Journée pluvieuse à Pasaïa

Que faire lorsqu’il pleut toute une journée, qui devrait être de festivités joyeuses sous un soleil espagnol? Au petit-déjeuner, d’autres hôtes m’apprennent que Notre-Dame de Rumengol est arrivée à 4 h du matin, avec une entrée dans la passe très difficile. Un petit tour de ce côté du chenal, puis je traverserai pour aller la saluer… J’étais déjà venue dans ce quartier, mais je ne me lasse pas des traces de l’histoire et de l’architecture si hétéroclite mais « vivante ».

Les petites embarcations jouent quand même sous le regard (l' »itsas ») des rameuses et rameurs.

Première direction : le Musée, qui est aussi chantier naval pour les restaurations. Je le connais déjà, pour y avoir passé un long moment lors de ma première venue. Mais c’est toujours un plaisir de retrouver les forgerons au rythme cadencé, symboles de la vraie collaboration.

Je me remémore l’histoire du San Juan, baleinier qui avait disparu en 1565 à Red Bay, Canada. Son épave, située en 1978 et fouillée par les chercheurs canadiens. Et une réplique en est construite à Pasaïa, qui désormais navigue comme emblème de l’histoire des marins qui partaient du Pays Basque pour si longtemps, et parfois sans y revenir, mais aussi symbole des peuples tels que les Inuits et de la coopération.

J’en profite pour essayer de retenir en basque le vocabulaire spécifique de la marine à voile, que j’ai déjà tant de mal à apprendre en français!

Je passe un long moment dans l’atelier charpente-menuiserie, où j’admire le travail des jeunes qui apprennent les métiers de la construction navale, avec une ardeur incroyable.

Au plafond, vous apercevez les traînières et leur évolution au cours de l’histoire, en raison de l’évolution des matériaux, qui les a rendues de plus en plus légères et rapides.

Mais le musée que j’avais visité vide est maintenant de plus en plus fréquenté, et des hordes d’enfants et d’adolescents se rassemblent autour de moi à chacune de mes haltes, pour écouter (plus ou moins!) leurs guides. Je décide donc de quitter les lieux, à mon grand regret, pour rejoindre l’équipage qui s’est rassemblé dans un bar voisin. L’occasion de déguster le cidre basque.

Un des membres m’a raconté que les pommiers étaient endémiques au Pays Basque, et que Louis XIV avait découvert le cidre lors de son mariage à Saint-Jean-de-Luz.

« Depuis l’Antiquité, la pomme était présente en quantité dans tout l’Euskadi. Au Ier siècle, Strabon, un géographe Grec, décrit l’abondance de pommiers au Pays Basque et mentionne qu’il s’y consomme le Phitarra, une boisson obtenue grâce à des morceaux de pommes que l’on met dans de l’eau bouillante et du miel.

Au Moyen âge, dans son « Guide du pèlerin de St-Jacques », Aymery Picaud écrit en 1134 que l’on trouve au Pays Basque uniquement des pommes, du cidre et du lait comme aliment.

Chaque ferme comprenait autrefois un pressoir permettant la production de cidre »

Mais je n’ai pas tout vérifié. Nous y reviendrons donc à l’occasion, si cela vous intéresse… Pour l’instant, allons avec les autres membres de l’équipage, sous la pluie, voir ce qui se passe sur les quais. Le Morgenster est toujours là. Les bateaux bretons sont bien arrivés, effectivement. Notre-Dame de Rumengol, gabare gérée par l‘association An Test, est bien là. J’avais juste oublié de vous préciser qu’il n’est pas équipé de moteur!

Mais n’est-ce pas la Recouvrance qui est là, nez à nez (enfin, proue à proue!)?

Toujours aussi fine et belle, non? Et l’équipement! De quoi éviter les sacs de noeuds…

« La Recouvrance, goélette symbole et ambassadrice de la ville de Brest qui en est aussi la propriétaire, porte le nom du plus célèbre quartier de la ville, celui où les femmes de marins priaient Notre Dame. »

Sur la terre ferme, des installations sont encore en train d’être équipées, mais certaines abritent déjà leurs occupants. Nous découvrons ainsi une association spécialisée dans la « galupe ».

Des échanges intéressants avec ses représentants, qui partagent beaucoup de nos préoccupations. En outre, cette semaine est justement la semaine culturelle à laquelle l’association participe activement! ça tombe mal pour eux…

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Mais l’heure du rassemblement pour la parade approche, et il nous faut regagner le bord, pour y participer, malgré un temps menaçant… Un dernier regard au San Juan et aux voiliers, et vite, regagnons le ponton 3…

Mardi Gras, t’en va pas…

Travaillant toute la journée hier, j’avais oublié que c’était jour de fête… Et, à Paris, on ne connaît pas le Carnaval.

Pas comme dans ma région de naissance ou ses environs. Les Gilles de Binche ont dansé sans moi (non, même pas… le Carnaval a été une nouvelle fois annulé…).

Pas comme dans ma région d’adoption. Les carnavals des quartiers de Nice (je ne parle pas de la prétendue « fête » commerciale!) ne m’auront pas vue comme spectatrice. Bref, hier, c’était Mardi Gras. Personne à qui faire les crêpes, comme le veut la chanson. Je ne les ai pas fait sauter, une pièce dans l’autre main (ah non, pardon, ça, c’est à la Chandeleur!)…

Alors je me suis consolée en allant me régaler chez un expert de la krampouz, non loin de mon home parisien, à la Contrescarpe.

Source de la photo : page Facebook de Les Crêpes de Louis-Marie

Au numéro 1 de la rue de l’Arbalète, on est accueilli-e par Louis-Marie, grand jeune homme très souriant, ravi de servir à ses client-e-s, dont une bonne part de « fidèles » des crêpes originales, toujours différentes. Ce n’est plus lui à la billig, car il a recruté dernièrement un cuisinier. Mais c’est toujours lui aux manettes de la cuisine!


N’y allez pas si vous voulez « faire » votre composition, ou retrouver les garnitures habituelles sur les galettes. Seule quelques crêpes satisfont à l’ordinaire, et, même dans ce cas, elles ne sont pas ordinaires. La crêpe « caramel beurre salé » – expression qui fait tordre de rire les Bretonnes, car tous les beurres étaient salés autrefois dans leur pays, c’est donc pour elles un pléonasme – était un vrai délice!

Par contre, si vous voulez tester les autres galettes et crêpes, allez-y sans modération… et que dire des boissons? On y trouve des cocktails au cidre, du poiré au gingembre, et une carte de cidres à faire pâlir d’envie toute la profession. J’ai goûté un cru bio extrêmement sec, d’une rare originalité. Mais suis revenue à un plus fruité, finalement. Eh oui, on peut « goûter » les cidres…

On peut aussi lire, car un petit coin bibliothèque borde l’entrée. Je ne vous ferai pas d’analyse de son contenu, pas eu le temps de regarder…

L’ambiance est détendue, chaleureuse, pas trop bruyante. Et les murs gardent trace de la satisfaction des personnes qui s’y sont régalées.