J’étais attendue, en ce début juillet, pour une nouvelle sortie sur la chaloupe dont je vous ai déjà parlé, le Brokoa (vous vous souvenez, celle qui est allée au Festival de Pasaïa?). Une communication au dernier moment : « je ne peux aider à la manoeuvre, mieux vaut donc que je ne vienne pas ». Mais une des responsables m’a gentiment dit « Un Doliprane, et hop, tu viens! pas question de partir sans toi! ». Me voici donc clopinant vers le quai où est amarré le bateau flambant neuf… enfin, j’exagère un peu, car elle a quand même près de 40 ans, cette réplique exacte d’une ancienne chaloupe destinée à la pêche… Mais les bénévoles de l’association Itsas Begia ont passé le mois de juin à la nettoyer, poncer, peindre, à changer des pièces, à effacer les traces de récentes mésaventures, bref, à la bichonner. Et c’est vrai qu’elle a fière allure, avec sa jolie « moustache ».
Avant le départ, le chef de bord inspecte et réfléchit…
Les amarres sont larguées, en route vers la sortie…
Un petit salut au cousin à vapeur, l’Alba.
Peu de vent dans la baie, c’est l’occasion d’une démonstration d’installation de la dérive. Pas trop de trois moussaillons pour la placer!
D’autres suivent les explications, confortablement installés…
La misaine et la grand’voile sont montées, mais le vent reste faible, et il faut manoeuvrer pour éviter l’Artha.
Les paris vont bon train. Besoin de virer de bord? ou on passe Sainte Barbe directement?
Une petite manoeuvre, et voici la pointe franchie sous l’oeil bienveillant de la Sainte.
Peu de vent au port, mais suffisamment au large pour monter les voiles et passer un excellent moment à longer la côte nord pour admirer de loin les falaises et la plage d’Erromardi (dont je vous parlerai dans un prochain article).
Hélas sortie écourtée car un des passagers devait rentrer tôt s’occuper de sa vieille chatte très malade… Retour donc vers le port, en longeant cette fois Ziburu.
Une fois à quai (ce qui n’est pas une mince affaire, avec le courant!), il faut ranger…
… ce qui prend un certain temps, car tout doit être impeccable. Bien « emballer » les voiles.
Déposer la barre entre les rangées de rames. Et elle est lourde!
Et voilà le résultat! On peut admirer la peinture récente!
Un dernier regard sur le bateau et sa belle moustache qui se mire dans l’onde…
Quel bonheur de naviguer sur cette « xalupa handi »! Et merci à Paule, Denis, Chabi et Pierre !
Je vous ai parlé hier de la sortie effectuée, en baie de Donibane Lohizune, à bord de cette chaloupe ancienne, le Brokoa, conservée par l‘association Itsas Begia. Aujourd’hui, je voudrais compléter ce premier article par un second, qui a trait à l’histoire de ce batel, telle que je l’ai découverte à travers Internet et l’exposition dont va traiter un troisième article, expo consacrée aux maquettes et à l’histoire de la batellerie dans ce port.
En effet, un des centres d’intérêt de l’exposition est la projection d’un film qui retrace l’histoire du Brokoa. D’après les informations qu’on m’a transmises, cette vidéo ne serait pas accessible sur le net. J’en ai donc filmé des extraits, avec mon modeste Iphone… Non pour « copier », mais parce que je les trouvais particulièrement intéressants. Je vous emmène donc à ma suite dans ces découvertes progressives…
La genèse du projet « Brokoa »
« Depuis sa création en 1981, l’association Itsas Begia a œuvré sans relâ- che à la sauvegarde et à la mise en valeur de l’histoire, du patrimoine et de la culture maritimes de la province du Labourd. Elle est fortement engagée dans la promotion de la création, sur la côte basque, d’un espace muséo- graphique sur le sujet. »
« L’année 1985 marque le premier coup d’essai d’Itsas Begia en matière de reconstitution, une réussite, avec la construction d’un battela portant le nom de l’association. Ses bonnes qualités marines (et un équipage très moti- vé) permettent au battela Itsas Begia de remporter la régate internationale d’aviron de mer (en catégorie de moins de 5,50 m) au rassemblement de Douarnenez en 1988. Un grand pas est franchi en 1990-1991: après des mois de recherche (prin- cipalement dans les musées navals du Pays Basque Sud) et de sollicitations de financements privés et publics, la réplique d’une grande chaloupe biscayenne du XIXème siècle est mise en chantier chez Hiruak Bat, à Socoa: Brokoa est lan- cée en 1991, primée au concours national “Bateaux des côtes de France” à Brest en 1992. C’est le dernier grand bateau en bois construit à Socoa »
Un évènement marquant, donc, que le lancement de ce dernier bateau issu de ce qui a fait longtemps une des richesses du Pays Basque : la construction navale, hélas délaissée par les armateurs mêmes du coin au profit de bateaux provenant de pays plus au Nord, comme les Pays-Bas, au XIXème siècle…
2. Les spécificités du bateau
« BROKOA à été réalisé pour participer au concours « Bateaux des côtes de France – Brest 92». Une demi coque a était retravaillée à partir d’un plan de 1878 provenant du chantier Mutiozabal (Orio–Gipuzkoa) fourni par l’Aquarium de Saint Sebastien. Sa réalisation a reçu le deuxième prix dans sa catégorie ainsi que quatre mentions spéciales. La « txalupa handi » (chaloupe biscayenne) gréée de deux voiles au tiers est armée à l’aviron. Elle a participé à toute l’histoire de la pêche basque (baleine, morue). A partir du XIXème siècle les chaloupes pratiquaient une pêche côtière qui leur permettait de prendre, de novembre à mai, dorades, raies, congres, maigres, merlus, grondins et autres poissons de fond. De juin à octobre, elle pêchait le thon blanc et rouge à la traîne dans le Golfe de Gascogne. » (source)
3. Une éclipse de trois ans
Comme tout navire, il a fallu faire face au vieillissement et aux dégâts liés à l’activité maritime. De 2020 à 2023, le Brokoa s’est donc exilé en Gironde, à Gujan-Mestras, pour s’y refaire une jeunesse et une beauté, et être à nouveau prêt à affronter vagues et vents au large de la côte basque… Un bourg que je connais bien, pour m’y être fait littéralement une « ventrée » d’huîtres… Miamm…
Son retour du bassin d’Arcachon a fait l’objet d’un reportage, que vous pouvez suivre sur ce site.
Un autre article relie la chaloupe à un autre bateau, Alba « son copain »… Vous le trouverez ici.
4. L’existence et l’activité importante symboliquement d’un aumônier des marins
Le film que j’ai eu l’occasion de voir et revoir montre la construction du bateau, puis sa bénédiction. Je vais laisser de côté les aspects techniques de la première, pour m’attarder sur la seconde. J’ai découvert que l’on plaçait, à un endroit protégé et stratégique du navire, un objet béni, en lien avec la Vierge, qui y restait tout au long de l’existence du bateau.
La cache de l’objet
Par la même occasion, j’ai appris qu’un prêtre défendait les gens de mer depuis longtemps, depuis Urrugne : Mikel Epalza. Ici, vous le voyez assez jeune. Il l’est moins, car il va fêter ses 80 ans en 2026… Vous pourrez en savoir davantage en regardant les films de ce site . Sachez aussi qu’un livre a été écrit sur et avec lui…
Voici ce qu’en dit le Monde en juin 2025 :
« Il faut sans doute embarquer pour comprendre – un peu, du bout des doigts – la profession si particulière qu’est la pêche et ses liens avec l’océan. Cet ouvrage de 200 pages parvient pourtant à faire vivre entre les lignes le quotidien de ces hommes et femmes qui travaillent au creux des vagues, loin des proches, hors du temps. On y découvre leur rapport à la spiritualité, aussi.
La forme est celle d’un témoignage : celui de l’un des deux auteurs, Mikel Epalza – un prêtre basque qui a fait de la mer sa paroisse. Dans ce récit fluide, les tranches de vie s’enchaînent, des anecdotes d’enfance aux pêches infructueuses. Elles dépeignent aussi les bouleversements subis par les pêcheries, les marins de commerce abandonnés dans les ports et les pressions sur la mer – depuis une époque où « personne ne se doutait d’à quel point [elle] était polluée ».
Le texte est écrit à la première personne, mais avec une deuxième voix : celle de la journaliste Coline Renault, coautrice du livre, qui a « tenté de percer le mystère de la force » qui anime l’aumônier de la mer. Pêcheur d’hommes est, aussi, l’histoire émouvante de la rencontre de deux mondes et de deux générations distinctes d’un demi-siècle. »
L’envie d’en savoir plus sur le Brokoa m’a donc amenée à découvrir beaucoup de richesse(s), techniques mais aussi symboliques…
Je finis par une belle photo, prise au moment de l’appel en Crowdfunding pour sa restauration… Sachant qu’il en faudrait un second, car le mât a maintenant besoin d’être remplacé… Si l’un ou l’une d’entre vous veut aider, n’hésitez surtout pas!