Mollard, une « institution » parisienne

Invitée hier par une amie qui aime la vie et connaît bien la capitale, j’ai découvert une brasserie qui m’avait, jusque là, échappé : la Brasserie Mollard, sise juste en face de la Gare Saint Lazare, station que je fréquente pourtant assez souvent… Mais il faut dire que des travaux quasi-permanents empêchent de percevoir correctement l’environnement de cette gare.

L’intérieur est saisissant, et ne peut laisser indifférent-e… J’en ai recherché l’histoire dans des articles « scientifiques ». En voici quelques extraits.

Pourquoi des décors de faïence dans ce type de brasserie?

    Comme beaucoup de brasseries parisiennes (mais pas que…), ce sont d’abord les céramiques qui attirent l’oeil. Pourquoi sont-elles là? L’explication m’a surprise, il me faut bien l’avouer.

      « À la suite d’une réflexion globale sur la salubrité publique, de nombreux « lieux d’hygiène » se dotent de décors de faïence qui présentent l’avantage de se nettoyer facilement. Parmi les commanditaires de ces tableaux brillants, on trouve les cafés. La brasserie Mollard est l’incarnation même de cette volonté d’assainir la ville à l’approche de l’Exposition universelle de 1900. Situé dans le quartier de la gare Saint-Lazare à Paris, l’édifice dont on doit l’aménagement intérieur à l’architecte Édouard-Jean Niermans (1859-1928) devient « le rendez-vous des voyageurs du monde entier6 ». (Source)

      J’ai dîné sous l’une de celles qui m’ont le plus séduite, le « Dîner chez Mollard », datant de 1895.

      A cette époque, Simas, jeune trentenaire, avait fait le choix de travailler avec la Manufacture de Sarreguemines. Cette entreprise est devenue française, suite au rattachement de l’Alsace à la France. Elle est alors en pleine croissance (source).

      Cela a entraîné des confusions, certains pensant que la brasserie avait été fondée par un Alsacien, alors que le fondateur était Auvergnat ! Bref, si vous en avez l’occasion, allez découvrir ces neufs panneaux dont l’esthétique variée peut vous séduire…

      Attention au piège des panneaux de verre !

      Saisissants, ils sont de style Art Déco. Mais ne « tombez pas dans le panneau », c’est le cas de le dire! Ils sont tout à fait modernes, et leur présence est liée à la restauration des lieux, entreprise à partir de 2012, et pas encore totalement achevée. Stéphane Malchow, descendant des deuxièmes propriétaires de l’établissement fondé en 1867 par le couple Mollard, les Gauthier, a demandé leur création au Maître Verrier Eric Bonte.

      Ils sont situés à l’arrière du restaurant, où j’ai découvert une salle de réception et une salle de conférence.

      De magnifiques verrières

      Impossible de ne pas lever la tête pour admirer les verrières fleuries, qui ont été pour la plupart reconstituées aussi récemment.

      Un ensemble harmonieux, donc, et le partage de la vaste surface en différents espaces permet de créer des salles diverses, dans une unité globale.

      Et d’un point de vue gastronomique?

      Une grande partie de la carte est consacrée aux fruits de mer, et j’ai pu déguster trois variétés d’huîtres tout aussi goûteuses les unes que les autres, quoique bien différentes. Mais on peut aussi déguster des plats plus carnés, comme ces ris de veau dont s’est régalée mon amie. Au dessert, un autre régal : les crêpes flambées au Grand Marnier…

      Une seule ombre au tableau : il faut « avoir les moyens » pour s’y offrir un repas. Mais si l’on considère que ces lieux constituent un spectacle, cela en vaut la peine… Pour ma part, je remercie ma généreuse amie de m’avoir permis de l’admirer.

      Ambiances bordelaises

      Naguère je n’aimais pas Bordeaux. Trop « fermée ». Trop « froide ». Trop « bourgeoisie de province ». Mon ressenti a changé. Et hier après-midi, en arrivant dans la cité, j’ai retrouvé la ville vivante, mais non grouillante, telle que dans mon souvenir. Pour aller de la Gare Saint Jean au Centre Ville, après un petit trajet en tram, j’ai choisi de poursuivre à pied jusqu’au lieu du rendez-vous fixé avec une amie qui y réside avec bonheur.

      La première partie du trajet m’a emmenée outre-Méditerranée, en ce premier jour de Ramadan, avec des vitrines arborant des tenues rutilantes et de couleurs éclatantes. Les étals des épiceries, eux, mettaient en avant de superbes dates, avec des étiquettes précisant leur provenance.

      Un peu plus loin, j’ai retrouvé sans surprise, mais toujours avec le même questionnement, la jaguar verte encastrée par Jean-François Dosso dans la façade du Parking Victor Hugo. Il aurait pu nommer l’oeuvre « Défenestration de Jaguar »!

      La rue Sainte Catherine, elle, accueille toujours autant de badauds et de badaudes, de chalands et de chalandes, que ce soit pour la promenade, sorte de « passeggiata » girondine, ou pour des achats dans les nombreuses boutiques de cette voie rectiligne.

      Le rendez-vous était prévu dans un café que je ne connaissais pas, et dont j’ai appris qu’il est une « institution », comme on dit, de la capitale de Nouvelle-Aquitaine, le Café des Arts. Le serveur a pris le temps de m’explique qu’il datait de 1924. Il occupe le rez-de-chaussée d’un « Monument Historique », l’Hôtel Gradis, fondé en 1750. Ce dernier tient son nom d’une famille séfarade originaire de Palestine, qui, chassée d’Espagne à la fin du 15ème siècle, s’est installée à Bordeaux. Deux siècles plus tard elle y a créé une importante compagnie maritime, la Maison Gradis, devenue ensuite Société Française pour le Commerce avec l’Outre-Mer. Une rue de la ville porte le nom de David Gradis.

      « David Gradis I (ca1665-1751) est consacré par une rue parce que sa famille a participé activement au consistoire israélite de Bordeaux ; il y a été « syndic de la nation juive » en 1728, et lui-même a acquis en 1724 un terrain dédié au premier cimetière israélite de la ville (près du cours de la Marne). Jusqu’alors « marchand portugais », il est devenu « bourgeois de Bordeaux » en 1731. »

      Mais restons au rez-de-chaussée pour admirer le décor Art Déco du café dont voici quelques aperçus, rendus possibles par le fait que 17h est un peu « heure creuse » en cette veille de week-end, qui plus est avec la manifestation prévue à 19h, qui va entraîner de grosses perturbations dans les transports en commun.

      L’escalier qui permet d’accéder aux toilettes est remarquable… Observez le médaillon à sa droite…

      Sur le palier, un fauteuil et un téléphone fleurant bon le siècle passé.

      On parvient ensuite à un petit salon orné d’une belle collection de papillons. Une « antichambre » des lieux d’aisance, eux-même décorés de photographies d’artistes du passé.

      Les cocktails sont peu chers, et le serveur, Olivier de son prénom, prend la peine, lorsqu’il sait que j’apprécie un « bon » Mojito, de me préciser qu’il a lui-même rajouté ce qui fait le goût spécifique de ceux qui sont faits dans les règles de l’art, comme les appréciait Ernest Hemingway : avec une goutte d’angostura (à base de rhum, gentiane, écorces d’orange, substances amères et aromates).

      Il me faut repartir si je veux pouvoir bénéficier de trams pour me rendre à Blanquefort, où je suis attendue. Après la rue Sainte Catherine, un peu moins noire de monde que d’habitude, j’arrive aux alentours de la Porte Cailhau, vestige de remparts disparus depuis longtemps.

      Les terrasses des cafés sont pleines, et un groupe de jeunes garçons joue au ballon, sans craindre de casser les vitrines environnantes ou de faire tomber les passant-e-s. Bref, un condensé de vraie Vie urbaine en quelques centaines de mètres…