Dimanche en fin d’après-midi, direction Le Châtelet. Il y a encore de la place pour un spectacle, au dernier moment. Fait plutôt rare! Vite, frayons-nous un chemin dans la foule refoulée… par le service d’ordre qui encadre le retour de l’équipe du PSG vers le centre de Paris… et retrouvons-nous sereinement sur le rooftop du théâtre pour siroter un verre en attendant l’heure.
Elle arrive, il est temps de gagner la salle où se déroule ce dont j’ignore tout, n’ayant absolument pas vu de publicité sur ce spectacle.
Trois rangées de public, un piano devant, au centre, sous une estrade étroite et longue, telle qu’on les utilise pour un défilé de mode. Deux porte-manteaux avec des vêtements, une table, une chaise. Derrière, une photo en noir et blanc d’une salle de spectacle. Accrochée maladroitement, une feuille de papier où est tracé un triangle avec un oeil au centre – certain-e-s d’entre vous y verront peut-être un delta lumineux? Que vous ne verrez pas sur la photo ci-dessous, prise après la représentation, car elle a été déchirée. Et une proximité surprenante « scène »/piano/public (photo prise de ma place, au deuxième rang).
C’était dimanche. J’écris ce mercredi. Et je n’en suis toujours pas « remise ». Esthétiquement et émotionnellement. Un bijou. Une performance d’artiste exceptionnelle. Et un drame/drama comme on en voit peu. Retenez bien ce nom : Bertrand de Rouffignac.
Il « sidère », au sens fort du terme, tou-te-s les spectateurs/trices durant près de deux heures, accompagné de Guilhem Fabre, tantôt pianiste, tantôt acteur.
Nijinski revit à travers lui, magnifique, étonnant, inquiétant, et si beau, dans le sens grec du « καλὸς κἀγαθός », la Beauté tant physique que morale, la Beauté Pure. Je ne vous en dirai pas davantage, courez vite au Châtelet si vous êtes à Paris, car cela finit dans deux jours; sinon, tentez de le voir lors de la tournée, dont exceptionnellement je vous donne les dates et lieux ici.
« 6 JUIN 2026 / La Ferté-sous-Jouarre (Seine et Marne) 2 AOÛT 2026 / Betcave-Aguin (Gers), Festival Les Musicales des Coteaux de Gimone 12 AOÛT 2026 / Landéda (Finistère), Abbaye Notre Dame des Anges 29 AOÛT 2026 / Saint-Cierge-la-Serre (Ardèche) »
Olivier Py n’a pas fini de nous surprendre et de nous entraîner dans des univers saisissants!
Le terme « performance » m’a toujours intriguée. Qu’est-ce qu’une « performance »? A quelle aune l’évaluer? Jusqu’au jour où je me suis penchée sur le concept (oh combien « flou ») de « genre ». Et donc où j’ai dû affronter une langue que j’abhorre, l’anglais – eh oui, j’apprécie l’italien, l’espagnol, le portugais, l’allemand, l’arabe, mais pas l’anglais… dommage pour Shakespeare et Byron! Puis celui où j’ai découvert l’univers des Drag, qu’iels soient queen ou king. Et on en revient au bon vieux Shakespeare, puisque c’est dans un de ses textes que se situerait la première utilisation écrite de ce mot.
Au seuil de la victoire, Coriolan est persuadé par sa mère, Volumnia, d’épargner la ville, sachant que cela pourrait lui coûter la vie. Aufidius et ses complices complotent son assassinat. Coriolan retourne à Corioles, où il est assassiné. Rome honore Volumnia pour avoir sauvé la ville.
« VOLUMNIA I prithee now, sweet son, as thou hast said My praises made thee first a soldier, so, To have my praise for this, perform a part Thou hast not done before. »
Rassurez-vous, dans le cas dont je vous parle, l’acteur ne jouait pas sa vie. Mais il a « performé » dans ce sens. A savoir « interprété », « joué » son rôle – et, en l’occurrence, il y en a eu plusieurs car le personnage lui-même interprète les personnes avec lesquelles il se trouve en interaction. Ce qui fait qu’en étant seul, d’un bout à l’autre de la pièce, sur la scène, il réussit à convoquer plus d’une dizaine de personnes. On entend et voit ainsi un interne et celles et ceux avec qui il oeuvre quotidiennement, un patient, et toute une série de spécialistes : gastro-entérologue, pneumologue, cardiologue, urologue…. Et, bien sûr, LE « mandarin », entouré de sa cour de petits « bleus ». Il ne manquait que le/la psychiâtre. Eh bien, il le fait arriver à la fin! Je ne vous raconterai pas l’histoire pour ne pas la déflorer. Au cas où vous auriez été alléché-e par cette description.
Avouez que l’affiche est aussi alléchante! Malheureusement, je suis assez hermétique à ce genre de théâtre. Je cherche à me distraire, pas à revivre des épisodes plus ou moins douloureux de ma vie. Car j’ai fréquenté presque tous les hôpitaux parisiens. Pour mon frère, d’abord : Trousseau quand il était enfant, puis Tenon, La Salpétrière, Roussy et pour finir, Valenciennes. Pour moi aussi : Boucicaut, Pasteur (deux disparus!), La Salpétrière…
Mais j’aime l’humour noir. Une anecdote? Quand j’étais à Pasteur, on venait d’annoncer la prochaine fermeture de l’hôpital. Le personnel n’avait donc pas le moral. C’est moi, de la chambre où j’ai séjourné tout un mois de juillet, qui tentait de leur remonter. Et nous lisions ensemble les BD que j’avais apportées. En particulier Les femmes en blanc. Vous connaissez?
Un autre exemple? Pour moi, le film culte, c’est MASH.
Sans doute n’étais-je pas réceptive ce soir-là, car j’ai, pour ma part, fort peu ri. Mais aussi parce que, plus que noir, l’humour était souvent vulgaire, ce que je déteste. Les « pipi-caca », ce n’est pas pour moi. Ni les pets. Mais j’ai apprécié la satire de l’administration et de l’organisation hospitalières. Et les autres spectateurs/trices ont ri d’un bout à l’autre, et l’acteur a été salué par des applaudissements prolongés. Il les méritait. Car tenir à ce rythme, sur scène, pendant plus d’une heure sans interruption (or il est né une semaine après moi), en jouant tous les rôles dans une diversité de voix, de mimiques, de postures, de gestes, etc. n’est pas donné à tout le monde. Et Olivier Saladin est brillant dans ce que l’auteur, Daniel Pennac, qualifie de « monologue gesticulatoire ». Rien d’étonnant à ce qu’il soit ainsi ébouriffé à la fin! Quant à la présence de la voiture, je ne vous en dirai rien, bien sûr. Ni pourquoi il joue un médecin alors que le titre porte sur un malade… Allez voir la pièce!
Le principe est simple : une playlist de huit titres pour danser. Et un texte en huit parties, chacune devant se terminer par l’un des titres. A chaque fin de partie, tout le monde gagne la piste de danse et peut se défouler en dansant. En effet, un espace avait été transformé en piste de danse, à l’étage inférieur du musée.
Ensuite, assis à nouveau, on écoute, et ainsi de suite jusqu’à la fin. Les textes avaient été rédigés en deux jours par quatre artistes, dont l’une en résidence au Musée. Et ce sont cet écrivain et ces écrivaines qui les lisaient, en alternant en permanence. Il faut préciser qu’iels écrivent habituellement des textes pour le théâtre… L’une du groupe, d’ailleurs, a révélé à la lecture des talents de comédienne.
« Imaginé par Fabrice Melquiot, cette représentation unique, joyeuse et festive marie littérature, musique et danse. Quatre auteurs-performers, Virginie Barreteau, Pauline Sales, Eddy Pallaro et Mariette Navarro se réuniront la veille pour écrire une fiction collective inspirée du lieu qui les accueille, de leurs sensibilités croisées et d’une playlist de chansons dansantes et populaires. »
Je ne vous raconterai pas l’histoire de Morgane, une fille d’Issy, bien sûr, la ville qui nous accueillait… Mais ce fut suffisamment intrigant pour que tout le monde reste jusqu’à la fin. La soirée s’est terminée pour les un-e-s en prolongeant la soirée dansante, et pour les autres en continuant la visite du musée. Ce qui fut mon cas, et j’en profitai pour me nourrir de la richesse et de la variété des fonds.
D’abord, revenons aux cartes et à leur graphisme souvent très fin. Revenons au point de départ, l’Inde et la Perse, et l’on découvre que des cartes pouvaient être rondes…
Les cartes sont classées par continents, puis pays…
Ci-dessous, ce sont les membres des familles royales de 4 pays européens qui jouent les « nobles ».
Les signes du Zodiaque font aussi l’objet de cartes.
Mais il n’y a pas que des cartes, dans ce musée. Et j’ai particulièrement apprécié les nombreux livres qui y ont trait, au travers des siècles (excusez la mauvaise qualité de certaines photos, mais il fait assez sombre pour ne pas abîmer les couleurs, et les lumières se reflètent dans les vitrines).
Le musée présente également une série de tableaux où l’on voit jouer aux cartes…
Certains tiennent de l’allégorie…
Quand on n’a pas le tableau, on le présente photographié, pour illustrer des explications.
Enfin, n’oublions pas les objets. Utilitaires, comme ceux qui servaient à fabriquer les jeux ou à les ranger, et certains très esthétiques.
Je n’avais malheureusement plus de batterie et ne pouvais continuer à photographier…
Après cela, une halte au Café d’Issy, dont il avait été question dans la pièce, pour un Mojito et une soupe de fruits avec glace. Une excellente soirée, loin de la foule qui envahit ce soir-là les musées parisiens! Un seul regret : la playlist était très « années 90 », entre disco et rap. Donc peu adaptée au public plutôt vieillissant… Mais je ne voudrais pas finir sans signaler l’exceptionnelle gentillesse de l’ensemble du personnel, fait assez rare dans un musée hélas…
Voilà bien longtemps que je rêvais d’aller visiter ce musée… Or, pour la Nuit des Musées, il offrait une programmation alléchante : mini-visite ludique, tirage de cartes, cocktail, et « bal littéraire » – une notion qui m’était tout à fait inconnue! Ce fut donc l’élu dans la longue liste des musées qui présentaient chacun des programmes intéressants. Direction donc Issy-les-Moulineaux.
La promenade entre la station de métro et le Musée me réserva une surprise…
Cela vous rappelle quelque chose? Eh oui, il y en a une autre du même artiste dans le parc de l’Ile Saint Germain… elle a provisoirement déménagé!
Ici, la statue monte la garde devant l’Hôtel de Ville.
Le Musée jouxte une belle bâtisse…
Celle-ci était naguère un simple pavillon d’entrée inclus dans la propriété des Princes de Conti.
A l’entrée du musée, je retrouve Dubuffet et comprends pourquoi il est arrivé « en ville ».
Malheureusement, il est tard et l’exposition est fermée. Mais le reste du musée est bien ouvert, et accessible gratuitement. Et je ne fus pas déçue. D’abord, parce que le musée est extrêmement bien conçu et passionnant. Ensuite, parce que la visite fut à la fois ludique et fort riche. Enfin, parce que je suis finalement restée jusqu’au bout, et même au-delà du « bal littéraire ». Par contre, je n’ai vu aucune cartomancienne. Et si le cocktail a bien eu lieu, il n’était pas très convivial. Mais c’est souvent le cas!
Revenons donc à la visite du musée, dans un premier temps. De petits groupes étaient constitués, et trois cartes tirées au sort. L’une, un « personnage », la deuxième, un « pays », la troisième, une action. En l’occurence, ce fut « tigréléphant », « Turquie » et « lire un livre ». Il fallait repérer, dans les trois niveaux du musée, les cartes dont les illustrations étaient extraites (heureusement, la guide nous a « contenus » dans des espaces restreints pour chaque carte).
La première était un détail (encadré en verre) d’une carte indienne. Le jeu entier est superbe. Il fait partie de ce que je nommerais « jeux-oeuvres », travail fin et esthétique garantie.
De cette section « Cartes du monde entier », située au deuxième sous-sol, nous sommes remontés au premier pour les jeux pédagogiques, afin de trouver la carte d’où était extrait ce détail.
Un jeu superbe, dans un coffret d’une taille impressionnante…
La troisième carte représentait un pendu en train de lire.
Les habitué-e-s reconnurent tout de suite une carte de tarot. Or les tarots sont… au deuxième sous-sol! Hop, on redescend.
Il s’agit d’un jeu imaginé par un artiste anglais, en 1973.
Mais il cache un second jeu, qu’un bouton permet de faire apparaître, et qui est dû à Dali. Vous avez bien lu, oui, Dali.
J’aurais envie de vous présenter plus de choses, et vous relater tout ce que nous avons appris, mais cela nous entraînerait trop loin!!! Une fois les trois cartes identifiées et les explications apportées sur le contexte, écrire une phrase avec les trois contenus. Ce que nous fîmes…
J’ai été, pour ce qui me concerne, particulièrement intéressée par les jeux de tarot et surtout par les cartes à vocation « pédagogique », qui apportent énormément d’informations sur les représentations des autres pays et peuples à travers les époques. Notre équipe n’a pas gagné le prix de la phrase, mais nous nous sommes consolé-e-s en considérant que le tirage au sort ne disait rien de la valeur des phrases (rires)… Ensuite, cocktail, puis commence le « bal littéraire ». Mais c’est une autre histoire…
Après ces journées passionnantes de découvertes en mer et sur terre, les derniers instants en Pays Basque ont été embellis par un délicieux dîner et une nuit agréable dans mon hôtel préféré. Je vous ai déjà parlé du restaurant, le Pil Pil Enea.
Mais tant pis, je recommence.
D’abord, parce que l’accueil y est chaleureux, avec un patron-serveur des plus aimables, et qui ne manque pas d’humour. Ensuite, parce que les plats servis sont toujours aussi bons. En l’occurrence, un assortiment de tapas (« assiette luzéenne »), parmi lesquels mes préférés sont de petites aumônières fourrées de fromage frais de brebis. Sur la carte : « croustillants d’ardi-gana ». « Ardi », c’est la brebis. « Gana », le fromage. Mais le jambon, les piquillos, les beignets de piment frit et les chipirons sont des petites merveilles.
Ensuite, un merlu à l’espagnole. Fondant à souhait, baignant dans une délicate sauce, accompagné de grenailles. Mmmmm…
Le tout, bien sûr, arrosé de ce vin découvert récemment. Au départ, peu apprécié. Puis de plus en plus. Et maintenant, j’en raffole. Le Txakoli. En plus, très amusant à servir, avec le bec verseur utilisé aussi pour le cidre, rappelant le « Pays Basque », « Euskal Herria ».
Je ne savais quoi choisir comme dessert. Le patron m’a conseillé la « Coupe Manzana ». Et je n’ai pas regretté…
Un sorbet pomme accompagné (on verse soi-même les doses que l’on souhaite, au fur et à mesure) d’une liqueur du même fruit. Un peu sucré, mais si rafraîchissant et « digestif » après cet excellent repas!
Il ne manque qu’une nuit sereine avant de reprendre la direction de la capitale et du travail. Bien sûr, dans « mon » hôtel luzéen : l’Agur Deneri.
Sur les hauteurs de Ciboure, il offre une magnifique vue sur la plage et le port de Saint-Jean-de-Luz. Le couple qui le tient est d’une incroyable gentillesse et cherche toujours à faire plaisir. Les chambres sont lumineuses, agréablement décorées. Avec une amie, j’ai eu l’occasion d’en voir plusieurs, et voici quelques exemples. La « rose », rez-de-jardin…
La « jaune », numéro 2, également rez-de-jardin. Très lumineuse, non?
Enfin (car je ne vais pas vous faire visiter tout l’hôtel!) celle que je préfère, et que l’on m’attribue même si je réserve en dernière minute, comme ce fut le cas ce jour-là, la 26, angle du deuxième étage, ce qui permet d’avoir la meilleure vue, avec un beau balcon…
Elle permet de voir le soleil se lever sans se lever soi-même du lit…
Et les douches sont garnies de jets massants. Que demander de plus? Ah oui! Un petit déjeuner dont chaque aliment est tracé – la liste des fournisseurs, fermes, apiculteurs, éleveurs des environs vous est transmise, et servi dans une salle aux baies vitrées offrant une large vue sur les villes, plage, port, montagnes aux alentours. De quoi reprendre des forces avant de reprendre… le travail! Ce qui fut fait le lendemain…
Le soleil commence à se montrer à travers les nuages lorsque nous appareillons. Il faut d’abord faire dégager l’embarcation qui s’est amarrée au Brokoa, et cela prend un certain temps… Mais enfin le bateau est dégagé et s’élance vers la sortie.
Tandis que le chef de bord est attentif au cap, je dis un « au revoir » au petit hôtel qui m’a accueillie le premier jour et renseignée le dernier sur les possibilités de se garer… La sortie du port me donne l’occasion de vous avouer une erreur dans le premier article de cette série : l’inscription réclamant le retour au pays des prisonniers basques est bien toujours là… j’étais sans doute trop fatiguée pour la voir à l’aller!
Cap au large, avec le moteur car il n’y a pas un souffle de vent…
Tiens tiens, qui vois-je dans le lointain? Notre-Dame de Rumengol, venue saluer mon départ?
Une traînière vient narguer une nouvelle fois l’équipe de rameurs non patentés, en nous doublant puis tournant au nez du Brokoa.
Tout est calme, trop calme. L’occasion de faire des photos!
Un dernier regard aux côtes espagnoles et à l’entrée des ports de Saint Sébastien et de Pasaïa, et nous nous élançons vers Saint-Jean-de-Luz, en parallèle à la côte.
Pendant que certains jouent les « figures de mâts » (à défaut de proue), d’autres espèrent que le barreur va éviter les « frêles » embarcations amarrées au large…
Le vent se lève doucement. Cela va permettre de hisser la grand voile.
Un voilier vient nous narguer, sous foc, lui. Mais n’est-ce pas notre chef de bord de l’aller et son frère qui se trouvent à bord et nous « mitraillent » de leur appareil photo? Vite, leur montrer de quoi nous sommes capables. Et donc hisser la misaine.
Et c’est fièrement vent arrière que nous nous dirigeons vers Socoa, la Rhune à tribord.
Un gros paquebot est amarré face à l’entrée, et nous revoyons nos photographes.
Trop de courant à marée montante pour entrer dans le port en vent arrière à la voile. Le chef de bord donne donc l’ordre d’affaler les voiles, au grand regret de son équipage qui se rêvait entrant à la voile. Mais Sagesse oblige, et un ordre est un ordre, surtout de la part d’un ancien commandant de la Marine Nationale!
C’est donc au moteur que nous passons Socoa, les digues de l’Artha, pour viser l’entrée gardée par le phare construit en 1936 par Pavlosky. L’équipage, en toute autonomie, range tranquillement les voiles et love les cordages pendant que le chef, ayant repris la barre laissée durant la course à plusieurs membres de l’équipage, veille à ne rien heurter.
Après quelques péripéties dues au fort courant, le Brokoa reprend sa place au port.
Le travail n’est pas fini pour le chef de bord, qui doit maintenant garder traces du voyage.
Les quatre jours du festival de Pasaïa s’achèvent, et il faut ramener le Brokoa à son port d’attache. Impossible, d’après les autorité portuaires, de sortir avant 10 heures, et nous attendons sagement à quai. Le temps donc d’aller revoir quelques bateaux… et de découvrir un charmant bar non loin de là.
« Begihaundi », ce sont les « grands yeux » (vous reconnaissez le Begi(a) du nom de l’association que je vous ai présentée récemment… les yeux, ou le regard).
Vous allez maintenant deviner ce que sont ces « grands yeux »…
Eh oui! ce sont de gros calamars que l’on pêche le long des côtes basques. Ils se cuisinent... Difficile d’oublier où l’on se trouve, avec les innombrables photos et autres illustrations…
Aller jusqu’en Espagne pour se retrouver paradant sous la pluie, il fallait le faire! C’est ce qui m’est arrivé, en ce jeudi de l’Ascension. Pour – cerise sur le gâteau! – ne pas pouvoir sortir du port ni mettre les voiles (notre chef de bord nous les a fait mettre, mais aussitôt un hors-bord de l’organisation les a fait affaler)…
Mais je ne l’ai pas regretté. Car c’est un vrai plaisir que de montrer le patrimoine maritime basque aux courageux badauds qui affrontent froid et humidité pour venir admirer les vieux gréements.
Et j’avoue que je n’étais pas peu fière d’être sur le Brokoa qui se faufilait entre les magnifiques Recouvrance et Notre-Dame de Rumengol et les adorables traînières espagnoles… Sans oublier l’admiration sans bornes pour les rameurs et rameuses!
A l’antepénultième place « décollent » les « moyens », puis les « grands » voiliers, contrastant avec de modestes embarcations pri
Ils sont suivis, en « bateaux-balais », par les bateaux à moteurs.
Et je sursaute violemment quand éclate un coup de canon. Eh oui, c’en est bien un ! Et les « grognards » que vous apercevez au loin sur la photo qui suit en ont tiré un certain nombre (j’ai oublié de les compter »!).
Sur le quai, c’est une fanfare que j’entends soudain.
Et c’est elle qui va accompagner la fin de la parade, tout le monde en rythme pour se réchauffer, aussi bien sur les quais que sur le Brokoa…
Que faire lorsqu’il pleut toute une journée, qui devrait être de festivités joyeuses sous un soleil espagnol? Au petit-déjeuner, d’autres hôtes m’apprennent que Notre-Dame de Rumengol est arrivée à 4 h du matin, avec une entrée dans la passe très difficile. Un petit tour de ce côté du chenal, puis je traverserai pour aller la saluer… J’étais déjà venue dans ce quartier, mais je ne me lasse pas des traces de l’histoire et de l’architecture si hétéroclite mais « vivante ».
Les petites embarcations jouent quand même sous le regard (l' »itsas ») des rameuses et rameurs.
Première direction : le Musée, qui est aussi chantier naval pour les restaurations. Je le connais déjà, pour y avoir passé un long moment lors de ma première venue. Mais c’est toujours un plaisir de retrouver les forgerons au rythme cadencé, symboles de la vraie collaboration.
Je me remémore l’histoire du San Juan, baleinier qui avait disparu en 1565 à Red Bay, Canada. Son épave, située en 1978 et fouillée par les chercheurs canadiens. Et une réplique en est construite à Pasaïa, qui désormais navigue comme emblème de l’histoire des marins qui partaient du Pays Basque pour si longtemps, et parfois sans y revenir, mais aussi symbole des peuples tels que les Inuits et de la coopération.
J’en profite pour essayer de retenir en basque le vocabulaire spécifique de la marine à voile, que j’ai déjà tant de mal à apprendre en français!
Je passe un long moment dans l’atelier charpente-menuiserie, où j’admire le travail des jeunes qui apprennent les métiers de la construction navale, avec une ardeur incroyable.
Au plafond, vous apercevez les traînières et leur évolution au cours de l’histoire, en raison de l’évolution des matériaux, qui les a rendues de plus en plus légères et rapides.
Mais le musée que j’avais visité vide est maintenant de plus en plus fréquenté, et des hordes d’enfants et d’adolescents se rassemblent autour de moi à chacune de mes haltes, pour écouter (plus ou moins!) leurs guides. Je décide donc de quitter les lieux, à mon grand regret, pour rejoindre l’équipage qui s’est rassemblé dans un bar voisin. L’occasion de déguster le cidre basque.
Un des membres m’a raconté que les pommiers étaient endémiques au Pays Basque, et que Louis XIV avait découvert le cidre lors de son mariage à Saint-Jean-de-Luz.
« Depuis l’Antiquité, la pomme était présente en quantité dans tout l’Euskadi. Au Ier siècle, Strabon, un géographe Grec, décrit l’abondance de pommiers au Pays Basque et mentionne qu’il s’y consomme le Phitarra, une boisson obtenue grâce à des morceaux de pommes que l’on met dans de l’eau bouillante et du miel.
Au Moyen âge, dans son « Guide du pèlerin de St-Jacques », Aymery Picaud écrit en 1134 que l’on trouve au Pays Basque uniquement des pommes, du cidre et du lait comme aliment.
Chaque ferme comprenait autrefois un pressoir permettant la production de cidre »
Mais je n’ai pas tout vérifié. Nous y reviendrons donc à l’occasion, si cela vous intéresse… Pour l’instant, allons avec les autres membres de l’équipage, sous la pluie, voir ce qui se passe sur les quais. Le Morgenster est toujours là. Les bateaux bretons sont bien arrivés, effectivement. Notre-Dame de Rumengol, gabare gérée par l‘association An Test, est bien là. J’avais juste oublié de vous préciser qu’il n’est pas équipé de moteur!
Mais n’est-ce pas la Recouvrance qui est là, nez à nez (enfin, proue à proue!)?
Toujours aussi fine et belle, non? Et l’équipement! De quoi éviter les sacs de noeuds…
« La Recouvrance, goélette symbole et ambassadrice de la ville de Brest qui en est aussi la propriétaire, porte le nom du plus célèbre quartier de la ville, celui où les femmes de marins priaient Notre Dame. »
Sur la terre ferme, des installations sont encore en train d’être équipées, mais certaines abritent déjà leurs occupants. Nous découvrons ainsi une association spécialisée dans la « galupe ».
Des échanges intéressants avec ses représentants, qui partagent beaucoup de nos préoccupations. En outre, cette semaine est justement la semaine culturelle à laquelle l’association participe activement! ça tombe mal pour eux…
Screenshot
Mais l’heure du rassemblement pour la parade approche, et il nous faut regagner le bord, pour y participer, malgré un temps menaçant… Un dernier regard au San Juan et aux voiliers, et vite, regagnons le ponton 3…
Je vous ai laissé-e-s, dans le précédent article, lorsque le bateau était arrivé à quai, et que nous étions contraint-e-s de rester à bord car la grille d’accès au ponton était fermée à clés. D’où un pique-nique à l’heure du thé, dans un courant venteux bien frais… Un avantage toutefois : celui d’assister à l’arrivée d’un magnifique voilier. Jugez-en plutôt :
Ce navire, je l’apprendrai plus tard, est le Morgenster. Quelques temps après, c’est le Saltillo qui pénètre dans le chenal.
Plus modeste, certes, mais très élégant cependant.
Enfin on vient nous délivrer, et nous pouvons aller prendre la navette qui traverse vers l’autre rive… Après la non-réception au quai, enfin, glacée, je peux gagner l’hôtel soigneusement réservé quelques mois plus tôt. Et j’avais bien fait! Le seul dans le coin, et seulement 7 chambres! Vous le voyez, photographié le lendemain : le cadre indique le balcon de la chambre 102, qui m’a accueillie.
La petite navette m’y emmène, et je découvre une vieille maison, dont l’intérieur a été réaménagé avec goût pour accueillir au mieux les hôtes. En bas, une vaste salle commune, qui sert pour les repas ou le travail.
Un ascenseur dessert les deux étages. Le choix a été fait de mêler hardiment ancien et moderne, matériaux naturels et plastique, et l’ensemble est assez réussi. Un plus : de la fenêtre, je peux surveiller et l’Alba et le Brokoa!
Ils sont sagement amarrés juste en face!
Une douche bien chaude, une petite sieste, et vite, retour de l’autre côté (vive la navette!) pour aller découvrir les voiliers et ce que j’espérais être une ambiance festive. Pour la seconde, on oublie : rien n’est installé, il n’y a presque personne sous cette pluie fine. Par contre, quelques navires sont bien à quai. Le Morgenster, que vous avez vu arriver sous pavillon néerlandais, offre à la vue sa figure de proue.
J’ai fait d’autres photos de lui, mais ne vous les présente pas. En effet, de près, il est assez décevant car trop « apprêt ». Il faut dire que ce monocoque de 48 m, lancé en 1919, a été largement restauré et a repris la mer il y a une vingtaine d’années comme navire-école, voilier pour croisières, et fait un peu trop « vitrine » à mon goût. Un peu plus loin, c’est l’Etoile du Roy qui offre sa poupe au regard.
Je le connais pour l’avoir vu en Bretagne, près de son port d’attache, Saint-Malo.
Comme vous le constatez, lui aussi est obligé de se prostituer pour survivre…
Mais les détails n’en restent pas moins impressionnants.
Et la figure de proue est assez terrifiante… Je me suis demandé si elle était dûe à Jean-Paul Gaultier ou à Madonna dans ses jeunes années…
En tout cas, elle ne m’apparaissait pas authentique! Et j’avais raison… Autrefois, c’était un terrible pirate mâle et viril qui ornait la proue du bateau, alors nommé Grand Türk, du nom de celui qui avait fait construire cette réplique d’une frégate-corsaire corsaire du 18ème siècle. Bateau que vous pouvez voir dans les Trois Mousquetaires, avec Cassel et Duris.
Comme il appartient à une entreprise qui loue des navires pour les besoins des réalisateurs, vous pouvez aussi le voir dans Bougainville, Monte Cristo, Napoléon… Bref, à toutes les sauces… Mais revenons à notre Belle Dame de Proue… Car l' »Etoile du Roy » n’est autre qu’une femme, corsaire bien sûr (nous sommes à Saint-Malo), joliment dénommée Violette de la Hisse. Mais n’essayez pas d’en trouver trace dans l’Histoire : elle n’a jamais existé. En tout cas, pas ailleurs que dans l’imagination de l’artiste qui l’a inventée, Valérie Gauthier (pas Jean-Paul, et d’ailleurs le nom ne s’orthographie pas de la même manière!), en 2013. Vous remarquerez le mot « légende »…
La Bretagne est bien présente sur les quais de Pasaïa, mais, ce soir-là, les bateaux n’étaient pas encore arrivés et je les ai cherchés en vain.
Demi-tour donc, un peu frustrée. Mais il fait froid, il n’y a aucune ambiance, et peu d’embarcations sont arrivées. Retour donc sur l’autre rive pour chercher un restaurant. Et là, surprise! Ils sont tous fermés! Une veille de long pont de l’Ascension! Heureusement, il y a les restes du pique-nique… et un bar ouvert sur la place voisine. Mais avant, j’ai eu le temps de découvrir les traces de la haine espagnole contre Charlemagne.
Un petit verre de bière pour reprendre courage. Vous avouerez que l’ambiance n’est pas gaie!
Et la vue est même gâchée un moment par un monstre marin.
La soirée va donc se résumer à un modeste pique-nique dans la chambre d’hôtel…
Heureusement avec une jolie vue! et agrémenté par un Rioja, la barmaid ayant accepté de me prêter la vaisselle adéquate… et par la vue sur les deux bateaux basques.