Le Don Quichotte de Noureev

Il reste quand même celui de Cervantès, ne vous inquiétez pas! Simplement, le ballet est signé du célèbre chorégraphe… et cela se sent, cela se voit, cela s’admire. Le public ne s’y est pas trompé; il était nombreux en ce soir d’avril à l’Opéra Bastille. Et les ovations durèrent bien longtemps à l’issue du spectacle!

Qu’ai-je préféré?

Les « espagnolades » de la première partie, tout en nuance de rouge vif et vert éclatant ?

Le duo entre amoureux, contraints de se cacher pour échapper à l’ire paternelle? Le côté slave de la deuxième partie, tout en nuances de gris, de bruns et de bleus, seulement troublées par le rose et le vert pâles des tutus du corps de ballet?

Les performances des trois danseuses, dont j’ai imaginé qu’elles représentaient chacune une image de la Femme (en l’occurrence, la Femme rêvée par le poète, Dulcinée)… Rouge et Or : domination, pouvoir, aisance. La « Mère »… Or et blanc : volupté, séduction, attirance… La « Maîtresse ». Blanc : pureté, virginité, innocence. La « Dame des pensées », chère aux chevaliers et aux troubadours ou trouvères. Et, du coup, m’est venue une autre idée. Et s’il y avait un tryptique relié au « féminin », déjà discernable dans les Evangiles : Sainte Anne, Marie et Marie-Madeleine…

Mais revenons à l’Opéra. Une petite flûte, le programme… c’est bon, on y retourne!

De ma place, premier rang de corbeille, je voyais très bien tout l’orchestre et son chef. Remarquables d’un bout à l’autre de la partition.

Curieuse destinée que celle des musicien-ne-s condamné-e-s à la « fosse »… Seule la tête du chef d’orchestre doit dépasser pour les premiers rangs ! Jouer, et jouer aussi longtemps, des airs aussi variés, tout en restant invisible pour le public… C’est cruel, non? Aussi ai-je compris qu’iels filent rapidement à la fin, sans laisser loisir aux auditeurs/trices de les ovationner comme iels le méritaient! Car, s’il y eut quelques « couacs » côté danse, je n’en ai relevé aucun côté musique… or le poème symphonique composé par Strauss en 1897 n’est pas simple à interpréter. Une belle critique en est proposée sur le site de France Musique. Je vous invite à la lire, et à écouter les extraits proposés…

Côté danse, je me suis demandé pourquoi le danseur étoile paraissait plus « léger », plus « gracieux », plus « aérien » que les danseuses. Volonté du chorégraphe? Ou virtuosité rendue possible par la liberté? Sont-ce les pointes qui « vissent » les danseuses au sol?

Mais n’exagérons point : certaines figures furent remarquables, et la technique est bien là. J’ai cependant – vous l’aurez compris – regretté un manque d’ « envols »… Néanmoins, un superbe ballet… Les photos prises à la fin (pas le droit – et pas l’envie – d’en prendre pendant le spectacle) sont floues, mais je vous les transmets quand même, pour que vous ayez un aperçu des personnages.

Ici, vous découvrez le père et le prétendant évincé

Quelques « toréadors » et, à l’extrême droite, Sancho Pança

Au centre, Don Quichotte

Le Chef d’orchestre, entraîné par le Chevalier

La danseuse et le danseur « étoile »

Des étoiles, j’en avais plein les yeux, et j’étais ravie d’avoir assisté à ce beau spectacle. J’en garde beaucoup de souvenirs, impossibles à lister ici. Et mon admiration pour Noureev n’a fait que croître, en particulier pour la mixité culturelle revendiquée ici…

Découverte de l’Opéra Royal de Versailles

Loin d’être une royaliste convaincue, je ne fréquente guère le Château de Versailles, si ce n’est pour ses magnifiques Jardins. Mais en ce soir de fin mars, l’annonce d’un ballet d’un chorégraphe que j’apprécie, Angelin Preljocaj, est bien alléchante. M’y voici donc, aux portes du Palais… ou plutôt de son Opéra, aussi royal que la Chapelle voisine, et que les statues qui me font une haie d’honneur dans la galerie qui n’est pas des Glaces…

Une foule plutôt BCBG attend patiemment… Le temps d’admirer une maquette (de quoi???)…

… et de boire une petite coupe (on ne peut prendre du « gros rouge qui tâche », en de tels lieux!)…

… et c’est l’heure. A ma grande surprise, l’Opéra n’est pas aussi vaste que je l’imaginais.

Vous avez vu? On ne peut pas oublier qu’il est « royal »! Même en regardant la scène! J’ai la chance d’être placée au premier rang d’une Corbeille, premier dans deux sens : de face comme de côté, ce qui m’offre une superbe vue sur le rideau…

Le spectacle comporte trois oeuvres : Annonciation, Torpeur et Noces. Dans l’ordre chronologique, il faudrait placer le dernier en premier, le premier en deuxième, et le deuxième en trois. Car ce sont deux créations anciennes, et une plus récente : respectivement 1989, 1995 et 2023. Et, curieusement, mon ordre de préférence va du plus récent au plus ancien. Je m’explique : j’ai beaucoup apprécié Torpeur. Magnifique danse d’une lenteur et d’une profondeur exceptionnelles. En second, Annonciation. Tout aussi puissante, d’une même tension entre pureté / sérénité et érotisme / volupté.

Aussi étais-je « sur un petit nuage » durant la première partie, et suis-je sortie de la salle, tout à fait subjuguée, ravie, le sourire aux lèvres.

Un petit sandwich et une tartelette aux pommes plus tard, me revoici prête à « m’envoler » à nouveau. Euh… J’allais oublié « et une nouvelle flûte enchantée…

Hélas! Le troisième ballet est heurtant, violent, dérangeant. Je comprends qu’un artiste ait besoin de subventions pour survivre, mais de là à produire sur de tels sujets, il y a une marge. Certes, les interprètes sont toujours aussi bon-ne-s. Certes, la technique y est. Certes, j’ai apprécié certaines figures… Mais je n’ai pas du tout validé le rapprochement des deux premières et de la dernière oeuvre; et j’en voulais (oui, c’est le terme idoine) à celui qui m’infligeait une telle déception. Est-ce le chorégraphe ou la personne qui a fait le choix du programme? Quoi qu’il en soit, mauvais choix pour moi que ce « triptyque« …

Il n’en reste pas moins qu’on ne peut rester insensible à la créativité de Preljocaj, au côté « osé » de ses oeuvres, et à la virtuosité des danseuses et danseurs… et que j’ai passé une excellente soirée dans cet Opéra, tout royal qu’il soit… Vous pourrez en voir des extraits ici (et ailleurs, il y en a beaucoup sur le net). Je ne résiste pas à l’envie de copier pour vous deux photos qui évoquent les passages que j’ai adorés, ballets 1 et 2.

Et, franchement, les ovations étaient bien méritées. Dommage que, pour les saluts finaux, les artistes soient dans la tenue du dernier ballet… je préférais celle du deuxième!

La « Maison Idéale » à la Villa Paloma

J’ai déjà écrit, sur ce blog, un article présentant la Villa Paloma. Celles et ceux qui l’ont lu comprendront que j’aie eu envie d’y retourner.

Ce que j’ai donc fait après la visite du Pavillon Bosio. Et, pour la première fois, j’ai pris le bus qui serpente à travers Monaco et Monte Carlo, menant du Musée océanographique au Jardin exotique. Presque une demi-heure, qu’on ne voit pas passer tant il est intéressant de découvrir un autre Monaco, à travers la population qui prend ce bus, par exemple pour aller au marché Place d’Armes, ou pour vaquer aux occupations quotidiennes. Car il y a bien, dans cette ville, une population qui est loin des fastes et de la richesse, et qui profite des transports en commun parce qu’elle n’a pas, ou plus de véhicule personnel.

D’un terminus à l’autre, on peut aussi découvrir les différents aspects de la ville, et les étonnants mélanges d’architecture…. Me voici arrivée « tout en haut » (ou presque) : la villa Paloma jouxte le Jardin exotique. Les fenêtres offrent une vue plongeante, comme le montre cette photo empreinte de « japonisme » (plongée, poteau, « grille », voile – j’ai bien appris ma leçon, lors de la conférence à Nice!).

J’y retrouve deux oeuvres qui ont changé : normal, elles exploitent la mouvance de la nature. L’une, parce qu’elle est composée à partir de peaux d’agrumes;

l’autre, parce que des plantes y poussent dans des chaussures, qui elles-mêmes vieillissent…

L’exposition du moment ? La casa ideale, de Pier Paolo Calzolari. Au départ, surprenante… des salles quasiment vides. Dans l’une, une bande de métal…

Dans une autre, des quasi-monochromes blancs un peu « ocre » avec quelques objets.

Mais peu à peu je suis entrée dans l’esprit de l’artiste, et me suis prise au jeu.

Il est des « oeuvres » qui m’ont questionnée sur le sens de ce qualificatif, comme celle-ci:

Un bruit au fond du couloir, étrange, comme un grincement répété à l’infini. Je découvre un petit porcelet rose, comme coincé dans une porte…

Mais d’autres m’ont séduite, comme celles qui suivent.

Approchons-nous, si vous le voulez bien…

Sur le mur qui lui fait face, cette phrase :

Après le bois, la fleur… La nature est souvent présente, d’une manière ou d’une autre, dans les oeuvres. Ainsi ces pétales qui forment le fond de ce « specchio oro portrait »…

… et ces feuilles de tabac qui forment comme une guirlande au bout de l’expression en lumière…

Il m’a cependant fallu voir l’entretien filmé dont j’ai pu profiter seule dans la salle de projection, pour mieux encore le comprendre, et saisir son rapport au monde, au langage, à la poésie. Vraiment très intéressant!

Un dernier regard sur le vitrail qui orne l’escalier, aux oiseaux éponymes de la villa, et je redescends vers le Rocher…

Conséquences (inattendues?) du développement de l’industrie…

J’ai eu la chance d’assister hier à une conférence très intéressante, dont le thème était l’influence des estampes japonaises sur la peinture française de la fin du 19ème et de la première moitié du 20ème siècle.

JLa conférencière maîtrisait visiblement son sujet, et a réussi à captiver un public nombreux, en plein après-midi de cette belle journée ensoleillée, avec un exposé très bien et très abondamment illustré. Je ne vais, bien évidemment, pas le reprendre ici. Sachez, pour votre intérêt, qu’il est en ligne : elle propose, sur son site, d’accéder à ses conférences en ligne, pour la modique somme de 7 euros… et elles les valent largement!

Un petit mot au passage aussi pour l’association organisatrice, que je découvrais à cette occasion, et dont je viens d’ouvrir la page Facebook. Elle propose visiblement un programme très intéressant!

Pas question, comme je le disais, de « piller » ni même dévoiler le contenu très riche de l’exposé. Juste quelques points qui m’ont particulièrement marquée, et que je vais vous présenter sous forme de jeu. Voici longtemps que je ne vous avais pas fait jouer!

Influences du Japon

Observez donc les tableaux ci-dessous, et tentez d’y retrouver des éléments qui évoquent le Japon…

Commençons par l’artiste qui possédait une impressionnante collection d’estampes, Van Gogh…

Enigme 1 : quel mont est représenté sur ce tableau?

Enigme 2 : quels points communs entre l’estampe de Korin Ogata (18ème) et le tableau de Van Gogh (1889)?

Continuons avec Manet…

Enigme 3 : Zola est représenté par le peintre, assis à son bureau, à Paris. Pourtant, le Japon est bien présent. Comment? Attention, deux réponses sont faciles, la troisième l’est beaucoup moins. Et je ne parle pas de la manière dont l’écrivain est représenté!

La villa de Giverny regorgeait d’estampes, et Monet ne s’est pas privé de s’en inspirer (pensez aux nymphéas!). (Source de l’image)

Enigme 4 (pour rire un peu) : quels éléments rappellent le Japon dans le portrait de son épouse (1876)?

Enigme 5 (encore plus!) : quel élément du décor de son jardin, évoquant le Japon, Monet a-t-il peint 47 fois (enfin, dans les tableaux qui nous sont parvenus!)?

Plus difficile cette fois : de quelle nationalité est le peintre qui est à l’origine de l’oeuvre suivante (1888)?

Enigme 7 : de qui est ce tableau qui fut considéré comme « japonisant », et pourquoi?

Mais pourquoi ces influences? Deuxième manche du jeu!

Pourquoi ces influences, à ce moment précis?

Question 1. Qui est représenté sur ce tableau? En quoi est-ce en lien avec le « japonisme »?

Question 2. On parle de « japonisme » à cause de cet homme. Mais qui est-ce? En quelle année eut-il l’idée de désigner ainsi le mouvement?

Question 3. Une adresse à Paris : le 22 rue de Provence. On y allait chez un personnage portant un prénom wagnérien mais un nom à consonance asiatique. Qui était-il? Et pourquoi allait-on chez lui?

Question 4. Un « Musée rétrospectif »… cela fait un peu « pléonasme », non? Dans le « Palais de l’Industrie »… inattendu, non ?

Et pourtant! Il eut lieu en 1965… Combien d’oeuvres originaires d’Asie y sont présentées?

Question 5 : Une délégation japonaise vint à Paris en 1867… à quelle occasion? Quels liens avec le « japonisme »?

Question 6. Deux ans plus tard, une exposition étonnante…

Question 7. Encore des expositions! On voit bien les dates, mais ils ont oublié l’année! Quelle était-elle?

On assiste ainsi, en trois décennies, à une véritable expansion du japonisme. Est-ce à dire que les oeuvres japonaises n’étaient pas connues avant? Que nenni, mais c’est une autre histoire.

Je ne veux pas finir sans évoquer deux artistes dont a abondamment parlé la conférencière hier et que, pour ma part, je ne connaissais pas (encore des lacunes, direz-vous!).

Winslow Homer

« Winslow Homer débute comme reporter dessinateur durant la guerre de Sécession, avant de peindre des scènes décrivant le quotidien de l’armée et du monde rural dans la précision naturaliste qui dominait alors la peinture américaine. Après un séjour parisien, Homer adopte un temps la palette impressionniste, puis trouve sa marque définitive, entre réalisme et symbolisme. » (Musée d’Orsay)

Quels liens avec le japonisme? Il passe par un voyage en France, où cet Américain né à Boston découvre les peintres de l’Ecole de Barbizon – et souvenez-vous qu’un des grands de cette Ecole fut Daubigny, l’un des maîtres de Van Gogh (voir article de 2023), et va sans doute aussi fréquenter les milieux artistiques et les expositions à Paris. Souvenez-vous, 1867, c’est la date de l’Exposition Universelle évoquée ci-dessus!

Le tableau qui suit devrait en évoquer d’autres, pour vous…

Il est parmi les premiers peintres à avoir « tronqué » des objets, et ainsi fait en sorte que le hors-champ, par son absence, devienne si puissant.

En 1887, Monet va inverser l’orientation, remplacer la voile par les rames, et les hommes par les femmes…

On trouve sur le net de nombreuses vidéos qui présentent l’immense oeuvre de l’artiste, mais quasiment toutes en anglais. Je vous laisse donc choisir… Mais pour une présentation de l’homme, je vous conseille la National Gallery.

Henri Rivière

Encore un peintre que je connaissais pas, et qui fut fort inspiré par le Japon. Voici ce qu’en dit la présentation sur Gallica (BNF).

« Henri Rivière (1864-1951) a commencé sa carrière par le dessin et l’eau-forte avant de devenir, en 1886, metteur en scène et scénographe du théâtre d’ombres au cabaret du Chat noir, situé au pied de la butte Montmartre. En 1890, sous l’influence de l’estampe japonaise qu’il collectionne, il découvre la gravure sur bois en couleurs, dont il maîtrise toutes les étapes, du broyage des couleurs à l’impression. Ses suites, nées de la fréquentation régulières des côtes bretonnes, l’inscrivent dans l’histoire de l’estampe comme un acteur majeur du renouveau de l’estampe en couleurs. Il donne aussi ses lettres de noblesse à la lithographie en couleurs grâce à plusieurs séries de paysages (Le Beau pays de Bretagne, La Féerie des heures, Aspects de la nature), dont certains inspirés par la capitale (Paysages parisiens et Les Trente-six vues de la Tour Eiffel). En 2007, son fonds de l’atelier, entré par dation, est venu enrichir les collections du département des Estampes et de la photographie. »

Henri Rivière avait réuni une impressionnante collection d’estampes japonaises, comme l’explique le site de la BNF, Gallica.

On comprend qu’elles aient inspiré son oeuvre…

Un petit tour à Saint Paul de Vence

Vous avez peut-être suivi le périple effectué en ce samedi de février, du carnaval de Vence à la chapelle dite « Matisse »… Il nous mène ensuite tout naturellement à Saint Paul, car mes amies ne connaissaient pas la Fondation Maeght.

Le temps manque cruellement, car elle ferme à 18 heures (et, en réalité, un peu avant, comme j’ai pu le constater). Mais ce sera une première approche. Comme il n’y a pas, à cette époque de l’année, d’exposition spécifique, cela leur permettra d’avoir une idée du fond. Et de voir le magnifique parc où j’aime à méditer, assise sur le banc face à « la fourche », avec en toile de fond la Grande Bleue…

Les lumières du couchant me fascinent toujours autant. Elles subliment, en ce crépuscule, les oeuvres qu’elles éclairent de leurs rayons aussi malicieux que le Labyrinthe de Miro.

Les « fidèles » de ce blog ont déjà vu ces oeuvres, comme elles et ils ont vu le banc de Luigi Mainolfi, que je vous ai montré dernièrement, Per quelli che volano. J’ai pensé qu’il s’agissait d’une phrase d’auteur. Apparemment, pas. Mais une auteure a écrit postérieurement (2017, alors que l’oeuvre date de 2011) sous ce titre. A lire ici. En voici un extrait. Poignant, voire triste. J’ai aimé.

« Tardi per essere lì a dare il primo abbraccio,
tardi per offrire una spalla su cui piangere,
tardi per confortare chi ne ha bisogno. »

A l’intérieur, peu de variations dans la collection permanente. Mais l’impression de retrouver de vieux « amis ». Ubac, Hartung, Miro, Soulages… une « revoyure » bien agréable!

Mais j’ai aussi découvert des peintres que je ne connaissais pas et dont les oeuvres m’ont touchée, autant esthétiquement qu’émotionnellement.

Pierre Fauchet, d’abord, et le tableau intitulé Selva.

J’ai pu trouver sur le net une exposition dans une ville que je connais bien, Aire-sur-la-Lys, durant laquelle des écrits (ou encore là, sur la manière dont nous « habitons« ) ont été produits sur ce peintre, disparu en 2015, à 55 ans.

La Muse qui m’amuse… Tel est le titre de la seconde oeuvre découverte, dont l’auteur est Marco del Re, dont l’annonce du décès en 2019 m’a appris qu’il n’était autre que le compagnon d’Isabelle Maeght, la petite-fille d’Aimé.

La vaste salle du premier étage est consacrée à Modigliani et son environnement, en ce moment. J’ai particulièrement apprécié les photos de l’artiste au travail.

Virée du Labyrinthe et du Musée par des gardiens impatients de fermer, je baguenaude encore un peu dans les jardins qui sont exceptionnellement déserts à cette heure…

Une nouvelle oeuvre y a pris place, que j’appellerai « Pierre sur échelle » si je voulais me montrer un peu espiègle… Vous l’avez repérée, sur la photo ci-dessus? Approchons-nous, et faisons-en le tour…

Un aveu à vous faire. Après recherches, je me suis rendu compte qu’elle est là depuis 13 ans! Il s’agit d’une oeuvre d’un artiste suédois, Erik Dietman, intitulée « Monumental ». Cherchant à en savoir davantage sur lui, j’ai trouvé un article qui présente cet artiste à l’oeuvre très hétérogène.
« Au-delà de l’humour, l’œuvre impertinente et truculente d’Erik Dietman a un fort impact esthétique. Hétérogène, elle vise à stimuler intensément le goût pour la curiosité et l’excès. Elle prend sa source dans le mariage de l’exubérance et de l’élémentaire au service d’une forme toujours limitée à son expression essentielle. »

On va fermer les portes, il faut quitter ce havre de paix. Mais c’est pour en retrouver un autre, bien différent, sur les remparts de Saint Paul, peu fréquentés en cette heure, un soir d’hiver au goût de printemps. Une jolie terrasse avec vue mer et montagnes (vous ne verrez pas la vue « montagnes », photo ratée pour cause de contrejour mal apprécié)…

Une dernière surprise : une bière dont le nom m’intrigue sur la carte. Je la commande. Elle est excellente. Appréciez le jeu de mots!

La chapelle du Rosaire à Vence

« Cette œuvre m’a demandé quatre ans d’un travail exclusif et assidu, et elle est le résultat de toute ma vie active. Je la considère malgré toutes ses imperfections comme mon chef-d’œuvre. »

Ainsi Henri Matisse parlait-il de la Chapelle du Rosaire, à qui il consacra effectivement les années 1947 à 1951 (trois ans avant son décès). J’ai déjà vu maintes fois ce monument, mais je le revois toujours avec plaisir, comme à chaque fois que je le fais découvrir à d’autres. Pourtant, je ne suis pas une « fan » de cet artiste, même s’il est né dans une ville proche de mon lieu de naissance, et même si j’admire son oeuvre. Mais ce lieu aux lignes et aux décors épurés appelle profondément à la spiritualité, quelle qu’elle soit.

Venez avec moi, entrez…

Avançons jusqu’à l’autel… Matisse a conçu chaque objet, depuis le crucifix qui orne cet autel jusqu’à la nappe sacerdotale, brodée de poissons (regardez bien, vous en verrez 3 sur le pan visible sur la deuxième photo ci-dessous).

Un livre est ouvert à la date du jour… le texte fait écho à l’actualité : « Va d’abord te réconcilier avec ton frère… Mets-toi vite d’accord avec ton adversaire… »

La lumière filtrant à travers les vitraux de la façade sud se reflète dans les céramiques peintes de celle du nord, alors que le panneau du fond reste contrasté noir / blanc.

Si j’avais déjà vu la chapelle, je n’avais, par contre, jamais visité l’exposition qui relate sa conception. Elle est particulièrement intéressante, car présente des plans, des dessins, mais aussi des photos qui nous montrent les diverses phases de l’élaboration.

Hélène Adant (Hélène Mossoloff) a ainsi pris des clichés de l’artiste en pleine création. Pour information, cette photographe d’origine russe était la cousine de Lydia Delectorskaïa, qui fut le modèle et l’assistant de Matisse de 1926 à sa mort, sa dernière muse. Si vous voulez en savoir plus sur l’auteure des photos, voici quelques liens : ici et

On découvre qu’il y avait dans sa demeure une maquette de la chapelle, d’une taille lui permettant de créer in situ l’ensemble des vitraux et décors.

On le voit en train de concevoir le Christ qui orne l’autel.

On ressent une irrépressible émotion en lisant les extraits de missives manuscrites, comme celle-ci, qui questionne la préparation de la nappe ornée de poissons.

On le « voit » demander conseil aux religieux et religieuses qui lui apportent leurs lumières, comme ici pour les poissons, ou plus bas pour la conception du confessionnal.

Une photo le montre, peignant une esquisse en « grandeur réelle ».

Carnaval de Vence

Sur « la Côte » (comme s’il n’y en avait qu’une!), c’est actuellement le moment des carnavals. Complètement décalés, si vous regardez le calendrier. Car, normalement, un Carnaval s’achève le Mardi Gras. Autrefois on brûlait Monsieur Carnaval. Pour ce qui me concerne, j’ai vécu ces moments au Nord comme au Sud : à Binche, ville de Belgique célèbre pour ses gilles (dont je vous ai déjà parlé) et à Nice. Le lendemain commence en effet le carême des catholiques : durant 40 jours, abstinence, voire, pour certain-e-s, des formes de jeûne. Mais dans notre actuelle société avide d’argent, il faut qu’un carnaval rapporte. Alors, fi des traditions, on le décale. Ce qui fait que, sur la Riviera, ils ont tous lieu après le Mercredi des Cendres, qui, cette année, coïncidait avec la Saint Valentin. Mon arrivée au bord de la Méditerranée s’est effectuée au moment de la Fête des Mimosas, à Mandelieu-la-Napoule, et les carnavals de Nice et de Menton ont commencé tous deux samedi, le 17 février. Jadis, un carnaval était une fête populaire, qui permettait tous les défoulements avant les 40 jours de carême… Maintenant, c’est un attrait touristique. Et, pire, inaccessible au « peuple ». Je m’explique : à Nice comme à Menton, le défilé se fait dans une zone circonscrite, fermée. Il faut payer pour y entrer. Et ce n’est pas donné : entre 14 et 28 euros par personne à Nice, entre 16 et 29 euros à Menton ! Un spectacle, donc, et non plus ce que c’était naguère : une manifestation populaire. J’ai connu le temps où chaque quartier de Nice faisait « son » carnaval…

Heureusement, il y a des Résistant-e-s. On m’a parlé d’un carnaval alternatif à Nice. Effectivement, une page Facebook lui est consacrée.

Et, bien sûr, on y retrouve la ratapignata, la chauve-souris, emblème de la résistance nissarde.

Il s’adapte à l’époque, comme on peut le voir sur cette affiche.

Je ne serai plus là pour le voir, décalage des périodes de vacances oblige; vous savez, ce qui empêche, pour que certain-e-s puissent gagner un maximum, que d’autres se retrouvent en famille, que des (arrière) grands-parents qui vivent à Paris puissent partager les vacances de leurs petits-enfants scolarisés dans une autre région?

Pour ce qui me concerne, je suis allée voir celui de Vence. Un tout petit défilé, mais où chacun-e avait sa place. De l’intergénérationnel. L’absence de « clinquant ». Et de la joie partagée, notamment avec les enfants. Alors j’ai choisi de vous le faire « vivre » autant que possible, au travers de (mauvaises) photos et (piètres) films. Pour témoigner. Pour montrer que cela est encore. Malgré tout.

Un petit mot, avant de commencer, sur la ville elle-même. Une des rares villes qui a gardé son authenticité malgré le flux touristique né avec le PLM et la « nationale 7 » et continué avec le TGV (TPV (très petite vitesse au prix de la grande!) entre Aix et Nice) et l’A8. Le centre ancien y est moins « léché » que dans les villages perchés ou les villes du bord de mer, mais on sent qu’il y fait bon vivre…

La photo ci-dessus a été prise sur la place où nous avons déjeuné. Un lieu idyllique, loin de toute agitation. Calme et silencieux. Un soleil radieux. Un accueil merveilleux. Et un déjeuner délicieux. Que demander de mieux?

Parillada de poissons pour l’une, aïoli aux légumes craquants pour d’autres, et des desserts tous plus fins les uns que les autres, comme les poires au vin que j’ai appréciées à leur juste valeur… Bravo à l’équipe du Michel Ange!

Après la charmante et sereine place Godeau (nom qui a évidemment entraîné le « en attendant » attendu…) au chevet de la cathédrale, direction la place du Grand Jardin, très ensoleillée aussi, moins historique mais beaucoup plus animée…

Une petite heure à siroter le café au soleil, et voici que l’on entend de la musique. Qui s’approche. Le défilé arrive…

Vous ne verrez pas la danse des Boufet, mais on voit déjà, dans le défilé, le costume blanc des danseurs et danseuses selon la tradition.

 » La danse des « Boufet » très répandue en Provence se retrouve sous d’autres formes dans d’autres régions comme les « soufflaculs » dans le Jura.
Comme dans toutes danses traditionnelles, les « Boufet » puisent leur origine aux sources de la civilisation agraire. L’homme a toujours essayé par des représentations d’objets ou d’animaux, des gestes spécifiques, de chasser les mauvais esprits qui pourraient entraver l’acte de régénération et d’encourager les divinités propices du sol dont sa vie dépend.

C’est ainsi que les figures précises de la danse, telle que spirale, enroulement, encerclement,dédoublement, renversement, ainsi que l’instrument employé par les « boufetaires » le soufflet, le costume blanc des jeunes gens et les grelots qui s’agitent à leurs chevilles, sont autant des symboles. »

On sait aussi que les sauts en cadence sur un pied sont des appels pressants à la
végétation, que les vêtements blancs, les grelots, mettent en fuite les mauvais esprits.

La danse des « Boufet » est donc bien un rite de fertilité comparable aux Olivettes et au au Bakubèr dans laquelle le soufflet a pour mission d’insuffler des forces nouvelles à la Nature endormie.
D’ailleurs, le caractère des paroles prononcées, le fait que les sorciers utilisaient le soufflet pour chasser les mauvais esprits, attestent le sens rituel des « Boufet », destinés à agir sur la Nature et sur les astres pour promouvoir la fertilité.
« 

« A Nice, le lancer de paillassou est une tradition. Je l’ai retrouvée, ce jour-là, à Vence. Mais ne sais si on le nomme ainsi…

Le paillassou ou pailhasso, si on l’écrit en niçois, se traduit littéralement par « homme de paille ». Son nom viendrait même de l’italien pagliaccio, qui veut dire le clown ! Tradition issue directement du Carnaval de Nice, le lancer de paillassou est même devenu un championnat du monde. 

À l’origine, il s’agit d’un jeu qui consiste à placer le bonhomme au centre d’un drap. Lancé dans les airs, on compte alors le nombre de rebonds que l’on parvient à faire. Avant tout lancer, un cri :

Un, doi, très, manda lo Pailhasso !le cri du lanceur de paillassou !

Selon la tradition, il représente les soucis, les mauvaises choses de l’année passée. Donc on l’envoie loin, le plus loin possible pour passer à autre chose dès janvier et oublier ses malheurs. En 1990, le groupe de musique Nux Vomica et son chef de file Louis Pastorelli décident de créer un  carnaval indépendant, ils donnent alors une place particulière à ce paillassou. 

Le championnat du monde du lancé de paillassou est organisé chaque année par l’association Nissa Pantai à Nice fin janvier.« 

Ce que je partage avec vous ci-dessous, c’est cette belle tradition, revue pour les enfants, avec un « mini-paillassou ».

L’heure tourne, et nous avons prévu d’aller visiter la chapelle de Matisse. Il faut arriver avant qu’elle ne ferme… Adieu le Carnaval et ses mini-carnavaliers/ères…

Plus de 30 mètres de roman

En 1901, 24 ans après qu’un ouvrier tisserant japonais eut l’idée de créer un métier Jacquart en bois pour éviter le coût de l’importation de métiers français, naissait au Japon Itaro Yamaguchi, qui devint l’un des « maîtres » du tissage.

« Dès l’âge de 19 ans, il crée son propre atelier, le ‘Yamaguchi orimonojo’, à partir de la technique des métiers Jacquard, importée de France à la fin du XIXe siècle. En 1941, il est conseiller municipal de la ville de Kyôto et en 1954, président du Conseil d’administration de la chambre syndicale de tissage de Nishjin, se voyant alors proposer le titre de ‘Trésor national vivant’, distinction qu’il refuse en affirmant que son oeuvre est le fruit d’un travail collectif. » (source)

Lorsqu’il atteint ce que Belges et Suisse nomment la septantaine, il décida d’entamer un travail de longue haleine : faire tisser le DIt du Genji. Puis, en reconnaissance à la France qui avait permis à Kyoto de redynamiser l’industrie textile mise à mal par les taxes contre les produits luxueux puis par deux importants incendies, en initiant trois « envoyés » à l’utilisation des métiers Jacquard, puis en fournissant des métiers de ce type, il offrit au pays les rouleaux ainsi conçus : 3 parvinrent à Paris de son vivant, le quatrième après son décès à l’âge de… 106 ans. Il avait passé plus de trente ans de sa vie à concevoir cette oeuvre, et seule la cataracte le gênait!

La découverte de ces rouleaux constitua pour moi la 7ème belle surprise de l’exposition, et clora cette série que, j’espère, vous n’avez pas trouvé trop longue?

7. Les rouleaux de Maître Itaro Yamaguchi

Le quartier de Nishijin, à Kyoto, est connu pour être historiquement axé sur le tissage. Des techniques spécifiques y ont été développées, et Maître Itaro Yamaguchi a participé à l’histoire de ces évolutions. Mais je ne suis pas là pour vous parler de cela. Je souhaite simplement vous faire partager l’émotion ressentie en admirant ces rouleaux présentés dans deux très longues vitrines, hélas au verre non traité : les photos sont gâchées par la lumière! Néanmoins j’espère que cela vous donnera une idée de ce que j’ai ressenti – et je n’étais pas la seule! Quelques extraits pour vous donner envie d’en découvrir davantage…

Quelques détails saisis dans des scènes…

A la fin de l’exposition, des photos gigantesques permettent de mieux saisir d’autres détails…

Elles sont accompagnées d’un dispositif permettant de humer des senteurs d’encens, en lien avec la cérémonie de l’encens, joute olfactive qui distrayait les nobles de la période de Heian. Elle consistait à associer des senteurs à des images… Vous pouvez jouer avec celles qui précèdent! Ou imaginez celles que vous associeriez aux nombreux personnages du Dit du Genji…

Japon et France tissent… des liens!

Le dernier volet de l’exposition au Musée Guimet porte sur le tissage (d’où le très mauvais jeu de mot du titre, je dois l’avouer!). Pour continuer dans la même veine que précédemment, à savoir « Qu’ai-je appris durant cette visite, qui m’a particulièrement frappée? », voici deux réponses qui concernent cet art.

6. La France aurait « sauvé » l’industrie japonaise…?

On le sait, des liens se sont tissés (c’est le cas de le dire!) entre la France et le Japon, pour ce qui concerne la soie et le tissage. Plus spécifiquement avec la ville de Lyon. C’est là ,en effet, qu’en 1466, alors que la soie française est essentiellement fabriquée en Provence, Louis XI, monarque de l’époque, décide de délocaliser la production pour l’installer à Lyon, place économiquement stratégique, et à proximité de l’Italie, principal fournisseur de vers à soie. On connait le développement ultérieure de cette Histoire, notamment avec les célèbres Canuts. Mais quel rapport avec l’exposition, me direz-vous? Revenons à nos petits vers… une épidémie les attaqua, en Europe, au 19ème siècle. Comment faire pour compenser cette perte? En faisant appel au Japon.

« L’importation de soie brute japonaise depuis le port de Yokohama permit de sauver l’Europe de cette crise. Cet échange est d’ailleurs à l’origine du jumelage entre Yokohama et Lyon en 1959. Cependant (…) Yokohama n’est pas la seule ville avec laquelle Lyon entretient des liens historiques, puisque Kyoto a su tisser elle aussi des relations étroites avec la ville aux deux collines. » (source)

Aussi, lorsque le Japon eut à faire face à une problématique d’origine différente, mais aux conséquences similaires, il se tourna vers son alliée française, qui utilisait depuis le début du 19ème siècle un « métier » évolué, grâce à la mécanique appelée « Jacquard », du nom de son inventeur. Si vous voulez en savoir davantage, voir par exemple ici.

« En 1872, les autorités du département de Kyoto décidèrent d’envoyer à Lyon trois artisans du quartier de tissage Nishijin : INOUE Ihei, SAKURA Tsuneshichi et YOSHIDA Chushichi. Ils y apprirent les techniques du métier à tisser Jacquard puis ils emportèrent à leur retour l’une de ces machines. »

Voilà qui sauva l’industrie japonaise du textile. Mais vous ne voyez toujours pas le lien avec le Dit du Genji? Normal, impossible à deviner si l’on ne sait pas ce qu’est le nishijin-ori, ni qui est Itaro Yamagushi. Ils font l’objet de la septième découverte importante lors de cette visite…

Avatars du Dit du Genji

Rassurez-vous, je vais finir aujourd’hui cette série sur une visite qui m’a vraiment marquée… Ne serait-ce que parce que je suis frustrée de ne pouvoir vous faire vivre avec moi la semaine que je suis en train de passer dans mon fief niçois… Mais je ne voulais pas ne pas vous parler des autres découvertes durant cette visite! Elles sont au nombre de 3.

5. Le Dit en manga et en animation

A peine sortie de la salle où j’ai appris ce qu’est une « parodie » et qui se ferme sur un splendide palanquin, me voici brutalement plongée dans un étrange univers, qui forme un contraste surprenant avec celui qui précède.

Et pourtant, il s’agit bien du même texte! L’oeuvre a été reprise en manga, dans diverses éditions, et en film d’animation.

Je ne vous en dirai pas davantage, car je suis totalement ignare dans ces deux domaines : les mangas et les films d’animation. Et je dois avouer que je suis passée assez rapidement dans cette salle, à qui j’en voulais de « casser » la magie en me transportant dans un univers tout autre. La salle suivante m’a réconciliée avec l’exposition, bien qu’elle parle d’une période bien plus récente que celle de Murasaki Shikibu…