Man Ray au Luxembourg

Il faut avoir le courage de faire la queue en plein vent, sans soleil possible, pour entrer au Musée du Luxembourg, qui n’a visiblement pas vraiment réussi à organiser les files anticorona… Cela en vaut-il la peine? Je ne sais pas… Pour une fois, un avis assez mitigé…

Certes, il y a les magnifiques tirages du célèbre photographe, que l’on a plaisir à voir ou à revoir…

J’ai pour ce qui me concerne aussi beaucoup apprécié de (re) découvrir les magazines de mode et d’observer leur évolution entre le début du XXème siècle et les années 30-40 (je n’en place pas en photos, car elles sont toutes ratées pour cause de vitrines non anti-reflet… d’ailleurs vous retrouverez des photos de l’exposition dans la partie « plaisirs de la photo », série « Reflets »).

Et de percevoir la créativité du photographe qui s’amuse à superposer par exemple…

Le résultat…
Une des originales…

Un point amusant : la brouette capitonnée de rouge, qui servait de support aux mannequins et belles dames pour les photographies…

J’ai aussi apprécié certains bustes de cire, pour le moins suggestifs…

Cette « suggestivité » (toujours mon vilain goût pour les néologismes!), on la retrouve bien sûr dans certaines photographies, telles que celle-ci.

Et plus que suggestives, deux photographies du fondateur de la Maison Worth dans le plus simple appareil. Pour ne pas vous choquer, je n’ai gardé ici que la photo de dos…

Quant à la mode, elle est représentée par quelques robes de grands couturiers, mais qui semblent plutôt fades…

… à une exception près, avec ce superbe décolleté…

Le titre de l’exposition m’a questionnée… Un peu simpliste, dans la mesure où il a rattaché à la mode différents aspects des choix de l’artiste et des évolutions sociétales. Pour n’en citer que quelques-uns : le rapport aux grandes maisons de couture (Worth, Chanel, etc.); la mise en scène des mannequins de profession (mais aussi de ses amies…); la présentation de quelques modèles, plutôt tristounette dans l’ensemble; l’évolution des magazines de mode, mettant en relief par exemple les conseils donnés aux dames de la haute société pour s’habiller en fonction des saisons et des circonstances… et j’en oublie… parfois le lien est bien mince.

Un autre regret, bien que je reconnaisse que ce n’est pas l’objet de l’exposition : le manque d’explications techniques, permettant d’apprécier l’art du photographe.

Un plaisir des yeux cependant, que quelques-uns des chefs d’oeuvre de Man Ray… Résultat : avis positif, finalement!

Ma préférée…

Soulages au bagne…

Une nouvelle salle d’exposition à Nice : le bagne a été rénové, et propose un espace réduit et sombre, certes, mais propice à l’intimité de la découverte artistique.

C’est lui qui accueille cette année une exposition dédiée à Soulages, qui, pour moi, faisait écho à celle que j’avais vue au Louvre cet hiver. Très différente pourtant, tant pas le contenant que par le contenu.

Autant au Louvre les vastes et hautes salles accueillaient des tableaux aux dimensions exceptionnelles, autant celle-ci concerne certes quelques peintures – de moindre taille – mais surtout les autres techniques explorées et exploitées par le peintre, ainsi que son univers artistique.

Le bagne et la Tour de l’Horloge, au Port de Nice

Elle s’ouvre sur un dialogue entre la peinture de Soulages et l’écriture de Léopold Sédar Senghor.

Les débuts de l’Outrenoir sont évoqués dans la première salle, qui abrite des peintures.

Puis on passe dans une petite « chambrée » encore plus contingentée que le reste de l’édifice…

Celle-ci abrite un ensemble d’oeuvres picturales et sculpturales qui ont pour objectif annoncé de restituer l’environnement artistique de Soulages. Picasso et Miro y côtoient des statues africaines…

… et Victor Hugo rencontre la statue-menhir de la Verrière…

Burg, Victor Hugo
Statue-menhir de La Verrière (Aveyron)

La visite côté bagne s’achève sur une nouvelle série de peintures de Soulages, noir et brou de noix dominants. Il faut alors sortir sur le port, pour gagner la Tour de l’Horloge toute proche, monter deux étages et entrer dans ce bâtiment dont les fenêtres ont été occultées. Vous ne verrez pas beaucoup de photos de cette seconde partie de l’exposition, car la lumière faible n’a pas permis de réussir autre chose que des flous (non artistiques!) dans la plupart des cas…

La première salle est consacrée essentiellement à des lithogravures et eaux fortes.

On y voit aussi une affiche consacrée aux jeux olympiques de Münich, pour laquelle le peintre avait été pressenti. Au centre, une vitrine présente presque pêle-mêle des objets et des ouvrages… J’ai tenté d’en saisir la logique… Apparemment, ils auraient été rassemblés autour de la thématique « couleurs ». On y trouve par exemple la palette de Chagall.

Salle suivante, nouvel assemblage assez hétéroclite…

Une partie de la salle présente les « élégies », accompagnées d’une oeuvre de Soulages, de textes de Léopold Sédar Senghor, avec mise en écho de tableaux d’autres peintres.

Elégie de Carthage, illustrée par Soulages
La collection des Elégies illustrées

Un des murs est consacré à des photographies de détails d’oeuvres, prises par deux artistes.

Une vitrine au centre de la pièce présente un aspect moins connu de l’artiste : ses critiques d’oeuvres d’autres époques et d’autres auteur-e-s.

Sur une table, près de la sortie, quelques-uns des « instruments » du peintre.

Il est temps de regagner la pleine lumière et le soleil méditerranéen, non sans un dernier regard sur l’oeuvre qui clôt l’exposition, en un sublime jeu d’ombres et de lumières si spécifique à Soulages…

Quand on m’a demandé ce que je pensais de cette exposition, mes premières réponses étaient enthousiastes. Découverte d’un nouveau lieu, plaisir de regarder tranquillement des oeuvres parfois moins connues, résonances avec l’Afrique… Toutefois un certain questionnement, qui perdure… Pourquoi n’avoir pas cherché à être plus explicite, et à permettre aux visiteur-e-s de mieux comprendre les choix et la logique des pièces exposées? Cela reste néanmoins une belle collection d’oeuvres à apprécier sereinement…

Une campagne de pub dans les bars déserts

Si vous me lisez attentivement (ce dont je doute, grand bien vous en fasse!), vous avez peut-être remarqué que, voici peu, j’évoquais une marque d’apéritif… Non pour lui faire de la publicité, mais parce que, tout simplement, je cherchais à comprendre d’où venait le nom d’un des (nombreux) cocktails que j’aime.

Et, toujours si vous me suivez, vous savez que j’ai un faible pour ce que je nomme les « co-incidences », ces rencontres improbables et imprévues d’objets, d’évènements, de nouvelles…

En voici donc une nouvelle.

Aujourd’hui, en parcourant ma Lettre Quotidienne de L’Oeil de la Photographie (dont je vous ai déjà parlé), je découvre toute une série de photographies faites par Fred de Pontcharra dans les cafés et bars parisiens désertés durant la période de confinement. Et devinez pour qui? Eh oui! cette même marque. Alors j’oublie les articles que je vous dois depuis quelques jours, et je consacre mon écriture matutinale à quelques-unes de ces photos.

Pourquoi?

Oh! Pas parce que c’est cette marque. Pas non plus parce que c’est Paris. Mais d’une part, parce que certaines me plaisent beaucoup. Et puis, elles mettent en scène le personnel de ces lieux, habituellement négligé au profit du décor ou de la clientèle, parfois mis en scène dans son activité, mais pas pour lui-même. Et j’espère que cela ne vous donnera pas trop la nostalgie des espaces clos et chaleureux, en ce vendredi pluvieux où les Parisien-ne-s et touristes vont encore devoir déjeuner, dîner et boire un verre en terrasse ventée…

Je ne puis les placer sur ce blog, elles sont bien sûr protégées, mais vous verrez le diaporama à cette adresse. Et vous pourrez faire votre quinté (ou moins, ou plus!). Pour ma part : 15 (Le Sinner) – 7 (Le Murat) – 3 (Crillon) – 1 (?) – 13 (Le Hibou) – 11 (Danico) – 5 (Lulu White). Bon, d’accord, ça fait 7. On ne se refait pas…

Miroir surprise

Vous est-il arrivé d’ouvrir un courriel et de « vous » voir dans celui-ci? C’est ce que j’ai vécu ce matin en ouvrant ma Lettre quotidienne, qui évoquait aujourd’hui une oeuvre de la collection du FRAC Auvergne… Je vous la livre dans l’instantané de l’émotion… C’est une oeuvre de Gregory Crewdson, photographe né à Brooklyn en 1962, fils d’un psychanalyste… Pour en savoir plus sur lui, une vidéo

The Shed, Gregory Crewdson (2013) Copyright FRAC Auvergne

Jules Bastien Lepage

J’ai le plaisir depuis quelques temps de voir ce blog enrichi par les commentaires d’un inconnu, dont j’avais découvert voici peu le blog « Un jour Un tableau », blog que j’ai évoqué ici.

En relation avec le poème de Théodore de Banville publié ce matin, il m’a proposé d’aller voir les tableaux d’un peintre dont j’ignorais le nom, Jules Bastien Lepage.

Hay Making - Jules Bastien-Lepage
Les foins (1877)

Je me suis donc documentée sur cet artiste, et ai découvert son originalité, qui m’a fait comprendre pourquoi il plaisait à mon mentor…

La récolte des pommes de terre
Source

Il n’a fallu qu’une dizaine d’années pour que ce peintre, décédé à 36 ans, marque son époque. Il faut dire que le graphisme est étonnant, innovant. L’alliance d’une forme de classicisme, de touches d’impressionnismes et d’un dessin très pur et lisse parfois est déroutante, intrigante.

Comme si l’artiste trahissait dans ses oeuvres les tensions à la fois internes et externes… La passion et la paix ? Le bonheur et la souffrance ? Le corps et l’âme ?

J’ai glissé dans cet article quelques oeuvres que j’ai particulièrement appréciées, mais il en est d’autres tout aussi intéressantes et/ou touchantes, à vous de les découvrir… Je n’ai notamment pas traité des portraits, parfois tout aussi surprenants.

Si vous voulez en découvrir davantage, voici un diaporama sur fond de Gymnopédie…

L’exposition Hartung suivie d’une performance-concert

En ce glacial jeudi de janvier, il fallait un peu de courage pour se rendre à l’autre bout de Paris… Mais il faut avouer que le jeu en valait la chandelle.
Le Musée d’Art Moderne, après une période de fermeture précoce le soir, ouvrait en nocturne, ce qui permettait, avant le concert réservé, de visiter l’exposition.

L’exposition Hartung

Peut-on aimer une oeuvre sans apprécier son auteur? Telle a été la question en filigrane tout au long de la visite de cette exposition, qui présente une magnifique rétrospective des expériences picturales, sculpturales et photographiques d’Hans Hartung.

L’homme ne me plaît pas beaucoup, je dois bien l’avouer. Cette mise en scène permanente de sa vie, une forme de carriérisme peut-être, et la manie de classer toutes ses productions dès le début me posent question.

Autoportrait

Mais je ne prétends pas bien le connaître…
Par contre, le foisonnement intense de sa production et les expérimentations qui le caractérisent me séduisent au plus haut point.
Je n’apprécie pas toutes ses oeuvres, mais presque. Et voir emprunter à de nombreux peintres pour ses débuts, puis prendre son envol et tester, tenter, tester sans cesse, m’intrigue et me plaît, je dois le dire.

« La fabrique du geste », je trouve le titre très juste pour cette rétrospective. Je pensais déjà bien connaître les peintures d’Hartung, mais j’en ai découvert d’autres, notamment celles de ses débuts.

Qui penserait Hartung en voyant cette oeuvre?

Et le fil conducteur est bien la « fabrique »… mais aussi, et c’est plus ce qui me perturbe, la « fabrication ». Et l’artiste semble s’être autant « fabriqué » qu’il ne l’a fait pour sa gestuelle et sa production.

Mais je reste coite devant un certain nombre de ses inventions. Celle-ci, par exemple…

Ou encore celle-là…

Désolée pour le reflet, mais c’est le propre des musées que de ne pas savoir bien éclairer les toiles… Et encore, le MAM n’est pas le pire… Il n’est qu’à aller au Louvre pour en souffrir encore davantage! Je n’ai donc pas pris davantage de photos et vous renvoie au site dédié de la Fondation Hartung-Bergman.

Le concert-performance Rodolphe Burger & Mahut

J’avais eu la bonne idée de réserver très tôt pour ce concert dont la présentation m’intriguait et qui était offert… eh oui, un concert gratuit, ce n’est pas si fréquent! Bien m’en a pris, car il a vite été complet. Il faut dire que la salle Matisse est certes haute de plafond, mais assez contraignante en termes de places… je n’ose dire « assises », car il n’y a que de rares sièges pliants, et le public se contente des marches sises face aux trois toiles du Maître.

La salle vue du fond…

J’étais intriguée, et je n’ai pas été déçue. La performance est aussi intrigante que réussie. Et je n’ai pas été la seule enthousiasmée par ce concert aux saveurs de psychédélisme, comme l’a fait observer un des spectateurs.

Le parti-pris de la répétition et des « boucles », au départ un peu dérangeant, se révèle envoûtant… L’exploitation de la voix de Hartung est remarquable… Quant au « texte », dit, lu, récité ou chanté – eh oui, toutes ces modalités ont été mises en oeuvre ! -, il m’a fascinée. Notamment par le paradoxe soulevé « lenteur » (non exprimé) vs « rapidité » (répété à outrance, en contrepoint de ralentis…).

Impossible de citer tous les instruments utilisés par Mahut, tant ils sont nombreux, variés, et, pour certains, « fabriqués »… n’oublions pas que Mahut est aussi plasticien…

La « panoplie » d’instruments-oeuvres de Mahut

Ce foisonnement d’instruments pour une oeuvre aussi brève (40mn) fait écho aux instruments exploités par Hartung, dont j’ai appris qu’il les numérotait, classait, rangeait et photographiait méthodiquement.

Bref, des moments intenses, des vibrations profonds, et des émotions esthétiques de toutes sortes… Un excellent moment, malheureusement interrompu brutalement par l’annonce de la fermeture du Musée! La salle voulait rappeler, mais ce ne fut pas permis… dommage!

PS En recherchant pour vous des images des artistes concernés, je me suis rendu compte qu’il en existait peu… et la vidéo de Burger que je vous propose n’est pas très proche de ce qui a été présenté! Le voici ici avec Higelin. Et ici dans Radioactivity. Ce qui vous donne une idée de l’éventail de ses interprétations vocales ou musicales.

Quant à Mahut, j’ai trouvé une vidéo qui donne bien l’idée de ce qu’il a joué hier… Il est ici avec Lavilliers. Et un bel article sur les deux artistes…

Forsythe à l’Opéra Garnier

J’avais vu et revu les ballets de Forsythe en Avignon jadis, et il en est un annoncé à Paris à un moment où je m’y trouve… L’occasion est trop belle… Me voici donc à l’Opéra… saisie d’entrée de jeu, c’est le cas de le dire… par des pneus… ce n’est pourtant pas le Salon de l’Agriculture en ce moment!

Les pneus de Claude Lévêque

Apparemment je ne suis pas la seule à trouver vraiment très décalées ces « oeuvres d’art », à savoir des pneus de tracteur recouverts de doré… Mais je ne suis pas critique d’art ni même experte… D’après mes recherches a posteriori sur le net, ils ont fait polémique ! Ils font partie des installations imaginées par l’artiste pour le 350ème anniversaire de l’Opéra Garnier.

Me séduisent davantage les somptueux vêtements portés par les artistes à diverses époques…

Après avoir visité l’étage, me voici installée pour le spectacle, avide de revoir un de mes chorégraphes préférés… Mais il n’est prévu que dans la seconde partie.

Le premier ballet présenté est un mixte condensé de théâtre nô et de légendes celtes… Etonnant, n’est-ce pas? Et déroutant, il faut l’avouer. Un peu long, parfois. Hésitant entre le statique et la danse, entre deux mondes, entre des mythologies et cultures si opposées que l’on a du mal à en apprécier la rencontre… Voici ce qu’en dit le site officiel.

« Invité pour la première fois à l’Opéra national de Paris, le chorégraphe Alessio Silvestrin revient sur sa rencontre avec Hiroshi Sugimoto et la naissance d’At the Hawk’s Well. Création pour les danseurs du Ballet de l’Opéra national de Paris, cette pièce s’inspire d’un texte du poète irlandais W.B. Yeats et du théâtre nô. Œuvre totale, réunissant également le compositeur Ryoji Ikeda et le couturier Rick Owens, elle sonde notre rapport au temps, à la mort et à l’identité. »

Bien sûr je n’ai pas pris de photos autres que celle de la fin, un peu floue comme vous pourrez le constater… Mais vous pourrez lire un article à ce sujet ici. En voir des extraits ici, ici et , avec un entretien avec Alessio Silvestrin, le chorégraphe, qui parle de sa collaboration avec Hiroshi Sugimoto: « un grand exercice d’assemblage », comme il le qualifie lui-même. Et aller le voir, pour vous faire votre propre idée… Certains passages m’ont séduite, mais d’autres m’ont ennuyée… Manque de culture asiatique, peut-être? Mais aussi trop faible connaissance de la littérature irlandaise, en particulier de Yeats... et du poème concerné, dont je n’ai pas trouvé la traduction.

J’ai découvert de nombreuses versions de l’interprétation du texte de Yeats, à travers le monde et les époques. En voici une à Sao Paulo en 2015, une version de Nigeal Keay en 2012, et une traduction dans une langue asiatique que je n’ai pas identifiée (japonais?).

A l’entracte, visite des différents espaces de l’Opéra, une coupe à la main… des plafonds à faire tourner la tête…

… des rideaux comme on ne voudrait pas avoir chez soi… mais qui n’en sont pas moins somptueux…

… et des tableaux plus qu’évocateurs…

Un petit salut aux Maîtres dont les bustes sont disséminés dans les espaces…

… et il est grand temps de regagner l’orchestre, pour la suite du spectacle, tant attendue!

Pas de déception, si ce n’est la brièveté du ballet. Le grand Forsythe n’a pas changé, et magnifie toujours autant les corps de ses danseuses et surtout danseurs. Puissance et grâce unies pour le plus grand plaisir des spectateurs… et spectatrices dont je suis! Un pur moment de bonheur… ou plutôt des moments, en fonction des « tableaux »…

On peut voir sur le net un teaser sur la préparation du spectacle, et des extraits de Blake works ici et .

Une soirée donc pleine d’intérêt, mettant en question l’interculturalité, et confortant mes goûts anciens, pour la chorégraphie et les danseurs de Forsythe…

Blake works est un ballet à voir absolument, comme tant d’oeuvres du chorégraphe!

Avatars de galets. Du patrimoine naturel au patrimoine culturel

En ce dimanche de septembre qui fête le Patrimoine, un groupe d’artistes et leurs amis proposaient au Tréport une demi-journée sur la thématique présentée dans le titre de cet article.

J’ai eu le plaisir d’en faire partie, et de vivre des moments riches d’émotions, esthétiques certes, mais aussi liées à la véritable synergie qui s’est développée au fil de l’après-midi.

Une exposition « falaises et galets »

Point de départ : une exposition de Jean-Claude Boudier et de Michèle Mareuge (qui n’a pas de site, désolée) à la Galerie Résonances au Tréport.

Jean-Claude Boudier
entre outils, galets, oeuvres
et film sur son art

Point de départ disais-je donc : ce que Jean-Claude Boudier nomme des « galets », ces morceaux de minéraux ramassés au pied des falaises, tombés des platiers, ou dans des anciennes couches sédimentaires sur les plateaux crayeux.

Les outils de l’artiste
et sa dernière oeuvre, La Pieuvre
(clin d’oeil à Georges Oucif)

Il les transforme en oeuvre d’art, tantôt en maintenant le matériaux original, tantôt en fondant du bronze dans le moule qu’il a fabriqué à partir de celles-ci.

Moules et oeuvres
Au mur, tableau de Alain Colliard
(exposition actuelle)

Michèle Mareuge, pour sa part, présentait des tissages faits à partir de ses pages de calligraphie, autour du thème des « falaises ». Des merveilles d’oeuvres translucides, avec lesquelles la lumière joue au gré de leurs ondulations.

Michèle Mareuge devant une déclinaison de ses calligraphies du mot « falaise »,
deux tissages et un tableau


Si je connaissais les sculptures de l’un, je découvrais les tissages et tableaux de l’autre avec intérêt, admiration et bonheur…

Sylvie Henrot, propriétaire de la galerie, a proposé aux organisateurs des Journées du Patrimoine d’organiser un ensemble de micro-événements autour de cette exposition. D’où l’idée du titre, puis de tout ce qui s’est succédé de 15 à 19 heures.

Visite nature au pied de la falaise du Tréport

Une visite au pied de la falaise du Tréport, avec le guide nature Pascal Leprêtre, que j’avais déjà suivi dans ses présentations si passionnantes de la flore et de la faune indigènes.

Le guide Pascal Leprêtre
passionnant son auditoire

Il entraîna le groupe dans l’histoire à la fois géologique, architecturale et humaine du Tréport, dans un exposé très complet où il fut, bien évidemment, aussi question de galets. C’est ainsi que j’ai découvert l’ancien tracé des falaises, la composition des galets, l’exploitation qui en était faite autrefois et dont une partie perdure grâce à des concessions de 99 ans…

C’est ainsi qu’à ma grande surprise j’ai découvert qu’il y avait des micro-organismes superbes au coeur de ces galets… les radiolaires par exemple. Si le sujet vous intéresse, un article les présente ici.

« Promenade ludique » – jeu de piste de l’Esplanade à la Galerie

Au nom de l’association Goéland, j’ai préparé un petit jeu de piste autour de la thématique des galets, pour ramener le groupe de la falaise à l’exposition de manière ludique.

Une belle lumière pour le jeu de piste…

Occasion de mauvais jeu de mots, d’observations amusantes, de découvertes intéressantes aussi, de l’architecture et de l’histoire de la ville, en particulier dans le Quartier des Cordiers.

Les ramiers

Rencontres aussi avec des commerçants, qui vendent des galets… des bonbons, des confiseries, des magnets, ou avec des artisans, comme ce verrier qui fabrique de très beaux galets de verre.

Bref, une petite promenade vivante et bon enfant, dans ce coin de la ville entre pleine mer et port.

Vidéo et composition musicale

Didier Debril, journaliste et compositeur travaillant avec l’IRCAM, avait pour l’occasion créé une oeuvre mettant en scène les galets, les falaises et la mer… Composition électro-acoustique, à partir entre autres du bruit des galets caressés ou chahutés par les flots. Du calme à la fureur des flots déchaînés, puis retour au calme avec un couchant magnifique et des galets éclairés de cette belle lumière… une oeuvre prenante et émouvante… Promis, dès qu’elle sera en ligne, je place ici le lien. Elle est en ligne à présent, ici. Et vous trouverez une vidéo sur l’environnement de Jean-Claude Boudier, du même vidéaste.

Lecture de texte

Un peu intimidée, et surtout anxieuse car c’est la première fois qu’a lieu une lecture de mes textes (que vous pouvez voir dans la section « Plaisirs des mots »), je m’exécutai à la demande générale et lus les deux poèmes, dont l’un en prose, et leur préambule, écrits spécialement pour cette occasion.
Quelle émotion que ce temps de partage de sentiments et d’émotions aussi intimes…

Un moment de convivialité et de synergie artistique

La journée s’acheva par des échanges entre les différentes personnes présentes, chacun-e parlant de son art, certain-e-s expliquant des techniques, telle cette dame explicitant la fonderie et en discutant avec Jean-Claude Boudier, ou cette autre parlant avec passion de la gravure qu’elle pratique… Michèle Mareuge et Philippe Colin échangeant sur les encres et la calligraphie… Didier Debril explicitant la composition musicale… Anne expliquant ce qu’elle venait de découvrir lors des visites organisées à Mers-les-Bains… Toutes et tous réuni-e-s autour de Sylvie Henrot et de son « bénévole », sans qui ces rencontres n’auraient pas eu lieu… qu’il et elle en soient remercié-e-s…

La Villa Paloma

J’ai découvert la Villa Paloma l’été dernier, à l’occasion d’une exposition Tom Wesselmann, La Promesse du Bonheur.

Et j’avais admiré le site tout autant que l’exposition… Me voici donc revenue sur les lieux, pour une exposition cette fois consacrée à Ettore Spalletti.

Et, chose amusante, la première « oeuvre d’art » que j’ai admirée se trouve… dans le parking situé juste en face de la Villa (facile de s’y garer, et on arrive vraiment devant la porte du jardin… il peut aussi servir pour l’accès au Jardin Exotique).

L’entrée dans la propriété se fait par le haut du parc, qui abrite une autre exposition, consacrée, elle, à Michel Blazy, artiste originaire de Monaco, qui joue avec fantaisie sur des gammes d’objets ordinaires, comme les baskets de Collection de Chaussures, créée pour la 57ème Biennale de Venise, voire périssables comme les pelures d’orange de Sculptcure (non, je n’ai pas fait de fautes d’orthographe), datée de 2001 à « en cours » (sic).

Collection de chaussures
Sculptcure

Les jardins en terrasse offrent une vue splendide sur la Principauté et la Méditerranée.

Ils sont délicatement ornés, en particulier par un petit édifice au bleu qui me rappelle les jardins de Majorelle à Marrackech, jardins où j’aimais tant aller me promener…

L’architecture extérieure est à la fois simple et recherchée, avec un blanc contrastant sur le bleu environnant.

La plupart des fenêtres doivent être occultées pour permettre l’accrochage des oeuvres. Ettore Spalletti a souhaité, pour sa part, qu’elles restent ouvertes pour laisser pénétrer cette superbe lumière méditerranéenne. Il faut préciser qu’il conçoit les oeuvres pour les sites qui les accueille…

Les oeuvres sont très épurées, et la mise en scène est importante. La première sensation, dès la première salle, est celle d’une grande pureté, d’une symbolique forte mais discrète, d’une recherche de l’épuré et de la (fausse) simplicité…

La palette de couleur est à la fois réduite et très riche, car l’artiste joue beaucoup sur la surface et la texture. Les tranches sont travaillées en fonction du nombre d’or, et dorées à l’or fin. Des détails peuvent surprendre, comme ce crayon écartant du mur l’un des côtés d’un vaste tableau.

Tout un immobilisme apparent pensé pour mieux rendre l’idée de dynamique et de mouvement, évoquant ainsi la nature des environs de la ville natale de Spalletti, Pescara.

J’ai pour ma part – et c’est rare! – regretté de n’avoir vu qu’à la fin de la visite le long documentaire consacré à l’artiste, qui permet de mieux comprendre la philosophie et les principes créatifs qui sous-tendent son oeuvre… Le film est passionnant, et je pense que, pour une fois, un bref extrait pourrait être visionné dès l’entrée pour mieux pénétrer son univers qui n’est pas qu’esthétisme…

L’harmonie est certaine, entre l’installation proposée et l’architecture intérieure de la Villa, avec ses escaliers monumentaux et ses superbes vitraux…

Bref, j’ai hâte de retourner l’an prochain voir ce qui sera proposé en ces lieux, mais j’aimerais aussi aller voir la ville de Pescara et la chapelle réalisée par la compagne de celui qui, en relation avec Raphaël, aimerait n’être appelé qu’ « Ettore »…

Son(s) et lumière(s) aux Invalides

En ce vendredi soir du mois d’août, beaucoup de salles font relâche et les spectacles se font rares… Que faire? Alors, je me suis laissée tenter par la Nuit aux Invalides, dont les annonces sur le net sont plus qu’alléchantes…

Et, par certains côtés, je n’ai pas été déçue… mais par d’autres, pas conquise…

Oserai-je le dire? Je ne suis jamais entrée aux Invalides. J’ai toujours soigneusement évité ce lieu que je considérais comme une appropriation sauvage par les militaires d’un espace qui pourrait servir aux citoyens. Alors, l’idée que pour une fois tout Parisien pouvait en bénéficier m’a séduite, et c’est donc avec une curiosité certaine que j’ai franchi les innombrables portes et barrières qui mènent à la cour d’honneur.

Erreur sur la date ? Pas de problème, le personnel est réellement accueillant et l’a vite réparée… Et me voici installée au troisième rang de chaises… et en train de me tordre le cou pour espérer voir tous les côtés éclairés!

Ce qui m’a séduite…

L’ambiance. Recueillie. Calme. Sereine. Etonnant en plein centre de Paris. Evocatrice du « respect » (bien que je n’aime pas trop ce mot) envers les militaires blessé-e-s ou disparu-e-s.

Les projections sur les murs. On commence, hélas, à s’habituer à ce genre de projections. Mais sur une telle surface, cela reste surprenant… et assez prenant, il faut bien le dire.

Le jeu des personnages projetés, faisant des acrobaties pour que leur corps épouse la forme des voutes et fenêtres.

Ce qui m’a moins plu…

Le discours grandiloquent. Il est vrai que, sur une telle thématique, on vire vite au style « pompier ». Et malheureusement le texte n’y échappe pas.

Le non-respect du programme annoncé. La communication autour de l’événement évoque une fresque historique, allant de la Préhistoire à nos jours; il n’en est rien, et j’attends toujours la Préhistoire!

La révérence à Napoléon. Certes, on ne peut parler des Invalides sans l’évoquer. Mais trop, c’est trop…

J’aurais dû me méfier, en lisant le texte d’annonce sur le site officiel.

« 

LE show de l’été à Paris, UN spectacle unique par son histoire, par sa grandeur, par sa technologie de pointe, unique par le rêve qu’il suscite ! Le spectacle à grand succès de Bruno Seillier
Venez traverser 3000 ans d’histoires dans ce lieu hors du temps, des Gaulois à Louis XIV, de Napoléon aux grands hommes et chefs militaires qui ont dessiné le Lutèce d’hier et le Paris d’aujourd’hui.
Venez passer La Nuit aux Invalides, au cours de laquelle,  les grandes voix de Jean PIAT, André DUSSOLLIER et de Céline DUHAMEL vous envoûteront.
En cette année anniversaire des 250 ans de la naissance de Napoléon, prolongez le spectacle par une promenade nocturne aux chandelles dans l’église du Dôme à la rencontre de Vauban, Lyautey et Foch, l’Aiglon entourant le tombeau de l’Empereur. »

Et surtout, mais c’est sans doute une erreur de ma part, j’attendais un vrai Sons et Lumières, avec des acteurs, une mise en scène, de la musique… Il n’en est rien.

Et l’impossibilité de visiter l’Eglise du Dôme aux Chandelles : plus de place pour cette soirée ni pour les suivantes…

En marge du spectacle

Une réflexion sur la visée historique, et, en particulier, sur les notions de « patriotisme » et de « nationalisme ». Débat sans issue ou véritable conscientisation à faire, pour tout citoyen, et à faire faire, pour tout pédagogue ou parent?