Etrange soirée à Pasaïa

Je vous ai laissé-e-s, dans le précédent article, lorsque le bateau était arrivé à quai, et que nous étions contraint-e-s de rester à bord car la grille d’accès au ponton était fermée à clés. D’où un pique-nique à l’heure du thé, dans un courant venteux bien frais… Un avantage toutefois : celui d’assister à l’arrivée d’un magnifique voilier. Jugez-en plutôt :

Ce navire, je l’apprendrai plus tard, est le Morgenster. Quelques temps après, c’est le Saltillo qui pénètre dans le chenal.

Plus modeste, certes, mais très élégant cependant.

Enfin on vient nous délivrer, et nous pouvons aller prendre la navette qui traverse vers l’autre rive… Après la non-réception au quai, enfin, glacée, je peux gagner l’hôtel soigneusement réservé quelques mois plus tôt. Et j’avais bien fait! Le seul dans le coin, et seulement 7 chambres! Vous le voyez, photographié le lendemain : le cadre indique le balcon de la chambre 102, qui m’a accueillie.

La petite navette m’y emmène, et je découvre une vieille maison, dont l’intérieur a été réaménagé avec goût pour accueillir au mieux les hôtes. En bas, une vaste salle commune, qui sert pour les repas ou le travail.

Un ascenseur dessert les deux étages. Le choix a été fait de mêler hardiment ancien et moderne, matériaux naturels et plastique, et l’ensemble est assez réussi. Un plus : de la fenêtre, je peux surveiller et l’Alba et le Brokoa!

Ils sont sagement amarrés juste en face!

Une douche bien chaude, une petite sieste, et vite, retour de l’autre côté (vive la navette!) pour aller découvrir les voiliers et ce que j’espérais être une ambiance festive. Pour la seconde, on oublie : rien n’est installé, il n’y a presque personne sous cette pluie fine. Par contre, quelques navires sont bien à quai. Le Morgenster, que vous avez vu arriver sous pavillon néerlandais, offre à la vue sa figure de proue.

J’ai fait d’autres photos de lui, mais ne vous les présente pas. En effet, de près, il est assez décevant car trop « apprêt ». Il faut dire que ce monocoque de 48 m, lancé en 1919, a été largement restauré et a repris la mer il y a une vingtaine d’années comme navire-école, voilier pour croisières, et fait un peu trop « vitrine » à mon goût. Un peu plus loin, c’est l’Etoile du Roy qui offre sa poupe au regard.

Je le connais pour l’avoir vu en Bretagne, près de son port d’attache, Saint-Malo.

Comme vous le constatez, lui aussi est obligé de se prostituer pour survivre…

Mais les détails n’en restent pas moins impressionnants.

Et la figure de proue est assez terrifiante… Je me suis demandé si elle était dûe à Jean-Paul Gaultier ou à Madonna dans ses jeunes années…

En tout cas, elle ne m’apparaissait pas authentique! Et j’avais raison… Autrefois, c’était un terrible pirate mâle et viril qui ornait la proue du bateau, alors nommé Grand Türk, du nom de celui qui avait fait construire cette réplique d’une frégate-corsaire corsaire du 18ème siècle. Bateau que vous pouvez voir dans les Trois Mousquetaires, avec Cassel et Duris.

Comme il appartient à une entreprise qui loue des navires pour les besoins des réalisateurs, vous pouvez aussi le voir dans Bougainville, Monte Cristo, Napoléon… Bref, à toutes les sauces… Mais revenons à notre Belle Dame de Proue… Car l' »Etoile du Roy » n’est autre qu’une femme, corsaire bien sûr (nous sommes à Saint-Malo), joliment dénommée Violette de la Hisse. Mais n’essayez pas d’en trouver trace dans l’Histoire : elle n’a jamais existé. En tout cas, pas ailleurs que dans l’imagination de l’artiste qui l’a inventée, Valérie Gauthier (pas Jean-Paul, et d’ailleurs le nom ne s’orthographie pas de la même manière!), en 2013. Vous remarquerez le mot « légende »…

La Bretagne est bien présente sur les quais de Pasaïa, mais, ce soir-là, les bateaux n’étaient pas encore arrivés et je les ai cherchés en vain.

Demi-tour donc, un peu frustrée. Mais il fait froid, il n’y a aucune ambiance, et peu d’embarcations sont arrivées. Retour donc sur l’autre rive pour chercher un restaurant. Et là, surprise! Ils sont tous fermés! Une veille de long pont de l’Ascension! Heureusement, il y a les restes du pique-nique… et un bar ouvert sur la place voisine. Mais avant, j’ai eu le temps de découvrir les traces de la haine espagnole contre Charlemagne.

Un petit verre de bière pour reprendre courage. Vous avouerez que l’ambiance n’est pas gaie!

Et la vue est même gâchée un moment par un monstre marin.

La soirée va donc se résumer à un modeste pique-nique dans la chambre d’hôtel…

Heureusement avec une jolie vue! et agrémenté par un Rioja, la barmaid ayant accepté de me prêter la vaisselle adéquate… et par la vue sur les deux bateaux basques.

Le Brokoa gagne l’Espagne

La météo n’est pas idéale en ce mercredi de mai, et il faut impérativement arriver au port avant la nuit… Telle est la gageure de l’équipage du Brokoa, quittant le port de Donibane Lohizune dans la matinée du 13 mai.

Quelques aguerris, et des « semi-novices » comme moi, ravie de retrouver le plaisir de naviguer, malgré la pluie, le vent et des creux de plus d’un mètre. A bord de « txalupa handi ». La chaloupe biscayenne a été construite à partir d’un plan de 1878.

« BROKOA à été réalisé pour participer au concours « Bateaux des côtes de France – Brest 92». Une demi coque a était retravaillée à partir d’un plan de 1878 provenant du chantier Mutiozabal (Orio–Gipuzkoa) fourni par l’Aquarium de Saint Sebastien. Sa réalisation a reçu le deuxième prix dans sa catégorie ainsi que quatre mentions spéciales. La « txalupa handi » (chaloupe biscayenne) gréée de deux voiles au tiers est armée à l’aviron. Elle a participé à toute l’histoire de la pêche basque (baleine, morue). A partir du XIXème siècle les chaloupes pratiquaient une pêche côtière qui leur permettait de prendre, de novembre à mai, dorades, raies, congres, maigres, merlus, grondins et autres poissons de fond. De juin à octobre, elle pêchait le thon blanc et rouge à la traîne dans le Golfe de Gascogne. »

Difficile de mettre les voiles, en raison du temps. Impossible de ramer avec nos faibles muscles et de telles vagues… C’est donc au moteur que se fait la première partie du trajet. Une vitesse de 3 noeuds et quelques permettra d’arriver avant que la tempête ne gagne les côtes basques.

Un avantage : nous pouvons admirer les impressionnantes strates inclinées de la côte.

« D’où viennent ces hautes falaises qui bordent la Corniche ? Elles ont été dessinées il y a 100 millions d’années par un sillon creusé entre les blocs ibérique et européen qui provoqua des avalanches sous-marines et déposèrent des sédiments de flyshs. Le flysch est donc un dépôt sédimentaire composé principalement par une alternance de grès et de marnes. C’est cette alternance qui donne cet aspect de strates superposées les unes sur les autres : une plaque de grès plus dure et plus épaisse et entre chacune de la marne plus friable.

Lors de la création des continents, le bloc ibérique est rentré en contact avec le bloc européen et c’est alors que les sédiments marins ont émergés pour former la Corniche et les Pyrénées.

Les falaises atteignent au plus haut point une hauteur de 45 m.«  (source)

Une fois passé le Cap Figuier, alias « Higuer Lumuturra », la houle est un peu moins forte. Vite, éloignons-nous de la côte, pour aller enfin hisser misaine et grand voile…

Le temps est toujours menaçant, mais nous filons entre les « grains » et évitons sereinement la Belharra.

« La vague géante Belharra apparaît à 3 km au large de la Corniche Basque à Urrugne. Elle apparaît à cet endroit précis grâce à la présence d’un haut-fond rocheux situé à seulement 15 mètres de profondeur appelé : le Belharra Perdun (l’herbe verte en basque) qui a donné son nom à la vague. »

Il faut dire que nous avons une chance que n’avaient pas les marins du 19ème siècle : la possibilité de la situer exactement grâce aux applications de nos portables!

Et c’est avec beaucoup de plaisir que nous traçons au près serré en direction de la faille entre deux falaises surmontée du phare d’entrée dans le port de Pasaïa.

Car c’est là que se déroule en ce week-end de l’Ascension le « Pasaïa Itsas Festibala » auquel vont participer les deux bateaux de l’association à laquelle j’adhère, Itsas Begia, le Brokoa et l’Itsas Begia, et celui d’une association soeur, Trois Mâts basque : l’Alba, une chaloupe sardinière à vapeur.

Le soleil a réapparu, après ces sept heures de nuages… Il est temps d’affaler les voiles, de vérifier que tout est clair pour l’accostage…

Les rames sont bien en rangs serrés… Elles serviront avec un autre équipage lors de la deuxième parade du week-end.

Le vent n’est hélas pas favorable pour une entrée à la voile. C’est donc le moteur qui prend le relais pour celle-ci.

Le rouge est bien à tribord…

… Le drapeau espagnol est un peu caché par le français… Mais trop tard pour le rattacher plus haut…

… Et le vert est bien à babord…

Je remarque au passage que l’inscription « Libérez les prisonniers basques » qui y était lors de mon dernier passage a disparu!

Nous accostons en même temps que l’Alba…

L’heure du goûter est dépassée, et nous n’avons toujours pas déjeuner… Hâte de nous mettre à l’abri du vent glacial pour le pique-nique. Mais mauvaise surprise : la grille est close, impossible de gagner le quai. C’est donc en grelottant sur notre bateau que nous devrons manger, puis attendre qu’on veuille bien nous délivrer, plus d’une heure après. Un peu long, avec le froid et la fatigue, même si la vue est belle…