Un bal littéraire

Le principe est simple : une playlist de huit titres pour danser. Et un texte en huit parties, chacune devant se terminer par l’un des titres. A chaque fin de partie, tout le monde gagne la piste de danse et peut se défouler en dansant. En effet, un espace avait été transformé en piste de danse, à l’étage inférieur du musée.

Ensuite, assis à nouveau, on écoute, et ainsi de suite jusqu’à la fin. Les textes avaient été rédigés en deux jours par quatre artistes, dont l’une en résidence au Musée. Et ce sont cet écrivain et ces écrivaines qui les lisaient, en alternant en permanence. Il faut préciser qu’iels écrivent habituellement des textes pour le théâtre… L’une du groupe, d’ailleurs, a révélé à la lecture des talents de comédienne.

« Imaginé par Fabrice Melquiot, cette représentation unique, joyeuse et festive marie littérature, musique et danse. Quatre auteurs-performers, Virginie Barreteau, Pauline Sales, Eddy Pallaro et Mariette Navarro se réuniront la veille pour écrire une fiction collective inspirée du lieu qui les accueille, de leurs sensibilités croisées et d’une playlist de chansons dansantes et populaires. »

Je ne vous raconterai pas l’histoire de Morgane, une fille d’Issy, bien sûr, la ville qui nous accueillait… Mais ce fut suffisamment intrigant pour que tout le monde reste jusqu’à la fin. La soirée s’est terminée pour les un-e-s en prolongeant la soirée dansante, et pour les autres en continuant la visite du musée. Ce qui fut mon cas, et j’en profitai pour me nourrir de la richesse et de la variété des fonds.

D’abord, revenons aux cartes et à leur graphisme souvent très fin. Revenons au point de départ, l’Inde et la Perse, et l’on découvre que des cartes pouvaient être rondes…

Les cartes sont classées par continents, puis pays…

Ci-dessous, ce sont les membres des familles royales de 4 pays européens qui jouent les « nobles ».

Les signes du Zodiaque font aussi l’objet de cartes.

Mais il n’y a pas que des cartes, dans ce musée. Et j’ai particulièrement apprécié les nombreux livres qui y ont trait, au travers des siècles (excusez la mauvaise qualité de certaines photos, mais il fait assez sombre pour ne pas abîmer les couleurs, et les lumières se reflètent dans les vitrines).

Le musée présente également une série de tableaux où l’on voit jouer aux cartes…

Certains tiennent de l’allégorie…

Quand on n’a pas le tableau, on le présente photographié, pour illustrer des explications.

Enfin, n’oublions pas les objets. Utilitaires, comme ceux qui servaient à fabriquer les jeux ou à les ranger, et certains très esthétiques.

Je n’avais malheureusement plus de batterie et ne pouvais continuer à photographier…

Après cela, une halte au Café d’Issy, dont il avait été question dans la pièce, pour un Mojito et une soupe de fruits avec glace. Une excellente soirée, loin de la foule qui envahit ce soir-là les musées parisiens! Un seul regret : la playlist était très « années 90 », entre disco et rap. Donc peu adaptée au public plutôt vieillissant… Mais je ne voudrais pas finir sans signaler l’exceptionnelle gentillesse de l’ensemble du personnel, fait assez rare dans un musée hélas…

Nuit au Musée de la Carte à Jouer

Voilà bien longtemps que je rêvais d’aller visiter ce musée… Or, pour la Nuit des Musées, il offrait une programmation alléchante : mini-visite ludique, tirage de cartes, cocktail, et « bal littéraire » – une notion qui m’était tout à fait inconnue! Ce fut donc l’élu dans la longue liste des musées qui présentaient chacun des programmes intéressants. Direction donc Issy-les-Moulineaux.

La promenade entre la station de métro et le Musée me réserva une surprise…

Cela vous rappelle quelque chose? Eh oui, il y en a une autre du même artiste dans le parc de l’Ile Saint Germain… elle a provisoirement déménagé!

Ici, la statue monte la garde devant l’Hôtel de Ville.

Le Musée jouxte une belle bâtisse…

Celle-ci était naguère un simple pavillon d’entrée inclus dans la propriété des Princes de Conti.

A l’entrée du musée, je retrouve Dubuffet et comprends pourquoi il est arrivé « en ville ».

Malheureusement, il est tard et l’exposition est fermée. Mais le reste du musée est bien ouvert, et accessible gratuitement. Et je ne fus pas déçue. D’abord, parce que le musée est extrêmement bien conçu et passionnant. Ensuite, parce que la visite fut à la fois ludique et fort riche. Enfin, parce que je suis finalement restée jusqu’au bout, et même au-delà du « bal littéraire ». Par contre, je n’ai vu aucune cartomancienne. Et si le cocktail a bien eu lieu, il n’était pas très convivial. Mais c’est souvent le cas!

Revenons donc à la visite du musée, dans un premier temps. De petits groupes étaient constitués, et trois cartes tirées au sort. L’une, un « personnage », la deuxième, un « pays », la troisième, une action. En l’occurence, ce fut « tigréléphant », « Turquie » et « lire un livre ». Il fallait repérer, dans les trois niveaux du musée, les cartes dont les illustrations étaient extraites (heureusement, la guide nous a « contenus » dans des espaces restreints pour chaque carte).

La première était un détail (encadré en verre) d’une carte indienne. Le jeu entier est superbe. Il fait partie de ce que je nommerais « jeux-oeuvres », travail fin et esthétique garantie.

De cette section « Cartes du monde entier », située au deuxième sous-sol, nous sommes remontés au premier pour les jeux pédagogiques, afin de trouver la carte d’où était extrait ce détail.

Un jeu superbe, dans un coffret d’une taille impressionnante…

La troisième carte représentait un pendu en train de lire.

Les habitué-e-s reconnurent tout de suite une carte de tarot. Or les tarots sont… au deuxième sous-sol! Hop, on redescend.

Il s’agit d’un jeu imaginé par un artiste anglais, en 1973.

Mais il cache un second jeu, qu’un bouton permet de faire apparaître, et qui est dû à Dali. Vous avez bien lu, oui, Dali.

J’aurais envie de vous présenter plus de choses, et vous relater tout ce que nous avons appris, mais cela nous entraînerait trop loin!!! Une fois les trois cartes identifiées et les explications apportées sur le contexte, écrire une phrase avec les trois contenus. Ce que nous fîmes…

J’ai été, pour ce qui me concerne, particulièrement intéressée par les jeux de tarot et surtout par les cartes à vocation « pédagogique », qui apportent énormément d’informations sur les représentations des autres pays et peuples à travers les époques. Notre équipe n’a pas gagné le prix de la phrase, mais nous nous sommes consolé-e-s en considérant que le tirage au sort ne disait rien de la valeur des phrases (rires)… Ensuite, cocktail, puis commence le « bal littéraire ». Mais c’est une autre histoire…

De retour à Donibane Lohizune

Après ces journées passionnantes de découvertes en mer et sur terre, les derniers instants en Pays Basque ont été embellis par un délicieux dîner et une nuit agréable dans mon hôtel préféré. Je vous ai déjà parlé du restaurant, le Pil Pil Enea.

Mais tant pis, je recommence.

D’abord, parce que l’accueil y est chaleureux, avec un patron-serveur des plus aimables, et qui ne manque pas d’humour. Ensuite, parce que les plats servis sont toujours aussi bons. En l’occurrence, un assortiment de tapas (« assiette luzéenne »), parmi lesquels mes préférés sont de petites aumônières fourrées de fromage frais de brebis. Sur la carte : « croustillants d’ardi-gana ». « Ardi », c’est la brebis. « Gana », le fromage. Mais le jambon, les piquillos, les beignets de piment frit et les chipirons sont des petites merveilles.

Ensuite, un merlu à l’espagnole. Fondant à souhait, baignant dans une délicate sauce, accompagné de grenailles. Mmmmm…

Le tout, bien sûr, arrosé de ce vin découvert récemment. Au départ, peu apprécié. Puis de plus en plus. Et maintenant, j’en raffole. Le Txakoli. En plus, très amusant à servir, avec le bec verseur utilisé aussi pour le cidre, rappelant le « Pays Basque », « Euskal Herria ».

Je ne savais quoi choisir comme dessert. Le patron m’a conseillé la « Coupe Manzana ». Et je n’ai pas regretté…

Un sorbet pomme accompagné (on verse soi-même les doses que l’on souhaite, au fur et à mesure) d’une liqueur du même fruit. Un peu sucré, mais si rafraîchissant et « digestif » après cet excellent repas!

Il ne manque qu’une nuit sereine avant de reprendre la direction de la capitale et du travail. Bien sûr, dans « mon » hôtel luzéen : l’Agur Deneri.

Sur les hauteurs de Ciboure, il offre une magnifique vue sur la plage et le port de Saint-Jean-de-Luz. Le couple qui le tient est d’une incroyable gentillesse et cherche toujours à faire plaisir. Les chambres sont lumineuses, agréablement décorées. Avec une amie, j’ai eu l’occasion d’en voir plusieurs, et voici quelques exemples. La « rose », rez-de-jardin…

La « jaune », numéro 2, également rez-de-jardin. Très lumineuse, non?

Enfin (car je ne vais pas vous faire visiter tout l’hôtel!) celle que je préfère, et que l’on m’attribue même si je réserve en dernière minute, comme ce fut le cas ce jour-là, la 26, angle du deuxième étage, ce qui permet d’avoir la meilleure vue, avec un beau balcon…

Elle permet de voir le soleil se lever sans se lever soi-même du lit…

Et les douches sont garnies de jets massants. Que demander de plus? Ah oui! Un petit déjeuner dont chaque aliment est tracé – la liste des fournisseurs, fermes, apiculteurs, éleveurs des environs vous est transmise, et servi dans une salle aux baies vitrées offrant une large vue sur les villes, plage, port, montagnes aux alentours. De quoi reprendre des forces avant de reprendre… le travail! Ce qui fut fait le lendemain…

Un retour sous le « Euskal eguzkia »

Le soleil commence à se montrer à travers les nuages lorsque nous appareillons. Il faut d’abord faire dégager l’embarcation qui s’est amarrée au Brokoa, et cela prend un certain temps… Mais enfin le bateau est dégagé et s’élance vers la sortie.

Tandis que le chef de bord est attentif au cap, je dis un « au revoir » au petit hôtel qui m’a accueillie le premier jour et renseignée le dernier sur les possibilités de se garer… La sortie du port me donne l’occasion de vous avouer une erreur dans le premier article de cette série : l’inscription réclamant le retour au pays des prisonniers basques est bien toujours là… j’étais sans doute trop fatiguée pour la voir à l’aller!

Cap au large, avec le moteur car il n’y a pas un souffle de vent…

Tiens tiens, qui vois-je dans le lointain? Notre-Dame de Rumengol, venue saluer mon départ?

Une traînière vient narguer une nouvelle fois l’équipe de rameurs non patentés, en nous doublant puis tournant au nez du Brokoa.

Tout est calme, trop calme. L’occasion de faire des photos!

Un dernier regard aux côtes espagnoles et à l’entrée des ports de Saint Sébastien et de Pasaïa, et nous nous élançons vers Saint-Jean-de-Luz, en parallèle à la côte.

Pendant que certains jouent les « figures de mâts » (à défaut de proue), d’autres espèrent que le barreur va éviter les « frêles » embarcations amarrées au large…

Le vent se lève doucement. Cela va permettre de hisser la grand voile.

Un voilier vient nous narguer, sous foc, lui. Mais n’est-ce pas notre chef de bord de l’aller et son frère qui se trouvent à bord et nous « mitraillent » de leur appareil photo? Vite, leur montrer de quoi nous sommes capables. Et donc hisser la misaine.

Et c’est fièrement vent arrière que nous nous dirigeons vers Socoa, la Rhune à tribord.

Un gros paquebot est amarré face à l’entrée, et nous revoyons nos photographes.

Trop de courant à marée montante pour entrer dans le port en vent arrière à la voile. Le chef de bord donne donc l’ordre d’affaler les voiles, au grand regret de son équipage qui se rêvait entrant à la voile. Mais Sagesse oblige, et un ordre est un ordre, surtout de la part d’un ancien commandant de la Marine Nationale!

C’est donc au moteur que nous passons Socoa, les digues de l’Artha, pour viser l’entrée gardée par le phare construit en 1936 par Pavlosky. L’équipage, en toute autonomie, range tranquillement les voiles et love les cordages pendant que le chef, ayant repris la barre laissée durant la course à plusieurs membres de l’équipage, veille à ne rien heurter.

Après quelques péripéties dues au fort courant, le Brokoa reprend sa place au port.

Le travail n’est pas fini pour le chef de bord, qui doit maintenant garder traces du voyage.

Une « taberna » typique, pour un café avant de prendre la mer…

Les quatre jours du festival de Pasaïa s’achèvent, et il faut ramener le Brokoa à son port d’attache. Impossible, d’après les autorité portuaires, de sortir avant 10 heures, et nous attendons sagement à quai. Le temps donc d’aller revoir quelques bateaux… et de découvrir un charmant bar non loin de là.

« Begihaundi », ce sont les « grands yeux » (vous reconnaissez le Begi(a) du nom de l’association que je vous ai présentée récemment… les yeux, ou le regard).

Vous allez maintenant deviner ce que sont ces « grands yeux »…

Eh oui! ce sont de gros calamars que l’on pêche le long des côtes basques. Ils se cuisinent... Difficile d’oublier où l’on se trouve, avec les innombrables photos et autres illustrations…

Parader sous la pluie

Aller jusqu’en Espagne pour se retrouver paradant sous la pluie, il fallait le faire! C’est ce qui m’est arrivé, en ce jeudi de l’Ascension. Pour – cerise sur le gâteau! – ne pas pouvoir sortir du port ni mettre les voiles (notre chef de bord nous les a fait mettre, mais aussitôt un hors-bord de l’organisation les a fait affaler)…

Mais je ne l’ai pas regretté. Car c’est un vrai plaisir que de montrer le patrimoine maritime basque aux courageux badauds qui affrontent froid et humidité pour venir admirer les vieux gréements.

Et j’avoue que je n’étais pas peu fière d’être sur le Brokoa qui se faufilait entre les magnifiques Recouvrance et Notre-Dame de Rumengol et les adorables traînières espagnoles… Sans oublier l’admiration sans bornes pour les rameurs et rameuses!

A l’antepénultième place « décollent » les « moyens », puis les « grands » voiliers, contrastant avec de modestes embarcations pri

Ils sont suivis, en « bateaux-balais », par les bateaux à moteurs.

Et je sursaute violemment quand éclate un coup de canon. Eh oui, c’en est bien un ! Et les « grognards » que vous apercevez au loin sur la photo qui suit en ont tiré un certain nombre (j’ai oublié de les compter »!).

Sur le quai, c’est une fanfare que j’entends soudain.

Et c’est elle qui va accompagner la fin de la parade, tout le monde en rythme pour se réchauffer, aussi bien sur les quais que sur le Brokoa…

Journée pluvieuse à Pasaïa

Que faire lorsqu’il pleut toute une journée, qui devrait être de festivités joyeuses sous un soleil espagnol? Au petit-déjeuner, d’autres hôtes m’apprennent que Notre-Dame de Rumengol est arrivée à 4 h du matin, avec une entrée dans la passe très difficile. Un petit tour de ce côté du chenal, puis je traverserai pour aller la saluer… J’étais déjà venue dans ce quartier, mais je ne me lasse pas des traces de l’histoire et de l’architecture si hétéroclite mais « vivante ».

Les petites embarcations jouent quand même sous le regard (l' »itsas ») des rameuses et rameurs.

Première direction : le Musée, qui est aussi chantier naval pour les restaurations. Je le connais déjà, pour y avoir passé un long moment lors de ma première venue. Mais c’est toujours un plaisir de retrouver les forgerons au rythme cadencé, symboles de la vraie collaboration.

Je me remémore l’histoire du San Juan, baleinier qui avait disparu en 1565 à Red Bay, Canada. Son épave, située en 1978 et fouillée par les chercheurs canadiens. Et une réplique en est construite à Pasaïa, qui désormais navigue comme emblème de l’histoire des marins qui partaient du Pays Basque pour si longtemps, et parfois sans y revenir, mais aussi symbole des peuples tels que les Inuits et de la coopération.

J’en profite pour essayer de retenir en basque le vocabulaire spécifique de la marine à voile, que j’ai déjà tant de mal à apprendre en français!

Je passe un long moment dans l’atelier charpente-menuiserie, où j’admire le travail des jeunes qui apprennent les métiers de la construction navale, avec une ardeur incroyable.

Au plafond, vous apercevez les traînières et leur évolution au cours de l’histoire, en raison de l’évolution des matériaux, qui les a rendues de plus en plus légères et rapides.

Mais le musée que j’avais visité vide est maintenant de plus en plus fréquenté, et des hordes d’enfants et d’adolescents se rassemblent autour de moi à chacune de mes haltes, pour écouter (plus ou moins!) leurs guides. Je décide donc de quitter les lieux, à mon grand regret, pour rejoindre l’équipage qui s’est rassemblé dans un bar voisin. L’occasion de déguster le cidre basque.

Un des membres m’a raconté que les pommiers étaient endémiques au Pays Basque, et que Louis XIV avait découvert le cidre lors de son mariage à Saint-Jean-de-Luz.

« Depuis l’Antiquité, la pomme était présente en quantité dans tout l’Euskadi. Au Ier siècle, Strabon, un géographe Grec, décrit l’abondance de pommiers au Pays Basque et mentionne qu’il s’y consomme le Phitarra, une boisson obtenue grâce à des morceaux de pommes que l’on met dans de l’eau bouillante et du miel.

Au Moyen âge, dans son « Guide du pèlerin de St-Jacques », Aymery Picaud écrit en 1134 que l’on trouve au Pays Basque uniquement des pommes, du cidre et du lait comme aliment.

Chaque ferme comprenait autrefois un pressoir permettant la production de cidre »

Mais je n’ai pas tout vérifié. Nous y reviendrons donc à l’occasion, si cela vous intéresse… Pour l’instant, allons avec les autres membres de l’équipage, sous la pluie, voir ce qui se passe sur les quais. Le Morgenster est toujours là. Les bateaux bretons sont bien arrivés, effectivement. Notre-Dame de Rumengol, gabare gérée par l‘association An Test, est bien là. J’avais juste oublié de vous préciser qu’il n’est pas équipé de moteur!

Mais n’est-ce pas la Recouvrance qui est là, nez à nez (enfin, proue à proue!)?

Toujours aussi fine et belle, non? Et l’équipement! De quoi éviter les sacs de noeuds…

« La Recouvrance, goélette symbole et ambassadrice de la ville de Brest qui en est aussi la propriétaire, porte le nom du plus célèbre quartier de la ville, celui où les femmes de marins priaient Notre Dame. »

Sur la terre ferme, des installations sont encore en train d’être équipées, mais certaines abritent déjà leurs occupants. Nous découvrons ainsi une association spécialisée dans la « galupe ».

Des échanges intéressants avec ses représentants, qui partagent beaucoup de nos préoccupations. En outre, cette semaine est justement la semaine culturelle à laquelle l’association participe activement! ça tombe mal pour eux…

Screenshot

Mais l’heure du rassemblement pour la parade approche, et il nous faut regagner le bord, pour y participer, malgré un temps menaçant… Un dernier regard au San Juan et aux voiliers, et vite, regagnons le ponton 3…

Etrange soirée à Pasaïa

Je vous ai laissé-e-s, dans le précédent article, lorsque le bateau était arrivé à quai, et que nous étions contraint-e-s de rester à bord car la grille d’accès au ponton était fermée à clés. D’où un pique-nique à l’heure du thé, dans un courant venteux bien frais… Un avantage toutefois : celui d’assister à l’arrivée d’un magnifique voilier. Jugez-en plutôt :

Ce navire, je l’apprendrai plus tard, est le Morgenster. Quelques temps après, c’est le Saltillo qui pénètre dans le chenal.

Plus modeste, certes, mais très élégant cependant.

Enfin on vient nous délivrer, et nous pouvons aller prendre la navette qui traverse vers l’autre rive… Après la non-réception au quai, enfin, glacée, je peux gagner l’hôtel soigneusement réservé quelques mois plus tôt. Et j’avais bien fait! Le seul dans le coin, et seulement 7 chambres! Vous le voyez, photographié le lendemain : le cadre indique le balcon de la chambre 102, qui m’a accueillie.

La petite navette m’y emmène, et je découvre une vieille maison, dont l’intérieur a été réaménagé avec goût pour accueillir au mieux les hôtes. En bas, une vaste salle commune, qui sert pour les repas ou le travail.

Un ascenseur dessert les deux étages. Le choix a été fait de mêler hardiment ancien et moderne, matériaux naturels et plastique, et l’ensemble est assez réussi. Un plus : de la fenêtre, je peux surveiller et l’Alba et le Brokoa!

Ils sont sagement amarrés juste en face!

Une douche bien chaude, une petite sieste, et vite, retour de l’autre côté (vive la navette!) pour aller découvrir les voiliers et ce que j’espérais être une ambiance festive. Pour la seconde, on oublie : rien n’est installé, il n’y a presque personne sous cette pluie fine. Par contre, quelques navires sont bien à quai. Le Morgenster, que vous avez vu arriver sous pavillon néerlandais, offre à la vue sa figure de proue.

J’ai fait d’autres photos de lui, mais ne vous les présente pas. En effet, de près, il est assez décevant car trop « apprêt ». Il faut dire que ce monocoque de 48 m, lancé en 1919, a été largement restauré et a repris la mer il y a une vingtaine d’années comme navire-école, voilier pour croisières, et fait un peu trop « vitrine » à mon goût. Un peu plus loin, c’est l’Etoile du Roy qui offre sa poupe au regard.

Je le connais pour l’avoir vu en Bretagne, près de son port d’attache, Saint-Malo.

Comme vous le constatez, lui aussi est obligé de se prostituer pour survivre…

Mais les détails n’en restent pas moins impressionnants.

Et la figure de proue est assez terrifiante… Je me suis demandé si elle était dûe à Jean-Paul Gaultier ou à Madonna dans ses jeunes années…

En tout cas, elle ne m’apparaissait pas authentique! Et j’avais raison… Autrefois, c’était un terrible pirate mâle et viril qui ornait la proue du bateau, alors nommé Grand Türk, du nom de celui qui avait fait construire cette réplique d’une frégate-corsaire corsaire du 18ème siècle. Bateau que vous pouvez voir dans les Trois Mousquetaires, avec Cassel et Duris.

Comme il appartient à une entreprise qui loue des navires pour les besoins des réalisateurs, vous pouvez aussi le voir dans Bougainville, Monte Cristo, Napoléon… Bref, à toutes les sauces… Mais revenons à notre Belle Dame de Proue… Car l' »Etoile du Roy » n’est autre qu’une femme, corsaire bien sûr (nous sommes à Saint-Malo), joliment dénommée Violette de la Hisse. Mais n’essayez pas d’en trouver trace dans l’Histoire : elle n’a jamais existé. En tout cas, pas ailleurs que dans l’imagination de l’artiste qui l’a inventée, Valérie Gauthier (pas Jean-Paul, et d’ailleurs le nom ne s’orthographie pas de la même manière!), en 2013. Vous remarquerez le mot « légende »…

La Bretagne est bien présente sur les quais de Pasaïa, mais, ce soir-là, les bateaux n’étaient pas encore arrivés et je les ai cherchés en vain.

Demi-tour donc, un peu frustrée. Mais il fait froid, il n’y a aucune ambiance, et peu d’embarcations sont arrivées. Retour donc sur l’autre rive pour chercher un restaurant. Et là, surprise! Ils sont tous fermés! Une veille de long pont de l’Ascension! Heureusement, il y a les restes du pique-nique… et un bar ouvert sur la place voisine. Mais avant, j’ai eu le temps de découvrir les traces de la haine espagnole contre Charlemagne.

Un petit verre de bière pour reprendre courage. Vous avouerez que l’ambiance n’est pas gaie!

Et la vue est même gâchée un moment par un monstre marin.

La soirée va donc se résumer à un modeste pique-nique dans la chambre d’hôtel…

Heureusement avec une jolie vue! et agrémenté par un Rioja, la barmaid ayant accepté de me prêter la vaisselle adéquate… et par la vue sur les deux bateaux basques.

Le Brokoa gagne l’Espagne

La météo n’est pas idéale en ce mercredi de mai, et il faut impérativement arriver au port avant la nuit… Telle est la gageure de l’équipage du Brokoa, quittant le port de Donibane Lohizune dans la matinée du 13 mai.

Quelques aguerris, et des « semi-novices » comme moi, ravie de retrouver le plaisir de naviguer, malgré la pluie, le vent et des creux de plus d’un mètre. A bord de « txalupa handi ». La chaloupe biscayenne a été construite à partir d’un plan de 1878.

« BROKOA à été réalisé pour participer au concours « Bateaux des côtes de France – Brest 92». Une demi coque a était retravaillée à partir d’un plan de 1878 provenant du chantier Mutiozabal (Orio–Gipuzkoa) fourni par l’Aquarium de Saint Sebastien. Sa réalisation a reçu le deuxième prix dans sa catégorie ainsi que quatre mentions spéciales. La « txalupa handi » (chaloupe biscayenne) gréée de deux voiles au tiers est armée à l’aviron. Elle a participé à toute l’histoire de la pêche basque (baleine, morue). A partir du XIXème siècle les chaloupes pratiquaient une pêche côtière qui leur permettait de prendre, de novembre à mai, dorades, raies, congres, maigres, merlus, grondins et autres poissons de fond. De juin à octobre, elle pêchait le thon blanc et rouge à la traîne dans le Golfe de Gascogne. »

Difficile de mettre les voiles, en raison du temps. Impossible de ramer avec nos faibles muscles et de telles vagues… C’est donc au moteur que se fait la première partie du trajet. Une vitesse de 3 noeuds et quelques permettra d’arriver avant que la tempête ne gagne les côtes basques.

Un avantage : nous pouvons admirer les impressionnantes strates inclinées de la côte.

« D’où viennent ces hautes falaises qui bordent la Corniche ? Elles ont été dessinées il y a 100 millions d’années par un sillon creusé entre les blocs ibérique et européen qui provoqua des avalanches sous-marines et déposèrent des sédiments de flyshs. Le flysch est donc un dépôt sédimentaire composé principalement par une alternance de grès et de marnes. C’est cette alternance qui donne cet aspect de strates superposées les unes sur les autres : une plaque de grès plus dure et plus épaisse et entre chacune de la marne plus friable.

Lors de la création des continents, le bloc ibérique est rentré en contact avec le bloc européen et c’est alors que les sédiments marins ont émergés pour former la Corniche et les Pyrénées.

Les falaises atteignent au plus haut point une hauteur de 45 m.«  (source)

Une fois passé le Cap Figuier, alias « Higuer Lumuturra », la houle est un peu moins forte. Vite, éloignons-nous de la côte, pour aller enfin hisser misaine et grand voile…

Le temps est toujours menaçant, mais nous filons entre les « grains » et évitons sereinement la Belharra.

« La vague géante Belharra apparaît à 3 km au large de la Corniche Basque à Urrugne. Elle apparaît à cet endroit précis grâce à la présence d’un haut-fond rocheux situé à seulement 15 mètres de profondeur appelé : le Belharra Perdun (l’herbe verte en basque) qui a donné son nom à la vague. »

Il faut dire que nous avons une chance que n’avaient pas les marins du 19ème siècle : la possibilité de la situer exactement grâce aux applications de nos portables!

Et c’est avec beaucoup de plaisir que nous traçons au près serré en direction de la faille entre deux falaises surmontée du phare d’entrée dans le port de Pasaïa.

Car c’est là que se déroule en ce week-end de l’Ascension le « Pasaïa Itsas Festibala » auquel vont participer les deux bateaux de l’association à laquelle j’adhère, Itsas Begia, le Brokoa et l’Itsas Begia, et celui d’une association soeur, Trois Mâts basque : l’Alba, une chaloupe sardinière à vapeur.

Le soleil a réapparu, après ces sept heures de nuages… Il est temps d’affaler les voiles, de vérifier que tout est clair pour l’accostage…

Les rames sont bien en rangs serrés… Elles serviront avec un autre équipage lors de la deuxième parade du week-end.

Le vent n’est hélas pas favorable pour une entrée à la voile. C’est donc le moteur qui prend le relais pour celle-ci.

Le rouge est bien à tribord…

… Le drapeau espagnol est un peu caché par le français… Mais trop tard pour le rattacher plus haut…

… Et le vert est bien à babord…

Je remarque au passage que l’inscription « Libérez les prisonniers basques » qui y était lors de mon dernier passage a disparu!

Nous accostons en même temps que l’Alba…

L’heure du goûter est dépassée, et nous n’avons toujours pas déjeuner… Hâte de nous mettre à l’abri du vent glacial pour le pique-nique. Mais mauvaise surprise : la grille est close, impossible de gagner le quai. C’est donc en grelottant sur notre bateau que nous devrons manger, puis attendre qu’on veuille bien nous délivrer, plus d’une heure après. Un peu long, avec le froid et la fatigue, même si la vue est belle…

A l’heure où les chaises s’empilent…

Non loin de la Promenade, les cousines des chaises bleues s’empilent, lorsque vient l’heure de fermeture des nombreux restaurants du Cours Saleya. Je n’ai pas résisté à la tentation de faire quelques photos, dont hélas la qualité n’est pas toujours au rendez-vous, et je vous prie de m’en excuser…

Mais que vois-je? Certaines font-elles de la résistance ?

Elles sont bien isolées!

De la promenade (parallèle à la Promenade) qui m’a menée du restaurant du Gesu, ma « cantine », au Parking, j’étais guidée par la Lune…

Et, au passage, quelques détails m’ont inspirée…

Bien sûr, je ne finirai pas sans un clin d’oeil à leur célèbre cousine…