Gennaro Villani

Comme mes fidèles lecteurs et lectrices le savent, j’aime à suivre le blog « Un jour un tableau »… et, dès que j’ai un peu de temps, je vagabonde à loisirs parmi les oeuvres dénichées par son auteur, et prends du plaisir à en découvrir qui me plaisent particulièrement.
Ce fut le cas cette nuit, avec ce tableau.

Je n’ai pas été la seule à l’apprécier, car, mis en ligne voici seulement trois jours, il compte déjà 306 « j’aime » ou « j’adore »!

J’ai immédiatement plongé sur le net, pour rechercher ce que l’artiste avait créé comme autres oeuvres. Et je n’ai pas été déçue… D’où mon envie de partager avec vous ce jour cette découverte.

Un article lui est consacré sur Wikipedia (oui, je sais, non reconnu scientifiquement!). Ce Napolitain, disparu en 1948, a vécu 63 ans essentiellement en Italie, où il a aussi enseigné. Inspiré par les Fauves, il a produit des oeuvres variées, paysages, instantanés de la vie, (auto-) portraits… Et je dois dire que j’ai été fascinées par certaines d’entre elles. Pas question de vous les montrer toutes, mais en voici un petit florilège…

On voit beaucoup de ses oeuvres en ligne, je vous laisse donc les découvrir. Si toutefois vous souhaitez accéder directement à des diaporamas, vous en trouverez sur la page Facebook qui porte son nom, et sur You Tube, par exemple ici, avec une belle chanson italienne… Le détail d’un pastel sur cette vidéo. Une sélection d’oeuvres sur celle-ci, très riche à mon sens.

Sur Facebook, une page consacrée aux oeuvres introuvables (« rubati » = volées) présente des tableaux admirables ou étonnants, je vous conseille d’y jeter un oeil.

L’Institut Français de Naples avait consacré une exposition à sa période  » à Paris ».La présentation d’une exposition qui lui est consacrée, mais la personne interviewée, hélas, parle trop vite…

J’ai préféré de beaucoup cet entretien avec Ena Villani. Il avait peint sa fille, toute petite… Celle-ci est devenue peintre et poète.

Je ne voudrais pas finir sans un clin d’oeil à l’auteur du blog qui fut à l’origine de cet article…

Lavandaie in fiume

Les lavandières… On les retrouve! A la même époque environ, un autre peintre, Giovanni Ciuza Romagna, les représente d’une tout autre manière…

… Mais c’est une autre histoire, qu’on pourrait aussi poursuivre sur la page FaceBook consacrée à Pavie, Pavia FanPage, qui montre des photos des années 30 et cite le poète Dario Morani.

Marièta dal Burgh (Dario Morani)

I pàch, quand i sbàtan, sa sentan luntan,

in dia nebia dal temp diventan bacan.

Marièta l’e là cun scàgn e caplina,

la prima a rivà da prima matina.

I bràs e ‘l facin culur adls tèra

culur sensa su, culur lavandèra.

In riva dal Burgh la gheva la cà

Cun for’ una glicin, la vid canadà.

L’à fai l’infermiera, l’e stàia a servì

ma le ghe piasù fa cal maste li.

E Paride, bel me’l Deus dal Fium,

l’a stramudà ‘d riva’parer ad nisun.

Dadchì ian furmà famiglia e fiulin,

un po’ da furtuna’ glà daja’l Tesin.

I pàch chi sbatevan rivevan luntan

d’in mes adla nebia, ciucà me campàn

chi sunan a l’ura ad l’Ave Maria

e pòrtan al cor dla gran nustalgia.

Mais c’est une autre histoire… restons à Villani pour terminer, n’est-ce pas? Une énigme pour finir, donc. Situez cette boutique pour le moins polyvalente?

Entre rêve et fantastique, la Femme

J’avais promis de vous parler des différentes expositions actuellement encore à l’affiche à Paris. Après Oskar Kokoschka, que je vous ai présentée il y a quelques temps, voici Johann Heinrich Füssli, au Musée Jacquemart-André.

L’exiguïté de l’espace « Exposition temporaire » contraint sans doute fortement les choix des responsables des expositions. Mais de là à faire ressortir ce qui m’a tant frappée… Je me suis demandé s’il s’agissait d’une orientation déterminée, ou si effectivement les oeuvres de ce pasteur devenu peintre étaient aussi impudiques, quant à l’expression de ses fantasmes (et démons?). Je vous emmène donc à travers ces/ses délires, à la rencontre de la Femme vue par l’artiste.

C’est un parti-pris délibéré de ma part que de « zoomer » et donc focaliser sur des détails des tableaux, qui ont pour la plupart de nobles objectifs… Pour les voir en entier, reportez-vous à Internet ou aux magazines consacrés aux Beaux-Arts, qui ont largement documenté l’exposition… Au fil de sa découverte, les visiteurs/euses reçoivent nombre d’informations sous forme d’affiches aisément lisibles (contrairement à celles de l’expo Kokoschka, si vous vous souvenez…).

L’ambiguïté de certaines compositions m’a frappée. Si l’on ne tient pas compte du titre ou des commentaires, on peut s’interroger sur leur sens. En voici deux exemples « No comment« .

La femme est « voilée / dévoilée » jusque dans certaines versions du célèbre « cauchemar ».

La poitrine féminine est magnifiée dans un grand nombre d’oeuvres, depuis la représentation de seins juvéniles jusqu’au détail de têtons déjà fort malmenés…

Il n’est pas rare qu’une main s’approche des seins, comme pour les souligner…

… voire les caresser…

Moins fréquents sont les tableaux qui montrent les corps vus de derrière. Mais il en est qui révèlent de jolies courbes.

C’est surtout dans le dessin que Füssli excelle à exprimer toute la sensualité troublante, voire perturbante de la Femme. Un cabinet est consacré à ce thème.

Soit dit entre parenthèses, en relisant ce texte, je me dis que c’est aussi moi que je dévoile au travers de cet article… car j’ai surtout vu l’aspect érotique. Ai-je occulté le reste? Ou ne l’ai-je point vu? Intriguant, n’est-ce pas? Va-t-il falloir que je retourne voir l’exposition, ou que je me procure le catalogue?

Je ne vous entraînerai pas sur les chemins vertigineux de la psychiatrie ni de la psychanalyse, mais avouez que l’on peut interpréter ce dessin de bien des manières…

Bref, vous l’aurez compris : alors que j’allais, un peu méfiante car ce n’est pas mon genre de peinture préféré, j’ai finalement pris beaucoup d’intérêt à cette visite. En me demandant en particulier qui était réellement ce peintre, ce qu’il avait vécu, et quelles étaient ses relations avec les femmes, sa relation à la Femme. Quand soudain une oeuvre a confirmé certaines de mes hypothèses (LOL)…

Kokoschka

En une semaine, j’ai pu voir trois expositions, qui, pour moi, se font écho (je ne compte pas celle dont je parlerai plus tard, à savoir Füssli, totalement « à part », selon moi. Non, il s’agit des expos que j’ai pu voir « en avant-première » (alias « vernissage »), à savoir Münch au Palais d’Orsay et Sam Szafran à L’Orangerie, et celle que j’ai visitée en ce samedi 1er octobre : Kokoschka au Musée d’Art Moderne. Par laquelle commencer? Eh bien, par la dernière.

Il faut bien avouer que, jusque là, ce peintre n’appartenait pas à mon Panthéon artistique… A vrai dire, à part son nom, je n’en connaissais pas grand’chose! Et l’affiche me laissait perplexe… Aimerai-je ce type de peinture?

Je dois dire que c’est en premier lieu un affect qui marque cette visite. Un jeune homme décrit comme révolté, aux yeux de braise, affrontant en permanence ce qui le heurtait dans la société comme, plus tard, dans la politique et la guerre. Et les vidéos présentées vers la fin de l’exposition laissent à voir un homme plus « sage », en costume trois pièces impeccable, mais toujours engagé. Et des yeux qu’on ne peut pas oublier, tant ils portent de « flamme ». Comme sur le tableau choisi pour l’affiche…

Quant à ses oeuvres, je ne sais quoi vous en dire : il faut les voir pour comprendre le « saisissement » que certaines provoquent.

Beaucoup de portraits, forts, voire violents.

Au sanatorium…

Et des paysages tout aussi forts mais, eux, plutôt apaisants.

Paysage hongrois
En Suisse
Dresde
Delphes
Berlin

Et parfois des supports étonnants : cartes postales (il explique lui-même qu’il en est arrivé là pour pouvoir représenter des êtres humains à une époque où ce n’était pas de mise. Ou encore, éventail.

L’exposition n’est pas très originale : un déroulé très chronologique. Et je n’ai parfois pas compris la disposition des tableaux. Quant aux textes explicatifs, il faut parfois presque une loupe pour les décrypter; ce qui pousse à se rapprocher au maximum du mur support… Idéal en période de risque covidien! Mais elle a le mérite de présenter la diversité de l’oeuvre, dont un certain nombre de dessins.

L’évolution de l’artiste, voire de l’homme, est mise en évidence. Des lettres, photos et extraits de journaux le rendent bien vivant…

Avec Eisenhover

Le jeu des couleurs et la dynamique des gestes m’ont tellement interpelée que j’ai focalisé sur certains détails de tableaux. Jugez-en vous-même!

L’apaisement est évident dans les dernières décennies.

Tendresse. C’est le mot qui me vient devant ce portrait de Pablo Casals, comme devant les scènes de la vie familiale ou amicale.

Mais j’ai par-dessus tout apprécié tout ce qui évoque la dérision, voire l’auto-dérision, caractéristique de l’artiste. Notamment ses auto-portraits, très nombreux, dont certains « en situation ». Ci-dessous, une référence aux nombreux tableaux représentant Saint Luc peignant la Vierge.

En voici un exemple, celui de Ziegler (je vous laisser regarder les autres sur le net!)

Et que dire de l’épisode de « La Poupée »? Il avait fait créer une poupée répondant à un cahier des charges très précis.

Et s’est peint en train de la représenter…

Les analyses concernant la conception et l’utilisation de cette poupée sont nombreuses et variées. J’aime à retenir celles qui concernent le questionnement sur l' »humain ».

« Menschen », c’est Son Mot… La défense de l’être humain contre la bêtise, l’intolérance, la barbarie nazie. « Menschen »… Un Humanisme affirmé. Et une sensibilité cachée sous la violence de la révolte… Un peintre tout en paradoxe et tensions. Voilà qui ne pouvait que m’intéresser…

Une belle course

Envie de me distraire… Pourquoi pas un petit ciné en cette fin de semaine ? Un de ces films dont on a un peu honte de les avoir vus, vous voyez le genre? Un Dany Boon / Line Renaud, par exemple… Pas intello pour deux sous, qualité esthétique non avérée, scénario simplissime, etc. Mais j’avais besoin de rire un peu, de choses simplissimes, justement.

Erreur grave! J’aurais mieux fait de regarder avant quelques critiques. Car tout y est de ce que je viens de dire… sauf le rire… Enfin, pas jaune…

Mélodramatique à souhait, scénario convenu comme ce n’est pas imaginable, avec la fin attendue… Et même des invraisemblances dans les parcours au sein des voies parisiennes, qu’elles soient ou non sur berges… Tournage d’ailleurs fait sans mettre une roue de la voiture dans lesdites voies…

« Un dispositif totalement immersif. « Nous avons installé des écrans 4K avec une définition de dingue en forme de “L” autour du taxi en studio, sur lesquels nous avons diffusé pendant le tournage tout le trajet qu’emprunte le taxi. Trajet que nous avions filmé avant sous tous les angles et tous les axes grâce à un camion plateforme avec de multiples caméras… Cela concerne même le ciel car nous avions un autre écran, celui-là face au véhicule, qui nous ramenait de la lumière sur le pare-brise et ramenait de la vie à l’intérieur de l’habitacle…« , explique le réalisateur. » (source)

Et qui plus est, une déprime assurée à la sortie, si on est un peu fragilisé par des deuils récents ou des maladies rampantes!

Vous l’aurez compris, je ne vous encourage pas vraiment à aller voir ce film, qui recèle tout ce que l’on peut craindre ou fuir… Sauf les beaux yeux bleus de l’actrice… Le comble de la coquetterie : elle a deux ans de plus (94 vs 92) que le personnage qu’elle incarne!

Héroïnes romantiques

Quand Girodet « illustre » Chateaubriand : Atala (1808)…

Je vous ai parlé hier du jardin du Musée de la Vie Romantique, mais ne vous ai point entraîné-e-s au sein de celui-ci. Une exposition y a lieu jusqu’à la fin de ce mois, intitulée « Héroïnes romantiques ».

… et quand Léopold Burthe revisite Shakespeare en dénudant Ophélie (1852)… au fait, suicide ou meurtre?

Je m’étais demandé, en voyant l’affiche, ce que recouvrait le terme « héroïne ». Et j’avais raison. Les différentes acceptions du mot sont effectivement exploitées, et c’est cela qui m’a quelque peu dérangée. Je ne m’en rends compte qu’en écrivant ces lignes. J’éprouvais un certain malaise en parcourant les quelques salles (le musée est petit…), malaise intellectuel que je ne m’expliquais pas. Je vais essayer de me faire comprendre.

Une autre vision de Cléopâtre !

Comment peut-on « mettre dans le même sac » (celles et ceux qui ont eu à subir les « maths modernes » avec « étiquettes » saisiront l’allusion, les autres peuvent deviner) une parricide, une jeune fille amoureuse d’un homme d’église, une guerrière et une poétesse? Comment peut-on placer sur le même plan des personnages de fiction, héroïnes de la littérature ou personnages mythologiques, et des êtres humains aussi divers que des reines au triste destin, des militantes, des meurtrières, et des artistes, dont certaines ayant incarné des personnages des autres catégories?

On commence par Sapho et Marie Stuart (si, si, dans la même pièce)…

Les revendications féministes ne sont pas loin non plus, sans que ne soit analysé le lien – ou questionnée l’absence de liens – avec le romantisme. Pas plus que celui-ci n’est explicité pour des visiteurs/euses qui souhaiteraient mieux en saisir toutes les facettes.

… pour finir par les danseuses, chanteuses et comédiennes…

Et je ne suis pas bien certaine que Madame de Staël aurait apprécié d’être en certaines compagnies ici présentes…

Cela n’enlève rien au « plaisir des yeux » et à l’émotion parfois ressentie devant les oeuvres exposées. Je ne vais pas toutes les présenter, et j’ai choisi deux d’entre elles qui m’ont interpellée pour des raisons, vous allez le voir, extrêmement différentes.

La première est une sculpture de Marie d’Orléans, datant de 1834.

Qui est ici « héroïne »? Les personnages de la littérature qui sont représentées (Desdémone, Juliette, Virginie et Atala)? Les anges classés – pardon, classées – dans le genre féminin par l’artiste? La femme aimée que cherche le poète depuis son tombeau? Rachel, qui aima tant Ahasverus selon le récit de Quinet (en ligne ici)? Ou l’artiste elle-même réalisant cette oeuvre empreinte de douceur et de pureté? Marie d’Orléans est morte si jeune aussi, emportée à 26 ans par la tuberculose après un mariage peu heureux, et sans avoir vu grandir le fils qu’elle venait de mettre au monde…

La seconde n’est pas vraiment une oeuvre, c’est l’histoire d’une jeune femme, morte elle aussi très jeune, à 22 ans. Mais pas de maladie. Elle a été exécutée en 1599. Pour avoir tué son père, qui aurait abusé de sa mère, de son frère et s’apprêtait à en faire de même avec elle. Une triste histoire dont j’ignorais tout jusqu’alors. Elle s’appelait Béatrice Cenci.

La Femme au Turban blanc, Ginevra Cantofoli, vers 1650 (reconnue comme Beatrice Cenci

Et quelle émotion devant la magnifique photographie de May Prinsep par Julia Margaret Cameron !

Study of Beatrice Cenci, Julia Margaret Cameron, 1866 (source)

Coques en stock

Tout a commencé par un transport de fonds… Pas de liquidités, bien sûr, mais des oeuvres d’art. « Des photos », m’avait dit l’amie pour laquelle je m’étais engagée. Ce qui m’a conduite, un vendredi matin, au Nord de la Gare du Nord, autrement dit dans un quartier exotique pour l’adepte de la Rive Gauche que je suis. Et m’a aussi amenée à de multiples SMS et communications téléphoniques avec une artiste inconnue, qui me semblait bien stressée pour être réellement une artiste. Une représentation, je m’en rends compte. Pourquoi pensais-je que les artistes devaient être plus « zen » que les autres???

Nomade, je le suis. Et une nomade vit dans le moment présent. Fixer un jour de rendez-vous des semaines à l’avance relève du défi. Et fixer une heure de rendez-vous la veille un challenge. Bref, nous parvînmes quand même à nous retrouver, au pied de son immeuble, en ce vendredi matin. Vite, transformer ma compagne à 4 roues en « utilitaire », en abaissant les sièges arrière et en libérant le maximum de places (j’ai toujours dans ma voiture des couvertures, un sac de couchage, un oreiller, un réchaud et du matériel divers! sans compter que ce jour-là, partant en week-end, j’avais aussi une valise et mon ordinateur…). Une dame descend, nous nous saluons après qu’elle eut observé l’espace disponible. Puis elle redisparaît dans l’immeuble. J’attends dans ce quartier qui ne me semble guère accueillant… Elle revient avec un immense carton plat. Puis repart. Je place le carton au fond du coffre. Il ne reste plus guère de place pour autre chose! Sachant qu’elle avait bien spécifié que rien ne devait être placé au-dessus. Trois autres allers et retours. Mais, cette fois, des sacs avec des cadres plus petits et entassés. Tout finit par entrer. Nouveau salut. Et me voici partie vers la Picardie. Ce n’est que le lendemain, en effet, que je gagnerai la Normandie, plus exactement Le Tréport, où ma cargaison est attendue. Le samedi, impossible d’approcher la galerie de mon amie : marché plus fête foraine! J’attends donc le soir pour effectuer la livraison. Et rassurer enfin l’expéditrice. Je réalisai alors que j’ignorais la teneur de ce que j’avais transporté, que je n’avais ni compté ni vérifié ce que m’avait confié une parfaite inconnue! Et j’eus hier la preuve d’une erreur. Pas dans le nombre ni l’état. Non, tout était bien parvenu. Mais dans la teneur. Je pensais avoir transporté des photographies en noir et blanc. Pourquoi? Encore une représentation! J’ai réalisé que pour moi « photo d’art = photo en noir et blanc »… Pourquoi? Mystère…

Car les oeuvres enfin acheminées au Tréport, à la Galerie Résonances, sont bien des oeuvres d’art. Et pourtant éclatantes de couleurs.

Hier soir avait lieu le vernissage, et j’ai pu découvrir ce qui avait meublé mon véhicule pendant plus de 24 heures… Relisez le titre de cet article. Qu’a pu photographier cette Dame? Je vous aide avec un premier tableau (pris un peu de travers, excusez-moi…).

Vous avez deviné ? La mer ? Que nenni. Pourtant vous n’en êtes pas loin… Une autre photo ?

« Mais ce n’est pas une photo, c’est un tableau ! », ai-je souvent entendu dire hier soir. A juste titre. L’artiste elle-même considère qu’elle fait des tableaux… mais sans pinceaux (ni queue d’âne!). Simplement avec son appareil-photo.

Cathy raconte que, face à un groupe de jeunes élèves, elle leur avait proposé un brainstorming autour de la question « à quoi cela vous fait-il penser? », et avait obtenu un grande palette de réponses…

Alors, que photographie-t-elle ? Pensez au titre…

Des coques.

Pas des oeufs, non. Mais l’allusion au Capitaine Haddock pourrait vous aider. Des coques de navires, oui. En Bretagne ou au Maroc, pour la plupart des oeuvres présentées ici. Mais aussi dans bien d’autres ports. En voici deux autres exemples, toujours aussi mal pris.

Inutile de vous dire que j’ai beaucoup aimé. Expression plate, certes. Et cela ne me ressemble pas. Je suis d’accord. Mais « j’ai aimé » est ce qui me semble le plus fort, en l’occurrence. Et cela m’a rendu envieuse. Car moi aussi, je photographie parfois des coques, à marée basse. Souvenez-vous, j’avais fait une série à Camaret. Et une autre au Crotoy. Et des photos isolées, aussi, sur divers cours d’eau. Descendre sur la grève, patauger dans la vase, je connais. Choisir l’angle, la lumière, le cadrage… Mais jamais réussi d’aussi belles photos… C’est ça, l’art.
Seul bémol pour moi : j’aurais préféré des tirages « mat » pour la plupart d’entre elles… Mais il doit y avoir une raison au choix effectué de les faire en « brillant »?

Une dernière, hélas mal « rendue » par mon Iphone, d’autant qu’elle est exposée dans l’escalier qui descend à la cave. Cette fois, c’est à Tanger que les trois ont été prises.

Saisir l’instant, mais aussi magnifier les traces de l’usure et de l’abandon, des coups et des marques, de l’imperfection et de la destruction… Devenir médiateur-e entre le Temps et l’Homme, l’Objet et le Sujet, l’Anéantissement et la Vie… L’oeil de l’Artiste et la Magie des technologies…

Une rivière de pleurs, un bouquet de pure poésie

Je suis encore sous le coup de l’émotion, et ne disserterai point cette nuit sur le spectacle que je viens de voir. La poésie à l’état pur, durant une très grande partie de celui-ci.

Des corps qui dansent, se meuvent lentement avec grâce, jonglent doucement avec des quilles souples, se jouent des lois de l’équilibre sur un trapèze ou sur un fil…

Des images… sobres et flamboyantes à la fois, par moments… poétiques, toujours… Des tableaux vivants, comme cette joueuse de kantele tenant un mouchoir d’une main et embrassant un arbuste de l’autre. Ou encore la traîne plus longue que n’est large la scène, enveloppant littéralement les protagonistes de la jeune femme qui la porte et semble flotter. Des images projetées, filmées sur et dans un aquarium… eau glissant sur le verre derrière lequel se tient un visage, cheveux roux flottant dans l’eau, nuées de bleu et de blanc derrière lesquelles on devine les corps…

Des musiques et des chants qui saisissent et enveloppent les auditeurs/trices… En finois, en arabe, en anglais… J’aurais aimé vous les citer tous, mais je n’en connais qu’un, un de mes airs préférés. Le voici, interprété par Alfred Deller, dont je vous ai déjà parlé sur ce blog. Et encore par Jaroussky. Je vous ai parlé du kantele. Si vous ne connaissez pas cet instrument, et encore moins sa version finnoise, écoutez ceci ou encore cela, ça vous donnera une idée de l’enchantement.

Deux scènes m’ont moins plu, car leur côté « dérision », selon moi, tranchait avec cette harmonie poétique. L’une mettait en scène deux mariés, dont un ours. L’autre, un cadavre que l’on disséquait. Certes, bien jouées. Avec un côté absurde. Certes, j’ai ri parfois à la première. Mais je ne souhaitais pas rire. Et c’est peut-être la force de ce spectacle que de démontrer que l’on préfère parfois pleurer que rire. Un paradoxe soulevé au début, et repris à la fin, comme deux parenthèses dans le cours de notre vie.

Si vous souhaitez voir ce spectacle, courez-y vite ce soir, 25 mai, car c’est le dernier jour… Et je vous déconseille de lire la suite, car cela ôterait de l’effet de surprise et du plaisir de la découverte. Si vous souhaitez en savoir plus, vous pouvez continuer…

Vous attendez peut-être le titre de cette oeuvre si « décoiffante ». Les amateurs de jazz vont reconnaître un titre célèbre, Cry me a River. Qu’elle soit chantée par Julie London ou Ella Fitzgerald. Voici ce qu’en dit Wikipedia (eh oui, même pas honte de vous citer cette source!)

« Cette chanson d’amour est composée dans le style de la musique western nostalgique Rivière sans retour, de Marilyn Monroe5 de 1954. Arthur Hamilton écrit et compose cette ballade jazz-blues, à l’origine, pour Ella Fitzgerald, pour la musique du film La Peau d’un autre, de 1955, mais elle n’est finalement pas retenue6.

La jeune actrice-chanteuse inconnue Julie London devient alors une célébrité américaine internationale7 en enregistrant ce premier single de sa carrière, accompagnée de deux instruments de musique, Barney Kessel à la guitare électrique, et Ray Leatherwood (en) à la contrebasse8, pour la musique du film La Blonde et moi de la Twentieth Century Fox (1956), où elle joue son propre rôle. Le titre atteint alors la 9e place des ventes du Billboard américain9,10,11.

Ella Fitzgerald l’enregistre finalement à son tour avec succès sur son album Clap Hands, Here Comes Charlie! de 196112.« 

En voyant la photo de Julie London, je n’ai pu m’empêcher de penser à l’une des interprètes sur scène, à la longue chevelure bouclée.

Le thème de cette oeuvre aurait été inspiré par une ancienne tradition de Carélie. J’ignorais jusqu’à cet instant ce qu’était la Carélie. En recherchant sur le net pour écrire cet article, j’ai découvert des points communs entre celle-ci et des régions actuellement en guerre. La Carélie se divise en effet entre la Finlande et… la Russie… ça vous dit quelque chose?

La présentation du spectacle parle de la Karélie finnoise, bien sûr, et des pleureuses de jadis.

« En 2007, Sanja Kosonen participe à un stage de « pleurs chantés » en Finlande, organisé par quelques chanteuses contemporaines qui font revivre et réinventent la tradition oubliée des pleureuses de Carélie. Ces chants improvisés se pratiquaient seule dans la forêt ou collectivement lors de rites de passages.« 

Le dépliant distribué au public avant l’entrée présente, lui, les références mythologiques, au nombre de 6. Cinq d’entre elles réfèrent à la Finlande. La sixième provient d’Amérique latine.

Je ne l’avais pas lu avant le spectacle, qu’il éclaire différemment. Aurais-je dû? Je ne crois pas, car je préfère me laisser porter et emporter par les émotions que « comprendre » ce que je vois et entends… Pas vous?

Sanja Kosonen est à la fois auteure et interprète de ce « cirque de lamentation » (pour reprendre l’expression utilisée dans la communication autour de l’oeuvre). C’est elle que l’on voit s’envoler sur le trapèze ou flotter dans l’air, sur un fil…

Image empruntée au Journal La Terrasse

Pour finir, deux photos de la troupe. La première est ratée, mais je l’ai laissée car elle permet de voir l’une des « images projetées » dont je parlais et le dispositif pour ce faire (à gauche).

Un détail : ce ne sont pas les costumes de scène qui sont portés ici, car les interprètes finissent nu-e-s, et sont donc allé-e-s se rhabiller pour venir saluer le public puis discuter avec lui au bar du théâtre Le Monfort (j’avais oublié le lieu!!!).

Au centre, Sanja Kosonen

Pour terminer, j’ai eu envie de partager avec vous une partie du poème de Renée Vivien, La Pleureuse.

Vers le soir, quand décroît l’odeur des ancolies
Et quand la luciole illumine les prés,
Elle s’étend parmi les morts qu’elle a pleurés,
Parmi les rois sanglants et les vierges pâlies.

Sous les cyprès qui semblent des flambeaux éteints,
Elle vient partager leur couche désirable,
Et l’ombre sans regrets des sépulcres l’accable
De sanglots oubliés et de désirs atteints.

Elle y vient prolonger son rêve solitaire,
Ivre de vénustés et de vagues chaleurs,
Et sentir, le visage enfiévré par les fleurs,
D’anciennes voluptés sommeiller dans la terre.

En quête de l’éclipse de Lune

Hélas pas de moi… Une éclipse en 2017. © Getty – John Finney photography

5 heures du matin… Je me lève et me précipite vers la fenêtre de ma chambre… Où est la lune? Ah! la voici… Et là, surprise ô combien agréable. L’éclipse a commencé, et elle est bien visible. Je vérifie sur le net. Elle est prévue comme entière à 5 h 29.
Mais la lune ne va pas tarder à disparaître derrière les arbres. Vite, je m’habille, saute dans ma voiture, et monte sur le plateau picard. Et là… plus rien. Aucune lune visible. Le soleil point déjà à l’est.
Tout à coup, un bond auprès de moi… Je me tourne… Et voit dépasser des hautes céréales deux bois se détachant nettement du ciel déjà bien clair à l’est. Deux yeux me regardent avec curiosité. Puis l’animal se retourne et s’enfuit en sautant haut dans le champ… Un chevreuil… C’est le deuxième que je rencontre d’aussi près cette semaine. La dernière fois, c’était au Parc de Saint Cloud. Alors que je marchais vite pour ne pas me retrouver enfermée dans l’enceinte du parc, il était là, tout près, dans une clairière, et son regard semblait moqueur. « Ah? tu vas passer la nuit ici, avec moi? » Celui-là ne s’était pas enfui. Il est resté immobile, à quelques mètres de moi. Et j’ai bien regretté de ne pouvoir rester là, tranquillement, en face de lui. Il me fallait courir…

Mais revenons à ce lundi matin. Toujours pas de lune en vue, éclipsée ou non. Les nuages, il faut le dire, sont nombreux à l’horizon. Je reprends donc ma route et décide d’aller sur le versant d’en face. Direction donc le Monument Foch à Doullens. De celui-ci, la vue est imprenable vers l’ouest. Hélas, lorsque j’y arrive, toujours rien… Je monte au sommet, sur le plateau… Mais non, l’astre est décidément bien caché. Ou déjà « couché »? Car, de l’autre côté, le soleil a fait son apparition. Comme en ce moment nous sommes proches de la pleine lune…

C’est donc bien dépitée que je reprends la route. Descente vers le bourg, puis remontée de l’autre côté, en faisant un détour pour me retrouver à nouveau en hauteur. Nouvel arrêt pour scruter l’horizon. Nouvelle déception. Il est 6 heures, il ne me reste plus qu’à rentrer.

Peut-être aurais-je dû rester tranquillement dans ma chambre, et aurais-je pu assister davantage au phénomène?

Mais j’ai été récompensée d’une autre manière. D’abord, par les doigts de rose de la Belle Aurore qui ont teinté le ciel de nuances suaves. Ensuite, par la délicate senteur des roses qui s’épanouissent en ce moment dans la cour. Une merveille, en cette aube fraîche, après la pluie nocturne!

Solution du jeu YSL et l’Art

Vous avez bien joué? Mais je n’ai vu aucune réponse en commentaires… c’est dommage!

Voici donc la solution du jeu, en images bien sûr.

La première, je pense que vous l’avez deviné, est une tenue inspirée de Matisse (1981).

La deuxième ne présentait pas de difficultés, que vous soyez ou non fan de Mondrian, à qui elle rend hommage en 1965.

Le troisième vêtement n’était pas une robe, mais son motif est bien inspiré d’un peintre dont je vous ai montré la tombe dernièrement, dans son magnifique environnement : Braque.

Il y avait un piège dans la photo de la robe suivante. Le tableau que l’on voyait derrière est de Magnelli. Il fallait regarder de l’autre côté – ce que bien sûr vous ne pouviez pas faire! – pour voir celui de Sonia Delaunay…

Matisse, Mondrian, Braque, Delaunay… Qui sont les autres artistes ? J’y arrive…

La cinquième tenue n’évoquait peut-être rien d’autre pour vous qu’un ensemble de formes géométriques colorées. Pas faux. Mais il fallait les attribuer à l’Américano-Libanaise qui était à la fois poète, écrivaine et artiste visuelle, et qui a disparu en novembre dernier : Etel Adnan.

La suivante est présentée comme si l’oeuvre du grand couturier était influencée par celle d’un peintre et sculpteur américain, Ellsworth Kelly. L’explication jointe est claire : rien n’a été prouvé. Mais les deux artistes sont bien reliés par la présentation qui est faite de leurs oeuvres.

Les adeptes de Tom Wesselmann auront aisément reconnu son style et les traits érotiques de certaines de ses oeuvres.

Enfin, il était difficile de reconnaître Picasso dans la superbe robe longue bicolore (si l’on peut dire… le noir est-il une couleur?)…

Adnan, Kelly, Wessermann et Picasso… tel était le quartet gagnant pour cette série. J’espère que vous vous êtes bien amusé-e ?