Gréolières

Rassurez-vous, ce sera la fin du périple de ce dimanche, qui vous a conduits de la vallée du Var au versant adret, puis à travers cols et clues vers Gréolières, où nous arrivons au couchant. Sans, souvenez-vous, la moindre châtaigne ni le moindre champignon! Et sans la moindre randonnée. Car on ne peut compter comme telles les marches dans les différents villages et bourgs, n’est-ce pas?

En descendant vers notre destination, je ne sais vers où me tourner, et décide de stationner entre les deux points qui ont attiré mon attention.

A gauche, vers le haut, des ruines et une église encore bien visible.

A droite, vers le bas, un village entier, bien conservé, et une autre église – excusez la mauvaise qualité des photos, mais, comme vous le voyez, le soleil a déjà disparu!

Mes fidèles lecteurs et lectrices me connaissent : je n’ai pu m’empêcher d’aller fouiller le net en quête de l’histoire du village, car je ne comprenais pas pourquoi une telle distance (sans compter la différence de niveaux) séparait les deux sites.

Les historiens s’accordent à reconnaître une importance à l’époque romaine, car elle était située sur la voie Vence-Castellane. Certains datent son existence de plus loin dans le temps.

« La commune de Gréolières formait probablement un territoire pré-romain dont le centre devait être constitué par un oppidum placé sur le sommet du Bau de Saint-Jean. La romanisation de cette région a été relativement poussée. D’une part, ce territoire est traversé par une voie romaine aujourd’hui bien étudiée. D’autre part, les traces d’une occupation antique, se poursuivant éventuellement durant le haut Moyen Age, sont relativement nombreuses. Mentionnons pour exemple le site des Champs Gelés. » (source)

Mais alors, pourquoi deux sites? Sans oublier le troisième, sur le Bau de Saint-Jean… Question de terres, semble-t-il.

« Vers 1230 ou peu après, suite à la construction d’un nouveau château sur le territoire de Gréolières (cf. le château de Hautes Gréolières), sans abandon de l’ancien, le fief est partagé. Un autre castrum est créé, mentionné pour la première fois vers 1232 sous la forme de « l’autre castrum de Gréolières  » et en 1232 sous la forme de « Gréolières supérieures ». Celui-ci se développe et en 1315 il est affouagé pour 86 feux de queste, soit beaucoup plus que ceux des Ferres (36) et de Bouyon (56), presque à l’égal de celui de Coursegoules (97) ; celui de Basses Gréolières est affouagé pour 102 feux. Mais, ne disposant que des terres les plus pauvres, situées dans la montagne du Cheiron, Hautes Gréolières résiste mal aux crises du XIVe siècle. Le village est encore affouagé en 1400 et en 1442 ; en 1471 on y compte 15 familles. En 1787, il ne s’y trouve plus que quelques habitants (ibidem). Le cadastre de 1841 mentionne encore 15 maisons, 4 masures, une bergerie et son « courtil », un four et une chapelle : Hautes Gréolières n’est plus qu’un écart. Les 19 bâtiments (maisons et masures) correspondent aux ruines du secteur. »

Mais aussi question de rivalité entre deux branches d’une même famille.

« En fait, de 1322 à 1518, les deux fiefs de Basses et Hautes Gréolières sont détenus par deux branches cousines de la famille de Villeneuve. En 1518, Pierre de Villeneuve, par ailleurs seigneur de Vence, prête hommage une dernière fois pour Hautes Gréolières le 15 janvier. Après quoi il teste, le 8 avril, en faveur de son cousin Antoine, seigneur de Basses Gréolières . C’est probablement cette réunion des deux parties du vieux territoire qui porte le coup de grâce à l’agglomération de Hautes Gréolières, d’autant plus qu’elle a lieu au moment où Basses Gréolières connaît un nouvel essor. On peut donc se demander si la réunion des deux fiefs en une seule main, en 1518, n’était pas partiellement destinée à en favoriser la renaissance. Toutefois la réunion effective n’a pas lieu tout de suite et on distingue Basses et Hautes Gréolières jusqu’à la fin de l’Ancien Régime. »

En fin de compte, le village supérieur n’a disparu que depuis peu… A présent, s’il y a bien toujours deux sites habités, ce sont Gréolières, que vous voyez ici, et Gréolières-les-Neiges, la station de ski qui fête cette année ses soixante ans, car elle a été fondée en 1963.

Quittant le chemin dans lequel s’éclate, au son d’un reggae retentissant, un jeune homme qui y vit dans un superbe camion aménagé, je descends pour enfin aller boire un verre, car j’ai aperçu d’en haut les lumières d’un café qui semblait donc bien ouvert, lui, contrairement aux précédents. Ma soif ne s’était pas éteinte au fur et à mesure du coucher du soleil!

Et je n’ai pas été déçue.

Le Relais… Un de ces lieux comme je les aime. Accueil plein d’humour de l’aubergiste… Au point que nous décidons que la Saint Philippe (c’est son prénom, comme je l’apprends tout de suite) pourrait se fêter non plus le 3 mai, mais le 22 octobre… Quand mon amie demande une citronnade au lieu de la bière pression, il éclate… entre rire et colère simulée : comme il s’apprêtait à fermer, il a nettoyé le presse-agrumes. Elle propose de changer de boisson, mais il refuse et lui prépare un délicieux citron pressé.

En pression, de la Pietra. Rare, en montagne, n’est-ce pas? Je lui demande s’il a des liens avec la Corse. Et j’apprends que, comme c’est son pays, il y part en vacances… le lendemain! En réalité, il ferme pour des congés bien mérités après un été chargé. Nous nous installons en terrasse, Pietra et citron pressé en mains, quand je lève la tête. Et là, que vois-je avec stupeur?

Orval? Ici? En pays grassois, à presque 1000 mètres d’altitude? Alors qu’on a déjà tant de mal à en trouver dans les Hauts-de-France? Voilà qui me conduit à questionner « Philippe ». Et j’apprends qu’il est effectivement ravitaillé par un de ses amis belges, qui lui descend deux caisses chaque fois qu’il vient le voir. Comme l’Orval est peu connue dans le coin, et que les vrais connaisseurs de bière ne sont pas légion, cela lui suffit.

« Dans le long passé d’Orval, il y a probablement toujours eu une brasserie à l’abbaye. En attestent les anciens relevés de plans, une description précise de fabrication laissée par un visiteur franciscain, il y a trois cents ans et un lieu dit « houblonnière » tout proche du monastère. Brasser était, en effet, l’usage dans ces contrées peu propices à la culture de la vigne. La bière était d’abord et avant tout considérée pour ses vertus nourrissantes. On l’appelait le « pain liquide ». (source : le site de l’abbaye)

Si vous souhaitez en savoir davantage sur l’une de mes bières préférées, allez visiter le site des moines, il est remarquablement bien fourni.

Nous échangeons longuement à propos des bières, en particulier des trappistes, et je lui parle de la Saint Sixtus (alias Westvloeteren) qui fait l’objet de nos conversations mersoises et d’équipées régulières vers la Belgique…

Là encore, allez voir le site de l’abbaye... qui ouvre sur cette déclaration :

« Nous ne vivons pas pour brasser. Nous brassons pour vivre.

LES MOINES DE L’ABBAYE DE SAINT-SIXTE »

Il accepte de lancer le défi à son ami. J’espère savoir un jour s’il a réussi à en servir à Gréolières ! En attendant, nous lui souhaitons de bonnes vacances corses et repartons vers la Villa niçoise et les Bières du Comté et Socca Bières…

De Collongues à Gréolières

Rassurez-vous, ce sera le dernier épisode de la sortie dominicale, qui a vu un projet « Fête des Châtaignes » se transformer en « quête de champignons » pour aboutir à « découverte de villages du pays grassois »…

Direction donc Briançonnet. Un charmant petit village dominant une verte vallée. Le cimetière offre une belle vue sur les Alpes…

Il jouxte une imposante église, hélas fermée comme les autres.

De nombreux passages couverts (à Lyon, on dirait « traboules ») permettent de passer d’une ruelle à l’autre.

Deux photos que je n’ai pas pu ne pas prendre…

La route ensuite est superbe, et nous emmène dans une splendide clue.

Qu’y a-t-il dans cette cavité si importante? Vite, arrêtons-nous! Et je découvre à ma grande surprise un sanctuaire dédié à la Vierge.

Il est situé au point le plus resserré de la clue, là où la paisible rivière que je découvrirai au-delà devient torrent fugueux.

De l’autre côté, un centre de loisirs aquatiques. On comprend pourquoi!

Une adorable maison semble gardienne de cette clue.

Un lac est annoncé, ainsi qu’un café dans un camping.

Arrêt, donc, pour une promenade. Mais le café est aussi fermé! Et pas de lac en vue… En regardant l’ancien village de Saint Alban, il est bien difficile de trouver le passage entre les montagnes…

Poursuite de la route sur un haut plateau, pour un léger détour vers Thorenc. Envie de boire un verre en terrasse, en admirant le couchant qui arrive déjà… Mais déception! Je n’ai pas trouvé un seul café ouvert! Ce que j’ai découvert, c’est une « station climatique » en plein déclin. Qui a visiblement eu son heure de gloire, vu la taille imposante et l’architecture parfois chichiteuse des grandes demeures ou des anciens hôtels. Mais peut-être faut-il prendre plus de temps pour apprécier? L’heure continue à tourner…

Le regard est tout à coup attiré par de drôles d’animaux qui paissent non loin de la route. Des bisons! Accompagnés de biches et de cerfs…

Un panneau fait comprendre qu’il s’agit d’une réserve. « Parc Naturel régional Préalpes d’Azur ». Trop tard pour aller visiter, hélas! Il faudra revenir… Nous poursuivons la route, et une jolie descente nous amène au village de Gréolières.

Mais c’est une autre histoire…

Collongues

Rappel du précédent épisode : suite aux dégâts causés par Aline, le projet de la Fête des Châtaignes à Valdeblore a dû être abandonné. Un couple rencontré à l’Auberge des Acacias, à Puget-Théniers, a indiqué qu’il y avait peut-être des champignons dans les bois près de Collongues. Nous franchissons donc le col de Saint Raphaël, puis nous dirigeons vers ce village.

Après La Penne, nous atteignons Collongues, petit village un peu perché, et le visitons dans un calme seulement troublé par la présence de trois enfants qui créent une oeuvre d’art, allongés dans la rue.

A l’arrivée, un accueil très souriant d’un couple inattendu.

Ils ornent la place de la Mairie. Une mairie bien « habitée », et dont le hall ouvert offre la possibilité de choisir des livres à foison.

Le vin du Var et le genepi sont-ils à l’origine de la question posée par mon amie : que signifie « ROF »?

Face à l’édifice, une jolie terrasse fleurie.

La vue sur la campagne environnante est plaisante, et nous nous dirigeons vers l’église, située non loin de là. Etonnement, en arrivant devant ce bel édifice, de constater le contraste entre les couleurs vives des pots et rambardes!

Je n’ai, pour ma part, jamais vu de pots roses autour d’un monument aux morts! L’alliance du « moderne » et de l’histoire est visiblement une volonté forte des édiles (et des 74 habitant-e-s?).

Une partie du cimetière, d’ailleurs, ressemble à une sorte de « HLM troglodytiques », avec des tombes à différents étages.

Par contre, subsistent les traditionnelles chapelles familiales.

Celle qui a été photographiée porte un long texte sur son flanc gauche.

Il semble que tous les maires naissent dans cette famille Castel, car l’actuel maire, Raoul, a succédé à Roger. Et Paul, l’auteur de ce texte, est également un Castel, né, lui voici 100 ans.

L’église est fermée, impossible de la visiter, et nous ne trouvons pas trace de l’ancien château. Mais qu’à cela ne tienne, nous profitons de la sérénité ambiante.

Et nous questionnons sur l’omniprésence de paons.

Le net nous apprend que, la ville n’ayant pas soumis d’armoiries jadis, on lui a attribué en 1696 cet animal.

« D’or au paon passant d’azur sur une terrasse de sinople« 

C’est sans doute ce qui explique l’horreur rencontrée lors de l’arrivée par la route…

En réalité, une oeuvre d’art d’un sculpteur brésilien installé à Nice, comme me l’apprend un article de Nice Matin, qui montre la photo de son inauguration avec le maire actuel, Raoul Castel.

Le maire félicite l’artiste

« C’est une œuvre commandée par la municipalité, réalisée par un talentueux sculpteur plasticien brésilien installé sur Nice, Arch Regees. Réalisé en inox et fibre de verre, ce paon aux couleurs vives, est la première œuvre publique installée en France par l’artiste : « Collongues devient une petite partie de chez moi, a une place dans mon cœur. » L’artiste voulait un paon tout blanc : « Je ne voulais rien ajouter à sa forme, mais quand on m’a dit qu’il neigeait ici en hiver, j’ai changé d’avis. J’ai présenté trois modèles aux élus, c’est mon préféré qui a été choisi ».

L’heure continue à filer, le couchant n’est plus très loin… mais l’espoir d’une randonnée « champignons » s’amenuise… Où aller les chercher, sans conseils d’autochtone, dans les forêts environnantes?

Waze indique qu’il nous faudra presque deux heures pour rentrer à Nice… Il faut donc reprendre la route. Direction : Briançonnet.
A suivre donc…

Un projet revu à cause d’Aline

Cet avant-dernier dimanche d’octobre hésite entre le rose de noble cause et le noir/orange de cette fête hideuse importée d’un monde celtique revisité par le capitalisme. Que faire pour échapper à l’un (plages devenues terrains de sport) comme à l’autre (spectacles, animations, bals…)? La montagne y a peut-être échappé? Donc projet : direction arrière-pays niçois. Cela tombe bien : une « Fête des Châtaignes » est annoncée à Valdeblore. L’occasion d’apprécier l’ambiance d’un petit bourg montagnard, et d’acheter de quoi compléter la dinde qui sera bientôt sacrifiée sur l’autel des traditions familiales.

La route la plus courte, par la Vallée de la Vésubie, est impraticable, je le sais. De ce fait, il faut, d’après Mappy, plus d’1h30 pour atteindre l’objectif, en passant par la vallée du Var puis les Gorges du Cians. J’adore ces gorges, aux magnifiques teintes rouges. Cela motive les troupes pour un trajet que d’aucun-e-s trouvent un peu long, sachant qu’il est déjà 11h quand la décision est enfin prise! Mais haut les coeurs! La châtaigne attire, ainsi que l’idée d’un repas partagé avec les autochtones, et d’une belle randonnée sur les sommets environnants.

Je demande à mon copain Waze de m’indiquer le chemin vers Valdeblore. Refus successifs. Jamais vu un GPS se rebeller! Je mets « La Bolline ». Idem. Je recommence. Il finit par m’indiquer une route, de plus de 100 km et en trois heures. Je me dis que les sorcières d’Halloween ont déjà frappé! Et ne le crois pas. DIrection Digne, donc, par une voie Mathis qui se termine en piste dans un paysage d’après-guerre…

Le Var s’amuse à ressembler à un torrent grisâtre. La route est en travaux, mais pour cause de sécurisation des tunnels, ce n’est pas nouveau. Tout va bien et les premières clues sont passées dans la joie et la bonne humeur. Panneau de signalisation : Valberg et la Colmiane ne sont pas accessibles par la Vésubie. Nous le savons! Mais ce que nous ignorions et que nous apprend le panneau suivant, à l’entrée de la route du Cians, c’est qu’elle est aussi barrée! Il faut donc, effectivement, aller faire tout un tour pour accéder à ces coins.

Comme je l’enseigne à mes stagiaires, un projet doit pouvoir être réajusté. Pourquoi ne pas aller sur le plateau de Dina, que j’aime beaucoup, et revoir par la même occasion la jolie vallée de la Roudoule, voire revisiter son petit Musée si charmant? Et comme il est l’heure de déjeuner, un resto au passage. Il y a bien un micro-pique-nique qui nous vaut une horrible odeur de fromage dans le véhicule, mais il est destiné à être consommé en regardant le couchant…

A Puget-Théniers, un marché vient d’avoir lieu. En attestent la difficulté à accéder au parking, et l’odeur de vaches (ou autres bestiaux) qui envahit les lieux. La carte du seul restaurant ouvert ne tente pas. Trop ordinaire et trop cher. Mais en passant, nous avions vu, un kilomètre plus bas, un petit restaurant avec terrasse. Appel. Peu aimable, l’aubergiste demande où nous sommes. Quand je lui dis que nous pouvons être là rapidement, il accepte de nous recevoir. Il n’est pourtant que 13 heures… Un dimanche!

Nous sommes accueillis par un couple charmant. L’homme a retrouvé son sourire. La femme, elle, n’a pas perdu son accent « de pays de l’est ». Nous jouons à deviner son origine. Une table en terrasse, soleil hélas caché par de grands arbres. L’ardoise est alléchante, et vaut une belle hésitation. J’opte finalement pour une planche partagée en apéritif, puis un gratin de ravioles aux cèpes.

Comme vin? Je ne connais pas les deux vins de pays proposés, et en discute avec celle qui nous sert, pour finalement opter pour un Taradeau, qu’elle me dit préférer.

En attendant le repas, je vais profiter des nacelles de la terrasse voisine, en me balançant tranquillement au soleil…

Le repas est délicieux, le vin, très agréable, bien fruité et très tannique.

Nous apprenons que la dame est Polonaise, et que Basia est le diminutif de Barbara. Elle nous explique que, dans son pays, on utilise beaucoup de diminutifs pour les prénoms féminins. Quand nous lui demandons comment, de Pologne, on arrive à un bourg si éloigné de tout, elle nous répond que c’est une longue histoire, et nous n’en saurons pas davantage. Si ce n’est qu’elle est l’épouse de l’aubergiste, lui-même tenant ce restaurant depuis 25 ans, et qu’ils ferment pour partir au Mont Blanc en vacances avec leur fils… C’est donc le dernier repas qu’ils servent avant cette parenthèse. Le repas se termine par un Genepi fait maison. Et nous nous promettons de revenir à l’Auberge des Acacias…

En discutant avec d’autres convives, nous apprenons que la vallée de la Roudoule est aussi fermée! Mon amie a envie d’aller aux champignons, on nous décourage (il n’y en aurait pas cette année) mais nous conseille d’aller à Collongues, en passant par le col de Saint Raphaël. Je suis déjà passée par ce col (et crois même me souvenir qu’un article de ce blog en parle), mais pas le village en question. Donc, changement de cap. Direction Collongues.

Au lieu de prendre une vallée vers le nord-est, nous prenons un col vers le sud-ouest. La vue est magnifique en montant, et le contraste entre ubac et adret, remarquable. Nous atteignons La Penne. Détour? Non, l’heure avance, et ici le soleil se couche tôt! Un petit arrêt près de la jolie chapelle du 11ème siècle (bon, d’accord, remaniée au 13ème), et nous admirons le village de loin, avant de reprendre la route.

A suivre…

Marco Polo à l’Opéra de Nice

Dans le train qui me ramenait vers le sud, je cherchais les activités possibles pour ce week-end. Un certain choix, je dois dire, pour cette soirée de vendredi, jour de vacances scolaires. Dont une représentation à l’Opéra de Nice : Marco Polo. L’occasion de revoir ces lieux, et d’une sortie avec de jeunes amies. L’affiche, qui plus est, était alléchante, non?

J’avais oublié que l’Opéra de Nice est comme un théâtre exigu, donc tout en étages… et me voici au 5ème de ces étages, dénommé « Amphithéâtre ». Pour une sujette au vertige, une catastrophe! Je n’ai donc que moyennement pu profiter de la première partie. Nous sommes tous descendus au parterre pour la seconde!

Spectacle déroutant, aux dires des 7 personnes qui constituaient notre groupe. Montrant la déchéance d’un empereur… Mais le reste a semblé peu compréhensible aux ignares que nous sommes. Car je pense qu’il faut avoir lu le livre qui a inspiré l’oeuvre, pour mieux comprendre.

Livre lui-même très déroutant, qui évoque 55 « villes invisibles », sur une thématique ainsi explicitée :

« Les villes comme les rêves sont faites de désirs et de peurs, même si le fil de leur discours est secret, leurs règles absurdes, leurs perspectives trompeuses ; et toute chose en cache une autre. — Moi, je n’ai ni désirs ni peurs, déclara le Khan, et mes rêves sont composés soit par mon esprit soit par le hasard. — Les villes aussi se croient l’ouvre de l’esprit ou du hasard, mais ni l’un ni l’autre ne suffisent pour faire tenir debout leurs murs. Tu ne jouis pas d’une ville à cause de ses sept ou soixante-dix-sept merveilles, mais de la réponse qu’elle apporte à l’une de tes questions. » (Italo Calvino)

Petite information au passage : une architecte péruvienne, Karina Puente, propose 55 oeuvres, chacune représentant une de ces « villes invisibles », qu’elle a dotées de prénoms féminins.

Voici la présentation de l’ouvrage d’Italo Calvino dans un article fort intéressant, qui le traite, lui, de « dépaysant ».

« Dans Les villes invisibles (Le città invisibili, 1972), Italo Calvino met en scène l’empereur Kublai Khan et Marco Polo. Le premier ne peut visiter toutes les villes qu’il a conquises, et il demande au second de voyager pour lui et de les lui décrire. Selon un ordre savant, Marco Polo décrit des villes merveilleuses, tellement extraordinaires qu’elles pourraient être inventées tout autant qu’exotiques. L’ailleurs, à travers ces descriptions et les dialogues qui s’y intercalent, est donc aussi bien géographique qu’onirique, mais aussi linguistique (l’échange entre les personnages est freiné par un problème de langue). On analyse ici les multiples valences de l’ailleurs, dans un texte qui est sans cesse excentrique, excentré, énigmatique. »

Aquarelle de Sylvie Perrot

Si j’avais su cela avant, j’aurais sans doute mieux compris l’étonnant hiatus entre deux scènes. A commencer par les deux premières : à la deuxième, je me demandais comment on était passé de la salle du trône en Asie, où Marco Polo proposait quelques pacotilles à l’empereur, à ce qui semblait être la préparation d’une fiancée pour son mariage!

Côté mise en scène, rien de bien nouveau. Et j’ai trouvé quelque peu stéréotypée l’évocation de l’Asie. A commencer par l’insistance sur la couleur rouge.

Le rythme global est haché par l’alternance répétée, sans transition, ce qui « perd » le/la spectateur-e en permanence.

Mais la chorégraphie est intéressante, et il faut saluer les prouesses des danseuses et danseurs, dont certain-e-s font preuve de qualités exceptionnelles. Seuls, à deux, en groupe… une danse vive, laissant une large part aux « glissements », à mi-chemin parfois du classicisme et du burlesque. Une mention particulière, à mon goût, pour l’allusion aux derviches, fort réussie.

Les articles lus a posteriori confirment mon impression, comme celui-ci:

« La pièce a tous les ingrédients d’une réussite qui n’est pourtant pas totalement au rendez-vous: qui n’a pas lu l’argument peine à comprendre ce qui se joue sous ses yeux, parce qu’au lieu de rester sur le premier degré du voyage et de la lutte entre les deux hommes s’ajoute une dimension philosophique que la danse peine à faire comprendre. La splendeur n’est pas au rendez-vous. Si les costumes de Jean-Pierre Laporte sont magnifiques, son décor n’a pas les moyens de l’opulence et ne se résout pas à une sobriété qui sauverait la mise. »

Une divergence cependant avec son auteure : je n’ai pas adhéré au personnage campé par Eric Vu-Han, qui, tout en finesse pour évoquer la spiritualité, me semblait manquer de puissance pour l’incarnation d’un empereur tel que Kubilaï Khan, souverain de l’Empire Mongol de 1260 à 1294. En voici quelques représentations artistiques:

Le danseur qui incarne Marco Polo est plus crédible à mon sens.

Le jeune Vénitien a en effet 17 ans quand il entre au service de l’empereur, avec son père et son oncle. La jeunesse, l’impatience, l’esprit un peu rebelle du jeune homme sont bien rendus par Alessio Passaquindici.

Ce que je me dis à présent, c’est que je voudrais m’informer davantage sur ce séjour de Marco Polo auprès de l’empereur, lire l’ouvrage d’Italo Calvino, puis revoir le ballet. Et reste une autre question : le traitement de la musique de Francis Poulenc… je ne suis pas assez experte pour en juger, mais cela m’a questionnée…

Les 4 « derviches »

Des personnages symbolisant différents univers

En rouge, l’empereur. En blanc, le jeune Vénitien

Feydeau à la Comédie Française

Le croirez-vous? Je n’étais jamais allée à la Comédie Française… Jusqu’à ce jour d’octobre où je fus invitée à aller assister à une représentation. Sans jouer sur les mots, ce sont bien des « représentations » que j’avais, concernant ce haut lieu de l’histoire du théâtre! Et je m’attendais à une mise en scène plutôt classique, des costumes d’époque, etc.

Dois-je parler de surprise ou de déception? Je ne sais. Toujours est-il que je ne m’attendais absolument pas à assister au genre de spectacle que j’y vis ce soir-là.

Le décor d’abord. Une salle de séjour sans charme. Cheminée, avec peau de bête. Mais pas accueillante, la b$te : prête à vous dévorer avec sa geule ouverte, pleine de grandes dents! Canapé sans charme (ni époque, d’ailleurs!). Petit bureau de l’autre côté. Vaste baie vitrée ouvrant sur un paysage de forêt enneigée. Et quatre portes plus ou moins dissimulée par des boiseries.

Les costumes ensuite. Plutôt années 60, genre « Parapluies de Cherbourg ».

Le jeu des acteurs et actrices enfin. Endiablé, rapide, souvent burlesque. Pas du tout le Feydeau que j’aime, comique dans le compassé passé…

A propos de burlesque, des passages de skieurs stéréotypés dans le paysage enneigé.

Tout cela fait rire, certes. Mais ce n’est pas ce à quoi je m’attendais. Alors, oublions les « représentations » et revenons au spectacle tel que joué. Jeu brillant des acteurs, qui dynamisent le texte de Feydeau. Mise en scène ‘au cordeau ». Aucun « raté » ! Pourtant, ça bouge, ça saute, ça remue! Bref, un spectacle que je qualifierais de « décapant » si j’osais. Alors, osons!

Ah! J’oubliais de vous en donner le titre! « La Puce à l’Oreille ». Vous pourrez en voir des extraits par exemple ici.

L’art du détour. Episode 3

Petit rappel pour celles et ceux qui n’auraient pas suivi les précédents épisodes… Retour aéroport – Villa : en temps normal, une vingtaine de minutes. Mais recherche de terreau pour agrumes servant de prétexte, je me retrouve d’abord dans un vallon, puis à Bellet, et enfin dans une vieille famille nissarte qui cultive les agrumes. Nous en étions au moment où je regagnais la Vallée du Var par une petite route de montagne. Autrement dit, où je me dirigeais vers l’ouest alors que ma Villa est plein est…Descente donc vers la vallée du Var, un Var qui est resté étonnamment en eau cet été, alors qu’on parlait de sècheresse! Passage devant le centre commercial… J’oublie de m’arrêter pour faire le plein, un des objectifs du détour! Car à l’ouest de Nice le carburant coût en moyenne 20 centimes de moins que de l’autre côté… Arrivée dans le coin des jardineries et entreprises d’horticulture, je m’aperçois que midi est passé depuis un bon moment. Or, ici, tout ferme entre 12 ou 12.30 et au moins 14 heures! Soleil oblige!

Une idée alors : pourquoi ne pas aller déjeuner « Chez Michel », à Castagniers? Je ne suis pas bien loin de ce village perché où l’enseigne existe depuis le début du XXème siècle et où m’entraînait autrefois une famille nissarde qui, comme les autres, allait, le dimanche midi, y faire ripaille. Direction donc Castagniers. Petite grimpette en lacet, et le tour est joué. Il y a de la place pour stationner, contrairement à la dernière fois que j’y suis venue!

L’auberge est toujours là, dominant la vallée, avec sa jolie terrasse devant l’église du village.

Un accueil souriant par un jeune couple, qui se relaiera pour nous servir. Les parasols sont agréables par cette chaleur, et j’adore déjeuner près de l’eau. Ici, une fontaine surmontée d’une étonnante statue.

L’ardoise est alléchante, et je choisis de déguster des gnocchis aux girolles. Un régal!

Accompagnés d’un vin du Var, car, comme je le disais dans le précédent article, le vin de Bellet est trop coûteux, ces petites auberges ne le servent pas. Des mignardises sont proposées en entrée, et il fait bon déjeuner tranquillement après le trajet Paris -Orly dans un bus surpeuplé, le vol Paris -Nice dans un avion sentant les produits chimiques, la route aéroport – Boulevard de la Madeleine – Chemin du Génie – Route de Bellet – Vallée du Var – Catagniers! Un peu de répit bien mérité, non? Bref, le temps a passé, et 14h sonnent à l’église. Un petit café? Oui, bien sûr. Quand j’ai enfin le courage de me lever de mon siège, c’est pour une petite promenade dans le village.

Un dernier regard sur l’auberge…

En face, la Mairie, joliment décorée d’une peinture abstraite.

La petite placette qui la jouxte est, elle, ornée d’une charrette fleurie, qui me rappelle les charrettes des marchandes de fleurs du Cours Saleya, naguère.

Comme, hélas, dans la plupart des villages français, on croise peu d’habitant-e-s. Mais leurs demeures font des clins d’oeil.

Ici une piscine avec vue imprenable sur les montagnes… Là, le rouge des statues animalières attire le regard…

Beaucoup d’oliviers, et je constate que la récolte doit être proche, quelle que soit la couleur du fruit.

Plus de 15 heures maintenant… les magasins sont ouverts, mais l’envie de plage est plus forte ! Pas de redescente, donc, vers la Vallée du Var. Direction : l’est. En passant par Tourrette-Levens, autre village perché que j’aime beaucoup. Et voilà comment, de 20 minutes envisagées, le trajet de retour de l’aéroport a occupé 6 heures de la journée. Comment aussi je suis rentrée avec un réservoir quasi-vide, et sans le terreau pour nourrir mes citronniers. Mais que de beaux et bons souvenirs!

L’art du détour. Episode 2

Je vous ai laissé hier – haletant-e-s, j’en suis sûre, et attendant avec impatience la suite – sur les hauteurs du Bellet, au milieu des vignes. Objectif : redescendre côté ouest (je vous rappelle que c’est de là que j’étais partie!) pour aller acheter terreau pour agrumes et carburant pas trop cher dans la vallée du Var.

Nouveau chemin en lacet pour commencer la descente. Et tout à coup, une enseigne. Annonçant… un producteur d’agrumes. Vite, volant à droite, pour prendre un petit chemin et pénétrer dans une cour.

Hors du temps. C’est l’expression qui me vient en premier lorsque je sors. Un endroit hors du temps. Des serres. Des outils et engins un peu pêle-mêle. Un vieux Volkswagen décoré de jaune, bleu, etc. Et une maison sans âge, avec large baie vitrée ouverte sur la cour. Des tables rondes en métal et fauteuils semblent attendre des invités du XIXème siècle.

Une dame sort, s’essuyant les mains et s’excusant « Je reviens du marché ». Je lui explique ma quête. « Hélas, nous n’en avons plus en ce moment. Mais nous devrions en recevoir demain. » Pas envie de partir si vite… je poursuis donc la conversation. Et lui demande depuis combien de temps existe cette pépinière. « C’est la cinquième génération », me répond-elle. Je lui fais alors remarquer que cela vaudrait la peine d’écrire l’histoire de la famille. « C’est en cours ». Nous continuons à échanger, et elle m’explique, avant que je ne parte, qu’elle est contente de m’avoir rencontrée, que je suis fort sympathique, dénonçant les gens désagréables qu’elle reçoit parfois. Je quitte à regret ces lieux enchanteurs, me promettant d’y revenir plus tranquillement.

Avant d’écrire ces lignes, j’ai regardé sur le net ce que l’on voyait de cette famille. C’est le fils, Sébastien, qui a repris l’exploitation. On le trouve sur Facebook. Un article sur le net le présente en action. Mais surprise : un autre article de journal sur lui m’apprend que ses agrumes fournissent des tables de grands chefs, mais aussi que son grand-père n’est autre que le peintre Vincent Fossat, dont une rue de Nice porte le nom, et qui figure en bonne place au Musée Masséna.

La famille Del Fossat est d’origine italienne, installée à Nice dès le XVIème siècle. L’originalité de l’oeuvre de ce peintre réside dans le fait qu’il a été le peintre officiel du Muséum d’Histoire Naturelle, au moment de sa création par Barla, en 1846 – à cette époque, le Muséum se situait sur la Place Saint François, dans ce que l’on nomme « La Vieille Ville ». Il avait développé ses talents d’aquarelliste avec le corsaire Ambroise Louis Gameray, et faisait des planches botaniques et des reproductions d’animaux pour le musée, en aquarelles mais aussi en lithogravure comme le montre cet exemple emprunté à un très intéressant article scientifique à son sujet.

Mais en parallèle, il peignait les paysages niçois.

Il a entre autres peint le fameux « Château de l’Anglais » qui a été si défendu par les Nissarts récemment car menacé de destruction, et est actuellement en cours de rénovation.

Et le Pont des Anges qui enjambait le Var près de son embouchure.

Et l’on comprend mieux le nom donné à la Pointe de Rauba Capeu (le vent, « Voleur de Chapeaux »), en voyant cette oeuvre.

Si cela vous intéresse, vous pourrez trouver la biographie de ce peintre dans cet article. On y apprend notamment l’intérêt de Monod pour les oeuvres du Muséum.

« En septembre 1922, l’éminent professeur Théodore Monod, alors jeune assistant au Museum d’Histoire Naturelle de Paris visite le Museum de Nice et ne peut retenir un « long cri d’admiration », en découvrant les aquarelles. Il note dans ses carnets personnels en septembre 1922 : « Figurez-vous qu’il y a là quelque chose d’unique au monde : une collection d’aquarelles merveilleuses de champignons, de plantes et de poissons . Il y en a peut-être cinquante cartons représentant, peut-être, mille planches ou plus . Et tout cela est totalement inconnu, je suis un des rares privilégiés qui connaissent ce trésor inouï et d’une inestimable valeur . C’est l’œuvre d’un peintre -à la fois grand artiste et observateur scrupuleux- qui gagnait cinq francs par jour pour créer de l’Immortel, de la Beauté, les seules choses qui ne puissent passer ni vieillir.»

J’ai trouvé un portrait de lui, mais dont la reproduction est interdite. Vous le verrez ici.

Qu’est-ce qui relie le peintre à la belle propriété horticole? Cela reste à découvrir… En attendant, nous poursuivons la descente vers la Vallée du Var… ce sera l’objet d’un troisième épisode…