Le premier jour de M…

Non, ce n’est pas le titre d’une pièce ni d’un film, mais bien, pour une fois, un événement réel. Ce week-end la jument de ma jeune voisine, dans un petit village de Picardie, a mis bas, comme on dit. « Mettre bas », quelle expression étrange, n’est-ce pas? Je l’ai cherché dans des dictionnaires « sérieux » mais ai trouvé peu d’informations à ce sujet. En réalité, il existe un verbe pour chaque espèce, ou presque. En l’occurrence, on parle de « pouliner » pour les équidés. Et cela ne dure pas longtemps : de 5 à 30 minutes, alors que la gestation a duré presque une année !

Mon amie attendait donc avec impatience ce moment, et se levait depuis quelques temps chaque nuit pour explorer le vaste terrain où dorment ses chevaux, afin d’assister au poulinage de Gaïa. Un nom bien choisi, en l’occurrence, rappelant la déesse mère et nourricière.

Gaïa et ses quatre enfants, mosaïque du IIIème siècle

Vendredi, elle m’avait montré les pis de l’animal, gonflés et laissant couler du liquide. Gaïa semblait fatiguée et se révélait plus nerveuse que d’habitude.

« Aucun moyen ne permet de prévoir avec exactitude le moment de poulinage.
Il existe néanmoins quelques signes annonciateurs : gonflements des mamelles, du lait perle, la jument devient inquiète, nerveuse, cherche à s’isoler.
 » (source)

Dans la nuit de vendredi à samedi, sa propriétaire avait, comme d’habitude, fait sa tournée entre 2 et 3 heures du matin, et n’avait rien remarqué. Moi-même je m’étais réveillée et avais regardé et écouté de la fenêtre donnant sur leur terrain. Mais rien vu ni entendu.

Au petit matin, j’ai reçu un SMS. Et une photo. Levée tôt, la jeune femme avait couru voir sa jument. Elle n’était plus seule. Se tenait près d’elle, bien debout sur quatre pattes mais un peu flageolante, une magnifique petite pouliche, d’une couleur presque blanche, sans tâches (ce qui, soit dit en passant, n’était pas du tout la couleur attendue)…

Le temps de laisser maman et bébé faire connaissance, puis de donner le temps à une autre jeune amie, vétérinaire, de passer s’occuper des deux (il paraît que la libération du placenta a été difficile tant la maman était nerveuse), et j’ai eu le droit d’aller voir ces deux merveilles, dont voici quelques photos, que je tenais à partager avec vous.

Impossible de prendre la pouliche seule… mais j’ai essayé de la cadrer (difficilement)…

Elle a joué les coquettes, en montrant bien sa petite crinière toute bouclée.

Puis sa petite queue, ornée, elle aussi, de jolies bouclettes.

Gaïa ne la lâche pas d’une semelle – pardon, d’un sabot – et la surveille attentivement.

Un petit câlinou ?

Lorsqu’elle tente de se nourrir, la petite veut faire de même… Mais ne peut mâcher la paille, elle n’a pas encore de dents!

Le lait maternel est mieux indiqué. C’est donc le moment d’aller têter les mamelles si riches…

Alors, me direz-vous, pourquoi ce titre ? Et pourquoi n’avoir pas appelé la petite par son nom ? Eh bien, parce qu’en ce premier jour, elle n’en a pas encore. J’ai bien suggéré « Madeleine », en hommage à Brel et en souvenir de l’impatience de mon amie, qui ne connaissait pas la chanson, alors que la jeune vétérinaire néerlandaise la connaissait, elle. « Ce soir j’attends Madeleine« … et, comme il y a beaucoup de lilas chez elle… Puis j’ai pensé à « Merveille », car c’est bien une petite merveille… Il reste à attendre le « baptême » donc. Si vous le voulez, je vous tiendrai au courant…

Archipop

Non, ne craignez rien, je suis et reste profondément laïque, et ne ferai donc pas de prosélytisme religieux ! Donc je ne parlerai pas ici de la hiérarchie orthodoxe : il faut décomposer, certes, en « archi » et « pop », mais pour « archives » et « populaires ».

Ancien logo : depuis, ce n’est plus « Picardie », mais « Hauts-de-France »!

« Archipop est une association régionale qui a pour mission de collecter, sauvegarder, conserver et valoriser les archives cinématographiques et audiovisuelles sur les Hauts de France.« 

J’ai découvert en ce dimanche à l’aube un site qui collecte des archives, et en particulier des archives familiales.

« Archipop rassemble aujourd’hui plus de 1 403 heures de films issues de plus de 609 collections soit plus de 7 679 bobines sauvegardées.

Archipop fonctionne principalement grâce à :

  • des dépôts spontanés
  • des projets mis en place sur un territoire donné et co-financés par les collectivités et les institutions
  • des collectes thématiques ciblées et à notre initiative. »

On y trouve donc un peu de tout. C’est parfois drôle, parfois ennuyeux, parfois émouvant… Mais ça « parle ». Les films notamment parlent de la vie d’autrefois, souvent en occultant les aspects laborieux et difficiles. Mais ils permettent d’imaginer les moments forts vécus par nos aïeux.

J’ai trouvé ce matin, par exemple, un film sur une fête que je connais et que j’ai moi-même filmée l’an dernier. La fête de Jeanne d’Arc au Crotoy. Il y avait dix fois plus de participant-e-s que maintenant! Autant dans le défilé lui-même que dans la foule.

Statue de Jeanne d’Arc au Crotoy

On y constate par contre le peu de différences entre la vie des enfants en 1935 et celle d’aujourd’hui, si l’on excepte les tenues, comme dans ce film familial tourné à Mers-les-Bains, une station qui m’est chère.

C’est aussi l’occasion de découvrir ce qui étonnait, surprenait, dans l’actualité, comme dans ce film de 1937 sur les conséquences des perturbations météorologiques à Montreuil sur Mer.

On y trouve des petits bijoux, comme ce film étonnant et très émouvant autour de la seconde guerre mondiale et de l’évacuation, qui en dit plus que tous les livres d’histoire…

Je ne sais pas s’il s’agit de la même famille, mais en recherchant des informations sur son auteur, Paul Bertrand, je suis arrivée à ce site qui ouvre sur les archives et la généalogie d’une famille…

Une belle découverte, donc, qu’Archipop, et une excellente idée, que de préserver toutes ces « petites » archives qui valent bien les grandes! Et, pour occuper les enfants, des jeux… Si vous connaissez un équivalent pour une autre région, n’hésitez pas, parlez-en!

Générations

Ma fille a déjà vécu un demi-siècle… Autant je ne m’étais pas interrogée lorsque cela m’est arrivé, autant je me questionne en ce mois où elle va fêter son anniversaire. D’autant que je suis en parallèle plongée dans le jeu de la généalogie, pour aider un de mes amis à créer « son arbre ». Or j’ai de mon côté trois générations après moi, alors que lui, de 5 ans mon aîné, n’en a qu’une… Mais si je remontre dans mon arbre, chaque couple a eu relativement peu d’enfants, alors que, dans le sien, on trouve jusqu’à 16 enfants d’un même père. La « forme » des arbres, et la longueur des branches, si elle était fonction du temps, peuvent donc considérablement varier d’une famille à l’autre. Vous allez me dire que j’enfonce des portes ouvertes (non, je ne ferai pas comme Yann Barthès dans une de ses émissions récentes à propos de Riquet à la Houppe)… mais il est vrai que revisiter le passé, rechercher des aïeules et aïeux, essayer de comprendre les inter-générations, ce qu’il reste et ce qui disparaît, si cela influe ou non sur notre « être », et ce qui se « génère » occupe le temps laissé par les confinements, manques de contrats, et autres privations de liberté…

J’ai donc hier exhumé les photos de famille, depuis le mariage de mes grands-parents voici un siècle et un an… et regardé les films mettant en scène l’aînée de mes petites-filles, pour constater qu’on pourrait confondre avec son fils qui vient de fêter ses deux ans… Passant ainsi d’un siècle à l’autre, essayant de deviner ce qu’ont vécu mes ancêtres et ce que vivront mes descendant-e-s… tandis qu’en même temps j’essayais de comprendre comment et pourquoi une branche avait changé de nom, comment cohabitaient des défunt-e-s dans un même caveau, et ce qui amenait à la fin du 19ème siècle à confier la garde d’enfants, dont un nourrisson, au père lors d’un divorce…

Et lorsque, le soir, ma petite voisine de 8 ans a dessiné des étoiles et écrit sur les « poussières d’étoiles », ce n’est pas à Hubert Reeves que j’ai pensé, mais à la « poussière » des écritures « saintes », qui désormais se traduit plutôt en cendres…

Alors, me direz-vous, c’est bien triste, tout cela… Eh bien non, figurez-vous que cela m’a donné encore plus envie de déguster, jouir de la vie et échanger… comme avec vous, sur ce blog, même si certain-e-s, je le sais, considèrent que tout cela est bien vain. Et c’est cela que j’ai écrit à la suite du texte de la jeune Jeanne… comme un hymne à la Vie.

Revenons aux Lupercales et aux petits oiseaux…

Je hais les fêtes qui ont eu un sens mais ont été récupérées par le Commerce, avec un grand C, quand elles n’ont pas été déviées (Noël) ou créées (Fête des Grands-Mères!)… La Saint Valentin cumule, en relevant de ces deux catégories.


Autour de moi, aujourd’hui, je vois des hypocrisies (couples contractualisés qui s’obligent à la fêter, couples en formation où c’est un moyen de drague, de l’un-e ou de l’autre) ou des souffrances (personnes seules, veufs/veuves, homme ou femme venant de se faire « larguer » par l’être aimé, quand ce n’est pas un papa qui a perdu la fille baptisée Valentine pour symboliser l’amour avec sa femme, disparue aussi…).
Bref, ce jour est particulièrement cruel. Bien sûr, rien n’empêche de le fêter avec bonheur quand on aime et qu’on est aimé. Mais pas besoin de tapage médiatique. Ni d’achats coûteux. Fort inégalitaires, d’ailleurs – ou révélateurs d’un fait de société ?

Un sondage diffusé hier montre que les hommes dépensent 130 euros en moyenne alors que les femmes réduisent la dépense à moitié… Un autre, présenté ci-dessus, montre des écarts moindres, mais réels aussi.

Infographie Saint Valentin

Observons, si vous le voulez bien, que la plupart des cadeaux « profitent » en boomerang à ceux qui les font. « Elle » va s’embellir pour lui plaire et donc le séduire, « il » va l’aider en cela pour qu’elle lui plaise. « Elle » et « il » profiteront ensemble des dîners, voyages, etc.

C’est encore pire aux Etats-Unis (source).

« Aux États-Unis, tout le monde ne célèbre pas la SaintValentin mais selon des spécialistes du secteur du commerce, ceux qui sont concernés dépensent en moyenne 196 dollars, soit 180 euros. Si on regarde ces chiffres de plus près, les hommes dépensent en moyenne 291 dollars et les femmes 106. »

Un autre sondage a été fait au Canada. Voici un extrait d’une synthèse de ses résultats (source).

« Une donnée intéressante tirée du sondage canadien indique que malgré les sommes importantes qu’on prévoit débourser, seulement 30 % des gens sondés estiment que célébrer la Saint-Valentin est important pour eux.

Le sondage révèle aussi que les hommes comptent dépenser davantage que les femmes pour l’occasion (209$ vs 109$) et que près d’un quart des Canadiens célèbrent la Saint-Valentin à une autre date afin d’éviter les foules. »

Donc, le silence médiatique serait bienvenu pour éviter de « remuer le couteau dans la plaie » – voire les plaies – de celles et ceux qui souffrent. Côté commercial, j’ai beaucoup apprécié cette idée (MDR)

« Parmi les cadeaux insolites à offrir à votre amoureux(se), à Boston, au lieu d’offrir un bouquet de fleurs, un magasin alimentaire propose d’offrir un cornet de côtelettes grillées dans un emballage Saint-Valentin pour la somme de 30 dollars.  » Enfin un commerce qui prend en compte la misère actuelle de certain-e-s… encore faudrait-il connaître le prix « normal » de cette viande pour savoir quelle marge le magasin va faire sur le dos des « amoureux »!

Et dire qu’à l’origine il y avait des fêtes qui célébraient la nature!

Un historien, Louis Réau, qui a travaillé sur l’iconographie de l’art chrétien, émet l’hypothèse que la date est liée, dans l’imaginaire des peuples d’autrefois, à l’appariement des oiseaux. Joli, non? Et pas que des pigeons!

Et vous vous doutez que je vais revenir à la Rome Antique (peu romantique, soit dit par ailleurs, si vous me permettez ce très mauvais jeu de mots)… et aux Lupercales, qui étaient célébrées aux Ides de Februar.

« Le 15 février à l’aube, à Rome, deux groupes de jeunes gens, appartenant respectivement aux gentes des Fabii et des Quinctii, se réunissaient au Lupercal, cette grotte au pied du Palatin, où la louve de la légende avait allaité les jumeaux fondateurs. Après avoir sacrifié une chèvre dont ils découpaient la peau en lanières, ces luperques, vêtus d’une simple peau de bouc, se lançaient dans une course folle autour du Palatin et fouettaient de leurs lanières tous ceux qu’ils rencontraient, les femmes en particulier. »

Bon, ce n’est pas mieux pour la gent féminine! Les hypothèses sont nombreuses pour expliquer ce rite, considéré entre autres comme célébrant l’enlèvement des Sabines, et souvent comme rite de fécondité. Voir à ce sujet cet article, si cela vous intéresse. Ou encore celui-ci.

Vues par Edme Bouchardon (XVIIIème)

En essayant d’y voir plus clair, j’ai trouvé un passage d’Ovide qui présente le mois de février ainsi. Je vous fais grâce du latin, et ai pris la traduction des Fastes par Nisard, proposée en ligne.

 » Février est le mois des purifications (2, 19-54)

Februa, chez nos pères, signifiait cérémonie expiatoire, [2, 20] et en plus d’une circonstance aujourd’hui, cette étymologie peut se reconnaître encore. La laine que les pontifes reçoivent du roi des sacrifices et du flamine s’appelait Februa dans l’ancien idiome, ainsi que le froment brûlé et le sel que le licteur porte dans les maisons désignées pour être purifiées, [2, 25] ainsi que le rameau qui, coupé sur l’arbre pur, couronne le chaste front des prêtres. Moi-même j’ai vu une flamine demander les februa, et on lui donna une branche de pin. Enfin tout ce qui est expiation pour la conscience de l’homme [2, 30] était désigné sous ce nom chez nos ancêtres à la longue barbe. Ce mois s’appelle donc Februarius, parce que le Luperque asperge alors tous les lieux d’eau lustrale, avec des lanières de cuir, et en chasse ainsi toute souillure, ou bien parce qu’on apaise alors les mânes des morts, et que la vie recommence plus pure, une fois les jours passés des cérémonies funèbres. »

Ovide s’interroge sur l’origine de la cérémonie évoquée plus haut.

« La troisième aurore qui se lève après les Ides voit les Luperques courant tout nus, et célébrant la fête du dieu qui porte deux cornes. Muses, dites-nous l’origine de ces solennités [2, 270] et de quelles contrées elles furent transportées dans notre Latium.« 

« Les antiques populations de l’Arcadie adoraient Pan, dieu des troupeaux; à chaque pas, dans leurs montagnes, on retrouvait ses autels. Témoin le Pholoé, [2, 275] témoin la cime du Nonacris, couronnée de pins sauvages, le haut Cyllène, et les neiges des sommets parrhasiens; témoin l’eau du Stymphale et le Ladon, qui roule à la mer ses flots impétueux. Chaque jour, il recevait des offrandes comme protecteur des troupeaux, comme dieu des cavales, comme gardien des brebis. Évandre apporte avec lui le culte de cette divinité rustique. [2, 280] Il n’existait alors de Rome que l’emplacement de Rome même. Pan, depuis ce jour, est aussi un dieu pour nous, et le flamine Diale célèbre encore sa fête d’après les rites anciens, tels que nous les ont transmis les Pélasges. »

Il apporte quatre hypothèses explicatives à la course des Luperques dénudés. La première, c’est la nudité de Pan.

« C’est que le dieu se plaît à errer d’un pas rapide au sommet des montagnes escarpées, et à jeter l’alarme parmi les bêtes sauvages. Nu lui-même, il veut que ses ministres le soient: les vêtements embarrassent celui qui veut courir. »

Le Dieu Pan (source)

La seconde, c’est le souvenir d’ancêtres dont la nudité est révélatrice de la force et de la puissance.

« Suivant les traditions, les Arcadiens habitaient la terre avant la naissance de Jupiter; [2, 290] c’était une race plus vieille que la lune. Leur vie était celle des brutes, étrangères à toute culture; multitude grossière et ignorante, qui habitait sous la feuillée, paissait l’herbe des champs, et ne connaissait d’autre boisson que l’eau puisée à deux mains dans les torrents. [2, 295] Aucun taureau ne gémissait à traîner le soc acéré de la charrue; aucun laboureur ne dictait des lois à la terre; on ignorait l’usage du cheval, chacun se portait lui-même; la brebis marchait revêtue de sa toison; les hommes vivaient sous le ciel, nus, [2, 300] habitués à supporter la pluie et les injures de l’air. Maintenant donc, la nudité des Luperques, souvenir des moeurs de nos aïeux, nous donne aussi une idée de leur riche indigence. »

Manuela Caregnato (source)

La troisième part d’une anecdote savoureuse, que je vous livre dans son intégralité, bien qu’elle soit longue.

« Mais pourquoi Faunus, surtout, repousse-t-il tout vêtement? C’est ce que nous apprend une tradition où respire la gaieté antique. [2, 305] Un jour le jeune héros de Tirynthe accompagnait le pas de la reine sa maîtresse; Faunus les aperçut du haut d’une colline, et embrasé aussitôt de mille feux, « Adieu, nymphes des montagnes, s’écria-t-il, adieu; désormais voici celle que je veux aimer. La belle Méonienne marchait, laissant flotter sur ses épaules sa chevelure parfumée; [2, 310] une agrafe d’or brillait à son sein, une ombrelle dorée, que supportait la main puissante d’Hercule, défendait son visage des rayons brûlants du soleil. Ils arrivent au Tmolus, tout planté de vignes, forêts de Bacchus, au moment où l’humide Hespérus attelle ses coursiers noirs. [2, 315] Une grotte les reçoit, toute lambrissée de tuf et de pierre ponce vive; à l’entrée murmurait un ruisseau. Tandis que les esclaves préparent le repas et le vin, Omphale veut revêtir Alcide de sa propre parure. Elle lui donne sa tunique légère, teinte de la pourpre africaine; [2, 320] elle lui donne la délicate bandelette qui naguère lui servait de ceinture; mais celle-ci ne peut suffire à entourer le corps d’Hercule; déjà il a brisé aussi le lien de sa tunique, pour ouvrir un passage à ses robustes mains; ses larges pieds sont emprisonnés dans une étroite chaussure. [2, 325] Omphale, à son tour, saisit la lourde massue, la dépouille du lion, et les traits les moins pesants que renferme le carquois. Ainsi travestis, ils se mettent à table, puis se livrent au sommeil, reposant près l’un de l’autre sur des lits séparés. – Pourquoi? – Ils se préparaient à offrir le lendemain, au point du jour, un sacrifice à l’inventeur de la vigne, [2, 330] et pour cela, ils devaient être purs tous deux.

On était au milieu de la nuit; que n’ose pas l’amour dans son délire? Faunus, à travers les ténèbres, s’avance vers l’antre frais, et voyant les esclaves ensevelis dans l’ivresse et le sommeil, il espère que les maîtres ne dormiront pas moins profondément. [2, 335] Il entre, adultère audacieux, et porte ses pas çà et là; ses mains prudentes le précèdent, et interrogent tout sans bruit. Il arrive au lit désiré; il en a touché les étoffes; jusqu’ici tout semble sourire à ses projets; mais sa main rencontre le poil hérissé du monstre de Némée; [2, 340] il frémit, il s’arrête, et recule saisi de frayeur; ainsi tremble le voyageur à l’aspect du serpent qu’il allait fouler aux pieds. Il sent au lit voisin de doux et fins tissus; il se laisse prendre à ces apparences trompeuses; [2, 345] il monte et se place sur le devant de la couche; la raideur et la dureté de la corne ne seraient que de faibles emblèmes de la violence de ses désirs. Cependant il commence à soulever légèrement la tunique; les jambes qu’elle recouvre sont velues, et tout hérissées d’un poil rude. Il veut aller plus loin; le héros de Tirynthe [2, 350] le repousse du coude; il tombe avec bruit. La reine appelle ses femmes, demande des flambeaux, et les flambeaux qu’on apporte à l’instant éclairent la scène. Le dieu gémit tout meurtri de sa lourde chute, et lève à peine de terre ses membres froissés. [2, 355] Alcide et tous rient du malheur de Faunus; la Lydienne aussi rit de la confusion de son amant.

C’est depuis cette époque que le dieu ne peut souffrir les vêtements perfides qui ont été cause de son erreur; il veut qu’on se présente nu à ses autels. »

Statue de Jacques Gena (source)

La quatrième est toute mignonne, avec ses références à l’amour fraternel.

« Ajoute, ô ma muse, à ces traditions étrangères, une cause du même usage, puisée dans l’histoire du Latium, [2, 360] et que mon coursier vole dans cette carrière où le sol est ferme sous ses pas.

C’était la fête de Faunus, aux pieds de chèvre; une chèvre lui ayant été immolée suivant l’usage, chacun était venu prendre sa part de ce frugal festin. Tandis que les prêtres disposent, pour le repas, les entrailles de la victime, passées dans des broches de saule, [2, 365] Romulus et son frère, avec les jeunes bergers, couraient nus dans la plaine, exposés aux rayons du soleil en ce moment au milieu de sa course. Combattre avec le ceste, lancer au loin, soit le javelot, soit une pierre pesante, tels étaient les jeux où ils faisaient assaut de force et d’adresse. Tout à coup un berger crie du haut de la colline: « Cours sauver tes taureaux, [2, 370] ô Romulus; des voleurs les détournent et te les enlèvent. » Le temps manquait pour s’armer; les deux frères s’élancent dans des directions différentes; c’est Rémus qui fait lâcher prise aux voleurs; il revient, il arrache les viandes qui sifflaient encore devant les brasiers, et s’écrie: « Les vainqueurs seuls en mangeront. » [2, 375] Ainsi fait-il, les Fabiens l’imitent. Romulus arrive trop tard, et ne trouvant plus que des os dépouillés et des tables dégarnies, il sourit, mais regretta que Rémus et les Fabiens eussent été plus heureux que ses Quintiliens. La trace de cet événement subsiste encore: la course sans vêtements [2, 380] consacre le souvenir de l’avantage obtenu par Rémus.« 

Et le poète met en lien la flagellation avec l’enlèvement des Sabines (qui, soit dit en passant, devaient connaître des méthodes de stérilisation et d’avortement pour éviter de procréer pour leurs ennemis).

« [2, 425] Jeune épouse, qu’attends-tu? Ni la vertu des simples, ni les prières, ni les chants magiques ne te feront concevoir. Offre patiemment ton sein aux coups d’une main qui te rendra mère, et bientôt le nom d’aïeul charmera l’oreille du père de ton époux. Il fut un temps où nos Romaines, comme poursuivies par une influence funeste, [2, 430] obtenaient rarement de l’hymen les doux fruits qu’on en espère.

« Que m’a donc servi, s’écriait Romulus (car il régnait alors), que m’a donc servi l’enlèvement des Sabines? Sommes-nous plus puissants? La guerre! voilà tout ce que nous avons gagné avec ces violences. Pour avoir à ce prix des épouses stériles, mieux eût valu s’en passer. [2, 435] Au pied de l’Esquilin, s’élevait, consacré à la grande Junon, un bois que la cognée avait respecté depuis de longues années; tous les couples s’y rendent et fléchissent le genou; ils vont mêler leurs voix suppliantes. Tout à coup, les arbres balancent leurs cimes agitées, et, ô merveille! [2, 440] on entend la déesse parler ainsi au sein de la forêt: « Mères du Latium, qu’un bouc velu vous pénètre!« 

La foule reste muette et consternée à cet oracle mystérieux. Un augure, dont le nom s’est perdu dans la suite des âges, exilé récemment de l’Étrurie, [2, 445] s’avise d’immoler un bouc; il se fait un fouet de la peau de la victime, coupée en lanières, et les femmes, dociles à l’ordre qu’elles en reçoivent, viennent s’offrir à ses coups. La lune ramenait pour la dixième fois dans les cieux son croissant renouvelé: l’époux était devenu père, les épouses avaient enfanté. Grâces te furent rendues, ô Lucine! et c’est ce bois sacré lui-même qui te donna ce nom; [2, 450] ou peut-être vient-il de ce que tu es la déesse à qui nous devons de voir le jour. Sois donc bonne et propice, ô Lucine, à la jeune épouse enceinte; prête-lui ton secours, et qu’elle soit délivrée doucement et à temps du fardeau qu’elle porte dans son sein. »


D’accord, le détour par les Fastes a été longuet, mais avouez que c’est savoureux, non? Et plus drôle et « nature » que les chocolats, les roses et les parfums…

Notez que c’est lors des Lupercales qu’Antoine offrit la couronne à César!

Ces fêtes perdurèrent jusqu’au VIème siècle, et l’on peut penser que, par la suite, le Carnaval joua un rôle partiellement similaire…

L’iconographie concernant ces fêtes et ce qu’elles évoquent est assez importante. Mais je me suis amusée en constatant que les oeuvres picturales, durant des siècles, ne montrent jamais la nudité totale…

Andrea Camassei (source)

Pour terminer, j’ai apprécié le conseil donné par un site que je ne connaissais pas, découvert au moment où j’allais boucler cet article et vous donner un conseil à peu prés identique…

« Fêtez la Saint-Valentin à la manière des fêtes Lupercales

« 14 février, 15 février, c’est la semaine ou jamais pour laisser aller votre imagination débridée en matière amoureuse.

Commencez par envoyer une lettre d’amour à l’élu(e) de votre coeur. Si vous en avez plusieurs envoyez des lettres adaptée en vous aidant de “fabriquez vos lettres d’amour“.

Si vous osez, organisez une fête lupercale chez vous…ou dans la rue et chronométrez le temps que mettront les forces de l’ordre à vous appréhender. »

Quand resurgit le passé…

Un album, des photos d’autrefois… Nous avons toutes et tous, je pense, vécu cela, ces réminiscences, ces nostalgies, ces résurgences de notre vécu. Toutefois il m’est arrivé un événement extra-ordinaire au sens profond du terme. 37 ans après le moment où elles ont été prises et placées dans un album tel que je les aime : couverture en cuir damassé, papier filigrane pour protéger les photographies coincées par les angles… 37 ans après les dernières d’entre elles, presque jour pour jour, des images du Maroc ont réapparu, retraçant toute une tranche de vie et toute une histoire, ou plutôt conjonction de deux histoires : histoire d’une mère et histoire d’un jeune couple.

Pourquoi en parler dans ce blog?

Parce que la vie réserve de belles surprises, et que je voulais partager celle-ci avec les lecteurs et lectrices qui me suivent dans mes pérégrinations diverses. Parce que voir se re-nouer des liens que l’on pensait défaits à jamais est un bonheur que l’on a envie de diffuser autour de soi. Quelle que soit l’évolution des personnes. Quelle que soit l’évolution des liens.

Internet, pour cela, est un outil fascinant, qui permet ce genre de retrouvailles. En quelques années, j’aurai ainsi retrouvé un ami de collège, et aussi renoué des liens que je croyais perdus. Une de mes amies de Guinée vient de m’écrire, pour s’enquérir de mon devenir… Et j’ai pu enfin savoir ce qu’était devenu celui que je rejoignais en été, adolescente, en « Allemagne de l’Est », la RDA où je passais toujours quelques jours en juillet… Je craignais qu’il n’ait été victime du régime de l’époque, tant il souhaitait passer en France… Mais non, il est vivant… et… Incroyable! Professeur de littérature française, et dans une université… française! Je l’ai retrouvé sur le net, sans le contacter.

Peut-être est-ce mieux ainsi. On ne peut pas tout re-visiter. Et mieux vaut ne retrouver que celles et ceux qui ont envie de cela, qui se manifestent spontanément… Comme celui qui m’a fait le plaisir, plaisir emprunt de nostalgie, il faut bien l’avouer, d’exhumer cet album… que je peux partager avec mes enfants et petites-filles… encore un croisement d’histoires…

Ailleurs…

Je suis là ils sont ailleurs
Ailleurs temporel
Ailleurs physique
Ailleurs affectif
Bref d’autres « ailleurs »

Échos de leurs vies
Travail faille souffrance
Plaisirs voyages bonheur
Accidents de la vie
Routine de leur vie

Je suis là ils sont ailleurs
Co-incidences bénies
Interactions jouissives
Relations intenses
Ils sont là, suis-je ailleurs?