Lilas en fleurs… et en arômes

Lilas au soleil, Monet (1872)… Il existe aussi un Lilas par temps gris…

Une petite fille est venue, le jour de mon anniversaire, m’apporter des branches de lilas. Elle avait appris que j’adorais le parfum du lilas, et la voici, devant ma porte, les bras chargés de fleurs odoriférantes. Mauves, violettes et blanches. Chaque matin je les hume avec bonheur. La blanche est discrète. La violette est sèche. C’est la mauve qui exhale selon moi l’arôme le plus délicat… et je regrette qu’on ne puisse avoir un Internet diffuseur d’huiles essentielles…

The Bunch of Lilacs, James Tissot (1875)

Mais les jours passent, et je vois chaque jour dépérir « mon » lilas.
D’où l’idée de rechercher quel poète avait écrit sur ces fleurs.
Mallarmé, bien sûr, « mordant la terre chaude où poussent les lilas » (Renouveau), Mallarmé que je retrouve à chaque détour de ma vie. Mais un peu triste pour vous l’offrir… Charles Cros, plus joyeux, trop peut-être en ces temps moroses. Et puis, le lilas est noyé parmi les autres fleurs, dans Le Printemps : muguet, cytise et réséda surtout lui font concurrence. Rosemonde Gérard ensuite, pour qui avril a des « cheveux de lilas » (Calendrier), lilas sur lequel « mars jette des grelons » (La Ronde des mois). Alors j’ai pensé à ce bref poème mis en musique par Gabriel Fauré en 1874..

Ici-bas

Ici-bas tous les lilas meurent,
Tous les chants des oiseaux sont courts ;
Je rêve aux étés qui demeurent
Toujours…

Ici-bas les lèvres effleurent
Sans rien laisser de leur velours ;
Je rêve aux baisers qui demeurent
Toujours…

Ici-bas tous les hommes pleurent
Leurs amitiés ou leurs amours ;
Je rêve aux couples qui demeurent
Toujours…

Sully Prudhomme, Stances et Poèmes (1865)

C’est incroyable le nombre d’interprétations, instrumentales ou vocales, de cette oeuvre à deux talents, deux mains… Accompagnement piano, La Tonya Rosetta Ring; Lerna Baloglu, J’aime plus particulièrement en soprano Ileana Cotrubas (1978) et en mezzo-soprano Courtney Jameson. Les interprétations par des hommes sont plus rares… Intéressante, celle du baryton Gérard Souzay; celle de Giuseppe di Stefano est trop suave à mon goût… Je vous laisse continuer à chercher, si vous avez envie d’autres versions, elles ne manquent pas. En totalement différent, la Compagnie des Indes.

Saviez-vous que « Lilas blancs », de son titre original  » Wenn der weiße Flieder wieder blüht « , « Quand le lilas blanc refleurira » – notez le passage du singulier en allemand au pluriel en français -, sorti en 1953 (Hans Deppe), fut le premier film de Romy Schneider, dans lequel elle interprète le rôle de la fille d’une mère jouée par… sa propre mère?

Plus d’un demi-siècle plus tard, c’est un cinéaste russe qui intitulera son film Ветка сирени,  » Lilas ». Celui-ci, sorti en 2007, porte sur la vie de Rachmaninov.

Par contre, si vous pensez à  » Porte des Lilas », qu’il s’agisse du lieu, de la chanson ou du film, ne me demandez pas pourquoi elle s’appelle ainsi, je ne suis pas parvenue à en trouver une explication acceptable…

Un petit mot encore, et pas en musique celui-là, pour citer cette belle métaphore de Christian Bobin, qui a résonné en moi, en pensant à certain-e-s de mes ami-e-s.

 » Certains êtres sont comme le lilas qui sature de son parfum, jour et nuit, l’air dans lequel il trempe, condamnant ceux qui entrent dans son cercle embaumé à éprouver aussitôt une ivresse intime qui fait s’entrechoquer, comme des verres de cristal de Bohême, les atomes de leurs âmes. »

Et un tout dernier pour évoquer un souvenir d’enfance. Lorsque j’étais petite, ma meilleure amie s’appelait Lilas. Elle venait d’arriver en France avec ses parents algériens. C’était l’époque de l’emploi massif dans les usines sidérurgiques du Nord… Ce n’est que beaucoup plus tard, devenue adulte – et l’ayant perdu de vue – que j’ai compris que son prénom devait être, en réalité… Leïla… Mais Leïla, « la Nuit » dans toute sa splendeur et sa profondeur, c’est une autre histoire…

Vous avez dit « Bujour »?

Le bujour et la bujée, photo P. Collinot (1907). Source

Baguenauder sur la toile entraîne souvent des découvertes inattendues, telle que celle-ci. Quadruple fut-elle, comme je vais vous le narrer, si vous le permettez…

La première est d’ordre linguistique. Nous étions l’autre jour dans le Comté de Nice et en Provence (surtout ne confondez pas les deux, vous vous feriez assassiner par les Nissarts!) à la rencontre de la bugadiera, la lavandière. Continuons donc à visiter la France, en guise de « vacances » (c’est d’ailleurs ce qui risque de nous arriver!)… Aujourd’hui nous sommes en Saintonge, pour découvrir la bujour, ou, plus exactement, dans la langue locale, la « bujhour ». Vous le constatez, la racine est identique, avec une simple déformation. Vous avez donc le choix, en revenant au tableau ci-dessus, pour deviner ce qu’est un bujour… Alors, quelle est votre hypothèse?

La seconde concerne un objet. Il est la vedette de ce tableau, bien mis en valeur, au premier plan à droite. Qu’est-ce? Un « cuvier à lessive en terre cuite, de forme ronde. La selle est son support pour le tenir stable. », selon le Glossaire des Mots Oubliés.

Le bujour. Source

Le texte dans lequel j’ai trouvé cette image désigne nettement l’objet comme un bujour fabriqué en Saintonge. Il indique aussi que ce genre d’objets est désigné ailleurs par le terme « ponne ». Devinez ce que j’ai fait? Eh oui, je suis repartie dans Lilo (mon moteur de recherche, pour celles et ceux qui ne connaîtraient pas ce moteur permettant de financer des associations) et ai trouvé cette autre photo.

Une ponne ?

Ne trouvez-vous pas qu’ils se ressemblent étrangement? La ponne photographiée est située à Marsais (une cinquantaine de kilomètres au nord). Alors je regarde plus en détail sous la photo, et trouve cette description : « AV Ponne ancienne saintongeaise tres décorative h 70 l 92 bon état 650 euros ». Et voilà la clef du mystère… c’est bien un bujour!

Un bujour pouvait contenir de 100 à 200 litres d’eau. Il était souvent entreposé dans une pièce attenant à la maison.

La troisième concerne les hommes. Ceux qui fabriquaient les bujours. Les bujoliers. Ils étaient installés à Saint-Bris-des-Bois, non loin de Saint-Césaire. Pourquoi là? Tout simplement parce qu’à Saint Césaire il y avait des mines d’argile, exploitées depuis le Moyen-Age. De l’argile, du charbon de bois et des cendres, de l’eau… on peut faire de la poterie!

Je ne résiste pas à l’envie d’un copier-coller concernant l’auto-présentation (pour ne pas dire propagande) de la petite ville.

 » Le bonheur est une petite chose que l’on grignote, assis par terre, au soleil…« 

Au coeur de la Saintonge, bordant la vallée du Coran, affluent de la Charente, découvrez Saint Bris des Bois. D’à peine 500 habitants, ce véritable écrin entre vignes et forêts, abrite de nombreux joyaux.

Habité depuis le néolithique par l’homme de Néandertal, Saint Bris des Bois a su conserver ses origines. Ses nombreuses sources et sentiers, son abbaye d’inspiration romane, son église dominant la vallée, en font un paradis pour randonneurs.

Vous qui recherchez la douceur de vivre, la nature à l’état pur, arrêtez-vous à Saint Bris des Bois et observez l’authenticité d’un village paisible et calme. Vous y serez toujours les bienvenus. »

Et, à côté de Saint Bris des Bois, un hameau se nomme… Les Bujoliers!

Pour façonner un bujour, le bujolier utilise une technique très particulière : un montage en 3 fois et en trois parties distinctes. En raison de leur grande taille et de leur poids considérable, ces pièces étaient fabriquées à partir de boudins d’argile crue, superposés en spirale les uns sur les autres à partir d’une galette circulaire formant le fond de la pièce.La base ou cul du bujour était érigée jusqu’au tiers de sa hauteur, la partie ventrue pour le 2ème tiers et enfin le col. Entre chaque opération,un temps de séchage s’imposait pour éviter que l’édifice ne s’effondre.Ils recevaient un décor,estampé à l’aide d’une roulette,en bandes verticales sur la panse et une horizontale à la jonction du col-panse. Une fois séchés naturellement, les bujours et autres poteries étaient montés dans un grenier ouvert au moyen d’un brancard appelé « boyard » pour terminer le séchage pendant une semaine, avant d’accéder au four tunnel où la cuisson allait se poursuivre durant une dizaine de jours à haute température de manière à obtenir du grès. »

A Saint Césaire, ce sont les héros, ces bujoliers! Outre le Musée qui leur est consacré, ils ont donné le nom à une école, un restaurant, une pharmacie..

Reste la quatrième… C’est celle du Musée des Bujoliers, un petit musée présenté sur cette gazette, et sur le site Saintonge-Mérine. Et devinez dans quel hameau il est situé?

Bujours au Musée des Bujoliers

Où l’on retrouve l’iris…

Selon les sources d’histoire locale,

« La Bujée se faisait sur 4 jours :
– 1er jour …..on asseoit la bujhée
– 2ème jour… on coule la bujhée
– 3ème jour… on rince la bujhée au lavoir ou dans le cours d’eau proche de la maison.
– 4ème jour… Le séchage : Le linge est étendu sur l’herbe ou les buissons.
Une fois sec, il sera repassé empesé, plié; puis rangé dans le cabinet (armoire à linge). »

Le cabinet saintongeais

« Le linge sale était d’abord entreposé dans les greniers. Deux fois par an environ, à des dates qui ne devaient pas contrarier les saints du calendrier, on passait à l’action. Entre les draps et autres pièces déposées dans le bujour, on intercalait des racines d’iris coupées en dés, destinées à parfumer et blanchir le linge, ainsi que de la cendre, contenue dans des sachets de toile, pour enlever les taches. » (source: Nicole Bertin Info)

Je croyais qu’il s’agissait des fleurs… Mais apparemment, non, il s’agit des racines, des rhizomes. Leur usage était semble-t-il répandu sur tout le territoire, car j’en ai aussi trouvé des exemples en Dordogne-Périgord, sur ce site qui explicite fort bien, à mon sens, les techniques de la « bugada », « bujée » ou « buée » – troisième nom dérivé de la racine commune. J’y ai appris que les trois grandes étapes de cet événement bisannuel (printemps-automne) étaient surnommées « Enfer » « Purgatoire » et « Paradis ». Dans l’illustration suivante, nous sommes donc au Purgatoire…

Image tirée du blog De Bretagne en Saintonge
Merci à son auteur qui m’a inspiré cet article!

Printemps

Au printemps nous voyons

refleurir aux fenêtres

les jolies lingeries,

et les prés sont parfois

de draps blanc embellis…

La Pâturette bruit.

La lavande endormie

Le narcisse épanoui

la berge du ruisseau

attend la lavandière…

La Pâturette bruit.

Petite laveuse (Muenier, 1910)


Nostalgie

Automat, Edward Hopper (1927)

Ô nostalgie des lieux qui n’étaient point
assez aimés à l’heure passagère,
que je voudrais leur rendre de loin
le geste oublié, l’action supplémentaire !

Revenir sur mes pas, refaire doucement
– et cette fois, seul – tel voyage,
rester à la fontaine davantage,
toucher cet arbre, caresser ce banc…

Monter à la chapelle solitaire
que tout le monde dit sans intérêt ;
pousser la grille de ce cimetière,
se taire avec lui qui tant se tait.

Car n’est-ce pas le temps où il importe
de prendre un contact subtil et pieux ?
Tel était fort, c’est que la terre est forte ;
et tel se plaint : c’est qu’on la connaît peu.

Reiner Maria Rilke
Pâques dans les Ardennes

« Wasserfall blond »

En choisissant de publier le poème de celui qui a peuplé mon adolescence dans une famille aux racines ardennaises, j’ai été interpellée par l’association des termes « wasserfall » et « blond »…

Loin de moi l’idée de divaguer dans un commentaire littéraire, mais envie de galoper comme une enfant au sein des forêts vierges aux chutes d’eau sauvage.

Et de me remémorer. Quand aurais-je pu qualifier de « blonde » une cascade?

Les cascades de mon enfance étaient auvergnates… Je me souviens particulièrement de celle de Saillant, que je suis allée revoir voici peu. L’eau y est toujours aussi impétueuse, mais la cascade m’a semblé bien plus petite que dans mon souvenir…

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/4/44/Saillant_cascade.JPG
La cascade de Saillant
Source Wikimédia

Au Maroc, la cascade d’Ouzoud procurait le plaisir d’une douche naturelle telle qu’on n’aurait pas osé la rêver…

La cascade d’Ouzoud
Je l’ai vue moins abondante !
Source : Wikipédia

Mais c’est surtout la Guinée qui m’a offert les plus belles vues de cascades. A la fin de la saison des pluies, il en surgit à chaque détour de piste, déversant du sommet des falaises des voiles d’eau denses…

Et je garde un souvenir plaisant de la cascade de Dubreka, qui était assez proche de Conakry pour que nous puissions, du temps où je résidais dans cette ville, aller pique-niquer sur ses bords ou les pieds dans l’eau, et nous baigner dans les vasques naturelles…

Cascade de la Soumba, à Dubreka
Source

Mais aucun de ces cascades, pas plus que toutes celles que j’ai vues ailleurs, ne pourrait, selon moi, être qualifiée de « blonde »…

Alors mon esprit gamberge…

Quelle chaîne d’images et de mots a provoqué cette alliance inattendue? Faut-il évoquer la lumière naissance « albérale » – pour utiliser un de mes néologismes? Ou penser aux cascades de bière jaillissant d’une bouteille trop secouée? Ou relier la puissance des flots à celle de l’amour et soupçonner des amours adolescentes? Ou…

Mais laissons à la poésie son charme, et à Rimbaud le plaisir de sculpter ses expressions selon son désir…

Les décâblés

Que choisir quand deux jeunes filles de 18 ans vous demandent de les emmener voir un spectacle de théâtre « hors du commun »? Telle est la question à laquelle je me suis trouvée confrontée hier soir… Qui plus est, un lundi. Et, cerise sur le gâteau, à 19h45!

Heureusement j’avais déjà anticipé, et passé quelques temps le matin à regarder la liste des spectacles parisiens en ce lundi de février… Et j’avais notamment remarqué qu’il y avait du théâtre d’improvisation. Or nous avions déjà vu ensemble une pièce, « Bio », que j’ai commentée jadis sur ce blog. Et cela avait tellement plu à l’une d’entre elles qu’elle avait voulu retourner la voir avec son amie.
Me voici donc réservant « en catastrophe » sur le site du théâtre des Blancs Manteaux, pour un spectacle remarqué le matin même sur le net, les Décâblés.

Me voici donc sur la page « billetterie », et ne comprenant pas pourquoi il y avait un tarif « promotionnel » différent d’un tarif « préférentiel », tous deux différents d’un tarif « normal » et d’autres tarifs par catégories sociologiques… Un vrai casse-tête! J’ai donc appelé le théâtre, et ce fut le premier gag de la soirée : il faut choisir celui que l’on préfère, et aucun justificatif n’est demandé… A tout hasard, j’ai pris le moins élevé (13 euros)… et ai obtenu mes places sans peine… Si, je vous assure. Et si j’ajoute que, pour entrer, nous n’avons été soumises à aucun contrôle… Voilà qui rend bien sympathique, dès l’abord, ce théâtre!

Sympathique, il l’est. Et plein de charme aussi. Si discret, dans cet angle de rue, que nous étions passées devant sans le voir… Et si chaleureux, une fois que l’on pénètre dans le bar adjacent ou dans la petite salle un peu (beaucoup) défraîchie…

Le bar et l’entrée du théâtre

Les codes des théâtres parisiens héritiers de la tradition bourgeoise des XVIII et XIXèmes siècles sont joyeusement transgressés, si l’on excepte la couleur rouge… des bancs! La scène et le rideau sont noirs… Et, pour cette pièce, une télévision rouge venait casser tout le sombre du fond de salle… Une télévision-urne, dans laquelle le public était invité à glissé un bulletin avec son prénom et une « phrase-thème » de son choix.

La télévision – urne

Car c’est l’un des principes de ce spectacle : pas de « spectateurs/trices », mais des personnes en interaction avec les acteurs, et même convoquées sur scène pour jouer avec eux, comme cette « Pimprenelle » choisie, avec deux autres personnes, dans le public pour réellement interagir sur scène en binôme avec un acteur.

L’acteur dialoguant avec sa partenaire avant de jouer « Les Z’amours »

En l’occurrence, il s’agissait de l’émission Les Z’amours, pour laquelle l’animateur (quatrième acteur, un peu « hors scène » mais tellement « sur scène »!) pose des questions à des couples… Le public est donc à la fois co-auteur et co-acteur de ces sketches déjantés sur les émissions de télévision. Et là, je dois avouer que mon manque de culture télévisuelle a été pour moi un handicap, car par moments les autres étaient pliés de rire, alors que je ne comprenais pas pourquoi… et comme je n’ai jamais vu Koh Lanta, N’oubliez pas les paroles ou encore On n’est pas couchés, je ne pouvais saisir la finesse de certaines répliques… Pas plus que je n’ai pu évaluer la justesse des paroles (ni de l’air) quand ils ont été amenés, dans un sketch dont le thème était « J’aime la pêche », à chanter du Céline Dion et du Metallica!

Mais l’entrain, le jeu et le sens de la répartie des 4 jeunes gens, reconnaissables par les couleurs assorties du tee-shirts et des chaussures (rose, bleu,vert pour les 3 « sur scène »), à l’exception de « l’animateur », tout de noir vêtu et aux chaussures de cuir fauve, ont entraîné le public dans un délire de plus d’une heure. Un public conquis, dans toute sa diversité d’âge, de sexe, de milieu et de genre… Car il a bien été question de genre, aussi, dans ce spectacle, et des stéréotypes y afférant, dans une gaie satire qui n’épargnait personne. Un seul regret, me concernant : le glissement vers des formes de vulgarité, à certains moments… Dommage… mais cela n’enlève rien au plaisir partagé avec les deux jeunes filles qui m’accompagnaient…

Un Feydeau moins ennuyeux…

Je n’appréciais pas spécialement les comédies de Feydeau, jusqu’à la semaine dernière. Un peu poussiéreuses, trouvais-je, et qui plus est souvent sur une thématique que je rejette profondément d’un point de vue idéologique, la « tromperie »… Et voici qu’une pièce, dont pourtant l’argument est fondé sur cette thématique, m’a réconciliée avec ce type de théâtre. Intriguée par les nombreuses critiques très positives découvertes sur le net, je suis en effet allée voir « Le Système Ribadier » aux Bouffes Parisiens.


Je ne puis m’empêcher de faire une brève digression sur ce théâtre qui combine en un espace restreint (trop restreint, me disaient mes jambes pendant la représentation, coincées entre les sièges du premier rang de la corbeille et la balustrade… à croire que les spectateurs de l’époque avaient des jambes plus petites que les miennes!)… qui combine, disais-je donc, tous les éléments architecturaux et décoratifs attendus d’un théâtre dans notre imaginaire, sans pour autant être surchargés de statuettes ou hauts reliefs dorés.

L’entrée par le Passage

Le théâtre possède deux façades, qui lui donnent un air de pièce de monnaie.

Côté pile, une superbe façade en bois noir, située au sein du Passage Choiseul.

Côté face, une façade plus résolument « moderne », avec ses baies vitrées et ses enseignes lumineuses…

Si l’histoire du théâtre vous intéresse, vous la trouverez sur le site officiel, ou, pour ce qui concerne ses débuts, ce texte du XIXème siècle.

Souvenirs de l’histoire

Mais revenons au présent… et donc à la pièce, sujet principal de cet article, n’est-ce pas?

Le décor surprend dès l’abord. Une espèce d’igloo stylisé. Au centre, une porte-fenêtre. A droite, rien d’autre apparemment que les « arches » en noir et blanc. A gauche, une caricature à la Daumier.

Un décor épuré

Très vite, on comprend que ce décor permet trois accès à la scène, car la porte-fenêtre s’ouvre… ou plutôt, non, pas comme une porte, mais comme une fenêtre dont les acteurs doivent enjamber le rebord. le code « cour » « jardin » est ainsi cassé, et ces trois accès permettent d’accélerer le rythme des entrées/sorties et de traduire en un ballet rapide celles des divers personnages, à certains moments de la pièce. Le mobilier est sobre, contrairement à d’autres décors qui retracent les intérieurs bourgeois de l’époque avec meubles, coussins, tentures et bibelots à confusion. Les spectateurs découvrent un ingénieux système autour d’une longue table centrale, très sobre, au centre de la scène. Mais je ne vous en dis pas davantage, pour le cas où vous iriez voir la pièce. Il faut ménager l’effet de surprise!

Les acteurs sont époustouflants de vitalité et de dynamisme, parvenant à garder un rythme très rapide (peut-être un peu trop à mon goût, parfois?) tout au long de cette pièce qui dure près de deux heures, sans entracte. Les répliques fusent, et Patrick Chesnay s’amuse visiblement à prendre à parti le public. Nouvelle parenthèse ici pour vous dire combien j’ai été séduite par le fait que, malgré la barrière lumineuse de la lampe, il parvient à capter tout le public, y compris les « pauvres » des derniers étages ou des côtés néfastes aux nuques…

Je ne vous en dis pas plus, vous laissant le loisir de découvrir cette mise en scène et interprétation de la pièce, qui, au-delà des poncifs du théâtre de boulevard, requestionne la place de la femme, car Angèle est intelligente, rusée et érudite – elle reconnaît un extrait de Musset, cite Antinoüs… et menace du divorce et surtout de se faire rendre sa dot!

Tolérance et bienveillance

Ces deux mots m’ont été proposés par un ami comme sujet de réflexion, de manière tout à fait inattendue dans un contexte de convivialité débridée. Et, bien sûr, je n’ai pas pu m’empêcher de mettre mon grain de sel, puis de continuer à y penser, avant d’en venir, ici, à vous (dé)livrer le résultat de mes cogitations aussi spontanées que non étayées…

La première connotation qui m’est venue, à l’évocation conjointe de ces deux termes, est celui de « supériorité ». Pour moi, déclarer de la tolérance ou de la bienveillance, c’est se reconnaître une forme de pouvoir sur l’interrelation, donc une espèce de supériorité sur l’Autre, dont on va « tolérer » la présence, les idées, la marginalité, etc. ou que l’on va traiter avec « bienveillance ». Vous pouvez comprendre combien cela pose question pour l’égalitaire à tout crin que je suis…

Nous avons ensuite débattu sur la vision binaire qu’entraîne le « bien » de « bienveillance ». Bien / Mal veiller… N’y a-t-il pas de troisième voie? Quelle serait-elle?

Je ne prétends pas proposer de solution, mais ces mots seraient pour moi à bannir. Contentons-nous de nous ouvrir à toute pensée et de ne pas nous mettre sur piédestal, cela permettra peut-être d’éviter des complexes et rancoeurs porteurs de germes de violence…

Gaspard Proust à la Comédie des Champs Elysées

Gaspard Proust
Un titre adapté…

Je n’étais jamais allée à la Comédie des Champs Elysées qui, comme son nom ne l’indique pas, ne se trouve pas sur l’Avenue éponyme mais sur l’Avenue Montaigne… Un site intéressant… Accès à l’étage par un ascenseur un peu « Art Déco », immense, avec un liftier qui pourrait être de la même époque…

L’étonnant ascenseur
Source : kactus.com

Un bar classique, avec moultes bouteilles de Champagne bien en vue pour appâter le chaland…

theatre de la comédie des champs-elysées
La salle (1913)
Source : site du théâtre

Une belle salle qui comporte tout ce que l’on peut en attendre, malgré sa petitesse : des balcons, des corbeilles… et même une scène! Par contre, je n’ai pas vu de rideau, car il était levé à l’arrivée, et l’est resté tout le temps du long monologue de l’artiste, censé venir de la loge de celui-ci – et peut-être est-ce vrai?

Long monologue, effectivement… et une sacrée performance d’acteur, dans le sens où l’on assiste à une sorte de logorrhée – comme je l’ai entendu dire par une jeune femme sur le quai du métro, hier, une « logorrhée de paroles » (sic!) – qui a beaucoup séduit un public visiblement acquis d’avance, et a fait rire à gorge déployée mes voisines de devant et de derrière.

Bon, vous l’avez deviné, pas moi. Pourtant, j’apprécie beaucoup l’humour, le premier, le second, voire le troisième degré. Mais en l’occurrence, j’ai vraiment très peu ri et peu apprécié ce spectacle pour « bobos in ». Certes, on pourra me reprocher d’être un peu coincée si je dis que, pour moi, on ne peut pas rire de tout, de la Shoah par exemple. Certes, on pourra m’accuser d’être un peu bourgeoise quand je reconnais ne pas aimer les gauloiseries grasses ni les images d’éjaculation faciale. Et aussi d’être idéaliste pour penser qu’un artiste se doit de s’engager, à défaut d’être engagé.

Car c’est pour moi le principal défaut de ce type de spectacle : à force de tout dénoncer, on ne dénonce rien. On « noie le poisson » – et on noie ses idées par la même occasion. Il est facile de critiquer les politiques, les croyants de tout bord, les adeptes du bio, les vieux, les jeunes, etc. Mais quand cela devient une forme de parti pris sans relief, toute la satire perd de sa valeur et aucune idée forte n’émerge. D’accord, je suis peut-être partiale, mais je trouve regrettable de ne pas mettre un tel talent au profit de causes, quelles qu’elles soient…

Il n’en reste pas moins que ce spectacle vaut la peine d’être découvert, ne serait-ce que pour deux choses : la performance de l’artiste, et les rires de la salle.

Le vin de Belleville

Eh oui! J’ai bu du vin à et de Belleville… Saviez-vous qu’on en produit environ 200 fillettes par an?

Fillette de Clos des Envierges

Le raisin est produit par l’équipe de jardiniers municipaux, qui ont pour ce faire suivi une formation spécifique sur site, avec des spécialistes de la viticulture. Ce dimanche 6 octobre, c’était la Fête de la Vigne à Paris, et trois d’entre eux accueillaient dans l’après-midi les visiteurs et visiteuses tel-le-s que moi, tandis que d’autres le faisaient ailleurs… J’ai ainsi découvert qu’il y avait au moins dix vignes à Paris, moi qui ne connaissait que celle de Montmartre et l’expérience menée sur les toits de l’Hôtel de Ville.

Vignoble au coeur de Belleville

La Clos des Envierges est situé en bordure nord – est du Parc de Belleville. Planté de pinot meunier, de chardonnay, et de nouveaux cépages en cours de conception à partir d’anciens, il présente l’aspect de vignes bourguignonnes, avec des rosiers au pied de chaque ligne… J’avais appris qu’ils servaient à prévoir les maladies de la vigne, en étant plus fragiles et donc atteints avant elles, mais une autre version a été apportée par la jeune jardinière qui m’a guidée : comme on utilisait autrefois des chevaux pour la viticulture, les épines auraient permis d’écarter ceux-ci des pieds lorsqu’ils tournaient en bas des rangs pour remonter, et ainsi protégé les premiers pieds.

Rosiers et pinot meunier

La culture de la vigne est traditionnelle à Belleville. En effet, comme autrefois la commune était indépendante, le vin y coûtait moins cher car il échappait à l’octroi, et les Parisien-ne-s venaient faire la fête en buvant le vin guinguet – qualificatif donné au petit vin aigrelet, qui est à l’origine du terme « guinguette », le saviez-vous? – dans les… guinguettes du quartier. Moi qui aime les mots, j’ai aussi appris l’origine du verbe « grapiller » : on laissait, et on laisse encore, les grappes trop petites ou tombées à destination des habitant-e-s, dans le contexte du glanage légal, coutume sur laquelle Agnès Varda a réalisé un magnifique documentaire, Les Glaneurs et la glaneuse.