
Dédié à ceux qui volent…


Après les poétesses japonaises de notre époque médiévale, puis le concept de « genji », voici la troisième découverte de cette visite au Musée Guimet : les illustrations et autres exploitations graphiques du texte depuis cette époque.
3. Le « Dit » en images
Vous avez déjà pu voir dans le précédent article une des versions illustrées. Il y en eut plusieurs, de styles variés.
Les découvrir m’a aussi permis d’apprendre une technique fréquemment utilisée : « le toit enlevé ».

Je m’explique : afin de voir l’intérieur des palais, temples, demeures, l’artiste « ôte » le toit, ce qui permet des vues plongeantes ou en contre-plongée. Recherchant des informations sur cette technique, j’ai trouvé un article passionnant sur l’art japonais, dont voici un extrait qui parle de notre texte.
« Il est passionnant que le Dit du Genji, par exemple, ait été pratiquement écrit en vue d’un accompagnement d’images. L’illustration de cette grande œuvre littéraire, monumentale, la première en langue japonaise, sera reprise plus tard par Sôtatsu, Gukei et Mitsunori. La composition en diagonale, la vue à «vol d’oiseau», à «toit ouvert» ou «toit enlevé», en contre-haut ou contrebas, donnent une liberté de représentation, d’indiscrétion, et surtout une ouverture de l’espace, une maïeutique même dans le rapport des formes et le choix des couleurs. Il est de plus intéressant que les visages, neutres dans la somptuosité des costumes, aient été à ce point impersonnels, «à l’abri du temps»5. Tout spectateur pouvait s’identifier aux héros. En somme, c’est une sorte de spectacle total, «d’emprise globale sur les sens», remarque Eliseeff.
Les jardins alentour des pavillons, les plantes, les fleurs, tout m’enchante. La conception même de Temaki demeure une des hautes formes de la rêverie plastique, par la construction, l’aplat et le jeu des couleurs. »
Cette technique caractérise ce que l’on désigne par yamato-e, art japonais qui s’est constitué à l’époque de Heian en divergeant de l’art chinois. Si vous voulez en savoir plus à ce propos, voici un article très technique.
Mais trêve de bla-blas (sans car), et passons aux images…

Ce que j’ai apprécié dans la série? la grande variété des compositions, avec cependant des formes et symboles qui les relient les unes aux autres. Cercle et carrés…

« Coeurs », carré, rectangle…

Eventail, carrés… L’éventail est aussi parfois davantage plié…

Cercle, carré, rectangle…

Et ainsi de suite… je ne vais pas tout reprendre ici, n’est-ce pas?
En préparant cet article, j’en ai trouvé un qui me semble intéressant, même s’il n’est pas « scientifique ». En tout cas, les photos sont meilleures que les miennes! Je vous encourage donc à le regarder.
4. La notion de « parodie », alias « mitate
Autre aspect qui m’a saisie : les « parodies » du Dit. En réalité, la traduction trahit, comme souvent. En japonais, le terme est « mitate ».
« Au Japon, le mitate 見立て est un large concept lié à une façon traditionnelle de penser et voir le monde, la réalité, la nature et l’art. Ce concept était d’abord utilisé pour aménager les jardins dans les demeures seigneuriales japonaises dès le 8e siècle. Mitate signifie littéralement « instituer ou établir (tate 立て) par le regard (mi 見) ». Il s’agit donc du principe de « voir comme » selon Paul Ricoeur, et celui de « l’artialisation in visu » qui se combinent dans « l’artialisation in situ » selon Alain Roger2, au sein de la schématisation qui institue le paysage comme tel. Ce procédé se base sur celui de la transposition et de la comparaison, au sein duquel tout objet est « vu comme » une autre chose qui sera désignée ou créée à cet effet. Ce sera dans le rapport qu’entretiennent ces deux objets que s’appréciera la comparaison que fera le l’observateur. » (source)
C’est sans doute pourquoi je ne comprenais pas le sens de « parodie » lors de la visite de l’exposition, dans la mesure où je ne voyais pas en quoi les estampes exposées constituaient des parodies. C’est qu’il me manquait tout l’arrière-plan culturel pour le comprendre. Pour saisir la parodie, il faut être érudit-e…!
En quoi ceci, qu’on doit à Utagawa Kunisada II, au 19ème siècle, qui représente le Genji dans le Jardin des Pivoines constitue-t-il une « parodie »? je suis bien incapable de vous l’expliquer!

Idem pour celui-ci, que l’on doit au premier du nom, dit Toyokuni III, un demi-siècle environ plus tôt.

Il me reste donc encore beaucoup à apprendre… et à comprendre!
Vous vous souvenez de la question qui m’a été posée, et du choix que j’ai fait d’adopter pour ce texte l’ordre des réponses que j’ai faites? Voici donc la deuxième réponse : ce qu’est un « genji »…
Mais avant d’essayer d’expliquer ce que j’en ai compris, il me faut présenter la personne qui a été une guide aussi compétente qu’agréable. En réalité, la visite s’est terminé sans qu’on sache à qui l’on avait affaire. Et elle s’est esquivée aussi modestement que rapidement dès la fin des questions/réponses. J’ai donc cherché auprès du personnel des informations sur elle, mais personne ne connaissait même son nom. Un « surveillant » a fini par aller la chercher en coulisse, malgré mes protestations. Et elle s’est dérangée pour venir me parler. J’avais raison. Ce n’est pas une « guide » ordinaire. Voici comment elle est présentée sur le site du Grand Palais.
« Titulaire d’un DEA d’Etudes Indiennes, d’une maîtrise d’histoire de l’art et d’une licence de chinois, diplômée de l’École du Louvre, Véronique Crombé est conférencière des musées nationaux depuis 1987 et travaille depuis cette date pour la RMN-GP, intervenant principalement au Musée National des Arts Asiatiques – Guimet et au Musée d’Orsay.
Spécialiste des arts asiatiques, bouddhiste dans la tradition theravada, elle a beaucoup voyagé à travers l’Asie à titre personnel ou pour donner des conférences.
Elle a collaboré à divers ouvrages sur le bouddhisme, les religions et les arts de l’Asie, et publié, en 2000, « Le Bouddha » paru chez Desclée de Brouwer.
Traductrice diplômée de l’Université de Londres, elle a également traduit de nombreux ouvrages et catalogues d’exposition.
Particulièrement sensible aux problèmes de protection du patrimoine artistique et architectural, et très liée à l’Irlande, elle est engagée dans une campagne visant à préserver un quartier historique de Dublin. »
J’avais donc bien raison de l’avoir autant appréciée, elle est vraiment experte! Et je lui suis reconnaissante de partager ainsi son savoir, avec autant de modestie…
J’ai découvert qu’elle avait aussi des talents artistiques. Voir par exemple ici.
Mais revenons au Dit du Genji, dont voici la plus ancienne transcription, datant du 12ème siècle.


2. La coexistence d’une branche régnante et d’une branche écartée du pouvoir…
Un genji est le fils d’un empereur, qui ne peut prétendre accéder au trône. Ainsi est créée une nouvelle branche potentiellement impériale.

Le texte s’apparenterait à une saga, ou un roman-fleuve… Imaginez! 54 livres, plus de 200 personnages… Il retrace l’histoire politique et le destin personnel d’un Genji, aussi beau qu’intelligent, aussi puissant que poète… Son nom? Hikaru Genji, « Hikaru » signifie « brillant », dans tous les sens du terme. Fils de l’empereur Kiritsubo, il perd sa mère à trois ans, ce qui le poussera à rechercher des femmes qui lui ressemblent, comme Fujitsubo, introduite à la cour de l’empereur pour cette même raison, avec qui il entretient une relation secrète. Il va, par la suite, être écarté du trône par son père, qui le désignera comme « Genji ».
Non, je ne vous raconterai pas la suite, sinon cet article va faire plusieurs dizaines de pages. Et de toutes façons cela resterait incompréhensible. A vous de le lire, si vous le voulez… Vous avez de la chance, il en existe des traductions françaises depuis 1928… Mais la seule accessible actuellement a été faite par René Sieffert (1923-2004), japonologue de l’INALCO. La photo ci-dessous en montre une superbe édition illustrée…

Le Musée Guimet propose régulièrement de belles expositions, qui nous entraînent dans un univers de recherche esthétique absolue. Vous en avez pu voir des traces dans ce blog à diverses reprises. C’est encore le cas actuellement, avec deux expositions reliées l’une à l’autre par un fil… de trame, si vous me permettez ce jeu de mots. En effet, la première est consacrée à un texte du XIème siècle, « Le dit du Genji », tandis que la seconde est dédiée à Maître Itaro Yamaguchi, expert du tissage, qui a entrepris, après avoir dépassé ce que les Belges nomment la septantaine, de créer des rouleaux tissés pour raconter l’histoire et l’illustrer.


Itaro-Yamaguchi-1901-2007-regardant-ses-rouleaux-©-Akira-Nonaka
Un ami m’a demandé hier ce que j’avais retenu de cette double exposition. Etrange question, mais ô combien intéressante, et qui m’a interpellée. Jamais je ne me l’étais posée, au sortir d’un musée. Encore moins quelques temps plus tard. Je me suis pliée à l’exercice. Et le(s?) texte(s?) – je ne sais pas encore si tout va tenir en un article aussi bref que le souhaitent certains des abonnés à ce blog – qui suit/suivent va donc s’inspirer des réponses apportées.
Des poétesses japonaises à notre époque médiévale
Telle fut la première réponse que j’apportai. Grâce à une conférencière exceptionnelle, j’ai appris qu’un siècle avant Chrétien de Troyes, il y avait au Japon le pendant de Marie de France… En plus grand nombre, et surtout plus disertes. Pourquoi ce qualificatif. Il suffit de voir le nombre de pages de l’oeuvre d’une d’entre elle, Musaraki Shikibu, pour le comprendre! Plus de 2000 pages. Le Dit du Genji comporte en effet 54 livres, qui en composent les trois parties.
Resituons-nous à l’époque de Heian. Heian n’est pas le nom d’une dynastie, ne vous y trompez-pas! C’est celui de l’actuelle ville de Kyoto. En gros (très gros), son début correspond à l’équivalent, à une autre époque et dans une autre contrée, de notre « Séparation de l’Eglise et de l’Etat » : il faut éviter que le pouvoir des bouddhistes n’empiète sur celui des empereurs. Mais l’histoire révélera que cela a aussi constitutif de la confirmation d’une identité japonaise par émancipation de la puissance chinoise.
« En 794, l’empereur Kammu (781-806) transfère la capitale de son empire à Heian-kyo (actuelle Kyōto) pour échapper à l’emprise croissante des temples bouddhiques de Nara. Dans un premier temps, les influences chinoises qui dominaient l’époque antérieure, dite de Nara (710-794), continuent d’être fortes : elles se traduisent en particulier par le plan en damier de la cité nouvelle et par l’atmosphère culturelle qui règne à la cour du souverain. Mais, progressivement, en raison du déclin de la dynastie chinoise des Tang, le Japon s’émancipe du modèle de son puissant voisin continental et se replie sur lui-même. S’épanouit alors un art proprement japonais qui se réalise pleinement dans l’architecture, la peinture religieuse, la littérature et la culture de la cour impériale. Les relations avec la Chine, qui s’étaient maintenues à un niveau officiel au viiie siècle, s’espacent progressivement et disparaissent à la fin du ixe siècle. Le système politique de Heian, caractérisé par la prédominance d’une aristocratie civile incarnée par la famille des Fujiwara, qui gouvernent durant près de trois siècles au nom des souverains, se maintient jusqu’en 1192. »
Si vous regardez les dates, elles se situent dans la période que nous considérons comme notre Moyen-Age (476-1492). Elles correspondent peu ou prou à l’époque de Charlemagne, pour ce qui est du début, et celle de Philippe Auguste, pour la fin (1192, c’est l’année de la Troisième croisade). Mais revenons à nos écrivaines.

Musaraki Shikibu serait née une trentaine d’années avant l’an 1000, et morte une trentaine d’années après. Ne vous y trompez pas : elle ne s’est jamais nommée ainsi. Et des versions différentes circulent, concernant sa véritable identité. « Musaraki », cela signifie « violet ». Et « Shikibu » ferait référence au rang de son père à la cour. Facile à comprendre, comme vous pouvez le constater d’après les explications trouvées sur le net !
« As mentioned above, Shikibu-sho was regarded as the important ministry, and therefore the rank of Jugoinoge (Junior Fifth Rank, Lower Grade) was often conferred on the Shikibu no Taijo (Senior Secretary, corresponding to Shorokuinoge [Senior Sixth Rank, Lower Grade] as a rule) and the Shikibu no Shojo (Junior Secretary, corresponding to Jurokuinojo [Junior Sixth Rank, Upper Grade] as a rule) extraordinarily. In addition, Shikibu no Jo (Secretary of the Ministry) with the rank of Goi (Fifth rank) was called Shikibu no Taifu (Master of the Ministry). » (source)
En bref, une famille bien placée, une vie de cour, et un surnom pour la désigner. Ne rêvez pas, vous n’en aurez pas de portrait non plus, car à l’époque on « standardisait » déjà, au Japon. Et les tableaux censés la représenter ne la représentent pas vraiment…



Comme vous le savez, j’aime à me documenter davantage… J’ai donc cherché à en savoir plus sur les poétesses japonaises de cette époque.
Un article intéressant m’a beaucoup aidée. Il porte sur une autre écrivaine, deux siècles plus tôt que « Violette » : Ono no Komachi, et dévoile notamment l’existence de Rokkasen, les « poètes immortels ».
« Qui est vraiment Ono no Komachi ? Nous ne savons finalement que très peu de choses sur la vie réelle d’Ono no Komachi. Pourtant, celle-ci fut l’une des plus grandes poétesses de l’histoire du Japon, au point d’être même considérée comme l’une des Rokkasen (六歌仙), à savoir les six poètes dont l’œuvre restera immortelle pour les japonais.
Les six poètes « immortels » en question évoluèrent tous à la même période, autour du IXeme siècle durant l’ère Heian (平安時代, Heian-jidai, 794-1185). C’est précisément à cette époque que la poésie japonaise prendra une nouvelle tournure avec l’apparition des Waka (和歌), et de sous-genre le Tanka (短歌), dont l’œuvre d’Ono no Komachi reste à l’heure actuelle l’une des plus emblématiques. »

Pour les Béotien-ne-s comme moi, le tanka est l’ancêtre du haïku…
色見えで
うつろふ物は
世中の
人の心の
花にぞ有りける
Comment invisiblement
elle change de couleur
dans ce monde,
la fleur
du coeur humain.
Tanka… l’occasion d’évoquer une autre poétesse de cette époque, Izumi Shibiku.

« Izumi Shikibu, née vers 970, est une poétesse japonaise de l’époque Heian.
Membre des trente-six poétesses éternelles et des trente-six poètes immortels du Moyen-âge, elle est une contemporaine de la poétesse d’Akazome Emon et de la dame de cour Murasaki Shikibu à la cour de Joto Mon’in. »
Tiens, tiens! On parlait de « 36 poètes immortels », et voici évoquées « 36 poétesses éternelles »… Une question de parité? Où est l’erreur?
Une liste en est donnée sur Wikipédia… mais quelle est sa valeur?
Et l’on y retrouve une autre écrivaine de l’époque, Akazome Emon.
« Akazome Emon (赤染衛門?, 956–1041) est une poétesse japonaise de waka qui a vécu au milieu de l’époque de Heian. Elle est membre des trente-six poètes sages (中古三十六歌仙, Chūko Sanjūrokkasen?) et des trente-six poétesses immortelles (女房三十六歌仙, Nyōbō Sanjūrokkasen?).
On pense qu’elle est l’auteur ou le compilateur principal des Eiga Monogatari.«

« Chuko » et « Nyobo »… Il y aurait donc bien deux catégories. Mais selon le sexe d’état-civil (si tant est qu’on puisse parler d’état civil à cette époque!) ou selon qu’ils sont… quoi? « chuko » signifierait « loyauté », selon Auroux dans La pensée japonaise. Quant à « nyobo », il désigne les femmes servant au palais, les dames de la cour. (voir ici)
Je ne vais pas vous faire un cours sur ce thème, mais avouez que c’est intrigant… A poursuivre donc… et revenons en attendant au Genji, en passant par ce magnifique écritoire.

Je discutais, lors d’un récent vernissage, avec un artiste qui avait exposé, voici presque deux ans, des photographies qui m’avaient marquées. Je ne lui avais jamais parlé de ce blog, mais, cette fois, je lui dis que j’avais écrit sur cette exposition si extra-ordinaire, dans tous les sens du terme. Or j’ai appris hier qu’il n’avait pas trouvé l’article en question. Donc, cette nuit, fouilles archéologiques sur ce blog… et je me suis aperçue que l’article en question était resté dans les cartons. Enfin, plutôt, dans les brouillons! Pour tout vous dire, j’ai publié ici plus de 500 textes, mais il en est plus de 50 qui n’ont pas été achevés, et autant qui sont restés à l’état de « photos » (dossiers de photos enregistrés dans un répertoire « blog/titre d’article », mais sans écrits!). J’ai d’ailleurs aussi retrouvé le texte sur l’abbaye de l’Epau, dont je parlais dernièrement avec un Manceau…
En cette période où j’ai moins de travail, je vais essayer de combler un peu ce retard. En l’occurrence, un peu long, le délai, car l’exposition en question avait eu lieu en 2022…

Il faut donc vous replacer à ce moment, lorsque nous sortions du « tunnel », de l’enfermement, et, pour certain-e-s, de la peur, pour d’autres, du fort risque d’addiction à l’alcool dû aux « apéros-corona » avec les voisin-e-s…
J’ai découvert, dans cette médiathèque qui avait enfin rouvert ses portes, une exposition hors-normes. Un de ces moments où l’on retrouve l’Humain. Le Vrai. Le Vécu. L’Authentique. Mais aussi le Beau. Mais aussi l’Humour.
Le titre, en helléniste même pas distinguée que je suis, m’a interpelée : ‘Pandemia ».
Certes, si l’on se réfère au Dictionnaire de l’Académie Française, le mot « pandémie » a bien pour origine étymologique « pan » (pas le Dieu, mais l’équivalent de « tout » en français » et « demos », alias « le peuple ».
« xviiie siècle. Composé à partir de pan‑ et du grec dêmos, « peuple », sur le modèle d’épidémie. »
Mais, que je sache, « pandemia » n’a jamais existé en grec ancien. C’est le titre d’un polar

C’est aussi la traduction en italien et espagnol de « pandémie »… L’artiste a donc déjà fait une pointe d’humour en choisissant ce titre, comme hérité de la langue morte… Mais le thème de l’exposition est bien plus profond. Car les photographies sont un témoignage rempli d’émotions et d’empathie. Elles m’ont beaucoup émues. Mais pas seulement moi, à en juger par les visages des personnes présentes… Voici le petit mot qui présentait l’ensemble.

Comme toujours, impossible de « rendre » la qualité des oeuvres photographiques par de mauvaises prises avec un Iphone de base. Cependant, je vous en livre quelques-unes, qui vous permettront, je l’espère, d’imaginer les « doublement originales ».


Je n’ai hélas pas gardé trace du titre de la première, mais celui de la seconde est très parlant : « Désert affectif. Pavillon Isabelle, Eu. 20 décembre 2020. » Témoignage d’un médecin, à quelques jours de ce qui aurait dû être la Fête de Noël… Autre témoignage, cet auto-portrait (hélas bien mal reproduit par mes soins!).

Un médecin qui ne manque ni de talent artistique ni d’humour, comme en témoigne la photo dont le titre a été repris dans cet article.


Deux ans plus tard, à Paris…

Emotion, rire, mais aussi Beauté. Le « kalos kagathos » dans son entièreté, comme aux temps glorieux de Delphes. Regardez cette magnifique photo, hélas un peu « trahie » par mon manque de matériel et de technique.

Un autre exemple du talent de l’artiste? Le voici, dans cette superbe vue des cabines de la plage, un an après, intitulée avec humour aussi « Ligne de fuite ». Car quand s’éloigne le spectre de la Pandémie, l’Art revient en force…

Je ne vais pas vous dévoiler toutes les photos, elles sont bien trop nombreuses comme le montre cette vue d’une partie de l’exposition.

Mais en voici deux qui m’ont aussi particulièrement plu, et vous emmèneront sur la Côte d’Albâtre…

Après Mers-les-Bains, Varengeville-sur-Mer et l’église dont le clocher continue de veiller sur la tombe de Braque et de notre amie artiste…

Alors, vous reprendrez bien une dose? de souvenirs, d’humour, d’émotion, de rire, de beauté? Mais au fait, qui est le Magicien ?

Il est de ces lieux qui fleurent bon le passé, et font revivre les Belles Dames et Courtois Messieurs de jadis… Tel est le cas de ce salon de thé dont j’ai poussé la porte pour la première fois en ce soir de janvier, après la représentation du magnifique spectacle de David Coria.

Photo empruntée à la page Facebook de l’établissement
Un vaste comptoir, sur le côté gauche de la salle, a de quoi exciter la gourmandise, avec sa farandole de gâteaux. Pour info, n’ayant pas réussi à le prendre en photo tant il est long, j’ai cherché sur le net. Apparemment, personne ne parvient à le photographier correctement!
Même si, à cette heure tardive, il est aux trois quarts vide, il reste néanmoins de quoi faire saliver, entre éclairs, tartelettes au citron, millefeuilles et autres pâtisseries, sans compter une diversité impressionnante de macarons. Pour ma part, j’ai opté pour cette délicate tartelette, dont j’ai apprécié la finesse de la pâte et la délicatesse de la crème.

Mais on peut aussi se sustenter avec du salé, notamment des sortes de Croque-Monsieur d’une délicatesse absolue.
L’établissement est né la même année que ma mère, en 1927… Et – cela ne s’invente pas – la co-fondatrice se prénommait… Madeleine! Son portrait trône en majesté dans la vaste salle et, de son regard sévère, elle semble encore surveiller le personnel à ses entrées et sorties de cuisine, et la clientèle à celles des toilettes…

Dans trois ans, l’établissement fêtera son centenaire, sans doute encore plus brillamment que celui de ses 90 ans, narré dans cet article. Un autre article, celui-ci dans le magazine du XVIème, présente joliment cette vieille institution du quartier :
» C’est en 1927 que Jean Carette et sa femme Madeleine ouvrent leur pâtisserie sur la Place du Trocadéro.
Le lieu devient vite le rendez-vous familial des parisiens de la Rive droite. On va « chez Carette » de génération en génération, avec sa grand-mère à l’heure du thé, avec ses enfants pour un goûter gourmand ou ses amis au déjeuner.
Pourquoi le salon plaît-t-il toujours autant aujourd’hui ? Parce qu’il est immuable ! Si Carette s’est offert une petite beauté au tournant du XXIe siècle, l’établissement n’a jamais vraiment changé : le portrait de l’illustre patronne Madeleine Carette est toujours accroché au mur, les tables sont toujours en marbre rose, le carrelage en mosaïque a été conservé tout comme les miroirs et les éclairages en verre dépoli qui ont gardé leur style des années 30. Il y aussi le cérémonial d’un autre temps : les serveuses portant des tabliers blancs comme autrefois, la vaisselle joliment vintage avec ses services en porcelaine fleurie, ses carafes en argent, ses soucoupes et sous-tasses qui prennent toute la place sur les tables ! Carette, c’est tout cela : un service d’apparat, un décor mêlant classicisme et années folles, un lieu animé du matin au soir où se croisent la clientèle d’habitués, les riverains lisant le journal, quelques célébrités et des Instagrammeurs venus du monde entier pour photographier les pâtisseries dans leurs assiettes siglées Carette. »
J’ai cherché en vain des références littéraires où elle serait mise en scène, mais n’en ai pas trouvé. Mais il est vrai que Proust est décédé 5 ans avant sa création…
Superbe spectacle ce mardi 30 janvier, au Théâtre de Chaillot. Un flamenco totalement revisité, tout en gardant la sobriété et la virtuosité initiales.

Au départ, je me suis demandé si je ne m’étais pas trompée de programme. Car, dans une semi-obscurité, une musique lancinante, qui n’a rien à voir avec le rythme attendu, et des danseurs et danseuses tout de noir vêtu-e-s, bougeant lentement, très lentement, sur la scène elle aussi noire…
Je vous laisse la surprise, si vous allez voir ce spectacle (ce que je vous recommande vivement), mais progressivement tout s’anime, puis se calme à nouveau. Les corps obéissent au chant très doux d’une femme comme au chant traditionnel de l’homme, au violoncelle, au saxo, à la clarinette, et les claquettes deviennent aussi parfois instruments de musique.
Un décor également très sobre, mais qui révèle des surprises… Comme je le disais, au début totalement noir. Puis descendent des bouts de bois clair attachées à de longues cordes, de la même teinte. Ils vont ainsi remonter, descendre plus ou moins bas, remonter… Jusqu’au moment où le « danseur étoile », qui n’est autre que le chorégraphe, David Coria, en tire un bâton avec lequel il « joue » ensuite. Et jusqu’à la fin où les danseurs lient plusieurs de ces bâtons pour transformer la pépinière de jeunes pousses resserrées en une fûtaie bien claire…

De gauche à droite : la chanteuse-violoncelliste, le joueur d’instruments à vent et à percussion, le chanteur, les quatre membres de la troupe, et à l’extrême gauche, le chorégraphe David Coria
Les costumes du début sont élégants, comme il se doit dans le flamenco, et permettent de saisir les mouvements des corps, quand ils ne les amplifient pas. Par contre, ceux de la fin sont éclatants et décalés, et, pour ma part, j’ai regretté ce changement. La musique et la danse suffisaient à traduire l’évolution vers le festif, me semble-t-il.

Ainsi, ce spectacle est à la fois sobre et extrêmement riche, totalement envoûtant. Et j’ai même ri (intérieurement) en assistant au détournement complet des codes. Par exemple, quand ce sont deux grands gaillards qui se portent mutuellement, voire une femme qui porte un homme. Ceux du flamenco sont parfois totalement respectés, parfois aussi mis à mal en une transgression visiblement revendiquée.
Une performance extraordinaire, à la fois des chanteur.euse, des musicien-ne-s et des danseurs et danseuses. Une chorégraphie très innovante, foisonnante dans la sobriété. Bref, un concentré d’oxymores. Et un jaillissement d’émotions contradictoires… Bref, un vrai moment de bonheur intense, partagé par le public, qui a participé par moments, et ovationné à la fin.
Comme toujours, et volontairement, je n’avais pas lu les explications avant. Je viens donc d’en prendre connaissance, après avoir écrit ce qui précède. Et voici la présentation « officielle » du spectacle sur le site de la Maison de la Danse.
« Après le bouleversant ¡Fandango!, le Sévillan David Coria revient avec Los Bailes Robados, un flamenco contemporain empreint de cris et de révoltes, soutenu par des jeux vocaux et sonores remarquables. S’inspirant de moments d’hystérie collective (la chorémanie) où des groupes se mettaient subitement à danser, sans relâche et jusqu’à la mort, il crée un manifeste politique qui invoque le désir d’être soi et d’agir dans la liberté, exorcisant la douleur et l’asservissement — criant pour la femme, le fou, le différent et les invisibles, pour tous les os brisés par leurs danses. Accompagné de sept interprètes d’exception dont le maître du chant flamenco David Lagos et la violoncelliste Isidora O’Ryan, il nous invite à un pas de deux avec la vie, avec des êtres aux corps ondulants qui, du chaos à l’harmonie, s’engagent dans une gestuelle hypnotique et vibrante. »
Mes recherches m’ont aussi amenée sur le terrain linguistique, comme toujours. Que signifie le titre? Exactement ce que j’avais imaginé : « Les bals dérobés ». En voici des extraits:
Enfin, vous pourrez voir des extraits du précédent spectacle de David Coria, Fandango, sur le net. Dont celui-ci, où l’on entend et voit le chanteur. Et si vous préférez découvrir David Lagos autrement, c’est ici, par exemple. Pour découvrir Isadora O’Ryan, vous pouvez entre autres regarder (et surtout écouter) cet extrait, ou aller sur sa chaîne You Tube. Quant à David Coria, il communique sur Instagram. Plusieurs vidéos d’extraits sont visibles, comme ici, ici ou encore là, avec des commentaires du chorégraphe.

Vaste question, n’est-ce pas? Mais la pièce vue hier soir m’a poussée à me la poser à nouveau.
Car je dois avouer que, comme la grande majorité du public dans la salle du Théâtre Fontaine, j’ai beaucoup ri à certains moments. Le dialogue est amusant. Une vraie comédie de boulevard. Mais le sujet l’est moins, surtout pour quelqu’un comme moi, qui ai connu la vie de l’Allemagne dite de l’Est sous l’autorité soviétique, qui ai partagé les craintes de mes amis allemands, et ai pu voir les conséquences horribles de la répression permanente.
Car la pièce met en scène cette période sombre qui a précédé la chute du mur de Berlin. Période où nombre d’habitants de la RDA ne pensaient qu’à fuir de l’autre côté, en se faisant une image un peu trop idyllique de ce qui se passait à l’ouest… Et certains des personnages illustrent les fanatiques du régime, voire les tortionnaires de la STASI.

Un des films projetés durant la séance, évoquant le Berlin de l’époque (source)
Alors, me direz-vous, pourquoi tant de rires?
Car certaines répliques y poussent, et, au comique de mots, s’ajoute celui des situations. Le jeu exagéré de certains acteurs, et surtout de l’actrice principale, m’a certes gênée, mais il faut dire que je me suis bien amusée. Tout au moins pendant la première moitié de la pièce. Pendant la seconde, j’étais partagée entre rires et horreur, tant remontaient des souvenirs noirs…
A la sortie, avis partagés. Le public a ovationné les acteurs. Certes, ils et elles se sont littéralement démené-e-s pour maintenir un rythme effréné tout du long. Et la mise en scène, avec « irruption » (je choisis volontairement ce mot, tant on s’y attend peu) de films et animations, est assez originale.

Mais la question demeure : peut-on rire de tout? Comment la pièce parle-t-elle aux générations pour qui cette période relève désormais de l’histoire?
La voûte étoilée du théâtre évoque une autre Dimension…

Ne restons pas sur une note trop sombre. Car, à la sortie, j’ai ri à nouveau en découvrant la décoration du théâtre…



Voilà longtemps que je n’étais pas allée au cinéma, avant cette froide semaine de janvier. Et maintenant trois films à la suite! Après la campagne, encore la campagne. Mais, cette fois, la campagne-refuge, dans les Cévennes, pour un réalisateur hors-normes qui veut (doit???) fuir les studios parisiens.
Et hors-normalité.
Je ne vais pas vous en dire plus, car je ne m’attendais pas du tout à ce genre de film quand je suis partie le voir, sur la gentille invitation d’une jeune femme qui signalait, sur le site OVS, que le cinéma UGC Montparnasse proposait de revoir les films que l’on avait « ratés » dernièrement, pour la modique somme de 5 euros. Une excellente initiative. Pas seulement pour le montant de l’entrée, mais surtout parce que je suis LA spécialiste du « trop tard », pour aller voir les films que je souhaite découvrir. Du printemps à l’automne, parce que je préfère profiter des belles journées et longues soirées. L’hiver, parce que je privilégie danse, concert, théâtre ou restaurant (de préférence au coin d’une cheminée, comme vous l’avez lu dernièrement)!.

Je ne vous dévoilerai donc pas davantage le scénario. Mais si vous voulez voir un film original à différents points de vue, aux acteurs convaincants (bien que le premier rôle soit un peu trop omniprésent à mon goût), au scénario inédit (à part une scène dont je me serais bien passée), et qui offre des moments inoubliables… Alors c’est celui qu’il faut aller voir.
Attendez-vous à être bousculé-e, voire dérangé-e… bref, un film qui est loin de détendre, distraire (même si certains membres du public ont beaucoup ri) et reposer… Il m’a poursuivie toute la nuit, et cela continue…