Balade au Parc Départemental d’Estienne d’Orves. Séquence 1 : les acteurs

Que j’aime découvrir de nouveaux coins de Nice! Et c’est ce que j’ai fait hier… Un Parc, en pleine ville, que je ne connaissais pas… Plus de 14 hectares ignorées de moi!!! Comment est-ce possible? Je l’ignore… et me suis jurée de continuer à dénicher les Parcs et jardins que je n’aurais pas encore visités!

Il faut dire que celui-ci est situé à Nice Ouest, partie de la cité que j’essaie d’éviter au maximum… mais avec laquelle il a commencé à me réconcilier.

Un peu d’histoire, et d’histoires, pour commencer. Car on ne peut comprendre cet espace que si l’on connaît un peu celles et ceux qui l’ont façonné. Dans les commentaires de notre adorable guide Antoine (Animateur des Parcs naturels départementaux), quelques « silhouettes » ont surgi au détour des chemins.
Commençons par un peu de généalogie pour essayer de comprendre qui sont les D’Estienne d’Orves (source : geneanet).

Augustin d’Estienne d’Orves et sa famille

Dans la Nice d’aujourd’hui, c’est surtout Honoré que l’on connaît, dans cette famille. Mais c’est Augustin qui est à l’origine de la propriété dont une partie a été absorbée dans le parc. Petit-fils d’Honoré, et grand-père d’Honoré… Dans cette famille, comme dans beaucoup d’autres à cette époque, on aime redonner les mêmes prénoms… Celui qui a donné son nom à l’un des grands lycées niçois est le petit-fils de l’Augustin dont nous allons parler ici. Enfin, de l’un des Augustin, car il a eu aussi un petit-fils portant son prénom, qui, lui, a continué à aménager la propriété de son aïeul, et que, pour commodité, notre guide surnomma « Augustin 2 ». Vous me suivez?

Augustin est né le 15 août 1798 à Aix-en-Provence. Un peu plus vieux que notre cher Victor, donc, pour vous le situer dans le temps. Et mort presque aussi vieux, à 81 ans, à Nice, le 8 décembre 1979. Son ascendance réunit les familles d’Estienne d’Orves (papa, Louis Laurent Joseph, conseiller au parlement de Provence, a 71 ans quand le petit naît et meurt quand il a 4 ans), et de Miollis (maman est beaucoup plus jeune, mais quand même 37 ans au moment de la naissance, et meurt quand il a 36 ans). Lui-même s’allie par celle qu’il épouse à 26 ans (elle n’en a que 19!), Louise Rosalie Eulalie, aux familles Novaro de Castelvecchio et de Monléon. Pour la suite, voici une copie de la descendance…

Tout cela pour que vous compreniez un peu mieux ce que l’on voit en arrivant dans ce quartier de Nice : une avenue qui porte le nom de la famille et le lycée Honoré idem. Et pour que vous imaginiez ce Monsieur transformant une colline en ce que l’on peut encore admirer aujourd’hui. Vous vous posez peut-être la question « et pourquoi d’Estienne et d’Orves »? Bon, je prends encore un peu de temps. Les d’Estienne sont connus depuis 1500 environ, et très reliés à l’histoire d’Aix en Provence. Et c’est Joseph-Honoré d’Estienne qui créa la branche d’Orves, au XVIIIème siècle, en épousant Agnès de Martiny, héritière de la terre d’Orves, près de Toulon. Voilà, vous savez tout, ou presque. Et vous rencontrerez dans la balade son petit-fils, créateur du raccourci qui nous a fait souffrir (faire monter des escaliers ardus par cette chaleur avec un masque, cela relève du sadisme…), et une de ses descendantes, Félicie. Sur elle, je ne vous dirai rien, car pour l’instant sur le net je ne rencontre que la Félicie actuelle, artiste connue… mais un spectacle a été monté dans le Parc récemment, autour de cette peintre impressionniste, par Cyrielle et la troupe que j’aime tant, 1,2,3 CAT.

Les exploitants agricoles et autres serviteurs

Qu’il s’agisse de louage ou de métayage, les personnes oeuvrant sur le domaine étaient très nombreuses. Nous retiendrons surtout une famille, celle des Allegretti, qui ont tellement été associés à celui-ci qu’elle a obtenu le droit de rester dans sa demeure située maintenant sur le parc racheté par le Conseil Départemental des Alpes Maritimes! Mais on peut imaginer tout ce petit monde entretenant orangeraie et oliveraie, participant à la production de fruits, légumes et fleurs, assurant l’entretien des chemins et du réseau hydraulique, transformant une colline en vaste domaine sylvicole et agricole… Et, bien sûr, aussi toutes celles et ceux qui construisaient et entretenaient les édifices qui sont encore visibles de nos jours.

Un comte russe

Augustin avait un ami, le comte d’Apraxine. Une famille célèbre dans l’histoire de la Russie. Mais je ne suis pas parvenue à identifier qui était précisément ce comte dont les ancêtres sont si prestigieux, ni pourquoi il était alors à Nice, même si l’on sait combien les Russes ont toujours aimé cette ville.

Les deux compères, aux dires de notre guide, devisaient tranquillement sur la plateforme sommitale, échangeant sur leurs exploitations réciproques, et sans doute d’autres sujets à taire… Le comte montait de sa résidence sise au bas du domaine pour rencontrer son vieux copain…

Ce comte a fondé une institution charitable, destinée à l’accueil de jeunes filles dites alors « aveugles ». Cette institution est devenue de nos jours un ESSMS géré par l’IRSAM: foyer d’accueil occupationnel « Les Bougainvilliers » et foyer d’accueil médicalisé « Les Glycines » situés dans la villa Apraxine, au 49 de l’avenue… d’Estienne d’Orves, bien sûr, qui accueillent toujours des résidents sensoriels, mais sont devenus mixtes…

Voilà dressé le tableau de quelques acteurs dont les fantômes hantent le Parc. Il ne reste plus qu’à y entrer et vous en narrer la visite.. ce sera pour une autre fois…

Le parcours de la combattante : achat d’un BZ à Nice

J’interromps mes récits de voyage pour « vider mon sac » et vous faire rire un peu…

Comme tous les ans ou presque, je me suis trouvée confrontée à la nécessité de racheter un canapé. Non qu’il soit vieux ni usé, mais le mécanisme en a été cassé, ainsi que de nombreuses lattes, par un jeune peu soigneux – c’est le moins que l’on puisse dire!!! Me voici donc, sur Internet, en quête d’un mécanisme…

Le constat est rapide : peu à vendre et, quand ils le sont, très chers par rapport au canapé complet, et, surtout, avec des délais de livraison dépassant l’entendement : un mois au moins!

Je décide donc l’achat d’un nouveau canapé entier.

Même remarque pour la livraison : au moins deux semaines. Or il me faut le canapé dans la semaine!!!

Je cherche donc comment faire et appelle les différentes marques. Je finis par obtenir une réponse positive d’Ubaldi : je commande le canapé, et je l’ai le lendemain.

Me voici donc partie hier soir à l’autre bout de Nice, près du stade Allianz. Bonne double surprise d’abord: le magasin est situé juste après le péage de l’autoroute, et un parking peu occupé et gratuit est accessible directement sous celui-ci. Je jubile… et découvre un superbe espace épuré, bien décoré, bref, une vitrine de luxe… et ce n’est effectivement qu’une vitrine, ce qui va me valoir un certain nombre de déconvenues.

Une attente interminable

Dans l’espace « pièce à vivre », une vendeuse et un vendeur. L’une est occupée à un bureau avec un vieux couple qui n’en finit pas; l’autre fait le guide avec une cinquantenaire peu pressée, qui finalement n’achètera rien. Bref, j’attends près d’une demi-heure…

Aucun BZ en exposition

Lorsque le vendeur réussit à se libérer de sa prédatrice, il m’annonce qu’il n’y a pas de BZ en exposition, et me montre sur Internet ce qui existe… Un comble! J’aurais pu commander de chez moi! Mais confirme que je pourrai l’avoir le lendemain matin en magasin. Je commande donc.

Une exigence incroyable au niveau des papiers, et des courriels d’une lenteur effrayante

Au moment de finaliser la commande et les modalités de règlement, je découvre qu’il faut une attestation de domicile et un RIB. Pour moi, pas de difficulté : je télécharge le tout sur mon Iphone.

Mais il m’est expliqué que la facture EDF doit dater de moins de 3 mois. Si, comme moi, vous êtes en paiement mensualisé, vous savez qu’il n’y a qu’une facture… par an. La mienne date du 20 mars. Donc la date ne convient pas. J’argumente… et finalement le vendeur cède. Je lui envoie le document par courriel. Il n’arrive pas. Je le renvoie, à une autre adresse. Toujours rien. Il finira par parvenir au bout d’environ 10 mn!

Quant au RIB, ma banque propose de l’envoyer directement. Ce que je fais. Mais il est intégré à un courriel, et non joint en fichier pdf. Nouveau refus du vendeur. Je tente et retente sur le site de la banque. Rien n’y fait. Il finit par accepter, en me demandant de revenir le lendemain avec un RIB « correct » !

Au total, cela fait plus d’une heure que je tente d’acheter un article que je n’ai pas vu et qu’on me livrera dans ce magasin le lendemain… Je ne me décourage pas. Puisque je suis là, je décide d’acheter le réchaud dont j’ai besoin. Mal m’en a pris!

Encore une « vitrine », mais vide… et toujours autant d’attente!

Les objets électroménagers sont magnifiquement exposés. Pas un réchaud. Mais je ne décourage pas. Puisque les canapés ne le sont pas non plus… Je cherche donc un vendeur. En vain. Finalement, on m’explique que je dois faire la queue face aux caisses. Au bout d’environ une demi-heure, c’est mon tour… Un gentil vendeur se pose avec moi dans un coin, allume sa tablette, et cherche…. Il ne trouve rien… je fais de même sur mon téléphone, et trouve des réchauds. Mais il m’explique alors qu’en réalité Ubaldi sert d’intermédiaire à des sous-traitants, et que, dans ce cas, il faut commander par Internet et attendre la disponibilité et la livraison…

Une heure plus tard, soit plus de 2 heures après mon entrée dans le magasin, je ressors donc avec un bon de commande pour un canapé fantôme et bredouille pour le réchaud, que je trouverai chez Darty, un peu plus loin, en quelques minutes.

Un second aller et retour pour rien

Le vendeur avait dit « après 10h ». Comme je travaillais jusqu’à 11, cela m’arrangeait. Je reprends donc l’autoroute et regagne Nice Ouest. Parking. Recherche du point de retrait. Accueil sympathique. Attente. J’en profite pour aller porter mon RIB au vendeur (à l’autre bout du magasin) et reviens au point retrait.

Nouvelle attente.

Un jeune vient au secours de la personne en poste. Et informe que 1) le canapé fera partie de la deuxième vague de livraison et 2) aucun sms ne m’a été envoyé.
C’est ainsi que je découvre qu’il aurait fallu attendre confirmation de la livraison avant d’y aller et que 10 h est l’heure de la première livraison!

Je n’ai pas pris mon téléphone, et donne donc le numéro de la personne qui m’accompagne. Le jeune homme refuse. J’insiste. Il appelle au téléphone le vendeur, l’invective, le somme de venir immédiatement. Celui-ci arrive, mais n’a ni papier ni stylo et me demande de venir le voir (à l’autre bout du magasin). J’y vais donc et il note sur un coin de papier le second numéro. Je repars au point retrait et demande quand environ aura lieu la livraison. Aucune réponse.

Je regagne donc la maison, de l’autre côté de la ville. Plus d’une heure de perdue… et je rentre bredouille.

Epilogue

Un sms est finalement arrivé, à 13h30. Sur mon téléphone. J’ai couru pour rien donner l’autre numéro! Et je n’irai que demain rechercher l’objet… pas envie d’un troisième aller et retour! Vive Ubaldi!

Bugadiera/o et bugada/o…

Je ne peux pas évoquer les lavandières, laveuses et autres lingères sans parler de la bugadière, en nissart « bugadiera » évidemment!

A Nice, des bugadières privées d’eau

Si elles ont disparu, ce n’est pas uniquement dû aux inventions techniques. A l’heure actuelle, même s’il en existait encore, vous ne pourriez pas les voir à cet endroit…

Bugadières autour de 1900

Pourquoi? Tout simplement parce qu’on ne voit plus couler le Palhon, Païoun, Paillon dans Nissa la Bella… Il a été enfoui, caché, comme s’il était honteux, hideux… Lui, le ruisseau-fleuve descendu de l’arrière-pays pour rejoindre la Méditerranée en plein coeur de la ville… Lui, qui reliait les montagnards aux marins, du Mont Auri à ce qui allait devenir la Promenade des Anglais… Lui, si impétueux l’hiver mais si discret en étiage… Totalement couvert, recouvert, rendu invisible sous ce qui est devenu le haut-lieu des rencontres de toutes sortes : théâtrales, muséales, littéraires… et le site des congrés, des promenades, des jardins d’enfants aux monstres ligneux…

Tirage d’après les plaques de verre originales de Jean Giletta,
propriété de la maison d’édition éponyme fondée en 1880 à Nice

La plus célèbre des bugadières

L’héroïne de la ville, Catarina Segurana, était selon la légende une « bugadiera ».

 » Catarina Segurana es presentada souta lu trat d’una frema dóu poble, budagièra de coundicioun. L’istoria vóu qu’aurìa per cas, de l’assèdi de Nissa dóu 1543, amassat d’un còu de massòla, un pouòrta-ensigna turc li raubant, en meme temp, la bandièra desenemiga. « 

Cette « massola », c’est un battoir à linge, qu’elle aurait tenu à la main en se précipitant, en tête de quelques soldats, au-devant des envahisseurs franco-ottomans, et avec lequel elle aurait frappé violemment un janissaire dont elle aurait volé l’étendard, avant de galvaniser la résistance au point de faire reculer l’ennemi.

La bugadiera et son battoir à linge (1923)
Faula o realità, Catarina, seras toujou lou
sìmbolou dóu courage e l’image de la voulountà
de vinche, quoura lu « tiéu » soun en lou dangié, lou
poudé de magnetisà, d’afoucà lu tihoun en la
mauparàda.
Noun soun li coulou, noun soun li fourma que
pouòdon definì la bèutà…
La Beutà… es lou « plen d’estre ». Es per acò,
Catarina, que lu Nissart an toujou, embarbat en
lou couòr, lou pantai que li as laissat.
Ahì ! lu Nissart, lu Seguran…
le symbole du courage et l’image de la volonté de
vaincre, quand les « tiens » sont en danger,
le pouvoir de magnétiser, d’enflammer les tisons dans
les « mauvaises passes ».
Ni les couleurs, ni les formes peuvent définir
la beauté…
La Beauté… c’est la « plénitude d’être ».
C’est pour cela Catherine, que les Niçois ont
toujours dans le coeur le rêve que tu leur a laissé. Oui
! les Niçois, les Seguran…
Henri Land
Source : La Countea

Une chanson de 1913 met en scène la jeune femme, avec sa « massa », dans le premier couplet, et insiste sur le surnom des Niçois, issu de son nom.

Terra doun l’eroisme poussa,
Brès de Massena e de Pepin,
Tu qu’as vist fuge Barbaroussa
Davan la massa de Catin,
O Nissa, la tan bèn noumada,
Filhola dei fier Phoucean,
Escout’ ancuei dei tiéu enfan
Toui lu laut e li allegri chamada.
 Terre où l’héroïsme pousse,
Berceau de Masséna (1) et de Pépin (2),
Toi qui a vu fuir Barberousse (3)
Devant la masse (4) de Catherine,
Ô Nice, la si bien nommée (5),
Filleule des fiers Phocéens,
Écoute aujourd’hui de tes enfants
Toutes les louanges et les allègres aubades.

Refren                
Flou dòu païs ligour,
Nissa, lou nouostr’ amour,
Ti saludan
E ti cantan :
« Viva lu Seguran ! » (bis)
 Fleur du pays ligure,
Nice, notre amour,
Nous te saluons
Et te chantons :
« Vive les Séguran ! » (bis)
Innou Seguran, couplet 1 et refrain
Source : Mùsica tradiciounella de la countéa de Nissa

Une autre chanson la met en scène avec son battoir

Catarina Segurana, erouina dei bastioun,
Catarina Segurana, que desfendia maioun,
Noun pougnèt emb’un’espada,
Noun bussèt emb’un bastoun.
Manejava una massola
Per picà sus lu nemic !
Pica ! Pica ! Pica ! Pica !
Per picà sus lu nemic !
Li bandièra li escapon,
Si vé pu que li esclapa,
Es la vergougna dei nemic !
 Catherine Ségurane, héroïne des bastions,
Catherine Ségurane, qui défendait [les] maisons,
N’empoignait pas une épée,
Ne cognait pas avec un bâton.
Elle maniait un battoir
Pour frapper sur les ennemis !
Frappe ! Frappe ! Frappe ! Frappe !
Pour frapper sur les ennemis !
Les bannières leur échappent,
On ne voit plus que les [membres] éclatés,
C’est la honte des ennemis !
Ma qu’era Catarina Segura ? couplet 3
Source : Mùsica tradiciounella de la countéa de Nissa

Je n’ai trouvé ni tableaux ni chansons mettant en scène les lavandières à Nice. Par contre, on obtient sur le net un grand nombre d’informations sur la bugada et ses praticiennes en Provence.

Bugadières en Provence

La bugadiera est d’ailleurs un des santons de certaines crèches provençales.

Bugadiera, santon
La marque sur le battoir indique « M. Chave, Aubagne »
Le petit-fils de Marius Chave est toujours santonnier à Aubagne

Mistral a apporté une explication au terme « bugado » ou « bugada », selon les parlers, la « grande lessive » en Provence.

« Le mot bugado vient de bou, bouc, trou, parce que la lessive est proprement l’eau qui passe par le trou du cuvier. »

C’est lui aussi qui évoque les dictions liés aux lavandières.

« « Tan plan l’ivèr coume l’estiéu, li bugadiero van au riéu. » (Lou Tresor dóu Felibrige), dont la traduction pourrait être : « Tant l’hiver que l’été, les bugadières vont au ruisseau » ; ou le plus ironique : « Li bugadieros dóu riéu/ Manjarien soun ome viéu. » (Lou Tresor dóu Felibrige) « Les bugadières du ruisseau/ Mangeraient leur mari (tout) vif ». »

J’ai trouvé ces informations, ainsi que celles qui suivent, sur un site qui est une mine en ce domaine : Occitanica

« D’autres, au contraire, relèvent les traits généralement associés à ces femmes, et aux discussions autour du lavoir, lieu où se transmettent les informations (et les rumeurs). Tel est ainsi le cas de : « front de bugadiero, effronterie de harengère ; que bugadiero ! Quel bavard ! » (cf. Frédéric Mistral, Lou Tresor dóu Felibrige, définition de Bugadiero). C’est d’ailleurs le nom de cette profession que le Niçard J. Bessi choisit en 1871 pour baptiser son nouveau journal (La Bugadiera, Nice, 1871-1880). On dit aussi : « Lengut coma una bugadièra » (avoir la langue bien pendue comme une bugadière).

Notons enfin quelques expressions et dictons relatifs à la pratique :

« Que fai bugado entre Caremo e Carementrant/ Li bugadiero moron dins l’an. » : Qui fait sa lessive entre Carême et Carême-prenant, la bugadière meurt dans l’année. (superstition particulièrement répandue semble-t-il et relevée par de nombreux collecteurs).

« Las sorbras dal flascon de las bugadièiras garisson las fèbras » : Les restes de la gourde des lessiveuses guérissent les fièvres. Ce dicton souligne la réputation de bonne santé de ces bugadièras, solides travailleuses dont les « cueissas frescas » (Cf. ouvrage Grabels) furent également vantées. »

Enfin, au risque d’être prise en flagrant délit de copier-coller, je reprends sur le même site un extrait d’un poème sur la bugada, avec les deux graphies.

La bugado/ La bugada

Se soun lebados pla mati/ Se son levadas plan matin

Las labairos, e, per parti,/ Las lavairas e, per partir,

Biste, sans se trop escouti,/ Viste, sans se tròp escotir,

Cadunp al galop s’es coufado ;/ Caduna al galòp s’es cofada;

D’un grand pas lou pitiou troupel/ D’un grand pas lo pichon tropèl

Camino cat al ribatel ;/ Camina cap al rivatèl;

Dins de descos, sul toumbarel/ Dins de descas, sul tombarèl

Lous beus ban traina la bugado./ Los buèus van trainar la bugada.

Froment, Paul, A trabès régos : rimos d’un pitiou paysan, Villeneuve-sur-Lot ; impr.B. Delbergé, 1895. Texte original et transcription en graphie standardisée.

Il existe beaucoup de textes sur « la bugada ». En voici un récent, qui explicite la tradition en langage poétique.

Autrefois, deux fois l’an, c’était « la bugado » :
Quel tintouin, mes amis, et quel remue-ménage !
Dès l’aube du lundi tout d’abord le trempage
Dans l’eau additionnée de soude en gros cristaux ;

Un rinçage abondant ; et puis on préparait
Le cuvier tapissé d’un drap ou d’un tissu ;
On y mettait le linge, un autre drap dessus
Où l’on plaçait les vieilles cendres du foyer ;

Sur l’ensemble on versait alors de l’eau bouillante
Qui coulait dans un seau placé sous un trépied ;
Ca durait une nuit où tous se relayaient :
De l’eau, encor de l’eau, dans des vapeurs ardentes…

On empilait le linge en tas sur la brouette
Pour aller le rincer plus loin à la rivière
Ou au lavoir, selon… Et là les lavandières
Frottaient encore un coup torchons et serviettes,

Camisoles, jupons… Rinçages abondants,
Encor un et puis deux… Ensuite l’essorage…
L’étendage sur l’herbe … et la fin de l’ouvrage !
En est-il pour encor vanter  « le bon vieux temps » ? »

Vette de Fonclare

La lavandière, Alphonse Moutte (1882)

La Villa Paloma

J’ai découvert la Villa Paloma l’été dernier, à l’occasion d’une exposition Tom Wesselmann, La Promesse du Bonheur.

Et j’avais admiré le site tout autant que l’exposition… Me voici donc revenue sur les lieux, pour une exposition cette fois consacrée à Ettore Spalletti.

Et, chose amusante, la première « oeuvre d’art » que j’ai admirée se trouve… dans le parking situé juste en face de la Villa (facile de s’y garer, et on arrive vraiment devant la porte du jardin… il peut aussi servir pour l’accès au Jardin Exotique).

L’entrée dans la propriété se fait par le haut du parc, qui abrite une autre exposition, consacrée, elle, à Michel Blazy, artiste originaire de Monaco, qui joue avec fantaisie sur des gammes d’objets ordinaires, comme les baskets de Collection de Chaussures, créée pour la 57ème Biennale de Venise, voire périssables comme les pelures d’orange de Sculptcure (non, je n’ai pas fait de fautes d’orthographe), datée de 2001 à « en cours » (sic).

Collection de chaussures
Sculptcure

Les jardins en terrasse offrent une vue splendide sur la Principauté et la Méditerranée.

Ils sont délicatement ornés, en particulier par un petit édifice au bleu qui me rappelle les jardins de Majorelle à Marrackech, jardins où j’aimais tant aller me promener…

L’architecture extérieure est à la fois simple et recherchée, avec un blanc contrastant sur le bleu environnant.

La plupart des fenêtres doivent être occultées pour permettre l’accrochage des oeuvres. Ettore Spalletti a souhaité, pour sa part, qu’elles restent ouvertes pour laisser pénétrer cette superbe lumière méditerranéenne. Il faut préciser qu’il conçoit les oeuvres pour les sites qui les accueille…

Les oeuvres sont très épurées, et la mise en scène est importante. La première sensation, dès la première salle, est celle d’une grande pureté, d’une symbolique forte mais discrète, d’une recherche de l’épuré et de la (fausse) simplicité…

La palette de couleur est à la fois réduite et très riche, car l’artiste joue beaucoup sur la surface et la texture. Les tranches sont travaillées en fonction du nombre d’or, et dorées à l’or fin. Des détails peuvent surprendre, comme ce crayon écartant du mur l’un des côtés d’un vaste tableau.

Tout un immobilisme apparent pensé pour mieux rendre l’idée de dynamique et de mouvement, évoquant ainsi la nature des environs de la ville natale de Spalletti, Pescara.

J’ai pour ma part – et c’est rare! – regretté de n’avoir vu qu’à la fin de la visite le long documentaire consacré à l’artiste, qui permet de mieux comprendre la philosophie et les principes créatifs qui sous-tendent son oeuvre… Le film est passionnant, et je pense que, pour une fois, un bref extrait pourrait être visionné dès l’entrée pour mieux pénétrer son univers qui n’est pas qu’esthétisme…

L’harmonie est certaine, entre l’installation proposée et l’architecture intérieure de la Villa, avec ses escaliers monumentaux et ses superbes vitraux…

Bref, j’ai hâte de retourner l’an prochain voir ce qui sera proposé en ces lieux, mais j’aimerais aussi aller voir la ville de Pescara et la chapelle réalisée par la compagne de celui qui, en relation avec Raphaël, aimerait n’être appelé qu’ « Ettore »…

Du Gesu à la Sainte Trinité…

Comme souvent lorsque je suis à Nice, je me suis laissée entraîner à flâner Place du Gesu, dans le restaurant éponyme, ma « cantine » depuis des années… Mais, comme d’habitude, la voiture avait été garée au Château. Donc dilemme : prendre l’ascenseur, encore certainement bondé de touristes flemmard-e-s, ou grimper à pied? Après les gnocchi gorgonzola et le tiramisu, la seconde solution était osée, mais semblait imposée par le bon sens… Donc en route pour l’escalinada Eynaudi… Ne pas trop lever les yeux pour se décourager… quoique…

Pour les courageux/euses…

Au premier palier, une plaque commémore Eynaudi, dont le nom a été donnée à cet escalier.

A la gloire d’Eynaudi… ou de Médecin?

Mais qui était donc Eynaudi ? La plaque le présente comme « poueta nissart », poète nissart. Effectivement, il a, comme Rondelly, Rocher et tant d’autres, célébré sa ville :

« Nissa que l’ounda baia

Souta lu mount altié

L’univers si miraia

En lou tiéu souol entié « 

Je vous laisse traduire, ce n’est pas difficile…

Ce qu’il faut surtout retenir, c’est qu’il contribua à fixer la langue locale par un Dictionnaire publié entre 1931 et 1939, qui a été complété et réédité par l’Academia Nissarda en 2009.

Juli Eynaudi était un ardent défenseur de sa culture, et l’a exprimé dans des textes, mais aussi par l’animation d’associations dont ce fut l’objet.

Un palier, deux paliers… Au second, une curieuse statue de Vierge à l’Enfant. Pourquoi « curieuse »? La Vierge est toute abîmée, l’enfant est tout neuf. Ne me demandez pas pourquoi, je n’ai pas l’explication…

Je ne suis pas parvenue à trouver de quoi il s’agissait. Nous ne sommes pas loin du Malonat, oratoire qui abrite une Vierge que l’on promène en procession en souvenir de la fin de l’épidémie de choléra en 1854… Mais s’agit-il de la même image de la Vierge?

L’escalier continue à grimper, offrant de superbes vues de la Vila Vielha (alias Babazouk).

Il mène au Camin de la Villa Auta (en haut à gauche, couleur verte, sur le plan ci-dessous).

Celui-ci serpente à l’ombre des conifères et est rejoint par un autre escalier qui monte du nord de la vieille ville.
On arrive alors à la Chapelle de la Sainte Trinité, qui jouxte les deux cimetières (catholique et israëlites).

Je suis allée revisiter le cimetière israëlite, qui fera l’objet d’un prochain article… Sachez toutefois, pour aiguiser votre appétit, qu’il y avait jadis trois cimetières, ainsi que l’atteste ce plan présenté sur le blog d’un amoureux d’histoire de la ville.

A suivre…

Clans et ses environs

Autour du 24 août se déroule chaque année à Clans un Festival du Jeu. Je l’ai découvert l’an dernier, et ai voulu renouveler l’expérience cette année.

Clans est un village perché dans la vallée de la Tinée, un village vivant, dynamique, intéressant à plusieurs points de vue. Et l’organisation d’une telle manifestation montre à quel point les habitant-e-s peuvent se mobiliser pour attirer un peu de monde. Un peu, car les touristes ne « montent » pas jusque là. Une heure de route, trop loin de la côte… Dommage? Je ne sais pas, car cela permet une authenticité qui tend à disparaître dans des villages trop proches des villes, comme Eze par exemple.

Clans: vue de la Chapelle Saint Michel

En route donc, en ce samedi matin, pour le village. A tout hasard, un pique-nique prévu, mais avec l’idée de déjeuner plutôt dans la petite auberge qui nous avait accueilli-e-s l’an dernier… Plan du Var, on admire au passage Saint Jeannet, Le Broc, Carros… etc. Vallée du Var, puis Vallée de la Tinée. Et la montée en lacets vers le village. Le parking est toujours aussi peu ombragé, tant pis… Et direction l’auberge La Clansoise.

Hélas, elle est fermée. Définitivement fermée, apprendrons-nous par Mado, charmante dame de 88 ans qui est venue, voici 28 ans, prendre sa retraite dans le village natal de son mari, face à la collégiale, et qui prend du temps à expliquer à qui est intéressé les recettes nissardes. Fermée, alors que le jeune couple venait de commencer à l’aménager, avec, je me souviens, une cour ombragée et rafraîchie par une charmante petite fontaine style japonais, où le bambou jouait avec l’eau…

Le club des boulistes nous accueille et une table est à notre disposition pour le pique-nique à l’ombre du figuier et de la vigne. Vue imprenable sur la vallée de la Tinée et les monts environnants.

14h, c’est l’heure du rendez-vous avec 1,2,3 CAT, qui organise une fois de plus une Chasse au Trésor; deux heures à parcourir les ruelles médiévales, à découvrir les innombrables chapelles, à tenter de résoudre les énigmes… Une fois de plus j’admire les fresques de la Chapelle Saint Antoine, je tente de dénombrer le nombre de représentations de la Vierge dans la collégiale, et apprécie le bruit de l’eau glissant sous les ruelles, emplissant le lavoir, coulant des fontaines… Elle est omniprésente ici…

Vierge noire de la Chapelle Saint Antoine
Fresques de la Chapelle Saint Michel
La collégiale

Le jeu fini, un petit tour au Festival, pour acquérir le gobelet souvenir et s’étonner de l’ingéniosité de certains costumes. Sous le chapiteau, dans les rues, sur les places, on joue, on joue, on joue à tout, depuis les jeux de rôle jusqu’aux échecs… Et tous les âges se retrouvent pour découvrir les nouveaux jeux de société. Les graphistes prennent le temps d’expliquer leurs créations, où l’histoire et le fantastique se mêlent… Une atmosphère joyeuse et calme dans la fraîcheur de la montagne.

L’heure est venue de partir, mais cette fois direction Bairols, autre village perché, de l’autre côté de la vallée.

J’ai repéré sur Internet la présence d’une auberge où un chef étoilé aurait décidé de se retirer… 7 km de montée en lacets pour atteindre ce bourg. Il subsiste dans ce village, à la mairie flambant neuve, de belles traces du passé…

L’église côté vallée de la Tinée
Un autre aspect de l’église!

L’église domine une grande partie du village. Côté pile, architecture originale. Côté face, mur en aplomb sur le rocher…

Le dernier virage en montant
Le premier virage en montant

L’accès au village se faisait par ce passage, avec virages décalés pour empêcher l’élan des chevaux d’ennemis éventuels, et orienté de telle manière que l’on ne pouvait arriver les armes à la main… droite…

De l’église à l’entrée actuelle du village

Une très belle vue sur les environs, depuis la place située devant l’église, est mise en valeur par une table d’orientation.

En regardant vers le nord-est…
… puis le sud-est… Au loin, la Madone d’Utelle

Mais déception. Trop de rénovation. Trop « travaillé ». Ce minuscule village a perdu de son authenticité… Dommage…

Et autre déception… L’auberge est fermée. On nous explique qu’elle ne fonctionne que très peu, surtout le midi ou sur rendez-vous…

Nous redescendons donc dans la vallée pour regagner Nice, nous demandant si ce village valait le détour…

Nissa la Bella

Quand j’entends l’hymne nissart, j’ai… la chair de poule… eh oui, l’émotion me prend à chaque fois en oyant cette chanson. Il faut dire que je suis nissarte d’adoption, depuis plus de trente ans… Alors j’ai envie de vous faire partager ce plaisir…

J’aime beaucoup l’interprétation qui en est faite par un de mes groupes préférés, Corou de Berra.

Je les ai entendus notamment dans la petite église de La Gaude, chantant a capella, avec la ferveur du public conquis… Un bel instant de communion…

Introduction
Viva, viva Nissa la Bella !   Vive, vive Nice la belle !

1er couplet
O la miéu bella Nissa,
Regina de li flou,
Li tiéu vièji 
taulissa
Iéu canterai toujou !
Canterai li mountagna,
Lu tiéu riche
decor,
Li tiéu verdi campagna,
Lou tiéu gran soulèu d’or !
  Ô ma belle Nice,
Reine des fleurs,
Tes vieilles toitures,
Je [les] chanterai toujours !
Je chanterai les montagnes,
Tes riches décors,
Tes vertes campagnes,
Ton grand soleil d’or !

Refrain
Toujou iéu canterai
Souta li tiéu tounela
La tiéu mar d’azur,
Lou tiéu cièl pur,
E toujou criderai
En la miéu ritournella :
« Viva, viva Nissa la bella ! »
  Toujours je chanterai
Sous tes tonnelles
Ta mer d’azur,
Ton ciel pur,
Et toujours je crierai
Dans ma ritournelle :
« Vive, vive Nice la belle ! »

2e couplet
Canti la capelina,
La rosa, lou lilà,
Lou pouòrt e la Marina,
Païoun, Mascouïnà !
Canti la soufieta
Doun naisson li cansoun,
Lou fus, la coulougneta,
La miéu bella Nanoun !
  Je chante la capelina,
La rose, le lilas,
Le port et la Marine,
Paillon, Mascouïnat !
Je chante la mansarde
Où naissent les chansons,
Le fuseau, la quenouille,
Ma belle Nanon !

3e couplet
Canti li nouòstri gloria,
L’antic  bèu calèn,
Dòu gioungioun 
li vitoria,
L’òudou dòu tiéu printèms !
Canti lou vièlh Cincaire,
Lou tiéu blanc 
drapèu,
Pi lou brès de ma maire
Dòu mounde lou pu bèu !
  Je chante nos gloires,
L’antique belle lampe à huile,
Du donjon les victoires,
L’odeur de ton printemps !
Je chante le vieux Sincaire ,
Ton blanc drapeau,
Puis le berceau de ma mère
Le plus beau du monde !

Il en existe de nombreuses versions, et des interprétations parfois étonnantes. Cet été, j’en ai entendu une tout à fait innovante, dans un balleti… elle est donc renouvelée et renouvelable, cette chanson créée au début du XXème siècle par Menica Rondelly.