne rompent pas… ouf! Ce n’est pas fini… Il faut maintenant descendre d’autres marches, plus solides certes, mais aussi plus irrégulières…

Un banc sur le côté… Mais difficile d’en profiter… Il évoque plutôt un squelette!

Enfin l’on parvient à la vénérable table, qui a passé la centaine depuis quelques années!

Dans toutes les directions, la vue est superbe, malgré le temps capricieux…

Nous pouvons observer que la route empruntée le matin même, pour passer de La Bollène au Col de Turini, n’est pas enregistrée. Mais celle du retour l’est bien…

Il ne reste plus qu’à retourner à la première table, bien campée sur son éperon rocheux, là, au-dessus…

Au passage, nous saluons deux travailleurs ou travailleuses, qui butinent sans relâche…

Au fait, qui pourrait me dire ce que sont ces insectes, que je n’ai jamais vus?

En différé d’Avignon (1)

Le correspondant de mon blog en Avignon est reparti travailler, mais continue à m’envoyer ses articles sur les spectacles vus. Au total, il a assisté à 21 d’entre eux… je n’en suis qu’au cinquième! Il va donc falloir que, de mon côté, j’accélère la cadence de publication et, du sien, qu’il finisse la rédaction des derniers d’entre eux !

Aujourd’hui nous allons vous parler encore d’une pièce.

Acid Cyprine

Résumé du spectacle sur le site du Off

« Acid Cyprine, c’est : un cri de contestation, une rébellion ludique et tragique contre et avec nos limitations pour réinterroger les espaces possibles de libertés dans nos corps, nos vies sociales et intimes de femmes. D’hommes. D’humains. La démesure du clown comme l’engagement physique sont les principaux outils pour flirter avec le quotidien, créer un décalage percutant sur ces sujets brûlants. Quatre femmes sur scène en rapport direct avec le public, s’interrogeant sur la/les libertés des femmes d’aujourd’hui, les tabous, les clichés, les responsabilités des hommes et des femmes dans la perpétuation d’un système machiste. »

Encore une critique en demi-teinte, de la part de Philoskéné…

L’avis du spectateur

« Beaucoup d’énergie de la part des 4 actrices et des bonnes trouvailles tout au long du spectacle. On ne s’ennuie pas du tout et l’on rit de bon cœur.
Mais le propos un peu « déjà vu » sur les heurs et malheurs des femmes victimes des hommes ( et d’elles-mêmes) mais surtout une mise en scène décousue n’en font pas un spectacle totalement accrocheur pour qui n’est pas trop amateur de pièces à sketches
. »

Une question naïve alors : si l’on n’est pas amateur de pièces à sketches (ce qui est mon cas, soit dit en passant), pourquoi choisir ce type de pièce dans une ville qui en propose une multitude d’autres?

Et une seconde : si l’on n’est pas spécialement féministe, pourquoi choisir cette thématique dans le choix parmi une multitude d’autres aussi?

Il faut avouer que les images diffusées dans la presse locale (qui a par ailleurs encensé la pièce) confortent les stéréotypes concernant les femmes qui luttent pour l’égalité!

Festival d'Avignon | Acid Cyprine : un gros coup de cœur | La Provence
Source : La Provence

En direct d’Avignon (4)

La Maison du Loup

Résumé du spectacle

Voici le résumé tel que présenté sur le site du Off…

« Été 1913. Depuis sa libération, Ed Morrell se bat pour que son ami, Jacob Heimer, échappe à la peine de mort. Frappée par ce combat, Charmian, épouse du célèbre écrivain Jack London, invite Ed dans leur vaste propriété « La Maison du Loup ».
Son objectif est de provoquer chez Jack, en perte d’inspiration, une sorte d’étincelle. Ed parviendra- t-il à sauver Jacob… ? Jack London écrira-t-il un nouveau roman… ?

Puis la mise en appétit de L’info Tout Court :

« parce qu’on adore Benoît Soles et que l’on se réjouit de découvrir sa nouvelle collaboration avec Tristan Petitgirard après La machine de Turing. Et c’est sur les pas de Jack London, en 1913, qu’ils nous emmènent cette fois. On retrouvera également Anne Plantey (Adieu Monsieur Haffmann) et Amaury De Crayencour (La machine de Turing) dans la distribution. Du talent en perspective.« 

Et le commentaire mi-figue mi-raisin (nous sommes dans le Sud!) de Philoskéné :

« Un décor soigné, une mise en scène rigoureuse, de très bons acteurs … pourquoi reste-t-on un peu en deçà de ce spectacle? Peut-être l’impression de déjà vu pour ceux qui ont applaudi (ou pas) à la précédente pièce « la machine de Turing » de Benoit Soles, ou peut-être le propos quelque peu convenu ou attendu du récit ?

Pourtant l’évocation de La rencontre de Jack London et de sa partenaire avec Ed Morell – ancien forçat – ne manque pas d’intérêt .
Le festivalier du Off est-il désormais blasé ou trop exigeant ?
« 

Voilà qui ressemble fort à une mise en cause de soi-même, en tant que « festivalier »!!!

En direct d’Avignon (3)

La troisième pièce commentée par mon correspondant est connue, sans doute, de vous…

« Frédérique Lazarini a adapté (assistée de Lydia Nicaud ) et mis en scène La Mégère apprivoisée de William Shakespeare, pièce elle-même adaptée d’un conte populaire. Le résultat, à ne pas rater au Théâtre du Chêne noir, se synthétise en une joyeuse farce à l’italienne délicieusement et caustiquement misogyne. 

Elle a retiré la sous-intrigue façon jeu de l’amour et du hasard qui vient s’entuiler à l’intrigue principale dans le texte original. Elle a permuté l’épilogue en le remplaçant par un manifeste féministe extrait d’une chambre à soi de Virginia Woolf. Elle a ajouté des chansons en italien, des chorégraphies clownesques et quelques accessoires délicieusement anachroniques. » (Toute la Culture)

Bref, pour tout dire, en lisant ce commentaire (ou d’autres), je me suis demandé ce qu’il restait de la pièce initiale!

Eh bien, Philoskena a aimé, en grande partie, jusqu’à lui décerner une palme…

« Trop attaché au style classique le mélange théâtre – cinéma sur une scène peut laisser circonspect sinon hostile. Mais pour cette mégère bien apprivoisée et intelligemment raccourcie, la symbiose est parfaite – même et surtout lors de la coupure publicitaire – pardon ! la « séquence de réclame » – puisque l’on se trouve dans l’Italie des années 50 dans l’ambiance « Cinéma Paradisio »
Les acteurs sont au top (avec un accessit pour le père … et le curé !) et l’ensemble très bien enlevé.
Faut-il vraiment insérer le texte de Virginia Wolf en épilogue pour contrevenir à la conclusion quelque peu misogyne voire archaïque de Shakespeare ? L’époque semble l’exiger apparemment.

Un des meilleurs spectacles du Off assurément.« 

En direct d’Avignon (2)

Mon correspondant en Avignon continue à envoyer des commentaires sur les spectacles auxquels il assiste. Je suis bien en retard dans leur publication… Voici donc la suite, pour celles et ceux qui aiment le théâtre et veulent connaître un avis de « semi-profane » (ou « semi-expert », selon la théorie du verre mi-vide mi-plein)…

A ces idiots qui osent rêver

Théâtre la Luna

Voici le texte de présentation sur le site du théâtre.

« L’histoire de ELLE et LUI, qui se déroule au fil des quatre saisons, est une savoureuse comédie romantique à l’américaine, inspirée des films cultes « La La Land » et « Quand Harry rencontre Sally ». Un homme, une femme, deux visions de l’amour… Qui des deux convertira l’autre ?! C’est aussi un hommage aux maîtres anglo-saxons du genre avec, en prime, une exquise séquence de claquettes ! Drôle, rythmé, ce spectacle séduit par son propos intelligent sur l’amour et ses judicieux procédés empruntés au cinéma. Un bonheur théâtral jubilatoire dont on ressortira assurément amoureux… »

Et maintenant, le commentaire posté :

Un peu dans le « déjà vu » mais bien enlevé par une mise en scène astucieuse et surtout par l’interprétation des comédiens, et plus particulièrement le rôle masculin (René Remblier)
A recommander aux amateurs de comédie romantique qui retrouveront quelques clins d’œil vers des œuvres de « référence » comme « La la land » avec un bon numéro de claquettes.

Une question que je n’ai pas résolue…. Y a-t-il un lien avec l’histoire d’Aragon et d’Elsa Triolet? Moi qui adore voir et revoir leur Moulin, j’aimerais le savoir… Qui a la réponse?

En direct d’Avignon (1)

Non, je ne suis pas en Avignon. Mais certain-e-s de mes ami-e-s s’y trouvent en ce moment. Et l’un d’entre eux nous fait le plaisir de partager avec nous ses impressions et opinions relatives aux spectacles auxquels il assiste. Je vous livre donc ses commentaires, tels qu’ils me sont parvenus, avec une brève introduction de mon crû.

Camus-Casares. Une géographie amoureuse

Voici ce qu’en disent Jean-Marie Galey et Teresa Ovidio:

 » Nous avons donné au montage minutieux de cette relation hors norme le titre « Camus-Casarès, une géographie amoureuse » qui nous paraît refléter la carte du Tendre chère aux amants du XVIIème siècle… géographie amoureuse, avec ses sentiers sinueux, ses vallons paisibles, ses montagnes infranchissables, ses clairières enchantées, ses impasses…
D’une très grande richesse lyrique et émotionnelle ces échanges amoureux magnifiques ont aussi la particularité de révéler un Camus surprenant : tourmenté, instable, fragile, capricieux, au comportement parfois machiste, éloigné de l’écrivain profond et grave que nous connaissons.
Les lettres de Casarès sont une révélation. Elles témoignent d’un humour ravageur qui brocarde ses contemporains, auteurs, metteurs en scènes, comédiens, politiques, avec allégresse et sans retenue aucune ! Fille sauvage de la Galice, elle témoigne d’une vitalité ahurissante, vivant le bonheur et le malheur avec la même intensité.
Jean-Marie Galey et Teresa Ovidio
« 

Et maintenant, le commentaire du spectateur averti.

« Le concepteur ou l’aménageur de cette salle a juste oublié qu’un spectateur pouvait avoir des jambes articulés sur des genoux et sauf exception, il restait difficile de les laisser au vestiaire – inexistant d’ailleurs.

L’inconfort des sièges n’explique pas que l’on soit resté un peu en retrait de cet échange épistolaire. Certes les textes des lettres que Camus a échangé avec son égérie ne manquent ni de style, ni de profondeur souvent introspective, mais la froideur voulue (?) de l’interprétation dessert le propos. La prose de Casares est plus banale, mais l’actrice qui l’endosse. incarne mieux la relation passionnelle des deux icônes.
Mais c’est surtout la mise en scène qui ne s’accorde pas bien au propos voulu. Déplacements et accessoires – comme cette valise – veulent représenter le chassé-croisé de ces deux êtres perpétuellement séparés par leurs obligations journalistiques ou artistiques; mais l’ensemble ne donne plus un impression de confusion que de distance.

Le spectacle scandé par des enregistrements d’époque sortis de postes TSF d’époque disséminés sur le plateau reste cependant intéressant : dommage ! Il aurait pu être captivant. »

https://media.eterritoire.fr/?u=aHR0cDovL3BpY2FyZGllLm1lZGlhLnRvdXJpbnNvZnQuZXUvVXBsb2FkL2NhY2hlLTczNzYzNTA2LmpwZw~~
Des radios et une valise…
(Photographie prise lors d’une autre représentation, à Issoire. Source)

Déjeuner non sur l’herbe, mais à la Mare aux canards

Une maison bien cachée dans le Bois de Meudon… Pour y parvenir, il faut délaisser l’Observatoire, et aller en quête de la Mare d’Adam… jouer à cache-cache avec la N 118, frôler l’antre du Standard, et on y parvient finalement, au coeur du Bois.

Une cour bien abritée, dominée par les marronniers, hêtres et chênes environnants, qui laissent cependant largement passer les rayons du soleil…

Un accueil charmant. Les tables sont assez éloignées les unes des autres pour garantir la tranquillité de chaque hôte.


Pour commencer, un Mojito très bien dosé, ou le cocktail maison, si toutefois on aime suffisamment les fraises pour leur permettre de prendre le pas sur le goût du Champagne.

Parmi les entrées, jouons le classique, populaire avec les os à moelle, merveilleusement fondants, ou le plus snob, avec un foie gras très correct.



Et, bien sûr, ensuite, du canard. Sous toutes ses formes. Depuis le quart ou demi grillé au feu de bois (qui crépite dans la cheminée à l’intérieur de l’auberge), jusqu’au magret au miel et aux épices.

La carte des desserts est très variée, mais j’ai opté pour une déclinaison de fruits rouges en ce beau jour de mai.

La carte des vins offre de bons crus à des prix accessibles, comme le Crozes Hermitage choisi pour accompagner le canard.

Bref, tout le bonheur des restaurants retrouvés, avec en prime un repas de qualité et un accueil sympathique.

Sans compter la possibilité de s’égailler ensuite dans la forêt qui abrite l’auberge…

Nuit des Rois

Enfin les salles réouvrent, et l’on peut retrouver le plaisir des concerts. C’est avec bonheur que j’ai retrouvé hier soir la nef enchanteresse qui vogue sur la Seine à l’ouest de Paris…

Une heure un peu étrange pour un concert, qui avait déjà été avancé à 19 heures, puis l’a encore été à 18h30, pour permettre au public de ne pas contrevenir à l’heure du « couvre-feu » stupide. Au programme : la Nuit des Rois de Schumann. Peut-être pas ce que j’aurais choisi en temps ordinaire, mais un des premiers grands concerts possibles, ça ne se rate pas!

Retrouver les lieux, l’ambiance un peu fébrile dans l’attente du moment où la musique va envahir les lieux et les corps, voir arriver et s’installer l’orchestre, puis le voir se lever pour accueillir la cheffe… autant de ressentis qui manquaient depuis si longtemps…

Parmi l’orchestre, quelques chanteurs/euses
Avec la cheffe d’orchestre, Laurence Equilbey

Les lumières s’éteignent, le silence se fait… Et l’écran s’illumine. C’est une des spécificités de ce spectacle : une projection d’images. Elles sont dues à Antonin Baudry – auteur de la bande dessinée Quai d’Orsay et scénariste du film Le Chant du loup. La vidéo accompagne toute l’oeuvre.

La récitante, Anna Lucia Richter

En transparence, on voit les minuscules silhouettes des membres du choeur et des chanteurs/euses lorsqu’ils passent derrière l’écran. Et, ce que j’ai beaucoup apprécié, les paroles sont traduites et reportées dans un espace réduit en haut à droite de ce même écran.

La Reine des Nymphes et Poséidon, et surtout la Harpe faite des os du Page…

Ce dispositif présente avantages et inconvénients. Du côté des premiers, outre la possibilité, non négligeable, de comprendre le texte, une dramaturgie omniprésente et le mélange des genres. Du côté des seconds, le fait, selon moi, de « distraire » de la musique, et cela me perturbe quelque peu.

Et puis, dois-je l’avouer, je n’ai pas apprécié le graphisme, ni les couleurs. Question de goût, peut-être…

Pour ce qui est de la musique, plutôt des oeuvres assez courtes qu’une oeuvre intégrale:

Schumann, Le Page et la fille du roi

Schumann, La Malédiction du chanteur

Trauermarsch (Marche funèbre) in Leonore Prohaska

Geistlicher Marsch (Marche spirituelle) in König Stephan

Schumann, Nachtlied

Bref, un ensemble de 5 « tableaux » illustrés, joués et chantés. L’interprétation de l’orchestre, sous la direction fine et forte de sa cheffe, m’a entraînée dans des univers tous plus sombres les uns que les autres, avec une mise en abîme de la cruauté, du déni de l’amour, et de la mort sous la vision la plus romantique qui soit.

Le choeur se déplace en une chorégraphie bien réglée et harmonieuse. D’abord, en chant « guerrier », sur chaque côté des balcons. Puis, sur la scène et derrière l’écran. Enfin, descendant les marches parmi le public assis en orchestre. Les costumes sont sobres, en nuances de bleu.

Lorsque le spectacle s’achève, les applaudissements pleuvent. Et successivement montent sur la scène le choeur (ci-dessus), les chanteurs/euses et la cheffe, puis le metteur en scène et tous les autres acteurs du spectacle.

Je ne suis pas parvenue à trouver d’enregistrement du spectacle, alors qu’il a été produit en partenariat avec France Musique, mais pour en savoir davantage sur Insula Orchestra, vous pouvez aller ici.

Et pour comprendre deux des oeuvres, une présentation drôle et bien faite ici. Une autre interprétation de Trauermarsch, un air que j’aime beaucoup (merci, Beethoven!).