Bugadiera/o et bugada/o…

Je ne peux pas évoquer les lavandières, laveuses et autres lingères sans parler de la bugadière, en nissart « bugadiera » évidemment!

A Nice, des bugadières privées d’eau

Si elles ont disparu, ce n’est pas uniquement dû aux inventions techniques. A l’heure actuelle, même s’il en existait encore, vous ne pourriez pas les voir à cet endroit…

Bugadières autour de 1900

Pourquoi? Tout simplement parce qu’on ne voit plus couler le Palhon, Païoun, Paillon dans Nissa la Bella… Il a été enfoui, caché, comme s’il était honteux, hideux… Lui, le ruisseau-fleuve descendu de l’arrière-pays pour rejoindre la Méditerranée en plein coeur de la ville… Lui, qui reliait les montagnards aux marins, du Mont Auri à ce qui allait devenir la Promenade des Anglais… Lui, si impétueux l’hiver mais si discret en étiage… Totalement couvert, recouvert, rendu invisible sous ce qui est devenu le haut-lieu des rencontres de toutes sortes : théâtrales, muséales, littéraires… et le site des congrés, des promenades, des jardins d’enfants aux monstres ligneux…

Tirage d’après les plaques de verre originales de Jean Giletta,
propriété de la maison d’édition éponyme fondée en 1880 à Nice

La plus célèbre des bugadières

L’héroïne de la ville, Catarina Segurana, était selon la légende une « bugadiera ».

 » Catarina Segurana es presentada souta lu trat d’una frema dóu poble, budagièra de coundicioun. L’istoria vóu qu’aurìa per cas, de l’assèdi de Nissa dóu 1543, amassat d’un còu de massòla, un pouòrta-ensigna turc li raubant, en meme temp, la bandièra desenemiga. « 

Cette « massola », c’est un battoir à linge, qu’elle aurait tenu à la main en se précipitant, en tête de quelques soldats, au-devant des envahisseurs franco-ottomans, et avec lequel elle aurait frappé violemment un janissaire dont elle aurait volé l’étendard, avant de galvaniser la résistance au point de faire reculer l’ennemi.

La bugadiera et son battoir à linge (1923)
Faula o realità, Catarina, seras toujou lou
sìmbolou dóu courage e l’image de la voulountà
de vinche, quoura lu « tiéu » soun en lou dangié, lou
poudé de magnetisà, d’afoucà lu tihoun en la
mauparàda.
Noun soun li coulou, noun soun li fourma que
pouòdon definì la bèutà…
La Beutà… es lou « plen d’estre ». Es per acò,
Catarina, que lu Nissart an toujou, embarbat en
lou couòr, lou pantai que li as laissat.
Ahì ! lu Nissart, lu Seguran…
le symbole du courage et l’image de la volonté de
vaincre, quand les « tiens » sont en danger,
le pouvoir de magnétiser, d’enflammer les tisons dans
les « mauvaises passes ».
Ni les couleurs, ni les formes peuvent définir
la beauté…
La Beauté… c’est la « plénitude d’être ».
C’est pour cela Catherine, que les Niçois ont
toujours dans le coeur le rêve que tu leur a laissé. Oui
! les Niçois, les Seguran…
Henri Land
Source : La Countea

Une chanson de 1913 met en scène la jeune femme, avec sa « massa », dans le premier couplet, et insiste sur le surnom des Niçois, issu de son nom.

Terra doun l’eroisme poussa,
Brès de Massena e de Pepin,
Tu qu’as vist fuge Barbaroussa
Davan la massa de Catin,
O Nissa, la tan bèn noumada,
Filhola dei fier Phoucean,
Escout’ ancuei dei tiéu enfan
Toui lu laut e li allegri chamada.
 Terre où l’héroïsme pousse,
Berceau de Masséna (1) et de Pépin (2),
Toi qui a vu fuir Barberousse (3)
Devant la masse (4) de Catherine,
Ô Nice, la si bien nommée (5),
Filleule des fiers Phocéens,
Écoute aujourd’hui de tes enfants
Toutes les louanges et les allègres aubades.

Refren                
Flou dòu païs ligour,
Nissa, lou nouostr’ amour,
Ti saludan
E ti cantan :
« Viva lu Seguran ! » (bis)
 Fleur du pays ligure,
Nice, notre amour,
Nous te saluons
Et te chantons :
« Vive les Séguran ! » (bis)
Innou Seguran, couplet 1 et refrain
Source : Mùsica tradiciounella de la countéa de Nissa

Une autre chanson la met en scène avec son battoir

Catarina Segurana, erouina dei bastioun,
Catarina Segurana, que desfendia maioun,
Noun pougnèt emb’un’espada,
Noun bussèt emb’un bastoun.
Manejava una massola
Per picà sus lu nemic !
Pica ! Pica ! Pica ! Pica !
Per picà sus lu nemic !
Li bandièra li escapon,
Si vé pu que li esclapa,
Es la vergougna dei nemic !
 Catherine Ségurane, héroïne des bastions,
Catherine Ségurane, qui défendait [les] maisons,
N’empoignait pas une épée,
Ne cognait pas avec un bâton.
Elle maniait un battoir
Pour frapper sur les ennemis !
Frappe ! Frappe ! Frappe ! Frappe !
Pour frapper sur les ennemis !
Les bannières leur échappent,
On ne voit plus que les [membres] éclatés,
C’est la honte des ennemis !
Ma qu’era Catarina Segura ? couplet 3
Source : Mùsica tradiciounella de la countéa de Nissa

Je n’ai trouvé ni tableaux ni chansons mettant en scène les lavandières à Nice. Par contre, on obtient sur le net un grand nombre d’informations sur la bugada et ses praticiennes en Provence.

Bugadières en Provence

La bugadiera est d’ailleurs un des santons de certaines crèches provençales.

Bugadiera, santon
La marque sur le battoir indique « M. Chave, Aubagne »
Le petit-fils de Marius Chave est toujours santonnier à Aubagne

Mistral a apporté une explication au terme « bugado » ou « bugada », selon les parlers, la « grande lessive » en Provence.

« Le mot bugado vient de bou, bouc, trou, parce que la lessive est proprement l’eau qui passe par le trou du cuvier. »

C’est lui aussi qui évoque les dictions liés aux lavandières.

« « Tan plan l’ivèr coume l’estiéu, li bugadiero van au riéu. » (Lou Tresor dóu Felibrige), dont la traduction pourrait être : « Tant l’hiver que l’été, les bugadières vont au ruisseau » ; ou le plus ironique : « Li bugadieros dóu riéu/ Manjarien soun ome viéu. » (Lou Tresor dóu Felibrige) « Les bugadières du ruisseau/ Mangeraient leur mari (tout) vif ». »

J’ai trouvé ces informations, ainsi que celles qui suivent, sur un site qui est une mine en ce domaine : Occitanica

« D’autres, au contraire, relèvent les traits généralement associés à ces femmes, et aux discussions autour du lavoir, lieu où se transmettent les informations (et les rumeurs). Tel est ainsi le cas de : « front de bugadiero, effronterie de harengère ; que bugadiero ! Quel bavard ! » (cf. Frédéric Mistral, Lou Tresor dóu Felibrige, définition de Bugadiero). C’est d’ailleurs le nom de cette profession que le Niçard J. Bessi choisit en 1871 pour baptiser son nouveau journal (La Bugadiera, Nice, 1871-1880). On dit aussi : « Lengut coma una bugadièra » (avoir la langue bien pendue comme une bugadière).

Notons enfin quelques expressions et dictons relatifs à la pratique :

« Que fai bugado entre Caremo e Carementrant/ Li bugadiero moron dins l’an. » : Qui fait sa lessive entre Carême et Carême-prenant, la bugadière meurt dans l’année. (superstition particulièrement répandue semble-t-il et relevée par de nombreux collecteurs).

« Las sorbras dal flascon de las bugadièiras garisson las fèbras » : Les restes de la gourde des lessiveuses guérissent les fièvres. Ce dicton souligne la réputation de bonne santé de ces bugadièras, solides travailleuses dont les « cueissas frescas » (Cf. ouvrage Grabels) furent également vantées. »

Enfin, au risque d’être prise en flagrant délit de copier-coller, je reprends sur le même site un extrait d’un poème sur la bugada, avec les deux graphies.

La bugado/ La bugada

Se soun lebados pla mati/ Se son levadas plan matin

Las labairos, e, per parti,/ Las lavairas e, per partir,

Biste, sans se trop escouti,/ Viste, sans se tròp escotir,

Cadunp al galop s’es coufado ;/ Caduna al galòp s’es cofada;

D’un grand pas lou pitiou troupel/ D’un grand pas lo pichon tropèl

Camino cat al ribatel ;/ Camina cap al rivatèl;

Dins de descos, sul toumbarel/ Dins de descas, sul tombarèl

Lous beus ban traina la bugado./ Los buèus van trainar la bugada.

Froment, Paul, A trabès régos : rimos d’un pitiou paysan, Villeneuve-sur-Lot ; impr.B. Delbergé, 1895. Texte original et transcription en graphie standardisée.

Il existe beaucoup de textes sur « la bugada ». En voici un récent, qui explicite la tradition en langage poétique.

Autrefois, deux fois l’an, c’était « la bugado » :
Quel tintouin, mes amis, et quel remue-ménage !
Dès l’aube du lundi tout d’abord le trempage
Dans l’eau additionnée de soude en gros cristaux ;

Un rinçage abondant ; et puis on préparait
Le cuvier tapissé d’un drap ou d’un tissu ;
On y mettait le linge, un autre drap dessus
Où l’on plaçait les vieilles cendres du foyer ;

Sur l’ensemble on versait alors de l’eau bouillante
Qui coulait dans un seau placé sous un trépied ;
Ca durait une nuit où tous se relayaient :
De l’eau, encor de l’eau, dans des vapeurs ardentes…

On empilait le linge en tas sur la brouette
Pour aller le rincer plus loin à la rivière
Ou au lavoir, selon… Et là les lavandières
Frottaient encore un coup torchons et serviettes,

Camisoles, jupons… Rinçages abondants,
Encor un et puis deux… Ensuite l’essorage…
L’étendage sur l’herbe … et la fin de l’ouvrage !
En est-il pour encor vanter  « le bon vieux temps » ? »

Vette de Fonclare

La lavandière, Alphonse Moutte (1882)

La Villa Paloma

J’ai découvert la Villa Paloma l’été dernier, à l’occasion d’une exposition Tom Wesselmann, La Promesse du Bonheur.

Et j’avais admiré le site tout autant que l’exposition… Me voici donc revenue sur les lieux, pour une exposition cette fois consacrée à Ettore Spalletti.

Et, chose amusante, la première « oeuvre d’art » que j’ai admirée se trouve… dans le parking situé juste en face de la Villa (facile de s’y garer, et on arrive vraiment devant la porte du jardin… il peut aussi servir pour l’accès au Jardin Exotique).

L’entrée dans la propriété se fait par le haut du parc, qui abrite une autre exposition, consacrée, elle, à Michel Blazy, artiste originaire de Monaco, qui joue avec fantaisie sur des gammes d’objets ordinaires, comme les baskets de Collection de Chaussures, créée pour la 57ème Biennale de Venise, voire périssables comme les pelures d’orange de Sculptcure (non, je n’ai pas fait de fautes d’orthographe), datée de 2001 à « en cours » (sic).

Collection de chaussures
Sculptcure

Les jardins en terrasse offrent une vue splendide sur la Principauté et la Méditerranée.

Ils sont délicatement ornés, en particulier par un petit édifice au bleu qui me rappelle les jardins de Majorelle à Marrackech, jardins où j’aimais tant aller me promener…

L’architecture extérieure est à la fois simple et recherchée, avec un blanc contrastant sur le bleu environnant.

La plupart des fenêtres doivent être occultées pour permettre l’accrochage des oeuvres. Ettore Spalletti a souhaité, pour sa part, qu’elles restent ouvertes pour laisser pénétrer cette superbe lumière méditerranéenne. Il faut préciser qu’il conçoit les oeuvres pour les sites qui les accueille…

Les oeuvres sont très épurées, et la mise en scène est importante. La première sensation, dès la première salle, est celle d’une grande pureté, d’une symbolique forte mais discrète, d’une recherche de l’épuré et de la (fausse) simplicité…

La palette de couleur est à la fois réduite et très riche, car l’artiste joue beaucoup sur la surface et la texture. Les tranches sont travaillées en fonction du nombre d’or, et dorées à l’or fin. Des détails peuvent surprendre, comme ce crayon écartant du mur l’un des côtés d’un vaste tableau.

Tout un immobilisme apparent pensé pour mieux rendre l’idée de dynamique et de mouvement, évoquant ainsi la nature des environs de la ville natale de Spalletti, Pescara.

J’ai pour ma part – et c’est rare! – regretté de n’avoir vu qu’à la fin de la visite le long documentaire consacré à l’artiste, qui permet de mieux comprendre la philosophie et les principes créatifs qui sous-tendent son oeuvre… Le film est passionnant, et je pense que, pour une fois, un bref extrait pourrait être visionné dès l’entrée pour mieux pénétrer son univers qui n’est pas qu’esthétisme…

L’harmonie est certaine, entre l’installation proposée et l’architecture intérieure de la Villa, avec ses escaliers monumentaux et ses superbes vitraux…

Bref, j’ai hâte de retourner l’an prochain voir ce qui sera proposé en ces lieux, mais j’aimerais aussi aller voir la ville de Pescara et la chapelle réalisée par la compagne de celui qui, en relation avec Raphaël, aimerait n’être appelé qu’ « Ettore »…

Du Gesu à la Sainte Trinité…

Comme souvent lorsque je suis à Nice, je me suis laissée entraîner à flâner Place du Gesu, dans le restaurant éponyme, ma « cantine » depuis des années… Mais, comme d’habitude, la voiture avait été garée au Château. Donc dilemme : prendre l’ascenseur, encore certainement bondé de touristes flemmard-e-s, ou grimper à pied? Après les gnocchi gorgonzola et le tiramisu, la seconde solution était osée, mais semblait imposée par le bon sens… Donc en route pour l’escalinada Eynaudi… Ne pas trop lever les yeux pour se décourager… quoique…

Pour les courageux/euses…

Au premier palier, une plaque commémore Eynaudi, dont le nom a été donnée à cet escalier.

A la gloire d’Eynaudi… ou de Médecin?

Mais qui était donc Eynaudi ? La plaque le présente comme « poueta nissart », poète nissart. Effectivement, il a, comme Rondelly, Rocher et tant d’autres, célébré sa ville :

« Nissa que l’ounda baia

Souta lu mount altié

L’univers si miraia

En lou tiéu souol entié « 

Je vous laisse traduire, ce n’est pas difficile…

Ce qu’il faut surtout retenir, c’est qu’il contribua à fixer la langue locale par un Dictionnaire publié entre 1931 et 1939, qui a été complété et réédité par l’Academia Nissarda en 2009.

Juli Eynaudi était un ardent défenseur de sa culture, et l’a exprimé dans des textes, mais aussi par l’animation d’associations dont ce fut l’objet.

Un palier, deux paliers… Au second, une curieuse statue de Vierge à l’Enfant. Pourquoi « curieuse »? La Vierge est toute abîmée, l’enfant est tout neuf. Ne me demandez pas pourquoi, je n’ai pas l’explication…

Je ne suis pas parvenue à trouver de quoi il s’agissait. Nous ne sommes pas loin du Malonat, oratoire qui abrite une Vierge que l’on promène en procession en souvenir de la fin de l’épidémie de choléra en 1854… Mais s’agit-il de la même image de la Vierge?

L’escalier continue à grimper, offrant de superbes vues de la Vila Vielha (alias Babazouk).

Il mène au Camin de la Villa Auta (en haut à gauche, couleur verte, sur le plan ci-dessous).

Celui-ci serpente à l’ombre des conifères et est rejoint par un autre escalier qui monte du nord de la vieille ville.
On arrive alors à la Chapelle de la Sainte Trinité, qui jouxte les deux cimetières (catholique et israëlites).

Je suis allée revisiter le cimetière israëlite, qui fera l’objet d’un prochain article… Sachez toutefois, pour aiguiser votre appétit, qu’il y avait jadis trois cimetières, ainsi que l’atteste ce plan présenté sur le blog d’un amoureux d’histoire de la ville.

A suivre…

Clans et ses environs

Autour du 24 août se déroule chaque année à Clans un Festival du Jeu. Je l’ai découvert l’an dernier, et ai voulu renouveler l’expérience cette année.

Clans est un village perché dans la vallée de la Tinée, un village vivant, dynamique, intéressant à plusieurs points de vue. Et l’organisation d’une telle manifestation montre à quel point les habitant-e-s peuvent se mobiliser pour attirer un peu de monde. Un peu, car les touristes ne « montent » pas jusque là. Une heure de route, trop loin de la côte… Dommage? Je ne sais pas, car cela permet une authenticité qui tend à disparaître dans des villages trop proches des villes, comme Eze par exemple.

Clans: vue de la Chapelle Saint Michel

En route donc, en ce samedi matin, pour le village. A tout hasard, un pique-nique prévu, mais avec l’idée de déjeuner plutôt dans la petite auberge qui nous avait accueilli-e-s l’an dernier… Plan du Var, on admire au passage Saint Jeannet, Le Broc, Carros… etc. Vallée du Var, puis Vallée de la Tinée. Et la montée en lacets vers le village. Le parking est toujours aussi peu ombragé, tant pis… Et direction l’auberge La Clansoise.

Hélas, elle est fermée. Définitivement fermée, apprendrons-nous par Mado, charmante dame de 88 ans qui est venue, voici 28 ans, prendre sa retraite dans le village natal de son mari, face à la collégiale, et qui prend du temps à expliquer à qui est intéressé les recettes nissardes. Fermée, alors que le jeune couple venait de commencer à l’aménager, avec, je me souviens, une cour ombragée et rafraîchie par une charmante petite fontaine style japonais, où le bambou jouait avec l’eau…

Le club des boulistes nous accueille et une table est à notre disposition pour le pique-nique à l’ombre du figuier et de la vigne. Vue imprenable sur la vallée de la Tinée et les monts environnants.

14h, c’est l’heure du rendez-vous avec 1,2,3 CAT, qui organise une fois de plus une Chasse au Trésor; deux heures à parcourir les ruelles médiévales, à découvrir les innombrables chapelles, à tenter de résoudre les énigmes… Une fois de plus j’admire les fresques de la Chapelle Saint Antoine, je tente de dénombrer le nombre de représentations de la Vierge dans la collégiale, et apprécie le bruit de l’eau glissant sous les ruelles, emplissant le lavoir, coulant des fontaines… Elle est omniprésente ici…

Vierge noire de la Chapelle Saint Antoine
Fresques de la Chapelle Saint Michel
La collégiale

Le jeu fini, un petit tour au Festival, pour acquérir le gobelet souvenir et s’étonner de l’ingéniosité de certains costumes. Sous le chapiteau, dans les rues, sur les places, on joue, on joue, on joue à tout, depuis les jeux de rôle jusqu’aux échecs… Et tous les âges se retrouvent pour découvrir les nouveaux jeux de société. Les graphistes prennent le temps d’expliquer leurs créations, où l’histoire et le fantastique se mêlent… Une atmosphère joyeuse et calme dans la fraîcheur de la montagne.

L’heure est venue de partir, mais cette fois direction Bairols, autre village perché, de l’autre côté de la vallée.

J’ai repéré sur Internet la présence d’une auberge où un chef étoilé aurait décidé de se retirer… 7 km de montée en lacets pour atteindre ce bourg. Il subsiste dans ce village, à la mairie flambant neuve, de belles traces du passé…

L’église côté vallée de la Tinée
Un autre aspect de l’église!

L’église domine une grande partie du village. Côté pile, architecture originale. Côté face, mur en aplomb sur le rocher…

Le dernier virage en montant
Le premier virage en montant

L’accès au village se faisait par ce passage, avec virages décalés pour empêcher l’élan des chevaux d’ennemis éventuels, et orienté de telle manière que l’on ne pouvait arriver les armes à la main… droite…

De l’église à l’entrée actuelle du village

Une très belle vue sur les environs, depuis la place située devant l’église, est mise en valeur par une table d’orientation.

En regardant vers le nord-est…
… puis le sud-est… Au loin, la Madone d’Utelle

Mais déception. Trop de rénovation. Trop « travaillé ». Ce minuscule village a perdu de son authenticité… Dommage…

Et autre déception… L’auberge est fermée. On nous explique qu’elle ne fonctionne que très peu, surtout le midi ou sur rendez-vous…

Nous redescendons donc dans la vallée pour regagner Nice, nous demandant si ce village valait le détour…

Nissa la Bella

Quand j’entends l’hymne nissart, j’ai… la chair de poule… eh oui, l’émotion me prend à chaque fois en oyant cette chanson. Il faut dire que je suis nissarte d’adoption, depuis plus de trente ans… Alors j’ai envie de vous faire partager ce plaisir…

J’aime beaucoup l’interprétation qui en est faite par un de mes groupes préférés, Corou de Berra.

Je les ai entendus notamment dans la petite église de La Gaude, chantant a capella, avec la ferveur du public conquis… Un bel instant de communion…

Introduction
Viva, viva Nissa la Bella !   Vive, vive Nice la belle !

1er couplet
O la miéu bella Nissa,
Regina de li flou,
Li tiéu vièji 
taulissa
Iéu canterai toujou !
Canterai li mountagna,
Lu tiéu riche
decor,
Li tiéu verdi campagna,
Lou tiéu gran soulèu d’or !
  Ô ma belle Nice,
Reine des fleurs,
Tes vieilles toitures,
Je [les] chanterai toujours !
Je chanterai les montagnes,
Tes riches décors,
Tes vertes campagnes,
Ton grand soleil d’or !

Refrain
Toujou iéu canterai
Souta li tiéu tounela
La tiéu mar d’azur,
Lou tiéu cièl pur,
E toujou criderai
En la miéu ritournella :
« Viva, viva Nissa la bella ! »
  Toujours je chanterai
Sous tes tonnelles
Ta mer d’azur,
Ton ciel pur,
Et toujours je crierai
Dans ma ritournelle :
« Vive, vive Nice la belle ! »

2e couplet
Canti la capelina,
La rosa, lou lilà,
Lou pouòrt e la Marina,
Païoun, Mascouïnà !
Canti la soufieta
Doun naisson li cansoun,
Lou fus, la coulougneta,
La miéu bella Nanoun !
  Je chante la capelina,
La rose, le lilas,
Le port et la Marine,
Paillon, Mascouïnat !
Je chante la mansarde
Où naissent les chansons,
Le fuseau, la quenouille,
Ma belle Nanon !

3e couplet
Canti li nouòstri gloria,
L’antic  bèu calèn,
Dòu gioungioun 
li vitoria,
L’òudou dòu tiéu printèms !
Canti lou vièlh Cincaire,
Lou tiéu blanc 
drapèu,
Pi lou brès de ma maire
Dòu mounde lou pu bèu !
  Je chante nos gloires,
L’antique belle lampe à huile,
Du donjon les victoires,
L’odeur de ton printemps !
Je chante le vieux Sincaire ,
Ton blanc drapeau,
Puis le berceau de ma mère
Le plus beau du monde !

Il en existe de nombreuses versions, et des interprétations parfois étonnantes. Cet été, j’en ai entendu une tout à fait innovante, dans un balleti… elle est donc renouvelée et renouvelable, cette chanson créée au début du XXème siècle par Menica Rondelly.