Dans le précédent article, nous étions à Deauville pour l’exposition consacrée à Zao Wou-Ki, et je vous avais promis de finir sur ses rencontres avec les poètes. En effet, une partie de l’exposition est consacrée au dialogue entre les oeuvres des uns et des autres.
Le processus est loin d’être toujours identique. Dans certains cas, une oeuvre en précède une autre, qui soit la commente, soit l’illustre… Dans d’autres, il s’agit d’une sorte d’écho entre deux créations.
Dans l’exposition, le parcours est chronologique. Je ne ferai pas le choix du même ordre, préférant comme critère la « proximité » entre les artistes : de la moins forte à la plus prégnante.
EZRA POUND
C’est pourquoi je commencerai par « le dernier », chronologiquement parlant, qui est celui dont Zao n’a jamais été proche de son vivant : Ezra Pound. En effet, c’est après le décès de ce dernier que les éditeurs ont sollicité le peintre pour qu’il crée des estampes en regard d’une de ses oeuvres.
YVES BONNEFOY
C’est assez tardivement aussi que Zao a oeuvré en écho aux poèmes d’Yves Bonnefoy, autour des années 2000…
HUBERT JUIN
C’est aussi une maison d’éditions qui est à l’origine de la rencontre entre Hubert Juin et Zao Wou_Ki et amena ce dernier à créer « en résonance » avec les poèmes de l’écrivain.
RENE CHAR
31 ans d’amitié et de créativité partagée, telle est l’histoire de René Char et Zao Wou-Ki, qui a été à l’origine de nombres d’oeuvres…
Le premier ouvrage qui en résulta est présenté dans cette exposition. En voici quelques extraits.
HENRI MICHAUX
Une longue amitié a lié les deux hommes. Elle a commencé peu après l’arrivée du jeune Chinois à Paris et a duré jusqu’au décès du poète en 1984. Elle a perduré au travers d’hommages et d’illustration d’éditions posthumes.
Il est assez rare que l’écrit succède à l’image, en poésie, surtout lorsque les artistes ne se connaissent pas… Tel est pourtant le cas de cette « lecture » qu’avait faite le poète lorsqu’il découvrir les oeuvres du jeune Chinois, avant même de le rencontrer.
« En regard de… », « lecture », « résonance »… les modalités d’interactions entre les artistes et entre leurs oeuvres sont d’une grande variété, telle est la leçon que l’on tire de cette exposition, qui me donne envie d’approfondir tout cela par la suite… Mais je ne veux pas terminer sans citer le peintre, bien sûr!
L’intérêt pour Zao Wou Ki est décidément un moteur pour visiter la France! Après Chateaudun, découvert l’été dernier pour aller voir les oeuvres offertes par sa veuve à ce musée étonnamment important pour une ville de cette taille, c’est à Deauville qu’il m’a conduite en ce long « pont » de l’Ascension. Pourtant, ce n’est pas ma destination préférée! Mais la découverte du lieu de convivialité et de sérénité que constitue « Les Franciscaines » me ferait presque changer d’avis… En tout cas, j’ai décidé d’y retourner pour en poursuivre la visite, et la « déguster », car je ne pouvais y faire cette fois qu’une halte assez longue pour une exposition, mais trop courte pour une visite de l’ensemble, et encore plus pour traîner dans le jardin ou lire dans la salle de restauration, de type « réfectoire » avec sa longue table, ou sous la verrière aménagée en bibliothèque cosy.
L’exposition porte un titre intrigant : « Les allées d’un autre monde »…
Je ne ferai pas de longue glose sur cet intitulé, mais comme j’ai choisi quelques éléments de cette riche exposition, je pense que vous construirez vous-même des interprétations de celui-ci. Partons donc, avec ou sans guide, découvrir ces « allées »…
Dès la première série, une hypothèse s’impose…
Un exemple frappant, pour moi, en est un tableau qui m’a beaucoup touchée, et que j’ai eu envie d’appeler « L’Eve eurasienne », j’en demande pardon à l’artiste…
Comme je vous l’ai dit, je ne vais pas disserter sur cette exposition, mais focaliser sur quelques oeuvres, et sur certaines des nombreuses citations qui la scandent.
C’est sans doute un des facteurs de son attrait pour des supports divers, dont de nombreux exemples sont présentés à Deauville.
L’une des caractéristiques de Zao Wou Ki est d’avoir collaboré avec beaucoup de monde. Le résultat en est qu’il a participé, directement ou indirectement, à la création de nombreuses oeuvres et de divers monuments. C’est ainsi, par exemple, qu’on trouve de ses oeuvres aussi bien dans le métro de Lisbonne que dans un collège de la Seyne-sur-Mer (dans ce cas, je devrais écrire « trouvais », car l’oeuvre a été déplacée).
Quant au collège de La Seyne-sur-Mer, c’est son ami Roger Taillibert, l’architecte, entre autres, de la piscine de Deauville, qui a eu cette idée, comme le raconte cette vidéo. Ils étaient tous deux membres de l’Institut des Beaux-Arts.
Il a aussi été ami avec de nombreuses personnalités, dont l’architecte de la Pyramide du Louvre, comme le rappelle cet article de Connaissance des Arts.
Une des toiles achetées par Pei (qui avait, comme Zao, fui la Chine communiste et qu’il avait rencontré dès 1952) a battu un des records de vente chez Soteby’s, un tryptique, « Juin-Octobre 1985 ».
« « C’est l’exemple parfait de la fusion entre les techniques orientale et occidentale, ainsi que de sa philosophie », explique Vinci Chang, responsable de l’art asiatique chez Sotheby’s. Avec une adjudication de 65 millions d’euros, la maison de ventes britannique Sotheby’s signe un nouveau record pour l’artiste, surpassant de loin les 26 millions de dollars décrochés par Christie’s l’an dernier, avec l’œuvre 29.01.64.
Le triptyque « abstrait » est la toile la plus monumentale réalisée par Wou-Ki, elle avait par ailleurs été commandée personnellement par Ming Pei, le père de la pyramide du Louve, un fervent admirateur et ami de l’artiste. » (source)
Une des « trouvailles » des concepteurs de cette exposition est pour moi remarquable : l’idée d’avoir listé tous les « hommages » et les « tributes » de Zao…
Encore un « pont » avec la culture chinoise… Zao avait traduit bien des textes, et notamment celui de Laozi, que nous connaissons souvent mieux sous le nom de Lao-Tseu, « père » du taoïsme.
La citation qui précède et cette photographie de l’artiste closent une exposition dont vous n’avez eu qu’un aperçu…
Il reste un autre « monde » dont j’ai envie de vous parler, celui de la poésie. Ce sera l’objet d’un second article, si vous voulez me suivre…
J’ai découvert ce mardi soir, grâce à des ami-e-s, un superbe lieu dont j’ignorais l’existence jusqu’alors, dans un bourg peu éloigné de ma base picarde, Ault-Onival. Il s’agit de l’ancien dancing de l’ancien casino de cette station balnéaire jadis très prisée des gens du Nord-Pas-de-Calais, et toujours appréciée des habitant-e-s de ce qui est devenu « Hauts-de-France » (ne cherchez pas leur nom, ils n’en ont pas, et d’ailleurs les Picards, entre autres, se sont déchaînés en propositions humoristiques tant ils étaient en colère de voir disparaître leur région derrière cette dénomination étrange).
Une carte postale représentant le Petit Casino. Le dancing est à gauche, dans la rue perpendiculaire
Et voici ce qu’il en est aujourd’hui…
A l’intérieur, une magnifique salle avec un balcon superbement décoré et ceint de verdure.
Au sol, le souvenir des couples qui y ont dansé…
Je n’irai pas plus avant dans les photos du lieu, car il s’agit d’un domicile personnel, et, pour moi, l’intimité, même si elle est partagée le temps d’un évènement, doit être préservée. Et le lieu n’est pas l’objet de cet article! Mais, en l’occurrence, il fournit un précieux cocon pour des rencontres chaleureuses mais aussi passionnantes. Ce qui fut le cas en ce début du mois de Mai, où je fus reçue par la maîtresse de céans, qui m’expliqua plus tard ce qu’est l’association, qui est présentée en ces termes sur son site.
« C’est un lieu qui a pris naissance dans le dancing d’un ancien casino de bord de mer. L’ailleurs… est l’emplacement unique dans lequel il se pose : entre la naissance des falaises et les marais de la baie de Somme, dans un village arrêté dans le temps, décors naturels étonnants propices à la création. Lieu chargé d’histoires donc, et qui reprend sa route sur d’autres voies. Petit Casino d’Ailleurs… est avant tout un regroupement d’artistes d’univers différents, de disciplines différentes, tant dans le spectacle vivant, la danse, le théâtre ou le chant, que dans les arts visuels, la photographie, la vidéo documentaire ou de fiction. »
Sur la page Facebook d’Hélène Busnel, notre hôtesse, vous trouverez une présentation de cette rencontre par Didier Debril, ainsi que des photos. Pour ma part, juste des impressions que je tiens à partager avec vous, en quelques mots.
Richesse, diversité et véritables échanges
Qu’il s’agisse du panel d’intervenant-e-s ou du « public », j’ai trouvé la qualité des échanges exceptionnelle. Beaucoup d’écoute, du sérieux n’excluant pas le rire, de l’expertise sans flagornerie, bref, tout ce que j’aime. Et l’on a parlé arts, mais aussi langue, vie quotidienne et oiseaux…
Energies, profondeur et expression, de l’ « inspir » à l’ « expir » médié par la langue picarde
Rien de tel qu’un extrait saisi et noté sur mon téléphone : « Exploitation d’une langue terrienne pour reproduire la pensée proche du dessin« .
Une très grande profondeur, philosophique et j’allais dire « spirituelle », dans les textes qui ont été lus par les deux artistes, dont d’ailleurs j’ai beaucoup apprécié l’harmonie au-delà des (ou grâce aux) différences, Dominique de Beir et Anne Mancaux. Différences, y compris dans la manière de lire et prononcer le picard.
Dominique De Beir
Anne Mancaux
Désolée pour Anne, dont la tête a été coupée dans cette vidéo (pourtant prise avec!!! je suis toujours aussi nulle en technique). Voici donc, pour compenser, une photo d’elle prise lors de la présentation de son Bécédaire en picard, empruntée au Courrier Picard.
Le FRAC était représenté par son directeur en personne, Pascal Neveux, qui a expliqué le « mouvement de résistance » de ce fonds plutôt spécialisé en dessin. Je ne le connaissais pas, et comme je pense qu’il en est de même pour une partie du lectorat de ce blog, voici ce que Connaissance des Arts en disait lors de sa nomination:
« Pascal Neveux, docteur en histoire de l’art, a travaillé à Art Public Contemporain et à la galerie Jean-Gabriel Mitterand avant d’intégrer, en 1992, le Crédac Centre d’art contemporain d’Ivry-sur-Seine. De 1999 à 2006, il a dirigé le Frac Alsace. En 2006, il a été nommé directeur au Frac Paca de Marseille. Président de l’association Marseille Expos depuis 2013, il laisse un bilan positif de son passage dans la cité phocéenne. En plus de ses fonctions successives à la tête d’institutions renommées promouvant la création contemporaine, Pascal Neveux s’illustre dans le commissariat d’exposition et la publication d’écrits. Parmi ses ouvrages, Adrian Schiess : un discours sur la peinture, très banal, très traditionnel (Presses du réel, 2014). L’auteur y commente le travail de l’artiste suisse en parallèle de son exposition éponyme au Frac Paca. Il a assuré, entre autres, le commissariat de l’exposition « Life on Line – Claude Lévêque » à la Vieille Charité (2018). »
Il est rare que dialoguent aussi bien artistes entre eux, institutionnels et béotien-ne-s… Et c’est aussi une des facettes de cette soirée que j’ai particulièrement appréciée… En regrettant de ne pouvoir assister le samedi 10 mai à 19h à la performance dansée avec Hélène Busnel… Mais si vous lisez cet article et que vous n’êtes pas à l’autre bout de la France, allez-y et vous me raconterez?
Un dernier extrait des mots notés ?
« Une autre énergie naît de la rencontre des énergies »…
Il reste quand même celui de Cervantès, ne vous inquiétez pas! Simplement, le ballet est signé du célèbre chorégraphe… et cela se sent, cela se voit, cela s’admire. Le public ne s’y est pas trompé; il était nombreux en ce soir d’avril à l’Opéra Bastille. Et les ovations durèrent bien longtemps à l’issue du spectacle!
Qu’ai-je préféré?
Les « espagnolades » de la première partie, tout en nuance de rouge vif et vert éclatant ?
Le duo entre amoureux, contraints de se cacher pour échapper à l’ire paternelle? Le côté slave de la deuxième partie, tout en nuances de gris, de bruns et de bleus, seulement troublées par le rose et le vert pâles des tutus du corps de ballet?
Les performances des trois danseuses, dont j’ai imaginé qu’elles représentaient chacune une image de la Femme (en l’occurrence, la Femme rêvée par le poète, Dulcinée)… Rouge et Or : domination, pouvoir, aisance. La « Mère »… Or et blanc : volupté, séduction, attirance… La « Maîtresse ». Blanc : pureté, virginité, innocence. La « Dame des pensées », chère aux chevaliers et aux troubadours ou trouvères. Et, du coup, m’est venue une autre idée. Et s’il y avait un tryptique relié au « féminin », déjà discernable dans les Evangiles : Sainte Anne, Marie et Marie-Madeleine…
Mais revenons à l’Opéra. Une petite flûte, le programme… c’est bon, on y retourne!
De ma place, premier rang de corbeille, je voyais très bien tout l’orchestre et son chef. Remarquables d’un bout à l’autre de la partition.
Curieuse destinée que celle des musicien-ne-s condamné-e-s à la « fosse »… Seule la tête du chef d’orchestre doit dépasser pour les premiers rangs ! Jouer, et jouer aussi longtemps, des airs aussi variés, tout en restant invisible pour le public… C’est cruel, non? Aussi ai-je compris qu’iels filent rapidement à la fin, sans laisser loisir aux auditeurs/trices de les ovationner comme iels le méritaient! Car, s’il y eut quelques « couacs » côté danse, je n’en ai relevé aucun côté musique… or le poème symphonique composé par Strauss en 1897 n’est pas simple à interpréter. Une belle critique en est proposée sur le site de France Musique. Je vous invite à la lire, et à écouter les extraits proposés…
Côté danse, je me suis demandé pourquoi le danseur étoile paraissait plus « léger », plus « gracieux », plus « aérien » que les danseuses. Volonté du chorégraphe? Ou virtuosité rendue possible par la liberté? Sont-ce les pointes qui « vissent » les danseuses au sol?
Mais n’exagérons point : certaines figures furent remarquables, et la technique est bien là. J’ai cependant – vous l’aurez compris – regretté un manque d’ « envols »… Néanmoins, un superbe ballet… Les photos prises à la fin (pas le droit – et pas l’envie – d’en prendre pendant le spectacle) sont floues, mais je vous les transmets quand même, pour que vous ayez un aperçu des personnages.
Ici, vous découvrez le père et le prétendant évincé
Quelques « toréadors » et, à l’extrême droite, Sancho Pança
Au centre, Don Quichotte
Le Chef d’orchestre, entraîné par le Chevalier
La danseuse et le danseur « étoile »
Des étoiles, j’en avais plein les yeux, et j’étais ravie d’avoir assisté à ce beau spectacle. J’en garde beaucoup de souvenirs, impossibles à lister ici. Et mon admiration pour Noureev n’a fait que croître, en particulier pour la mixité culturelle revendiquée ici…
Loin d’être une royaliste convaincue, je ne fréquente guère le Château de Versailles, si ce n’est pour ses magnifiques Jardins. Mais en ce soir de fin mars, l’annonce d’un ballet d’un chorégraphe que j’apprécie, Angelin Preljocaj, est bien alléchante. M’y voici donc, aux portes du Palais… ou plutôt de son Opéra, aussi royal que la Chapelle voisine, et que les statues qui me font une haie d’honneur dans la galerie qui n’est pas des Glaces…
Une foule plutôt BCBG attend patiemment… Le temps d’admirer une maquette (de quoi???)…
… et de boire une petite coupe (on ne peut prendre du « gros rouge qui tâche », en de tels lieux!)…
… et c’est l’heure. A ma grande surprise, l’Opéra n’est pas aussi vaste que je l’imaginais.
Vous avez vu? On ne peut pas oublier qu’il est « royal »! Même en regardant la scène! J’ai la chance d’être placée au premier rang d’une Corbeille, premier dans deux sens : de face comme de côté, ce qui m’offre une superbe vue sur le rideau…
Le spectacle comporte trois oeuvres : Annonciation, Torpeur et Noces. Dans l’ordre chronologique, il faudrait placer le dernier en premier, le premier en deuxième, et le deuxième en trois. Car ce sont deux créations anciennes, et une plus récente : respectivement 1989, 1995 et 2023. Et, curieusement, mon ordre de préférence va du plus récent au plus ancien. Je m’explique : j’ai beaucoup apprécié Torpeur. Magnifique danse d’une lenteur et d’une profondeur exceptionnelles. En second, Annonciation. Tout aussi puissante, d’une même tension entre pureté / sérénité et érotisme / volupté.
Aussi étais-je « sur un petit nuage » durant la première partie, et suis-je sortie de la salle, tout à fait subjuguée, ravie, le sourire aux lèvres.
Un petit sandwich et une tartelette aux pommes plus tard, me revoici prête à « m’envoler » à nouveau. Euh… J’allais oublié « et une nouvelle flûte enchantée…
Hélas! Le troisième ballet est heurtant, violent, dérangeant. Je comprends qu’un artiste ait besoin de subventions pour survivre, mais de là à produire sur de tels sujets, il y a une marge. Certes, les interprètes sont toujours aussi bon-ne-s. Certes, la technique y est. Certes, j’ai apprécié certaines figures… Mais je n’ai pas du tout validé le rapprochement des deux premières et de la dernière oeuvre; et j’en voulais (oui, c’est le terme idoine) à celui qui m’infligeait une telle déception. Est-ce le chorégraphe ou la personne qui a fait le choix du programme? Quoi qu’il en soit, mauvais choix pour moi que ce « triptyque« …
Il n’en reste pas moins qu’on ne peut rester insensible à la créativité de Preljocaj, au côté « osé » de ses oeuvres, et à la virtuosité des danseuses et danseurs… et que j’ai passé une excellente soirée dans cet Opéra, tout royal qu’il soit… Vous pourrez en voir des extraits ici (et ailleurs, il y en a beaucoup sur le net). Je ne résiste pas à l’envie de copier pour vous deux photos qui évoquent les passages que j’ai adorés, ballets 1 et 2.
Et, franchement, les ovations étaient bien méritées. Dommage que, pour les saluts finaux, les artistes soient dans la tenue du dernier ballet… je préférais celle du deuxième!
J’ai déjà écrit, sur ce blog, un article présentant la Villa Paloma. Celles et ceux qui l’ont lu comprendront que j’aie eu envie d’y retourner.
Ce que j’ai donc fait après la visite du Pavillon Bosio. Et, pour la première fois, j’ai pris le bus qui serpente à travers Monaco et Monte Carlo, menant du Musée océanographique au Jardin exotique. Presque une demi-heure, qu’on ne voit pas passer tant il est intéressant de découvrir un autre Monaco, à travers la population qui prend ce bus, par exemple pour aller au marché Place d’Armes, ou pour vaquer aux occupations quotidiennes. Car il y a bien, dans cette ville, une population qui est loin des fastes et de la richesse, et qui profite des transports en commun parce qu’elle n’a pas, ou plus de véhicule personnel.
D’un terminus à l’autre, on peut aussi découvrir les différents aspects de la ville, et les étonnants mélanges d’architecture…. Me voici arrivée « tout en haut » (ou presque) : la villa Paloma jouxte le Jardin exotique. Les fenêtres offrent une vue plongeante, comme le montre cette photo empreinte de « japonisme » (plongée, poteau, « grille », voile – j’ai bien appris ma leçon, lors de la conférence à Nice!).
J’y retrouve deux oeuvres qui ont changé : normal, elles exploitent la mouvance de la nature. L’une, parce qu’elle est composée à partir de peaux d’agrumes;
l’autre, parce que des plantes y poussent dans des chaussures, qui elles-mêmes vieillissent…
L’exposition du moment ? La casa ideale, de Pier Paolo Calzolari. Au départ, surprenante… des salles quasiment vides. Dans l’une, une bande de métal…
Dans une autre, des quasi-monochromes blancs un peu « ocre » avec quelques objets.
Mais peu à peu je suis entrée dans l’esprit de l’artiste, et me suis prise au jeu.
Il est des « oeuvres » qui m’ont questionnée sur le sens de ce qualificatif, comme celle-ci:
Un bruit au fond du couloir, étrange, comme un grincement répété à l’infini. Je découvre un petit porcelet rose, comme coincé dans une porte…
Mais d’autres m’ont séduite, comme celles qui suivent.
Approchons-nous, si vous le voulez bien…
Sur le mur qui lui fait face, cette phrase :
Après le bois, la fleur… La nature est souvent présente, d’une manière ou d’une autre, dans les oeuvres. Ainsi ces pétales qui forment le fond de ce « specchio oro portrait »…
… et ces feuilles de tabac qui forment comme une guirlande au bout de l’expression en lumière…
Il m’a cependant fallu voir l’entretien filmé dont j’ai pu profiter seule dans la salle de projection, pour mieux encore le comprendre, et saisir son rapport au monde, au langage, à la poésie. Vraiment très intéressant!
Un dernier regard sur le vitrail qui orne l’escalier, aux oiseaux éponymes de la villa, et je redescends vers le Rocher…
J’ai eu la chance d’assister hier à une conférence très intéressante, dont le thème était l’influence des estampes japonaises sur la peinture française de la fin du 19ème et de la première moitié du 20ème siècle.
JLa conférencière maîtrisait visiblement son sujet, et a réussi à captiver un public nombreux, en plein après-midi de cette belle journée ensoleillée, avec un exposé très bien et très abondamment illustré. Je ne vais, bien évidemment, pas le reprendre ici. Sachez, pour votre intérêt, qu’il est en ligne : elle propose, sur son site, d’accéder à ses conférences en ligne, pour la modique somme de 7 euros… et elles les valent largement!
Un petit mot au passage aussi pour l’association organisatrice, que je découvrais à cette occasion, et dont je viens d’ouvrir la page Facebook. Elle propose visiblement un programme très intéressant!
Pas question, comme je le disais, de « piller » ni même dévoiler le contenu très riche de l’exposé. Juste quelques points qui m’ont particulièrement marquée, et que je vais vous présenter sous forme de jeu. Voici longtemps que je ne vous avais pas fait jouer!
Influences du Japon
Observez donc les tableaux ci-dessous, et tentez d’y retrouver des éléments qui évoquent le Japon…
Commençons par l’artiste qui possédait une impressionnante collection d’estampes, Van Gogh…
Enigme 1 : quel mont est représenté sur ce tableau?
Enigme 2 : quels points communs entre l’estampe de Korin Ogata (18ème) et le tableau de Van Gogh (1889)?
Continuons avec Manet…
Enigme 3 : Zola est représenté par le peintre, assis à son bureau, à Paris. Pourtant, le Japon est bien présent. Comment? Attention, deux réponses sont faciles, la troisième l’est beaucoup moins. Et je ne parle pas de la manière dont l’écrivain est représenté!
La villa de Giverny regorgeait d’estampes, et Monet ne s’est pas privé de s’en inspirer (pensez aux nymphéas!). (Source de l’image)
Enigme 4 (pour rire un peu) : quels éléments rappellent le Japon dans le portrait de son épouse (1876)?
Enigme 5 (encore plus!) : quel élément du décor de son jardin, évoquant le Japon, Monet a-t-il peint 47 fois (enfin, dans les tableaux qui nous sont parvenus!)?
Plus difficile cette fois : de quelle nationalité est le peintre qui est à l’origine de l’oeuvre suivante (1888)?
Enigme 7 : de qui est ce tableau qui fut considéré comme « japonisant », et pourquoi?
Mais pourquoi ces influences? Deuxième manche du jeu!
Pourquoi ces influences, à ce moment précis?
Question 1. Qui est représenté sur ce tableau? En quoi est-ce en lien avec le « japonisme »?
Question 2. On parle de « japonisme » à cause de cet homme. Mais qui est-ce? En quelle année eut-il l’idée de désigner ainsi le mouvement?
Question 3. Une adresse à Paris : le 22 rue de Provence. On y allait chez un personnage portant un prénom wagnérien mais un nom à consonance asiatique. Qui était-il? Et pourquoi allait-on chez lui?
Question 4. Un « Musée rétrospectif »… cela fait un peu « pléonasme », non? Dans le « Palais de l’Industrie »… inattendu, non ?
Et pourtant! Il eut lieu en 1965… Combien d’oeuvres originaires d’Asie y sont présentées?
Question 5 : Une délégation japonaise vint à Paris en 1867… à quelle occasion? Quels liens avec le « japonisme »?
Question 6. Deux ans plus tard, une exposition étonnante…
Question 7. Encore des expositions! On voit bien les dates, mais ils ont oublié l’année! Quelle était-elle?
On assiste ainsi, en trois décennies, à une véritable expansion du japonisme. Est-ce à dire que les oeuvres japonaises n’étaient pas connues avant? Que nenni, mais c’est une autre histoire.
Je ne veux pas finir sans évoquer deux artistes dont a abondamment parlé la conférencière hier et que, pour ma part, je ne connaissais pas (encore des lacunes, direz-vous!).
Winslow Homer
« Winslow Homer débute comme reporter dessinateur durant la guerre de Sécession, avant de peindre des scènes décrivant le quotidien de l’armée et du monde rural dans la précision naturaliste qui dominait alors la peinture américaine. Après un séjour parisien, Homer adopte un temps la palette impressionniste, puis trouve sa marque définitive, entre réalisme et symbolisme. » (Musée d’Orsay)
Quels liens avec le japonisme? Il passe par un voyage en France, où cet Américain né à Boston découvre les peintres de l’Ecole de Barbizon – et souvenez-vous qu’un des grands de cette Ecole fut Daubigny, l’un des maîtres de Van Gogh (voir article de 2023), et va sans doute aussi fréquenter les milieux artistiques et les expositions à Paris. Souvenez-vous, 1867, c’est la date de l’Exposition Universelle évoquée ci-dessus!
Le tableau qui suit devrait en évoquer d’autres, pour vous…
Il est parmi les premiers peintres à avoir « tronqué » des objets, et ainsi fait en sorte que le hors-champ, par son absence, devienne si puissant.
En 1887, Monet va inverser l’orientation, remplacer la voile par les rames, et les hommes par les femmes…
On trouve sur le net de nombreuses vidéos qui présentent l’immense oeuvre de l’artiste, mais quasiment toutes en anglais. Je vous laisse donc choisir… Mais pour une présentation de l’homme, je vous conseille la National Gallery.
Henri Rivière
Encore un peintre que je connaissais pas, et qui fut fort inspiré par le Japon. Voici ce qu’en dit la présentation sur Gallica (BNF).
« Henri Rivière (1864-1951) a commencé sa carrière par le dessin et l’eau-forte avant de devenir, en 1886, metteur en scène et scénographe du théâtre d’ombres au cabaret du Chat noir, situé au pied de la butte Montmartre. En 1890, sous l’influence de l’estampe japonaise qu’il collectionne, il découvre la gravure sur bois en couleurs, dont il maîtrise toutes les étapes, du broyage des couleurs à l’impression. Ses suites, nées de la fréquentation régulières des côtes bretonnes, l’inscrivent dans l’histoire de l’estampe comme un acteur majeur du renouveau de l’estampe en couleurs. Il donne aussi ses lettres de noblesse à la lithographie en couleurs grâce à plusieurs séries de paysages (Le Beau pays de Bretagne, La Féerie des heures, Aspects de la nature), dont certains inspirés par la capitale (Paysages parisiens et Les Trente-six vues de la Tour Eiffel). En 2007, son fonds de l’atelier, entré par dation, est venu enrichir les collections du département des Estampes et de la photographie. »
Henri Rivière avait réuni une impressionnante collection d’estampes japonaises, comme l’explique le site de la BNF, Gallica.
Vous avez peut-être suivi le périple effectué en ce samedi de février, du carnaval de Vence à la chapelle dite « Matisse »… Il nous mène ensuite tout naturellement à Saint Paul, car mes amies ne connaissaient pas la Fondation Maeght.
Le temps manque cruellement, car elle ferme à 18 heures (et, en réalité, un peu avant, comme j’ai pu le constater). Mais ce sera une première approche. Comme il n’y a pas, à cette époque de l’année, d’exposition spécifique, cela leur permettra d’avoir une idée du fond. Et de voir le magnifique parc où j’aime à méditer, assise sur le banc face à « la fourche », avec en toile de fond la Grande Bleue…
Les lumières du couchant me fascinent toujours autant. Elles subliment, en ce crépuscule, les oeuvres qu’elles éclairent de leurs rayons aussi malicieux que le Labyrinthe de Miro.
Les « fidèles » de ce blog ont déjà vu ces oeuvres, comme elles et ils ont vu le banc de Luigi Mainolfi, que je vous ai montré dernièrement, Per quelli che volano. J’ai pensé qu’il s’agissait d’une phrase d’auteur. Apparemment, pas. Mais une auteure a écrit postérieurement (2017, alors que l’oeuvre date de 2011) sous ce titre. A lire ici. En voici un extrait. Poignant, voire triste. J’ai aimé.
« Tardi per essere lì a dare il primo abbraccio, tardi per offrire una spalla su cui piangere, tardi per confortare chi ne ha bisogno. »
A l’intérieur, peu de variations dans la collection permanente. Mais l’impression de retrouver de vieux « amis ». Ubac, Hartung, Miro, Soulages… une « revoyure » bien agréable!
Mais j’ai aussi découvert des peintres que je ne connaissais pas et dont les oeuvres m’ont touchée, autant esthétiquement qu’émotionnellement.
Pierre Fauchet, d’abord, et le tableau intitulé Selva.
J’ai pu trouver sur le net une exposition dans une ville que je connais bien, Aire-sur-la-Lys, durant laquelle des écrits (ou encore là, sur la manière dont nous « habitons« ) ont été produits sur ce peintre, disparu en 2015, à 55 ans.
La Muse qui m’amuse… Tel est le titre de la seconde oeuvre découverte, dont l’auteur est Marco del Re, dont l’annonce du décès en 2019 m’a appris qu’il n’était autre que le compagnon d’Isabelle Maeght, la petite-fille d’Aimé.
La vaste salle du premier étage est consacrée à Modigliani et son environnement, en ce moment. J’ai particulièrement apprécié les photos de l’artiste au travail.
Virée du Labyrinthe et du Musée par des gardiens impatients de fermer, je baguenaude encore un peu dans les jardins qui sont exceptionnellement déserts à cette heure…
Une nouvelle oeuvre y a pris place, que j’appellerai « Pierre sur échelle » si je voulais me montrer un peu espiègle… Vous l’avez repérée, sur la photo ci-dessus? Approchons-nous, et faisons-en le tour…
Un aveu à vous faire. Après recherches, je me suis rendu compte qu’elle est là depuis 13 ans! Il s’agit d’une oeuvre d’un artiste suédois, Erik Dietman, intitulée « Monumental ». Cherchant à en savoir davantage sur lui, j’ai trouvé un article qui présente cet artiste à l’oeuvre très hétérogène. « Au-delà de l’humour, l’œuvre impertinente et truculente d’Erik Dietman a un fort impact esthétique. Hétérogène, elle vise à stimuler intensément le goût pour la curiosité et l’excès. Elle prend sa source dans le mariage de l’exubérance et de l’élémentaire au service d’une forme toujours limitée à son expression essentielle. »
On va fermer les portes, il faut quitter ce havre de paix. Mais c’est pour en retrouver un autre, bien différent, sur les remparts de Saint Paul, peu fréquentés en cette heure, un soir d’hiver au goût de printemps. Une jolie terrasse avec vue mer et montagnes (vous ne verrez pas la vue « montagnes », photo ratée pour cause de contrejour mal apprécié)…
Une dernière surprise : une bière dont le nom m’intrigue sur la carte. Je la commande. Elle est excellente. Appréciez le jeu de mots!
« Cette œuvre m’a demandé quatre ans d’un travail exclusif et assidu, et elle est le résultat de toute ma vie active. Je la considère malgré toutes ses imperfections comme mon chef-d’œuvre. »
Ainsi Henri Matisse parlait-il de la Chapelle du Rosaire, à qui il consacra effectivement les années 1947 à 1951 (trois ans avant son décès). J’ai déjà vu maintes fois ce monument, mais je le revois toujours avec plaisir, comme à chaque fois que je le fais découvrir à d’autres. Pourtant, je ne suis pas une « fan » de cet artiste, même s’il est né dans une ville proche de mon lieu de naissance, et même si j’admire son oeuvre. Mais ce lieu aux lignes et aux décors épurés appelle profondément à la spiritualité, quelle qu’elle soit.
Venez avec moi, entrez…
Avançons jusqu’à l’autel… Matisse a conçu chaque objet, depuis le crucifix qui orne cet autel jusqu’à la nappe sacerdotale, brodée de poissons (regardez bien, vous en verrez 3 sur le pan visible sur la deuxième photo ci-dessous).
Un livre est ouvert à la date du jour… le texte fait écho à l’actualité : « Va d’abord te réconcilier avec ton frère… Mets-toi vite d’accord avec ton adversaire… »
La lumière filtrant à travers les vitraux de la façade sud se reflète dans les céramiques peintes de celle du nord, alors que le panneau du fond reste contrasté noir / blanc.
Si j’avais déjà vu la chapelle, je n’avais, par contre, jamais visité l’exposition qui relate sa conception. Elle est particulièrement intéressante, car présente des plans, des dessins, mais aussi des photos qui nous montrent les diverses phases de l’élaboration.
Hélène Adant (Hélène Mossoloff) a ainsi pris des clichés de l’artiste en pleine création. Pour information, cette photographe d’origine russe était la cousine de Lydia Delectorskaïa, qui fut le modèle et l’assistant de Matisse de 1926 à sa mort, sa dernière muse. Si vous voulez en savoir plus sur l’auteure des photos, voici quelques liens : ici et là…
On découvre qu’il y avait dans sa demeure une maquette de la chapelle, d’une taille lui permettant de créer in situ l’ensemble des vitraux et décors.
On le voit en train de concevoir le Christ qui orne l’autel.
On ressent une irrépressible émotion en lisant les extraits de missives manuscrites, comme celle-ci, qui questionne la préparation de la nappe ornée de poissons.
On le « voit » demander conseil aux religieux et religieuses qui lui apportent leurs lumières, comme ici pour les poissons, ou plus bas pour la conception du confessionnal.
Une photo le montre, peignant une esquisse en « grandeur réelle ».
Sur « la Côte » (comme s’il n’y en avait qu’une!), c’est actuellement le moment des carnavals. Complètement décalés, si vous regardez le calendrier. Car, normalement, un Carnaval s’achève le Mardi Gras. Autrefois on brûlait Monsieur Carnaval. Pour ce qui me concerne, j’ai vécu ces moments au Nord comme au Sud : à Binche, ville de Belgique célèbre pour ses gilles (dont je vous ai déjà parlé) et à Nice. Le lendemain commence en effet le carême des catholiques : durant 40 jours, abstinence, voire, pour certain-e-s, des formes de jeûne. Mais dans notre actuelle société avide d’argent, il faut qu’un carnaval rapporte. Alors, fi des traditions, on le décale. Ce qui fait que, sur la Riviera, ils ont tous lieu après le Mercredi des Cendres, qui, cette année, coïncidait avec la Saint Valentin. Mon arrivée au bord de la Méditerranée s’est effectuée au moment de la Fête des Mimosas, à Mandelieu-la-Napoule, et les carnavals de Nice et de Menton ont commencé tous deux samedi, le 17 février. Jadis, un carnaval était une fête populaire, qui permettait tous les défoulements avant les 40 jours de carême… Maintenant, c’est un attrait touristique. Et, pire, inaccessible au « peuple ». Je m’explique : à Nice comme à Menton, le défilé se fait dans une zone circonscrite, fermée. Il faut payer pour y entrer. Et ce n’est pas donné : entre 14 et 28 euros par personne à Nice, entre 16 et 29 euros à Menton ! Un spectacle, donc, et non plus ce que c’était naguère : une manifestation populaire. J’ai connu le temps où chaque quartier de Nice faisait « son » carnaval…
Heureusement, il y a des Résistant-e-s. On m’a parlé d’un carnaval alternatif à Nice. Effectivement, une page Facebook lui est consacrée.
Et, bien sûr, on y retrouve la ratapignata, la chauve-souris, emblème de la résistance nissarde.
Il s’adapte à l’époque, comme on peut le voir sur cette affiche.
Je ne serai plus là pour le voir, décalage des périodes de vacances oblige; vous savez, ce qui empêche, pour que certain-e-s puissent gagner un maximum, que d’autres se retrouvent en famille, que des (arrière) grands-parents qui vivent à Paris puissent partager les vacances de leurs petits-enfants scolarisés dans une autre région?
Pour ce qui me concerne, je suis allée voir celui de Vence. Un tout petit défilé, mais où chacun-e avait sa place. De l’intergénérationnel. L’absence de « clinquant ». Et de la joie partagée, notamment avec les enfants. Alors j’ai choisi de vous le faire « vivre » autant que possible, au travers de (mauvaises) photos et (piètres) films. Pour témoigner. Pour montrer que cela est encore. Malgré tout.
Un petit mot, avant de commencer, sur la ville elle-même. Une des rares villes qui a gardé son authenticité malgré le flux touristique né avec le PLM et la « nationale 7 » et continué avec le TGV (TPV (très petite vitesse au prix de la grande!) entre Aix et Nice) et l’A8. Le centre ancien y est moins « léché » que dans les villages perchés ou les villes du bord de mer, mais on sent qu’il y fait bon vivre…
La photo ci-dessus a été prise sur la place où nous avons déjeuné. Un lieu idyllique, loin de toute agitation. Calme et silencieux. Un soleil radieux. Un accueil merveilleux. Et un déjeuner délicieux. Que demander de mieux?
Parillada de poissons pour l’une, aïoli aux légumes craquants pour d’autres, et des desserts tous plus fins les uns que les autres, comme les poires au vin que j’ai appréciées à leur juste valeur… Bravo à l’équipe du Michel Ange!
Après la charmante et sereine place Godeau (nom qui a évidemment entraîné le « en attendant » attendu…) au chevet de la cathédrale, direction la place du Grand Jardin, très ensoleillée aussi, moins historique mais beaucoup plus animée…
Une petite heure à siroter le café au soleil, et voici que l’on entend de la musique. Qui s’approche. Le défilé arrive…
Vous ne verrez pas la danse des Boufet, mais on voit déjà, dans le défilé, le costume blanc des danseurs et danseuses selon la tradition.
» La danse des « Boufet » très répandue en Provence se retrouve sous d’autres formes dans d’autres régions comme les « soufflaculs » dans le Jura. Comme dans toutes danses traditionnelles, les « Boufet » puisent leur origine aux sources de la civilisation agraire. L’homme a toujours essayé par des représentations d’objets ou d’animaux, des gestes spécifiques, de chasser les mauvais esprits qui pourraient entraver l’acte de régénération et d’encourager les divinités propices du sol dont sa vie dépend. C’est ainsi que les figures précises de la danse, telle que spirale, enroulement, encerclement,dédoublement, renversement, ainsi que l’instrument employé par les « boufetaires » le soufflet, le costume blanc des jeunes gens et les grelots qui s’agitent à leurs chevilles, sont autant des symboles. »
On sait aussi que les sauts en cadence sur un pied sont des appels pressants à la végétation, que les vêtements blancs, les grelots, mettent en fuite les mauvais esprits.
La danse des « Boufet » est donc bien un rite de fertilité comparable aux Olivettes et au au Bakubèr dans laquelle le soufflet a pour mission d’insuffler des forces nouvelles à la Nature endormie. D’ailleurs, le caractère des paroles prononcées, le fait que les sorciers utilisaient le soufflet pour chasser les mauvais esprits, attestent le sens rituel des « Boufet », destinés à agir sur la Nature et sur les astres pour promouvoir la fertilité.«
« A Nice, le lancer de paillassou est une tradition. Je l’ai retrouvée, ce jour-là, à Vence. Mais ne sais si on le nomme ainsi…
Le paillassou ou pailhasso, si on l’écrit en niçois, se traduit littéralement par « homme de paille ». Son nom viendrait même de l’italien pagliaccio, qui veut dire le clown ! Tradition issue directement du Carnaval de Nice, le lancer de paillassou est même devenu un championnat du monde.
À l’origine, il s’agit d’un jeu qui consiste à placer le bonhomme au centre d’un drap. Lancé dans les airs, on compte alors le nombre de rebonds que l’on parvient à faire. Avant tout lancer, un cri :
Un, doi, très, manda lo Pailhasso !le cri du lanceur de paillassou !
Selon la tradition, il représente les soucis, les mauvaises choses de l’année passée. Donc on l’envoie loin, le plus loin possible pour passer à autre chose dès janvier et oublier ses malheurs. En 1990, le groupe de musique Nux Vomica et son chef de file Louis Pastorelli décident de créer un carnaval indépendant, ils donnent alors une place particulière à ce paillassou.
Le championnat du monde du lancé de paillassou est organisé chaque année par l’association Nissa Pantai à Nice fin janvier.«
Ce que je partage avec vous ci-dessous, c’est cette belle tradition, revue pour les enfants, avec un « mini-paillassou ».
L’heure tourne, et nous avons prévu d’aller visiter la chapelle de Matisse. Il faut arriver avant qu’elle ne ferme… Adieu le Carnaval et ses mini-carnavaliers/ères…