Poésie et musique : le duo Ojos

J’aime le jeudi soir aller écouter du jazz à la Péniche Le Marcounet. Ceux et celles d’entre vous qui me suivent depuis longtemps le savent bien. Mais en ce jeudi d’août, j’ai décidé de découvrir un groupe dont je n’avais jamais entendu parler. Ojos. Oui, Ojos, c’est son nom.

Un concert gratuit en plein air était annoncé à une heure raisonnable (19h) Cour Saint Emilion. Bon, je ne suis pas fan de cet endroit, mais ce n’est pas trop loin… Je regarde donc sur le net, et trouve des clips et autres vidéos. Cela me plaît. J’irai donc.

Arrivée sur place, je cherche. Pas de podium en vue. Comme il a plu, le concert est peut-être annulé? Mais au moins le podium serait encore là… Rien du côté du cinéma, je repars dans l’autre sens… et finis par découvrir, devant la FNAC, une installation assez rudimentaire, et quelques personnes qui squattent les rares bancs posés face à celle-ci. Il ne reste qu’à attendre…
Deux jeunes sont en train de faire des réglages… Je reconnais la chanteuse découverte sur le net quelques heures auparavant. C’est donc là. Et le concert va avoir lieu.
J’ai aimé. Mot affaibli mais le seul qui convienne.

J’ai aimé la personnalité des deux jeunes gens. Les gestes et la danse de la jeune femme. Sa voix aussi, bien sûr. Le jeu de guitare du musicien. La succession improbable de sons vifs et doux. De mots violents et tendres. Des langues espagnole et française. Une palette incroyable pour un concert qui, hélas, n’a pas duré longtemps. Car tel est le format de « Musiques en terrasses » à Bercy Village.

Une petite vidéo (mauvaise) qui vous donnera une idée…

La présentation sur le site n’est pas des meilleures. Jugez-en plutôt…

« 4 AOUT : Ojos

Hadrien et Elodie prêtent leur voix à des chansons originales et créatives, écrites et produites par leurs soins. Leurs compositions sont parsemées de slogans en espagnol, répétés plusieurs fois, les rendant plus mystérieuses. Le groupe s’identifie à de La Pop, mêlant français, anglais et espagnol. »

Pourquoi cette expression « prêtent leur voix »? Alors qu’il et elle écrivent leurs textes!

A la fin du spectacle, la plupart des spectateurs/trices dansaient, debout près des artistes. Une belle ambiance!

Je n’ai pas trouvé celui de la chanson que j’ai préférée, « Le Volcan qui dort« . On comprend mieux en écoutant sur YouTube que lors du concert… Ni celui de Corazon sin cara.

Mais en voici un autre, magnifique déclaration d’amour, « Seule« .

« Je traque le jour pour que la nuit ne s’arrête pas
La nuit personne ne voit la couleur de mes pas
Y olvidé como respirar

Que faut-il que je fasse je te sens jubiler si je m’efface
J’essaierai d’avancer, arme au poing, résignée à te faire face
Dime que dices tu, que dices a mi bella locura
Avec toi je respire pas

C’еst trop facile de dire quе tu m’aimes quand j’suis sola
J’écume mes mots le long des marches de notre immeuble
Mais t’es trop beau quand tu m’enlaces et je suis plus d’humeur
Y yo no puedo mas que tontería

Quand tu seras mort, quand t’auras tort, qu’est ce qu’il restera
Y a plus que le silence de mes désirs quand tu t’en vas Regarde ce que t’as fait de moi
« 

Avatars de Rhinocéros

Hier soir j’ai assisté à une représentation théâtrale hors du commun. Son titre? « Les Rhinos, c’est… »

Le titre aurait dû m’alerter. Mais, comme l’initiative ne venait pas de moi, je n’avais fait que rechercher où et à quelle heure je devais me trouver pour y assister. Et j’ai bien fait, soit dit en passant : ce devait être à l’Amphi Richelieu de la Sorbonne – et je me réjouissais de retrouver ce cher Amphi où j’avais passé tant d’heures jadis. Et je découvris, à peine une heure avant le début, que c’était à l’Amphi 25 de Jussieu. Ne serait-ce que la dénomination, tout est dit! Avouez que l’on préfère retrouver Richelieu que 25! Et d’ailleurs, ce fut un jeu de piste pour le trouver, cet Amphi. Des groupes circulaient dans la tour 25 en quête de sa porte. Cela nous fit monter, descendre, remonter… jusqu’à trouver un jeune « couple » d’étudiant-e-s tranquillement installés au 5ème étage, près de la porte du « LIP6 » (un autre souvenir, d’une équipe d’informaticiennes…), en train de pique-niquer à l’abri des regards. Fort aimables, il et elle nous expliquèrent que c’était l’étage des équipes de recherche, et faire appel à notre logique : l’espace offert par la forme cylindrique de la tour ne permettait nullement d’abriter un lieu aussi vaste qu’un amphi. Ce ne pouvait donc, selon elle et lui, qu’au rez-de-chaussée. Heureusement, nous avions situé l’ascenseur et pûmes redescendre rapidement, car l’heure était dépassée… En bas, pas d’amphi, mais une porte aboutissant dans une cour. « Bibliothèque »… Les personnels devaient savoir où se trouvait le lieu convoité? Dans la cour, une bande de jeunes. Avec des papiers. En train de « répéter », visiblement. La jeune fille dont l’accent faisait penser qu’elle venait d’Europe de l’Est, jeune fille qui avait rejoint notre groupe connaissait l’une des étudiantes. Elles se mirent à parler en russe. En réalité, nous étions tout près, il suffisait… de remonter! un large escalier, en plein air, aux degrés moins élevés. Enfin, nous y voici! Un doute subsiste cependant : si la salle est bien peuplée, la scène, elle, est plutôt vide…

Décor minimaliste s’il en fut! Un homme demande que l’on descende le plus près possible de la scène. « Faute de quoi », dit-il, « vous n’entendrez rien ». Il fallait comprendre le verbe dans le sens de la compréhension, pas de l’audition, comme je m’en apercevrai plus tard, après le discours introductif. Car, après une sorte de ballet pour l’entrée des acteurs et actrices, le sens des mots et des phrases ne fut pas toujours saisissable, loin de là. On ne peut leur en vouloir : comme nous l’apprendrons plus tard, ce sont des jeunes gens venant d’Italie, de Suisse, de Taïwan, de Russie, du Brésil… et j’en oublie…, tous et toutes étudiant-e-s de Français Langue Etrangères, alias FLE.

La troupe en costume de scène…

Un jeu vif, voire endiablé, avec les violentes lumières rouges qui nous éblouissaient. Une étonnante dynamique sur la scène comme dans la salle, sur les gradins où se déplaçaient les acteurs/trices devenu-e-s rhinocéros grâce à des masques… avec becs! si, si, l’absurde jusque dans les accessoires. Et la « danse » des rhinos est un morceau d’anthologie burlesque!

Désolée pour la très mauvaise qualité des photos… mais je n’ai pas résisté! Seule l’une d’entre toutes celles que j’ai prises me plaît, et je ne résiste pas à l’envie de vous la montrer malgré tous ses défauts.

La seconde partie était tout aussi enjouée, mais assez différente : une improvisation à partir de « mots » tirés non d’un chapeau, mais de casquettes, censés composer une « identité ». Une autre jeune troupe, pleine d’entrain, les Sorbiquets.

« Troupe d’improvisation théâtrale de Sorbonne Université. Elle vibrionne depuis sept ans sous la houlette des improvisades et compte à son actif de nombreuses interventions dans et hors les murs de la vénérable institution, n’hésitant pas à transcender les genres et les époques. » (source)

Mais je ne suis pas parvenue à entrer dans leur jeu, voire, parfois, à comprendre le sens des saynètes jouées. Dommage, car cela ne manquait pas d’originalité, en termes d’ « interprétation » de la pièce de Ionesco. Le discours final m’a éclairée : leur professeur n’était pas parti de la pièce, mais s’était appuyé sur la nouvelle éponyme!

Ce que je retiendrai surtout de ce spectacle, c’est l’ambiance étonnante, une forme de symbiose entre scène et salle, et l’enthousiasme partagé. C’est aussi l’extraordinaire actualité de ces textes de Ionesco, en cette période si trouble où l’humour est arme… des pacifistes et partisans de la Liberté.

Un « Huis clos » dépoussiéré

Invitée à aller voir la pièce de Sartre, je dois avouer que mon enthousiasme était assez limité. J’ai beaucoup apprécié le texte quand j’avais quatorze ans, mais je craignais de le trouver un peu « poussiéreux ». A l’entrée du théâtre, accueillie par des hommes en noir à l’oeil rouge, je commençais à me questionner. Le rideau était ouvert, et laissait voir un décor rouge foncé, trois fauteuils Voltaire, et un candélabre à trois branches, diffusant une lumière rouge. Au-dessus de la scène, un large écran orné d’une oeuvre picturale : de larges tâches rouges sur fond blanc.

Je fus bien agréablement surprise d’assister à un spectacle qui, tout en respectant l’idée, voire le texte, était dynamique et, par instant, plutôt drôle. Cela aurait-il plu à Jean-Paul? Pas sûr… Mais quoi qu’il en soit, réussir à rendre dynamique l’attente éternelle dans un Enfer partagé, voilà qui me semble un véritable challenge. Et un challenge réussi, en l’occurrence. Bravo donc à la metteure en scène, qui était aussi l’une des actrices sur les planches, en ce soir d’avril, à la Comédie de Paris.

Magnifique dans son étonnant costume (pantalon de cuir noir très serré, agrémenté de bandes rouges sur les côtés, et son chemisier-chasuble en pointe, d’un rouge vif), Joyce Franrenet a tout de suite réveillé l’auditoire fatigué par sa journée de travail ou de tourisme. Volontairement à l’opposé, Mathilde Mosnier incarnait Estelle, grands yeux bleus et bouche pulpeuse, avec tous les poncifs de la féminité. Mais des deux, qui est la plus « forte »?

Le troisième défunt à commencer sa vie éternelle dans « l’enfer, c’est les Autres » était joué par Tanguy Mendrisse, entre violence intériorisée et charme dévastateur.

Leur hôte, interprété par Alexandre Tessier, était aussi sombre, froid, inquiétant qu’énigmatique. A faire frissonner de peur…

Un jeu enlevé, parfois limite burlesque, des répliques qui fusent, une alternance de jeu de séduction et de violences, symboliques ou physiques… Pas question de s’ennuyer un seul instant! Et j’ai beaucoup apprécié l’exploitation de l’écran suspendu : les visions intérieures des personnages qui se remémoraient leur passé ou « voyaient » le présent dont ils étaient absents mais aussi (trop?) présents étaient traduites en jeu d’ombres chinoises sur fonds jaunes ou bleus, ce qui était une sorte « d’ouverture » pour cet « huis clos », mais une ouverture aussi factice que fugace…

« L’enfer c’est les autres ” a été toujours mal compris. On a cru que je voulais dire par là que nos rapports avec les autres étaient toujours empoisonnés, que c’était toujours des rapports infernaux. Or, c’est tout autre chose que je veux dire. Je veux dire que si les rapports avec autrui sont tordus, viciés, alors l’autre ne peut être que l’enfer. Pourquoi ? Parce que les autres sont, au fond, ce qu’il y a de plus important en nous-mêmes, pour notre propre connaissance de nous-mêmes. Quand nous pensons sur nous, quand nous essayons de nous connaître, au fond nous usons des connaissances que les autres ont déjà sur nous, nous nous jugeons avec les moyens que les autres ont, nous ont donné, de nous juger. Quoi que je dise sur moi, toujours le jugement d’autrui entre dedans. Quoi que je sente de moi, le jugement d’autrui entre dedans. Ce qui veut dire que, si mes rapports sont mauvais, je me mets dans la totale dépendance d’autrui et alors, en effet, je suis en enfer. Et il existe une quantité de gens dans le monde qui sont en enfer parce qu’ils dépendent trop du jugement d’autrui. Mais cela ne veut nullement dire qu’on ne puisse avoir d’autres rapports avec les autres, ça marque simplement l’importance capitale de tous les autres pour chacun de nous. » (Sartre, Entretien avec Moshé Naïm, 1964)

Jeux de mots jeux de morts

Une invitation « surprise » : je ne savais pas ce que j’allais voir. Et je n’ai pas cherché à le savoir. Bien m’en a pris. Car ce fut une belle surprise, effectivement, que ces moments passés en compagnie de Pierre-Louis Calixte. Mais ce ne fut pas un monologue, comme annoncé sur le programme.

Le (524ème) sociétaire de la Comédie Française a fait revivre son grand-père (et j’avais envie de dire « la canne de son aïeul »), un metteur en scène et un comédien… et toutes sortes d’autres personnes/ages, depuis les petites mains du costumier jusqu’au Roi Soleil, en passant par Musset et Brassens… Sans compter bien sûr Molière – pardon, Jean-Baptiste Poquelin -, le prétexte de ce que j’ai envie de qualifier de « performance » pour la belle polysémie de ce mot.

J’utilise souvent le terme « co-incidence », volontairement orthographié de cette manière, pour désigner ces conjonctions de sensations, d’affects, d’évènements, qui tout à coup éclairent notre vie d’une lumière profonde, la mettent en abîme, la transcendent.

C’est une succession de ces co-incidences qui fait revivre les quatre personnes évoquées plus haut, dans un tourbillon éblouissant de « jeux » d’acteur qui, là aussi, rend hommage à Molière. Je ne veux pas trop en parler, pour ne pas déflorer ce qui est plus qu’une pièce…

Je discutais avec des amis hier soir du sens du terme « interpréter » en musique. Avec ce spectacle, j’ai appréhendé toutes les facettes de ce que peut être « l’interprétation » d’un acteur seul sur scène, je crois. Ce fut époustouflant – mot que j’utilise rarement, mais le seul capable de traduire ce que j’ai éprouvé.

Avec toute la gamme des sentiments. Avec tout l’éventail de ce que peuvent produire la voix humaine (merci Cocteau) et le corps agile…

Un petit mot encore pour la mise en scène – j’avais envie d’écrire l’auto-mise en scène, voire mise en jeu de soi. Sobre et d’une richesse incroyable, grâce aux livres et aux costumes de scène.

« Singulis », est-il écrit dans le titre. Singulier mais pas seul, entouré des morts et de tous les acteurs et personnels de la Maison de Molière, sur laquelle j’ai appris beaucoup.

Et j’ai compris le reste du titre au fur et à mesure du déroulé du spectacle, y compris le x entre parenthèses : Molière / Matériau(x).

J’ai regretté alors de ne pas avoir vu le premier des spectacles, avec Danièle Lebrun, Le Silence de Molière. Et cela m’a donné envie de voir le dernier du triptyque, Ex-traits de femmes, par Anne Kessler. « « Louison, Agnès, Armande, Henriette, Arsinoé, Célimène, Elvire, Madame Pernelle, Dorine… toutes si différentes mais qui viennent d’un seul et même cœur, celui de Molière. »

Dialogue aux Enfers. Episode 2

J’espère ne pas vous avoir lassé-e-s hier avec Montesquieu, son Esprit et ses Pensées ? Nous allons revenir à Paris, au Théâtre de Poche Montparnasse, et à cette époque.

La salle est minuscule, et ne comporte pas de scène. Spectateurs et spectatrices se trouvent ainsi au même niveau que les acteurs, tout proches. Une telle proximité entraîne une forme d’immersion dans l’univers théâtral. Nous voici donc aux Enfers.

Un homme est assis derrière un bureau, lisant et écrivant. Lequel des deux est-ce ? Montaigne ou Machiavel? Je penche pour le premier… Apparaît alors un homme, grand, fort, portant beau, à la silhouette évoquant un De Gaulle… Une tenue étrange, mixant les époques. Une cape superbe sur les épaules, couvrant un costume sombre, et un chapeau à larges bords. Cette fois, pas de doute. C’est lui, Machiavel.

Se faisant humble devant l’autre personnage, il explique qu’il est venu le rencontrer pour échanger avec lui de ce qui se passe actuellement. Actuellement ? Si vous avez lu mon précédent article, vous imaginez la mise en abîme. De quelle actualité s’agit-il ? Celle du troisième empire ? Celle de 2018 ? Ou celle de mars 2022 ? Laquelle donne, avouons-le, une autre résonance à la pièce… Surtout pour celles et ceux qui ont lu Le Prince. Certains gouvernants ne se prennent-ils pas pour Alexandre dit Le Grand et ne rêvent-ils pas de rejouer la Bataille de Gaugamèles ?

Jean Brueghel l’Ancien. La Bataille de Gaugamèles. Vers 1602

D’autres ne suivent-ils pas à la lettre les préceptes énoncés dans le livre ?

 » Il est toujours bon, par exemple, de paraître, clément, fidèle, humain, religieux, sincère; il l’est même d’être tout cela en réalité : mais il faut en même temps qu’il soit assez maître de lui pour pouvoir et savoir au besoin montrer les qualités opposées. »
« Tout le monde voit ce que vous paraissez; peu connaissent à fond ce que vous êtes, et ce petit nombre n’osera point s’élever contre l’opinion de la majorité. »

Et, au début de la pièce, l’acteur joue à merveille les « renards », pour devenir progressivement « lion »…

« Le Prince, devant donc agir en bête, tachera d’être tout à la fois renard et lion; car s’il n’est que lion, il n’apercevra point les pièges; s’il n’est que renard, il ne se défendra point contre les loups »
« […] ce qui est absolument nécessaire, c’est de savoir bien déguiser cette nature de renard, et de posséder parfaitement l’art et de simuler et de dissimuler ».

Hervé Van der Meulen et Laurent Joffrin (source)

Prestance et présence. Tels sont les mots qui me viennent pour évoquer Hervé Van der Meulen, qui interprète – vous l’aurez peut-être deviné – le rôle de Machiavel. Il joue avec finesse et puissance toute la gamme entre « renard » et « lion », tour à tour humble et prédateur.

Laurent Joffrin et Hervé Van des Meulen (source)

Difficile dès lors de « faire le poids » contre lui. Et c’est ce que j’ai regretté. Montesquieu ne pèse pas lourd face à Machiavel, dans l’interprétation qui en est faite par Laurent Joffrin. En était-il de même de ses prédécesseurs ?

Durant la saison 2018-2019, c’était Pierre Santini qui interprétait Montesquieu, et Henri Briaux, Machiavel. Vous pouvez voir quelques extraits en ligne. Un entretien de Paolo Romani avec Pierre Santini, à ce moment, apporte quelques éclairages intéressants. Mais certains critiques de l’époque n’ont pas été plus tendres avec lui que je ne le suis pour la représentation à laquelle j’ai assisté.

« Dans une mise en scène sobre et fri­leuse, qui l’assigne d’une cer­taine manière aurang de monstre sacré, Pierre San­tini semble gêné aux entour­nures et demeure peu enjoué. Hervé Briaux se révèle quant à lui cap­ti­vant, ins­piré. Les cos­tumes d’époque figent le dia­logue. Le décor, dépouillé, figu­rant des tranches de livres des­si­nées en fond de scène, n’évoque en rien les enfers et reste sans âme, un para­doxe pour un lieu accueillant des êtres pri­vés de vie. On a le sen­ti­ment d’assister à une inter­view de Machia­vel par Mon­tes­quieu.
C’est que le pro­pos de Mau­rice Joly, déjà sim­pli­fi­ca­teur, est encore sim­pli­fié, au risque de la cari­ca­ture. On sous-entend en per­ma­nence la jus­tesse des pro­pos du Flo­ren­tin, comme pour en célé­brer insi­dieu­se­ment la vic­toire. Le rôle dévolu à Pierre San­tini, man­quant de cou­leur, ne per­met pas de sou­li­gner suf­fi­sam­ment la valeur de l’Etat de droit, ce qui peut don­ner un tour popu­liste à la représentation.
 » (source)

Exactement ce que j’ai ressenti, de la place accordée à Montesquieu qui apparaît de ce fait davantage comme un « faire-valoir » des idées de son protagoniste.

La mise en scène avait elle en sus desservi les acteurs? Fausse bibliothèque, bureau fait de tréteaux supportant une plaque de verre… Et l’un des personnages en pull-over… Au contraire de la plus récente : vraies étagères et livres, bureau « faisant ancien », tenues semblant moins anachroniques…

Remontons un peu dans le temps. En 2018 avait été écrit un petit historique de la pièce, accessible sur le site du Théâtre de Poche.

« Ce dernier demi-siècle a vu quatre grandes adaptations à la scène des Dialogues aux enfers. La première est due étrangement à Pierre Fresnay qui mit en scène la pièce en 1968 et la joue au Théâtre de la Michodière en compagnie de Julien Bertheau. En 1983, au Petit-Odéon, la pièce
est montée par Simon Eine dans une adaptation de Pierre Franck avec Michel Etcheverry et François Chaumette. En 2005, l’adaptation de Pierre Fresnay fut reprise au Lucernaire, remaniée par Pierre Tabard, avec Jean-Paul Bordes et Jean-Pierre Andréani. Enfin, en 2018, le regretté Marcel Bluwal adapte et monte le texte de Maurice Joly avec Pierre Santini et Hervé Briaux pour ce qui restera comme sa dernière mise en scène
. »

J’ai recherché ce qui avait été dit des autres adaptations et représentations. Il manque un lieu : le Ciné 13 Théâtre, où fut jouée l’adaptation de Tabard quelques années plus tard. L’un des acteurs est commun aux deux scènes, l’autre avait changé.

« Dubourjal a conçu une mise en scène dépouillée où Machiavel et Montesquieu sont vêtus de noir dans le noir. Une obscurité d’enfer, mais relative puisqu’on distingue un coffre clair où les personnages s’installent ou viennent prendre les hochets de leur pouvoir. Jean-Paul Bordes, l’un de nos plus grands acteurs, joue Machiavel tout en roueries, en détachements et en éclats sourds. Il est toujours entre la nuit du monde et la lumière des mots. Pour le personnage de Montesquieu, les hasards de la soirée font qu’il est tantôt interprété par Dubourjal, tantôt par Jean-Pierre Andréani. C’est Dubourjal que nous avons vu, acteur vif, net, coupant, s’appuyant avec une allégresse secrète sur le caractère juridique et discursif de ses répliques. Jean-Pierre Andréani, que nous avions vu il y a quelques années à la création du spectacle au Lucernaire, donne une image plus sensible, moins tranchante de l’auteur de L’Esprit des lois. Les deux comédiens sont à égalité, avec des personnalités différentes. Tous trois sont judicieusement endiablés dans ce brûlot d’antan qui reste un explosif lancé à nos trop confiantes démocraties. » (source)

Impossible de trouver quoi que ce soit sur les représentations de 1968, mais les deux acteurs aimaient jouer ensemble. On peut les voir dans Le Neveu de Rameau, ou encore dans L’Idée Fixe, dont la facture n’est pas sans rappeler le Dialogue…

Pour ce qui est de l’interprétation par Michel Etcheverry et François Chaumette, j’ai pu trouver un article datant de l’époque, mais impossible à copier… Vous pourrez le voir sur cette page du Nouvel Observateur, en date du 10 juin 1983.

François Chaumette et Michel Etcheverry

1968, 1983, 2005, 2018, 2022… Des hypothèses, sans doute en émettez-vous, à propos de ces dates. Il semble que la pièce revienne sur scène lors ou à la suite d’évènements divers, avec lesquels elle entrerait en résonance. En est-il de même actuellement? C’est ce que je me propose de traiter dans le prochain épisode… à moins que je ne vous fasse encore partager mes ressentis? ou les deux? Affaire à suivre…

Dialogue aux Enfers. Episode 1

Que penseraient Machiavel et Montesquieu de notre univers socio-politique ? Telle est la question à laquelle tente de répondre la controverse imaginée par Maurice Joly au XIXème siècle et actualisée par Marcel Blüwal avant son décès en 2021, intitulée « Dialogue aux Enfers entre Machiavel et Montesquieu » ou « La politique de Machiavel au XIXème siècle, par un contemporain ».

Les Enfers, Maurice Joly va les connaître, car il sera vite reconnu comme l’auteur de ce pamphlet contre l’empereur Napoléon III et va se retrouver rapidement à la prison Sainte Pélagie, pour 15 mois, en 1866 et 1867…

Vous pourrez entendre un entretien avec Marcel Blüwal en 2018, trois ans avant son décès, ici, au moment où il a adapté le texte initial pour le théâtre, en le « modernisant » quelque peu.

« Ma première impression après lecture du texte que Philippe Tesson m’avait proposé pour que j’en fasse l’adaptation et la mise en scène a été double : stupéfaction devant la prescience politique incroyable de Maurice Joly qui écrit ce pamphlet contre Napoléon III en 1864, et ensuite difficulté du travail nécessaire pour en faire un objet théâtral visible par un public d’aujourd’hui ». Ainsi s’exprime-t-il dans la préface de l’opuscule dont j’ai photographié la couverture (ci-dessus). Un travail infernal que ce dialogue avec un auteur du siècle précédent, qui n’avait nullement cherché à écrire une oeuvre « littéraire », encore moins destinée à la représentation théâtrale ?

Pourquoi aux Enfers ? Machiavel, à la rigueur… Mais Montesquieu ? Qu’a-t-il fait de mal pour y être orienté ? Avoir publié en Suisse un ouvrage comme l’Esprit des Lois n’est pas un crime… mieux valait en 1848 éviter la censure… voire la prison… ou pire… Une petite piqûre de rappel ? Un peu de mauvaise vulgarisation ? Montesquieu aime le nombre 3. Il l’utilise pour différencier les catégories de lois :

  • celles qui gouvernent les relations entre les peuples : le droit des gens
  • celles qui régissent les rapports des gouvernants aux gouvernés : le droit politique
  • celles qui régissent les rapports des citoyens entre eux : le droit civil

Elles doivent, pour être efficaces, être adaptées à 3 éléments de l’environnement :

  • au régime politique voulu (démocratie, monarchie, despotisme, etc…)
  • au physique du pays (climat, qualité, grandeur du terrain…)
  • aux mœurs des peuples (religion, commerce, etc.)

D’où le titre de son oeuvre : « J’examinerai tous ces rapports ; ils forment tous ensemble ce que l’on appelle l’esprit des lois« . Tout ce qui vient d’être dit, plus la différence entre « état de nature » et « état social », dont je n’ai pas parlé, se trouve dans le Livre I.

Poursuivons par le Livre II, où il identifie trois types de gouvernements :

  • républicain « celui où le peuple (ou une partie) a la souveraine puissance« 
  • monarchiste « celui où un seul gouverne, mais par des lois fixes »
  • despotique « celui où un seul, sans loi et sans règle, entraîne tout par sa volonté et ses caprices« 

Il décrit dans le Livre III ce qui se passe dans une république pervertie : « On était libre avec les lois, on veut être libre contre elles. Chaque citoyen est comme un esclave échappé de la maison de son maître ; ce qui était maxime, on l’appelle rigueur ; ce qui était règle, on l’appelle gêne ; ce qui était attention, on l’appelle crainte. La république est une dépouille. »

NDLR. Toute référence à une actualité quelconque serait bien évidemment pure coïncidence…

Et n’oublions pas la séparation des pouvoirs en 3 branches.

« Tout serait perdu si le même homme, ou le même corps des principes, ou des nobles, ou du peuple, exerçaient ces trois pouvoirs : celui de faire des lois, celui d’exécuter les résolutions publiques, et celui de juger les crimes ou les différends des particuliers » (Livre VI)

Cette séparation des pouvoirs, qui est toujours censée être d’actualité aujourd’hui, est selon lui la condition essentielle pour la liberté : « Lorsque dans la même personne la puissance législatrice est réunie à la puissance exécutrice, il n’y a point de liberté ; parce qu’on peut craindre que le même monarque ou le même sénat ne fasse des lois tyranniques pour les exécuter tyranniquement. » (Livre VI)

Je ne vais pas continuer plus avant… Vous avez compris… L’Esprit de Montesquieu n’est pas si obsolète qu’on pourrait le penser.

A ce stade, je n’ai donc toujours pas compris pourquoi il est aux Enfers. Mais unité de lieu exige, n’est-ce pas : si l’on veut faire rencontrer deux esprits, autant qu’ils se trouvent dans le même lieu… Ah non ! J’oubliais! Les Pensées… Vous vous souvenez, cet ouvrage où il analyse les religions, explique les miracles et considère la Bible comme un livre écrit de main(s) humaine(s)… bref, de quoi aller se faire rôtir…

Rendez-vous demain pour un nouvel épisode, si vous le voulez

Un corbeau sur scène

Source: site de la Compagnie Baro d’Evel

Un corbeau sur scène, voilà qui n’est guère courant, si l’on excepte les représentations de fin d’année dans les écoles maternelles, où les enfants représentent parfois les Fables de La Fontaine… Or c’est ce qu’il m’a été donné de voir, hier soir, lors d’un spectacle aux Bouffes du Nord.

Un ami m’avait recommandé d’aller voir ce qu’il considérait comme le plus original et « décoiffant » de tous ceux auxquels il avait eu l’occasion d’assister dans sa vie…

Pas de lever de rideau. Dès son arrivée, la spectatrice découvre une scène totalement blanche, constituée de trois panneaux de toile vierge et d’un sol tout aussi immaculé. Comme j’ai raté la photo dans ma précipitation avant le début du spectacle, je ne puis vous la montrer vierge. Par contre, voici la même scène une heure et quart plus tard…

Sur le côté droit, vous apercevez, au bout, en bas, une fente horizontale… C’est par là qu’est entré en scène le premier acteur. Nous vîmes apparaître d’abord un pied chaussé, puis un second, puis des jambes… et enfin l’entièreté du corps d’un grand escogriffe, tenant en main un support de micro. Il se relève, costume noir taché de blanc, et joue un moment en tirant sur le fil du micro, qui finit par entourer le devant de la scène. Le tout accompagné d’un monologue sur le « vide ». Il sort un papier de sa poche, censé être le contenu de son discours.

Surgit alors un corbeau, qui s’en empare et le déchiquète consciencieusement… puis va et vient de bord en bord sur la scène, côté cour, côté jardin et ainsi de suite.

Le monologue reprend, quand un pied nu traverse le même côté droit. Cette fois, dans la fente verticale que vous voyez vers le devant. Il est suivi d’un second pied, de jambes nues, et d’un corps de femme, aux cheveux abondants cachant le visage.

Le ton est donné. Je ne vais pas vous narrer la suite, car cela nuirait à une découverte que je vous conseille de faire. Même s’il y a parfois quelques longueurs – mais sans doute voulues, pour faire prendre conscience du temps qui passe -, les surprises se succèdent dans ce spectacle que je ne puis qualifier, entre danse, acrobatie, peinture, chant, pantomime et théâtre…

Et les applaudissements nourris des personnes présentes étaient bien mérités de ces deux (pardon, corbeau, trois) artistes qui ont montré des facettes très variées de leur talent dans un rythme souvent lent, mais parfois endiablé.

De l’émotion, de l’esthétique, du rire, tout y est pour passer un bon moment malgré l’inconfort des sièges de ce vieux théâtre.

Si vous voulez en savoir davantage, un beau film de présentation ici, un second , et un entretien avec Baro d’Evel ici.

Précession et nutation

Vous n’êtes pas sans savoir à quel point j’aime apprendre des mots. En voici deux que l’on a utilisés devant moi, et dont j’ai dû rechercher le sens par la suite. Si vous les connaissez, passez cet article. Sinon, je vous emmène dans l’espace…

L’origine de leur emploi était une discussion sur… les symboles des évangélistes. Faut-il vous rafraîchir la mémoire? Allons-y.

Représentation de Saint Jean

Trois des évangélistes sont associés à des animaux. Ci-dessus, l’aigle. On sait dès lors que c’est Saint Jean qui est représenté…

Ce n’est pas un chien qui surveille Saint Luc en train d’écrire, mais bien un bovidé. Original, non? Surtout qu’il est ailé! Un boeuf? Il semblerait que oui, si l’on observe les détails.

Mais il n’en fut pas toujours de même : ce fut parfois un veau, et parfois un taureau.

« Les enlumineurs du Moyen Âge aimaient peindre saint Luc qui était leur saint patron et le représentaient avec son animal évangélique. Le bœuf de saint Luc n’a pas toujours été un bœuf. Les Irlandais du haut Moyen Âge lui préféraient un veau, symbole d’innocence, et les carolingiens un taureau, symbole de puissance, mais au poil blanc, symbole de pureté. Au temps carolingiens, le bœuf est l’émanation même de Dieu qui souffle à saint Luc la parole divine. Il apparaît souvent ailé et nimbé. Peu à peu le bœuf se transforme en compagnon du saint, lui tenant son livre, lui servant de lutrin, et même parfois de repose pied. » (source)

Et, sur l’épaule de Saint Marc, ce n’est pas un chaton, mais un gentil lion…

Saint Marc, évangéliste - Christ Roi

Le quatrième, lui, n’a pas eu droit à son animal totem, mais à un ange. Vous l’avez vu enfant ci-dessus, le voici plus âgé…

File:Godfried Maes - St Matthew the Evangelist.jpg

Si vous réunissez les quatre (tétra en grec) images (ou formes, morphé en grec), vous obtenez un tétramorphe.

Tétramorphe

« Devant le trône, on dirait une mer, aussi transparente que du cristal. Au milieu du trône et autour de lui, se tiennent quatre Vivants, constellés d’yeux par-devant et par-derrière. Le premier Vivant est comme un lion ; le deuxième Vivant est comme un jeune taureau ; le troisième Vivant a comme un visage d’homme. Le quatrième Vivant est comme un aigle en plein vol. Les quatre Vivants, portant chacun six ailes, sont constellés d’yeux tout autour et en dedans. » (Apocalypse, IV, 6-8).

Le texte est de Saint Jean, situé à la fin du Nouveau Testament. A présent, je vous propose de lire ce texte :

« Tandis que je regardais, j’ai vu qu’un vent de tempête venait du nord, et il y avait un énorme nuage et du feu qui jaillissait; une lumière vive les entourait. Et au milieu du feu, il y avait quelque chose qui ressemblait à l’électrum.  Dans le feu, il y avait quelque chose qui ressemblait à quatre créatures vivantes ; leur aspect était semblable à celui d’un humain. Chacune d’elles avait quatre visages et quatre ailes. Leurs pieds étaient droits et ressemblaient à ceux d’un veau. Ils brillaient comme le cuivre poli.   Les créatures vivantes avaient des mains humaines sous leurs ailes sur chacun des quatre côtés. Elles avaient toutes les quatre des visages et des ailes.   Leurs ailes se touchaient l’une l’autre. Les créatures vivantes ne se tournaient pas lorsqu’elles se déplaçaient ; chacune allait droit devant elle.   Voici à quoi ressemblaient leurs visages : elles avaient toutes les quatre un visage d’homme, avec un visage de lion à droite et un visage de taureau à gauche, et elles avaient toutes les quatre un visage d’aigle.  C’est ainsi qu’étaient leurs visages. Elles avaient les ailes déployées vers le haut. Chacune avait deux ailes qui se touchaient l’une l’autre et deux ailes qui couvraient son corps Chacune allait droit devant elle ; elles allaient partout où l’esprit les poussait à aller. Elles ne se tournaient pas lorsqu’elles se déplaçaient.  Et les créatures vivantes avaient l’aspect de braises incandescentes. Quelque chose qui ressemblait à des torches aux flammes éblouissantes allait et venait entre les créatures vivantes, et des éclairs jaillissaient des flammes. Et quand les créatures vivantes allaient et venaient, leurs déplacements ressemblaient à des éclairs. » (source)

char des Elus; Ezechiel;William Blake;Prophète Daniel;  Miton;Melville;Faulkner;Xanadu;Orson Welles;Coleridge;mystique  juive;Merkaba;Gnose juive;ascèse;guematria; kabbale;Isaac Luria;Pardès;Talm  – Octoscopie
La Vision d’Ezechiel, Giuseppe Longhi

Ce texte est situé dans la Bible. Il s’agit de la Vision d’Ezechiel (Ezechiel 1:4-28). Il se poursuit avec la description des quatre roues du char. Quatre, un nombre que l’on rencontre ailleurs : en Egypte, avec les quatre hypostases du Créateur, comme sur le temple de Sobek et Haroëris à Kôm Ombo (Ptolémée VI, IIème siècle avant J.C.).

Regardez bien là-haut… Vous les reconnaissez?
A Babylone, quatre siècles plus tôt, ils représentaient les quatre points cardinaux : le Nord, c’était le lion; le Sud, l’aigle; l’Ouest, le Taureau. Une seule différence : c’est un serpent qui représente l’Est. Pourquoi a-t-il changé? Peut-être parce que le serpent, dans la Bible, n’est autre que le symbole du Diable, du Démon, du Mal. On lui a substitué son antithèse, l’Ange, un androïde.

Quatre, c’est aussi le nombre des saisons, n’est-ce pas, Vivaldi? Et on en arrive aux constellations et aux signes du Zodiaque.

Vous en avez reconnu deux, n’est-ce pas? Le Lion… c’est l’Eté. Le Taureau… le Printemps. Vous allez me dire : mais il n’y a ni Aigle ni Ange. Eh si ! L’aigle est associé au Scorpion, dans l’Antiquité. L’Aigle, c’est donc l’Automne. Reste l’Ange… vous avez deviné ? Lequel des 12 (3×4, soit dit en passant…) signes, laquelle des 12 constellations a une forme humaine? Le Verseau, déjà représenté dans l’Egypte antique par un homme versant de l’eau.

Résumons-nous. Dans l’Antiquité, 4 saisons, identifiées par 4 constellations qui les caractérisent. Tout cela repris par un récit se déroulant à Babylone, vers 630 avant notre ère. Visible sur un temple égyptien du 2ème siècle av. J.C. Vous me suivez? On est bien avant l’histoire des Evangiles ! J’ai cherché à identifier les dates des évangiles, ce n’est pas simple… et ça se complique encore quand on cherche les dates des auteurs. Impossible, par exemple, pour Matthieu, alias Levi. Mais lui et les trois autres (non, pas les Mousquetaires… dont vous remarquerez qu’ils étaient aussi quatre, comme le Club des Quatre de l’enfance des filles nées dans les années 50, les Quatre filles du Docteur March… mais aussi les Quatre Vents du Mahjong, les Quatre points cardinaux, les Quatre éléments, sans parler de la Quatrième dimension… Et il a fallu le trèfle à quatre feuilles pour passer du 4 au 5. Il faudra peut-être que j’y revienne?

Les Saisons calendrier 4 works by Alphonse Mucha on artnet
Les quatre saisons de Mucha

Vous devez vous demander, si vous connaissez le sens des termes sur lesquels j’ai enquêté, quels liens unissent les évangélistes, leurs symboles et ces termes ? Un peu de patience… En effet, il faut d’abord comprendre le noeud du débat. Il s’agit bien des quatre saisons, décalées des constellations comme vous avez pu l’observer sur le schéma situé plus haut. Comment s’explique ce décalage? Eh bien, oui, par la précession des solstices. Nous y voilà.

 » Mouvement rétrograde du point vernal sur l’écliptique, lié au déplacement de l’axe terrestre autour de la direction du pôle moyen de l’écliptique«  (Astron. (cilf) 1980). Le soleil franchissait le passage équinoxial sous le signe du taureau, et (…) ce n’est que par l’effet de la précession des équinoxes, qu’il le franchit de vos jours sous le signe de l’agneau (Dupuis, Orig. cultes,1796, p.337).

« Une autre objection d’origine astronomique est celle de la précession des équinoxes (Beer1939, p.13).

« Ces longitudes étant comptées à partir des points équinoxiaux, leur commun accroissement équivaut à la rétrogradation de ces points, qui, graduellement déplacés en sens contraire du soleil, doivent produire chaque année, dans le retour des équinoxes, un avancement ou précession d’environ 20 minutes, temps que le soleil emploie à décrire 50 » de l’écliptique. D’après ce déplacement fondamental, les points équinoxiaux accompliraient une révolution entière (…) en une période de 260 siècles, dont nous n’avons parcouru, depuis Hipparque, qu’une faible partie… Comte, Traité philos. d’Astron. pop.,Paris, Carilian-Goeury, 1844, p.307. » (CNRTL)

Ne comptez pas sur moi pour vous expliquer le phénomène physique ni astronomique. C’est très bien fait dans cette vidéo, que je me sens incapable de résumer. Elle m’a aussi appris que je me trompais dans la définition de l’équinoxe et la confondais avec l’équilux! Encore un mot nouveau pour moi, toujours aussi ignare…

Et voilà comment une discussion entamée lors d’un concert dans l’église Saint Julien le Pauvre a débouché sur une véritable enquête à travers l’Histoire et l’Espace…

Mais ce n’est pas tout. Un défi me fut lancé à l’issue de celle-ci : « Et il ne faut pas confondre « précession » et « nutation »! » A ma question « Qu’est-ce? », réponse « Tu n’as qu’à chercher ». Donc, j’ai obtempéré. Et trouvé l’explication sur cette vidéo.

J’y ai appris que j’aurais dû mieux lire d’Alembert, qui a écrit sur nutation et précession.

L’original, datant de 1749, est accessible en ligne gratuitement. Vous pouvez lui préférer une version plus moderne, comme celle qui est intégrée dans ce livre du CNRS.

Je laisse à l’Encyclopaedia Universalis le soin de résumer:

« De même que l’axe d’une toupie qui tourne décrit un cône sous l’action de la pesanteur, l’axe de rotation de la Terre décrit, en 25 800 ans environ, sous l’action des forces d’attraction de la Lune et du Soleil, un cône dont le demi-angle au sommet est de 230 26′. C’est le phénomène général de la précession. Ainsi, la direction du pôle Nord céleste, actuellement voisine de celle de l’étoile Polaire, en était éloignée de 90 il y a 2 000 ans. Elle sera proche de celle de l’étoile Véga dans 11 000 ans.

Le plan de l’équateur, perpendiculaire à l’axe de la Terre, tourne aussi, de même que l’équinoxe de printemps (ou point γ), intersection de ce plan avec l’écliptique. Cette direction servant d’origine aux systèmes de coordonnées stellaires, les coordonnées des astres fixes varient elles aussi avec le temps. Ce phénomène a été mis en évidence par Hipparque au iie siècle avant J.-C., découverte complétée par celles du mouvement de l’écliptique (xviie siècle) et de la nutation de Bradley (xviiie siècle).

On décompose ce mouvement complexe en deux parties : la précession proprement dite, mouvement continu et actuellement légèrement accéléré de l’axe de la Terre sur un cône de révolution, et la nutation, mouvement multipériodique faisant décrire à cet axe des festons autour du cône. »

Vous avez compris? Alors, votre QI est nettement supérieur au mien ! Mais je retiens une image…

Toupies en bois

Sur laquelle des toupies vivons-nous? Voilà qui n’est guère rassurant! Et si, en plus, on pense que cela a à voir avec le climat, où allons-nous?

A propos, je vais vous faire rire (jaune?)! En recherchant une image de toupie, j’ai découvert un nouveau mot, « inception ». Mais c’est une autre histoire…