Une soirée, trois découvertes. 3. Le Long Hop

Si vous suivez ce feuilleton, vous savez qu’hier nous avions rencontré, au Café Litteratum, deux inconnu-e-s. A la fermeture du café, à minuit, iels nous ont entraîné pour un dernier verre dans un autre débit de boissons du coin. Le Long Hope. Je passe aussi devant très souvent. Et je n’y avais jamais pénétré!

Une tout autre ambiance.

D’abord, la taille. Il est immense. Et encore, je ne l’ai pas totalement exploré, et me suis promis d’y retourner pour ce faire.

Ensuite, la musique. Tendance années 20. Pas 1920, non!

Et puis, le service. Non pas un seul serveur, comme au Luccha Libre, ni un couple, comme au Café Litteratum, mais une équipe nombreuse de jeunes serveuses et jeunes serveurs.

Enfin, la clientèle. Nous faisions figure de dinosaures. Même pas de quarantenaires!

Souvent j’avais remarqué un agglutinement de jeunes gens devant sa devanture. J’ai compris pourquoi : il programme beaucoup de matches, et pas seulement de football. Rien que pour samedi prochain, j’en ai compté 6, apparemment de football et de rugby. Et, comme c’est un pub anglais, il propose des bières variées, dont certaines à prix très modique…

En préparant cet article, avec notamment le site du lieu, j’ai découvert aussi qu’il abritait baby-foot et billard. A revisiter donc, pour mieux en appréhender les avantages (ou non). On peut aussi y manger des soupes et des burgers, visiblement à des prix raisonnables. Mais seulement jusqu’à 22h30, alors qu’il reste ouvert jusqu’à 2 heures du matin, heure à laquelle nous l’avons quitté, à l’issue de cette soirée mémorable…

Un dernier petit détail : il est ouvert 7 jours sur 7. Donc une valeur sûre pour celles et ceux qui ne programment pas sérieusement leurs pauses conviviales… Attention cependant : il semblerait que le billard soit potentiellement inutilisable les jours de concert ou de grand match.

Un dernier mot, pour les non-spécialistes de sports collectifs comme moi : que signifie son nom?

« A delivery that is bowled short, slow and lacking lift. This gives the batsman ample time to assess the ball’s trajectory and play an attacking shot, so it is typically an inadvertent delivery. This is contrasted with a bouncer, in which the ball is played short with a sharp lift and is much more difficult for the batsman to play.« 

Cela dit, à part que c’est un coup remarquable au cricket, je n’ai toujours pas compris ce que c’était car je ne connais pas le jeu! Et rassurez-vous, point n’est besoin de le connaître pour y passer un bon moment, si la compagnie est agréable.

Il est encore des lieux chaleureux… Le Café de Ponthoile

Lors de ma dernière virée en Baie de Somme, j’ai découvert un endroit qui échappe au temps, à l’agressivité, à l’égocentrisme. Pas par hasard, non, mais parce que des amis m’en avaient parlé la veille. Un petit détour sur la route au retour du Crotoy, et me voici à Ponthoile. Littéralement, le domaine (ou la ferme, bref, « villa » en latin) du pont. Désignation qui évoque l’eau, omniprésente dans ce coin si proche de la baie et des étangs/marais de la Somme.

Un village proche de la Baie et des Marais. Ici, une randonnée suggérée sur le site Outdooractive

Un village tranquille, paisible, qui perdure à travers les siècles : on y a trouvé de l’habitat gallo-romain (voir page 334 de cet article de Roger Agache en 1962), un tertre de l’époque mérovingienne (voir cet article sur la Neustrie septentrionale), et les traces d’une église médiévale brûlée, comme beaucoup d’édifices dans ce secteur, au moment de la Guerre de Cent Ans, qui a vu une chute de la population : de 180 feux on passa à seulement 48… Actuellement, elle tourne autour de 600 personnes, et le village s’est battu en vain, comme beaucoup d’autres, pour garder son école, ce qui ne se fit pas. Les vidéos sur Internet en témoignent : ici ou encore ici, des témoignages poignants… il en est toute une série, avec le 3 et le 4, qui traite davantage de la chanson de l’artiste creusois que de l’école.

Un écho en fut transmis en ligne sur le site de Regain, dans un article intitulé « Aux mioches de Ponthoile« , dont je vous livre un bel extrait:

 » Il est des endroits qui ont une âme. Chaque saison, nous faisons escale dans un village vivant. Planté en terre paysanne aux abords de l’estuaire du fleuve Somme se trouve Ponthoile.
Un village picard rustique et paisible, couché dans la splendeur des bas-champs marécageux. D’ici émane le goût du vrai !

La civilisation du village vacille, continuellement bousculée, malmenée par la modernité. Ponthoile est un de ces villages oubliés, un beau patelin. Cinq hameaux paisibles (Bonnelle, Le Hamel, Morlay, Romaine, Romiotte) entrelacés sur une vingtaine de kilomètres autour d’un petit bourg clairsemé, rendu hirsute par le vent du Nord, à l’image de ces canards de Barbarie qui traînent devant la ferme des Prevost , une vieille famille paysanne. Situé entre Abbeville et Le Touquet, Ponthoile fait partie du Parc naturel régional de la Baie de Somme. Bienvenue en Picardie maritime, au pays de l’oiseau migrateur.

Sous le joug de l’administration de la communauté de communes Ponthieu-Marquenterre, une machine écrasante qui lisse les vies de 71 localités, Ponthoile pleure son école disparue en septembre 2018. Dieu sait si les mioches font le bonheur des campagnes. Se voir ôter injustement l’école du village, l’un des derniers lieux de vie, n’est pas une peccadille pour les 630 âmes qui vivent ici ! JeanLuc Massalon, l’instit’, juge cette décision administrative tout à fait « antidémocratique » et ne peut admettre que le rectorat d’Amiens ait permis « sans concertation et sans nuance aucune » la fermeture définitive de cette école primaire où l’harmonie régnait. Une école de deux classes qui n’était pas en sous-effectif. Une école sans problème qui ne demandait rien à personne : une école heureuse.« 

Vous pourrez à ce sujet écouter la chanson Les Oubliés, de Gauvain Sers.

Mais je ne compte pas vous parler aujourd’hui d’histoire – c’est dans la ferme de Romiotte que les célèbres frères Caudron ont réalisé leurs premiers essais de vol , ni de géographie – la commune possède des marais tourbeux, des prairies humides, des roselières et des mares de petite taille, favorisant la bio-diversité. Les rivières du Dien et des Îles, le ruisseau des Caserettes sont autant de lieux favorables à la conservation des espèces locales, ni de biologie (un des seuls endroits où l’on trouve la grenouille des champs, et je ne blague pas!).

Non, c’est d’un petit endroit hors du temps et de la méchanceté des hommes, le café de Ponthoile. J’ai découvert, en préparant cet article, qu’il existe depuis bien longtemps, comme on peut le voir sur cette carte postale ancienne. Il était alors « café-épicerie ».

Et en voici une autre, empruntée à un site qui m’a beaucoup intéressée et qui a consacré un article dans la série « Un jour un parcours » à Félix Duclaire, que vous avez vu conduisant à 16 ans le tracteur entraînant l’avion sur la carte précédente.

Je n’ai pas pu réaliser de photo de l’établissement car il y avait des véhicules et des personnes à tout moment. Voici l’image du site Guru, fidèle à l’actualité.

A l’intérieur, on est saisi par la « chaleur » de l’endroit. Au comptoir, en ce beau dimanche après-midi de mars, des hommes accoudés. Derrière le comptoir, une dame qui les écoute avec patience et anime la conversation. Dans un coin, un bric-à-brac : nous apprendrons que c’est le lieu de dépôt des dons pour l’Ukraine, ce qui embolise une partie de la salle.

Un magnifique billard en envahit presque tout l’espace. La dame y joue par moments avec l’un ou l’autre des clients. Elle a visiblement enseigné le jeu à un jeune homme qui entame une partie avec elle.

A l’arrivée, bien sûr, des regards interrogatifs : « Qui sont ces étangers? » Mais très vite nous nous sentons accepté-e-s, et la conversation se noue.

Le seul coin possible à photographier car le seul coin vide…
Vers les toilettes
Carpe diem

Et nous y serions bien restés plus longtemps si nous n’étions pas attendus le soir à Mers…

Il a donc fallu prendre le chemin du retour. Un bien beau chemin. La petite route qui ramène vers la « civilisation sauvage » est ceinte de fossés, que les Flamands dénommeraient watergangs…