Une auberge solognote

Le nom de l’auberge ne m’inspirait que de la crainte… « Fusil » n’est déjà pas très gai… « Vieux Fusil » évoquait pour moi un film horriblement triste, bien que j’aime beaucoup son acteur principal, Philippe Noiret. Et « coup de fusil » fait penser à des additions très salées… Bref, tout cela n’est pas très engageant. Je regrette d’avoir oublié de demander aux propriétaires pourquoi ils ont choisi cette enseigne plutôt repoussante qu’attirante.

Déception : le groupe n’est pas reçu sur la terrasse au milieu des vignes, comme je l’espérais. Nous devrons nous contenter d’un intérieur un peu terne (genre « Homestaging »), rehaussé seulement par une décoration inattendue : de vieilles culottes pendues sur une corde à linge.

La terrasse convoitée mais inaccessible pour le groupe

Le repas est fin, et j’apprécie particulièrement l’entrée et le dessert. Les asperges sont délicieuses, et la sauce, originale et légère.

Pas de choix de menu, nous devons nous contenter de ce que l’on nous sert au pas de course, car nous sommes arrivés trop tard à leur goût, visiblement. J’apprécie cependant le dessert aux fraises…

Pour accompagner ce repas, un vin de Touraine, bien sûr. Qui m’apprend qu’il y a d’autres vignerons à Soings.

Bien sûr, j’ai cherché à savoir ce qu’était le « rin du bois ». Voici l’explication apportée sur le site du domaine :

« Le nom « Rin du Bois » vient d’une déformation de prononciation, en patois Solognot, de « l’orée du bois. »

Une image empruntée à la page Facebook de Pascal Jousselin explicite le nom…

Le vin proposé est présenté en ces termes sur la « boutique » du domaine.

« Cuvée à l’Ancienne (2012)

Vin rouge de cépage Cabernet franc. Sa robe violacée, presque noire, richement fruitée, offre un vin puissant, riche et concentré.

A déguster dans les 10 ans et plus. »

Inutile de vous dire que cela ne fait pas partie de mes vins préférés…

Bref, vous l’aurez compris, une belle petite adresse, avec une cuisine de qualité certaine, mais ce n’est pas le summum pour le rapport qualité / prix (beaucoup ont été déçus par la cuisson de la viande), et l’accueil n’y a pas été fantastique. Peut-être à essayer « hors groupe »? En tout cas, la terrasse est tentante, la carte également… Vous la trouverez ici

Des chambres et roulottes sont également disponibles à cette adresse, visiblement moins onéreuses qu’on ne pourrait s’y attendre. A tenter?

Dives Bouteilles

Voilà qui est bien prétentieux pour la Béotienne que je suis… prétendre parler d’oenologie ! Mais je vous l’avais promis : après vous avoir parlé de la famille de viticulteurs, avoir essayé de comprendre qu’une perruche pouvait ne pas être un oiseau et que la musique pouvait peut-être tuer des champignons et bactéries, il est temps de passer aux choses sérieuses, issues de ces plants qu’on cultive avec soin et protège des nuisibles : le vin. Vous vous souvenez des mots de la prêtresse Bacbuc, gardienne de la Dive Bouteille, dans le Cinquième Livre de Gargantua ?

«Sachez, mes amis, que par le vin divin on devient, et qu’il n’y a pas d’argument aussi sûr, ni d’art de divination moins fallacieux. Vos Académiciens l’affirment, en expliquant l’étymologie du mot vin, dont ils disent que le grec oinos équivaut à vis, la force, la puissance, en latin. Car le vin a le pouvoir de remplir l’âme de toute vérité, de tout savoir et de toute philosophie.»

J’avais repéré dans l’entrée une bouteille dont le nom m’intriguait : je connaissais celle d’Orléans, mais pas celle de Romorantin, et j’avais hâte de goûter ce breuvage.

Les verres sont prêts, le « crachoir » aussi…

On nous distribue la carte, avec le prix des vins. Je repère tout de suite que la ligne « Pucelle » reste bien vierge…

Le Maître de céans explique qu’il va nous présenter les blancs en premier, avant d’en arriver aux rouges. Et la dégustation commence.

Vous observerez que les photos ont des formes bizarres… J’ai dû « jongler » pour retirer toute figure humaine, pour cause de droit à l’image, comme vous le savez. Ce qui donne des formats étranges comme celui-ci, où l’on devine quand même le geste de Ganymède.

Notre échanson nous a fait goûter successivement 7 vins. 7, « mon » chiffre… Voici un échantillon des bouteilles après dégustation, soigneusement classées par ordre.

Les vins présentés dans l’ordre de leur dégustation

Alors que je veux saisir le carnet sur lequel j’ai pris des notes, je m’aperçois que je l’ai oublié dans la maison où je me trouvais ce week-end… Je vais donc « sauter » le passage qui devait être basée sur la prise de notes de l’apprentie consciencieuse que je suis, pour aller directement à la fin de cet article, et vous devrez vous contenter des commentaires sur le dos des bouteilles, le site du Domaine ou les sites spécialisés.

Je ne suis pas spécialiste, mais je sais que je n’apprécie guère les vins du Val de Loire. Seuls de bons Sancerre blancs et quelques rares Chinon rouges ont jusqu’à présent trouvé grâce à mes yeux. La dégustation a confirmé ces choix. Alors que tout le monde s’extasiait sur certains crus, et notamment le Chenin, je restais de marbre. Un petit jeu de notation comparative a démontré que j’étais totalement nulle, voire en opposition absolue avec les connaisseurs/euses qui m’entouraient, et les expert-e-s du Club Vanvino qui nous avaient convié-e-s en ces lieux.

Le trio de choc des organisateur/trices. Photo copiée sur le site officiel de l’association

J’aurais dû assister à leurs séances d’oenologie avant! Mais il n’y avait plus de place lorsque j’ai voulu m’inscrire en septembre dernier. C’est dire si elles et il ont du succès!

Par contre, vous l’avez sans doute déjà deviné, on ne nous a pas fait goûter LE vin que j’espérais. Alors… j’en ai acheté, pour pouvoir le taster en toute tranquillité. Comme ce n’est point encore fait, je ne puis vous dire ce qu’il en est. Mais, promis, je le ferai !

Poulpitude zénitude à La Défense

Jamais je ne pensai pouvoir apprécier La Défense… et pourtant… Pourtant, en ce midi ensoleillé, je dois bien avouer que j’ai trouvé fort agréables ces moments passés au soleil, devant un bassin orné d’étranges extraterrestres colorés, à déguster des mets délicats.

Oui, il existe un endroit agréable dans cette forêt de béton et autres matériaux de construction. En bois, qui plus est !

Photo copiée sur le site « Restos sur le grill« … qui n’en dit pas grand bien, soit dit en passant…

Et même le verre environnant prend des allures d’oeuvre d’art…

La terrasse donne sur le bassin des « Signaux » de Takis.

« Takis a imaginé une surface aquatique, d’une cinquantaine de mètres de côté, sur laquelle sont posés 49 feux lumineux multicolores de hauteurs différentes (entre 3,50 et 9 mètres) semblant être montés sur ressort. Parfaitement intégrés à la perspective de l’axe historique, visibles depuis l’Esplanade et depuis Neuilly, ces feux, de formes géométriques colorées, clignotent et se balancent dans un ballet ludique et enchanteur.

En 1991, l’artiste, installe ses Signaux, et reproduit ainsi son œuvre à l’arrière de la Grande Arche, cette fois-ci directement sur la dalle. Takis marque ainsi de mâts lumineux les deux entrées de La Défense, ses œuvres semblant servir de points de repères pour marquer les entrées et sorties de ce territoire. » (source)

Je me suis promis de revenir voir le spectacle de nuit, car le bassin est illuminé de toutes les couleurs, qui doivent se refléter dans les immeubles environnants.

Détail amusant, le restaurant a presque le même nom que ma « cantine » à Mers-les-Bains… Vous savez, ce nom qui évoque le poulpe ? Octopus, oui, c’est cela. Car ils servent bien du poulpe, sous différentes formes.

« Doté d’une double terrasse de 150 m2 sur l’Esplanade de La Défense, le restaurant des Rostang et de Liquid Corp se dévoile face au bassin Takis, avec une vue imprenable sur l’axe historique parisien.

Pour le déjeuner, les Rostang ont concocté avec la Cheffe Bénédicte Van der Motte une carte épicurienne proposant des viandes grillées au four à bois, des plats de chef et des assiettes légères, végétales ou iodées venues du Raw Bar. »

Epicurienne, non, pas d’accord. Mais hédoniste, oui. Et il est vrai que tout était léger. Je me suis contentée d’un saumon Gravlax, qui était délicieusement aromatisé de diverses épices et herbes.

RAW BAR ………………………………………………………………

​SAUMON GRAVLAX                                 13 

Raïta aux fines herbes et concombre

Salade de fenouil cru

Deux verres de blanc suffisaient. Etude comparative de deux crus très différents… Une valeur sûre, le Chablis, et une découverte, choisie pour son nom plutôt drôle…

80% Muscat, 10% Chardonnay, 10% Viognier… un vin du Languedoc-Roussillon (Saint Guilhem le Désert). A partir de ces informations, saurez-vous identifier le verre qui le contient? Droite ou gauche?

Bien sûr, je n’ai pas pu m’empêcher de composer un tableau avec l’eau pétillante, surtout pour son slogan !

Attention, si vous souhaitez profiter de cet endroit, mieux vaut réserver ! C’est possible en ligne ou par téléphone sur le site : https://oxygen-ladefense.fr/octopus/

Vous ne le regretterez pas, je pense. Et, si vous préférez l’Arc (de Triomphe) à l’Arche (Grande), une autre terrasse tourne le dos à cette dernière…

Photographie copiée sur le site officiel de Octopus-Oxygène La Défense

De l’hybride au franc de pied

A la fin de l’épisode précédent, nous étions prêt-e-s à déguster. Mais, avant que le vin n’arrive dans nos verres, il a fallu bien du travail ! Si vous vous souvenez, je vous ai parlé de la famille qui tient ce domaine depuis trois (et bientôt 4) générations. Nous allons donc remonter dans le temps pour comprendre comment le vignoble s’est constitué. Plus exactement, dans les années 20. La demeure que vous avez vue date de 1920. Les premières plantations, de 1921.

La vigne rouge, Van Gogh (1888)

1888. Le peintre a saisi les nuances de rouge des vignes pour les magnifier. Mais c’est un drame qui se joue. Si les feuillages ont cette couleur, c’est que les plants sont malades. Un ver venu des Etats-Unis les détruit à une vitesse incroyable. Un an après qu’il a peint ce tableau, la production de vin en France n’est plus que de 23,4 millions d’hectolitres, alors qu’elle atteignait, 13 ans avant, en 1875, 84,5 millions d’hectolitres. Pour comparaison…

La deuxième production mondiale après l’Italie (55% de rouge, 26 de blanc et 19 de rosé) Source CNIV

Pourquoi évoquer le phylloxéra? Pour comprendre le choix fait par l’aïeul de notre hôte de ne planter que des hybrides.

« L’histoire de l’Agriculture ne nous a conservé, à aucun moment et pour aucune autre plante cultivée, le souvenir d’une crise aussi grave que celle traversée par les vignes de l’ancien continent lorsqu’elles furent envahies par le Phylloxéra » Gustave Foex, 1900. (source)

Dans les années 20, on sort à la fois de la Grande Guerre et de la crise viticole. La plantation d’hybrides ou de porte-greffes est l’une des trois options pour lutter contre le phylloxéra, les deux autres étant la lutte chimique et la modification des méthodes culturales, comme l’immersion des terres évoquées par le conférencier. Ce sont donc des plants venus des Etats-Unis qui ont pris racine sur cette terre solognote, constituée pour les 2/3 d’argile à silex et le reste d’argile avec sable.

Argile à silex en Vendômois (source)

On comprend la relation entre terrain et culture.

« Ces argiles ont également l’avantage de retenir l’eau et d’éviter aux vignes de souffrir de stress hydrique les années sèches. En outre, il ont un effet tampon très utile à l’automne, quand le temps est pluvieux. En effet, l’eau descend très doucement dans les argiles avant d’être absorbée par les racines huit à dix jours plus tard. Cela permet aux vignerons de ramasser les raisins avant qu’ils ne pâtissent de ces pluies trop tardives. Des sables ou mêmes des argiles légères laisseraient descendre l’eau beaucoup plus vite jusqu’aux racines des vignes. Une pluie d’automne peut alors mettre en péril une récolte en moins de deux jours. » (source : La Revue du Vin de France)

Pour ma part, j’ignorais le lien entre les sols et l’aspect gustatif… Eh bien, il semble qu’il soit fort, comme l’explique ce vigneron de Vouvray :

« Si le silex est trop présent, il induit un déséquilibre gustatif avec des notes de céleri, estime-t-il. L’argile lisse les textures, mais n’apporte pas de minéralité. Le silex apporte minéralité et rectitude au vin et, avec l’âge, des épices et des notes fumées. »

« La texture d’un vin est d’autant plus serrée que les argiles d’origine sont lourdes. Les vins d’argiles lourdes sont droits, complexes, caractérisés par des notes de pierre à feu. » (ibidem)

Le type spécifique du sol a un nom d’oiseau : « perruche ».

« Perruche (sol) vigne (perruches ou les perruches) : ce type de sol (argile à silex) se rencontre surtout dans la vallée de la Loire. Il est constitué de terres argilo-siliceuses, avec une abondance de silex en surface qui permettent un bon assainissement du sol. C’est un terroir idéal pour une production de vin rouge. En très bonne exposition et sur sous sol calcaire, les blancs y sont excellents.

Les aubuis

Les perruches ont pour pendant les aubuis. Ils sont situés dans la partie basse du coteau, ce sont des sols argilo-calcaires pierreux, terres chaudes, fertiles et perméables sur lesquelles le chenin se plaît particulièrement bien. » (Source)

On comprend donc la richesse du terroir choisi par Kléber Marionnet en ce début du XXème siècle… Joseph Kléber est né en 1897 à Soings où son père, Clotaire, s’était marié en 1889. D’une longévité exceptionnelle, puisque décédé en 1992… 95 ans! Les vignes ont été plantées l’année de son mariage avec Renée Juliette Peltier, née en 1902. Celle-ci venait de perdre son père l’année précédente. Dans la liste des maires de Soings, on retrouve trois fois le nom de Peltier (à la Révolution, de 1819 à 1842 et de 1944 à 1971). Un hasard? Mais je m’égare… revenons à l’histoire du domaine. Peut-être un lien entre sa constitution, le décès du beau-père et le mariage ?

Ce sont donc des hybrides qui ont été plantés sur ces « perruches » et « aubuis ». Un « cépage américain », nous a-t-on dit. Le domaine, à cette époque, fera jusqu’à 57 hectares (il en fait 10 de plus aujourd’hui).

Le site officiel en montre une partie, située autour des maisons et bâtiments administratifs, commerciaux et techniques.

Source : le site du Domaine

Il est temps d’en venir à la vigne elle-même. Je n’ai malheureusement pas pu visiter le domaine lui-même, pour mieux comprendre. Toutes les explications ont été données en un seul lieu, sur la petite parcelle que vous voyez au coeur du triangle formé par les maisons. Il y reste des plants hybrides. Et, pour m’amuser, j’ai parié qu’ils étaient taillés en « guyot ». Et même « en guyot simple »…

Vieux cep taillé en guyot, avec le « palissage »

Et j’ai gagné! Il faut dire que, comme j’ai naguère travaillé sur la taille de la vigne, j’ai encore quelques souvenirs… Et c’est le plus facile à reconnaître…

Source

Depuis cette époque, les plants se sont diversifiés.

Bien sûr, du Gamay. Dont un très particulier, le « Gamay de Bouze ».

« D’après le traité d’ampélographie de Viala-Vermorel, cette variété a pris naissance en Côte d’Or, vraisemblablement à Bouze, petit village des environs de Beaune. C’est un Gamay à jus rouge, le plus anciennement connu, et le père de tous les autres (Chaudenay et Fréaux). Le jus de ses raisins était très coloré, et donnait à l’époque des vins rustiques mais recherchés par leur générosité. L’INAO l’a exclu complètement des cépages recommandés il y a une quinzaine d’années. Cette variété a, aujourd’hui, pratiquement disparu et c’est par hasard qu’Henry Marionnet a pu récupérer une parcelle.La vinification est similaire à celle d’un Gamay classique. Le raisin est cueilli à la main et trié, puis disposé en petites caisses. Les grappes intactes sont mises en cuve pour 6 jours de fermentation intracellulaire afin d’obtenir un jus très dense, avec une couleur intense très foncée, marquée par les fruits noirs, la fraise des bois et un goût de terroir. » (source)

A l’accueil, une collection de bocaux au contenu original permet de « voir » les grappes en toute saison… Un premier exemple :

En 1989 a été planté du Sauvignon.

Oh joie, j’ai appris un mot, ou plutôt une expression : « franc de pied ». Qu’est-ce que cela signifie? Que le pied n’a pas été greffé sur un « porte-greffe », qui le rendrait plus résistant, notamment au phylloxéra (on y revient). A ce propos, vous ai-je parlé des rosiers? Non, car j’avais expliqué leur rôle dans l’article sur le vignoble de Belleville… Mais ici, à ma grande surprise, très peu de ces rosiers qui permettent de déceler la présence du vilain puceron. Bien sûr, la question a été posée « Pourquoi? ». La réponse fut surprenante : ici, c’est une plus grosse bête qui les mange. Les chevreuils se révèlent être un véritable fléau pour les vignes… et pour les rosiers!

Autre cépage : le Chenin. Rabelais en parlait déjà au XVIème siècle, dans Gargantua.

 » Ce faict, et bergiers et bergieres feirent chere lye avecques ces fouaces et beaulx raisins, et se rigollerent ensemble au son de la belle bouzine, se mocquans de ces beaulx fouaciers glorieux, qui avoient trouvé male encontre par faulte de s’estre seignez de la bonne main au matin, et avec gros raisins chenins estuverent les jambes de Forgier mignonnement, si bien qu’il feut tantost guery. « 

Et un cépage original, dont je n’avais jamais entendu parler : le Romorantin, dont on attribue l’implantation dans cette région à François 1er.

« Il faut remonter le temps sur rien moins que 5 siècles pour rencontrer les ceps de vigne, originaires de Bourgogne, qui ont donné naissance au Romorantin. François 1er, en épicurien averti, décide la plantation de 80 000 pieds de vigne près du château de Louise de Savoie, sa mère, sur la commune de Romorantin, d’où le nom du cépage qui naîtra sur cette terre d’adoption. Les pieds seront plantés à l’automne 1517 et sont aujourd’hui encore à l’origine du cépage Romorantin. » (source)

Les vendanges, sur le domaine, sont effectuées manuellement. Voilà qui mérite d’être souligné, n’est-ce pas? La main d’oeuvre cependant ne se trouve pas parmi les autochtones, malgré le chômage hélas bien présent dans le coin : « 70 chômeurs à Soings », déclare notre hôte. Ce sont essentiellement des Bulgares gérés par une entreprise d’intérim, et des Turcs résidant à Romorantin qui effectuent ces vendanges, en commençant par le Gamay.

J’ai commencé cet article par le fléau d’autrefois. Il faut malheureusement aussi évoquer celui d’aujourd’hui : l’esca.

« L’esca est un syndrome caractérisé par l’expression souvent irrégulière de symptômes sur les organes herbacés tels que des anomalies de coloration et des dessèchements et par la présence de désordres vasculaires et de nécroses dans le bois, à caractère évolutif. 

Ce syndrome a le plus souvent été décrit selon la vitesse de développement des symptômes foliaires en deux formes distinctes, une forme lente et une forme apoplectique. Mais des observations récentes tendent à montrer que ce syndrome peut aussi être décrit selon un gradient de sévérité allant de quelques feuilles symptomatiques au cep entier foudroyé avec de nombreux stades intermédiaires affectant un ou plusieurs sarments, un ou plusieurs bras. » (source)

Actuellement les chercheurs tentent encore de trouver des remèdes contre cette maladie dont l’origine n’est pas encore complètement connue. Ce serait une association de champignons et de bactéries, dont certains seulement ont été identifiés. Ils pénètreraient par le bas. Des viticulteurs ont donc essayé de « noyer » les plants durant l’hiver pour tuer les assassins potentiels. Mais c’est très risqué! Au domaine de la Charmoise, on a essayé une autre solution : la musique. Des boîtes à musique ont été placées dans les vignes. Essayer de comprendre pour vous expliquer m’a permis d’apprendre un nouveau mot : la génodique. Savez-vous ce que c’est?

Explication apportée sur le site du constructeur, Genodiscs

« C’est dans les années 90 que la physique quantique a montré, grâce à Joël Sternheimer, docteur en physique théorique et musicien, qu’à chaque acide aminé contenu dans les protéines (présentent notamment dans la vigne) correspond une onde qui peut être retranscrite en une note de musique à l’aide de calculs. C’est ce qu’on appelle la génodique! »

Joël Sternheimer, connu aussi comme chanteur sous le nom d’Evariste

Les boites diffusent donc des séquences musicales de 7 minutes, à intervalle régulier. Cependant, le scepticisme du viticulteur qui nous reçoit est évident… « On est très risqués », ajoute-t-il. Oui, car le franc de pied, vous l’aurez compris, est beaucoup plus fragile que l’hybride. Alors pourquoi s’entêter? Tout simplement parce qu’il produit des vins de qualité, et des crus originaux. C’est une autre histoire, que je narrerai dans un autre texte, si vous voulez continuer à me suivre..

Coques en stock

Tout a commencé par un transport de fonds… Pas de liquidités, bien sûr, mais des oeuvres d’art. « Des photos », m’avait dit l’amie pour laquelle je m’étais engagée. Ce qui m’a conduite, un vendredi matin, au Nord de la Gare du Nord, autrement dit dans un quartier exotique pour l’adepte de la Rive Gauche que je suis. Et m’a aussi amenée à de multiples SMS et communications téléphoniques avec une artiste inconnue, qui me semblait bien stressée pour être réellement une artiste. Une représentation, je m’en rends compte. Pourquoi pensais-je que les artistes devaient être plus « zen » que les autres???

Nomade, je le suis. Et une nomade vit dans le moment présent. Fixer un jour de rendez-vous des semaines à l’avance relève du défi. Et fixer une heure de rendez-vous la veille un challenge. Bref, nous parvînmes quand même à nous retrouver, au pied de son immeuble, en ce vendredi matin. Vite, transformer ma compagne à 4 roues en « utilitaire », en abaissant les sièges arrière et en libérant le maximum de places (j’ai toujours dans ma voiture des couvertures, un sac de couchage, un oreiller, un réchaud et du matériel divers! sans compter que ce jour-là, partant en week-end, j’avais aussi une valise et mon ordinateur…). Une dame descend, nous nous saluons après qu’elle eut observé l’espace disponible. Puis elle redisparaît dans l’immeuble. J’attends dans ce quartier qui ne me semble guère accueillant… Elle revient avec un immense carton plat. Puis repart. Je place le carton au fond du coffre. Il ne reste plus guère de place pour autre chose! Sachant qu’elle avait bien spécifié que rien ne devait être placé au-dessus. Trois autres allers et retours. Mais, cette fois, des sacs avec des cadres plus petits et entassés. Tout finit par entrer. Nouveau salut. Et me voici partie vers la Picardie. Ce n’est que le lendemain, en effet, que je gagnerai la Normandie, plus exactement Le Tréport, où ma cargaison est attendue. Le samedi, impossible d’approcher la galerie de mon amie : marché plus fête foraine! J’attends donc le soir pour effectuer la livraison. Et rassurer enfin l’expéditrice. Je réalisai alors que j’ignorais la teneur de ce que j’avais transporté, que je n’avais ni compté ni vérifié ce que m’avait confié une parfaite inconnue! Et j’eus hier la preuve d’une erreur. Pas dans le nombre ni l’état. Non, tout était bien parvenu. Mais dans la teneur. Je pensais avoir transporté des photographies en noir et blanc. Pourquoi? Encore une représentation! J’ai réalisé que pour moi « photo d’art = photo en noir et blanc »… Pourquoi? Mystère…

Car les oeuvres enfin acheminées au Tréport, à la Galerie Résonances, sont bien des oeuvres d’art. Et pourtant éclatantes de couleurs.

Hier soir avait lieu le vernissage, et j’ai pu découvrir ce qui avait meublé mon véhicule pendant plus de 24 heures… Relisez le titre de cet article. Qu’a pu photographier cette Dame? Je vous aide avec un premier tableau (pris un peu de travers, excusez-moi…).

Vous avez deviné ? La mer ? Que nenni. Pourtant vous n’en êtes pas loin… Une autre photo ?

« Mais ce n’est pas une photo, c’est un tableau ! », ai-je souvent entendu dire hier soir. A juste titre. L’artiste elle-même considère qu’elle fait des tableaux… mais sans pinceaux (ni queue d’âne!). Simplement avec son appareil-photo.

Cathy raconte que, face à un groupe de jeunes élèves, elle leur avait proposé un brainstorming autour de la question « à quoi cela vous fait-il penser? », et avait obtenu un grande palette de réponses…

Alors, que photographie-t-elle ? Pensez au titre…

Des coques.

Pas des oeufs, non. Mais l’allusion au Capitaine Haddock pourrait vous aider. Des coques de navires, oui. En Bretagne ou au Maroc, pour la plupart des oeuvres présentées ici. Mais aussi dans bien d’autres ports. En voici deux autres exemples, toujours aussi mal pris.

Inutile de vous dire que j’ai beaucoup aimé. Expression plate, certes. Et cela ne me ressemble pas. Je suis d’accord. Mais « j’ai aimé » est ce qui me semble le plus fort, en l’occurrence. Et cela m’a rendu envieuse. Car moi aussi, je photographie parfois des coques, à marée basse. Souvenez-vous, j’avais fait une série à Camaret. Et une autre au Crotoy. Et des photos isolées, aussi, sur divers cours d’eau. Descendre sur la grève, patauger dans la vase, je connais. Choisir l’angle, la lumière, le cadrage… Mais jamais réussi d’aussi belles photos… C’est ça, l’art.
Seul bémol pour moi : j’aurais préféré des tirages « mat » pour la plupart d’entre elles… Mais il doit y avoir une raison au choix effectué de les faire en « brillant »?

Une dernière, hélas mal « rendue » par mon Iphone, d’autant qu’elle est exposée dans l’escalier qui descend à la cave. Cette fois, c’est à Tanger que les trois ont été prises.

Saisir l’instant, mais aussi magnifier les traces de l’usure et de l’abandon, des coups et des marques, de l’imperfection et de la destruction… Devenir médiateur-e entre le Temps et l’Homme, l’Objet et le Sujet, l’Anéantissement et la Vie… L’oeil de l’Artiste et la Magie des technologies…

Un domaine tourangeau

Un cadeau d’anniversaire original : une journée avec un club d’oenologie… Me voici donc, en ce 21 mai, dans un autocar roulant vers la Sologne, avec trois groupes de personnes adhérentes à ce club, ainsi que de rares invité-e-s. Je n’aurais jamais pensé à la Sologne comme une région de viticulture! Et pourtant, si, il y a bien des vignobles. Notamment à Soings-en-Sologne, notre destination.

Cette carte (peu visible et lisible, je le sais) n’avait pour objectif que de vous faire appréhender l’ensemble de la zone viticole. Ciblons maintenant l’extrêmité Est, du côté de Cheverny.

Vous pouvez observer que Soings-en-Sologne est situé vraiment en bordure orientale des vignobles tourangeaux. Je n’ai hélas pas pu visiter le village ni voir son lac étonnant, et l’ai un peu regretté, mais une journée, c’est bien court! Le programme était pourtant bien conçu, précis.

7h45 – Rendez-vous devant chez Picard au 25 bis Rue Jean Bleuzen, 92170 Vanves

8h00 – Départ de Vanves en bus

11h00 – Visite du domaine viticole Henry Marionnet La Charmoise, 41230 Soings-en-Sologne

Téléphone : 02 54 98 70 73

  • visite chai 40 mn
  • dégustation 40 mn
  • achats vins 40 mn

13h15 – Déjeuner à l’auberge du Vieux fusil 1140 Rue de Contres, 41230 Soings-en-Sologne

15h30 – Visite de la fromagerie David Bodin 13B Rte de Soings, 41700 Sassay

Téléphone : 06 33 37 59 77

  • visite/explications 30 mn
  • dégustation 30 mn maxi
  • achats fromages 30 mn maxi

17 maxi – Retour sur Vanves devant chez Picard au 25 bis Rue Jean Bleuzen, 92170 Vanves

Les organisateurs/trices ont vraiment bien fait les choses, et ce programme a été respecté, avec un léger retard au retour, dû au(x) plaisir(s) des participant-e-s joyeux/euses vivant-e-s, qui jusqu’au bout ont voulu profiter des paysages, des plaisirs gustatifs (dont certains non prévus, je vous en parlerai dans un autre article), et du soleil qui a régné en maître toute la journée.

Donc pas de visite du village, que je me suis promis de retourner voir, car il présente quelques spécificités. Une histoire ancienne, d’abord. Sans doute lieu de druidisme, ce territoire à la limite de la mer des faluns, dont le sol regorge de coquillages et fossiles, comme nous le confirmera le viticulteur rencontré. Une église datant du XI-XIIème, à la suite d’un lieu de culte plus ancien sans doute. Et un lac mystérieux, dont les fluctuations du niveau de l’eau n’ont encore à l’heure actuelle aucune explication scientifique!

Nous voici donc arrivé-e-s sur le domaine d’une famille qui en est à sa quatrième génération, accueilli-e-s par un membre de la troisième (je rencontrerai sa fille, puis son fils, à la fin). Celui-ci nous reçoit dans une cour cernée de bâtiments. Des hangars, qui abritent pour l’un la partie technique et pour l’autre le stockage. Un bel édifice orné de roses comporte l’accueil, les bureaux et une salle de séjour pour la dégustation. Et des maisons. Nous apprenons ainsi qu’en triangle ont été construites trois demeures, correspondant aux trois générations. Au Nord, une belle longère protégée par un héron (et non une cigogne, comme nous fûmes nombreux/euses à le penser) : la maison du fondateur, que j’appellerai « le grand-père ».

Au Sud, celle des parents. Quant à celle de notre hôte, elle se trouve à l’est… Il restera l’ouest pour la jeune génération, si elle décide d’y rester. Ce qui n’est pas impossible, car la jeune fille de 13 ans que j’ai rencontrée a déclaré aimer la viticulture et l’oenologie. Et le frère cadet nous a été présenté par son papa… En principe, une maison « de père en fils », comme l’atteste une photographie dans un livre qui raconte cette histoire.

Les trois premières générations ont été photographiées, voici un peu plus de 40 ans, devant la maison que vous avez reconnue, je pense, avec son héron… Le jeune garçon à droite est notre hôte. Nous le retrouvons au milieu, avec son fils à droite, sur la photographie suivante.

Comme je faisais remarquer que sa fille aurait dû y figurer, puisqu’elle déclare, en pleine adolescence, s’intéresser au Domaine, il m’a été fait la promesse de m’adresser une photo avec elle… A mon tour je vous promets de la placer sur ce blog, dès que je l’aurai…

Au coeur du triangle dont les pointes sont les domiciles respectifs des diverses générations, se situe l bâtiment administratif et commercial. Son pignon est orné d’un magnifique rosier…

Vous aurez remarqué, ci-dessus, que les vignes viennent jusqu’au seuil, ou presque!

Dans l’entrée, des grappes conservées dans du formol… un peu moins sinistre que les embryons conservés dans certains musées! Je vous les présenterai dans le prochain article, où nous verrons les questions plus « techniques »… Une vaste salle de séjour aux grandes baies vitrées est meublée, entre autres, de deux très grandes tables destinées à permettre la dégustation de groupes comme le nôtre.

Avant la dégustation…

Après (rassurez-vous, les gobelets n’ont servi que de « crachoirs », car avec la pandémie il est interdit d’utiliser un crachoir commun.

Vous aurez peut-être remarqué la superbe armoire sur la droite ? La voici de plus près.

Divers objets rappellent le contexte… Un pressoir, par exemple.

Et deux objets en cuivre dont j’ai oublié de demander la fonction. Distillation???

Le fonds de la bibliothèque est quelque peu orienté… vers… ?

Toute aussi orientée, la décoration murale. Un tableau au sujet plus qu’adapté…

Une dédicace au père de notre hôte, en 2009

Un blason quelque peu fantaisiste rappelle que « le vin éteint la soif »…

Enfin, une photographie nous renvoie à notre rang de pauvres plébéiens, tant l’hôtesse accueillie est illustre! Un peu moins, celui qui l’accompagne, mais quand même…

A droite, le père de Jean-Baptiste, en train d’offrir une bien belle bouteille…

Une rivière de pleurs, un bouquet de pure poésie

Je suis encore sous le coup de l’émotion, et ne disserterai point cette nuit sur le spectacle que je viens de voir. La poésie à l’état pur, durant une très grande partie de celui-ci.

Des corps qui dansent, se meuvent lentement avec grâce, jonglent doucement avec des quilles souples, se jouent des lois de l’équilibre sur un trapèze ou sur un fil…

Des images… sobres et flamboyantes à la fois, par moments… poétiques, toujours… Des tableaux vivants, comme cette joueuse de kantele tenant un mouchoir d’une main et embrassant un arbuste de l’autre. Ou encore la traîne plus longue que n’est large la scène, enveloppant littéralement les protagonistes de la jeune femme qui la porte et semble flotter. Des images projetées, filmées sur et dans un aquarium… eau glissant sur le verre derrière lequel se tient un visage, cheveux roux flottant dans l’eau, nuées de bleu et de blanc derrière lesquelles on devine les corps…

Des musiques et des chants qui saisissent et enveloppent les auditeurs/trices… En finois, en arabe, en anglais… J’aurais aimé vous les citer tous, mais je n’en connais qu’un, un de mes airs préférés. Le voici, interprété par Alfred Deller, dont je vous ai déjà parlé sur ce blog. Et encore par Jaroussky. Je vous ai parlé du kantele. Si vous ne connaissez pas cet instrument, et encore moins sa version finnoise, écoutez ceci ou encore cela, ça vous donnera une idée de l’enchantement.

Deux scènes m’ont moins plu, car leur côté « dérision », selon moi, tranchait avec cette harmonie poétique. L’une mettait en scène deux mariés, dont un ours. L’autre, un cadavre que l’on disséquait. Certes, bien jouées. Avec un côté absurde. Certes, j’ai ri parfois à la première. Mais je ne souhaitais pas rire. Et c’est peut-être la force de ce spectacle que de démontrer que l’on préfère parfois pleurer que rire. Un paradoxe soulevé au début, et repris à la fin, comme deux parenthèses dans le cours de notre vie.

Si vous souhaitez voir ce spectacle, courez-y vite ce soir, 25 mai, car c’est le dernier jour… Et je vous déconseille de lire la suite, car cela ôterait de l’effet de surprise et du plaisir de la découverte. Si vous souhaitez en savoir plus, vous pouvez continuer…

Vous attendez peut-être le titre de cette oeuvre si « décoiffante ». Les amateurs de jazz vont reconnaître un titre célèbre, Cry me a River. Qu’elle soit chantée par Julie London ou Ella Fitzgerald. Voici ce qu’en dit Wikipedia (eh oui, même pas honte de vous citer cette source!)

« Cette chanson d’amour est composée dans le style de la musique western nostalgique Rivière sans retour, de Marilyn Monroe5 de 1954. Arthur Hamilton écrit et compose cette ballade jazz-blues, à l’origine, pour Ella Fitzgerald, pour la musique du film La Peau d’un autre, de 1955, mais elle n’est finalement pas retenue6.

La jeune actrice-chanteuse inconnue Julie London devient alors une célébrité américaine internationale7 en enregistrant ce premier single de sa carrière, accompagnée de deux instruments de musique, Barney Kessel à la guitare électrique, et Ray Leatherwood (en) à la contrebasse8, pour la musique du film La Blonde et moi de la Twentieth Century Fox (1956), où elle joue son propre rôle. Le titre atteint alors la 9e place des ventes du Billboard américain9,10,11.

Ella Fitzgerald l’enregistre finalement à son tour avec succès sur son album Clap Hands, Here Comes Charlie! de 196112.« 

En voyant la photo de Julie London, je n’ai pu m’empêcher de penser à l’une des interprètes sur scène, à la longue chevelure bouclée.

Le thème de cette oeuvre aurait été inspiré par une ancienne tradition de Carélie. J’ignorais jusqu’à cet instant ce qu’était la Carélie. En recherchant sur le net pour écrire cet article, j’ai découvert des points communs entre celle-ci et des régions actuellement en guerre. La Carélie se divise en effet entre la Finlande et… la Russie… ça vous dit quelque chose?

La présentation du spectacle parle de la Karélie finnoise, bien sûr, et des pleureuses de jadis.

« En 2007, Sanja Kosonen participe à un stage de « pleurs chantés » en Finlande, organisé par quelques chanteuses contemporaines qui font revivre et réinventent la tradition oubliée des pleureuses de Carélie. Ces chants improvisés se pratiquaient seule dans la forêt ou collectivement lors de rites de passages.« 

Le dépliant distribué au public avant l’entrée présente, lui, les références mythologiques, au nombre de 6. Cinq d’entre elles réfèrent à la Finlande. La sixième provient d’Amérique latine.

Je ne l’avais pas lu avant le spectacle, qu’il éclaire différemment. Aurais-je dû? Je ne crois pas, car je préfère me laisser porter et emporter par les émotions que « comprendre » ce que je vois et entends… Pas vous?

Sanja Kosonen est à la fois auteure et interprète de ce « cirque de lamentation » (pour reprendre l’expression utilisée dans la communication autour de l’oeuvre). C’est elle que l’on voit s’envoler sur le trapèze ou flotter dans l’air, sur un fil…

Image empruntée au Journal La Terrasse

Pour finir, deux photos de la troupe. La première est ratée, mais je l’ai laissée car elle permet de voir l’une des « images projetées » dont je parlais et le dispositif pour ce faire (à gauche).

Un détail : ce ne sont pas les costumes de scène qui sont portés ici, car les interprètes finissent nu-e-s, et sont donc allé-e-s se rhabiller pour venir saluer le public puis discuter avec lui au bar du théâtre Le Monfort (j’avais oublié le lieu!!!).

Au centre, Sanja Kosonen

Pour terminer, j’ai eu envie de partager avec vous une partie du poème de Renée Vivien, La Pleureuse.

Vers le soir, quand décroît l’odeur des ancolies
Et quand la luciole illumine les prés,
Elle s’étend parmi les morts qu’elle a pleurés,
Parmi les rois sanglants et les vierges pâlies.

Sous les cyprès qui semblent des flambeaux éteints,
Elle vient partager leur couche désirable,
Et l’ombre sans regrets des sépulcres l’accable
De sanglots oubliés et de désirs atteints.

Elle y vient prolonger son rêve solitaire,
Ivre de vénustés et de vagues chaleurs,
Et sentir, le visage enfiévré par les fleurs,
D’anciennes voluptés sommeiller dans la terre.

Une belle « touche » !

Je revenais à pied de l’Hôtel de Ville, en raison de la grève des chauffeur-e-s de bus, quand mon regard fut attiré par un petit attroupement sur le quai d’Orléans, sur l’Ile Saint Louis. En m’approchant, je vis que deux personnes conversaient avec un pêcheur. Pêcher depuis le haut? Voilà qui m’intrigua… je m’approchai… puis me penchai…

Je vous présente une magnifique femelle « silure glane« . Qui l’a amenée dans cette fâcheuse position, sur les bords du quai? Rassurez pas, non point un vilain prédateur ni un accident fluvial, mais un jeune pêcheur, l’auteur de l’attroupement dont je parlais précédemment.

A gauche, le jeune pêcheur. A droite, le « passant sportif ».

Le pêcheur demande au jeune passant sportif (qui s’est arrêté pour le regarder) s’il accepterait de l’aider. L’autre accepte volontiers, et se retrouve en train d’apprendre à manier la canne, que va lui confier son propriétaire afin de descendre sur la berge. Pour ce faire, il se laisse glisser…

Mur-toboggan

Petit détail en passant : les traces rouges sur la queue ne sont pas des blessures. Il s’agit de la fraie, car c’est la saison de la reproduction. Dans quelques temps, il n’y aura plus ces « marques » typiques de la femelle, et son mâle s’occupera des oeufs pendant qu’elle se balade, avant peut-être d’être dévoré par elle…

« Coucou la Belle, j’arrive! »

Puis il se déchausse…

Il enfile des gants et plonge ses mains dans la gueule du Monstre, apparemment gentil…

Nous comprendrons par la suite qu’il est en train de retirer l’hameçon. Ayant fait sa connaissance ensuite, j’ai appris qu’il savait exactement ce qu’il faisait. Voici ses explications, données par courriel le jour même (nous sommes resté-e-s en contact…).

« Il s’agit d’une espèce originaire du Danube qui a colonisé la France au XXème siècle, une partie par voies fluviales naturelles, et une partie suite à des introductions dans le but d’en commercialiser la viande (ce fut un échec commercial).
Le silure n’est pourtant pas une menace pour notre écosystème dans la Seine et il cohabite bien avec la trentaine d’autres espèces de poissons qui vivent dans ce fleuve.
C’est un grand prédateur qui consomme des poissons, rats, canards, pigeons, mouettes, écrevisses, moules d’eau douce…
Mais il joue avant tout le rôle d’éboueur de la rivière en consommant les animaux morts et autres déchets notamment la nourriture jetée par les bateaux. Et il s’autorégule par cannibalisme.
Ils se reproduisent entre mai et juin dès que l’eau atteint 20 degrés. La femelle délimite un nid en général dans des racines immergées, puis le mâle la féconde et oxygène les oeufs en leur soufflant dessus durant plusieurs jours.
En général le silure est sédentaire et reste dans le même secteur.

A Paris le silure est recherché par les pêcheurs sportifs, qui le pêchent avec de grandes précautions (hameçons spéciaux, sans le sortir de l’eau comme vous l’avez vu, etc) pour assurer sa remise à l’eau dans de bonnes conditions qui ne perturbent pas son comportement naturel. L’association de pêche de Paris (Union des pêcheurs de Paris) dont je fais partie s’occupe de la protection des espèces aquatiques notamment en luttant contre les braconniers (des trafiquants pour le marché noir des pays de l’Est s’attaquent parfois aux silures).« 

Blason de l’UPP : non, ce n’est pas un silure!

Il tire le silure tout au long de la berge, jusqu’à un endroit peu profond où celui-ci est « posé », tout en restant dans l’eau, comme dit ci-dessus.

A ce moment, je me demandais ce qu’il faisait… J’apprendrai plus tard qu’il repérait des « marques » sur le sol pour pouvoir ensuite revenir prendre les dimensions… environ 2,10 mètres!

Entretemps, la police est revenue. Deux véhicules. Dans l’un, un pêcheur venu « aider » (trop tard!) et constater avec les autres la prise, ses conditions et la taille de la bête… Et puis, une autre activité : un concours de photos!

Ils et elle ne sont pas les seul-e-s : l’auxiliaire bénévole du pêcheur fait de même… mais pour la bonne cause : garder trace de cette prise.

J’apprendrai par la suite que l’animal a peut-être été déjà pêché :

« Probablement un poisson déjà pris par un de mes amis en 2021. Il est relativement fréquent de reprendre les mêmes silures car ils sont assez sédentaires.« 

Il m’avait expliqué de vive voix que ce silure nichait sans doute à l’extrêmité ouest de l’Ile Saint Louis. D’autres « nids » sont, paraît-il, bien visibles sur l’Ile de la Jatte; je me suis promis d’aller les chercher quand je retournerai sur cette île que j’aime beaucoup…

Un petit câlin, on serre le poisson dans ses bras, avant de le relâcher.

Car oui, quelques minutes plus tard, elle repartait tranquillement rejoindre ses congénères, s’enfonçant rapidement dans l’eau sombre de la Seine. Ce fut une merveilleuse leçon pleine d’espoir : on pêche pour le plaisir, et pour la « connaissance », mais on laisse libre ensuite l’animal.

Autre belle leçon en ce matin de mai : la solidarité entre des individus qui ne se connaissent pas. J’ai déjà parlé des deux jeunes gens. Mais il y avait là aussi une dame âgée, coiffée d’un foulard jaune, qui a gardé leurs affaires, et mon sac, pendant toutes les actions. En discutant par la suite avec elle, j’ai appris qu’elle était Kabyle d’origine, mariée à un Breton de Cancale. Gardienne d’un immeuble du coin, elle voulait le rejoindre en Bretagne, mais les habitant-e-s de l’immeuble lui avaient demandé de rester… et elle vivait toujours là, loin de son époux qu’elle aspirait à rejoindre…

Quatre individus d’horizons et d’environnements si différents, uni-e-s pour une heure de partage… cela aussi m’a réjouie…

Avatars de Rhinocéros

Hier soir j’ai assisté à une représentation théâtrale hors du commun. Son titre? « Les Rhinos, c’est… »

Le titre aurait dû m’alerter. Mais, comme l’initiative ne venait pas de moi, je n’avais fait que rechercher où et à quelle heure je devais me trouver pour y assister. Et j’ai bien fait, soit dit en passant : ce devait être à l’Amphi Richelieu de la Sorbonne – et je me réjouissais de retrouver ce cher Amphi où j’avais passé tant d’heures jadis. Et je découvris, à peine une heure avant le début, que c’était à l’Amphi 25 de Jussieu. Ne serait-ce que la dénomination, tout est dit! Avouez que l’on préfère retrouver Richelieu que 25! Et d’ailleurs, ce fut un jeu de piste pour le trouver, cet Amphi. Des groupes circulaient dans la tour 25 en quête de sa porte. Cela nous fit monter, descendre, remonter… jusqu’à trouver un jeune « couple » d’étudiant-e-s tranquillement installés au 5ème étage, près de la porte du « LIP6 » (un autre souvenir, d’une équipe d’informaticiennes…), en train de pique-niquer à l’abri des regards. Fort aimables, il et elle nous expliquèrent que c’était l’étage des équipes de recherche, et faire appel à notre logique : l’espace offert par la forme cylindrique de la tour ne permettait nullement d’abriter un lieu aussi vaste qu’un amphi. Ce ne pouvait donc, selon elle et lui, qu’au rez-de-chaussée. Heureusement, nous avions situé l’ascenseur et pûmes redescendre rapidement, car l’heure était dépassée… En bas, pas d’amphi, mais une porte aboutissant dans une cour. « Bibliothèque »… Les personnels devaient savoir où se trouvait le lieu convoité? Dans la cour, une bande de jeunes. Avec des papiers. En train de « répéter », visiblement. La jeune fille dont l’accent faisait penser qu’elle venait d’Europe de l’Est, jeune fille qui avait rejoint notre groupe connaissait l’une des étudiantes. Elles se mirent à parler en russe. En réalité, nous étions tout près, il suffisait… de remonter! un large escalier, en plein air, aux degrés moins élevés. Enfin, nous y voici! Un doute subsiste cependant : si la salle est bien peuplée, la scène, elle, est plutôt vide…

Décor minimaliste s’il en fut! Un homme demande que l’on descende le plus près possible de la scène. « Faute de quoi », dit-il, « vous n’entendrez rien ». Il fallait comprendre le verbe dans le sens de la compréhension, pas de l’audition, comme je m’en apercevrai plus tard, après le discours introductif. Car, après une sorte de ballet pour l’entrée des acteurs et actrices, le sens des mots et des phrases ne fut pas toujours saisissable, loin de là. On ne peut leur en vouloir : comme nous l’apprendrons plus tard, ce sont des jeunes gens venant d’Italie, de Suisse, de Taïwan, de Russie, du Brésil… et j’en oublie…, tous et toutes étudiant-e-s de Français Langue Etrangères, alias FLE.

La troupe en costume de scène…

Un jeu vif, voire endiablé, avec les violentes lumières rouges qui nous éblouissaient. Une étonnante dynamique sur la scène comme dans la salle, sur les gradins où se déplaçaient les acteurs/trices devenu-e-s rhinocéros grâce à des masques… avec becs! si, si, l’absurde jusque dans les accessoires. Et la « danse » des rhinos est un morceau d’anthologie burlesque!

Désolée pour la très mauvaise qualité des photos… mais je n’ai pas résisté! Seule l’une d’entre toutes celles que j’ai prises me plaît, et je ne résiste pas à l’envie de vous la montrer malgré tous ses défauts.

La seconde partie était tout aussi enjouée, mais assez différente : une improvisation à partir de « mots » tirés non d’un chapeau, mais de casquettes, censés composer une « identité ». Une autre jeune troupe, pleine d’entrain, les Sorbiquets.

« Troupe d’improvisation théâtrale de Sorbonne Université. Elle vibrionne depuis sept ans sous la houlette des improvisades et compte à son actif de nombreuses interventions dans et hors les murs de la vénérable institution, n’hésitant pas à transcender les genres et les époques. » (source)

Mais je ne suis pas parvenue à entrer dans leur jeu, voire, parfois, à comprendre le sens des saynètes jouées. Dommage, car cela ne manquait pas d’originalité, en termes d’ « interprétation » de la pièce de Ionesco. Le discours final m’a éclairée : leur professeur n’était pas parti de la pièce, mais s’était appuyé sur la nouvelle éponyme!

Ce que je retiendrai surtout de ce spectacle, c’est l’ambiance étonnante, une forme de symbiose entre scène et salle, et l’enthousiasme partagé. C’est aussi l’extraordinaire actualité de ces textes de Ionesco, en cette période si trouble où l’humour est arme… des pacifistes et partisans de la Liberté.