Kokoschka

En une semaine, j’ai pu voir trois expositions, qui, pour moi, se font écho (je ne compte pas celle dont je parlerai plus tard, à savoir Füssli, totalement « à part », selon moi. Non, il s’agit des expos que j’ai pu voir « en avant-première » (alias « vernissage »), à savoir Münch au Palais d’Orsay et Sam Szafran à L’Orangerie, et celle que j’ai visitée en ce samedi 1er octobre : Kokoschka au Musée d’Art Moderne. Par laquelle commencer? Eh bien, par la dernière.

Il faut bien avouer que, jusque là, ce peintre n’appartenait pas à mon Panthéon artistique… A vrai dire, à part son nom, je n’en connaissais pas grand’chose! Et l’affiche me laissait perplexe… Aimerai-je ce type de peinture?

Je dois dire que c’est en premier lieu un affect qui marque cette visite. Un jeune homme décrit comme révolté, aux yeux de braise, affrontant en permanence ce qui le heurtait dans la société comme, plus tard, dans la politique et la guerre. Et les vidéos présentées vers la fin de l’exposition laissent à voir un homme plus « sage », en costume trois pièces impeccable, mais toujours engagé. Et des yeux qu’on ne peut pas oublier, tant ils portent de « flamme ». Comme sur le tableau choisi pour l’affiche…

Quant à ses oeuvres, je ne sais quoi vous en dire : il faut les voir pour comprendre le « saisissement » que certaines provoquent.

Beaucoup de portraits, forts, voire violents.

Au sanatorium…

Et des paysages tout aussi forts mais, eux, plutôt apaisants.

Paysage hongrois
En Suisse
Dresde
Delphes
Berlin

Et parfois des supports étonnants : cartes postales (il explique lui-même qu’il en est arrivé là pour pouvoir représenter des êtres humains à une époque où ce n’était pas de mise. Ou encore, éventail.

L’exposition n’est pas très originale : un déroulé très chronologique. Et je n’ai parfois pas compris la disposition des tableaux. Quant aux textes explicatifs, il faut parfois presque une loupe pour les décrypter; ce qui pousse à se rapprocher au maximum du mur support… Idéal en période de risque covidien! Mais elle a le mérite de présenter la diversité de l’oeuvre, dont un certain nombre de dessins.

L’évolution de l’artiste, voire de l’homme, est mise en évidence. Des lettres, photos et extraits de journaux le rendent bien vivant…

Avec Eisenhover

Le jeu des couleurs et la dynamique des gestes m’ont tellement interpelée que j’ai focalisé sur certains détails de tableaux. Jugez-en vous-même!

L’apaisement est évident dans les dernières décennies.

Tendresse. C’est le mot qui me vient devant ce portrait de Pablo Casals, comme devant les scènes de la vie familiale ou amicale.

Mais j’ai par-dessus tout apprécié tout ce qui évoque la dérision, voire l’auto-dérision, caractéristique de l’artiste. Notamment ses auto-portraits, très nombreux, dont certains « en situation ». Ci-dessous, une référence aux nombreux tableaux représentant Saint Luc peignant la Vierge.

En voici un exemple, celui de Ziegler (je vous laisser regarder les autres sur le net!)

Et que dire de l’épisode de « La Poupée »? Il avait fait créer une poupée répondant à un cahier des charges très précis.

Et s’est peint en train de la représenter…

Les analyses concernant la conception et l’utilisation de cette poupée sont nombreuses et variées. J’aime à retenir celles qui concernent le questionnement sur l' »humain ».

« Menschen », c’est Son Mot… La défense de l’être humain contre la bêtise, l’intolérance, la barbarie nazie. « Menschen »… Un Humanisme affirmé. Et une sensibilité cachée sous la violence de la révolte… Un peintre tout en paradoxe et tensions. Voilà qui ne pouvait que m’intéresser…

Une belle course

Envie de me distraire… Pourquoi pas un petit ciné en cette fin de semaine ? Un de ces films dont on a un peu honte de les avoir vus, vous voyez le genre? Un Dany Boon / Line Renaud, par exemple… Pas intello pour deux sous, qualité esthétique non avérée, scénario simplissime, etc. Mais j’avais besoin de rire un peu, de choses simplissimes, justement.

Erreur grave! J’aurais mieux fait de regarder avant quelques critiques. Car tout y est de ce que je viens de dire… sauf le rire… Enfin, pas jaune…

Mélodramatique à souhait, scénario convenu comme ce n’est pas imaginable, avec la fin attendue… Et même des invraisemblances dans les parcours au sein des voies parisiennes, qu’elles soient ou non sur berges… Tournage d’ailleurs fait sans mettre une roue de la voiture dans lesdites voies…

« Un dispositif totalement immersif. « Nous avons installé des écrans 4K avec une définition de dingue en forme de “L” autour du taxi en studio, sur lesquels nous avons diffusé pendant le tournage tout le trajet qu’emprunte le taxi. Trajet que nous avions filmé avant sous tous les angles et tous les axes grâce à un camion plateforme avec de multiples caméras… Cela concerne même le ciel car nous avions un autre écran, celui-là face au véhicule, qui nous ramenait de la lumière sur le pare-brise et ramenait de la vie à l’intérieur de l’habitacle…« , explique le réalisateur. » (source)

Et qui plus est, une déprime assurée à la sortie, si on est un peu fragilisé par des deuils récents ou des maladies rampantes!

Vous l’aurez compris, je ne vous encourage pas vraiment à aller voir ce film, qui recèle tout ce que l’on peut craindre ou fuir… Sauf les beaux yeux bleus de l’actrice… Le comble de la coquetterie : elle a deux ans de plus (94 vs 92) que le personnage qu’elle incarne!

Héroïnes romantiques

Quand Girodet « illustre » Chateaubriand : Atala (1808)…

Je vous ai parlé hier du jardin du Musée de la Vie Romantique, mais ne vous ai point entraîné-e-s au sein de celui-ci. Une exposition y a lieu jusqu’à la fin de ce mois, intitulée « Héroïnes romantiques ».

… et quand Léopold Burthe revisite Shakespeare en dénudant Ophélie (1852)… au fait, suicide ou meurtre?

Je m’étais demandé, en voyant l’affiche, ce que recouvrait le terme « héroïne ». Et j’avais raison. Les différentes acceptions du mot sont effectivement exploitées, et c’est cela qui m’a quelque peu dérangée. Je ne m’en rends compte qu’en écrivant ces lignes. J’éprouvais un certain malaise en parcourant les quelques salles (le musée est petit…), malaise intellectuel que je ne m’expliquais pas. Je vais essayer de me faire comprendre.

Une autre vision de Cléopâtre !

Comment peut-on « mettre dans le même sac » (celles et ceux qui ont eu à subir les « maths modernes » avec « étiquettes » saisiront l’allusion, les autres peuvent deviner) une parricide, une jeune fille amoureuse d’un homme d’église, une guerrière et une poétesse? Comment peut-on placer sur le même plan des personnages de fiction, héroïnes de la littérature ou personnages mythologiques, et des êtres humains aussi divers que des reines au triste destin, des militantes, des meurtrières, et des artistes, dont certaines ayant incarné des personnages des autres catégories?

On commence par Sapho et Marie Stuart (si, si, dans la même pièce)…

Les revendications féministes ne sont pas loin non plus, sans que ne soit analysé le lien – ou questionnée l’absence de liens – avec le romantisme. Pas plus que celui-ci n’est explicité pour des visiteurs/euses qui souhaiteraient mieux en saisir toutes les facettes.

… pour finir par les danseuses, chanteuses et comédiennes…

Et je ne suis pas bien certaine que Madame de Staël aurait apprécié d’être en certaines compagnies ici présentes…

Cela n’enlève rien au « plaisir des yeux » et à l’émotion parfois ressentie devant les oeuvres exposées. Je ne vais pas toutes les présenter, et j’ai choisi deux d’entre elles qui m’ont interpellée pour des raisons, vous allez le voir, extrêmement différentes.

La première est une sculpture de Marie d’Orléans, datant de 1834.

Qui est ici « héroïne »? Les personnages de la littérature qui sont représentées (Desdémone, Juliette, Virginie et Atala)? Les anges classés – pardon, classées – dans le genre féminin par l’artiste? La femme aimée que cherche le poète depuis son tombeau? Rachel, qui aima tant Ahasverus selon le récit de Quinet (en ligne ici)? Ou l’artiste elle-même réalisant cette oeuvre empreinte de douceur et de pureté? Marie d’Orléans est morte si jeune aussi, emportée à 26 ans par la tuberculose après un mariage peu heureux, et sans avoir vu grandir le fils qu’elle venait de mettre au monde…

La seconde n’est pas vraiment une oeuvre, c’est l’histoire d’une jeune femme, morte elle aussi très jeune, à 22 ans. Mais pas de maladie. Elle a été exécutée en 1599. Pour avoir tué son père, qui aurait abusé de sa mère, de son frère et s’apprêtait à en faire de même avec elle. Une triste histoire dont j’ignorais tout jusqu’alors. Elle s’appelait Béatrice Cenci.

La Femme au Turban blanc, Ginevra Cantofoli, vers 1650 (reconnue comme Beatrice Cenci

Et quelle émotion devant la magnifique photographie de May Prinsep par Julia Margaret Cameron !

Study of Beatrice Cenci, Julia Margaret Cameron, 1866 (source)

Coques en stock

Tout a commencé par un transport de fonds… Pas de liquidités, bien sûr, mais des oeuvres d’art. « Des photos », m’avait dit l’amie pour laquelle je m’étais engagée. Ce qui m’a conduite, un vendredi matin, au Nord de la Gare du Nord, autrement dit dans un quartier exotique pour l’adepte de la Rive Gauche que je suis. Et m’a aussi amenée à de multiples SMS et communications téléphoniques avec une artiste inconnue, qui me semblait bien stressée pour être réellement une artiste. Une représentation, je m’en rends compte. Pourquoi pensais-je que les artistes devaient être plus « zen » que les autres???

Nomade, je le suis. Et une nomade vit dans le moment présent. Fixer un jour de rendez-vous des semaines à l’avance relève du défi. Et fixer une heure de rendez-vous la veille un challenge. Bref, nous parvînmes quand même à nous retrouver, au pied de son immeuble, en ce vendredi matin. Vite, transformer ma compagne à 4 roues en « utilitaire », en abaissant les sièges arrière et en libérant le maximum de places (j’ai toujours dans ma voiture des couvertures, un sac de couchage, un oreiller, un réchaud et du matériel divers! sans compter que ce jour-là, partant en week-end, j’avais aussi une valise et mon ordinateur…). Une dame descend, nous nous saluons après qu’elle eut observé l’espace disponible. Puis elle redisparaît dans l’immeuble. J’attends dans ce quartier qui ne me semble guère accueillant… Elle revient avec un immense carton plat. Puis repart. Je place le carton au fond du coffre. Il ne reste plus guère de place pour autre chose! Sachant qu’elle avait bien spécifié que rien ne devait être placé au-dessus. Trois autres allers et retours. Mais, cette fois, des sacs avec des cadres plus petits et entassés. Tout finit par entrer. Nouveau salut. Et me voici partie vers la Picardie. Ce n’est que le lendemain, en effet, que je gagnerai la Normandie, plus exactement Le Tréport, où ma cargaison est attendue. Le samedi, impossible d’approcher la galerie de mon amie : marché plus fête foraine! J’attends donc le soir pour effectuer la livraison. Et rassurer enfin l’expéditrice. Je réalisai alors que j’ignorais la teneur de ce que j’avais transporté, que je n’avais ni compté ni vérifié ce que m’avait confié une parfaite inconnue! Et j’eus hier la preuve d’une erreur. Pas dans le nombre ni l’état. Non, tout était bien parvenu. Mais dans la teneur. Je pensais avoir transporté des photographies en noir et blanc. Pourquoi? Encore une représentation! J’ai réalisé que pour moi « photo d’art = photo en noir et blanc »… Pourquoi? Mystère…

Car les oeuvres enfin acheminées au Tréport, à la Galerie Résonances, sont bien des oeuvres d’art. Et pourtant éclatantes de couleurs.

Hier soir avait lieu le vernissage, et j’ai pu découvrir ce qui avait meublé mon véhicule pendant plus de 24 heures… Relisez le titre de cet article. Qu’a pu photographier cette Dame? Je vous aide avec un premier tableau (pris un peu de travers, excusez-moi…).

Vous avez deviné ? La mer ? Que nenni. Pourtant vous n’en êtes pas loin… Une autre photo ?

« Mais ce n’est pas une photo, c’est un tableau ! », ai-je souvent entendu dire hier soir. A juste titre. L’artiste elle-même considère qu’elle fait des tableaux… mais sans pinceaux (ni queue d’âne!). Simplement avec son appareil-photo.

Cathy raconte que, face à un groupe de jeunes élèves, elle leur avait proposé un brainstorming autour de la question « à quoi cela vous fait-il penser? », et avait obtenu un grande palette de réponses…

Alors, que photographie-t-elle ? Pensez au titre…

Des coques.

Pas des oeufs, non. Mais l’allusion au Capitaine Haddock pourrait vous aider. Des coques de navires, oui. En Bretagne ou au Maroc, pour la plupart des oeuvres présentées ici. Mais aussi dans bien d’autres ports. En voici deux autres exemples, toujours aussi mal pris.

Inutile de vous dire que j’ai beaucoup aimé. Expression plate, certes. Et cela ne me ressemble pas. Je suis d’accord. Mais « j’ai aimé » est ce qui me semble le plus fort, en l’occurrence. Et cela m’a rendu envieuse. Car moi aussi, je photographie parfois des coques, à marée basse. Souvenez-vous, j’avais fait une série à Camaret. Et une autre au Crotoy. Et des photos isolées, aussi, sur divers cours d’eau. Descendre sur la grève, patauger dans la vase, je connais. Choisir l’angle, la lumière, le cadrage… Mais jamais réussi d’aussi belles photos… C’est ça, l’art.
Seul bémol pour moi : j’aurais préféré des tirages « mat » pour la plupart d’entre elles… Mais il doit y avoir une raison au choix effectué de les faire en « brillant »?

Une dernière, hélas mal « rendue » par mon Iphone, d’autant qu’elle est exposée dans l’escalier qui descend à la cave. Cette fois, c’est à Tanger que les trois ont été prises.

Saisir l’instant, mais aussi magnifier les traces de l’usure et de l’abandon, des coups et des marques, de l’imperfection et de la destruction… Devenir médiateur-e entre le Temps et l’Homme, l’Objet et le Sujet, l’Anéantissement et la Vie… L’oeil de l’Artiste et la Magie des technologies…

Une rivière de pleurs, un bouquet de pure poésie

Je suis encore sous le coup de l’émotion, et ne disserterai point cette nuit sur le spectacle que je viens de voir. La poésie à l’état pur, durant une très grande partie de celui-ci.

Des corps qui dansent, se meuvent lentement avec grâce, jonglent doucement avec des quilles souples, se jouent des lois de l’équilibre sur un trapèze ou sur un fil…

Des images… sobres et flamboyantes à la fois, par moments… poétiques, toujours… Des tableaux vivants, comme cette joueuse de kantele tenant un mouchoir d’une main et embrassant un arbuste de l’autre. Ou encore la traîne plus longue que n’est large la scène, enveloppant littéralement les protagonistes de la jeune femme qui la porte et semble flotter. Des images projetées, filmées sur et dans un aquarium… eau glissant sur le verre derrière lequel se tient un visage, cheveux roux flottant dans l’eau, nuées de bleu et de blanc derrière lesquelles on devine les corps…

Des musiques et des chants qui saisissent et enveloppent les auditeurs/trices… En finois, en arabe, en anglais… J’aurais aimé vous les citer tous, mais je n’en connais qu’un, un de mes airs préférés. Le voici, interprété par Alfred Deller, dont je vous ai déjà parlé sur ce blog. Et encore par Jaroussky. Je vous ai parlé du kantele. Si vous ne connaissez pas cet instrument, et encore moins sa version finnoise, écoutez ceci ou encore cela, ça vous donnera une idée de l’enchantement.

Deux scènes m’ont moins plu, car leur côté « dérision », selon moi, tranchait avec cette harmonie poétique. L’une mettait en scène deux mariés, dont un ours. L’autre, un cadavre que l’on disséquait. Certes, bien jouées. Avec un côté absurde. Certes, j’ai ri parfois à la première. Mais je ne souhaitais pas rire. Et c’est peut-être la force de ce spectacle que de démontrer que l’on préfère parfois pleurer que rire. Un paradoxe soulevé au début, et repris à la fin, comme deux parenthèses dans le cours de notre vie.

Si vous souhaitez voir ce spectacle, courez-y vite ce soir, 25 mai, car c’est le dernier jour… Et je vous déconseille de lire la suite, car cela ôterait de l’effet de surprise et du plaisir de la découverte. Si vous souhaitez en savoir plus, vous pouvez continuer…

Vous attendez peut-être le titre de cette oeuvre si « décoiffante ». Les amateurs de jazz vont reconnaître un titre célèbre, Cry me a River. Qu’elle soit chantée par Julie London ou Ella Fitzgerald. Voici ce qu’en dit Wikipedia (eh oui, même pas honte de vous citer cette source!)

« Cette chanson d’amour est composée dans le style de la musique western nostalgique Rivière sans retour, de Marilyn Monroe5 de 1954. Arthur Hamilton écrit et compose cette ballade jazz-blues, à l’origine, pour Ella Fitzgerald, pour la musique du film La Peau d’un autre, de 1955, mais elle n’est finalement pas retenue6.

La jeune actrice-chanteuse inconnue Julie London devient alors une célébrité américaine internationale7 en enregistrant ce premier single de sa carrière, accompagnée de deux instruments de musique, Barney Kessel à la guitare électrique, et Ray Leatherwood (en) à la contrebasse8, pour la musique du film La Blonde et moi de la Twentieth Century Fox (1956), où elle joue son propre rôle. Le titre atteint alors la 9e place des ventes du Billboard américain9,10,11.

Ella Fitzgerald l’enregistre finalement à son tour avec succès sur son album Clap Hands, Here Comes Charlie! de 196112.« 

En voyant la photo de Julie London, je n’ai pu m’empêcher de penser à l’une des interprètes sur scène, à la longue chevelure bouclée.

Le thème de cette oeuvre aurait été inspiré par une ancienne tradition de Carélie. J’ignorais jusqu’à cet instant ce qu’était la Carélie. En recherchant sur le net pour écrire cet article, j’ai découvert des points communs entre celle-ci et des régions actuellement en guerre. La Carélie se divise en effet entre la Finlande et… la Russie… ça vous dit quelque chose?

La présentation du spectacle parle de la Karélie finnoise, bien sûr, et des pleureuses de jadis.

« En 2007, Sanja Kosonen participe à un stage de « pleurs chantés » en Finlande, organisé par quelques chanteuses contemporaines qui font revivre et réinventent la tradition oubliée des pleureuses de Carélie. Ces chants improvisés se pratiquaient seule dans la forêt ou collectivement lors de rites de passages.« 

Le dépliant distribué au public avant l’entrée présente, lui, les références mythologiques, au nombre de 6. Cinq d’entre elles réfèrent à la Finlande. La sixième provient d’Amérique latine.

Je ne l’avais pas lu avant le spectacle, qu’il éclaire différemment. Aurais-je dû? Je ne crois pas, car je préfère me laisser porter et emporter par les émotions que « comprendre » ce que je vois et entends… Pas vous?

Sanja Kosonen est à la fois auteure et interprète de ce « cirque de lamentation » (pour reprendre l’expression utilisée dans la communication autour de l’oeuvre). C’est elle que l’on voit s’envoler sur le trapèze ou flotter dans l’air, sur un fil…

Image empruntée au Journal La Terrasse

Pour finir, deux photos de la troupe. La première est ratée, mais je l’ai laissée car elle permet de voir l’une des « images projetées » dont je parlais et le dispositif pour ce faire (à gauche).

Un détail : ce ne sont pas les costumes de scène qui sont portés ici, car les interprètes finissent nu-e-s, et sont donc allé-e-s se rhabiller pour venir saluer le public puis discuter avec lui au bar du théâtre Le Monfort (j’avais oublié le lieu!!!).

Au centre, Sanja Kosonen

Pour terminer, j’ai eu envie de partager avec vous une partie du poème de Renée Vivien, La Pleureuse.

Vers le soir, quand décroît l’odeur des ancolies
Et quand la luciole illumine les prés,
Elle s’étend parmi les morts qu’elle a pleurés,
Parmi les rois sanglants et les vierges pâlies.

Sous les cyprès qui semblent des flambeaux éteints,
Elle vient partager leur couche désirable,
Et l’ombre sans regrets des sépulcres l’accable
De sanglots oubliés et de désirs atteints.

Elle y vient prolonger son rêve solitaire,
Ivre de vénustés et de vagues chaleurs,
Et sentir, le visage enfiévré par les fleurs,
D’anciennes voluptés sommeiller dans la terre.

En quête de l’éclipse de Lune

Hélas pas de moi… Une éclipse en 2017. © Getty – John Finney photography

5 heures du matin… Je me lève et me précipite vers la fenêtre de ma chambre… Où est la lune? Ah! la voici… Et là, surprise ô combien agréable. L’éclipse a commencé, et elle est bien visible. Je vérifie sur le net. Elle est prévue comme entière à 5 h 29.
Mais la lune ne va pas tarder à disparaître derrière les arbres. Vite, je m’habille, saute dans ma voiture, et monte sur le plateau picard. Et là… plus rien. Aucune lune visible. Le soleil point déjà à l’est.
Tout à coup, un bond auprès de moi… Je me tourne… Et voit dépasser des hautes céréales deux bois se détachant nettement du ciel déjà bien clair à l’est. Deux yeux me regardent avec curiosité. Puis l’animal se retourne et s’enfuit en sautant haut dans le champ… Un chevreuil… C’est le deuxième que je rencontre d’aussi près cette semaine. La dernière fois, c’était au Parc de Saint Cloud. Alors que je marchais vite pour ne pas me retrouver enfermée dans l’enceinte du parc, il était là, tout près, dans une clairière, et son regard semblait moqueur. « Ah? tu vas passer la nuit ici, avec moi? » Celui-là ne s’était pas enfui. Il est resté immobile, à quelques mètres de moi. Et j’ai bien regretté de ne pouvoir rester là, tranquillement, en face de lui. Il me fallait courir…

Mais revenons à ce lundi matin. Toujours pas de lune en vue, éclipsée ou non. Les nuages, il faut le dire, sont nombreux à l’horizon. Je reprends donc ma route et décide d’aller sur le versant d’en face. Direction donc le Monument Foch à Doullens. De celui-ci, la vue est imprenable vers l’ouest. Hélas, lorsque j’y arrive, toujours rien… Je monte au sommet, sur le plateau… Mais non, l’astre est décidément bien caché. Ou déjà « couché »? Car, de l’autre côté, le soleil a fait son apparition. Comme en ce moment nous sommes proches de la pleine lune…

C’est donc bien dépitée que je reprends la route. Descente vers le bourg, puis remontée de l’autre côté, en faisant un détour pour me retrouver à nouveau en hauteur. Nouvel arrêt pour scruter l’horizon. Nouvelle déception. Il est 6 heures, il ne me reste plus qu’à rentrer.

Peut-être aurais-je dû rester tranquillement dans ma chambre, et aurais-je pu assister davantage au phénomène?

Mais j’ai été récompensée d’une autre manière. D’abord, par les doigts de rose de la Belle Aurore qui ont teinté le ciel de nuances suaves. Ensuite, par la délicate senteur des roses qui s’épanouissent en ce moment dans la cour. Une merveille, en cette aube fraîche, après la pluie nocturne!

Solution du jeu YSL et l’Art

Vous avez bien joué? Mais je n’ai vu aucune réponse en commentaires… c’est dommage!

Voici donc la solution du jeu, en images bien sûr.

La première, je pense que vous l’avez deviné, est une tenue inspirée de Matisse (1981).

La deuxième ne présentait pas de difficultés, que vous soyez ou non fan de Mondrian, à qui elle rend hommage en 1965.

Le troisième vêtement n’était pas une robe, mais son motif est bien inspiré d’un peintre dont je vous ai montré la tombe dernièrement, dans son magnifique environnement : Braque.

Il y avait un piège dans la photo de la robe suivante. Le tableau que l’on voyait derrière est de Magnelli. Il fallait regarder de l’autre côté – ce que bien sûr vous ne pouviez pas faire! – pour voir celui de Sonia Delaunay…

Matisse, Mondrian, Braque, Delaunay… Qui sont les autres artistes ? J’y arrive…

La cinquième tenue n’évoquait peut-être rien d’autre pour vous qu’un ensemble de formes géométriques colorées. Pas faux. Mais il fallait les attribuer à l’Américano-Libanaise qui était à la fois poète, écrivaine et artiste visuelle, et qui a disparu en novembre dernier : Etel Adnan.

La suivante est présentée comme si l’oeuvre du grand couturier était influencée par celle d’un peintre et sculpteur américain, Ellsworth Kelly. L’explication jointe est claire : rien n’a été prouvé. Mais les deux artistes sont bien reliés par la présentation qui est faite de leurs oeuvres.

Les adeptes de Tom Wesselmann auront aisément reconnu son style et les traits érotiques de certaines de ses oeuvres.

Enfin, il était difficile de reconnaître Picasso dans la superbe robe longue bicolore (si l’on peut dire… le noir est-il une couleur?)…

Adnan, Kelly, Wessermann et Picasso… tel était le quartet gagnant pour cette série. J’espère que vous vous êtes bien amusé-e ?

La haute couture est-elle un art ?

Je ne pensais pas me poser un jour cette question. Jusqu’à ce jour d’avril où, suite à une suggestion d’un ami, je suis allée voir l’exposition proposée par le Centre Pompidou, Yves Saint-Laurent aux Musées.

Le pluriel interpelle. Il est explicité dans la présentation en ligne sur le site du Centre.

« Elle prend la forme inédite d’un parcours dans les collections permanentes de six musées parisiens: le Centre Pompidou, le Musée d’art moderne de Paris, le Musée du Louvre, le Musée d’Orsay, le Musée national Picasso-Paris et le Musée Yves Saint Laurent Paris.« 

Ainsi, il resterait à voir les 5 autres musées… Pourquoi pas?
Mais, en attendant, je vous invite à une petite visite, qui, effectivement, ne manque pas d’intérêt. Ou plutôt, à un petit jeu : je vais, dans un premier temps, vous proposer les vêtements du grand couturier, tels que présentés dans le musée. A vous de deviner à quel-le artiste ils vous font penser. Vous êtes prêt-e ?

Commençons par les plus faciles…

Passons maintenant à plus difficile…

Avez-vous trouvé? Si non, je vais vous aider, avec une liste des artistes, par ordre alphabétique : Adnan, Braque, Delaunay, Kelly, Matisse, Mondrian, Picasso, Wesselmann.

Résultats dans un prochain article…

Ferdinand Roybet, une vie d’aventures

J’ignorais totalement l’existence de ce peintre dénommé Ferdinand Roybet. Il faut dire que ce n’est pas spécialement le type de peinture que j’aime… Je vous propose cependant de découvrir quelques-unes de ses oeuvres, dont certaines vous évoqueront sans doute quelques maîtres flamands…

Commençons par les dessins et gravures, car c’est ainsi que débuta sa production artistique…

« Né à Uzès en 1840, Ferdinand Roybet s’installe avec ses parents à Lyon vers 1846. Le jeune homme a treize ans quand il entre, en 1853, à l’Ecole des Beaux-arts de Lyon dans l’atelier du graveur Joseph Vibert (1799-1860). Il pratique ainsi le dessin, la gravure et la lithographie. » (site du Musée)

Ce fils de cafetier était donc bien précoce… dans l’art comme dans la vie, puisqu’il se maria et fut père très jeune.

Joueurs de tric-trac

« L’enseignement ne correspond pas à ses attentes et il quitte l’école pour étudier la peinture, dans l’atelier du peintre J.B. Chatigny ainsi qu’au musée de Lyon où il affine ses observations par l’étude directe de la nature.« 

La jeune fermière, tableau peint en tant qu’élève de Chatigny

« A la mort de son père en 1864, il rejoint Paris aidé dans son installation par son ami lyonnais Antoine Vollon. En 1865, le jury du Salon retient deux tableaux de Roybet. Membre comme Vollon de la Société des Aquafortistes, il expose également deux eaux-fortes.« 

Il n’a donc que 25 ans quand il commence à être connu…

« La carrière de Roybet se confirme en 1866 quand la Princesse Mathilde achète une de ses œuvres intitulée « Fou sous Henri III » (musée des Beaux-arts de Grenoble). Ferdinand Roybet développe dorénavant des scènes de reconstitutions historiques en correspondance avec les idéaux artistiques du Second Empire. Sa peinture parfois réduite aux simples portraits dit de Mousquetaires s’enrichit au fil des ans d’apports extérieurs. Ainsi, ses voyages, en Hollande, en Afrique du Nord, en Italie ou en Espagne l’amènent à étudier les compositions de grands maîtres dont l’influence est directement perceptible dans ses œuvres : Frans Hals, Rembrandt, Jordaens, Velázquez…« 

Femme d’Orient dans un intérieur (1872)

Lorsqu’il peint ce tableau, Ferdinand a 32 ans, et il a choisi de vivre en Algérie, abandonnant les Salons pour un temps… Mais il en revint et poursuivit son oeuvre, entre commandes (car il fallait bien vivre!) et créations.

« Au faîte de sa carrière, Ferdinand Roybet se constitue une importante collection d’objets d’art décoratif, de mobiliers anciens de style Louis XIII, néo-gothique ou oriental. C’est tout naturellement qu’il peint des collectionneurs et des amateurs d’art. L’analyse de ses œuvres révèle un cercle d’amis très large auquel il fait appel comme modèles pour d’importantes compositions comme « La Main chaude » (1894), « La Sarabande » (1895), « L’Astronome » (1898) ou « Le Refus des impôts » (1909). En 1900, il est fait officier de la légion d’Honneur. Il achève sa carrière par une peinture intime essentiellement composée de sujets religieux. Il décède à Paris dans la nuit du 10 au 11 avril 1920.« 

Un détail amusant : l’artiste s’était constitué une véritable collection de vêtements « d’époque » pour en habiller les ami-e-s qui posaient pour lui, comme dans ce tableau qui rappelle les protestations lors des premiers impôts. Tous les « modèles » étaient des amis du peintre!

Sujets sérieux, sujets plus drôles… Ferdinand, au fil des ans, s’est essayé à traiter des thématiques extrêmement variées. Ainsi, le « jeu de la main chaude ».

« Ce jeu (dont parle Diderot dans ses lettres à Sophie Volland) est souvent représenté par les peintres des XVIIe et XVIIIe siècles.
Règle du jeu :
Un joueur est désigné comme victime. Il doit se courber sur les genoux d’un autre joueur, les yeux fermés et tendre sa main ouverte derrière lui. Les autres joueurs se tiennent en arc de cercle derrière lui le bras levé et la main ouverte. Les joueurs se concertent pour savoir qui sera le coupable. Le coupable frappe alors dans la main de la victime. Celle-ci se retourne et doit trouver le coupable. Si le coupable est démasqué il prend la place de la victime, sinon celle-ci se remet en position
. » (source)

J’avoue que, peu emballée au départ par l’idée de découvrir ce peintre – la visite était surtout motivée par le projet de voir le Pavillon de la Norvège et de la Suède qui abrite le musée -, je me suis progressivement intéressée à ce Ferdinand qui commence à dessiner à 13 ans, « monte » seul à Paris et devient célèbre en deux ans, à 25 ans, abandonne tout pour aller vivre en Algérie à 32, puis revient, éprouve des difficultés et « se vend » pour sortir des problèmes financiers.

Et, à environ cinquante ans, rencontre celle qui va embellir sa vie, jusqu’à ce qu’elle soit internée, en 1905, pour raisons psychiatriques à Suresnes.

Ferdinand Roybet à 53 ans (source)

Juana Romani a 27 ans de moins que lui… Je ne développerai pas l’histoire de cette artiste ici, car j’ai vraiment envie d’aller plus loin, de la découvrir davantage, de mieux comprendre qui était cette jeune Italienne qui finit tristement sa vie, comme Camille Claudel, et dont voici l’un des portraits, par celui dont elle fut d’abord le modèle, puis devint la Muse…

Sans compter que son ancienne élève (vers 1895), Consuelo Fould, l’apprécie tellement qu’elle met comme clause au legs de sa demeure, ce fameux « Pavillon », la contrainte d’en faire un Musée destiné à collectionner son oeuvre, mais aussi celle de Ferdinand, et de le nommer « Roybet-Fould »… Admiration pour l’artiste? Le Maître? Ou l’homme?

Achille et Consuelo

Non, ce ne sont pas des clowns. Mais des artistes.

Commençons par Achille. Voici quelques-unes de ses oeuvres que j’ai eu l’occasion de découvrir dernièrement… Pénétrons dans l’univers d’Achille, peuplé de jeunes femmes toutes plus souriantes les unes que les autres…

Magnificence, Tulipe (1906)
La chauffeuse de tramway

Non, ce n’est pas une aviatrice qui est peinte, mais une chauffeure de tramway… Etonnant, non?

Passons maintenant à Consuelo. Là aussi, beaucoup de jeunes femmes, dont certaines aux hanches voluptueuses…

Je ne suis pas parvenue à photographier cette jolie dame, mais voici une photo empruntée sur le net…

Avez-vous deviné qui sont ces peintres? Si vous avez lu l’article précédent, vous avez vu leurs antres…

Les voici maintenant enfants, avec leur mère…

Eh oui, ces deux petites filles câlines vont devenir toutes deux artistes peintres, et je vous ai déjà parlé d’elles et de leur maman, parfois nommée Gustave…

La première série de tableaux concerne Achille Valérie Fould. Avec un intrus : le premier. Ce n’est pas elle qui l’a peint, mais elle en est le sujet, peinte par son maître Léon Comerre. Ce tableau fut exposé au salon de 1883. Elle avait 17 ou 18 ans lorsqu’elle posa en Japonaise. C’est elle qui vécut et peint dans le superbe atelier accolé au Pavillon des Indes, vous vous souvenez? Elle vécut jusqu’en 1951, date de sa mort en Belgique. Je n’ai pu en savoir davantage sur sa vie. Un secret « honteux » (à l’époque)?

La seconde est due à Consuelo, son aînée de trois ans.

« Initiée par sa mère au dessin, Consuelo Fould se forme auprès de maîtres influents de l’école française, anciens professeurs des beaux-arts ou membres de divers jurys. En 1884, elle commence une carrière officielle au Salon des Artistes Français où elle expose annuellement. Elle puise ses sujets dans la presse et la littérature dans un style proche de l’affiche publicitaire. Les scènes de genre excessivement théâtralisées mettent en avant des portraits féminins ce qui constitue chez elle une forme de militantisme. Les critiques, collectionneurs et amateurs saluent sa production, régulièrement reproduite dans la presse contemporaine. »

Vous avez pu admirer un détail d’un de ses tableaux, Les Druidesses apaisant la tempête (1911). Le second (ma photo ratée) est son auto-portrait.

Consuelo, contrairement à sa soeur, n’est pas restée officiellement seule. Elle a épousé le marquis Foulques de Grasse en 1893. Cette année marque un tournant dans la vie des deux soeurs, jusque là très proches. N’ont-elles pas, l’année précédente, passé quelques mois dans l’atelier d’une autre peintre, Rosa Bonheur, représentée par Achille-Valérie, alias Georges-Achille?

Rosa Bonheur dans son atelier (Georges-Achille Fould, 1893)

Consuelo est décédée en 1927, 24 ans avant sa soeur. C’est elle qui a fait don de ce qui va devenir le Musée Roybet-Fould, en l’honneur de son maître et ami, dont je parlerai dans un autre article.

« Rédigé en 1922, le legs de Consuelo Fould devient effectif après son décès en 1927. Il est conditionné à la création d’un musée consacré à Ferdinand Roybet, selon le vœu de l’artiste.

Elle donne à la ville de Courbevoie des biens immobiliers mais également des objets assez divers, tous conservés dans l’ancien Pavillon de la Suède de la Norvège durant la Seconde Guerre mondiale. En février 1944, un inventaire des biens dressé par huissier comptabilise 291 numéros parmi lesquels se trouvent des meubles, des miroirs, des sièges, un paravent chinois, des chevalets, des tapisseries, une mappemonde, des sculptures en bois et un buste en marbre, … Quatre-vingt-un numéros sont des gravures, des études peintes et des tableaux dont trente-cinq œuvres identifiées comme étant de la main de Consuelo Fould.«