Une infinie palette de bleus

Suite au commentaire fait par un des fidèles lecteurs de ce blog, je suis allée re-voir les peintures de Rothko. J’avoue ne jamais avoir observé combien cet artiste avait décliné une infinité de bleus, allant du gris-bleu très pâle, presque blanc, au bleu violet qui évoque une des épithètes homériques qui associait la mer au « vin », voire à la vinasse… Car les Anciens Grecs ne « voyaient » pas la mer « bleue », ce qui est un comble pour nous, actuels Européens, qui associons la Méditerranée à cette couleur.

« … dans les épopées homériques, la mer n’est pas bleue. Le grand large est semblable au vin (οἶνοψ) ou à la violette (ἰοειδής) ; ses flots sont tour à tour empourprés (πορφύρεος), noirs ou sombres (μέλας, κελαινός) ; le rivage et le flot agité d’écume blanchissent et deviennent gris (πολιός). Ce n’est que dans un poème de Bacchylide, à la fin de l’époque archaïque, que vient s’ajouter à cette riche palette une couleur « d’un bleu sombre et profond » (κυάνεος). On pourrait s’étonner d’un tel chatoiement de la mer, et surtout de l’absence, au départ, de la couleur que nous lui associons immédiatement : le bleu. »

Cela avait particulièrement frappé l’adolescente que j’étais lorsqu’elle avait découvert ce qui lui semblait une aberration… Depuis, j’ai cherché à comprendre cet écart, bien évidemment. Quelques explications ont été apportées par les linguistes ou autres experts. L’une d’entre elle interroge bien sûr le visuel.

« Alain Christol a cherché à résoudre les incohérences apparentes du lexique homérique, en centrant notamment son attention sur la coloration « violette » ou « lie-de-vin » attribuée au flot marin5. Son analyse lexicale l’amène à formuler la conclusion suivante : les adjectifs ἰοειδής et οἶνοψ renvoient tous deux à une nuance de bleu violacé. L’enquête philologique tend donc à estomper les différences entre la sensibilité grecque et la sensibilité moderne, à rapprocher la façon de voir des Hellènes de la nôtre, en retrouvant une mer éternellement bleue.« 

Une autre hypothèse explicative renvoie à des aspects émotionnels, psychologiques. Ainsi que les yeux « pers » (glaukopis) d’Athéna, la couleur bleu pâle peut faire peur, comme la couleur sombre, « vineuse » de la mer…

« Il s’agit d’une mer qui luit d’un éclat inquiétant, perçu comme impitoyable. C’est ce que confirme un passage de la Théogonie d’Hésiode, qui explique que se risquer sur la « (mer) grise intraitable/difficile à traverser » (γλαυκὴν δυσπέμφελον) devient pour le paysan une nécessité, lorsque la terre ne lui offre pas des moyens de subsistance suffisants54. Il s’agit alors d’un ultime recours : s’aventurer en terrain aussi hostile comporte une large part de risque. L’accent mis ici sur la couleur bleutée de la mer ne vise donc pas à convoquer l’image agréable d’une crique aux eaux turquoise, mais à suggérer les dangers potentiels que réserve une étendue aux flots pers. »

Si ces questions vous intéressent, je vous renvoie à l’article passionnant dont j’ai extrait ces passages : « La mer pourpre : façons grecques de voir en couleurs. Représentations littéraires du chromatisme marin à l’époque archaïque. »

Comme vous pouvez le constater, je me suis encore laissé « embarquer » (c’est le cas de le dire!) par mes appétences linguistiques et ethno… Mais revenons à Rothko, et à sa palette de bleus. Pas question de vous copier tous les tableaux qui la déclinent. J’ai donc fait un choix parmi les oeuvres dont les reproductions sont autorisées sur le net, à des fins non commerciales (respectons la netiquette!), en regrettant que d’autres que j’ai particulièrement appréciées ne le soient pas…

« Un tableau vit de son entourage, il s’élargit et s’anime dans le regard de l’observateur sensible ». Ces paroles du peintre m’ont interpellée, car je crois en cette interaction. Ce qui rend d’autant plus insupportable le non-accès direct, par la fermeture des Musées… qui n’aurait peut-être pas déplu au peintre :

 » Comme mes tableaux sont grands, colorés et sans cadre, et comme les murs des musées sont habituellement immenses et redoutables, le danger existe que les tableaux se relient aux murs à la manière de zones décoratives. Ce serait une déformation de leur signification, puisque les tableaux sont intimes et intenses, et sont à l’opposé de ce qui est décoratif ; et qu’ils ont été peints à l’échelle de la vie normale plutôt qu’à une échelle institutionnelle.« 

J’avais hésité à prendre certaines photos de la mer, récemment, parce que je me demandais si le rythme ternaire (ciel / mer / côte) ne nuisait pas à l’esthétique. Me voici rassurée!

« Je ne suis pas un artiste abstrait (…) Je ne m’intéresse pas au rapport entre la couleur et la forme et à rien de tel. La seule chose qui m’intéresse, c’est d’exprimer des sentiments humains fondamentaux, la tragédie, l’extase, le destin funèbre et ce genre de choses… »

Le rapport que chacun-e de nous entretient avec certaines couleurs, et en particulier le bleu, m’a toujours questionnée. J’en ai d’ailleurs déjà parlé sur ce blog, à partir de la confusion entretenue par le terme « glas » en breton. Couleur de la mer, tour à tour grise, verte, ou bleue. Moi qui ne sais pas distinguer un bleu d’un vert lorsqu’ils sont proches du « turquoise », comme dans ce tableau qui évoque pour moi les fonds sous-marins…

 » Apollon est peut être le dieu de la sculpture. Mais au fond, il est aussi le dieu de la lumière, et dans l’éclat de splendeur non seulement tout est illuminé, mais à mesure que l’intensité augmente, tout est également balayé. Voici le secret dont je me sers pour contenir le dionysiaque dans un éclat de lumière…« 

Neige facétieuse…

La neige a saisi Paris en ce week-end de janvier, mais à peine apparue, elle s’est effacée… Non sans jouer quelques tours… D’abord, déposer un immense cercueil dans la cour de l’immeuble…

Je me suis précipitée pour saisir des images du « blanc manteau », mais il était déjà trop tard, la pluie l’avait en partie éliminée…

Neither singing in the rain… nor in the snow…

Je vous invite à me suivre dans cette promenade qui m’a conduite du Pont de la Tournelle sur l’Ile Saint Louis, puis celle de la Cité, pour revenir ensuite rive gauche…

Camouflage ?
Déshabillez-moi… Mais non, pas tout de suite, pas si vite…
Ternitude…
Sur la scène, Monsieur du Corbeau…
Mais où sont les spectateurs/trices???
Ah: En voici un au balcon…
Mais il regarde de l’autre côté!
Le Siam grelotte…
Palmier enneigé !

Nuages sur Montmartre et Pigalle…

Un ami lecteur (qui souhaite rester anonyme bien qu’il soit un professeur érudit, un écrivain reconnu et publié, et un photographe exposé en ce moment dans une galerie du Tréport…) m’a adressé en écho à mon dernier article une belle photo prise de sa fenêtre, près de la Place Pigalle… Je la partage avec vous, en espérant que vous m’en enverrez également, avec ou sans l’accord de les publier ici…

Ces merveilleux nuages…

Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis? ton père, ta mère, ta soeur ou ton frère?
– Je n’ai ni père, ni mère, ni soeur, ni frère.
– Tes amis?
-Vous vous servez là d’une parole dont le sens m’est resté jusqu’à ce jour inconnu.
– Ta patrie?
– J’ignore sous quelle latitude elle est située.
– La beauté?
– Je l’aimerais volontiers, déesse et immortelle.
– L’or?
– Je le hais comme vous haïssez Dieu.
– Eh! qu’aimes-tu donc, extraordinaire étranger?
– J’aime les nuages… les nuages qui passent… là-bas… là-bas… les merveilleux nuages!

Baudelaire: Petits poèmes en prose, I (1869)

Je te l’ai dit pour les nuages
Je te l’ai dit pour l’arbre de la mer
Pour chaque vague pour les oiseaux dans les feuilles
Pour les cailloux du bruit

Pour les mains familières
Pour l’œil qui devient visage ou paysage
Et le sommeil lui rend le ciel de sa couleur
Pour toute la nuit bue
Pour la grille des routes
Pour la fenêtre ouverte pour un front découvert
Je te l’ai dit pour tes pensées pour tes paroles
Toute caresse toute confiance se survivent

Paul Eluard

Un navire au loin…

Le dimanche soir arrive. Voici donc plus de trois jours et trois nuits que le navire observé à mon arrivée en bord de Manche est immobile, là-bas, face à la côte. Immobile? Pas vraiment, car visiblement les marées le font « tourner ». Il se présente le plus souvent de profil, mais je l’ai aussi vu de face… Vous l’avez peut-être déjà repéré sur une de mes récentes photographies, montrant le rideau de pluie dans le lointain : il était alors cerné par ce rideau… Le voici maintenant le soir suivant, au couchant…

Et je pense à ses hôtes. Qui sont-ils ou elles? Comment vivent-ils ou elles cette situation absurde : se trouver ancré face à une station balnéaire, tout près de l’entrée d’un port accueillant, et ne pas pouvoir sortir de la carcasse métallique sur ou dans laquelle ils et elles se trouvent? Comment se vit un tel « enfermement » dans la nature, un tel immobilisme contraint?

Au petit matin (1)

Le soleil par moments fait briller la silhouette allongée du navire.

Au petit matin (2)
Au petit matin (3)

Etonnant contraste avec la teinte sombre qu’il semble avoir.

Un peu plus tard…

A d’autres moments, c’est la brume qui joue avec elle. Comme des feux follets qui l’encercleraient… (ne cherchez pas la photo, je l’ai prise, mais elle ne donne rien!!! dommage, c’était à la fois superbe et surprenant).

Il est là, comme un Gulliver attaché, au milieu des flots… Les habitant-e-s du coin disent qu’il attendrait lundi pour entrer au port, afin de ne pas payer les frais d’amarrage. Vrai ou faux? je ne le sais. Mais quelle qu’en soit la raison, c’est triste de penser que des êtres humains sont là, en face, isolés, enfermés, seuls sur la mer, et si proches des autres… Un bel exemple de « distanciation » !

Comme un écho…

Je suis abonnée depuis bien longtemps au blog d’un poète de Nice, Gabriel Grossi. J’admire la constance avec laquelle chaque semaine au moins, et souvent chaque jour, il partage son goût de la langue française et de la poésie. Et, ce matin, je découvre un poème en prose qu’il a écrit récemment. Au-delà de la qualité littéraire, j’apprécie la voix qui résonne comme un écho à un mal-être qui s’étend, et qui, pour certain-e-s comme pour moi, se calme un peu en écoutant et regardant l’eau vivre (une pensée pour l’Eau Vive de Béart…) et en humant l’air marin. Je me permets donc – et je vais l’en prévenir – de publier ici son poème. Juste un point : pour moi, la mer n’est pas « féminine »… mais celles et ceux qui me connaissent bien pouvaient s’en douter!

Mers-les-Bains, 23 janvier 2021

Près de la mer

Lorsqu’il sent poindre en lui les assauts de la dépression, il s’en va chercher refuge près de la mer. Elle ne se lasse pas de chanter, pour lui comme pour quiconque, la même histoire de vagues et d’écume, offrant à chacun, pour rien, son spectacle de rue, ses acrobaties légères, sa danse de voiles et de tulle. Jamais elle ne refuse de donner, à qui le demande, sa vision toute féminine de l’infini. Elle est une présence qui apaise, dans le bercement du ressac et la ligne pure de l’horizon. Elle laisse, à qui veut bien les trouver, de menus lots de consolation : morceaux de verre colorés, squelettes d’oursin étoilé, fragments d’algues desséchées… Certains jours, assis sur un banc, face au vide, seul avec la mer et plus uni encore avec elle qu’un doge de Venise, il écoute sa fable mélancolique, ses plaintes caricaturales et ses cris de mouette effarouchée. Il ne lui reproche pas son emphase, non plus que ses trop longues phrases et sa grandiloquence mal placée. Il sait qu’en dépit de ses postures de cinéma, de ses airs de princesse et de son humeur fantasque, la mer est sincère. Il laisse à cette amie fidèle le soin de bercer son chagrin.

Gabriel Grossi, janvier 2021.

J 60 à J 82 après N-C

22 jours qu’a commencé une nouvelle année, qui devait marquer la fin de ce « nouveau confinement », transformé en « couvre-feu »… Couvre-flammes, pourrait-on dire… Flammes de la culture, flammes de l’esprit, flammes de l’amitié, flammes des rencontres, des plaisirs, des spectacles…

22 jours que je n’ai publié sur ce blog, à l’exception du 10 janvier qui relatait une balade du 31 décembre…

22 jours à me questionner, à me révolter, à supporter…

Et à trouver bien vain de tenir un tel blog.

Mais les réactions sont venues, de la part de mes lecteurs et lectrices… Et des encouragements aussi, à continuer, à « tenir bon », pour poursuivre dans la voie du partage, quand bien même le nomadisme semble bien difficile à continuer dans de telles circonstances.

Alors je vais tenter de reprendre aujourd’hui, en ce 22 janvier qui aurait dû voir ré-ouvertes les salles de spectacle, et bientôt remontées mécaniques dans les stations, bars, restaurants, musées, dans les cités réveillées. Je vais tenter de reprendre, quitte à bousculer le temps, car les articles qui vont suivre revisiteront des moments passés tout en traçant les moments présents…

Après le dialogue poésie / peinture au premier confinement, après « l’expo photo virtuelle » (bien modeste!) au deuxième, je me propose tout simplement de laisser libre cours à l’envie du moment… et j’attends bien sûr vos ré/actions, ré/émotions, ré/partages… et reportages?

J’abandonne aussi le décompte des jours « après nouveau confinement »… cela devient trop sinistre…

J 60 après N-C : Clohars-Fouesnant

J’aime beaucoup le petit village de Clohars-Fouesnant, niché à l’écart des grands axes routiers, non loin de la mer mais relativement protégé du tourisme… Côté architectural, rien de très remarquable, mais son église est étonnante de disproportions qui « l’ancrent » dans le sol breton.

Eglise Saint Hilaire

En recherchant des informations sur cet édifice, au travers de diverses sources sur le net, je me suis aperçue que mon impression d’irrégularité surprenante avait déjà été observée et notée par un archéologue et historien breton, Louis Le Guennec : « église pittoresque, construction fort imposante, mais d’une très savoureuse irrégularité »…

J’aime à observer les traces de lutte entre les pierres et le temps qui passe et cherche à les piéger de mille manières, prenant parfois pour alliés des végétaux qui modifient les couleurs des minéraux…

Il y a longtemps que je n’ai pas soulevé d’énigme… En voici donc une, pour achever cette année dont les « découvertes » furent moins nombreuses que lors des précédentes… Que peut bien représenter ce médaillon situé à droite de l’un des porches?

Enigme…

Pour ma part, je dois avouer que non seulement je n’ai pas la réponse, mais en outre je ne puis même pas émettre d’hypothèse!

Proche de l’église, la croix est surplombée par un arbre à l’imposant tronc rectiligne. Il s’agit d’un chêne pédonculé, décrit en ces termes par un des auteurs du Bulletin Municipal, qui semble s’être bien documenté pour ce faire : « Cet arbre possède un port d’une élégance rare, trois mètres soixante de tour, dix huit mètres de haut, autant en envergure, voilà ses mensurations prises, en 2009, lors de son recensement dans l’inventaire des arbres remarquables de Bretagne,fait par Bretagne Vivante. » L’auteur s’interroge sur l’âge de l’arbre, mettant savoureusement en scène des personnages que nous devrions connaître, en tant que lecteur/lectrice, pour mieux apprécier les références.

« Quel âge a-t-il ? Là aussi, difficile d’être (ce verbe prête vraiment à confusion lorsque l’on parle d’un chêne !) affirmatif, entre cent quarante et cent soixante ans, le débat est ouvert (pour un chlorophyllien je dirais même tout vert). Jean Auffret,***qui le situait en 1848, revient aujourd’hui sur son estimation depuis qu’il a vu cette photo datée, sans certitude, de 1900, où chacun s’accorde à dire que voilà déjà un bel arbre, mais n’excédant pas les trente, trente cinq ans, ce qui nous fait remonter autour de 1870.

Photo de Jules Robuchon

Yvonne Nicolas, sur ce même cliché, au-delà de l’arbre, a vu les toilettes portées par les femmes. Se référant à la mode du temps, elle situe plutôt la prise de vue autour de 1890, ce qui nous donnerait un arbre de vingt ans très grand (trop ?)pour son âge ou au contraire, un quadra un peu maigrichon. Jean-Yves le Corre (qui est le découvreur de la photo aux archives départementales) nous livre son analyse très pertinente : pour lui notre pédonculé possède un tronc anormalement maigre par rapport à sa hauteur et à son envergure, conséquence d’une malnutrition. Un manque d’humus au pied, dû au ramassage incessant des feuilles depuis toujours par nos cantonniers, gage d’un accès dégagé et propre à l’église et au cimetière. Sans doute aurait-il connu un autre développement en pleine nature. » (Source)

J 59 après N-C… En route vers « Pen Ar Bed »

Lever de soleil sur la campagne picarde… et couchant sur l’Atlantique, au bout du monde ou presque, le Finistère… Quelques photos glanées chemin faisant…

9 h 01… J’ai appris plus tard qu’un énorme sanglier se promenait par là quelques minutes plus tôt… mais je n’ai vu que les arbres sagement alignés pour saluer la re-naissance de l’astre solaire… ou l’apparition du char du Dieu ?

Levant sur la campagne picarde

10 h 27… Traversée du bac de Duclair, près de Rouen. D’habitude, je le prends dans l’autre sens en allant travailler, en alternance avec celui de La Bouille. Je ne me lasse pas des bacs, qui me rappellent l’Afrique… et ont un parfum de passé un peu nostalgique. Sur le quai, une « oeuvre » sujette aux attaques du vent et de la pluie évoque celui-ci.

Hier
Aujourd’hui
Passagère clandestine
Mouette Soeur Anne

12 h 47. Pause pique-nique sur la plage d’Houlgate, en une journée très alcyonnienne…

[1] Chéréphon. Quelle voix, Socrate, est arrivée jusqu’à nous, de ces rivages et de ce promontoire ? Qu’elle est douce à l’oreille ! Quel est donc l’animal qui peut la produire ? Car on dit que les habitants des eaux sont muets.

Socrate. C’est un oiseau marin[2], cher Chéréphon ; on le nomme Alcyon, il a la voix gémissante et pleine de larmes : les hommes débitent à son sujet une fable antique. On dit que jadis femme et fille d’Éole, fils d’Hellen, elle pleurait amèrement un époux, objet de sa plus vive tendresse, mort à la fleur de l’âge : c’était Céyx, de Trachine, fils de Lucifer et d’une beauté égale à celle de son père : la volonté des dieux lui a donné des ailes ; et maintenant, semblable à un oiseau, elle vole le long des mers, cherchant son époux, et errant par toute la terre, sans pouvoir le rencontrer.

[2] Chéréphon. C’est Alcyon, dis-tu ! Jamais auparavant je n’avais entendu cette voix, qui m’est arrivée toute nouvelle. C’est un son vraiment lugubre que fait entendre cet oiseau : comment est-il donc fait, Socrate ?

Socrate. Il n’est pas grand, mais il a reçu des dieux une grande récompense de sa tendresse conjugale : durant tout le temps qu’il couve ses petits, le monde passe des jours nommés alcyoniens, remarquables par le calme qui règne su milieu même de la mauvaise saison ; c’est aujourd’hui l’un de ces plus beaux jours. Vois comme le temps est serein ! comme la mer tout entière est calme, sans vagues, et ressemble, pour ainsi dire, à un miroir !

Fronton près du lieu de pique-nique

17 h 27… Course contre la montre! Le soleil se couche, d’après mon application « météo », à 17 h 31… Il faut donc espérer pouvoir assister à son coucher, comme les courtisans à Versailles jadis. Et c’est un spectacle toujours aussi envoûtant, avec pour décor lointain les îles des Glénan.

18 h 07 La nuit tombe… Mais une nouvelle belle surprise offerte par la nature m’attend sur le tout dernier tronçon qui me ramène à l’intérieur des terres… Un superbe lever de lune… de pleine lune, devrais-je dire… qui me guide vers ma destination.