Déjeuner non sur l’herbe, mais à la Mare aux canards

Une maison bien cachée dans le Bois de Meudon… Pour y parvenir, il faut délaisser l’Observatoire, et aller en quête de la Mare d’Adam… jouer à cache-cache avec la N 118, frôler l’antre du Standard, et on y parvient finalement, au coeur du Bois.

Une cour bien abritée, dominée par les marronniers, hêtres et chênes environnants, qui laissent cependant largement passer les rayons du soleil…

Un accueil charmant. Les tables sont assez éloignées les unes des autres pour garantir la tranquillité de chaque hôte.


Pour commencer, un Mojito très bien dosé, ou le cocktail maison, si toutefois on aime suffisamment les fraises pour leur permettre de prendre le pas sur le goût du Champagne.

Parmi les entrées, jouons le classique, populaire avec les os à moelle, merveilleusement fondants, ou le plus snob, avec un foie gras très correct.



Et, bien sûr, ensuite, du canard. Sous toutes ses formes. Depuis le quart ou demi grillé au feu de bois (qui crépite dans la cheminée à l’intérieur de l’auberge), jusqu’au magret au miel et aux épices.

La carte des desserts est très variée, mais j’ai opté pour une déclinaison de fruits rouges en ce beau jour de mai.

La carte des vins offre de bons crus à des prix accessibles, comme le Crozes Hermitage choisi pour accompagner le canard.

Bref, tout le bonheur des restaurants retrouvés, avec en prime un repas de qualité et un accueil sympathique.

Sans compter la possibilité de s’égailler ensuite dans la forêt qui abrite l’auberge…

Nuit des Rois

Enfin les salles réouvrent, et l’on peut retrouver le plaisir des concerts. C’est avec bonheur que j’ai retrouvé hier soir la nef enchanteresse qui vogue sur la Seine à l’ouest de Paris…

Une heure un peu étrange pour un concert, qui avait déjà été avancé à 19 heures, puis l’a encore été à 18h30, pour permettre au public de ne pas contrevenir à l’heure du « couvre-feu » stupide. Au programme : la Nuit des Rois de Schumann. Peut-être pas ce que j’aurais choisi en temps ordinaire, mais un des premiers grands concerts possibles, ça ne se rate pas!

Retrouver les lieux, l’ambiance un peu fébrile dans l’attente du moment où la musique va envahir les lieux et les corps, voir arriver et s’installer l’orchestre, puis le voir se lever pour accueillir la cheffe… autant de ressentis qui manquaient depuis si longtemps…

Parmi l’orchestre, quelques chanteurs/euses
Avec la cheffe d’orchestre, Laurence Equilbey

Les lumières s’éteignent, le silence se fait… Et l’écran s’illumine. C’est une des spécificités de ce spectacle : une projection d’images. Elles sont dues à Antonin Baudry – auteur de la bande dessinée Quai d’Orsay et scénariste du film Le Chant du loup. La vidéo accompagne toute l’oeuvre.

La récitante, Anna Lucia Richter

En transparence, on voit les minuscules silhouettes des membres du choeur et des chanteurs/euses lorsqu’ils passent derrière l’écran. Et, ce que j’ai beaucoup apprécié, les paroles sont traduites et reportées dans un espace réduit en haut à droite de ce même écran.

La Reine des Nymphes et Poséidon, et surtout la Harpe faite des os du Page…

Ce dispositif présente avantages et inconvénients. Du côté des premiers, outre la possibilité, non négligeable, de comprendre le texte, une dramaturgie omniprésente et le mélange des genres. Du côté des seconds, le fait, selon moi, de « distraire » de la musique, et cela me perturbe quelque peu.

Et puis, dois-je l’avouer, je n’ai pas apprécié le graphisme, ni les couleurs. Question de goût, peut-être…

Pour ce qui est de la musique, plutôt des oeuvres assez courtes qu’une oeuvre intégrale:

Schumann, Le Page et la fille du roi

Schumann, La Malédiction du chanteur

Trauermarsch (Marche funèbre) in Leonore Prohaska

Geistlicher Marsch (Marche spirituelle) in König Stephan

Schumann, Nachtlied

Bref, un ensemble de 5 « tableaux » illustrés, joués et chantés. L’interprétation de l’orchestre, sous la direction fine et forte de sa cheffe, m’a entraînée dans des univers tous plus sombres les uns que les autres, avec une mise en abîme de la cruauté, du déni de l’amour, et de la mort sous la vision la plus romantique qui soit.

Le choeur se déplace en une chorégraphie bien réglée et harmonieuse. D’abord, en chant « guerrier », sur chaque côté des balcons. Puis, sur la scène et derrière l’écran. Enfin, descendant les marches parmi le public assis en orchestre. Les costumes sont sobres, en nuances de bleu.

Lorsque le spectacle s’achève, les applaudissements pleuvent. Et successivement montent sur la scène le choeur (ci-dessus), les chanteurs/euses et la cheffe, puis le metteur en scène et tous les autres acteurs du spectacle.

Je ne suis pas parvenue à trouver d’enregistrement du spectacle, alors qu’il a été produit en partenariat avec France Musique, mais pour en savoir davantage sur Insula Orchestra, vous pouvez aller ici.

Et pour comprendre deux des oeuvres, une présentation drôle et bien faite ici. Une autre interprétation de Trauermarsch, un air que j’aime beaucoup (merci, Beethoven!).

Cohues en terrasse… mais où sont passés les plus de 30 ans ?

Il s’est produit hier un phénomène étrange… Alors que des « draches », comme on dit chez les Ch’tis (pour les êtres bizarres qui ne connaissent pas ce beau langage, il s’agit d’averses), tombaient, et que par moments des rafales de vent glacial soufflaient, les terrasses des bars et restaurants étaient pleines hier. Tandis que les intérieurs étaient vides.

Autre phénomène étrange, vers 20 heures : plus un seul « vieux » ni une seule « vieille » dehors. Entendez par « vieux » toute personne au-delà de 30 ans. Oui, vous avez bien lu, 30 ans.

Et des cohues de jeunes serrés les un-e-s contre les autres, d’abord près des bars et restaurants, puis, au-delà de 21 heures, sur le trottoir d’en face.

Bref, un univers de science-fiction où ne survivraient que des jeunes assoiffés et affamés, qui se tasseraient en extérieur malgré la bise et la pluie…

Et je ne parle pas de la manifestation qui a bloqué la circulation au centre de Paris. Qui manifestait ? Les policiers…

Décidément, ce 19 mai n’était pas un jour ordinaire…

Vittefleur

Quel joli nom, n’est-ce pas ? Et quel joli bourg, découvert au hasard d’une invitation d’un groupe d’ami-e-s qui y ont loué une belle longère normande.
Car oui, il se situe en Normandie, non loin de Saint Valéry en Caux et de Veules-les-Roses.

En ce mois de mai, il regorge de pommiers en fleurs, mais aussi d’iris, de glycine, de muguet…

Son charme vient en particulier de la présence de la rivière qui le traverse, la Durdent. L’image qui suit est sauvagement empruntée au site de la mairie de Grainville-la-Teinturière, qui présente une association en partie dédiée à ce fleuve : le Comité des Lettres de Grainville et d’Histoire de la Vallée de la Durdent.

Sur la carte de Cassini, vers 1750, vous remarquerez que son nom s’orthographiait différemment…

Erreur grossière de ma part, pardonnez-moi. Ce n’est pas une rivière, mais un fleuve. Même s’il ne fait qu’un peu plus de 20 km de long…

La vue du pont principal est superbe, avec la subdivision de celui-ci pour mieux faire courir l’eau…

A Vittefleur, la Durdent faisait tourner deux moulins. L’un d’entre eux est devenu une minoterie importante. Nous sommes parvenus à pénétrer dans sa vaste cour, en franchissant des passerelles improbables, et en piétinant des graines qui m’ont d’abord fait penser à de la sciure. A l’intérieur, une boulangerie, apparemment désaffectée, dont le nom m’a questionnée.

La « grigne »… Késako? Vite, le CNTRL ! La « grigne », c’est à la fois la fente sur le pain, pour qu’il cuise bien, la couleur dorée du pain bien cuit, et la croûte, morceau de l’entamure du pain. Evidemment, cela m’a immédiatement fait penser au joli verbe « grignoter »…

On peut toujours admirer les deux roues à aube qui résistent tant bien que mal au temps. Dommage que la minoterie ne finance pas leur entretien!

Sur toute la vallée du fleuve, les moulins abondaient autrefois. Pas uniquement pour le blé et la farine. Certains faisaient vibrer les filatures, tandis que d’autres permettaient de faire de l’huile… et je ne parle pas de ceux qui faisaient couler beaucoup d’encre…

L’architecture est extrêmement variée, traces de la vitalité de la vallée à diverses époques.

J’ai particulièrement apprécié, bien sûr, cette belle chaumière.

Ou encore cette maison sur la berge. Les biefs voisins font penser à un ancien moulin, mais rien ne me l’a confirmé, même pas le pannonceau placé juste en face. Il en est de nombreux qui expose au/à la touriste avide de connaissances l’histoire et la vie de Vittefleur.

Mais de plus modestes demeures ont aussi attiré mon regard.

En arrivant vers l’église, j’ai eu le regard attiré par une curieuse enseigne mêlant un coiffeur à la bibliothèque et à la Poste… Je me suis demandé ce qui permettait de placer un « Figaro » au même rang que des institutions aussi vénérables!

L’église veille les morts… et l’on ne sait qui, d’elle ou du manoir voisin, les protège le mieux.

Comme certaines ou certains d’entre vous, qui me connaissent ou qui suivent depuis longtemps mon blog, j’ai une attirance certaine pour le nombre 7… sauf pour ce qui concerne les plaies d’Egypte, bien sûr.

Alors j’ai compté les moutons sans m’endormir…

J’imagine que vous attendiez plutôt des vaches, non? Mais je n’en ai point rencontré à Vittefleur. Toutefois, pour ne pas vous décevoir au regard des superbes stéréotypes relatifs à la Normandie, je vous offre un point de vue sur les pommiers en fleurs…

Je ne veux pas clore ce modeste article, qui ne rend pas compte des moments intenses vécus dans ce bourg, moments de convivialité et d’amitié partagées, sans une dédicace à un groupe d’ami-e-s venu-e-s du Sud (Ardèche, environs de Valence, Vallée du Rhône…) qui a été à l’origine de cette découverte, en m’invitant dans une longère typique, très bien restaurée, où nous avons passé des moments inoubliables! Merci donc à Mylène (la seule que je connaissais, et qui était l’instigatrice de cette virée de copains/copines) et « la bande à Patrick », (dans l’ordre alphabétique pour ne pas faire de jaloux/ses), Francis, Huguette, « Isa », « Lili », Patrick 2… bref, le cercle de « Go to Normandy »… On se retrouve bientôt!

Interruption

Voilà bien longtemps que je n’ai écrit sur ce blog, et les remarques, voire inquiétudes, relatives à mon silence affluent.

Certes, il y a eu des périodes de travail intense, pour venir en aide aux personnes que j’accompagne et qui sont en difficulté dans leur vie professionnelle, voire personnelle.
Mais il y a aussi et surtout la lassitude, partagée par beaucoup, de cette situation si éprouvante moralement, qui fait perdre goût à tout, ou presque…

Ce week-end je retrouve un peu de temps et, promis, je vais reprendre le fil…

D’abord parce que la culture refait surface… dans certaines limites.
Et puis parce que les messages reçus me sont allées droit au coeur, et m’encouragent à continuer…

Alors rendez-vous dans très peu, pour un nouvel article…

Les Rameaux sur l’Ile Saint Louis

En ce dernier dimanche de mars, le soleil brille sur les quais de Seine. Sainte Geneviève continue à veiller sur sa ville, de toute sa superbe.

Les pompiers s’entraînent, les uns le long de la berge, les autres sous un pont.

Il est 10 heures, les bouquinistes commencent à déployer leurs échoppes et à livrer leurs trésors ou bric-à-brac au regard des chalands encore peu nombreux à cette heure d’autant plus matinale que le changement d’heures a eu lieu cette nuit.

Le printemps est bien là, il se répand partout, faisant vibrer nos sens, nous en mettant plein la vue et plein les narines. Mais des péniches préfèrent se parer de fausses plantes!

Les alentours de Notre Dame font pitié… Un Algeco a été installé, qui la cache en partie…

Les grues perturbent toutes les images que l’on souhaite faire, et parfois entraînent un résultat cocasse…

Comme une épée de Damoclès sur la tête des innocents pigeons
Réajustement

On court, on marche, on pédale, on « trottine » (je ne sais pas quel verbe utiliser pour désigner l’action sur les trotinettes), on roule, et certains se contentent de rester tranquillement assis au bord de l’eau, malgré la fraîcheur matinale. Au loin, sur le Pont Saint Louis, un rassemblement étrange…

Eh oui, c’est le dimanche des Rameaux ! A ce propos, un très mauvais jeu de mots relevé sur le site de France Bleu, qui nous vient de Pierre Nuss, chroniqueur alsacien. Je vous le livre tel quel.

« C’est bientôt Pâques, et pour démarrer ce marathon de traditions, il vaut mieux commencer par le commencement. Ce dimanche, c’est… STOP ! Ce n’est pas le dimanche des Rambo, ce sera bien sûr le dimanche des rameaux. »

D’autres précisions, dont une aussi très drôle, sont apportées dans la suite de l’article :

« À propos de bêtes, nous n’avons pas encore parlé de l’âne, le Pàlmaesel, l’âne des rameaux, est une vieille tradition où l’on sortait une grande statue en bois de l’animal, parfois avec le Christ dessus, mais c’était plus rare. Les dignitaires du village organisaient une procession le matin, très digne, et l’après-midi, c’était la jeunesse qui s’en emparait pour faire parader l’âne à fond de train à travers les rues. Ils recevaient en échange du spectacle, des œufs, du pain, des saucisses, ou du lard. Et a priori, le dernier village d’Alsace qui pratique cette coutume est Ammerschwihr, à côté de Kaysersberg, où l’âne a été restauré après la Seconde Guerre Mondiale, et maintenant, il a même des roulettes !… »

Le plus drôle n’est pas que l’âne ait des roulettes, mais que le journaliste semble ignorer totalement qu’il s’agit d’une tradition très ancienne dans l’est, comme l’atteste cette statue en bois du XVème siècle – mais on en a des traces déjà six siècles plus tôt.

Christ des Rameaux, aussi dénommé Palmesel, Allemagne du Sud, XV7me siècle (Musée du Moyen-Age)

La Paroisse Saint Louis en l’Ile a organisé une procession depuis le pont jusqu’à l’église, dont elle a précisé en ligne qu’elle avait été autorisée. Un enfant chevauche l’âne, symbole d’humilité et de paix (par opposition aux chevaux des dignitaires et militaires).

Je suis étonnée par le nombre d’enfants et de jeunes gens dans la procession qui défile en chantant, palmes ou branches de buis à la main, après la bénédiction de ceux-ci par le prêtre, sur le pont.

Beaucoup de ce qui ressemble à des « enfants de choeur », d’un âge plus avancé. J’apprendrai par la suite qu’une maison adossée à l’église Saint Louis en l’Ile n’est autre qu’un séminaire, qui accueille une dizaine de jeunes se préparant à la prêtrise.

Au passage, j’admire les magnifiques broderies de la chasuble du prêtre qui va officier. Je ne suis hélas pas parvenue à les photographier de près, mais vous pouvez vous en faire une idée sur la photographie ci-dessus.

Il est 11 heures, les cloches sonnent, et la procession pénètre dans l’église pour la cérémonie religieuse qui inaugure la semaine sainte.

Générations

Ma fille a déjà vécu un demi-siècle… Autant je ne m’étais pas interrogée lorsque cela m’est arrivé, autant je me questionne en ce mois où elle va fêter son anniversaire. D’autant que je suis en parallèle plongée dans le jeu de la généalogie, pour aider un de mes amis à créer « son arbre ». Or j’ai de mon côté trois générations après moi, alors que lui, de 5 ans mon aîné, n’en a qu’une… Mais si je remontre dans mon arbre, chaque couple a eu relativement peu d’enfants, alors que, dans le sien, on trouve jusqu’à 16 enfants d’un même père. La « forme » des arbres, et la longueur des branches, si elle était fonction du temps, peuvent donc considérablement varier d’une famille à l’autre. Vous allez me dire que j’enfonce des portes ouvertes (non, je ne ferai pas comme Yann Barthès dans une de ses émissions récentes à propos de Riquet à la Houppe)… mais il est vrai que revisiter le passé, rechercher des aïeules et aïeux, essayer de comprendre les inter-générations, ce qu’il reste et ce qui disparaît, si cela influe ou non sur notre « être », et ce qui se « génère » occupe le temps laissé par les confinements, manques de contrats, et autres privations de liberté…

J’ai donc hier exhumé les photos de famille, depuis le mariage de mes grands-parents voici un siècle et un an… et regardé les films mettant en scène l’aînée de mes petites-filles, pour constater qu’on pourrait confondre avec son fils qui vient de fêter ses deux ans… Passant ainsi d’un siècle à l’autre, essayant de deviner ce qu’ont vécu mes ancêtres et ce que vivront mes descendant-e-s… tandis qu’en même temps j’essayais de comprendre comment et pourquoi une branche avait changé de nom, comment cohabitaient des défunt-e-s dans un même caveau, et ce qui amenait à la fin du 19ème siècle à confier la garde d’enfants, dont un nourrisson, au père lors d’un divorce…

Et lorsque, le soir, ma petite voisine de 8 ans a dessiné des étoiles et écrit sur les « poussières d’étoiles », ce n’est pas à Hubert Reeves que j’ai pensé, mais à la « poussière » des écritures « saintes », qui désormais se traduit plutôt en cendres…

Alors, me direz-vous, c’est bien triste, tout cela… Eh bien non, figurez-vous que cela m’a donné encore plus envie de déguster, jouir de la vie et échanger… comme avec vous, sur ce blog, même si certain-e-s, je le sais, considèrent que tout cela est bien vain. Et c’est cela que j’ai écrit à la suite du texte de la jeune Jeanne… comme un hymne à la Vie.

En passant par la Picardie…

Voilà longtemps que je me promettais de m’arrêter à Corbie. Mais comme souvent, lorsqu’un lieu est situé sur un itinéraire que l’on emprunte régulièrement, on se fait ce genre de promesse et on ne la tient pas. En ce vendredi que les météorologues avaient annoncé pluvieux et venteux, je roulais vers le nord de la région en admirant les collines boisées et les vallées verdoyantes (joli cliché, non?) sous un soleil radieux, ravie de leur erreur. Il me fallait un arrêt – boulangerie, je n’avais pas décidé où.
Corbie, une boulangerie, des places de parking libres juste devant. L’occasion rêvée; j’achetai le pain au levain dont la seule vue était prometteuse… sans compter l’odeur dans la boutique!

De l’animation sur la place voisine… c’était jour de marché. Tentant d’aller y faire un tour, non?

Me voici donc achetant des légumes à un couple d’exploitants agricoles, de la viande au camion boucherie, du cresson au producteur. La patience et l’amabilité des commerçant-e-s m’ont agréablement surprises. La bouchère m’a offert un saucisson. Le cressonnier m’a expliqué qu’il produisait dans un village voisin, Hailly, et m’a précisé qu’il ne fallait pas se contenter des feuilles, mais faire une bonne soupe avec le reste. Voici sa recette : mettre les tiges dans de l’eau avec trois pommes de terre, un oignon, du sel et du poivre; laisser cuire (j’ai oublié combien de temps) et presser. « Vous aurez un délicieux potage », ajouta-t-il. Je n’ai pas osé lui dire que ma grand-mère, durant mon enfance, a essayé en vain de me faire manger de la soupe « aux herbes », comme je le disais. Qu’il s’agît alors de poireaux, de cresson ou de cerfeuil, je détestais cela…

Une fois le marché achevé, il faisait toujours aussi beau et doux. Bien sûr, je ne résistai pas à l’envie d’aller faire un tour. Après tout, rien d’urgent à faire à mon arrivée. Et cela laisserait le temps à la maison de se réchauffer.

Première direction : l’Hôtel de Ville, que je remarque à chaque passage car il est toujours aussi pimpant malgré une histoire visiblement chargée.

Comme vous l’avez imaginé, il s’agit d’un ancien château. Plus précisément, celui de Monsieur De Caix de Saint Aymour,
ancien maire, dont la fille épousa le Comte espagnol Albalaty Navajas.

Il fut racheté par la ville en 1923 grâce à une contribution de la ville de Chartres, marraine de guerre de Corbie.

Sur le fronton furent ajoutés trois blasons représentant les armes de
la ville de Corbie, ainsi que le Lion de Venise et trois corbeaux. On peut y lire l’inscription suivante : « Urbs Aurea Altera Roma » qui signifie « Ville d’Or Autre Rome ».

C’est ça, la modestie!

Ne cherchez pas la salle des mariages dans l’hôtel de ville, elle n’y est pas. On la trouve, avec la police municipale et le CCAS, dans un bâtiment étonnant situé derrière celui-ci.

Deux aigles, des têtes de chevaux, un chien… S’agissait-il des écuries? Je n’ai pas trouvé la réponse…

Direction maintenant, l’église que je vois au loin. En réalité, il s’agit d’une abbatiale; j’apprendrai par la suite qu’il y avait une grande abbaye à Corbie, qui dominait les alentours, avec ses 300 moines.

Abbatiale Saint Pierre

Elle est malheureusement fermée, et je ne pourrai en voir que l’extérieur, dont la couleur des portes interroge. Presque un bleu Klein! Pourtant, il n’a pas sévi ici, à ce que je sache…

Sur la place qu’elle borde, un autre édifice religieux. l’église Saint Etienne, aussi allongée et basse que l’abbatiale est « ramassée » et élevée.

Eglise Saint Etienne

Aux alentours, quelques détails architecturaux attirent mon regard. Depuis les porches carrés, que l’on trouve souvent dans ce coin, jusqu’à une école possédant encore un vaste préau, en passant par une maison arborant fièrement ce que l’on dénomme un mur en « rouges barres » (appareillage de pierres blanches et de briques liées à la chaux) – le pluriel est normal, ce n’est pas une erreur d’orthographe, mais la coutume.

Porche carré dans une maison jouxtant l’abbatiale
Un vrai préau (photo mal cadrée, pour éviter de prendre les enfants qui étaient alors en récréation)
Rouges barres

Un havre de paix entre périph et stade…

Enigme

Qui eût cru pouvoir trouver un endroit calme, serein, et qui serait extrêmement silencieux si l’on n’entendait aussi fort les moteurs de l’incessant ballet automobile sur le périphérique et, en temps « normal », les clameurs des spectateurs du Stade Charlety?

Avez-vous deviné de quoi il s’agit?

Ce pourrait être le Parc Kellerman, s’il n’était pas fréquenté par enfants ou ados… Mais ce n’est pas de lui dont je vais vous parler aujourd’hui.

Les habitant-e-s de ce coin de Paris sont au nombre de 18600. Oui, vous avez bien lu. Dix huit mille six cents. Enfin, aujourd’hui. Car ce nombre peut encore croître. Et pourtant, jamais vous ne les entendrez… Vous y êtes?

Autre particularité : ils et elles restent à Paris, dans le 13ème arrondissement, et pourtant leur ville est Gentilly. Avez-vous trouvé?

Eh oui, il s’agit d’un cimetière, et plus précisément du cimetière de Gentilly, qui, comme je viens de le préciser, ne se situe pas sur le territoire de cette commune, mais bien dans l’enceinte de Paris.

Encerclées par le monde d’aujourd’hui

Actuellement, on y entre par la rue Sainte Hélène. Or, sa particularité est d’être bien en pente… et le bas de la pente est situé de ce côté. Donc un excellent endroit pour se muscler les mollets, si vous voulez faire du sport.

L’Allée Principale

Sa situation si particulière provoque des vues étonnantes…

Parfois, les immeubles environnants apparaissent comme de gigantesques monuments funéraires.

A l’est, ce sont les immeubles HLM tout proches, ou les tours situées entre Place et Porte d’Italie.

A l’ouest, un immeuble brille de tous ses feux… je ne sais ce dont il s’agit, mais c’est étonnant, vu de l’endroit où je me trouve…

Au Nord, on a l’impression que les éclairages du stade lui sont destinés.

Tombes dominées par le stade

Au Sud, vue imprenable sur l’Hôtel Ibis… dont les chambres, en retour, ont vue imprenable sur le cimetière.

Le carré militaire

Spécimens

J’ai toujours aimé visiter les cimetières, qui nous apprennent tant sur la vie de jadis, voire de naguère… L’inventivité en matière de tombes n’a pas de limites, et j’aime à recueillir quelques images lors de mon passage en ces lieux. Voici donc un petit florilège de ce qui m’a émue, intéressée ou amusée… je vous laisse deviner.

Omphalos
Gémélléité
Vitraux de plein air
Déchaînée
Sous la main
Matriarcat?
Acte de résistance pacifique

Tombes de célébrité

Ce n’était pas l’objet de ma visite, et je n’avais pas de plan. J’en ai un maintenant, et je vais pouvoir retourner sur place si je veux saluer quelques célébrités dont j’ai beaucoup entendu parler pendant mon enfance. J’en retiendrai deux.

Mony Dalmès ・ Comédie-Française
Mony Dalmès

« L’actrice française, Mony DALMÈS meurt le 11 mai 2006 à Paris. De son vrai nom Simone Marie Georgette ETENNEMARE, elle voit le jour le 24 juillet 1914 au Kremlin-Bicêtre. Attirée très jeune par l’art dramatique, elle trouve des premiers engagements dans les théâtres parisiens avant de devenir pensionnaire de la Comédie Française, en 1937. Entre temps, elle a déjà eu un petit rôle dans un film de Pierre CARON « Les demi-vierges » adapté de la fameuse pièce homonyme de Marcel PRÉVOST, écrite trente ans plus tôt, et qui décrit les comportements de jeunes filles affranchies. Notons qu’elle elle devient sociétaire de la Comédie Française en 1942, à l’âge de 28 ans. Elle la quittera en 1957, sans pour autant cesser de monter sur les planches et d’obtenir des rôles au cinéma. Elle a doublé Marilyn MONROE dans quelques films. »

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Raymond Souplex

Eh oui, le fameux Bourrel qui a passionné certain-e-s d’entre nous durant leur jeunesse est enterré ici depuis 1972. Né en 1901, il s’appelait en réalité Raymond Guillermain. On le connaît surtout comme acteur, mais il fut aussi dialoguiste, scénariste et chansonnier.

Si vous voulez en savoir davantage sur d’autres tombes de « personnalités », vous pouvez vous reporter à ce site.

Une petite auberge abandonnée

Ce sera le dernier article consacré à la forêt de Meudon… tout au moins pour l’instant, car vous avez bien compris, si vous commencez à me connaître, que je reviendrai vous parler des autres étangs et sources… Il est aussi un autre lieu que je me suis promis de venir revoir : le hangar Y.

Pour l’instant, on ne peut pas le visiter, sauf parfois lors des journées du Patrimoine. 70 mètres de long, 24 de large et 26 de hauteur, on ne peut pas ne pas le voir lorsque l’on arrive du côté des étangs de Chalais et Trivaux! Voici ce qu’en dit le site « Culture et Patrimoine » : « Cette œuvre unique et intemporelle construite à partir des portiques métalliques provenant de la “galerie des machines” de l’Exposition Universelle de 1878 conçus par Henri de Dion, fut le hangar à dirigeables depuis lequel le ballon La France effectua le premier vol en circuit fermé au monde. » La ville de Meudon en a fait un projet phare, qu’elle présente sur son site avec une vidéo sans texte, qui le décrit longuement (4’43!). Il devait, en 2020, devenir « un futur lieu événementiel dédié à la science ». Mais je n’en dis pas plus ce jour, ce sera l’objet d’une autre visite, et d’un autre article.

Car mon objet, ce jour, est une petite auberge abandonnée, comme vous avez pu le voir en titre… A la croisée des chemins et entre les deux étangs dont je traitais récemment, elle a un air de chien abandonné, et une allure de chaumière désertée.

Pourtant, elle est la trace d’une vie conviviale, avec des pêcheurs, des couples bourgeois ou bobos venus s’encanailler ou des familles profitant de l’atmosphère sylvestre aux beaux jours.

Comme vous pouvez le voir, la vitrine est couverte de documents, dont quelques photos d’autrefois.

Il n’y a pas si longtemps qu’elle est fermée, cette auberge. J’ai trouvé un article en ligne qui en parle de manière dithyrambique.

« Entre le lac et la forêt de Meudon, se cache un petit cabanon vert… Les fenêtres sont embuées par le poêle allumé et la cuisson du poulet rôti, entrez… Vous êtes Au Rendez-vous des Pêcheurs, un restaurant familial, tenue depuis 20 ans par une adorable mère et sa fille.

La cuisine est généreuse, les prix doux, et l’accueil kids friendly. La charmante gérante, elle-même grand mère, est tout simplement adorable et amicale avec les enfants. Envie d’un déjeuner au vert en famille ? N’hésitez plus….« 

Libération avait publié un article sur ce restaurant en 2015, reprenant le titre du texte ci-dessus, dont voici le début :

« Si vous n’avez pas peur du loup, enfoncez-vous dans le bois de Meudon un samedi soir pour savourer un dîner aux chandelles dans une cabane de pêcheurs. »

Voilà qui donne envie, n’est-ce pas, d’un vrai dépaysement à 15 minutes du « périph »!

Le dernier des avis pour la plupart très positifs sur TripAdvisor date de mars 2020. Un an seulement, donc. Est-ce la crise qui en a eu raison, comme de beaucoup d’établissements de petite taille?

Vue de derrière, sur le chemin menant au Tapis Vert et à l’étang de La Garenne

Toujours est-il qu’on n’a qu’une envie : de la voir revivre… et surtout, « dans son jus »…