Les plus beaux Ave Maria

Le titre du spectacle m’avait interpellée. Pourquoi vouloir comparer des airs qui sont incomparables?

Néanmoins, comme ce sont des airs qui, pour la plupart, me « transportent », et qu’en outre je ne connais pas le lieu qui accueille chanteuse et organiste, me voici en ce dimanche de novembre parmi la centaine d’auditeurs/trices sur les bancs modernes de Notre Dame de la Salette.

L’église est étonnante : au lieu de la forme classique, c’est une sorte de choeur absolu, avec une hauteur étonnante et une forme originale. Les vitraux augmentent cette impression d’élévation, avec leur forme rectangulaire dont la hauteur est extrême, comparée à leur étroitesse. Ils sont disposés de manière symétrique autour de l’axe autel / porte d’entrée principale. L’orgue, lui, est disposé non face à l’autel, mais sur l’axe perpendiculaire, totalement à gauche, face à l’entrée secondaire. Ce qui donne un plan lui aussi tout à fait original. Mais vaut aux spectateurs/trices de risquer le torticolis car, bien évidemment, les bancs, eux, sont placés face à l’autel!

Comme toujours, je voulais placer dans cet article des photos prises en ces lieux. Mais Mystère… Elles ont toutes disparu! Aucune photo du 13 novembre n’est visible sur mon téléphone, pas plus que sur ICloud. Que s’est-il passé? Une disparition, et non l’Apparition!

Donc, si vous souhaitez comprendre ce que j’expliquais concernant cette église, rendez-vous sur ce site ou cet autre, pour l’orgue.

Mais revenons au concert…

La soprano Corinne Fructus a une voix admirable et m’a séduite tout au long du récital. J’aurais voulu vous la faire entendre, mais je ne trouve aucune vidéo valable sur Internet. Pourquoi??? Quant à l’organiste, il est également chanteur, ce qui n’a pas facilité sa tâche car il tournait le dos au public en chantant. Je me suis d’ailleurs demandé pendant un bon moment où pouvait être le chanteur, avant de réaliser qu’il n’était autre que le musicien! David Lauer est tout aussi discret que sa collègue sur les réseaux. Il vient, comme elle, de la région toulousaine.

Quant au programme, il est fort riche, alliant les Salve Regina aux Ave Maria, avec des intermèdes instrumentaux. Que vous dire, sinon d’écouter, encore et encore, ces remarquables chants, que vous soyez ou non adeptes de la religion catholique. Un palmarès? Pour moi, incontestablement, Gounod reste le summum… Surtout par Barbara Hendricks… des frissons garantis à chaque fois que je l’écoute! J’aime moins la version masculine de Pavarotti… Mais avec Gautier Capuçon, quelle merveille!

Mais je ne sais pas si je ne préfère pas celui de Caccini plus intime? Vous pourrez écouter la version pour choeur ici et son interprétation par une soprano là.

Juste derrière, pour moi, l’oeuvre de Schubert. On se souvient de l’interprétation de Jessye Norman… Saviez-vous qu’elle avait été chantée devant le pape en 1979 par Pavarotti? Et la voici en araméen. Très beau, également…

N’oublions pas Bach, bien sûr! Ni la Callas

Et, pour les adeptes de chants grégoriens, il en existe aussi toute une variété : ici ou , par exemple.

J’espère que vous éprouverez autant d’émotion que moi en écoutant tous ces airs, et les autres que vous trouverez sur le net ou ailleurs (revenez à l’affiche, cela vous donnera des idées…).

Lord of the Dance

Celte de coeur, à défaut de l’être par mon origine (quoique…), j’aime l’Irlande et ses traditions, la musique celtique et les danses de ce pays. Alors, rien de plus naturel que d’avoir envie d’aller voir, pour une fois, un spectacle de musique « non classique ».
Qui plus est, jamais je ne suis allée à la Salle Pleyel. Une occasion en or, donc.

Un ascenseur hors du commun!

Moi qui n’aime pas le « clinquant », j’ai été servie! Paillettes à profusion, images peu esthétiques et aux couleurs violentes, costumes tout droit sortis pour la plupart des vestiaires de Walt Disney, et même poupées Barbie sur la scène, avec la Super Barbie aux cheveux faussement blonds, l’une des danseuses « étoile »… Sans compter des armées d’hommes aux airs de Prussiens mal dégrossis, et une fausse flûte faussement brisée… Je me suis même demandé à un moment donné s’il ne fallait pas y voir du second, voire du troisième degré!

Une bande son elle aussi assez violente, diffusée trop fort, avec une acoustique déplorable…

Mais alors, me direz-vous, vous n’avez pas aimé ce spectacle?

Eh bien si, je l’ai apprécié. De manière inégale selon les moments, mais je me suis laissée transporter par le rythme, la danse, l’atmosphère. Inégale selon les moments, disais-je.

Quelques exemples. La danseuse incarnant une sorte d’elfe au costume ajusté sur un corps parfait, semblant voler sur la scène parfois, et introduisant de l’humour dans des moments inattendus… La chanteuse interprétant avec tant d’émotion des chansons plutôt « romantiques » (mais je ne puis le jurer, je n’ai pas compris la moindre parole…). La danseuse incarnant si bien la Tentation, opposée à la Super Barbie censée représentée la Princesse de Coeur et évoluant sur scène avec tant de lascivité parfois, tant de perversité aussi…

Et bien sûr le Seigneur de la Danse, voire le Dieu… Nous dirions plutôt le Roi… celui qui a laissé tout le public pantois, en sautant, glissant, virevoltant, et en faisant moultes démonstrations de sa virtuosité en claquettes…

Bref, un spectacle qui nous ramène à l’enfance, et nous entraîne loin de la noirceur quotidienne, dans les vertes prairies d’Irlande comme dans une satire des Enfers de Dante. Et que la musique irlandaise est poignante comme dansante!

Il me reste un point à éclaircir : qui est ce « Lord of The Dance » que tend à remplacer celui que l’on voit sur scène? Une projection en préambule, puis en fin du spectacle montrait un danseur visiblement idôlatré, à juste titre semble-t-il, vu sa virtuosité. Qui est-il? Eh bien, j’ai trouvé, en recherchant des informations sur le ballet. Il s’agit de celui qui a interprété le rôle principal depuis sa création en 1996 jusqu’en 1998, date à laquelle il déclare renoncer à danser (il a alors 40 ans), Michaël Flatley. Ce sont donc d’anciennes versions du ballet qui sont projetées, jusqu’au final où on voit le même extrait sur scène et sur écran. Vous pouvez le voir sur cette vidéo ou celle-ci ou encore celle-là. Qui est son remplaçant? Pas trouvé son nom, mais vous pouvez le voir ici ou , en alternance avec la vedette qu’il a remplacée, et qui est le créateur de l’oeuvre.

Le chant de la Terre

Je dois avouer que parfois je suis complètement stupide… Ceci en est un exemple. J’avais envie de voir un spectacle de danse… Et l’affiche du Châtelet m’a inspirée… Places prises. Trajet vers le théâtre difficile en ce jour de grève. Mais m’y voici. Ravie, car je ne suis jamais retournée en ces lieux depuis… Hair, version initiale, vue du poulailler car, en tant qu’étudiante, je n’avais pas assez pour me payer autre chose. Et encore, c’était une folie!

Cette fois, fauteuil d’orchestre. Scène noire. Fumerolles. Empilement de branchages comme pour un feu.

Un homme, tout de noir vêtu, arrive sur scène. Et commence à chanter. En allemand, bien sûr, puisque c’est une oeuvre de Mahler. Malheureusement, traduite en français et en anglais sur des écrans bien visibles. Pourquoi « malheureusement »? Parce que cela distrait, d’abord. Mais c’est toujours le cas. Ce qui est plus rare, c’est de constater autant de divergences entre les deux traductions. Au point que, parfois, il n’y avait presque aucun rapport entre les deux phrases. Et pire : aucune ne traduisait vraiment les paroles en langue germanique (que je comprends vaguement).

La première moitié du spectacle m’a laissée peu enthousiaste. Je n’ai pas aimé les deux grands rideaux qui s’abaissaient et se levaient. Aucune esthétique, et cela me gênait. J’ai eu du mal à comprendre l’enchaînement des lieder, n’y trouvant aucune logique.

Par contre, la voix de la chanteuse m’a entraînée dans des émotions puissantes et des songes prenants. D’autant que cela s’accompagnait de déplacements gracieux sur la scène, dont le noir désormais jouait avec le blanc trouble des fumerolles ou le blanc pur de flocons de neige artificielle. Pas une danse. Mais presque…

Christina Daleska (alto) et Maximilian Schmitt (tenor)

Les recherches que j’ai effectuées concernant la chanteuse m’ont amenée à me questionner : pour certains, elle est « alto », pour d’autres, « soprano », voire « mezzo-soprano ». Je ne suis pas parvenue à y voir plus clair, mais les extraits écoutés sur Internet font entendre effectivement une variété de tessiture.

Au centre, le chef d’orchestre Emilio Pomarico, qui dirigeait l’ensemble Klangforum Wien

Avec toute l’équipe du spectacle

Le spectacle n’est pas en ligne à l’heure où j’écris ces mots, mais vous pourrez en entendre une autre version sur ce site ou une version plus ancienne sur celui-ci. Pour comprendre l’oeuvre, voici une explication claire et intéressante de celle que l’on considère comme l’oeuvre testamentaire de Gustav Mahler, avec un entretien de Reinhert de Leeuw, qui a composé la version musique de chambre de l’oeuvre, quelques jours avant sa mort, mais qui survivra « éternellement » comme son prédécesseur, grâce à cette oeuvre sublimant la mort…

« Ewig… Ewig.. »

« « Ewig » (« pour toujours ») qui est  répété plusieurs fois, est une sorte de mantra, accompagné d’accords soutenus par l’orchestre, qui comprend la mandoline,  les  harpes et le célesta. L’accord final, disait Benjamin Britten, laisse une impression désespérée de déchirement où la musique se perd dans le silence. »

Une autre explication, écrite celle-ci, met en lien l’oeuvre avec les poèmes chinois qui l’ont inspirée. J’y ai découvert que ce que j’avais préféré est le sixième morceau, « Der Abschied » (« Le Départ »).

Gennaro Villani

Comme mes fidèles lecteurs et lectrices le savent, j’aime à suivre le blog « Un jour un tableau »… et, dès que j’ai un peu de temps, je vagabonde à loisirs parmi les oeuvres dénichées par son auteur, et prends du plaisir à en découvrir qui me plaisent particulièrement.
Ce fut le cas cette nuit, avec ce tableau.

Je n’ai pas été la seule à l’apprécier, car, mis en ligne voici seulement trois jours, il compte déjà 306 « j’aime » ou « j’adore »!

J’ai immédiatement plongé sur le net, pour rechercher ce que l’artiste avait créé comme autres oeuvres. Et je n’ai pas été déçue… D’où mon envie de partager avec vous ce jour cette découverte.

Un article lui est consacré sur Wikipedia (oui, je sais, non reconnu scientifiquement!). Ce Napolitain, disparu en 1948, a vécu 63 ans essentiellement en Italie, où il a aussi enseigné. Inspiré par les Fauves, il a produit des oeuvres variées, paysages, instantanés de la vie, (auto-) portraits… Et je dois dire que j’ai été fascinées par certaines d’entre elles. Pas question de vous les montrer toutes, mais en voici un petit florilège…

On voit beaucoup de ses oeuvres en ligne, je vous laisse donc les découvrir. Si toutefois vous souhaitez accéder directement à des diaporamas, vous en trouverez sur la page Facebook qui porte son nom, et sur You Tube, par exemple ici, avec une belle chanson italienne… Le détail d’un pastel sur cette vidéo. Une sélection d’oeuvres sur celle-ci, très riche à mon sens.

Sur Facebook, une page consacrée aux oeuvres introuvables (« rubati » = volées) présente des tableaux admirables ou étonnants, je vous conseille d’y jeter un oeil.

L’Institut Français de Naples avait consacré une exposition à sa période  » à Paris ».La présentation d’une exposition qui lui est consacrée, mais la personne interviewée, hélas, parle trop vite…

J’ai préféré de beaucoup cet entretien avec Ena Villani. Il avait peint sa fille, toute petite… Celle-ci est devenue peintre et poète.

Je ne voudrais pas finir sans un clin d’oeil à l’auteur du blog qui fut à l’origine de cet article…

Lavandaie in fiume

Les lavandières… On les retrouve! A la même époque environ, un autre peintre, Giovanni Ciuza Romagna, les représente d’une tout autre manière…

… Mais c’est une autre histoire, qu’on pourrait aussi poursuivre sur la page FaceBook consacrée à Pavie, Pavia FanPage, qui montre des photos des années 30 et cite le poète Dario Morani.

Marièta dal Burgh (Dario Morani)

I pàch, quand i sbàtan, sa sentan luntan,

in dia nebia dal temp diventan bacan.

Marièta l’e là cun scàgn e caplina,

la prima a rivà da prima matina.

I bràs e ‘l facin culur adls tèra

culur sensa su, culur lavandèra.

In riva dal Burgh la gheva la cà

Cun for’ una glicin, la vid canadà.

L’à fai l’infermiera, l’e stàia a servì

ma le ghe piasù fa cal maste li.

E Paride, bel me’l Deus dal Fium,

l’a stramudà ‘d riva’parer ad nisun.

Dadchì ian furmà famiglia e fiulin,

un po’ da furtuna’ glà daja’l Tesin.

I pàch chi sbatevan rivevan luntan

d’in mes adla nebia, ciucà me campàn

chi sunan a l’ura ad l’Ave Maria

e pòrtan al cor dla gran nustalgia.

Mais c’est une autre histoire… restons à Villani pour terminer, n’est-ce pas? Une énigme pour finir, donc. Situez cette boutique pour le moins polyvalente?

Découverte d’une chapelle « moderne »

Un concert violon et orgue, voilà qui est suffisamment rare pour que cela donne envie d’y assister. Quand, de plus, il a lieu dans une chapelle de Paris dont vous n’avez jamais entendu parler… c’est encore plus alléchant!

L’Agneau de Dieu, qui a donné son nom à la Chapelle

C’est ainsi que j’ai pu découvrir un espace parisien nouveau pour moi – alors qu’il n’en est pas loin!- et que j’ai entendu de beaux, voire très beaux morceaux, interprétés par un violoniste aguerri, Dominique Hofer, et un très jeune organiste, Jules Troivaux.

En préparant cet article, j’ai cherché à en découvrir davantage sur eux, et ai ainsi appris que Jules était le neveu du violoniste, et le fils d’une pianiste, Frédérique Troivaux. Il a d’ailleurs commencé par le piano avant d’en venir au violon.

Le programme était varié, allant de Bach à Vivaldi et Charpentier, en passant par des compositeurs moins célèbres, comme Corelli et Vitali, et alliant concerti, sonates, partita, et même une chaconne. Vous ne savez pas ce que c’est? Rassurez-vous, je l’ignorais aussi avant de m’enquérir, a posteriori, du sens de ce mot. Si je vous dis qu’elle se rapproche de la passacaille, je suppose que cela ne vous aidera pas beaucoup?

« En Espagne au xvie siècle, danse populaire à trois temps très animée ; elle s’accompagne avec des castagnettes et revêt alors un certain caractère érotique. On la dit originaire du Mexique, mais il semble que ce soit au Portugal qu’apparaissent, dans le genre ostinato, le passo forçado et les danses dérivées : la folia, le vil ao et la chacota qui précèdent la chacona espagnole. À l’époque baroque, c’est une danse de cour à 3/4, à tempo lent, avec variations contrapuntiques sur un ostinato de quatre ou huit mesures, en une phrase complète mélodico-harmonique (anacrouse-apex-désinence). La basse contrainte dans la chaconne instrumentale apparaît en Italie avec Frescobaldi, B. Pasquini, F. Mannelli et T. Merula. On peut en rapprocher le ground des Anglais. Elle est composée pour elle-même ou s’intègre dans une suite ou une partita. Elle figure dans les ballets de Louis XIII, les opéras de Lully. Vocale (chez Monteverdi, Purcell) ou instrumentale (Couperin, Pachelbel, Élisabeth Jacquet de La Guerre, Muffat, Corelli), elle connaît une grande vogue. Sa structure permit aux génies de la variation de s’épanouir : de Buxtehude (chaconnes majestueuses pour orgue) à Krenek et Busoni, en passant par Bach (chaconne pour violon), Rameau (Dardanus), Beethoven (Variations en ut mineur), Brahms (IVe Symphonie). On la rapproche de la passacaille avec laquelle elle se confond parfois. » (Encyclopedia Universalis)

En l’occurrence, il s’agissait d’une chaconne, en sol mineur, de Tommaso Vitalli.

Un morceau m’a particulièrement émue : un adagio d’Alessandro Marcello, annoncé comme extrait d’un concerto pour hautbois. J’aurais aimé vous le faire entendre, mais je ne sais comment le retrouver. Si vous avez des idées?

Quant au lieu, il est surprenant et émouvant, lui aussi. Imaginez une place quasi-déserte, ouverte sur la nouvelle façade nord de la gare de Lyon, toute en baie vitrée, et fermée au nord par des immeubles « bétonnés ».

Dans l’un de ceux-ci, une chapelle, invisible de l’extérieur : aucun signe autre qu’une croix et le nom sur les murs. A l’intérieur, beaucoup de sobriété aussi, mais une ambiance très sereine, propice à l’écoute de la musique proposée.

Bref, une belle alliance pour échapper au brouhaha du Monde Profane.

Une auberge accueillante

Cela faisait longtemps que je n’étais revenue dans ma région natale. Mais l’approche de la Toussaint m’a poussée à y retourner. Une fois le devoir accompli, c’est le moment de profiter de cette si jolie contrée qu’est le Nord, et notamment de la magnifique forêt de Mormal. Il y a au fin fond de celle-ci, dans le petit village de Locquignol, une petite auberge où j’aimais venir jadis. « Chez Mado ». Que de bons souvenirs de repas amicaux et familiaux! Existe-t-elle encore? Vite, un appel. Echec. Je m’apprête à me résigner mais, tenace, essaie à nouveau. Et cette fois, réponse. Oui, c’est ouvert. Oui, je peux venir y déjeuner. Quelle que soit l’heure? C’est encore un « oui » aimable. Me voici donc sur la route qui serpente parmi les prairies d’un vert printanier malgré la saison, puis entre les hautes futaies.

L’auberge est toujours là, au bord de la route, avec sa terrasse bien ensoleillée… Et il y reste une table, dans un coin tranquille.

Ici, pas de chichis ni de nappes damassées. De jolies toiles cirées vertes et des sets rappelant les beautés de l’Avesnois.

L’accueil est toujours aussi chaleureux, malgré le départ du « patron » qui était si souriant et gentil, et la flamiche toujours aussi bonne. Une excellente flamiche au Maroilles – normal, le village éponyme n’est pas loin! Une pâte très légère, tendre à souhait. Et autant de fromage que l’on espère y trouver… Car ici, point de carte aux plats tellement multiples qu’on se demande comment ils pourraient être frais. Non, on vient ici pour manger la flamiche. Agrémentée de salade, aux légumes de saison poussés dans le jardin ou dans une ferme voisine. En ce moment, des chicons. Vous ne connaissez pas? Mais si! Vous les nommez sans doute « endives ». Et puis, un délicieux dessert fait maison. Le tout accompagné de bière ou de cidre du coin, sauf si vous préférez d’autres boissons. Et, pour finir, un verre de Fleur de Bière.

Une véritable auberge, où l’on se sent bien. La nature est omniprésente, dans l’assiette comme autour de nous. Les lieux transmettent le lien avec les générations précédente. Car au siècle dernier, c’était un bar tenu par la grand-mère de notre hôtesse. Et il n’est pas rare d’y voir une ribambelle de gamins et gamines : elle m’a annoncée la naissance de son dixième petit-enfant! Et toute la famille vit dans les environs. Quant à la clientèle, elle est souvent très sympathique, parfois essentiellement composée de cyclistes et de randonneurs/euses. Ce midi, un couple racontait qu’il venait ici tous les six mois environ, depuis son lieu de résidence éloigné, pour se ressourcer. Un autre couple, avec une petite fille, profitait tranquillement du soleil. Une fois le repas terminé, la jeune femme a desservi sa table. Elle avait compris que l’aubergiste, seule en ce dimanche de vacances scolaires, était fatiguée. Un troisième couple engagea la conversation avec moi alors que je desservais aussi, pensant que j’étais employée. Tous deux médecins généralistes des environs de Lille, venu-e-s se mettre au vert et profiter de la forêt. Nous avons longuement échangé sur leurs conditions de travail et les difficultés qu’il et elle rencontraient. Bref, un lieu de convivialité, d’échanges et de partage. Simplicité, authenticité, générosité et douceur de vivre… Que demander de mieux ? Cela mérite bien un détour, n’est-ce pas?

Entre rêve et fantastique, la Femme

J’avais promis de vous parler des différentes expositions actuellement encore à l’affiche à Paris. Après Oskar Kokoschka, que je vous ai présentée il y a quelques temps, voici Johann Heinrich Füssli, au Musée Jacquemart-André.

L’exiguïté de l’espace « Exposition temporaire » contraint sans doute fortement les choix des responsables des expositions. Mais de là à faire ressortir ce qui m’a tant frappée… Je me suis demandé s’il s’agissait d’une orientation déterminée, ou si effectivement les oeuvres de ce pasteur devenu peintre étaient aussi impudiques, quant à l’expression de ses fantasmes (et démons?). Je vous emmène donc à travers ces/ses délires, à la rencontre de la Femme vue par l’artiste.

C’est un parti-pris délibéré de ma part que de « zoomer » et donc focaliser sur des détails des tableaux, qui ont pour la plupart de nobles objectifs… Pour les voir en entier, reportez-vous à Internet ou aux magazines consacrés aux Beaux-Arts, qui ont largement documenté l’exposition… Au fil de sa découverte, les visiteurs/euses reçoivent nombre d’informations sous forme d’affiches aisément lisibles (contrairement à celles de l’expo Kokoschka, si vous vous souvenez…).

L’ambiguïté de certaines compositions m’a frappée. Si l’on ne tient pas compte du titre ou des commentaires, on peut s’interroger sur leur sens. En voici deux exemples « No comment« .

La femme est « voilée / dévoilée » jusque dans certaines versions du célèbre « cauchemar ».

La poitrine féminine est magnifiée dans un grand nombre d’oeuvres, depuis la représentation de seins juvéniles jusqu’au détail de têtons déjà fort malmenés…

Il n’est pas rare qu’une main s’approche des seins, comme pour les souligner…

… voire les caresser…

Moins fréquents sont les tableaux qui montrent les corps vus de derrière. Mais il en est qui révèlent de jolies courbes.

C’est surtout dans le dessin que Füssli excelle à exprimer toute la sensualité troublante, voire perturbante de la Femme. Un cabinet est consacré à ce thème.

Soit dit entre parenthèses, en relisant ce texte, je me dis que c’est aussi moi que je dévoile au travers de cet article… car j’ai surtout vu l’aspect érotique. Ai-je occulté le reste? Ou ne l’ai-je point vu? Intriguant, n’est-ce pas? Va-t-il falloir que je retourne voir l’exposition, ou que je me procure le catalogue?

Je ne vous entraînerai pas sur les chemins vertigineux de la psychiatrie ni de la psychanalyse, mais avouez que l’on peut interpréter ce dessin de bien des manières…

Bref, vous l’aurez compris : alors que j’allais, un peu méfiante car ce n’est pas mon genre de peinture préféré, j’ai finalement pris beaucoup d’intérêt à cette visite. En me demandant en particulier qui était réellement ce peintre, ce qu’il avait vécu, et quelles étaient ses relations avec les femmes, sa relation à la Femme. Quand soudain une oeuvre a confirmé certaines de mes hypothèses (LOL)…

L’école devrait être à elles et eux…

En ce jeudi soir, veille d’un « pont » détesté de beaucoup, il y avait de quoi hésiter devant les affiches de cinéma pour celles et ceux qui aiment le 7ème art. Pas trop pour moi qui ne vais jamais voir de films violents… Je vous en ai déjà fait part, de cette stupide aversion qui me pousse à ne regarder que films drôles, poétiques ou romantiques… Hésitation cependant entre deux films. La Conspiration du Caire ou L’école est à nous. Vu la déclaration de la phrase précédente, vous savez déjà de quel côté penchait la balance! Même si l’intérêt du premier était visiblement supérieur… Mais on ne se refait pas. J’espérais rire, rire beaucoup. Erreur grave.

Certes, j’ai beaucoup ri par moments, surtout dans la première partie du film. Mais souvent un peu jaune. Les jeunes sont drôles, si bien esquissés, même s’ils sont chacun et chacune très « typé-e », limite stéréotype. Les profs et la CPE aussi. La frustrée, le représentant syndical, la prof de lettres romantique, le Maghrébin prof de techno… Mais on sent, on comprend, on sait très vite que c’est voulu, ce trait un peu forcé. Le milieu de l’Education Nationale est caricaturé. Cela sert-il le propos? Je me le suis demandé… Et pour moi la réponse est plutôt négative. Un peu plus de modération aurait permis, à mon sens, de mieux faire passer le message.

Quel message ? Je ne vous le révèlerai pas, car cela serait déflorer l’histoire que narre ce film. Mieux vaut le découvrir par vous-même, n’est-ce pas? Car oui, allez le voir, ne vous arrêtez pas à la légère critique que je viens d’émettre. Vous rirez, oui, un peu. Mais surtout vous prendrez une dose d’espoir. Ce dont, reconnaissez-le, nous avons bien besoin en ce moment. La lutte que je menais, voici de nombreuses années, en tant que jeune enseignante auprès d’adolescents considérés comme « perdus » par le Mamouth, cette lutte, disais-je, est encore d’actualité. Et d’autres la poursuivent. Comme celles et ceux qui ont écrit, réalisé, produit ce film. Comme ces jeunes qui jouent si « vrai ». Et cette actrice qui incarne avec tant de sensibilité l’héroïne. Sans compter, bien sûr, Jean-Pierre Darroussin qui réussit à incarner avec justesse le Principal coincé entre ses idées, proches de celles de la jeune révoltée, et sa mission, respecter et faire respecter la Loi. Une mention spéciale à Sofia Bendra, qui incarne une enfant placée dont le génie se révèle. La jeune femme est « bluffante »…

Dystopia

Un fond de scène vert. Trois téléviseurs : deux petits à droite et à gauche de la scène, un plus grand au-dessus.

Et la salle du Théâtre du Rond-Point en partie remplie de jeunes collégien-ne-s et lycéen-ne-s…

A quoi vais-je assister? Je ne le sais pas vraiment. J’avais « raté » le précédent spectacle « Un poyo rojo », dont l’annonce m’avait alléchée. Et lorsque j’ai découvert l’annonce de celui-ci, qui reprend le titre avec mot-dièse 2 (pour celles et ceux qui l’ignorent, on ne doit plus utiliser « haschtag » depuis 2013, année où le mot a été officiellement – car l’annonce est publiée dans le Journal Officiel – traduit par « mot-dièse »). D’où la décision un peu précipitée d’aller voir ce spectacle.

Il commence.

Deux silhouettes se découpent sur ce fond vert. Superbes corps noirs évoluant gracieusement, mis en valeur par ce fond.

Et peu à peu suscitent le rire. Puis le fou-rire. Ce qui n’empêche pas de continuer à admirer leur danse. Hommes? Femmes? L’ambiguïté subsiste, jusqu’à ce que l’on découvre deux barbes bien évidentes.

Ce jeu sur les codes de genre subsistera quasiment tout au long du spectacle. Car c’est l’un des thèmes abordés par les deux artistes très engagés.

Les écrans s’allument. Apparaissent deux speakerines. Tout aussi barbues. Elles commencent à dialoguer avec les artistes sur scène, en forçant le trait sur les stéréotypes de la féminité stupide. Puis leur demandent de danser. Ils s’exécutent. Une danse moins aboutie que précédemment. Ce que soulignent les deux autres. Jusqu’au moment où l’on comprend qu’il manque un fond d’images filmées. Oubli réparé. La danse prend alors un tout autre sens.

J’ai beaucoup aimé ces deux premières parties. Un vrai régal. Et j’ai vraiment beaucoup ri aussi.

La suite m’a moins plu. Trop de discours. Un comique de répétition, jouant sur les effets et les filtres – j’ai dû chercher sur le net pour écrire cette phrase, car je ne savais pas comment s’appelait le fait de jouer sur les selfies, en les « détachant » du contexte et en leur ajoutant des accessoires divers! Un comique de répétition, disais-je. Beaucoup trop long à mon goût. Et un discours militant intéressant, certes, mais convenu. Dommage…

A voir cependant, car cela « décoiffe » (pour en avoir une idée, regardez le « teaser »), et, je le redis, les deux premières parties sont hilarantes. Cela fait du bien, à 18h30, après une journée de travail, pluvieuse qui plus est…