Un formidable portraitiste… qui fait peu de portraits!

Une fois de plus, je vais avouer mon ignorance : je ne connaissais pas le peintre sur lequel porte l’exposition que je suis allée voir en ce 30 octobre lors de la nocturne du Louvre.

« Francisco de Zurbarán compte, avec Diego Velázquez et Bartolomé Esteban Murillo, parmi les peintres espagnols les plus importants du XVIIe siècle. D’abord considéré comme un caravagesque marqué par l’ascétisme monastique, il a progressivement été reconnu au XXe siècle comme un coloriste prodigieux et célébré pour son style très personnel, qui allie la simplification des volumes à un naturalisme saisissant. » (introduction sur le site du Louvre)

La première impression est saisissante. Quelle que soit la thématique, les « portraits » sont d’une variété et d’une expressivité incroyable. Très rarement « convenus ». Toujours très expressifs. Vivants. Qu’ils soient en interactions ou en méditation, les personnages semblent vivre devant nous. Mais fi de discours. Je vous en propose un florilège pour ce premier article sur Zurbaran, que j’ai découvert avec grand plaisir hier.

  1. L’expression d’une « intériorité » forte

2. Groupes de personnages

Le plus souvent représentés par « catégories », ils symbolisent un type particulier. Cela va des « pauvres » aux cardinaux, en passant par les moines et la Sainte Famille (avec les Rois Mages dans la scène que j’ai retenue).

3. Personnages en action(s)

Les gestes sont particulièrement bien représentés dans des scènes d’un réalisme fort, comme celle où le prêtre essuie délicatement le petit sexe du bébé qu’il vient de circoncire. Mais aussi des gestes symboliques, tel celui du Christ adolescent se piquant et saignant, alors qu’il répare une couronne d’épines.

4. Personnages en interaction(s)

Qu’il s’agisse d’interactions verbales ou gestuelles, la représentation qui en est faite par le peintre est d’une authenticité saisissante. Les personnages se parlent, se touchent, se montrent « complices » ou « protecteurs »… depuis l’homme se touchant le crâne (ou se grattant la tête?) jusqu’à la main posée sur l’épaule de celui que l’on veut interpeller ou de la petite soeur qu’on protège.

5. Les dialogues à imaginer…

Dialogues avec des êtres divins ou célestes, mais aussi dialogues entre humains. Simples échanges ou discussions, voir négociations, dans des circonstances narrées dans l’ensemble du tableau : concile (je ne rajouterai pas « iabule »!), veillée d’un mort, ou tout simplement prière, voire apparition de la Vierge ou d’un (arch-) ange. Et ce, à tous les âges, même quand l’être, trop jeune, ne peut encore parler, comme le bébé Jésus interpellé par son copain Jean-Baptiste ou écoutant l’un des Mages.

6. Un portrait d’une taille impressionnante

Je ne voudrais pas terminer cette série sans un vrai portrait, d’un réalisme saisissant, et d’une taille hors-norme, d’un homme étrange au yeux presque pers…

Une pièce qui « décoiffe »

Je vous ai promis dernièrement de vous parler de la pièce vue cette semaine au théâtre de la Pépinière. Le moment est venu, bien que la tâche me paraisse difficile. En effet, je crains d’en dévoiler trop pour celles et ceux qui voudraient aller la voir, et pas assez pour les autres. Alors je vais faire court.

Une pièce qui montre que deux acteurs brillants – et sportifs par ailleurs -, peuvent nous entraîner d’un bout du monde à l’autre (ou presque) uniquement par le texte, le corps et des morceaux de cartons porteurs de messages. La pièce commence avant de commencer… Un bon début, n’est-ce pas?

L’entracte n’en est pas vraiment un…

Et elle finit après avoir fini…

Une belle fin, n’est-ce pas?

Entre les deux, on voyage de l’Islande à l’Espagne, parmi les animaux peuplant ou survolant les mers, en compagnie parfois d’une sirène.

On apprécie le jeu des acteurs, et ce que je ne crains pas d’appeler la « chorégraphie » et les performances physiques de l’un et de l’autre. Même si l’un (que vous voyez habillé – ou plutôt déshabillé – en nageur) ne cesse de s’agiter durant tout le spectacle.

Et surtout, on réfléchit à la politique, l’amour, l’écologie, les relations avec les animaux, et la relation que l’on a avec notre propre corps…

Je ne vous en dirai pas plus. Sachez simplement que les ami-e-s qui l’ont vue, aussi différents soient-elles et ils, ont tous, sans exception, beaucoup apprécié le spectacle. Alors, si vous le pouvez, allez vite le voir. Vous passerez un excellent moment de partage avec une salle qui sera, je l’espère pour vous, aussi pleine et en délire que celle où j’étais ce mardi soir.

Les Maisonnaises

Une soirée s’annonçait tristounette… Vite, les sites de sortie… Et c’est encore OVS qui a gagné… Pourtant la sortie me semblait programmée dans un lieu éloigné. Avec des personnes que je ne connaissais ni d’Eve ni d’Adam (tiens, une expression disparue, non?). Et dans un restaurant dont on disait le plus grand bien, mais sans spécifier les prix. Me voici donc prenant la direction de Maisons-Alfort, vers 17h45. La ville me paraissait difficile à atteindre, j’avais pris de la marge pour être sûre d’arriver à l’heure du rendez-vous fixé par l’organisatrice, 19h15. Bus vers Gare de Lyon, RER D. En une vingtaine de minutes, j’étais sur site! Que faire pendant tout ce temps? Visiter la ville, bien sûr, d’autant qu’il fait doux bien que déjà la nuit se fût installée (je déteste « l’heure d’hiver »). Et j’ai découvert un centre ville très agréable. Belle place devant l’Hôtel de Ville. En face, une brasserie élégamment meublée et décorée. Une église apparemment intéressante, aux vitraux modernes bien éclairés. Et des rues assez commerçantes pour que l’on prenne plaisir à s’y promener. Une heure plus tard, il est temps de chercher le restaurant prévu. Ah! Le voici, à un coin de rue tout proche de la gare par laquelle je suis arrivée. Me voici rassurée : je n’aurai pas de long trajet à chercher après le repas.

J’entre sur la pointe des pieds : généralement, les restaurants sont encore fermés à cette heure. Que nenni! Ici, on me reçoit avec gentillesse et humour.

Je commande un Moscow Mule. Il n’y en a pas, mais on me propose un French Mule. J’en demande la composition. Vodka, Ginger Beer… Bref, un Russe déguisé en Français! Installée en terrasse, je le déguste. Un régal!

Assez vite, une dame vient vers moi. C’est l’organisatrice. Elle me conduit à la table prévue pour nous. Quand j’avais fermé mon ordinateur, nous devions être 4. Et maintenant, ce sont 6 convives qui sont prévus. Nous commençons à 3, à siroter nos apéritifs en faisant connaissance. Les trois autres arrivent progressivement et commandent aussi leur breuvage. La conversation prend de l’ampleur… et durera jusqu’à la fin, car le groupe est vraiment dans un bel esprit de partage. La veille, j’avais fait connaissance d’une peintre. Ce soir, ce sont trois artistes qui dînent avec moi! Bref, une soirée très conviviale. Mais il ne faut pas en oublier le repas. Une viande extrêmement tendre accompagnée d’une délicate sauce au poivre (à part, ce que j’ai apprécié), de petites frites juste à point et d’une salade verte à l’assaisonnement parfait pour moi. Les desserts sont plus que tentants, et aucun-e d’entre nous n’y résiste. Pour les unes, une tarte au citron déstructurée.

Pour les autres, un dessert étonnant : une petite citrouille entourée de ganache.

Les deux étaient délicieux, comme tout le repas, entièrement fait maison avec des produits frais et de saison. Le Côte du Rhône en carafe s’est révélé très bon également. Bref, tout était parfait. Et servi avec gentillesse par un couple qui nous a informé que c’était leur fils qui officiait en cuisine. Bref, une affaire familiale comme on en voit rarement. Très « pro » et très aimable. D’ailleurs, le restaurant était plein. Ce qui n’est pas très fréquent un mercredi soir, n’est-ce pas? Les autres convives partent vers 22h, je reste un peu à discuter avec « Kitine », l’artiste organisatrice. Un homme entre; elle le connaît et l’interpelle. Il nous rejoint. Et commande à manger. Rare, un restaurant où l’on vous sert avec le sourire après 22h, non? Une soupe qu’il déclare « absolument délicieuse ». Nous voici repartis dans des échanges, sur la ville et sur l’art… J’apprends alors que le tableau vu au fond de la salle a été peint par notre hôtesse, à la demande des propriétaires.

Bref, ce fut une excellente soirée, et je me suis promis de retourner à Maisons-Alfort pour d’autres découvertes…. J’allais oublier de vous situer ce havre de paix et ce repaire de convivialité! Les Maisonnaises. Sur le moment, je comprenais peu le nom. Mais ce matin, en écrivant ces lignes, je viens de réaliser. C’est tout simplement le nom des habitants de Maisons-Alfort!

Un Japonais plein de belles surprises

Non, je ne vais pas vous parler d’un homme, mais d’un restaurant qui ne paie pas de mine, et où j’ai vécu des moments qui poussent à l’optimisme. Ce qui, par les temps qui court, n’est pas chose fréquente, hélas ! (Les lecteurs/trices aux aguets auront remarqué la substitution des adjectifs : je n’ai pas osé utiliser « courante » après la première partie de la phrase…).

Situons d’abord le contexte. Je sortais – ou plutôt nous sortions – du théâtre La Pépinière, sis non loin de l’Opéra. Théâtre où je n’étais jamais allée, et dont je vous parlerai dans un autre article, ainsi que de l’étonnante pièce que j’y ai vue, grâce à une annonce dans OVS. Nous étions donc trois à souhaiter poursuivre la soirée qui avait si bien débutée. L’une d’entre nous propose de nous rendre rue Sainte Anne. Une rue que je connais, comme beaucoup, pour sa réputation, où je suis déjà passée, mais sans oser pénétrer dans l’un des innombrables restaurants asiatiques (et surtout japonais, même s’ils sont souvent tenus par des Chinois) qui la bordent, et maintenant débordent (là, j’ai osé l’horrible jeu de mots!) dans les rues avoisinantes.

Son nom? Higuma. En préparant ce texte, j’ai mieux compris pourquoi il y avait un ours brun en statuette dans la salle : « Higuma », c’est l’ours brun de Hokkaido, une île au nord du Japon.

Mais en repensant aux nombreux livres qui ornent les étagères, je crois qu’il ne s’agit pas que de l’ours. Car j’ai aussi appris que c’était un héros de manga.

« Dans la culture manga : C’est le nom du chef des brigands (le premier antagoniste) dans le manga et l’anime One Piece, qui s’en prend à Shanks le Roux et Luffy au tout début de l’histoire »

Nous avons failli faire demi-tour en voyant la queue qui partait de la devanture et se terminait dans la rue perpendiculaire. Mais nous n’avons pas attendu longtemps. Apparemment, il y avait du débit. Et j’ai compris ensuite pourquoi : d’une part, trois grandes salles, dans lesquelles on trouve nombre de tables rondes pouvant accueillir 3 à 5 personnes (et j’apprécie la convivialité des tables rondes, même sans chevaliers); d’autre part, de nombreuses personnes ne viennent que pour se restaurer et ne restent pas longtemps. Bref, nous nous sommes retrouvés rapidement dans la deuxième salle, autour d’une table ronde.

Premier plaisir : faire tranquillement connaissance en choisissant ses plats… Mes hôtes sont non seulement aimables, mais très intéressant-e-s…

Le deuxième plaisir, ce fut de déguster ceux-ci. La nourriture est vraiment excellente, et les prix ne sont pas excessifs. Pour ma part, ce fut en entrée des gyoza et ensuite le yakinikudon, dont je n’ai réussi à manger que la moitié. Seule ombre au tableau : pas d’alcool. Mais de la bière. Ici comme au Maroc, la bière n’est pas considérée comme « alcool »!

Le troisième fut de découvrir les oeuvres de l’une des convives, et je ne résiste pas à l’envie d’illustrer cet article avec une photo trouvée sur le net.

Or, alors qu’elle me montrait gentiment le carnet qui ne la quitte jamais, carnet où elle croque et dessine, un jeune homme qui dînait à la table voisine avec 3 autres jeunes est venu la trouver, pour lui demander des conseils et lui montrer ses propres dessins. Plus inspirés des mangas, justement, alors qu’il n’est pas du tout japonais ni même asiatique. Et nous avons suivi leur conversation et vu les esquisses faites par l’un et l’autre. Quel bonheur que ce partage si intergénérationnel entre artistes ! Je regrette de n’avoir pas osé faire une photo de leurs oeuvres.

Nous n’avons donc pas fait comme beaucoup d’autres, et étions encore au restaurant au moment de sa fermeture… L’un des convives a cheminé avec moi dans le métro, et nous avons continué à faire connaissance. Le cinquième plaisir de cette soirée inattendue (j’étais allée sur OVS vers 18h car je ne voulais pas de soirée solitaire…) et si riche en plaisirs et en rencontres…

Un repas à la ferme… gourmande!

J’ai évoqué dernièrement le retard qui m’a empêché de revoir l’orchestre écouté avec tant de plaisir à Saint-Pée-sur-Nivelle, et qui se produisait en ce dimanche après-midi à l’Ospitalea d’Irissary… Il est donc juste que je vous présente les coupables! Ils se cachent derrière cette bâtisse à l’apparence si innocente.

Le premier se nomme « Foie gras Arnabar Mi-cuit par nos soins, Piment d’Espelette, Chutney du moment, brioche toastée« .

Derrière lui se cache un autre coupable.

C’est donc un voisin, car le restaurant dont je vous parle est bien situé à Ossès.

Le deuxième coupable est plus végé apparemment… Mais attention, le porc est bien là!

Son nom est tout aussi compliqué : « Talo au maïs arto gorri, échine de porc confite et rôtie, pointes de moutarde à l’ancienne, tartare d’herbes aromatiques, oignons frits, maïs grillé« 

Le canaillou de « talo » (une galette de maïs ronde et plate) est bien caché sous les autres ingrédients, n’est-ce pas?

Le troisième est tout aussi dangereux… « Crudo de thon, leche de tigre, pickels de légumes, sesame ». Il a donc pris un pseudo, car « crudo » n’est pas basque, mais espagnol. C’est le ceviche, vous l’aurez reconnu. Et ne vous demandez pas si désormais un tigre produit du lait! Le « leche de tigre » doit son nom à sa couleur laiteuse et à la force qu’il prodiguerait à celui qui en boit.

« Le leche de tigre est une association équilibrée entre l’acide du citron, le piquant du piment et la fraicheur des herbes aromatiques. »

Le leche de tigre est réalisé à partir de citron, de piment, d’herbes aromatiques, de lait de coco et de parures de poisson. Différents aromates sont ajoutés en fonction des recettes. Il est utilisé comme marinade : il permet à la fois d’assaisonner le poisson cru et de le cuire légèrement grâce à l’acidité. Encore un coup des Péruviens!

Je lance un appel aux lecteurs / lectrices… Je n’ai pas trouvé la signification de Arto Gori ». Arto, c’est, en basque, le prénom « Arthur ». « Gori », cela désigne le rouge, l’incandescent, le brûlant. Mais un « maïs Arto Gori »??? Merci de me l’indiquer en commentaire!

Un trio? Non, il y a d’autres coupables que j’ai découvert ensuite. Un oeuf et des calamars bien déguisés. « Oeuf crousti-coulant – chipirons à la carbonara, lard crispy, tomme de brebis râpée, ciboulette. »

Le canard revient, mais bien enveloppé pour qu’on ne le reconnaisse pas. « Samossas de canard confit, sauce yaourt acidulée, ragoût de pois chiche au chorizo« . Ah cette fois nous voilà en Perse! « Le terme lointain provient du persan médiéval sanbosag. Il fait référence à la géométrie de la pâtisserie pliée en triangle ».

Et il est suivi du boeuf lui aussi un peu caché… « Faux filet maturé à la braise, beurre maître d’hôtel, pommes darphin, pequillos en textures« . J’ai cru que j’avais mal lu, et pensais « dauphines ». Mais non. une spécialité culinaire française à base de galettes de pommes de terre râpées ou taillées en fines juliennes (bâtonnets). Quant aux pequillos, si vous l’ignorez, ce sont des petits poivrons rouges originaires de Navarre, réputés pour leur goût sucré et leur texture fondante. Bref, encore des étrangers! Avez-vous remarqué? Nous avons parlé basque (bien sûr), espagnol (évidemment), mais aussi anglais et néerlandais, avec les pickles (anglais), mot venant de « pekel » qui désigne la saumure, et enfin hindi et persan… Quel dépaysement!

Si vous comptez bien, nous en sommes à 6. Le septième se cache en bouteille…

Vous vous demandez ce que signifie « Bordaxuria »? Il faut décomposer le mot : « borda » et « xuria ». Le premier désignant une « borde« la borde blanche » ou « la ferme blanche ». Une « borda », c’est une « cabane », qui peut être en bois ou en pierre. Par exemple, celle-ci :

« Au coeur de la montagne basque, à 5 min. de Saint Jean Pied de Port, Bordaxuria reprend vie en 2014 grâce à la volonté d’Elorri RECA et Brice ROBELET. Ils reprennent les vignes de la famille (9,5 ha totalement plantés en terrasse d’une quarantaine d’année) et décident de produire leurs propres vins.
Animés par le respect et la passion de leur terre, ils travaillent leur vigne en culture biologique. Ils seront heureux de vous accueillir au cœur de leur vignoble pour vous faire découvrir leur vins blancs et rouges, et également les fromages AOP Ossau-Iraty produits par les deux sœurs d’Elorri sur la ferme Larraldea à Saint Just Ibarre
. »

Il faut préciser qu’il n’y a qu’une douzaine de kilomètres entre Ossès et Irouléguy!

Vous avez admiré le paysage? Comme je l’ai fait, ce jour-là, depuis cette belle terrasse ouverte sur les Pyrénées…

Photo prise depuis ma place à table!

Néanmoins rien n’empêche d’y aller lorsqu’il fait plus gris ou frais, voire froid, car l’intérieur est également très accueillant…

Je pense que vous avez compris pourquoi je suis arrivée trop tard, pour le concert… Ah peut-être pas? Car j’ai oublié un détail : après un tel repas, quand il fait beau et chaud, il faut une sieste, à l’ombre des arbres de la forêt voisine!

Les mythes et légendes du Pays Basque, à découvrir à Irissary. 1. La Commanderie d’Irissary

J’ai évoqué dernièrement la découverte de Bidarray. Ce n’était qu’une halte, cependant, sur la route qui me menait à Irissary, où un concert avait lieu à l’Ospitalea.

J’ai raté le concert pour cause d’excellent repas (je vous en parlerai dans un autre article), mais pas la visite des lieux, qui abritent en ce moment une exposition qui m’a hautement intéressée, sur la mythologie basque. Il n’est pas trop tard pour y aller si vous le pouvez, car elle perdure jusqu’au 10 octobre.

Vous pouvez par ailleurs la découvrir sur le site officiel. Moi qui ai baigné depuis mon enfance entre mythologies mésopotamienne, égyptienne, grecque, romaine et mythologie celte, puis, par la suite, en ai découvert d’autres, j’ai été extrêmement intéressée par ce que j’y ai appris, et me suis bien promis d’approfondir quand j’en aurai la possibilité… En attendant, je vais simplement vous relater ce que j’en ai vu et entendu. Entendu, car on peut passer des heures dans les lieux, à écouter les histoires racontées pour chaque personnage, ou les entretiens avec les spécialistes. Je n’ai pas compté les sièges avec écouteurs, mais ils sont extrêmement nombreux… Beaucoup d’entre eux sont des « coussièges » qui, encadrant les fenêtres, permettaient d’observer l’extérieur. Tant par sécurité que par curiosité…

En effet, l’exposition se fait dans une ancienne Commanderie.

« Située au cœur du Pays basque, en Basse Navarre, cette commanderie a été construite au XVIIe siècle par les Chevaliers Hospitaliers de l’Ordre de Saint-Jean-de Jérusalem, aussi connu sous le nom de l’Ordre de Malte.

Les chevaliers s’installent à Irissarry dès le XIIe siècle dans le but d’exploiter les terres agricoles aux alentours. Le fruit de ce travail servira à financer les actions de l’Ordre en Palestine et en Méditerranée, pendant les croisades et les guerres successives. (…)

Le bâtiment visible aujourd’hui à Irissarry date pourtant du XVIIe siècle. L’ancienne commanderie étant en très mauvais état, elle est entièrement remplacée par une construction neuve administrée par le nouveau commandeur d’Ospitalea, le navarrais Don Martin de Larrea, dont le nom apparaît sur l’inscription au-dessus de la porte d’entrée. »

Dès l’entrée, le ton est donné.

Deux caractéristiques sautent aux yeux des visiteurs qui pénètrent dans les lieux : un audacieux mélange de contemporain et d’ancien, et une volonté de communication pour tous les niveaux d’âge et de culture. Ce qui donne des espaces vastes et clairs.

La salle où avait eu lieu le concert que j’ai raté était encore, au début de ma visite, occupée par les sièges…

… Mais elle était vide lorsque je suis redescendue des étages supérieurs…

Une restauration et une rénovation que j’ai trouvée très réussie, et qui laisse place à toutes sortes de manifestation, comme, en ce jour, concert et exposition.

L’escalier est particulièrement esthétique dans son dépouillement.

J’ai moins aimé une pièce « fonctionnelle » où la belle cheminée a piètre allure.

Les enfants sont les bienvenus, cela se sent dès l’entrée, et se confirme, au premier étage, avec une pièce qui leur est visiblement destinée et montre des traces d’activités culturelles et ludiques.

Les fenêtres ouvrent sur l’environnement, village blotti sous l’aile du Commandeur, et montagnes dans le lointain…

Au moment où je lisais ces lignes, ce n’était pas les rires des enfants que j’ouïssais, mais le bruit d’un jeu… ce qui se confirma à la sortie, devant un tableau digne du passé… si l’on excepte le véhicule… Le village admirais et applaudissais ses jeunes…

Itsas Begia aux Journées du Patrimoine

Comment, pour une association dont l’objet est justement de préserver le Patrimoine maritime, ne pas participer aux Journées destinées à maintenir la mémoire de nos régions? Elle était donc bien présente en ce week-end des 19 et 20 septembre, à la fois sur le port de Saint-Jean-de-Luz et sur celui de Socoa, où jusqu’à présent elle dispose d’un chai (hélas sans doute plus pour longtemps…) pour y abriter ce qui pourrait largement meubler un musée destiné à retracer l’histoire des ports et des marins du coin…

Jugez-en plutôt! Pas moins de 6 bateaux reconstitués ou entretenus, baleinier, xalupa, batel, etc… Les deux que vous voyez ci-dessus ont été sortis de l’eau pour la circonstance car, comme le Brokoa, ils naviguent pour le plus grand plaisir des membres et de leurs invité-e-s. Je vous présente donc l’Itsas Begia, éponyme de l’association.

Vous pouvez voir naviguer le batelleku quadragénaire ici, à Pasaïa en 2026, ou encore sur Wikipedia. C’était il y a 20 ans!

Son petit voisin est le canot Louis Auguste. A l’intérieur, trois embarcations en exposition… D’abord, le Guilherme, une fière baleinière classée Monument Historique.

La fiche ci-dessus est extraite de la base Palissy.

Près d’elle, deux petits frères…

En bas, l’Ago Lo.

Il est présenté en ces termes par la DRAC de la Nouvelle-Aquitaine.

« Ce batteleku Ago Lo retrouvé dans la vase du port de Socoa fut construit à Socoa en 1948 au chantier naval Ortiz-Ordoqui. Conçu pour l’aviron en priorité, sa coque est d’une rare finesse. Les autres, en général construits pour la navigation à la voile, avaient une coque plus large. Restauré par Jean-Pierre Laquèche aidé par les frères Ordoqui, un moule précis en est tiré qui sert à en réaliser une petite série dès la fin des années 1980 par le chantier Ordoqui et le chantier Marin[5]. Ago Lo est le père de la lignée actuelle. » (Wikipédia)

Au-dessus de lui, le Martina.

Triste spectacle que ce bateau en pièces détachées, plus ou moins abîmées…

Ayant appris son nom, le « Marinela », j’ai cherché à savoir à quoi il ressemblait… Le voici, selon l’inventaire du patrimoine, ce thonier-sardinier en si piteux état.

Né en 1955, il avait été classé, mais a été déclassé en 2002.

« Construit à Ciboure-Socoa par le chantier naval Hiribaren Frères et lancé le 28 décembre 1955. Bâteau classé en date du 6 septembre 1993. Vu les arrêtés en date du 7 juin 2002 pour le classement des bateaux Aïrosa et Patchiku à Saint-Jean-de-Luz et considérant l’important état de dégradation du Marinela, il est déclassé le 7 juin 2002. »

Un autre bateau conservé dans ce local a été incendié par malveillance hélas. Je n’ai pas pu voir tous les objets qui permettent de retracer les activités des marins et des autres acteurs et actrices autour de la navigation et de la pêche, car le local est trop exigu pour qu’ils puissent être exposés. Mais en voici quelques-uns, saisis là où ils se trouvent, ce qui explique parfois les erreurs de cadrage. D’abord, un coffre que l’on lançait aux marins tombés à l’eau, pour qu’ils puissent s’y accrocher… Puis une bouée de sauvetage…

J’ai apprécié pour diverses raisons les objets qui suivent…

… y compris ces bottes faites avec du caoutchouc. Elles m’ont rappelé les chaussures faites en Guinée à partir de chambres à air!

Nous avons donc accueilli des visiteurs de diverses régions de France et d’Espagne, et j’ai même eu le plaisir d’échanger avec un apiculteur du Cantal sur la qualité des bois!

Pendant ce temps-là, d’autres adhérent-e-s recevaient également beaucoup de visites, sous un barnum blanc malheureusement un peu exigu, non loin de la Grillerie du port de Donibane-Lohizune.

Laurent Etchandy, le président, avait préparé une scénographie autour de la construction des bateaux, et il paraît (je n’ai malheureusement pas pu y assister) que c’était passionnant.

Un peu plus loin, l’équipage du Brokoa, dont parle l’article ci-dessus, emmenait promener les personnes qui avaient réussi à s’inscrire suffisamment tôt. En effet, la demande a largement dépassé les possibilités limitées d’accueil à bord. Quelques mots recueillis sur le quai m’ont permis d’apprécier d’une part le plaisir de celles et ceux qui revenaient de la promenade, et le dépit des autres, laissés à terre… Quoi qu’il en soit, trois journées intenses pour l’équipe d’encadrement et les « petites mains » comme moi!

Bidarray, une jolie surprise

En direction de l’est pour assister aux Journées du Patrimoine, un arrêt sur la route m’a conduite au sommet d’une petite colline dont les pieds se baignent dans la Nive. Et je n’ai pas été déçue, loin de là. Ce bourg, encadré de sommets plus ou moins élevés, respire le calme et la sérénité.

Le fier fronton accueille les visiteurs, face à l’église au porche effrontément roman.

Pénétrons dans celle-ci, pour y trouver, sans surprise, les tribunes traditionnellement réservées aux hommes.

Peu de décorations, l’édifice est beaucoup plus sobre que nombre d’autres aux retables dorés. Mais des statues de bois aux lignes épurées, qui m’ont conquise, comme cette Vierge à l’Enfant.

L’orgue surplombe le portail de sortie, dont la porte ouvre sur le village en contrebas.

L’église est entourée du cimetière, où voisinent tombes « classiques »… quoique très originales, avec ces photos ou gravures qui retracent la vie des personnes, souvent entourées d’animaux…

ou au contraire d’une grande sobriété, comme celle-ci où la disposition des pierres m’a intriguée…

et discoïdales, aux lignes épurées,

parfois datées,

et parfois rassemblées en une sorte de cromlech.

Alignées le long du mur, une série de petites tombes évoque l’enfance.

Mais peut-être n’est-ce pas cela? quittons ce lieu de repos, avec une si belle vue sur les montagnes avoisinantes,

et commençons la descente vers la rivière, pour admirer une maison aux lignes pures, qui la domine.

Mais pas trop bas, rebroussons chemin pour revenir vers l’auberge à la terrasse agréablement ombragée (je me suis promis d’y aller déjeuner un jour de soleil),

puis longer d’autres terrasses

et des jardins

parfois habités… de poules…

pour grimper jusqu’à un bâtiment plus imposant qui domine l’ensemble.

Qu’est-ce?

Eh oui, l’école, comme indiqué sur l’affiche visiblement dessinée et peinte par les jeunes écoliers. Il est temps de regagner la voiture, non sans un dernier regard à l’environnement apaisant.

En bas, c’est, comme dit en introduction de cet article, la rivière qui attend le passant, avec son vieux pont romain aux trois voûtes qui permettait aux pélerins de la franchir…