Une soirée à Radio France. 2. Le compositeur dirige…

Comme je vous l’ai dit précédemment, c’est le compositeur de deux des oeuvres au programme qui dirige l’orchestre en ce vendredi soir. N’en ayant jamais entendu parler, j’ai cherché qui était Thomas Adès. Voici ce qu’en dit le site de l’Opéra National de Paris :

« Né à Londres en 1971, le compositeur, chef d’orchestre et pianiste Thomas Adès a étudié le piano à la Guildhall School of Music & Drama et la musique au King’s College de Cambridge. Ses opéras sont au nombre de trois : Powder Her Face (1995), The Tempest (2004) et The Exterminating Angel (2016).

En 2021 a eu lieu à Londres la première de Dante, œuvre spécifiquement écrite pour la danse. Sa musique de chambre comprend les quatuors à cordes Arcadiana (1994) et The Four Quarters (2010), un Quintette pour piano (2000) et le quintette pour clarinette Alchymia (2021). Sur le plan orchestral, il a composé Asyla (1997), le Concerto pour violon « Concentric Paths » (2005), Tevot (2007), In Seven Days (2008), Polaris (2011), un Concerto pour piano et orchestre (2019), Shanty-over the Sea pour cordes (2020), Märchentänze pour violon solo et piano / orchestre (2021) et Air-Homage to Sibelius pour violon et orchestre (2022). »
Apparemment, le site n’est pas très compler, puisqu’on ne voit pas dans ces lignes les deux oeuvres représentées ce soir :
En tant que chef d’orchestre, Thomas Adès se produit notamment avec l’Orchestre philharmonique de Los Angeles, l’Orchestre symphonique de Londres et le Royal Concertgebouw d’Amsterdam.

À l’Opéra national de Paris : The Dante Project, 2023 ; The Exterminating Angel, 2024 ; tournées Orchestre de l’Opéra national de Paris (San Sebastián, Saint-Jean-de-Luz), 2025″

En effet, ce soir, c’est un concerto In the Seven Days qui est joué en première partie, puis une oeuvre indéfinissable, Aquifer, qui clôt la seconde. J’ai beaucoup apprécié les deux, pour des raisons différentes. Au passage, remarquons qu’elles comportent 7 mouvements… comme la symphonie de Sibelius est la 7ème, ce chiffre domine la soirée, comme l’a aussi observé l’auteur d’un article que je vous conseille de lire, car il est vraiment expert et intéressant. En voici un extrait :

« D’une durée de 30 minutes, il est structuré en 7 mouvements regroupés entre trois parties : les deux premières parties de trois numéros vont du spirituel/cosmique au réel/terrien et au vivant, et la dernière s’intitule Contemplation. »

J’ai été totalement transportée dans certains de ces mouvements, d’une lenteur et douceur dé-concert-antes, c’est le cas de le dire. Voici ce qu’en dit l’article sus-cité.

« Le mouvement III. Land- Grass -Trees est envoûtant sous les doigts de Bertrand Chamayou, les notes s’égrènent comme des lumières sur un tapis sombre de cordes, avec une magnifique progression comme un vent qui se lève et devient puissant (ou comme un arbre qui pousse ?).« 

Le concerto laisse une place surprenante au piano, dont Chamayou joue divinement.

J’ai un peu moins aimé Aquifer, peut-être parce que sa présentation m’avait laissé espérer entendre le doux murmure de l’eau, et que c’est plutôt un torrent qui a déferlé au début et à la fin.

Ce final a aussi questionné l’auteur de l’article…

« Arpèges mystérieux, crescendos très bien menés tant dans l’écriture que dans la direction, climax dansant (le chef danse lui-même et Bernstein n’est pas loin), c’est de la belle écriture avant un final glorieux en do majeur. Mais quel est le sens de cet accord triomphal alla Symphonie n°5 de Beethoven, Symphonie n°3 avec orgue de Saint- Saëns, voire Symphonie n°7 de Mahler ? S’agit-il seulement d’obtenir à bon prix les faveurs du public, tant le do majeur force aux vivas et aux applaudissements ? Ou s’agit-il aussi de célébrer la magnificence des poches géologiques quand leur précieux liquide retourne à la lumière de la surface terrestre ? Qui danse et pour se réjouir de quoi ? Ce final, en 2024 et encore plus en 2026, interroge. »

Si vous souhaitez découvrir davantage ce compositeur, son site est accessible, en anglais…

Mais vous me connaissez, je n’allais pas m’en tenir là. La question du double rôle « compositeur / chef d’orchestre » m’a poussée à faire des recherches. J’ai ainsi appris que, si la fonction « direction d’orchestre (ou de choeur) » est attestée depuis l’Antiquité, avec différents « outils » dont la main, l’archet, et même la canne – qui a causé la mort de Lulli qui se l’était enfoncée dans le pied lors d’une répétition difficile -, le fait qu’une personne se consacre à cette direction, en tournant le dos au public, date de la fin du 18ème siècle en France, et de la moitié du 19ème en Angleterre, où les résistances furent plus fortes.

« Louis Spohr (1784-1859), puis Carl Maria von Weber (1786-1826) et Felix Mendelssohn (1809-1847) sont ainsi les premiers chefs à diriger les musiciens avec une baguette ou un archet face à l’orchestre et non plus aux spectateurs, au grand étonnement des orchestres et des auditeurs, plutôt déroutés et fortement réticents devant cette pratique indécente, qui fait tourner si impoliment le dos au public. »

Il ne manque plus que Mendelsohn… Pour vous amuser, une représentation de lui, enfant, déjà en direction d’orchestre. L’image est sous copyright, comme vous le voyez, mais autorisée pour usage non commercial. Malgré la pollution par le chiffrage, j’ai souhaité la partager avec vous…

Auteur: WOLDEMAR FRIEDRICH

Titre: The Young F.Mendelssohn-Bartholdy / Woodc.

Légende: Mendelssohn-Bartholdy, Felix ; compositeur allemand . Hambourg 3.2.1809 – Leipzig 4.11.1847. Felix Mendelssohn-Bartholdy enfant dirigeant. Grav. sur bois d’ap. dessin de Woldemar Friedrich (1846-1910), coloriée ultérieurement.

Technique/matériel: GRAVURE SUR BOIS • ARTS GRAPHIQUES • IMPRIME

Si cette question vous intéresse, je vous conseille de lire cet article très intéressant de ResMusica, qui a répondu à ma question : est-ce « habituel » que des compositeurs dirigent l’interprétation de leurs propres oeuvres? La réponse est « oui ». Les premiers à l’avoir fait ne sont autres que Berlioz et Wagner. Je vous laisse jouer à reconnaître les compositeurs dans ce schéma proposé par l’article sus-cité…

Par contre, cela provoque un autre questionnement. « Quelle place, dès lors, à « l’interprétation », dans toutes les acceptions du terme?

Pour en revenir à Thomas Adès, j’ai cherché des vidéos où on le verrait diriger. Je n’ai trouvé que cette « captation sauvage », prise par smartphone, visiblement. Mais le terme « énergie » me semble bien choisi… Et un entretien avec lui, en anglais, sur ce site.

Et pour en savoir plus, bien sûr, France Musique, où vous retrouverez l’intégralité du concert, y compris la Symphonie n°7 de Sibelius, dont je n’ai pas parlé mais qui m’a envoûtée… Ainsi que d’autres pièces du compositeur.

S’encouméler ?

J’aime à jouer avec les mots, à me régaler de leur sonorité, voire à en inventer… Et voici que je viens de découvrir qu’un terme que j’utilisais comme « existant » est en réalité apparemment un néologisme. Je partage donc cela avec vous en ce samedi matin qui succède à une lourde semaine de travail, pour vous demander de l’aide. L’un ou l’une d’entre vous connaîtrait-il ce mot : « s’encouméler » ? Si oui, merci de m’apporter quelques éclaircissements, car mes recherches sur le net sont restées vaines… Pour les autres qui doivent s’interroger sur son sens (sauf s’ils l’ont deviné), sachez que je l’utilise au sens de « se perdre dans les méandres de… (en particulier « de la pensée »)  » ou « se prendre les pieds (ou les mains) dans… ».

Par exemple, lorsque je confonds des horaires ou des personnes, je « me suis encore encoumélée ». Lorsque je trébuche à cause des innombrables fils qui relient mon ordinateur à la prise et au tableau blanc « j’ai failli tomber en m’encoumélant dans les fils ! »…

Je suis allée du côté des patois ardennais. Je ne sais plus si je vous l’ai déjà dit, mais il se trouve que le père de ma tante est l’auteur d’un livre :

Mais non, il n’y est pas. J’ai cherché à vérifier dans des sources plus récentes, et ai découvert cet amusant petit film… « S’empierger » y figure, mais pas « s’encouméler ».

Or lorsque j’ai effectué mes recherches, je suis tombée sur un autre mot, que je ne connaissais pas : « s’encoubler ». Il appartiendrait à la langue suisse romande, et aurait le même sens, apparemment, dérivé de « couble » qui signifierait « lien ». Et, toujours en surfant, une carte est apparue, avec quantité de synonymes en fonction des régions…

Il me vient alors une hypothèse : n’aurais-je point conçu un mot-valise, à partir de « s’emmêler » et « s’encoubler » (et, non, ne rajoutez pas  » Ukulélé » alias « Youkoulélé ») ? Mais je ne me souviens pas du tout avoir entendu un jour ce deuxième terme… Le mystère reste donc entier. Aidez-moi à le lever?

Une soirée à Radio France, épisode 1. Sibelius, Tapiola et le Kalevala

J’ignorais qui était Thomas Adès, certes. Mais j’apprécie Sibelius… Direction donc le Parisian Far West en ce vendredi soir! Arrivée un peu tôt, je prends le temps de monter au 2ème étage et y découvre un bar fort agréable et étonnamment peu fréquenté.

Le temps d’un Moscow Mule, et me voici redescendant vers le 1er, pour gagner ma place. Le plafond est toujours aussi beau!

Je suis toujours étonnée par le nombre impressionnant d’instruments dans un orchestre symphonique. Mais, cette fois, je le suis encore davantage. Pourquoi? Je ne sais. Peut-être les deux pianos? Les percussions très variées? Ou simplement le fait que, la scène étant plus petite que celle de la Philharmonie ou de la Seine Musicale, la quantité paraît supérieure? Mais voici qu’arrive un homme que je prends pour le chef d’orchestre.

Mais non, c’est un présentateur qui vient introduire le spectacle. Et j’apprends alors que le Maestro, ce soir, est aussi le compositeur de deux des morceaux qui vont être interprétés. Fait assez rare, n’est-ce pas? Mais d’abord Sibelius, avec Tapiola. En 1926, Sibelius, qui a alors 61 ans, vit dans la Villa Ainola (du nom de son épouse, Aino), nichée dans une forêt de pins. C’est là qu’il va composer ses deux dernières oeuvres, qui font l’objet du concert de ce 10 avril, cent ans plus tard. Il poursuivra sa vie sans composer durant les 31 années qu’elle durera encore, jusqu’en 1957…

Si vous êtes fan de la mythologie ougro-finnoise, vous connaissez sûrement Tapio. Ce n’était pas mon cas avant cette nuit, où je l’ai découvert. Revenons en 1835, plus exactement le 28 février. Un érudit, Elias Lönnrot, publie le premier Kalevala ou Les vieilles chansons caréliennes du peuple finnois d’antan. Vous êtes perdu-e? Alors décomposons. La Carélie, c’est une république sise à l’est de la Finlande.

« En 1617, par le traité de Stolbova, signé par la Suède (à laquelle était alors rattachée la Finlande) et la Russie, que la Carélie fut divisée en deux: à l’ouest, la Carélie finlandaise, à l’est, la plus étendue, la Carélie russe, elle même divisée en Carélie blanche au nord, et en Carélie Olonets au sud. Lorsque la Finlande passa sous domination russe, la partition resta effective même si les nationalistes finlandais, renforcés par tout un courant littéraire et musical, en firent, au milieu du XIXème siècle, un thème de leurs aspirations… » (source).

Je vous passe tous les détails de la Première Guerre Mondiale, durant laquelle la Carélie redevint Finnoise.

« ‘C’est en octobre 1920 que le traité de Tartu signé par la Finlande et la Russie soviétique fixa la frontière entre les deux pays: si, au Nord, la Finlande gagnait un accès à la mer de Barents, elle dut en revanche renoncer à ses prétentions sur les régions de Repola et Porajärvi contre la volonté affichée de leurs habitants. »

Sibelius n’est pas Carélien. Il est né et a vécu en Finlande méridionale, dans la région d’Helsinki. Mais il s’est intéressé à un ouvrage publié en 1835 par un certain Elias Lönnrot. Explorateur, médecin, poète et linguiste. Bref, un érudit, qui soutenait qu’une nation ne peut exister sans base culturelle partagée.

« Voici qu’un désir me saisit,
L’idée m’est venue à l’esprit
De commencer à réciter,
De moduler des mots sacrés,
D’entonner le chant de famille,
Les vieux récits de notre race… »

« Lönnrot eut l’idée de rassembler les légendes de l’ancienne Finlande en 1828. Il parcourt Finlande et la Carélie pendant les sept années suivantes rendant même dans les plus petits villages. Puis, il compara et adapta ces légendes pour en faire une épopée héroïque qu’il appela le Kalevala. Ce recueil s’est enrichi jusqu’à rassembler près de 23 000 vers en 1849.
En réalité, le Kalevala prend sa source en partie dans l’ancienne mythologie et en partie dans l’imagination d’Elias Lönnrot lui-même. Dans son ardeur à vouloir écrire une épopée comparable à l’Iliade d’Homère, Lönnrot a écrit des poèmes entièrement nouveaux à partir de fragments d’informations qu’il a réunis pendant ses voyages. Le Kalevala raconte une querelle entre deux peuples: les Kaleva originaires du sud de la Finlande et les Pohjola venus du nord de la Finlande et de la Laponie. »

Si vous voulez le lire à votre tour, le voici, ce livre qui regroupe cinquante chants, sous le titre Kalevala, « Terre Nourricière des Héros ».

Parmi les divinités, Tapio.

« Dieu ou esprit de la forêt, Tapio apparait sous forme humaine en général nu mais parfois magnifiquement habillé; il porte une magnifique barbe de lichen et d’épais sourcils en mousse.
Il est cité dans le récit du Kalevala.
Les chasseurs lui adressaient des prières avant la chasse pour qu’elle soit fructueuse.

Il vivait au cœur de la forêt en compagnie de son épouse, la belle déesse de la forêt, Mielikki. Ils étaient les parents du dieu de la chasse, Nyyrikki et de trois filles Annikki, Tellervo, Tuulikki. » (Source)

Et nous en revenons à Sibelius, et à Tapiola, le premier des morceaux de cette soirée. Le dernier composé par le musicien. Comme un oméga face à l’alpha qui serait sa Première Symphonie. Voici ce qu’en dit Radio Classique.

« Sibelius s’inspire des contes mythiques du Kalevala écrits dans les années 1830, sous la plume d’Elias Lönnrot (1802-1894). Vingt-trois mille vers exaltent les chants de Carélie. Sibelius choisit l’un des héros, Kullervo pour sa symphonie. L’identité nationale nourrit l’originalité du langage du compositeur. Elle annonce la Première Symphonie de 1899. Celle-ci recompose un folklore imaginaire criant de vérité.

L’inspiration se tourne plus volontiers vers les couleurs slaves d’un Tchaïkovski. « Il y a chez cet homme bien des choses que je reconnais en moi-même » affirme Sibelius à son épouse Aino, en songeant au musicien russe. Lors de la création, en 1899, le succès est d’autant plus immédiat que le public s’approprie l’œuvre comme un acte de résistance face à l’hégémonie de la Russie du tsar Nicolas II.« 

Très d’actualité, n’est-ce pas? Mais alors que dans cette symphonie le héros est le seul personnage tragique de la mythologie finlandaise, Tapio est au contraire une divinité respectée, à laquelle les chasseurs s’adressent avant leur équipée. Dieu ou esprit? Je ne sais. Mais il est souvent représenté sous forme humaine avec barbe de lichen et sourcils en mousse.

Si vous voulez en savoir plus, un intéressant documentaire en ligne, mais en anglais.

Revenons à la musique, maintenant que nous avons une idée du contexte… Vous ne l’entendrez pas par l’Orchestre de Radio France, mais par celui de Londres. Cependant, vous aurez une idée de la puissance de ce poème symphonique en écoutant ceci. Et, si vous voulez en savoir davantage sur sa composition, un podcast en ligne est disponible sur le site de RadioFrance.

Le théâtre des Bouffes Parisiens

Je n’y étais jamais allée. Jusqu’à ce 9 avril 2026 où une amie m’y a invitée. Et ce petit théâtre si chargé d’histoire m’a beaucoup plu. Alors, au compte-rendu de la pièce à laquelle j’ai assisté, un petit article sur les lieux, si vous me permettez. Pour commencer, un petit mot de celui qui est à l’origine de cet édifice, et que l’on connaît sous le nom de Jacques Offenbach. Beaucoup de textes ont été écrits à son sujet. J’ai choisi un article scientifique de Jean-Paul Yon datant de 1992 traitant de la création du théâtre et de « La difficile naissance de l’opérette« .

Je ne vais pas vous entraîner dans les méandres de la recherche compliquée d’une salle pour jouer un nouveau type de spectacle dans les années 1850… Elle amène à négocier par exemple l’exploitation de la Salle Lacaze, du nom du prestidigitateur qui l’anime,

Offenbach monte rapidement une troupe, et les représentations commencent.

Cet extrait d’un article de Georges Héquet, critique de l’Illustration, est intéressant, n’est-ce pas? Mais les Champs Elysées ne sont pas le meilleur endroit, à cette époque : trop « excentrés », « la périphérie de Paris » ! La fermeture de ces premiers Bouffes Parisiens est décidée l’été 1855.

Un rapport du 7 décembre 1854 explique ce qu’était ce « Théâtre des Jeunes Elèves ».

Ce théâtre n’était que 20ème au classement des établissements parisiens, avec « seulement » 840 places (je serais curieuse de connaître le classement en termes de quantité de places à l’heure actuelle!). Et il avait très mauvaise réputation. A l’époque il y avait un palmarès étonnant : les ouvrages censurés. Sur les 123 (concernant le théâtre : au total ils étaient 8330!) censurés partiellement ou totalement entre 1835 et 1848, 10 le concernaient.

Après moultes péripéties dont je vous ferai grâce, un arrêté transforme les lieux en un véritable théâtre le 21 octobre 1855.

Nouvelles péripéties car Offenbach veut embellir les lieux et fait pour cela des emprunts, monte une société, subit un procès, en remonte une deuxième, et la naissance est sans cesse retardée. Elle a enfin lieu, et voici ce qu’en dit le journal La France Musicale du 6 janvier 1856.

C’est l’opérette qui va permettre à Offenbach de mener à bien ses projets. Il ne concurrence pas l’Opéra, ni l’Opéra Comique, mais on l’accuse de mettre à mort le vaudeville et donc le Théâtre du Palais Royal! Je vous laisse découvrir la suite, si cela vous intéresse, dans le très intéressant article sus-cité, ou par des émissions telles que la série que lui a consacrée Radio France et reviens au présent. En effet, nous ne voyons pas le théâtre tel qu’il était à ses débuts.

Sur les 715 salles parisiennes répertoriées comme « théâtres » (je ne partage pas cette manière de classer, car on y retrouve de grandes salles de spectacle comme l’Arena et le Casino de Paris!), elle est encore dans les plus grandes en termes de quantité de places, avec ses 600 places. Télérama a effectué une cartographie des « 80 salles qui comptent à Paris ». On y trouve bien les Bouffes! Personnellement, je trouve ces lieux chargés d’histoire fort intéressants.

Sur la maquette ci-dessus, j’ai encadré la place où je me situais. Et voici ce que je voyais.

Mon jeune voisin a eu la gentillesse de prendre quelques photos pour moi..

.

J’allais oublier de vous dire où la trouver ! Elle est située entre l’Opéra et la rue où l’on ne mange qu’asiatique, vous savez? la rue Sainte Anne. On la trouve rue Monsigny. Connaissez-vous le Sieur qui lui a donné son nom? Un compositeur, un autre… Je vous présente Pierre-Alexandre Monsigny, né en 1729 et mort en 1817, à pas moins de 88 ans. Et, hasard ou pas, il est considéré comme l’un des fondateurs de l’opéra comique. Un théâtre de Boulogne-sur-Mer porte son nom.

Si vous voulez en savoir plus sur lui, vous trouverez sur You Tube des interprétations de ses oeuvres. Mais les seules que j’ai trouvées filmées proviennent… d’Asie! comme celle-ci, O ma tendre Musette.

Une pièce pas si « drôle » qu’annoncée

« Le soir de Noël, Frédérique rend visite à sa fille Mathilde par surprise.
« Ça, c’est l’amour » propose une immersion au coeur d’une histoire familiale drôle et bouleversante.
« 

Telle est l’annonce faite sur le site officiel du théâtre des Bouffes Parisiens. De quoi allécher, n’est-ce pas, une personne qui a envie de se distraire de l’absence de drôlerie de l’actualité… D’autant qu’elle est portée par deux actrices que j’aime beaucoup : Josiane Balasko et Marilou Berry. Eh oui, la mère et la fille, dans la vie comme sur scène.

De quoi tenter, non? Et leur jeu est aussi excellent que complémentaire, tout au long d’une pièce que je qualifierais de « sinistre » si elle n’était pas aussi bien interprétée.

Sans trop vous dévoiler l’intrigue, c’est l’histoire d’une famille où les drames se rejouent de génération en génération. Et pour quelqu’un qui, comme moi, vit depuis sa naissance ce genre de situation, ce n’est pas drôle du tout. Mais pas du tout. Restons cependant objective.

Comme je le disais, un jeu d’acteur-e-s excellent, y compris celui du seul « mâle », Riad Gahmi, dans un personnage à mon sens difficile à interpréter en finesse, ce à quoi il parvient cependant par moments.

Un texte intéressant, quoique parfois un peu « forcé » à mon goût, pour mieux accentuer l’aspect comique (oui, il y en a un peu) et dramatique (et ça, il y en a beaucoup, parfois à la limite du mélo). Et une mise en scène sobre mais bien vue, dans un décor volontairement « ordinaire ». Je glisse une photo copiée sur le net, avec le nom de son créateur, pour que vous en preniez connaissance. Pour ma part, jamais de photo pendant le jeu.

J’ai notamment apprécié les longs silences, qui permettent aux spectateur-e-s de reprendre souffle. Si vous n’avez pas peur d’assister à une pièce trop proche de certaines réalités cruelles, foncez! Car ce sont bientôt les dernières (fin 26 avril).

Mais si vous voulez vous détendre et rire tranquillement, allez voir un spectacle réellement « drôle » !

Luchini en « Courgette »?

Tout au long du film, je me suis demandée pourquoi ce nom avait été choisi pour le héros de l’histoire, interprété par Fabrice Luchini.

Un simple jeu de mots? Ou une métaphore pour désigner le cucurbitacé, riche en symbolisme et connotations.

Allusion au très intéressant film d’animation « Ma vie de Courgette », de Claude Barras, tiré du roman de Gilles Paris?

Référence aux vertus que l’on prête aux courgettes? A leur symbolique? « Les Courgettes symbolisent une sorte de fierté et de dignité. » « Si vous voyez une courgette bien verte et croquante dans votre rêve, c’est souvent un signe de croissance personnelle et de fertilité créative« .

Ou simplement au fait que le nom signifie « petite courge », « courge » désignant un « imbécile », alias une « gourde »?

Un petit détail en passant, qui fait que j’ai remplacé le « légume » que j’allais écrire pour la désigner en évitant une répétition : la courgette est un fruit, pas un légume. « Bien qu’elle soit considérée comme un légume en cuisine, la courgette est botaniquement un fruit, car elle se développe à partir de la fleur de la plante et contient des graines. » La partie verte que nous mangeons le plus souvent est donc un fruit « asexué ». C’est sa fleur, comme celle des courges, si délicieuse dans les beignets niçois, qui l’est…

Quoi qu’il en soit, gardez en tête que les parents de l’acteur avaient un commerce de fruits et légumes, et son père est Italien!

Quant au prénom choisi, « Robert », je ne vous ferai pas l’injure de développer tout ce à quoi il fait référence… Mais une hypothèse est possible : en 1999 Fabrice Luchini interprétait le rôle principal, avec Sandrine Kiberlain, du film « Rien sur Robert ».

« A la suite d’une critique qu’il n’aurait pas du écrire sur un film bosniaque qu’il n’a pas vu et d’une dispute avec son amie Juliette, Didier va voir sa vie changer et ses repères s’effondrer. Juliette le quitte pour un autre. Il rencontre une jeune fille étrange, Aurélie, ainsi qu’un certain Jérôme, qui est peut-être son double. Au bout du chemin, il lui faudra découvrir qu’on n’écrit pas et qu’on n’aime pas impunément. » (Source Allociné)

Et voici l’analyse que l’on peut en trouver sur le net (oui, je n’ai pas peur de citer Wikipédia) :

« L’élément d’intrigue concernant la critique écrite sur un film non-vu fait référence à la polémique lancée en 1995 par Alain Finkielkraut et soutenue par Bernard Henri-Lévy contre le film Underground d’Emir Kusturica, qu’aucun des deux polémistes n’avait alors vu[2].

Pour le professeur de droit Serge Sur, Robert est Dieu. Car lorsque le personnage va dans la librairie Compagnie et qu’il demande un livre, la libraire lui dit : « Nous n’avons rien sur Desnos ». Or le prénom de Desnos est Robert et dans Desnos on peut décoder Deus noster. Pascal Bonitzer a répondu au courrier de Serge Sur en confirmant son interprétation[3]. »

En faisant d’autres recherches sur le net après la première publication de cet article, j’ai découvert que Robert était le vrai prénom de… « Fabrice » Luchini !

Terminons donc cette digression pour en arriver au véritable objet de ce film, que j’ai hésité à aller voir tant le brillant acteur m’insupporte parfois par son cabotinage exacerbé, et que j’ai finalement beaucoup apprécié.

Victor, c’est le Grand, le Seul, l’Incomparable, aux yeux du héros pour qui il est le centre de la vie : le Poète, plus que l’homme politique, soit dit en passant. Il se nourrit, se gave, jouit de ses textes, et en a abreuvé sa fille en lui offrant chaque anniversaire une oeuvre de l’écrivain. La première, à 4 ans : les Contemplations! Sa fille, justement, vient bouleverser sa vie d’acteur, en réapparaissant, jeune adulte, après le décès de sa mère, que Robert a abandonnée avec sa progéniture. Ce n’est pas la première fois qu’un scénario tourne autour de la relation d’un homme à sa descendance. Mais dans le film de Nicloux en 2023, Luchini interprétait un possible grand-père.

Je ne vous raconterai pas l’histoire de « Victor, comme tout le monde « , bien sûr, et vous laisse la découvrir. Plutôt, vous conseille de la découvrir.
Un ami qui a vu le film a fait le commentaire suivant : « L’intérêt, c’est qu’on a le contenu du spectacle de Luchini pour moins cher! » Car l’acteur se produit depuis quelques temps, à Paris, mais aussi en tournée, dans un one man show autour d’Hugo.

Ce n’est peut-être pas un hasard si des prolongations ont été programmées, diraient de mauvaises langues qui assimilent le film à une campagne promotionnelle. Peut-être. Mais cela n’enlève rien à la qualité de ce film. Les images sont de grande qualité. Et cela donne envie d’aller visiter Guernesey! Les dialogues, aussi. Mais on n’en attendait pas moins d’un film avec Luchini. Et la rencontre du héros-acteur vieillissant avec une troupe de trois jeunes comédiennes interprétant des « femmes » de la vie d’Hugo ne manque pas de sel…

Les femmes de Victor Hugo – SCRiiiPT

Source : https://scriiipt.com/2023/07/les-femmes-de-victor-hugo/

Toujours un peu cabotin, mais n’est-ce pas voulu par le rôle, en une forme d’auto-dérision? Mais quand il lit Hugo, ou qu’il parle de lui, quel plaisir! Et, dans le rôle du père littéralement « déboussolé », il l’est beaucoup moins et montre d’autres facettes de son talent d’acteur.

Donc, même si, comme les jeunes comédiennes et moi, vous n’appréciez pas tous les aspects de l’écrivain le plus vanté de la littérature française, même si, comme beaucoup, le cabotinage outrancier (forcé?) de Luchini vous insupporte, même si vous n’êtes pas fan des films où le(s) texte(s) prend autant d’importance, allez voir ce film, au moins pour vous en faire une idée… Et laissez un commentaire ici?

Le cimetière Saint Vincent

Au retour de l’Aveyron, enfin, de l’Ascension, il était justement temps de l’entreprendre, cette ascension (sans ascenseur!) pour regagner le sommet de la Butte, alias colline, alias mont. Petit détour par le Cimetière Saint Vincent, que j’avais découvert lors d’une autre balade montmartroise, mais que j’avais envie de revoir plus longuement, tant il m’avait plu. Et il a de quoi plaire! A cela plusieurs raisons. La première est l’ambiance sereine qu’il dégage. Vous me direz « pas étonnant, pour un « lieu de repos éternel ». Bon, d’accord. La deuxième est la beauté et la variété de sa végétation. Des personnes étaient, ce jour-là, venues le visiter d’un point de vue botanique, d’ailleurs.

La troisième concerne les personnes qui y demeurent. D’une part, des « personnalités » célèbres, et d’autre part, des personnes qui reflètent la vie du Montmartre de jadis. Je vous emmène promener parmi les tombes?

Faisons comme celui ou celle qui est à l’origine de la découpe de Paris en arrondissements, commençons par le centre, avec la tombe de Michou. Pas étonnant de retrouver là celui qui a animé un cabaret à un kilomètre tout juste.

Continuons vers la droite, pour trouver celle qui a formé avec Trintignant l’un des plus aimés des couples au cinéma.

Aimée, elle l’a été, et amoureuse aussi sans doute… Pas moins de quatre mariages…

« Son premier mariage, c’était en 1949 avec un certain Edouard Zimmermann. L’union ne durera qu’un an. Elle fréquente ensuite Jean Cocteau. Elle poursuit ensuite sa vie amoureuse avec le cinéaste Nikos Papatakis de 1951 à 1958. C’est avec lui qu’elle aura sa seule fille, en 1951. Par la suite, Anouk Aimée s’unira avec le chanteur Pierre Barouh, qu’elle avait rencontré sur le film de Claude Lellouche, « Un homme et une femme« , et qui a changé sa vie. Ils vivront leur histoire d’amour de 1966 à 1969. Enfin, c’est avec l’acteur britannique Albert Finney (vu dans « Voyage à deux », et plus récemment dans « Erin Brockovitch ») qu’elle convolera une quatrième fois en noces : de 1970 à 1978. »

Pourquoi est-elle enterrée ici? Tout simplement parce qu’elle habitait le Vieux Montmartre. Plus exactement, Impasse Girardon.

Anouk Aimée, dont vous découvrirez ci-dessous la véritable identité, si vous ne la connaissez pas…

Avez-vous vu le chat? Joignons « chat » et « aimée »… Cela vous rappelle-t-il un des livres que les enfants continuent à apprécier? Les Contes du Chat Perché?

Voulez-vous saluer son auteur? Celui dont je vous ai déjà parlé, voici peu, dans un précédent article, où nous avions pu admirer la statue du Passe-Muraille réalisée par Jean Cocteau? Il n’est pas bien loin…

Nous parlions de cinéma… revenons-y, avec un scénariste et réalisateur qui fut aussi en lien avec Jean Cocteau : Claude Pinoteau. Lui qui habitait Neuilly, pourquoi est-il enterré ici? Simplement parce que c’est l’emplacement du caveau familial…

« Lucien Pinoteau, complice de Poulbot et futur Président, fonde en 1936 « l’OEuvre des gosses de la Butte Montmartre » qui deviendra dès 1939 « l’OEuvre des P’tits Poulbots ». » (source : https://www.republique-de-montmartre.com/notre-histoire.html). Mais savez-vous qui est Poulbot? Permettez-moi une petite digression…

Dessinateur, illustrateur, caricaturiste, et « goguettier »… Vous ne connaissez pas ce mot? Rendez-vous bientôt pour que je vous en parle, je ne veux pas trop m’éloigner ici. Comme je vous reparlerai de Poulbot quand j’irai visiter le cimetière de Montmartre. Car non, il n’est pas ici!

Allons du côté du Quai des Brumes, de l’Hôtel du Nord et des Enfants du Paradis, pour retrouver Marcel Carné, reposant lui aussi à l’ombre du Sacré Coeur – pourquoi? je l’ignore. Si vous le savez, merci de placer un commentaire pour partager l’information !

Quittons le 7ème art pour « les beaux arts ». Pas étonnant par contre de trouver ici Utrillo, qui a tant peint la Butte! Sa tombe est dans les « étages supérieurs », c’est le cas de le dire! (celle de Carné, tout en bas au contraire).

Mais j’ai été surprise de trouver non loin de lui un peintre que j’aime beaucoup et que j’associe à la Normandie : son Musée n’est-il pas à Honfleur ? Alors j’ai cherché. Il est effectivement mort à Deauville, au bord de la mer qu’il aimait tant. Et a été enterré quatre jours plus tard, le 12 août 1898, à l’endroit où vous pouvez lui rendre hommage. Pourquoi là? Je ne sais. Mais son ami Edmond Yon lui avait dédicacé une toile représentant les moulins de Montmartre. Sans doute y fréquentait-il d’autres artistes?

Parmi les autres arts, la musique, avec notamment Arthur Honneger, qui avait un atelier à Montmartre.

Surplombant la tombe, une belle oeuvre sculpturale orne une sépulture moins dépouillée.

Vous en apercevez une autre au loin. Le premier rang près de l’entrée offre en effet une belle perspective sur ce qui pourrait faire d’un cimetière un musée en plein air.

Loin de moi l’idée de vous détailler toutes les tombes de gens « célèbres » ou moins qui peuplent ces lieux. Il y en aurait pour longtemps et ce serait ennuyeux. Je préfère partager avec vous plan et liste que j’ai trouvés alors que j’achevais ma balade.

Vous pourrez ainsi aller voir chacune et chacun. A moins que vous ne préfériez, comme moi, « errer » un peu au hasard pour d’autres découvertes, comme cette magnifique et émouvante épitaphe. J’ai longuement hésité à la publier, mais comme elle est visible de toutes et tous sur site et que je ne vous donnerai pas le nom d’une personne enterrée ici, je me suis dit que la RGPD ne s’appliquait plus.

L’Aveyron au pied de Montmartre

Vous vous êtes peut-être demandé pourquoi j’avais évoqué l’Aveyron dans le titre de mon précédent article… et je réitère! Mais peut-être aussi avez-vous deviné? Souvenez-vous : en ce dimanche de mars, il était près de 14 heures, et je n’avais toujours pas déjeuné… Eh oui, l’équipe qui m’a fort gentiment et gaiment accueillie dans un restaurant, au bas de la Butte, était aveyronnaise. Et, bien sûr, une partie (non négligeable) de la carte aussi. Son nom pourtant ne l’évoque pas. Il me faisait penser davantage à une fête religieuse : l’Ascension.

Quand je suis arrivée, je visais bien évidemment les tables au soleil. Mais elles étaient occupées. Les seules libres se situaient près de l’entrée et étaient à l’ombre. Un jeune homme vient m’accueillir. Je lui explique ce que je suis en train de faire : calculer, en projetant la course du soleil, quelle serait celle qui bénéficierait la première de ses rayons. Et je lui en désigne une. Il me dit que j’ai raison, mais qu’elle est réservée, et m’en suggère une autre, que j’accepte. Effectivement, une dizaine de minutes plus tard, je bénéficiais de la chaleur solaire. Quant à la table réservée, j’ai compris pourquoi et surtout à qui : à sa soeur et un ami venus… de l’Aveyron.

Lui-même avait acquiescé quand, après avoir vu la carte, je lui avais demandé s’il était  » de là-bas ». Autre détail le rendant bien sympathique, ce tout jeune patron de restaurant : il essayait d’écrire sur une ardoise affichée au mur (que vous voyez sur la photo ci-dessus, derrière ma chaise – celle qui porte un blouson blanc), et n’y parvenait pas. Je lui demande ce qu’il veut inscrire : il voulait faire une réduction aux personnes qui avaient, le matin, couru le semi-marathon de Paris. Je lui demandai s’il l’avait fait lui-même. « Oui », me répondit-il, en me montrant la grosse médaille grise (en plastique!) qu’il cachait sous ses vêtements.

Et ses amis l’avaient aussi fait, bien sûr, d’où leur retard et leur tenue (et l’épuisement avoué par la suite de l’un d’entre eux). Ce fut donc un repas avec des échanges fort sympathiques. Et un repas au rapport qualité/prix inégalable, avec une saucisse grillée (de l’Aveyron, bien sûr) et un aligot délicieux. Il regrettait de ne plus avoir de Marcillac (qui s’imposait!), mais le Malbec de Cahors bio était tout à fait agréable.

L’intérieur est d’une belle sérénité, en alliance d’orange non agressif et de vert amande.

Bref, si vous passez par là, n’hésitez pas à vous y restaurer. Et, le dimanche, y prendre un brunch. C’était le repas des jeunes voisins de table, et il avait l’air exquis!

Quitte à descendre la Butte pour une nouvelle « ascension » après, comme je l’ai fait pour « remonter rue Saint Vincent ».

Sauf si vous préférez emprunter le bus qui vous y aide, le 40. Il passe tout près du 62 rue Custine où se situe l’établissement. Et vous pouvez aussi venir d’ailleurs, car les métros 4 et 12 ne sont pas loin! J’allais oublier de vous donner l’URL de son site : https://lascensionmontmartre.com/

De Montmartre à l’Aveyron

Nous en étions resté au sommet de la Butte. Il faut maintenant en redescendre! De préférence en passant pas les lieux-cultes : les vignes, la Maison Rose et le Lapin Agile… En raison d’une surcharge de travail, j’ai dû reporter la rédaction des deux derniers articles. Le week-end m’apportant un répit, j’en profite pour revenir vers Montmartre… et, vous vous y attendez je pense, me diriger vers le vignoble (dont je n’ai encore à ce jour pas réussi à goûter le produit!)

Si vous regardez le panneau ci-dessus, il ne date que de moins d’un siècle. Je ne sais pourquoi, mais j’ai toujours imaginé qu’il remontait quasiment à l’Antiquité?

Savez-vous combien il y a de cépages dans le vin de Montmartre (pour rappel, en général les assemblages en dépassent rarement 3-4)?

Eh oui, vous avez bien lu! Pas moins de vingt cépages pour ce vin exceptionnel!

A quoi sert cette étrange « paillotte »? Mystère… Mais continuons à descendre, car le rose d’une maison m’attire. Je ne suis pas la seule, à en juger par le nombre de touristes, visiblement de toute provenance, qui se pressent autour d’elle. Si vous regardez ce site, vous la verrez telle qu’elle était au 19ème siècle. Et, comme vous le savez sans doute, elle est liée à l’histoire de la peinture française, en particulier d’Utrillo. La voici telle qu’il l’a peinte…

… Et la voici telle que je l’ai vue…

Elle a visiblement dû être protégée pour survivre à la promotion immobilière! Un peu plus loin on peut constater que les habitant-e-s ne manquent pas d’humour. D’abord, un jeu de mots qui n’est compréhensible que si l’on connaît le nom de l’artère : la rue des Saules. Ensuite, le petit diablotin souhaitant des vendanges heureuses…

Au rose a succédé des dégradés de blanc et ocre, quand tout à coup, la palette s’amplifie. Pas seulement à cause des façades! Tel les instruments d’un orchestre, vélos, murs, palissades et fleurs offrent une symphonie de couleurs.

Un salut au passage à ceux qui ont permis à cet établissement de vivre et de survivre : Frédé, qui le tenait quand l’édifice a failli être absorbé par un projet immobilier, et Aristide Bruant qui l’a sauvé en le rachetant, pour ensuite le revendre au fils de l’ancien tenancier… Je vous laisse deviner qui est l’un et qui est l’autre, sur cette photo, même si on ne voit pas la couleur des écharpes…

Quittons l’établissement dont j’ai appris qu’en réalité il s’appelait au départ « Le Lapin à Gill », car André Gill, caricaturiste, avait imaginé un lapin bondissant d’une casserole comme enseigne de l’auberge-guinguette qu’il fréquentait, pour un petit détour par la rue Saint Vincent, pour un dernier regard au Clos Montmartre.

Et je reprends la rue des Saules pour descendre chercher un restaurant, un peu plus éloigné des troupeaux de touristes. Il est temps : presque 14 heures. On a beau être à Paris, les restaurants ont leurs horaires!

Une façade attire mon regard. Décidément, l’humour est omniprésent!

Le chemin va m’amener en Aveyron… Mais c’est une autre histoire…

Vers le sommet de la Butte

Il ne me reste plus qu’un petit bout de grimpette quand, dans un virage, j’aperçois un édifice qui m’interpelle. De quoi peut-il bien s’agir? J’en fais donc le tour, et découvre que cet ancien réservoir, l’un des trois de la Butte, désaffecté en 1930, abrite aujourd’hui la Commanderie Clos de Montmartre.

« Le premier et plus ancien réservoir de Montmartre, est situé Place Jean Baptiste Clément, à l’angle de la rue Lepic et de la rue Norvins. D’une capacité de 260 m3, il a été construit en 1835, et surélevé en 1865. Il a été  désaffecté en 1930, remplacé par le réservoir du Sacré-Cœur. La surélévation à aujourd’hui disparue.

Il a en fait été créé pour compenser la disparition des sources de Montmartre. De forme octogonale, ce réservoir intègre une fontaine renaissance, alimentée à l’époque par une pompe hydraulique à Saint-Ouen, relayée par une pompe à feu, passage Cottin, près de la rue Ramey.  En 1865, avec l’ajout de l’étage, le réservoir à été alimenté par les eaux de l’Ourcq et de la Dhuys.

Aujourd’hui cet ancien réservoir  abrite le siège de la Commanderie Clos Montmartre, association Loi 1901, qui apparaît comme une renaissance de la tradition vivante des vignerons parisiens. »

La Commanderie a été fondée en 1983, et vous pourrez en savoir davantage sur sa page Facebook, ici. Elle propose des festivités, notamment pour la Saint Vincent et les vendanges.

En face, une plaque rappelle l’emplacement d’une « Tour de Montmartre ».

Tout renseignement pris, elle était dénommée « Tour de Solférino », du nom d’une guinguette sise à côté, qui faisait payer pour que l’on puisse y monter le paysage… qui, soit dit en passant, devait être beaucoup plus beau que celui d’aujourd’hui!

Un peu plus haut, un panneau rappelle l’emplacement de la « mire du Nord ».

On ne peut pas la voir, car elle est située dans une résidence privée (Moulin de la Galette), mais je vous la présente grâce à Wikimedia.

Aujourd’hui, pas de visite au Sacré Coeur, car l’heure tourne et il est à craindre que les restaurants non « touristiques » ne servent plus… C’est donc le moment de redescendre par la face nord. Mais cela fera l’objet d’un quatrième article, si vous le voulez bien…