Quand Gorbio rime… et rythme avec flamenco…

L’an dernier, Michel Isnard, maire de Gorbio, annonçait sa décision de se retirer… et ses craintes de voir disparaître le festival flamenco qu’il organisait chaque année avec la complicité amicale d’Isabelle. Moi qui aimais ces soirées, j’ai donc pensé qu’elles allaient disparaître, comme avaient disparu avant elles les festivals Tahiti et Afrique organisées aussi dans ce petit village perché au-dessus de Menton, si discret mais si vivant.

Heureuse surprise que de découvrir sur le site de la bourgade qu’un 19ème festival allait avoir lieu cette année. Vite, inscription… et, le soir dit, arrivée précoce sur le site, de manière à trouver une place de parking, ce qui n’est pas une mince affaire là-haut! En descendant du parking, nous voyons que notre repas se prépare… ça sent bon la paëlla!

Cuisson sur place de la paëlla, toujours aussi bonne!

Et puis le plaisir d’aller retrouver le personnel des Terrasses et leurs habitué-e-s, pour un apéritif sur la place. Toujours aussi sympathique.

Le bar restaurant Les Terrasses, sur la place de Gorbio


Et la vue sur l’orme vétuste est toujours aussi belle…

L’orme, et des volets en trompe-l’oeil…

La table voisine, au café, était occupée par trois personnes fort sympathiques… A notre plus grande joie, nous les retrouvons placées à la même table que nous… 6 plus trois égal 9, nous respectons donc bien la règle actuelle du « 10 au plus »…

Deux jours plus tard, nous nous retrouverons, cette fois à une table proche de la scène, sur invitation de l’ancien maire en personne, qui nous a fait la gentillesse de nous la réserver…

Le spectacle commence par la musique et les chants, comme toujours. J’apprécie toujours autant les voix extraordinaires des trois chanteurs, soutenues par les guitares et percussions. J’aime particulièrement celle de Jesus de La Manuela, qui me fait toujours autant vibrer (surtout lors des messes gitanes!), alors que d’autres lui préfère la puissance de celle d’Emilio Cortes ou la force étonnante (et détonnante si j’ose) de Cristo Cortes.

La plus jeune des danseuses entre en scène la première… Sa virtuosité ne fait pas de doute, bien que je la trouve un peu « froide » et « technique ».

Céline Daussan

Ce qui m’a toujours frappée dans ces spectacles, c’est la connivence manifeste des artistes entre eux, allant parfois jusqu’à la manifestation de soutien et d’admiration.

Après elle, ce sont deux jeunes danseurs qui se succèdent, avec deux styles très différents. J’avoue avoir un faible réel pour le second, Lucas del Luco.

Lucas del Luco

Puis vient le tour de Lisa Carmen, dans une sublime robe telle qu’on les imagine en pensant « flamenco ». Rien à faire, je préfère nettement ce style à la robe courte avec tablier des premières danses…

Lisa Carmen

Elle évolue, joue avec les volants, avec le châle, et se révèle d’une souplesse remarquable…

Puis arrive le tour de celle qui m’enchante depuis plusieurs saisons. J’admire sans vergogne son magnifique visage à la beauté pure et sérieuse.

Un autre des stéréotypes du flamenco me réjouit : la danse subtile des mains et des doigts… Elle en possède tout l’art…

Pas besoin de chichis, de recherche de virtuosité extrême, d’esbrouffe… Toute la force de la retenue, de la violence contenue, de la passion réservée donne cette puissance attendue du flamenco, pour ce qui me concerne.

Avec le chanteur Cristo Cortes

Une finale en apothéose pour cette troisième soirée de festival, avec l’ensemble des danseurs/euses… puis les personnes qui sont à l’origine de ces soirées bonheur…

Nous saluons avec révérence Luis de Almeiria, et prenons grand plaisir à constater qu’Isabelle Cortes n’a pas perdu de son dynamisme, et n’a besoin ni de robe extraordinaire ni de talons pour danser à merveille…

Michel Isnard et Luis de Almeria
Luis de Almeria et Isabelle Cortes

Michel Isnard prend ensuite la parole, pour un « adieu » au public – il passe la main pour la suite des festivals – et un vibrant message d’amour…

Bien sûr, les deux maires qui se sont succédés n’ont pas manqué de souligner que, sans la force, le courage et le dynamisme des nombreux/euses bénévoles, rien ne serait possible. Et ce sont elles et eux qui envahissent la scène en fin de soirée pour un défoulement bien mérité avec le nouvel élu, Paul Couffet, qui visiblement ne manque pas de tonus.

La soirée se termine donc dans une belle ambiance, et nous saluons les organisateurs et nos trois voisins de table, que nous espérons revoir…

C’est alors une petite balade nocturne pour faire découvrir le vieux village à mon hôte.

Montée et descente des rues pavées et souvent couvertes, pour arriver devant l’église Saint Barthélémy (1683) à la façade toute en trompe-l’oeil.

Au passage, des portes attestent de l’ancienneté des édifices…

Soulages au bagne…

Une nouvelle salle d’exposition à Nice : le bagne a été rénové, et propose un espace réduit et sombre, certes, mais propice à l’intimité de la découverte artistique.

C’est lui qui accueille cette année une exposition dédiée à Soulages, qui, pour moi, faisait écho à celle que j’avais vue au Louvre cet hiver. Très différente pourtant, tant pas le contenant que par le contenu.

Autant au Louvre les vastes et hautes salles accueillaient des tableaux aux dimensions exceptionnelles, autant celle-ci concerne certes quelques peintures – de moindre taille – mais surtout les autres techniques explorées et exploitées par le peintre, ainsi que son univers artistique.

Le bagne et la Tour de l’Horloge, au Port de Nice

Elle s’ouvre sur un dialogue entre la peinture de Soulages et l’écriture de Léopold Sédar Senghor.

Les débuts de l’Outrenoir sont évoqués dans la première salle, qui abrite des peintures.

Puis on passe dans une petite « chambrée » encore plus contingentée que le reste de l’édifice…

Celle-ci abrite un ensemble d’oeuvres picturales et sculpturales qui ont pour objectif annoncé de restituer l’environnement artistique de Soulages. Picasso et Miro y côtoient des statues africaines…

… et Victor Hugo rencontre la statue-menhir de la Verrière…

Burg, Victor Hugo
Statue-menhir de La Verrière (Aveyron)

La visite côté bagne s’achève sur une nouvelle série de peintures de Soulages, noir et brou de noix dominants. Il faut alors sortir sur le port, pour gagner la Tour de l’Horloge toute proche, monter deux étages et entrer dans ce bâtiment dont les fenêtres ont été occultées. Vous ne verrez pas beaucoup de photos de cette seconde partie de l’exposition, car la lumière faible n’a pas permis de réussir autre chose que des flous (non artistiques!) dans la plupart des cas…

La première salle est consacrée essentiellement à des lithogravures et eaux fortes.

On y voit aussi une affiche consacrée aux jeux olympiques de Münich, pour laquelle le peintre avait été pressenti. Au centre, une vitrine présente presque pêle-mêle des objets et des ouvrages… J’ai tenté d’en saisir la logique… Apparemment, ils auraient été rassemblés autour de la thématique « couleurs ». On y trouve par exemple la palette de Chagall.

Salle suivante, nouvel assemblage assez hétéroclite…

Une partie de la salle présente les « élégies », accompagnées d’une oeuvre de Soulages, de textes de Léopold Sédar Senghor, avec mise en écho de tableaux d’autres peintres.

Elégie de Carthage, illustrée par Soulages
La collection des Elégies illustrées

Un des murs est consacré à des photographies de détails d’oeuvres, prises par deux artistes.

Une vitrine au centre de la pièce présente un aspect moins connu de l’artiste : ses critiques d’oeuvres d’autres époques et d’autres auteur-e-s.

Sur une table, près de la sortie, quelques-uns des « instruments » du peintre.

Il est temps de regagner la pleine lumière et le soleil méditerranéen, non sans un dernier regard sur l’oeuvre qui clôt l’exposition, en un sublime jeu d’ombres et de lumières si spécifique à Soulages…

Quand on m’a demandé ce que je pensais de cette exposition, mes premières réponses étaient enthousiastes. Découverte d’un nouveau lieu, plaisir de regarder tranquillement des oeuvres parfois moins connues, résonances avec l’Afrique… Toutefois un certain questionnement, qui perdure… Pourquoi n’avoir pas cherché à être plus explicite, et à permettre aux visiteur-e-s de mieux comprendre les choix et la logique des pièces exposées? Cela reste néanmoins une belle collection d’oeuvres à apprécier sereinement…

Balade au Parc d’Estienne d’Orves. Séquence 4 et ultime

Il est temps de redescendre des sommets d’où la vue est si belle, à l’est comme à l’ouest, au nord comme au sud…

Mais en passant, nous accroissons ou rafraîchissons nos maigres connaissances en géologie… Comme je l’ai dit, l’eau est omniprésente sur le site. Sous forme de sources, de citernes, de canalisations, de fontaines… Mais aussi parce qu’elle est préservée par les propriétés du sol, constitué de « pudding »… euh non, pas le délice anglais… de « poudingue ». Etes-vous prêt à remonter entre 2,5 et 5 millions d’années ? Oui, au Pliocène, bravo! A cette époque, la mer couvrait ce qui est maintenant le Plan du Var, et dans son estuaire, au pied de la toute jeunette chaîne des Alpes, charriait sable et galets. Ce sont ces derniers qui, en se « cimentant », ont constitué le poudingue que l’on peut observer jusqu’au sommet du Parc.

Le poudingue (source)

Sa porosité permet la rétention de l’eau, qui ainsi favorise la végétation.

Croisement du chemin d’Apraxine, abandon du raccourci d’Augustin (le jeune) au profit des larges lacets de la route goudronnée qui nous ramène à la villa dont j’avais promis de vous parler précédemment, car nous en avions vu un aspect à la montée… C’est la Villa Vicina, qui servait d’atelier à Félicie d’Estienne d’Orves, peintre impressionniste. J’ai cherché en vain ses oeuvres sur le net, elle est effacée par une autre Félicie, artiste connue actuellement. Peut-être a-t-elle fréquenté Renoir, qui s’adonnait à l’art non loin de là?

La Villa est fermée, mais le guide nous parle d’un intérieur aux peintures bien conservées. L’extérieur, lui, l’est moins.

La Villa Vicina

Et l’on se demande pourquoi le bassin est emprisonné…

Il ne reste qu’à remercier notre guide, et une dernière fois nous remémorer tout ce que nous avons appris pour répondre à son petit quizz oral… Une autre promenade avec lui est prévue la semaine prochaine, au Paradou…

Balade au Parc d’Estienne d’Orves. Séquence 3 : au sommet

Après la présentation des acteurs et la montée, voici le troisième volet de cette aventure dans un parc niçois… Le petit groupe est arrivé, suant et transpirant, sur le plateau sommital, et y découvre une belle yeuseraie. Petit arrêt pour écouter l’histoire d’un jeune couple à la Roméo et Juliette… Seule différence, dans celle-ci c’est le père de la jeune fille qui les tue tous les deux. Résultat : une anastomose.

Comment? Vous ne savez pas de quoi il s’agit? Eh bien vous n’êtes pas les seul-e-s… moi non plus. Personne dans le groupe, d’ailleurs… En voici les conséquences en image.

Anastomose expliquée par la légende

Comme vous le voyez, les deux branches se sont rejointes et n’en forment plus qu’une. D’où la légende… Et, pendant que nous y sommes à enrichir le vocabulaire, sachez, si vous l’ignorez, que le même phénomène, sous terre, est désigné par le terme d’anamorphose…

Après les pins d’Alep et l’yeuseraie, une superbe oliveraie, qui a été initiée par Augustin (le vieux). 450 oliviers au total. Ce sont des cailletiers, qui produisent ces olives ovoïdales si particulières qui sont la spécialité de Nice.

Nouvel arrêt, pour cette fois découvrir que La Fontaine a bien raconté n’importe quoi en médisant des cigales, qui cymbalisent autour de nous. Des petits trous dans le sol attestent de la sortie de terre de ces insectes pour leur reproduction unique précédant leur mort.

L’entrée des artistes

Les oeufs sont placés dans des brins d’herbacées. Puis les petites larves descendent dans le sol et vont s’y développer pendant 7 ans, nous explique Antoine, avant d’en ressortir lorsque l’hygrométrie et la température (28 degrés) sont à leur goût. Elles muent alors, ce dont témoignent les nombreuses mues restées sur place, dont voici quelques exemples.

Une étrange procession de fantômes
Mue sur tronc
Mise en scène

Regardez les pattes de devant et leur forme étrange. Elles ont servi pendant des années à ramener l’urine sur la terre enlevée pour faire les galeries souterraines, et la mélanger à celle-ci afin de la transformer en une sorte de « ciment » pour les consolider.

Nous poursuivons la randonnée à travers le plateau et découvrons le chemin par lequel le comte Apraxine venait rejoindre son compère. Puis nouvel arrêt botanique, pour admirer un beau micocoulier, dont Antoine explique avec ferveur qu’il fait partie de notre culture. Prévert a d’ailleurs écrit un beau poème autour de lui, dans Arbres.

C’est son bois qui était souvent utilisé pour faire des fourches. Les enfants aimaient à en cueillir les petits fruits sombres pour s’en régaler malgré leur goût un peu amer…. Enfin, nous apprenons qu’une liqueur en était tirée, pour être distribuée à l’office du soir de Noël : le Sauve-Chrétien.

Celtis Australis ou Micocoulier

Au fait, dans le précédent article, j’ai oublié de vous signaler une autre gourmandise tirée d’un arbre : l’espèce de Nutella que l’on peut faire avec la pâte contenue dans les caroubes… Essayez!

Un peu plus loin je reçois enfin la réponse à une question posée au début de la promenade, intriguée que j’étais par de grandes tiges sans feuilles. Les feuilles, les voici. Souvenez-vous de l’architecture gréco-romaine et des hauts de colonne de certaines de nos églises…

Feuille d’acanthe… au naturel!

Mais les tiges et fleurs, elles, sont bien plus loin. Pourquoi? Les graines « explosent » littéralement et sont projetées loin de la plante d’origine, ce qui explique cette étonnante dispersion.

Vous voyez les fleurs tout au loin?

Nous poursuivons la balade sylvestre jusqu’au sommet où nous avons la désagréable surprise de découvrir… des immeubles modernes! Une partie de la propriété a en effet été revendue et a donné lieu à un gros projet immobilier. Ce qui fait se côtoyer les traces de restanques et le chemin bordé de roquette avec ces monstres colorés et un grillage affreux.

Roquette

Ici autrefois on cultivait en particulier les célèbres oeillets qui étaient stockés dans des étages de villas au plafond bas et aux petites fenêtres toujours ouvertes, avant d’être emballés dans des malles en osier et transportées vers les pays lointains (Angleterre, Russie…).

Une métairie était implantée là, dont subsiste un bâtiment qui se dégrade malheureusement.

Villa La Conque

Une fontaine permet de se rafraîchir et de remplir les gourdes, tout en profitant d’une vue superbe sur la Grande Bleue et le phare de Nice, avant d’entamer la redescente (séquence suivante!)…

Balade au Parc d’Estienne d’Orves. Séquence 2 : de l’orangeraie au Plateau sommital

Un petit mot d’abord pour spécifier l’existence d’un parking gratuit en bas du parc. Eh oui! Dans cette ville où la gratuité du stationnement relève de l’improbable, cela est à souligner. Le rendez-vous avait donc été donné, par le responsable de l’animation, sur ce parking, d’où l’accès est direct sur l’entrée du parc, derrière le lycée Honoré d’Estienne d’Orves.

Celui-ci a été construit à l’emplacement de l’orangeraie du Domaine. Attention ! Ne faites pas comme la Parisienne (d’occasion) que je suis : l’orangeraie n’est pas un édifice tel que celui des Tuileries ou de Versailles. Il s’agissait d’une orangeraie, lieu où l’on plante des orangers et récolte des oranges. A vrai dire, au sens plus large, des agrumes, car dans cette région c’est davantage les citrons qui avaient et ont toujours la cote… Et pas seulement pour le Limoncello!

Villa Sorguebelle

A l’entrée du Parc, la Villa Sorguebelle (Belle Source) porte bien son nom, car juste en-dessous se situe un ancien lavoir et une très belle noria. D’après les informations disponibles, elle daterait de 1740 et aurait été utilisée pour le stockage des agrumes. Logique, car proche de l’orangeraie!

L’ancien lavoir

Je connais bien les norias, pour en avoir vu de nombreuses au Maroc jadis. Mais j’ignorais le nom qu’on donne à celles qui fonctionne à l’énergie animale ou humaine, ce qui était le cas de celle-ci : « noria à sang », comme celle qui a été trouvée au Parc de la Jarre à Marseille.

Une noria bien conservée

Ces éléments appartenaient aux jardins de l’Evêché tout proche autrefois, désormais disparus. Subsistent aussi des restes d’escalier en colimaçon.

Cette partie des jardins a été préservée, et est en cours de restauration, ce qui explique la mauvaise qualité des photographies, prises à contrejour car il est interdit de pénétrer dans l’enceinte… Mais j’y retournerai…

La montée commence doucement, jusqu’au premier lacet marqué par un eucalyptus superbe, d’une taille exceptionnelle. Sachant combien cette essence est réputée dangereuse quand elle atteint une certaine taille (un de mes amis est mort écrasé dans sa tente par un eucalyptus), je m’enquiers auprès du guide de l’explication de sa longévité. D’autant plus qu’il est tout proche du lycée.

Les eucalyptus ont besoin d’eau pour conforter leurs racines. Or il se trouve à cet endroit d’anciennes canalisations qui dateraient de l’époque romaine, et qui, percées, auraient facilité l’approvisionnement en eau de l’arbre… Alliance de la nature et de la culture?

Je ne retiens rien, mais j’aime découvrir. Notez que, plus la mémoire est faible, plus on a l’impression de toujours découvrir… rires…

Au pied de l’eucalyptus, des massifs d’une plante grasse, sorte de palmier nain, dont le guide nous parle longuement. Le « chamaerops humilis ». Attention, « humilis » ne signifie pas qu’on doit l’humilier… Non, simplement qu’il est « à terre » (vous connaissez l’humus?). Et il a une particularité : il est le seul représentant de son espèce. Pas d’autre « chamaerops ». Vous pensez bien qu’il est protégé! Ah si! le « chamerops ». Mais ce n’est pas une plante, c’est un jour de Floréal dans le calendrier républicain, le 14ème pour être précise. Comme quoi, il était déjà connu à cette époque… Ce sont les renards qui en assurent la reproduction.

Grenadier et chamerops humilis

Chemin faisant, je ne puis m’empêcher de tenter des photos pseudo-artistiques des végétaux rencontrés…

Nous continuons à monter tranquillement, jusqu’au moment où notre mentor nous fait emprunter « le raccourci d’Augustin » (attention, pas Augustin 1 mais son petit-fils… L’autre devait être trop vieux pour grimper ce chemin escarpé!!!). L’idée est de nous faire souffrir, c’est sûr, mais aussi de nous montrer des caroubiers… pour nous emmener jusqu’aux diamants. Connaissez-vous le point commun entre l’arbre et le diamant???

Une caroube

La cosse d’un caroubier, la caroube, contient toujours exactement le même poids de graines… et ce poids, c’est le « carat ». Il fallait le deviner!!! Vous connaissez ce poids? 0,2 grammes…

Nous continuons à grimper jusqu’à la plateforme sommitale, dont je vous parlerai bientôt, comme de la villa longée en montant, et où nous nous arrêtames plus longuement au retour…

Balade au Parc Départemental d’Estienne d’Orves. Séquence 1 : les acteurs

Que j’aime découvrir de nouveaux coins de Nice! Et c’est ce que j’ai fait hier… Un Parc, en pleine ville, que je ne connaissais pas… Plus de 14 hectares ignorées de moi!!! Comment est-ce possible? Je l’ignore… et me suis jurée de continuer à dénicher les Parcs et jardins que je n’aurais pas encore visités!

Il faut dire que celui-ci est situé à Nice Ouest, partie de la cité que j’essaie d’éviter au maximum… mais avec laquelle il a commencé à me réconcilier.

Un peu d’histoire, et d’histoires, pour commencer. Car on ne peut comprendre cet espace que si l’on connaît un peu celles et ceux qui l’ont façonné. Dans les commentaires de notre adorable guide Antoine (Animateur des Parcs naturels départementaux), quelques « silhouettes » ont surgi au détour des chemins.
Commençons par un peu de généalogie pour essayer de comprendre qui sont les D’Estienne d’Orves (source : geneanet).

Augustin d’Estienne d’Orves et sa famille

Dans la Nice d’aujourd’hui, c’est surtout Honoré que l’on connaît, dans cette famille. Mais c’est Augustin qui est à l’origine de la propriété dont une partie a été absorbée dans le parc. Petit-fils d’Honoré, et grand-père d’Honoré… Dans cette famille, comme dans beaucoup d’autres à cette époque, on aime redonner les mêmes prénoms… Celui qui a donné son nom à l’un des grands lycées niçois est le petit-fils de l’Augustin dont nous allons parler ici. Enfin, de l’un des Augustin, car il a eu aussi un petit-fils portant son prénom, qui, lui, a continué à aménager la propriété de son aïeul, et que, pour commodité, notre guide surnomma « Augustin 2 ». Vous me suivez?

Augustin est né le 15 août 1798 à Aix-en-Provence. Un peu plus vieux que notre cher Victor, donc, pour vous le situer dans le temps. Et mort presque aussi vieux, à 81 ans, à Nice, le 8 décembre 1979. Son ascendance réunit les familles d’Estienne d’Orves (papa, Louis Laurent Joseph, conseiller au parlement de Provence, a 71 ans quand le petit naît et meurt quand il a 4 ans), et de Miollis (maman est beaucoup plus jeune, mais quand même 37 ans au moment de la naissance, et meurt quand il a 36 ans). Lui-même s’allie par celle qu’il épouse à 26 ans (elle n’en a que 19!), Louise Rosalie Eulalie, aux familles Novaro de Castelvecchio et de Monléon. Pour la suite, voici une copie de la descendance…

Tout cela pour que vous compreniez un peu mieux ce que l’on voit en arrivant dans ce quartier de Nice : une avenue qui porte le nom de la famille et le lycée Honoré idem. Et pour que vous imaginiez ce Monsieur transformant une colline en ce que l’on peut encore admirer aujourd’hui. Vous vous posez peut-être la question « et pourquoi d’Estienne et d’Orves »? Bon, je prends encore un peu de temps. Les d’Estienne sont connus depuis 1500 environ, et très reliés à l’histoire d’Aix en Provence. Et c’est Joseph-Honoré d’Estienne qui créa la branche d’Orves, au XVIIIème siècle, en épousant Agnès de Martiny, héritière de la terre d’Orves, près de Toulon. Voilà, vous savez tout, ou presque. Et vous rencontrerez dans la balade son petit-fils, créateur du raccourci qui nous a fait souffrir (faire monter des escaliers ardus par cette chaleur avec un masque, cela relève du sadisme…), et une de ses descendantes, Félicie. Sur elle, je ne vous dirai rien, car pour l’instant sur le net je ne rencontre que la Félicie actuelle, artiste connue… mais un spectacle a été monté dans le Parc récemment, autour de cette peintre impressionniste, par Cyrielle et la troupe que j’aime tant, 1,2,3 CAT.

Les exploitants agricoles et autres serviteurs

Qu’il s’agisse de louage ou de métayage, les personnes oeuvrant sur le domaine étaient très nombreuses. Nous retiendrons surtout une famille, celle des Allegretti, qui ont tellement été associés à celui-ci qu’elle a obtenu le droit de rester dans sa demeure située maintenant sur le parc racheté par le Conseil Départemental des Alpes Maritimes! Mais on peut imaginer tout ce petit monde entretenant orangeraie et oliveraie, participant à la production de fruits, légumes et fleurs, assurant l’entretien des chemins et du réseau hydraulique, transformant une colline en vaste domaine sylvicole et agricole… Et, bien sûr, aussi toutes celles et ceux qui construisaient et entretenaient les édifices qui sont encore visibles de nos jours.

Un comte russe

Augustin avait un ami, le comte d’Apraxine. Une famille célèbre dans l’histoire de la Russie. Mais je ne suis pas parvenue à identifier qui était précisément ce comte dont les ancêtres sont si prestigieux, ni pourquoi il était alors à Nice, même si l’on sait combien les Russes ont toujours aimé cette ville.

Les deux compères, aux dires de notre guide, devisaient tranquillement sur la plateforme sommitale, échangeant sur leurs exploitations réciproques, et sans doute d’autres sujets à taire… Le comte montait de sa résidence sise au bas du domaine pour rencontrer son vieux copain…

Ce comte a fondé une institution charitable, destinée à l’accueil de jeunes filles dites alors « aveugles ». Cette institution est devenue de nos jours un ESSMS géré par l’IRSAM: foyer d’accueil occupationnel « Les Bougainvilliers » et foyer d’accueil médicalisé « Les Glycines » situés dans la villa Apraxine, au 49 de l’avenue… d’Estienne d’Orves, bien sûr, qui accueillent toujours des résidents sensoriels, mais sont devenus mixtes…

Voilà dressé le tableau de quelques acteurs dont les fantômes hantent le Parc. Il ne reste plus qu’à y entrer et vous en narrer la visite.. ce sera pour une autre fois…

Le parcours de la combattante : achat d’un BZ à Nice

J’interromps mes récits de voyage pour « vider mon sac » et vous faire rire un peu…

Comme tous les ans ou presque, je me suis trouvée confrontée à la nécessité de racheter un canapé. Non qu’il soit vieux ni usé, mais le mécanisme en a été cassé, ainsi que de nombreuses lattes, par un jeune peu soigneux – c’est le moins que l’on puisse dire!!! Me voici donc, sur Internet, en quête d’un mécanisme…

Le constat est rapide : peu à vendre et, quand ils le sont, très chers par rapport au canapé complet, et, surtout, avec des délais de livraison dépassant l’entendement : un mois au moins!

Je décide donc l’achat d’un nouveau canapé entier.

Même remarque pour la livraison : au moins deux semaines. Or il me faut le canapé dans la semaine!!!

Je cherche donc comment faire et appelle les différentes marques. Je finis par obtenir une réponse positive d’Ubaldi : je commande le canapé, et je l’ai le lendemain.

Me voici donc partie hier soir à l’autre bout de Nice, près du stade Allianz. Bonne double surprise d’abord: le magasin est situé juste après le péage de l’autoroute, et un parking peu occupé et gratuit est accessible directement sous celui-ci. Je jubile… et découvre un superbe espace épuré, bien décoré, bref, une vitrine de luxe… et ce n’est effectivement qu’une vitrine, ce qui va me valoir un certain nombre de déconvenues.

Une attente interminable

Dans l’espace « pièce à vivre », une vendeuse et un vendeur. L’une est occupée à un bureau avec un vieux couple qui n’en finit pas; l’autre fait le guide avec une cinquantenaire peu pressée, qui finalement n’achètera rien. Bref, j’attends près d’une demi-heure…

Aucun BZ en exposition

Lorsque le vendeur réussit à se libérer de sa prédatrice, il m’annonce qu’il n’y a pas de BZ en exposition, et me montre sur Internet ce qui existe… Un comble! J’aurais pu commander de chez moi! Mais confirme que je pourrai l’avoir le lendemain matin en magasin. Je commande donc.

Une exigence incroyable au niveau des papiers, et des courriels d’une lenteur effrayante

Au moment de finaliser la commande et les modalités de règlement, je découvre qu’il faut une attestation de domicile et un RIB. Pour moi, pas de difficulté : je télécharge le tout sur mon Iphone.

Mais il m’est expliqué que la facture EDF doit dater de moins de 3 mois. Si, comme moi, vous êtes en paiement mensualisé, vous savez qu’il n’y a qu’une facture… par an. La mienne date du 20 mars. Donc la date ne convient pas. J’argumente… et finalement le vendeur cède. Je lui envoie le document par courriel. Il n’arrive pas. Je le renvoie, à une autre adresse. Toujours rien. Il finira par parvenir au bout d’environ 10 mn!

Quant au RIB, ma banque propose de l’envoyer directement. Ce que je fais. Mais il est intégré à un courriel, et non joint en fichier pdf. Nouveau refus du vendeur. Je tente et retente sur le site de la banque. Rien n’y fait. Il finit par accepter, en me demandant de revenir le lendemain avec un RIB « correct » !

Au total, cela fait plus d’une heure que je tente d’acheter un article que je n’ai pas vu et qu’on me livrera dans ce magasin le lendemain… Je ne me décourage pas. Puisque je suis là, je décide d’acheter le réchaud dont j’ai besoin. Mal m’en a pris!

Encore une « vitrine », mais vide… et toujours autant d’attente!

Les objets électroménagers sont magnifiquement exposés. Pas un réchaud. Mais je ne décourage pas. Puisque les canapés ne le sont pas non plus… Je cherche donc un vendeur. En vain. Finalement, on m’explique que je dois faire la queue face aux caisses. Au bout d’environ une demi-heure, c’est mon tour… Un gentil vendeur se pose avec moi dans un coin, allume sa tablette, et cherche…. Il ne trouve rien… je fais de même sur mon téléphone, et trouve des réchauds. Mais il m’explique alors qu’en réalité Ubaldi sert d’intermédiaire à des sous-traitants, et que, dans ce cas, il faut commander par Internet et attendre la disponibilité et la livraison…

Une heure plus tard, soit plus de 2 heures après mon entrée dans le magasin, je ressors donc avec un bon de commande pour un canapé fantôme et bredouille pour le réchaud, que je trouverai chez Darty, un peu plus loin, en quelques minutes.

Un second aller et retour pour rien

Le vendeur avait dit « après 10h ». Comme je travaillais jusqu’à 11, cela m’arrangeait. Je reprends donc l’autoroute et regagne Nice Ouest. Parking. Recherche du point de retrait. Accueil sympathique. Attente. J’en profite pour aller porter mon RIB au vendeur (à l’autre bout du magasin) et reviens au point retrait.

Nouvelle attente.

Un jeune vient au secours de la personne en poste. Et informe que 1) le canapé fera partie de la deuxième vague de livraison et 2) aucun sms ne m’a été envoyé.
C’est ainsi que je découvre qu’il aurait fallu attendre confirmation de la livraison avant d’y aller et que 10 h est l’heure de la première livraison!

Je n’ai pas pris mon téléphone, et donne donc le numéro de la personne qui m’accompagne. Le jeune homme refuse. J’insiste. Il appelle au téléphone le vendeur, l’invective, le somme de venir immédiatement. Celui-ci arrive, mais n’a ni papier ni stylo et me demande de venir le voir (à l’autre bout du magasin). J’y vais donc et il note sur un coin de papier le second numéro. Je repars au point retrait et demande quand environ aura lieu la livraison. Aucune réponse.

Je regagne donc la maison, de l’autre côté de la ville. Plus d’une heure de perdue… et je rentre bredouille.

Epilogue

Un sms est finalement arrivé, à 13h30. Sur mon téléphone. J’ai couru pour rien donner l’autre numéro! Et je n’irai que demain rechercher l’objet… pas envie d’un troisième aller et retour! Vive Ubaldi!

Grignan – Episode 3

Je reprends le récit de ma balade matinale à Grignan, récit interrompu sous le coup de l’émotion hier…

Souvenez-vous, je sortais du cimetière jouxtant la Chapelle Saint Vincent… Vous y êtes? Et me retrouvai donc, si vous avez compris la topologie, devant la salle des fêtes, face à ce qui est ici dénommé « Le Mail ». Je viens de vérifier le sens de ce terme, qui pour moi désignait une promenade le long d’un cours d’eau. Eh bien non, pas du tout, c’est seulement une « promenade publique ». Alors, pourquoi faisais-je cette erreur? Tout simplement parce que dans mon enfance j’ai toujours entendu parler du « Mail de la Sambre »… comme quoi des erreurs peuvent perdurer!!!

Au bout de ce Mail, un édifice arrondi, avec des colonnes, m’intrigue… Et, lorsque je m’approche, me ravit… Une belle fontaine, aux eaux claires qui laissent voir des pièces… de quoi protège-t-elle? Je l’ignore…

Une petite grimpette, et me voici longeant les remparts de la ville médiévale. Les époques s’y mêlent et entremêlent…

Les murs sont, comme le long du Mail, ornés de rosiers grimpants.

C’est en effet une caractéristique de ce bourg que de s’être spécialisé dans les rosiers anciens – à propos, je m’aperçois que je n’ai toujours pas écrit l’article sur Bagatelle où je suis allée me promener en juillet!

De verdoyants jardins en contrebas…

Sous les remparts, de nombreux jardins, aussi variés que verdoyants, agrémentés de jolies ferronneries parfois.

Mignon, le cochon, non?

Et des prairies… Dans l’une d’entre elles, des animaux dont la silhouette au loin me frappe. Je m’approche donc… et découvre deux magnifiques porcidés noirs… Bien gras et dodus, pas comme ceux qui errent sur les routes de Corse…

Puis je m’engage dans les ruelles et placettes de la vieille ville, séduite par le calme qui y règne, par la beauté des couleurs, et intriguée par le nombre de chats qui semblent y régner en maîtres des lieux…

Chat gardien des lieux?

Quelques hommes jardinent, arrosent, reviennent du tennis. Tous souriants et aimables. Et les façades ou intérieurs aperçus révèlent la diversité des habitant-e-s comme celle des goûts architecturaux et décoratifs.

Le bien-être n’est pas oublié, et le nombre incroyable de bancs et sièges de toutes sortes en est la preuve…

Bancs privés…
Bancs publics… ne manquent que les Amoureux…

Plus haut le regard butte sur l’étonnante assise rocheuse du château.

Les bougainvillées lui donnent encore plus de relief…

Naturel et artificiel se jouent l’un de l’autre, et l’Homme s’en est donné à coeur joie pour transformer l’éperon rocheux en une subtile composition…

Les « maçons » aussi se sont amusés à glisser des symboles ici et là…

Le jeu du jour… Quels détails symboliques?

Levez la tête… un clocheton… A votre gauche, une petite fenêtre dont le volet porte une date étonnante… Un peu plus loin, on aperçoit la silhouette d’un autre village…

Un clocheton discret!
Regardez la date…
Au loin, la Garde Adhémar???

Le jour est maintenant bien levé. Je redescends vers la Porte du Tricot (original, ce nom n’est-ce pas? je ne suis pas parvenue à identifier l’origine du nom…), surmontée de ce que l’on nomme Tour de l’Horloge (pas original, ça!). C’est la seule des 7 portes de la ville à avoir « survécu »…

Il est l’heure de regagner Le Petit Jeu… un délicieux déjeuner m’y attend.

Il ne reste presque plus rien… Délicieuses, les petites crèpes!
Petits pots décorés par Caroline…

Suivi d’une baignade dans la piscine…. et de profiter de la douceur de ce jardin dominé par la maison d’hôtes…

Le temps de dire « au revoir » à Caroline et Bruno, et je quitte Grignan avec autant de regret que Le Petit Jeu…

Nouvel incendie à Jansiac

Celles et ceux qui me connaissent un peu auront sans doute remarqué un hiatus dans les articles récents. Lors de mon séjour dans le Jabron, j’avais annoncé une visite à Jansiac, dont je n’ai plus parlé ensuite. Ce qui ne me ressemble pas.

La raison en était simple : je voulais protéger ce qui reste de la « Nef des Fous », et celle qui en est la gardienne, « Ferlane ». Je la sentais en danger dans ce monde déraisonnable et souvent odieux. Et j’avais raison. Hier soir m’est parvenue par une amie l’information que je redoutais. Un nouvel incendie a ravagé plus de 30 hectares, dont une grande partie leur appartenant, et les bâtiments qui avaient été épargnés par le précédent. Ce dernier avait détruit ce qui était la « salle à manger d’été », avec le piano et le clavecin ancien qui permettaient à Ferlane de jouer.

J’ai donc décidé aujourd’hui de rompre ce silence, car il faut trouver une solution pour protéger ce qui fut une Utopie, au vrai sens du terme. Et que je suis allée voir, empruntant une mauvaise piste pour grimper en montagne, puis cherchant en altitude où pouvait se trouver ce territoire hors du temps. Je l’ai trouvé, niché non loin d’un col, et ai été accueillie par le dernier membre de la communauté, Ferlane, maintenant âgée de 71 ans, selon ses dires, et ai fait aussi la connaissance de la jeune femme qui l’a récemment rejointe, et des jeunes gens qui l’aident à reconstruire des bâtiments, dont un Compagnon charpentier.

J’avais entendu parler d’ « ermites » qui vivaient en montagne. M’enquérant par la suite de cette histoire, j’en appris quelques bouts, et m’étonnais de voir considérer comme « fous » des êtres qui vivaient en autarcie au-dessus de la vallée. Un article découvert dans le journal local que l’on m’avait conseillé m’a permis d’en savoir davantage, et de concevoir le projet un peu fou d’essayer de les trouver.

Nous étions donc trois femmes à être montées les rencontrer, et nous avons reçu un accueil remarquable. Ce fut un vrai bonheur que de partager un repas avec cette petite communauté reconstituée le temps de l’été, et j’écoutais avec intérêt ce qui m’était dit du passé. Mais j’avais décidé de le taire, pour ne pas les mettre en danger. Tout en me demandant comment continuer à recueillir ces dires, pour garder la mémoire d’une aventure hors du commun et d’une démarche philosophique et sociétale très intéressante.

D’entrée de jeu, lorsque je parlai de « 68 », je fus rembarrée par mon interlocutrice, qui tint à faire observer que sa communauté n’avait rien à voir avec les « hippies », ni les « écolos », ni les militant-e-s de tout bord politique.

La jeune femme qu’elle était a rejoint cette communauté un an après sa création, en Bourgogne. Les deux fondateurs étaient des architectes qui ont délaissé leur ancrage francilien pour se lancer dans le projet d’une Utopie. En 1974, suite à des informations qu’ils ont recueillies et vérifiées, ils acquièrent un terrain, pour ne pas dire un territoire, énorme – regroupant trois propriétés agricoles et sylvicoles – sur les monts qui dominent la vallée du Jabron, et s’y installent pour créer ce qui devait être la première d’un ensemble de communautés en Utopie.

Au moment où j’écris ces lignes, sous le coup de l’émotion, je n’ai pas encore étudié les textes, articles, interviews et autres témoignages de l’époque, ce que je me proposais de faire par la suite, après avoir réfléchi à la manière de témoigner sans nuire. Mais les déclarations de mon hôtesse évoquaient une démarche philosophique basée sur la phénoménologie, et une expérience sociétale fondée sur l’absence de toute valorisation. L’idée était de vivre en une sorte d’autarcie partagée (expression de mon cru, à vérifier!), et de voir comment plusieurs communautés pouvaient vivre ainsi. Ils ont tout essayé. Modifier l’environnement naturel (2000 arbres plantés, des étangs creusés, des terrasses cultivées…), produire de l’énergie, et il subsistait encore, lorsque je suis montée, une scierie, une menuiserie, une imprimerie… Imprimerie? Eh oui, car la Nef des Fous fut une maison d’éditions, ainsi dénommée en référence au tableau de Jérôme Bosch, lui-même inspiré de l’ouvrage de Sébastien Brant, Das Narrenschiff.

Ferlane a tenu à préciser, en riant, que, pour eux, les Fous n’étaient pas à l’intérieur, mais à l’extérieur du « navire »…

Je ne suis pas en mesure actuellement d’en dire davantage sans risquer de raconter des sornettes, et je ne veux pas pervertir la pensée de cette communauté. Mais vous l’aurez compris, elle mérite d’être fixée et de rentrer un jour dans l’Histoire.

Me taire n’a pas suffi à protéger ce qu’il en reste. Espérons que la Mémoire pourra jouer et l’Histoire s’emparer de ces idées, pour que d’autres continuent à vouloir (re?)créer des Utopies…

Grignan – Episode 2

J’avais promis de poursuivre le récit de la découverte de Grignan… je tiens donc parole, et vous livre la narration de la promenade faite à l’aube de ce début d’août.

Pas de préméditation. Je n’avais rien lu au préalable. Je suis donc partie le nez au vent (sans vent mais avec un nez sentant les odeurs multiples de la Provence).

Une ferme où l’on vend des tomates à un euro le kilo… Des villas et chambres d’hôtes… Une gendarmerie au style architectural plus que douteux… et, au loin, j’aperçois une chapelle… Ce sera donc mon premier but. Le soleil commence à en caresser le faîte, et découvre un cimetière niché autour d’elle. Je longe donc la salle des fêtes (devinez comment elle s’appelle?) et me dirige vers celui-ci.

Celles et ceux qui me suivent depuis un moment savent combien j’aime errer dans les cimetières. On y apprend tant des « familles » de la zone… On essaie de deviner les vies… On découvre parfois les circonstances des morts… Les liens sociaux, faibles ou forts, y transparaissent. Et des traces d’affection et d’amour…

Ce cimetière n’échappe pas à la règle.

Mais une spécificité me frappe d’abord. Sans doute le terrain est-il trop dur, et les tombes ne sont pas toutes creusées. On trouve des coffres comme dans les régions montagnardes. Et certains sont littéralement surchargés de plaques…

J’essaie de comprendre la topologie et de repérer les quartiers les plus anciens. Mais presque tout le cimetière est ancien, et je suis surprise du très grand nombre de tombes menacées d’être reprises car les concessions sont arrivées à échéance.

Pourtant il y a bien des traces de vie plus récentes. Ici un motard, là une personne engagée dans une association de boules, là-bas une femme qui visiblement aimait les chats… Un homme mort jeune, dont la pierre offre aux regards un long poème.

Mais aussi de plus anciennes, et des traces des guerres et des maladies. Des successions de générations, aussi. Que sont devenu-e-s les descendant-e-s?

Il est temps maintenant de découvrir la chapelle, dont j’apprends qu’elle est dédiée à Saint Vincent.

A l’intérieur, un style très épuré, et de belles lumières. Des plaques expliquent qu’il s’agit d’une oeuvre artistique. Les vitraux étaient sans doute disparus. On a placé devant chaque verre blanc une plaque de couleur. Ici bleue, là verte, ailleurs jaune…

Quand je photographie une des plaques, je découvre avec surprise que la photographie ne correspond pas du tout à ce que l’oeil avait révélé. J’ai essayé de saisir cet étrange phénomène.

En 1, la photo telle qu’obtenue spontanément. En 2, la photo avec focus sur la plaque. Et en 3, la mauvaise photographie de l’ensemble, vu du choeur.

Le cimetière est vaste, et j’ai passé un long moment à m’y promener, entre fleurs de céramique (?) et fleurs en pot ou coussins.

Mais les plus belles sont sans conteste les fleurs naturelles qui reprennent possession des lieux…