Pas de « blackboard » (vous vous souvenez, le fameux « blaque beau hard » des élèves de jadis; l’occasion, si vous avez le temps, de réécouter l’humoriste Jacques Bodoin) pour les spectateurs/trices de Combo-les-Bains ou qui s’y sont déplacé-e-s en ce samedi soir… Mais un tableau blanc. Celles et ceux qui connaissent l’oeuvre interprétée l’auront reconnue, n’est-ce pas? C’est en effet Art de Yasmina Reza, que la Troupe des Gens T, formée et mise en scène par Elyzabeth Zollkau présentait à l’AIEC de Cambo (une association dont j’apprécie beaucoup le slogan : « Ce que le corps a perdu croire, chaque jour, l’esprit peut encore, lui, le gagner » – me demandant si ce n’était pas plutôt « cru perdre » -; une partie du public était constitué de patient-e-s qui sortaient de centres de soins).

Elle et ils s’étaient bien battu-e-s pour avoir le droit de la jouer « officiellement », et n’a obtenu le droit de le faire que peu de fois. Dommage, car c’est un investissement énorme : le texte est très intéressant, mais très dense, et les personnages ont une telle épaisseur qu’il est difficile de les jouer.

Je les avais déjà vus lors de la « première » dans une petite salle de Béhobie, au milieu d’intimes et d’ami-e-s. Depuis, après quelques représentations privées, la troupe s’est produite à Biarritz et Saint Pée sur Nivelle. Et dimanche 15 novembre, ce sera la dernière fois (hélas pour elle et eux), à la Luna Negra de Bayonne.

Ensuite, il faudra aller à Paris ou dans l’une des villes de tournée des comédiens qui l’interprètent « officiellement ».

Pour ma part, je l’avais vue lors de sa création, fin des années 90, avec un Arditi et un Lucchini encore bien jeunes.

Les commentaires du public, à la sortie, étaient à l’unanime élogieux. Et, durant la représentation, des rires ont fusé, alternant avec des silences qui reflétaient l’attention, et sans doute la réflexion autour des thématiques très « philosophiques » (y compris avec référence à Sénèque!) : le couple, le parcours personnel, professionnel et familial, et surtout l’amitié.
Satire des psy en tout genre, dont les psychothérapeutes si « chers » à Yvan.
« »Si je suis moi parce que je suis moi, et si tu es toi parce que tu es toi, je suis moi et tu es toi. Si, en revanche, je suis moi parce que tu es toi, et si tu es toi parce que je suis moi, alors je ne suis pas moi et tu n’es pas toi… »
Jeu de mot, jeu sur les mots, mais aussi profonde réflexion sur la place, le rôle social, et l’intime de chacun.
« Ne me dis pas, calme-toi ! Je n’ai aucune raison de me calmer, si tu veux me rendre fou, dis-moi, calme-toi ! Calme-toi est la pire chose qu’on peut dire à quelqu’un qui a perdu son calme ! Je ne suis pas comme vous, je ne veux pas être une référence, je ne veux pas exister par moi-même, je veux être votre ami Yvan le farfadet ! Yvan le farfadet »
Mais aussi, bien sûr, une mise en question de la notion d’ « art », interrogée à partir de l’achat d’un tableau monochrome à un prix jugé extravagant pas les amis de l’acquéreur.

« Je ne crois pas aux valeurs qui régissent l’Art d’aujourd’hui… La loi du nouveau. La loi de la surprise… La surprise est une chose morte. Morte à peine conçue… »

Bravo, quoi qu’il en soit, à cette troupe d’amateurs, qui a brillamment joué du début à la fin, suscitant l’admiration du public.
Comme je ne veux pas déflorer le sujet, et préfère vous laisser découvrir la pièce, et, si vous le pouvez, la voir jouer dimanche prochain à Bayonne par la Troupe des Gents T, mise en scène par Elyzabeth Zollkau, je terminerai par un extrait qui « me parle »…
« En réalité, je ne supporte plus aucun discours rationnel, tout ce qui a fait le monde, tout ce qui a été beau et grand dans ce monde n’est jamais né d’un discours rationnel. »