Les Marches, un ancien « routiers » au coeur du 16ème

Le nom de ce restaurant vous évoque peut-être quelque chose, car je l’ai déjà évoqué dans un article de ce blog, concernant la visite des environs du Musée d’Art Moderne à Paris, et en particulier la rue de la Manutention, dont le nom m’avait interpelée. C’est ainsi que j’ai compris la présence de ce « routiers » en plein coeur de Paris… Naguère c’était un quartier militaire d’un côté, d’entreprises de l’autre… J’étais alors passée devant, mais il était fermé, et je m’étais juré d’aller en goûter la cuisine.

Source : sobarnes.com

A la sortie de l’exposition Sarah Moon – dont je traiterai bientôt -, j’ai appelé le restaurant pour réserver une table. Une charmante voix masculine m’a répondu qu’il était plein ce soir-là. Au regard de mon insistance, la voix m’a proposé de venir à tout hasard vers 20h. Comme la ténacité fait partie de mes défauts (et de mes qualités?), j’y suis allée, malgré une pluie battante. A l’arrivée, même réponse « c’est plein ». Nouvelle insistance, et promesse de ne pas rester longtemps.
Et j’ai obtenu gain de cause, pour ma plus grande joie.

La salle a tout pour plaire aux nostalgiques des routiers d’autrefois, depuis les nappes à carreaux rouges et blancs jusqu’aux affiches sur les murs, qui font revivre les grands routiers et brasseries de jadis.

Le personnel s’est montré vraiment adorable. Cette jeune équipe, sous la vigilance du chef de rang tout aussi jeune, est très « pro » et aimable.

Côté nourriture, je me suis régalée avec des quenelles de brochet d’une telle taille – et en binôme! – que je n’ai pu en venir à bout. Mon convive, lui a opté pour du canard à l’orange, très bon également. Le tout avec une carafe d’un petit vin de terroir gouleyant au possible… Bref, un repas hors du temps qui réchauffe par les temps qui courent… Et la Voix n’avait pas menti : le restaurant était bondé, en ces moments où beaucoup d’autres pleurent le client…

Une adresse donc à essayer si vous allez faire un tour du côté du Trocadéro ou du MAM… Les Marches, « Bistro parisien », 5 rue de la Manutention. Pour ma part, je me suis promis d’y retourner et de le faire découvrir à mes ami-e-s…

Série « Reflets et transparences » : exposition Man Ray et la mode

L’exploitation de vitrines ou de cadres qui ne sont pas anti-reflets provoque souvent des désastres pour les photographes amateures telles que moi… Mais j’ai choisi de m’en gausser et de publier certains de ces échecs, parce que je les trouve intéressants… Dites-moi en commentaire si vous appréciez ou non?

Man Ray avait délibérément photographier l’ombre de la personne, donnant de la profondeur à cette oeuvre sublime. Mais la silhouette que vous percevez à droite n’a rien à voir avec celle-ci… hasard de l’instant, comme la lumière malencontreusement reflétée…

Dans la photo suivante, même scénario, mais cette fois ce sont les tableaux situés sur le mur d’en face qui apparaissent…

J’ai par contre délibérément choisi de faire les deux photos qui suivent, car je trouve que cela produit un effet intéressant…

Enfin, pour terminer, une déclinaison de reflets et de transparences… qui reflète le début de l’exposition…

Pourquoi ce nouveau signet ?

Il se trouve que je fais des photographies depuis très longtemps. J’ai en ma possession par exemple des centaines de diapositives du Maroc, tout autant de Guinée, sans compter des « reportages » personnels ou des « essais qualifiés d’artistiques »…

Dans les articles de ce blog, j’ai glissé des photos plus ou moins réussies, voire totalement ratées, qui illustrent mes propos.
Mais j’ai envie désormais de vous faire partager mes essais sous forme souvent d’éclats de rire ou d’espoirs d’avoir un peu de fibre artistique… Soyez indulgent-e-s… et amusez-vous avec moi!

Pour faciliter leur compréhension, je classerai ici les photographies par grandes thématiques. Par exemple, depuis quelques temps, j’en ai deux en « fil rouge » : « Reflets » et « Terrasses »…

Pour l’instant, mes photos ne sont pas travaillées… Je suis cependant tentée d’aller vers le noir et blanc… Affaire à suivre…

Man Ray au Luxembourg

Il faut avoir le courage de faire la queue en plein vent, sans soleil possible, pour entrer au Musée du Luxembourg, qui n’a visiblement pas vraiment réussi à organiser les files anticorona… Cela en vaut-il la peine? Je ne sais pas… Pour une fois, un avis assez mitigé…

Certes, il y a les magnifiques tirages du célèbre photographe, que l’on a plaisir à voir ou à revoir…

J’ai pour ce qui me concerne aussi beaucoup apprécié de (re) découvrir les magazines de mode et d’observer leur évolution entre le début du XXème siècle et les années 30-40 (je n’en place pas en photos, car elles sont toutes ratées pour cause de vitrines non anti-reflet… d’ailleurs vous retrouverez des photos de l’exposition dans la partie « plaisirs de la photo », série « Reflets »).

Et de percevoir la créativité du photographe qui s’amuse à superposer par exemple…

Le résultat…
Une des originales…

Un point amusant : la brouette capitonnée de rouge, qui servait de support aux mannequins et belles dames pour les photographies…

J’ai aussi apprécié certains bustes de cire, pour le moins suggestifs…

Cette « suggestivité » (toujours mon vilain goût pour les néologismes!), on la retrouve bien sûr dans certaines photographies, telles que celle-ci.

Et plus que suggestives, deux photographies du fondateur de la Maison Worth dans le plus simple appareil. Pour ne pas vous choquer, je n’ai gardé ici que la photo de dos…

Quant à la mode, elle est représentée par quelques robes de grands couturiers, mais qui semblent plutôt fades…

… à une exception près, avec ce superbe décolleté…

Le titre de l’exposition m’a questionnée… Un peu simpliste, dans la mesure où il a rattaché à la mode différents aspects des choix de l’artiste et des évolutions sociétales. Pour n’en citer que quelques-uns : le rapport aux grandes maisons de couture (Worth, Chanel, etc.); la mise en scène des mannequins de profession (mais aussi de ses amies…); la présentation de quelques modèles, plutôt tristounette dans l’ensemble; l’évolution des magazines de mode, mettant en relief par exemple les conseils donnés aux dames de la haute société pour s’habiller en fonction des saisons et des circonstances… et j’en oublie… parfois le lien est bien mince.

Un autre regret, bien que je reconnaisse que ce n’est pas l’objet de l’exposition : le manque d’explications techniques, permettant d’apprécier l’art du photographe.

Un plaisir des yeux cependant, que quelques-uns des chefs d’oeuvre de Man Ray… Résultat : avis positif, finalement!

Ma préférée…

Chants corses à Saint Louis en l’Ile

En ce sinistre dimanche de septembre, où Paris respire tellement bien qu’elle est pratiquement vidée de tous ses passant-e-s, sous un ciel de plomb, entre deux averses et parcourue par une bise glacée, l’idée d’aller voir un concert a été partagée par un certain nombre de personnes, à en juger par la quantité de spectateurs/trices en l’église Saint Louis… J’étais de ce nombre, pour entendre l’ensemble Sarocchi que je ne connaissais que de nom.

Et je n’ai pas été déçue.

Une très grande variété, telle est l’expression qui me vient en tête en revivant ce concert.

Bien sûr, de la polyphonie. Chants sacrés, mais aussi chants profanes. J’ai particulièrement apprécié l’Ave Maris Stella pour les premiers… tout en appréciant l’Introït, le Kyrie Eleison, etc. Et j’en ai profité pour apprendre ce que sont les paghjelle. En voici une présentation sur un site qui répertorie 300 textes de paghjelle…

« La paghjella est une des formes du chant polyphonique traditionnel. C’est le chant de fête par excellence car on l’entonne durant toutes les manifestations festives (fêtes patronales, banquets, noces etc.) Ne pas confondre la paghjella avec d’autres formes de polyphonies qui s’en inspirent dans le style de chant comme les « Terzetti » ou « Terzine » (tercets hendécasyllabiques le plus souvent rédigés en toscan), les « madricali » (chants d’amour à métrique libre en toscan également) et surtout le chant religieux tiré de la liturgie romaine, la plupart du temps en latin parfois appelé « messa in paghjella » (messe en paghjella).
Il s’agit d’une poésie profane composée d’un sixtain d’octosyllabes, certains pensent qu’il s’agit plutôt de 3 vers de seize pieds. »

Mais aussi, des chants traditionnels ou plus « modernes »… Un sacré voyage dans les montagnes corses fleurant bon le thym sauvage… L’Alcudina du sud de la Corse, particulièrement… « L’enclume »… dont je connais surtout Bavella comme beaucoup de « continentaux »… ou les églises des villages, quand un prêtre dénonçait un vol d’instrument agraire en chantant… Ou encore dans les auberges, quand une aubergiste vilipendait l’arrivée du train qui menaçait son activité d’accueil des muletiers dont les chemins se croisaient à sa porte… Vous trouverez les paroles de A canzona di u trenu sur ce site, qui répertorie de nombreuses paroles de chansons traditionnelles. Le violon jadis présent dans le groupe a été remplacé par la contrebasse qui a eu bien du mal à essayer d’imiter le sifflet du train, pour la plus grande joie du public!

Une autre forme musicale typique : le lamento. Celui du berger, U lamentu di u pastore, interprété en solo par un jeune chanteur du groupe, Ghjuvan Petru Pieve. Ou encore celui du bandit d’honneur Ghjuan Camellu Nicolai, assassiné à 25 ans, dont j’ai trouvé une version datant de plus de cinquante ans ici.

« Je suis devenu bandit,

Un bandit à la fleur de l’âge,

Parce que le destin maudit

A frappé mon frère au village… »

Ecouter tout un concert de polyphonie est parfois un peu difficile… Mais permet d’en saisir toutes les facettes. La variété des pièces est un pari un peu risqué. Que j’ai trouvé pour ma part gagné. Car le public était conquis, comme je l’ai été. Les instruments aussi m’ont surprise.

La cetera était accompagnée d’instruments « classiques », mais aussi à un moment donné d’un instrument indien, shruti box…

Shruti box

Une autre originalité du groupe, dont les membres sont au nombre de 4, alors qu’habituellement une polyphonie corse concerne trois voix… (pour les membres du groupe, voir ici).

Démonstration du jeu de mora, en plein concert!

Et bravo au groupe, et à son fondateur qui a réussi ce pari, de faire rire avec le jeu de la mora, ou pleurer d’émotion à l’écoute de certains morceaux… jusqu’à l’hymne final, réunissant le public et les musiciens…

Quand Gorbio rime… et rythme avec flamenco…

L’an dernier, Michel Isnard, maire de Gorbio, annonçait sa décision de se retirer… et ses craintes de voir disparaître le festival flamenco qu’il organisait chaque année avec la complicité amicale d’Isabelle. Moi qui aimais ces soirées, j’ai donc pensé qu’elles allaient disparaître, comme avaient disparu avant elles les festivals Tahiti et Afrique organisées aussi dans ce petit village perché au-dessus de Menton, si discret mais si vivant.

Heureuse surprise que de découvrir sur le site de la bourgade qu’un 19ème festival allait avoir lieu cette année. Vite, inscription… et, le soir dit, arrivée précoce sur le site, de manière à trouver une place de parking, ce qui n’est pas une mince affaire là-haut! En descendant du parking, nous voyons que notre repas se prépare… ça sent bon la paëlla!

Cuisson sur place de la paëlla, toujours aussi bonne!

Et puis le plaisir d’aller retrouver le personnel des Terrasses et leurs habitué-e-s, pour un apéritif sur la place. Toujours aussi sympathique.

Le bar restaurant Les Terrasses, sur la place de Gorbio


Et la vue sur l’orme vétuste est toujours aussi belle…

L’orme, et des volets en trompe-l’oeil…

La table voisine, au café, était occupée par trois personnes fort sympathiques… A notre plus grande joie, nous les retrouvons placées à la même table que nous… 6 plus trois égal 9, nous respectons donc bien la règle actuelle du « 10 au plus »…

Deux jours plus tard, nous nous retrouverons, cette fois à une table proche de la scène, sur invitation de l’ancien maire en personne, qui nous a fait la gentillesse de nous la réserver…

Le spectacle commence par la musique et les chants, comme toujours. J’apprécie toujours autant les voix extraordinaires des trois chanteurs, soutenues par les guitares et percussions. J’aime particulièrement celle de Jesus de La Manuela, qui me fait toujours autant vibrer (surtout lors des messes gitanes!), alors que d’autres lui préfère la puissance de celle d’Emilio Cortes ou la force étonnante (et détonnante si j’ose) de Cristo Cortes.

La plus jeune des danseuses entre en scène la première… Sa virtuosité ne fait pas de doute, bien que je la trouve un peu « froide » et « technique ».

Céline Daussan

Ce qui m’a toujours frappée dans ces spectacles, c’est la connivence manifeste des artistes entre eux, allant parfois jusqu’à la manifestation de soutien et d’admiration.

Après elle, ce sont deux jeunes danseurs qui se succèdent, avec deux styles très différents. J’avoue avoir un faible réel pour le second, Lucas del Luco.

Lucas del Luco

Puis vient le tour de Lisa Carmen, dans une sublime robe telle qu’on les imagine en pensant « flamenco ». Rien à faire, je préfère nettement ce style à la robe courte avec tablier des premières danses…

Lisa Carmen

Elle évolue, joue avec les volants, avec le châle, et se révèle d’une souplesse remarquable…

Puis arrive le tour de celle qui m’enchante depuis plusieurs saisons. J’admire sans vergogne son magnifique visage à la beauté pure et sérieuse.

Un autre des stéréotypes du flamenco me réjouit : la danse subtile des mains et des doigts… Elle en possède tout l’art…

Pas besoin de chichis, de recherche de virtuosité extrême, d’esbrouffe… Toute la force de la retenue, de la violence contenue, de la passion réservée donne cette puissance attendue du flamenco, pour ce qui me concerne.

Avec le chanteur Cristo Cortes

Une finale en apothéose pour cette troisième soirée de festival, avec l’ensemble des danseurs/euses… puis les personnes qui sont à l’origine de ces soirées bonheur…

Nous saluons avec révérence Luis de Almeiria, et prenons grand plaisir à constater qu’Isabelle Cortes n’a pas perdu de son dynamisme, et n’a besoin ni de robe extraordinaire ni de talons pour danser à merveille…

Michel Isnard et Luis de Almeria
Luis de Almeria et Isabelle Cortes

Michel Isnard prend ensuite la parole, pour un « adieu » au public – il passe la main pour la suite des festivals – et un vibrant message d’amour…

Bien sûr, les deux maires qui se sont succédés n’ont pas manqué de souligner que, sans la force, le courage et le dynamisme des nombreux/euses bénévoles, rien ne serait possible. Et ce sont elles et eux qui envahissent la scène en fin de soirée pour un défoulement bien mérité avec le nouvel élu, Paul Couffet, qui visiblement ne manque pas de tonus.

La soirée se termine donc dans une belle ambiance, et nous saluons les organisateurs et nos trois voisins de table, que nous espérons revoir…

C’est alors une petite balade nocturne pour faire découvrir le vieux village à mon hôte.

Montée et descente des rues pavées et souvent couvertes, pour arriver devant l’église Saint Barthélémy (1683) à la façade toute en trompe-l’oeil.

Au passage, des portes attestent de l’ancienneté des édifices…

Soulages au bagne…

Une nouvelle salle d’exposition à Nice : le bagne a été rénové, et propose un espace réduit et sombre, certes, mais propice à l’intimité de la découverte artistique.

C’est lui qui accueille cette année une exposition dédiée à Soulages, qui, pour moi, faisait écho à celle que j’avais vue au Louvre cet hiver. Très différente pourtant, tant pas le contenant que par le contenu.

Autant au Louvre les vastes et hautes salles accueillaient des tableaux aux dimensions exceptionnelles, autant celle-ci concerne certes quelques peintures – de moindre taille – mais surtout les autres techniques explorées et exploitées par le peintre, ainsi que son univers artistique.

Le bagne et la Tour de l’Horloge, au Port de Nice

Elle s’ouvre sur un dialogue entre la peinture de Soulages et l’écriture de Léopold Sédar Senghor.

Les débuts de l’Outrenoir sont évoqués dans la première salle, qui abrite des peintures.

Puis on passe dans une petite « chambrée » encore plus contingentée que le reste de l’édifice…

Celle-ci abrite un ensemble d’oeuvres picturales et sculpturales qui ont pour objectif annoncé de restituer l’environnement artistique de Soulages. Picasso et Miro y côtoient des statues africaines…

… et Victor Hugo rencontre la statue-menhir de la Verrière…

Burg, Victor Hugo
Statue-menhir de La Verrière (Aveyron)

La visite côté bagne s’achève sur une nouvelle série de peintures de Soulages, noir et brou de noix dominants. Il faut alors sortir sur le port, pour gagner la Tour de l’Horloge toute proche, monter deux étages et entrer dans ce bâtiment dont les fenêtres ont été occultées. Vous ne verrez pas beaucoup de photos de cette seconde partie de l’exposition, car la lumière faible n’a pas permis de réussir autre chose que des flous (non artistiques!) dans la plupart des cas…

La première salle est consacrée essentiellement à des lithogravures et eaux fortes.

On y voit aussi une affiche consacrée aux jeux olympiques de Münich, pour laquelle le peintre avait été pressenti. Au centre, une vitrine présente presque pêle-mêle des objets et des ouvrages… J’ai tenté d’en saisir la logique… Apparemment, ils auraient été rassemblés autour de la thématique « couleurs ». On y trouve par exemple la palette de Chagall.

Salle suivante, nouvel assemblage assez hétéroclite…

Une partie de la salle présente les « élégies », accompagnées d’une oeuvre de Soulages, de textes de Léopold Sédar Senghor, avec mise en écho de tableaux d’autres peintres.

Elégie de Carthage, illustrée par Soulages
La collection des Elégies illustrées

Un des murs est consacré à des photographies de détails d’oeuvres, prises par deux artistes.

Une vitrine au centre de la pièce présente un aspect moins connu de l’artiste : ses critiques d’oeuvres d’autres époques et d’autres auteur-e-s.

Sur une table, près de la sortie, quelques-uns des « instruments » du peintre.

Il est temps de regagner la pleine lumière et le soleil méditerranéen, non sans un dernier regard sur l’oeuvre qui clôt l’exposition, en un sublime jeu d’ombres et de lumières si spécifique à Soulages…

Quand on m’a demandé ce que je pensais de cette exposition, mes premières réponses étaient enthousiastes. Découverte d’un nouveau lieu, plaisir de regarder tranquillement des oeuvres parfois moins connues, résonances avec l’Afrique… Toutefois un certain questionnement, qui perdure… Pourquoi n’avoir pas cherché à être plus explicite, et à permettre aux visiteur-e-s de mieux comprendre les choix et la logique des pièces exposées? Cela reste néanmoins une belle collection d’oeuvres à apprécier sereinement…

Balade au Parc d’Estienne d’Orves. Séquence 4 et ultime

Il est temps de redescendre des sommets d’où la vue est si belle, à l’est comme à l’ouest, au nord comme au sud…

Mais en passant, nous accroissons ou rafraîchissons nos maigres connaissances en géologie… Comme je l’ai dit, l’eau est omniprésente sur le site. Sous forme de sources, de citernes, de canalisations, de fontaines… Mais aussi parce qu’elle est préservée par les propriétés du sol, constitué de « pudding »… euh non, pas le délice anglais… de « poudingue ». Etes-vous prêt à remonter entre 2,5 et 5 millions d’années ? Oui, au Pliocène, bravo! A cette époque, la mer couvrait ce qui est maintenant le Plan du Var, et dans son estuaire, au pied de la toute jeunette chaîne des Alpes, charriait sable et galets. Ce sont ces derniers qui, en se « cimentant », ont constitué le poudingue que l’on peut observer jusqu’au sommet du Parc.

Le poudingue (source)

Sa porosité permet la rétention de l’eau, qui ainsi favorise la végétation.

Croisement du chemin d’Apraxine, abandon du raccourci d’Augustin (le jeune) au profit des larges lacets de la route goudronnée qui nous ramène à la villa dont j’avais promis de vous parler précédemment, car nous en avions vu un aspect à la montée… C’est la Villa Vicina, qui servait d’atelier à Félicie d’Estienne d’Orves, peintre impressionniste. J’ai cherché en vain ses oeuvres sur le net, elle est effacée par une autre Félicie, artiste connue actuellement. Peut-être a-t-elle fréquenté Renoir, qui s’adonnait à l’art non loin de là?

La Villa est fermée, mais le guide nous parle d’un intérieur aux peintures bien conservées. L’extérieur, lui, l’est moins.

La Villa Vicina

Et l’on se demande pourquoi le bassin est emprisonné…

Il ne reste qu’à remercier notre guide, et une dernière fois nous remémorer tout ce que nous avons appris pour répondre à son petit quizz oral… Une autre promenade avec lui est prévue la semaine prochaine, au Paradou…

Balade au Parc d’Estienne d’Orves. Séquence 3 : au sommet

Après la présentation des acteurs et la montée, voici le troisième volet de cette aventure dans un parc niçois… Le petit groupe est arrivé, suant et transpirant, sur le plateau sommital, et y découvre une belle yeuseraie. Petit arrêt pour écouter l’histoire d’un jeune couple à la Roméo et Juliette… Seule différence, dans celle-ci c’est le père de la jeune fille qui les tue tous les deux. Résultat : une anastomose.

Comment? Vous ne savez pas de quoi il s’agit? Eh bien vous n’êtes pas les seul-e-s… moi non plus. Personne dans le groupe, d’ailleurs… En voici les conséquences en image.

Anastomose expliquée par la légende

Comme vous le voyez, les deux branches se sont rejointes et n’en forment plus qu’une. D’où la légende… Et, pendant que nous y sommes à enrichir le vocabulaire, sachez, si vous l’ignorez, que le même phénomène, sous terre, est désigné par le terme d’anamorphose…

Après les pins d’Alep et l’yeuseraie, une superbe oliveraie, qui a été initiée par Augustin (le vieux). 450 oliviers au total. Ce sont des cailletiers, qui produisent ces olives ovoïdales si particulières qui sont la spécialité de Nice.

Nouvel arrêt, pour cette fois découvrir que La Fontaine a bien raconté n’importe quoi en médisant des cigales, qui cymbalisent autour de nous. Des petits trous dans le sol attestent de la sortie de terre de ces insectes pour leur reproduction unique précédant leur mort.

L’entrée des artistes

Les oeufs sont placés dans des brins d’herbacées. Puis les petites larves descendent dans le sol et vont s’y développer pendant 7 ans, nous explique Antoine, avant d’en ressortir lorsque l’hygrométrie et la température (28 degrés) sont à leur goût. Elles muent alors, ce dont témoignent les nombreuses mues restées sur place, dont voici quelques exemples.

Une étrange procession de fantômes
Mue sur tronc
Mise en scène

Regardez les pattes de devant et leur forme étrange. Elles ont servi pendant des années à ramener l’urine sur la terre enlevée pour faire les galeries souterraines, et la mélanger à celle-ci afin de la transformer en une sorte de « ciment » pour les consolider.

Nous poursuivons la randonnée à travers le plateau et découvrons le chemin par lequel le comte Apraxine venait rejoindre son compère. Puis nouvel arrêt botanique, pour admirer un beau micocoulier, dont Antoine explique avec ferveur qu’il fait partie de notre culture. Prévert a d’ailleurs écrit un beau poème autour de lui, dans Arbres.

C’est son bois qui était souvent utilisé pour faire des fourches. Les enfants aimaient à en cueillir les petits fruits sombres pour s’en régaler malgré leur goût un peu amer…. Enfin, nous apprenons qu’une liqueur en était tirée, pour être distribuée à l’office du soir de Noël : le Sauve-Chrétien.

Celtis Australis ou Micocoulier

Au fait, dans le précédent article, j’ai oublié de vous signaler une autre gourmandise tirée d’un arbre : l’espèce de Nutella que l’on peut faire avec la pâte contenue dans les caroubes… Essayez!

Un peu plus loin je reçois enfin la réponse à une question posée au début de la promenade, intriguée que j’étais par de grandes tiges sans feuilles. Les feuilles, les voici. Souvenez-vous de l’architecture gréco-romaine et des hauts de colonne de certaines de nos églises…

Feuille d’acanthe… au naturel!

Mais les tiges et fleurs, elles, sont bien plus loin. Pourquoi? Les graines « explosent » littéralement et sont projetées loin de la plante d’origine, ce qui explique cette étonnante dispersion.

Vous voyez les fleurs tout au loin?

Nous poursuivons la balade sylvestre jusqu’au sommet où nous avons la désagréable surprise de découvrir… des immeubles modernes! Une partie de la propriété a en effet été revendue et a donné lieu à un gros projet immobilier. Ce qui fait se côtoyer les traces de restanques et le chemin bordé de roquette avec ces monstres colorés et un grillage affreux.

Roquette

Ici autrefois on cultivait en particulier les célèbres oeillets qui étaient stockés dans des étages de villas au plafond bas et aux petites fenêtres toujours ouvertes, avant d’être emballés dans des malles en osier et transportées vers les pays lointains (Angleterre, Russie…).

Une métairie était implantée là, dont subsiste un bâtiment qui se dégrade malheureusement.

Villa La Conque

Une fontaine permet de se rafraîchir et de remplir les gourdes, tout en profitant d’une vue superbe sur la Grande Bleue et le phare de Nice, avant d’entamer la redescente (séquence suivante!)…

Balade au Parc d’Estienne d’Orves. Séquence 2 : de l’orangeraie au Plateau sommital

Un petit mot d’abord pour spécifier l’existence d’un parking gratuit en bas du parc. Eh oui! Dans cette ville où la gratuité du stationnement relève de l’improbable, cela est à souligner. Le rendez-vous avait donc été donné, par le responsable de l’animation, sur ce parking, d’où l’accès est direct sur l’entrée du parc, derrière le lycée Honoré d’Estienne d’Orves.

Celui-ci a été construit à l’emplacement de l’orangeraie du Domaine. Attention ! Ne faites pas comme la Parisienne (d’occasion) que je suis : l’orangeraie n’est pas un édifice tel que celui des Tuileries ou de Versailles. Il s’agissait d’une orangeraie, lieu où l’on plante des orangers et récolte des oranges. A vrai dire, au sens plus large, des agrumes, car dans cette région c’est davantage les citrons qui avaient et ont toujours la cote… Et pas seulement pour le Limoncello!

Villa Sorguebelle

A l’entrée du Parc, la Villa Sorguebelle (Belle Source) porte bien son nom, car juste en-dessous se situe un ancien lavoir et une très belle noria. D’après les informations disponibles, elle daterait de 1740 et aurait été utilisée pour le stockage des agrumes. Logique, car proche de l’orangeraie!

L’ancien lavoir

Je connais bien les norias, pour en avoir vu de nombreuses au Maroc jadis. Mais j’ignorais le nom qu’on donne à celles qui fonctionne à l’énergie animale ou humaine, ce qui était le cas de celle-ci : « noria à sang », comme celle qui a été trouvée au Parc de la Jarre à Marseille.

Une noria bien conservée

Ces éléments appartenaient aux jardins de l’Evêché tout proche autrefois, désormais disparus. Subsistent aussi des restes d’escalier en colimaçon.

Cette partie des jardins a été préservée, et est en cours de restauration, ce qui explique la mauvaise qualité des photographies, prises à contrejour car il est interdit de pénétrer dans l’enceinte… Mais j’y retournerai…

La montée commence doucement, jusqu’au premier lacet marqué par un eucalyptus superbe, d’une taille exceptionnelle. Sachant combien cette essence est réputée dangereuse quand elle atteint une certaine taille (un de mes amis est mort écrasé dans sa tente par un eucalyptus), je m’enquiers auprès du guide de l’explication de sa longévité. D’autant plus qu’il est tout proche du lycée.

Les eucalyptus ont besoin d’eau pour conforter leurs racines. Or il se trouve à cet endroit d’anciennes canalisations qui dateraient de l’époque romaine, et qui, percées, auraient facilité l’approvisionnement en eau de l’arbre… Alliance de la nature et de la culture?

Je ne retiens rien, mais j’aime découvrir. Notez que, plus la mémoire est faible, plus on a l’impression de toujours découvrir… rires…

Au pied de l’eucalyptus, des massifs d’une plante grasse, sorte de palmier nain, dont le guide nous parle longuement. Le « chamaerops humilis ». Attention, « humilis » ne signifie pas qu’on doit l’humilier… Non, simplement qu’il est « à terre » (vous connaissez l’humus?). Et il a une particularité : il est le seul représentant de son espèce. Pas d’autre « chamaerops ». Vous pensez bien qu’il est protégé! Ah si! le « chamerops ». Mais ce n’est pas une plante, c’est un jour de Floréal dans le calendrier républicain, le 14ème pour être précise. Comme quoi, il était déjà connu à cette époque… Ce sont les renards qui en assurent la reproduction.

Grenadier et chamerops humilis

Chemin faisant, je ne puis m’empêcher de tenter des photos pseudo-artistiques des végétaux rencontrés…

Nous continuons à monter tranquillement, jusqu’au moment où notre mentor nous fait emprunter « le raccourci d’Augustin » (attention, pas Augustin 1 mais son petit-fils… L’autre devait être trop vieux pour grimper ce chemin escarpé!!!). L’idée est de nous faire souffrir, c’est sûr, mais aussi de nous montrer des caroubiers… pour nous emmener jusqu’aux diamants. Connaissez-vous le point commun entre l’arbre et le diamant???

Une caroube

La cosse d’un caroubier, la caroube, contient toujours exactement le même poids de graines… et ce poids, c’est le « carat ». Il fallait le deviner!!! Vous connaissez ce poids? 0,2 grammes…

Nous continuons à grimper jusqu’à la plateforme sommitale, dont je vous parlerai bientôt, comme de la villa longée en montant, et où nous nous arrêtames plus longuement au retour…