Danse ou performance ? Une soirée à Chaillot…

J’ai retrouvé avec plaisir l’architecture délirante du Palais de Chaillot et – avec un peu moins de plaisir dois-je l’avouer car ils me font toujours un peu peur – ses escaliers monumentaux, pour aller voir un spectacle de danse. Enfin, pas uniquement de danse, car la présentation annonçait une oeuvre co-conçue par un chorégraphe et un plasticien :

« Entre chorégraphie et expérimentation plastique, Planet [wanderer] confronte le corps des danseurs à divers matériaux pour décrire le lien, à la fois viscéral et onirique, entre les humains et leur planète. » (Source)

Un préambule musical assez long plonge les spectateurs/trices dans l’ambiance. Un peu comme un embryon dans le ventre maternel? Puis une lumière faible fait briller des éclats argentés sur un sol très sombre, sur lequel, progressivement, se dévoilent une sorte de rocher et un petit dôme. Celui-ci commence à bouger, devient queue de baleine, et en émerge enfin un corps de femme aux longs cheveux noirs. Semi-nu, couvert d’une collant noir brillant comme le sol et de poussières de celui-ci, le corps vibre, se tord, bref, danse… tout en restant fixé au sol.

Ce premier axe du ballet m’a fascinée, tant la danseuse est remarquable. Je ne suis pas encore parvenue à l’identifier, car cette vidéo qui présente la troupe (si l’on peut dire, car elle explique que justement il ne s’agit pas d’une troupe institutée, mais d’un ensemble de personnes rencontrées de par le monde par le chorégraphe), cette vidéo, disais-je, l’oublie; pourquoi?

Le corps, dans une subtile reptation, se dirige vers le rocher, se fond en lui… et la masse se met à bouger à son tour…

Je vous laisse découvrir la suite, ne voulant pas dévoiler l’ensemble, qui mérite vraiment d’être découvert.
Un spectacle d’une très grande originalité, extrêmement prenant. La salle était réellement subjuguée du début à la fin – y compris les scolaires qui la composaient en partie.

On aimerait voir plus souvent de telles créations mêlant esthétique, danse et, j’ose le dire, philosophie, qui nous renvoient à nous et à notre rapport au monde et à l’être… Merci aux artistes créateurs et interprètes de ce moment de pureté !

Créativité tous azimuths

Non, je ne vais pas vous faire entendre Dalida… Mais simplement me faire le relais d’une jeune femme qui écrit des paroles pour des chansons. Lorsque je lui ai suggéré de publier un recueil de ses oeuvres, elle m’a répondu que ce n’étaient pas des poèmes, mais des paroles de chansons… Voilà qui a, vous l’imaginez, suscité des réflexions ultérieures… dont je vous fais part ici… et que je vous propose de prolonger. Quelles différences entre les deux?
D’ailleurs, certaines chansons n’ont-elles pas été simplement la mise en musique de textes poétiques? Je pense entre autres à « Je suis venu, calme orphelin… » chanté par Reggiani… Et combien d’auteur-e-s et interprètes de chansons sont tout aussi poètes que les autres? Il n’est qu’à penser à Brassens, parmi tant d’autres, ou à Gainsbourg, qu’on célèbre ces jours-ci.

« C’est la vie.

Lisse comme la Seine en septembre,
Légère comme un tas de cendres,
Douce et fière comme de l’acier,
Froide comme une seconde passée,
La vie c’est à prendre,
Mais jamais à laisser.
La vie c’est l’infini derrière des yeux fermés,
La vie c’est un pari qu’on ne gagnera jamais.

Envier le soleil sur la joue d’un enfant,
Toucher une larme dans l’œil d’un amant,
La sécher dans le creux de son cou,
Etre soi même et devenir fou.
La vie c’est un délit pour ceux qui ont tout dit,
La vie c’est une envie qui crie à l’infini,
La vie c’est un choix qui sans cesse recommence.
Faut-il vraiment se fier à tous ces sens ?
Une collection de souvenirs, tout un tas d’avenirs,
Pour ne pas se faire mal, il faut être fakir.

Peur, désir et oubli de soi,
Frisson d’un soir et peur du lendemain,
Empreinte d’une nuit et grand émoi,
La vie comme une étincelle le long de mes reins,
Me brûle à jamais , chaotique et sublime
Me voilà funambule au dessus de l’abîme,
Me voilà sirène au fond de l’océan,
Me voilà écume, te voilà mon amant.

Tout au creux de tes bras là ou rien ne m’atteint,
Là ou je serais moi , là ou je me sens bien,
Tu feras une danse au hasard de tes mains,
Le temps d’un instant tu seras mon destin.
Mon âme en transe, brûlée de tes yeux bruns,
La chaleur de ton souffle, ce feu qui me ronge,
ton odeur qui m’essouffle, une envie de mensonge,
La vie c’est pas après pas,
Une brusque envie de toi. »

Anne-Laure, janvier 2021

J’apprécie déjà beaucoup la phrase introductrice de sa page Facebook : « Poésie, échecs, musique
et insoutenable légèreté de l’être. »

Et le fait qu’avec d’autres, elle se bat pour la survie de la production et de l’interprétation musicale. Parmi d’autres combats qu’elle livre sans répit et parfois à son détriment. En voici la trace, avec une dédicace « Pour Manu »…

« Quand la norme devient l’énorme

Au royaume des p’tits chiens

les rois sont les borgnes

Au royaume des moutons, les loups sont légion

Au royaume des cons, gagne celui qui cogne

La vraie révolution commence aux balcons

Quand la norme devient l’énorme

Pendant que tu continues ta triste besogne

Fais tes calculs et dirige les opérations

Ecoute bien et entends notre grogne

Arrête de nous prendre pour des pions

Quand à la vie on substitue la mort

A l’envi on remplit les ports

Les ports d’armes, les ports de masques

Les porte-avions, les portes fermées

Jusqu’à ce qu’on en ait plein les basques

Et qu’on veuille tout faire péter

Quand à la vie on substitue la peur

A l’envi on nourrit les abuseurs

Les aboyeurs et les inquisiteurs

Les législateurs et les millions par heure

Alors même que la liberté se meurt

Et qu’on mange tous des pâtes au beurre. »

Résumons-nous.

Elle écrit. A 16 ans, elle avait déjà produit un roman, qu’elle a ensuite détruit…

Elle joue. Aux échecs, en tournoi. A de nombreux autres jeux, où elle gagne souvent!

Elle joue. De la musique : saxo, piano, harmonica, violon… rien ne lui fait peur. Seule. Ou en groupe. En « batucada », lors de la dernière manifestation de Cahors. En famille ou entre ami-e-s. En orchestre, pour du jazz ou d’autres types de musique.

Elle s’intéresse aux formes alternatives de pédagogie.

Elle cultive son jardin. Dans tous les sens que l’on peut donner à cette expression.

Et c’est une merveilleuse photographe. Je vous laisse en juger en visitant ce site.

Peut être une image de enfant, debout et plein air
Miroir d’eau, Bordeaux, Anne-Laure Fleurette

Bref, comme elle le dit, une « créative », une « subversive », une « inventive ».

Difficile pour de tels êtres de se faire accepter, comprendre, intégrer, « inclure ». La société est si rigide… j’allais écrire si « frigide »…

Peut être un gros plan de aliment, rose et nature

Vous l’aurez compris, j’ai une grande admiration pour cette femme…

L’amitié de deux peintres

Sur le compte Facebook d’un de mes amis, un tableau « partagé » depuis un autre site, celui de Yoyo Maeght, une oeuvre de jeunesse de Picasso (1899).

Vous connaissez sans doute l’histoire hélas abrégée trop vite de l’amitié des deux jeunes Espagnols qui, s’ennuyant dans leur pays, décidèrent de le quitter et de venir ensemble à Paris tenter leur chance, à l’Exposition Universelle de 1900. Leur histoire a été narrée dans une belle bande dessinée.

Elle fait écho en moi à celle de Montaigne et La Boétie.

« L’amitié, c’est un nom sacré, une chose sainte. Elle ne peut exister qu’entre gens de bien. Elle naît d’une mutuelle estime, et s’entretient non pas tant par les bienfaits que par bonne vie et mœurs. Ce qui rend un ami assuré de l’autre, c’est la connaissance de son intégrité. Il a pour garants son bon naturel, sa foi, sa constance. Il ne peut y avoir d’amitié où se trouvent la cruauté, la déloyauté et l’injustice. Entre méchants, lorsqu’ils s’assemblent, c’est un complot, et non une société. Il ne s’entretiennent pas, mais s’entre-craignent. Ils ne sont pas amis, mais complices. » (La Boétie, Discours sur la servitude volontaire)

La Boétie avait trois ans de plus que Montaigne. Ils ont 25 et 28 ans quand ils se rencontrent. Montaigne en a 30 quand son ami meurt, comme Alexandre le Grand et Jésus, à 33 ans. Il ne se remettra jamais de cette perte, dont il écrit dans Les Essais :

« Si je compare la vie tout entière aux quatre années pendant lesquelles il m’a été donné de jouir de la douce compagnie et société de cette personnalité, ce n’est que fumée, ce n’est qu’une nuit obscure et pénible. Depuis le jour où je l’ai perdu, je ne fais que traîner languissant, et les plaisirs mêmes qui s’offrent à moi, au lieu de me consoler, redoublent le regret de ma perte : il me semble que je lui dérobe sa part. »

Pour avoir perdu un de mes amis chers décédé trop tôt, Jean Pinquié, je comprends cette difficulté à continuer à vivre, voire, comme je le fais, à écrire (il était un vrai écrivain, lui!) quand l’Autre a disparu…

Jean Pinquié, vers 1999

Une amitié (partagée avec un troisième larron) de 18 ans interrompue par son décès précoce, le 21 février 2007 (14 ans bientôt! Comme si c’était hier…). Mais je ne suis pas ici pour parler de moi… revenons au duo de peintres dont je traite aujourd’hui.

Carlos n’avait qu’un an de plus que Pablo… Ils formaient un joyeux duo d’amis. Et il le soutenait financièrement, car il était beaucoup plus à l’aise que lui.

Vers 1900, avec Angel Fernandez de Soto (source)

Suite à des amours malheureuses avec une danseuse du Moulin Rouge, Carlos Casagemas se suicida, dans le Café de l’Hippodrome (eh oui, il y avait un hippodrome, à l’endroit approximatif d’un magasin de bricolage et de l’Hôtel Mercure), 128, Boulevard de Clichy. Il avait 21 ans quand il s’est tiré, devant ses amis, une balle dans la tête, après avoir tenté de tuer celle qui lui causait tant de tourments.

Picasso fit trois tableaux de son ami mort, d’après les récits de leurs amis communs, car il se trouvait alors à Barcelone.

1901

J’ai déjà parlé ici du tableau qui évoque l’enterrement de Casagemas, oeuvre visible (hors Corona fermeture) au Musée d’art Moderne.

Evocation (1901)

Je ne commenterai pas ce tableau, car je pense que chacun-e ressent et « vit » le drame, mais aussi la puissance de l’évocation et la pérennisation de l’amitié.

Pablo fera revivre son ami dans une toile ultérieure, en plein coeur de sa Période Bleue – dont on dit qu’elle fut inspirée par ce drame.

La Vie (1903)

Un beau MOOC raconte l’histoire, et présente une intéressante – quoique partiellement discutable, peut-être – analyse de la toile. On y apprend que celle-ci avait été peinte sur l’oeuvre que le jeune peintre avait présenté à l’Exposition Universelle à Paris, et qu’il n’avait alors pas réussi à vendre.

Inutile de vous dire combien je suis contente d’avoir découvert le premier tableau, que je ne connaissais pas… Merci à celle et celui qui me l’ont fait découvrir!

Une infinie palette de bleus

Suite au commentaire fait par un des fidèles lecteurs de ce blog, je suis allée re-voir les peintures de Rothko. J’avoue ne jamais avoir observé combien cet artiste avait décliné une infinité de bleus, allant du gris-bleu très pâle, presque blanc, au bleu violet qui évoque une des épithètes homériques qui associait la mer au « vin », voire à la vinasse… Car les Anciens Grecs ne « voyaient » pas la mer « bleue », ce qui est un comble pour nous, actuels Européens, qui associons la Méditerranée à cette couleur.

« … dans les épopées homériques, la mer n’est pas bleue. Le grand large est semblable au vin (οἶνοψ) ou à la violette (ἰοειδής) ; ses flots sont tour à tour empourprés (πορφύρεος), noirs ou sombres (μέλας, κελαινός) ; le rivage et le flot agité d’écume blanchissent et deviennent gris (πολιός). Ce n’est que dans un poème de Bacchylide, à la fin de l’époque archaïque, que vient s’ajouter à cette riche palette une couleur « d’un bleu sombre et profond » (κυάνεος). On pourrait s’étonner d’un tel chatoiement de la mer, et surtout de l’absence, au départ, de la couleur que nous lui associons immédiatement : le bleu. »

Cela avait particulièrement frappé l’adolescente que j’étais lorsqu’elle avait découvert ce qui lui semblait une aberration… Depuis, j’ai cherché à comprendre cet écart, bien évidemment. Quelques explications ont été apportées par les linguistes ou autres experts. L’une d’entre elle interroge bien sûr le visuel.

« Alain Christol a cherché à résoudre les incohérences apparentes du lexique homérique, en centrant notamment son attention sur la coloration « violette » ou « lie-de-vin » attribuée au flot marin5. Son analyse lexicale l’amène à formuler la conclusion suivante : les adjectifs ἰοειδής et οἶνοψ renvoient tous deux à une nuance de bleu violacé. L’enquête philologique tend donc à estomper les différences entre la sensibilité grecque et la sensibilité moderne, à rapprocher la façon de voir des Hellènes de la nôtre, en retrouvant une mer éternellement bleue.« 

Une autre hypothèse explicative renvoie à des aspects émotionnels, psychologiques. Ainsi que les yeux « pers » (glaukopis) d’Athéna, la couleur bleu pâle peut faire peur, comme la couleur sombre, « vineuse » de la mer…

« Il s’agit d’une mer qui luit d’un éclat inquiétant, perçu comme impitoyable. C’est ce que confirme un passage de la Théogonie d’Hésiode, qui explique que se risquer sur la « (mer) grise intraitable/difficile à traverser » (γλαυκὴν δυσπέμφελον) devient pour le paysan une nécessité, lorsque la terre ne lui offre pas des moyens de subsistance suffisants54. Il s’agit alors d’un ultime recours : s’aventurer en terrain aussi hostile comporte une large part de risque. L’accent mis ici sur la couleur bleutée de la mer ne vise donc pas à convoquer l’image agréable d’une crique aux eaux turquoise, mais à suggérer les dangers potentiels que réserve une étendue aux flots pers. »

Si ces questions vous intéressent, je vous renvoie à l’article passionnant dont j’ai extrait ces passages : « La mer pourpre : façons grecques de voir en couleurs. Représentations littéraires du chromatisme marin à l’époque archaïque. »

Comme vous pouvez le constater, je me suis encore laissé « embarquer » (c’est le cas de le dire!) par mes appétences linguistiques et ethno… Mais revenons à Rothko, et à sa palette de bleus. Pas question de vous copier tous les tableaux qui la déclinent. J’ai donc fait un choix parmi les oeuvres dont les reproductions sont autorisées sur le net, à des fins non commerciales (respectons la netiquette!), en regrettant que d’autres que j’ai particulièrement appréciées ne le soient pas…

« Un tableau vit de son entourage, il s’élargit et s’anime dans le regard de l’observateur sensible ». Ces paroles du peintre m’ont interpellée, car je crois en cette interaction. Ce qui rend d’autant plus insupportable le non-accès direct, par la fermeture des Musées… qui n’aurait peut-être pas déplu au peintre :

 » Comme mes tableaux sont grands, colorés et sans cadre, et comme les murs des musées sont habituellement immenses et redoutables, le danger existe que les tableaux se relient aux murs à la manière de zones décoratives. Ce serait une déformation de leur signification, puisque les tableaux sont intimes et intenses, et sont à l’opposé de ce qui est décoratif ; et qu’ils ont été peints à l’échelle de la vie normale plutôt qu’à une échelle institutionnelle.« 

J’avais hésité à prendre certaines photos de la mer, récemment, parce que je me demandais si le rythme ternaire (ciel / mer / côte) ne nuisait pas à l’esthétique. Me voici rassurée!

« Je ne suis pas un artiste abstrait (…) Je ne m’intéresse pas au rapport entre la couleur et la forme et à rien de tel. La seule chose qui m’intéresse, c’est d’exprimer des sentiments humains fondamentaux, la tragédie, l’extase, le destin funèbre et ce genre de choses… »

Le rapport que chacun-e de nous entretient avec certaines couleurs, et en particulier le bleu, m’a toujours questionnée. J’en ai d’ailleurs déjà parlé sur ce blog, à partir de la confusion entretenue par le terme « glas » en breton. Couleur de la mer, tour à tour grise, verte, ou bleue. Moi qui ne sais pas distinguer un bleu d’un vert lorsqu’ils sont proches du « turquoise », comme dans ce tableau qui évoque pour moi les fonds sous-marins…

 » Apollon est peut être le dieu de la sculpture. Mais au fond, il est aussi le dieu de la lumière, et dans l’éclat de splendeur non seulement tout est illuminé, mais à mesure que l’intensité augmente, tout est également balayé. Voici le secret dont je me sers pour contenir le dionysiaque dans un éclat de lumière…« 

Man Ray au Luxembourg

Il faut avoir le courage de faire la queue en plein vent, sans soleil possible, pour entrer au Musée du Luxembourg, qui n’a visiblement pas vraiment réussi à organiser les files anticorona… Cela en vaut-il la peine? Je ne sais pas… Pour une fois, un avis assez mitigé…

Certes, il y a les magnifiques tirages du célèbre photographe, que l’on a plaisir à voir ou à revoir…

J’ai pour ce qui me concerne aussi beaucoup apprécié de (re) découvrir les magazines de mode et d’observer leur évolution entre le début du XXème siècle et les années 30-40 (je n’en place pas en photos, car elles sont toutes ratées pour cause de vitrines non anti-reflet… d’ailleurs vous retrouverez des photos de l’exposition dans la partie « plaisirs de la photo », série « Reflets »).

Et de percevoir la créativité du photographe qui s’amuse à superposer par exemple…

Le résultat…
Une des originales…

Un point amusant : la brouette capitonnée de rouge, qui servait de support aux mannequins et belles dames pour les photographies…

J’ai aussi apprécié certains bustes de cire, pour le moins suggestifs…

Cette « suggestivité » (toujours mon vilain goût pour les néologismes!), on la retrouve bien sûr dans certaines photographies, telles que celle-ci.

Et plus que suggestives, deux photographies du fondateur de la Maison Worth dans le plus simple appareil. Pour ne pas vous choquer, je n’ai gardé ici que la photo de dos…

Quant à la mode, elle est représentée par quelques robes de grands couturiers, mais qui semblent plutôt fades…

… à une exception près, avec ce superbe décolleté…

Le titre de l’exposition m’a questionnée… Un peu simpliste, dans la mesure où il a rattaché à la mode différents aspects des choix de l’artiste et des évolutions sociétales. Pour n’en citer que quelques-uns : le rapport aux grandes maisons de couture (Worth, Chanel, etc.); la mise en scène des mannequins de profession (mais aussi de ses amies…); la présentation de quelques modèles, plutôt tristounette dans l’ensemble; l’évolution des magazines de mode, mettant en relief par exemple les conseils donnés aux dames de la haute société pour s’habiller en fonction des saisons et des circonstances… et j’en oublie… parfois le lien est bien mince.

Un autre regret, bien que je reconnaisse que ce n’est pas l’objet de l’exposition : le manque d’explications techniques, permettant d’apprécier l’art du photographe.

Un plaisir des yeux cependant, que quelques-uns des chefs d’oeuvre de Man Ray… Résultat : avis positif, finalement!

Ma préférée…

Soulages au bagne…

Une nouvelle salle d’exposition à Nice : le bagne a été rénové, et propose un espace réduit et sombre, certes, mais propice à l’intimité de la découverte artistique.

C’est lui qui accueille cette année une exposition dédiée à Soulages, qui, pour moi, faisait écho à celle que j’avais vue au Louvre cet hiver. Très différente pourtant, tant pas le contenant que par le contenu.

Autant au Louvre les vastes et hautes salles accueillaient des tableaux aux dimensions exceptionnelles, autant celle-ci concerne certes quelques peintures – de moindre taille – mais surtout les autres techniques explorées et exploitées par le peintre, ainsi que son univers artistique.

Le bagne et la Tour de l’Horloge, au Port de Nice

Elle s’ouvre sur un dialogue entre la peinture de Soulages et l’écriture de Léopold Sédar Senghor.

Les débuts de l’Outrenoir sont évoqués dans la première salle, qui abrite des peintures.

Puis on passe dans une petite « chambrée » encore plus contingentée que le reste de l’édifice…

Celle-ci abrite un ensemble d’oeuvres picturales et sculpturales qui ont pour objectif annoncé de restituer l’environnement artistique de Soulages. Picasso et Miro y côtoient des statues africaines…

… et Victor Hugo rencontre la statue-menhir de la Verrière…

Burg, Victor Hugo
Statue-menhir de La Verrière (Aveyron)

La visite côté bagne s’achève sur une nouvelle série de peintures de Soulages, noir et brou de noix dominants. Il faut alors sortir sur le port, pour gagner la Tour de l’Horloge toute proche, monter deux étages et entrer dans ce bâtiment dont les fenêtres ont été occultées. Vous ne verrez pas beaucoup de photos de cette seconde partie de l’exposition, car la lumière faible n’a pas permis de réussir autre chose que des flous (non artistiques!) dans la plupart des cas…

La première salle est consacrée essentiellement à des lithogravures et eaux fortes.

On y voit aussi une affiche consacrée aux jeux olympiques de Münich, pour laquelle le peintre avait été pressenti. Au centre, une vitrine présente presque pêle-mêle des objets et des ouvrages… J’ai tenté d’en saisir la logique… Apparemment, ils auraient été rassemblés autour de la thématique « couleurs ». On y trouve par exemple la palette de Chagall.

Salle suivante, nouvel assemblage assez hétéroclite…

Une partie de la salle présente les « élégies », accompagnées d’une oeuvre de Soulages, de textes de Léopold Sédar Senghor, avec mise en écho de tableaux d’autres peintres.

Elégie de Carthage, illustrée par Soulages
La collection des Elégies illustrées

Un des murs est consacré à des photographies de détails d’oeuvres, prises par deux artistes.

Une vitrine au centre de la pièce présente un aspect moins connu de l’artiste : ses critiques d’oeuvres d’autres époques et d’autres auteur-e-s.

Sur une table, près de la sortie, quelques-uns des « instruments » du peintre.

Il est temps de regagner la pleine lumière et le soleil méditerranéen, non sans un dernier regard sur l’oeuvre qui clôt l’exposition, en un sublime jeu d’ombres et de lumières si spécifique à Soulages…

Quand on m’a demandé ce que je pensais de cette exposition, mes premières réponses étaient enthousiastes. Découverte d’un nouveau lieu, plaisir de regarder tranquillement des oeuvres parfois moins connues, résonances avec l’Afrique… Toutefois un certain questionnement, qui perdure… Pourquoi n’avoir pas cherché à être plus explicite, et à permettre aux visiteur-e-s de mieux comprendre les choix et la logique des pièces exposées? Cela reste néanmoins une belle collection d’oeuvres à apprécier sereinement…

Une campagne de pub dans les bars déserts

Si vous me lisez attentivement (ce dont je doute, grand bien vous en fasse!), vous avez peut-être remarqué que, voici peu, j’évoquais une marque d’apéritif… Non pour lui faire de la publicité, mais parce que, tout simplement, je cherchais à comprendre d’où venait le nom d’un des (nombreux) cocktails que j’aime.

Et, toujours si vous me suivez, vous savez que j’ai un faible pour ce que je nomme les « co-incidences », ces rencontres improbables et imprévues d’objets, d’évènements, de nouvelles…

En voici donc une nouvelle.

Aujourd’hui, en parcourant ma Lettre Quotidienne de L’Oeil de la Photographie (dont je vous ai déjà parlé), je découvre toute une série de photographies faites par Fred de Pontcharra dans les cafés et bars parisiens désertés durant la période de confinement. Et devinez pour qui? Eh oui! cette même marque. Alors j’oublie les articles que je vous dois depuis quelques jours, et je consacre mon écriture matutinale à quelques-unes de ces photos.

Pourquoi?

Oh! Pas parce que c’est cette marque. Pas non plus parce que c’est Paris. Mais d’une part, parce que certaines me plaisent beaucoup. Et puis, elles mettent en scène le personnel de ces lieux, habituellement négligé au profit du décor ou de la clientèle, parfois mis en scène dans son activité, mais pas pour lui-même. Et j’espère que cela ne vous donnera pas trop la nostalgie des espaces clos et chaleureux, en ce vendredi pluvieux où les Parisien-ne-s et touristes vont encore devoir déjeuner, dîner et boire un verre en terrasse ventée…

Je ne puis les placer sur ce blog, elles sont bien sûr protégées, mais vous verrez le diaporama à cette adresse. Et vous pourrez faire votre quinté (ou moins, ou plus!). Pour ma part : 15 (Le Sinner) – 7 (Le Murat) – 3 (Crillon) – 1 (?) – 13 (Le Hibou) – 11 (Danico) – 5 (Lulu White). Bon, d’accord, ça fait 7. On ne se refait pas…

Miroir surprise

Vous est-il arrivé d’ouvrir un courriel et de « vous » voir dans celui-ci? C’est ce que j’ai vécu ce matin en ouvrant ma Lettre quotidienne, qui évoquait aujourd’hui une oeuvre de la collection du FRAC Auvergne… Je vous la livre dans l’instantané de l’émotion… C’est une oeuvre de Gregory Crewdson, photographe né à Brooklyn en 1962, fils d’un psychanalyste… Pour en savoir plus sur lui, une vidéo

The Shed, Gregory Crewdson (2013) Copyright FRAC Auvergne

Jules Bastien Lepage

J’ai le plaisir depuis quelques temps de voir ce blog enrichi par les commentaires d’un inconnu, dont j’avais découvert voici peu le blog « Un jour Un tableau », blog que j’ai évoqué ici.

En relation avec le poème de Théodore de Banville publié ce matin, il m’a proposé d’aller voir les tableaux d’un peintre dont j’ignorais le nom, Jules Bastien Lepage.

Hay Making - Jules Bastien-Lepage
Les foins (1877)

Je me suis donc documentée sur cet artiste, et ai découvert son originalité, qui m’a fait comprendre pourquoi il plaisait à mon mentor…

La récolte des pommes de terre
Source

Il n’a fallu qu’une dizaine d’années pour que ce peintre, décédé à 36 ans, marque son époque. Il faut dire que le graphisme est étonnant, innovant. L’alliance d’une forme de classicisme, de touches d’impressionnismes et d’un dessin très pur et lisse parfois est déroutante, intrigante.

Comme si l’artiste trahissait dans ses oeuvres les tensions à la fois internes et externes… La passion et la paix ? Le bonheur et la souffrance ? Le corps et l’âme ?

J’ai glissé dans cet article quelques oeuvres que j’ai particulièrement appréciées, mais il en est d’autres tout aussi intéressantes et/ou touchantes, à vous de les découvrir… Je n’ai notamment pas traité des portraits, parfois tout aussi surprenants.

Si vous voulez en découvrir davantage, voici un diaporama sur fond de Gymnopédie…