J 32 après N-C

Avez-vous déjà pratiqué 7 heures de tête à tête en visio par Teams avec une personne? une expérience inoubliable pour la nomade que je suis!!! 7 heures scotchées à mon siège, face à un écran, pour des échanges qui habituellement sont faits d’interactions en présence, de véritable dialogue, de collaborations, et de mouvements… 7 heures à ne communiquer que partiellement. Car l’oral n’est pas notre seul mode de communication!! Et cette épreuve se renouvelle, suite au diktat du « télétravail » qui, certes, peut (peut-être) convenir pour certains métiers, mais pas pour le mien, car il transforme et le contenu et la forme. En ce qui me concerne, il pervertit même l’ensemble, dans la mesure où le média induit une modification de l’andragogie, et va à l’encontre des principes qui sont au fondement de mon engagement professionnel…

Mais vous n’êtes pas ici pour que je vous fasse part de mes états d’âme professionnels, je le sais.

Après cette rude journée vécue hier, je suis allée marcher dans Paris, pour me défouler.

Triste spectacle. Des rues quasi-désertes. Quelques boutiques éclairées et ouvertes, noyées dans la « sombritude » des autres devantures, bars, restaurants, cinémas, théâtres, salles de sport, fermées.

Un tour chez Gibert pour essayer de me réconforter? Sous prétexte d’aller chercher un livre sur Sextus Empiricus… Mais peu de monde, des employés désoeuvrés (avantage : ils se sont mis en 4 quand je leur ai demandé une information, au point que c’est moi qui ai dû abréger!), de rares chalands…

J’ai donc continué vers le Carrefour de l’Odéon, habituellement si vivant et animé en fin d’après-midi… La statue de Danton sert de point de rendez-vous aux amateurs de bars, de sorties nocturnes, de balades au crépuscule, d’after-works – je détestais ce mot jusqu’à maintenant, mais depuis qu’on n’a plus droit qu’au « work » et pas à l' »after », je commence à lui donner du sens! Personne aux pieds du tribun. De rares fantômes masqués passant rapidement le long du Boulevard… quelques bus… quelques voitures… à 18h, c’est incroyable!

J’ai alors emprunté le Passage du Commerce, un de mes lieux préférés dans le quartier. Lui aussi, d’ordinaire si vivant, ressort davantage en ce moment d’une ruelle coupe-gorge que de l’espace convivial qu’il est en d’autres temps…

Au débouché de la ruelle désormais obscure, la rue Saint André des Arts est certes illuminée par la Ville, mais tout aussi déserte, malgré les quelques commerçants qui continuent à vouloir survivre… Plus de spectacles, qu’ils soient culturels comme au cinéma éponyme – un des cinémas indépendants qui ont réussi à résister jusqu’à maintenant, ou érotiques comme le théâtre Chochotte

La Place elle-même est sinistre, et ce n’est pas mieux devant la Fontaine, qui, asséchée lors de la dernière canicule au grand dam de la population qui aurait pu s’y rafraîchir, pleure maintenant inlassablement les passant-e-s, les touristes, les musicien-ne-s ou autres artistes de rue, et les manifestant-e-s de tout poil qui l’animaient naguère… sans compter les ami-e-s, les bandes de copains/copines, les couples d’amoureux/euses ou d’amant-e-s pour qui elle constituait (elle con-statuait, allais-je écrire) un lieu de rendez-vous idéal…

La vengeance des Dragons

Lilas en fleurs… et en arômes

Lilas au soleil, Monet (1872)… Il existe aussi un Lilas par temps gris…

Une petite fille est venue, le jour de mon anniversaire, m’apporter des branches de lilas. Elle avait appris que j’adorais le parfum du lilas, et la voici, devant ma porte, les bras chargés de fleurs odoriférantes. Mauves, violettes et blanches. Chaque matin je les hume avec bonheur. La blanche est discrète. La violette est sèche. C’est la mauve qui exhale selon moi l’arôme le plus délicat… et je regrette qu’on ne puisse avoir un Internet diffuseur d’huiles essentielles…

The Bunch of Lilacs, James Tissot (1875)

Mais les jours passent, et je vois chaque jour dépérir « mon » lilas.
D’où l’idée de rechercher quel poète avait écrit sur ces fleurs.
Mallarmé, bien sûr, « mordant la terre chaude où poussent les lilas » (Renouveau), Mallarmé que je retrouve à chaque détour de ma vie. Mais un peu triste pour vous l’offrir… Charles Cros, plus joyeux, trop peut-être en ces temps moroses. Et puis, le lilas est noyé parmi les autres fleurs, dans Le Printemps : muguet, cytise et réséda surtout lui font concurrence. Rosemonde Gérard ensuite, pour qui avril a des « cheveux de lilas » (Calendrier), lilas sur lequel « mars jette des grelons » (La Ronde des mois). Alors j’ai pensé à ce bref poème mis en musique par Gabriel Fauré en 1874..

Ici-bas

Ici-bas tous les lilas meurent,
Tous les chants des oiseaux sont courts ;
Je rêve aux étés qui demeurent
Toujours…

Ici-bas les lèvres effleurent
Sans rien laisser de leur velours ;
Je rêve aux baisers qui demeurent
Toujours…

Ici-bas tous les hommes pleurent
Leurs amitiés ou leurs amours ;
Je rêve aux couples qui demeurent
Toujours…

Sully Prudhomme, Stances et Poèmes (1865)

C’est incroyable le nombre d’interprétations, instrumentales ou vocales, de cette oeuvre à deux talents, deux mains… Accompagnement piano, La Tonya Rosetta Ring; Lerna Baloglu, J’aime plus particulièrement en soprano Ileana Cotrubas (1978) et en mezzo-soprano Courtney Jameson. Les interprétations par des hommes sont plus rares… Intéressante, celle du baryton Gérard Souzay; celle de Giuseppe di Stefano est trop suave à mon goût… Je vous laisse continuer à chercher, si vous avez envie d’autres versions, elles ne manquent pas. En totalement différent, la Compagnie des Indes.

Saviez-vous que « Lilas blancs », de son titre original  » Wenn der weiße Flieder wieder blüht « , « Quand le lilas blanc refleurira » – notez le passage du singulier en allemand au pluriel en français -, sorti en 1953 (Hans Deppe), fut le premier film de Romy Schneider, dans lequel elle interprète le rôle de la fille d’une mère jouée par… sa propre mère?

Plus d’un demi-siècle plus tard, c’est un cinéaste russe qui intitulera son film Ветка сирени,  » Lilas ». Celui-ci, sorti en 2007, porte sur la vie de Rachmaninov.

Par contre, si vous pensez à  » Porte des Lilas », qu’il s’agisse du lieu, de la chanson ou du film, ne me demandez pas pourquoi elle s’appelle ainsi, je ne suis pas parvenue à en trouver une explication acceptable…

Un petit mot encore, et pas en musique celui-là, pour citer cette belle métaphore de Christian Bobin, qui a résonné en moi, en pensant à certain-e-s de mes ami-e-s.

 » Certains êtres sont comme le lilas qui sature de son parfum, jour et nuit, l’air dans lequel il trempe, condamnant ceux qui entrent dans son cercle embaumé à éprouver aussitôt une ivresse intime qui fait s’entrechoquer, comme des verres de cristal de Bohême, les atomes de leurs âmes. »

Et un tout dernier pour évoquer un souvenir d’enfance. Lorsque j’étais petite, ma meilleure amie s’appelait Lilas. Elle venait d’arriver en France avec ses parents algériens. C’était l’époque de l’emploi massif dans les usines sidérurgiques du Nord… Ce n’est que beaucoup plus tard, devenue adulte – et l’ayant perdu de vue – que j’ai compris que son prénom devait être, en réalité… Leïla… Mais Leïla, « la Nuit » dans toute sa splendeur et sa profondeur, c’est une autre histoire…

L’après-midi d’un faune

Frontispice d’Edouard Manet, édition Derenne, 1876

Je dédie cet article à un ami musicien confiné seul dans sa Bourgogne natale, et qui me soutient chaque jour par des échanges amicaux souvent orientés vers les plaisirs procurés par les sons, qui volent vers les pauvres humain-e-s emprisonné-e-s… C’est lui qui en as choisi le thème, à partir de l’oeuvre musicale de Debussy, Prélude à l’après-midi d’un Faune.

« J’adore cette pièce, pleine de poésie brumeuse, de nonchalance contemplative, et d’une douce et tiède sensualité évanescente (naissante?)…

« Et c’est fortement d’actualité

Lascivité rêveuse…
Et mélancolie latente

L’attente de quoi… » (JL, 13/4/2020)

Je vous propose cet enregistrement de 1989 sous la direction de Leonard Bernstein.

Pour ma part, je vais commencer par le texte, que, je pense, peu de monde connaît dans son entièreté. Il faut dire qu’il est long, cet « églogue », que j’ai copié sur une édition de 1876, numérisée sur le site de la BNF, qui en propose d’autres éditions auxquelles vous pourrez accéder.

Vous pouvez, à votre guise, écouter d’abord la musique, puis lire le poème, ou bien faire l’inverse, ou mener de front les deux… Enfin, pour ce faire, vous êtes totalement libres!!!

Je dois dire que j’ai beaucoup apprécié les illustrations de ce livre, et vais donc vous en proposer quelques-unes, en espérant que leur reproduction est libre de droit, ce dont je ne suis hélas pas certaine. Mais en ces temps difficiles, je pense que des dérogations sont possibles? Quoique…

Cette oeuvre, Mallarmé la dédie à des amis, de manière très explicite.

Léon Cladel (Bracquemont, 1883)
Ecrivain, militant, Quercytain
(1835-1892)
Léon Dierx, poète parnassien
(1838-1912)

Les quatre écrivains étaient de la même génération. Stéphane Mallarmé, né en 1842, était le plus jeune de la bande…

Catulle Mendès, écrivain, librettiste (1841-1909)

Partition originale

Pour en revenir à l’oeuvre de Debussy, voici la version préférée de mon ami. Le Royal Concertgebouw Orchestra y est dirigé par Bernard Haitink. Je vous livre son commentaire.

« Elle est lumineuse et voilée à la fois…. Voilée de mystère. » (J.L.)

Thomas Turner a effectué un diaporama sur la musique de Debussy, interprétée par L’Orchestre symphonique de Montréal, Charles Édouard Dutoit, avec de très beaux tableaux, en grande partie impressionnistes. Je vous conseille d’aller visiter sa page Youtube, il y a beaucoup d’autres propositions sympathiques…

Un parallèle est effectué entre les deux oeuvres, musicale et poétique, dans cet article publié dans la Revue Italienne d’Etudes Françaises.

J’ai recherché des lectures du poème. Il y a celle de Pierre-Jean Jouve, mais je la trouve bien trop « déclamée »… sans doute est-ce dû à la période où elle a été enregistrée… Je préfère largement la version de Gérard Ansaloni, mais attention, il ne reprends que quelques extraits dans Les Faunes.

Cela me donne l’occasion d’un clin d’oeil à un autre de mes amis, musicien lui aussi, poète et amateur de faunes. Il reconnaîtra celui-ci, que je ne puis malheureusement plus aller saluer en ce moment.

Voilà qui constitue une heureuse transition vers un autre art, la danse. Bien sûr, impossible d’évoquer Debussy sans en venir à Nijinski, n’est-ce pas?

Aquarelle de Léon Bakst en 1912 (source)

Voici une version filmée en 1912, superbe. Une belle analyse en est proposée sur ce site. On trouve aussi encore à acheter des livres sur le danseur et chorégraphe, en lien avec le ballet.

1991

Depuis, la chorégraphie a été reprise à maintes reprises, avec plus ou moins de bonheur à mon goût. Un superbe décor pour cette interprétation que je ne parviens pas à dater, mais je ne suis pas séduite. Nureyev en faune / fauve dans cette version, toujours non datée.

Au cinéma, George de la Pena jouant Nijinsky dans le ballet (film éponyme, 1980)…

Je ne puis bien évidemment pas oublier le remake célèbre et fort controversé de la chorégraphie de Nijinsky dans le clip officiel de I want to break free, de Queen (2’12 à 3’10 environ) – ce qui rappelle le spectacle vu cet hiver, dont je vous ai déjà parlé…

Freddie Mercury

PS. Au moment de « boucler » cet article, je découvre un article de France Culture fort intéressant, intitulé « Le faune de Mallarmé, Debussy et Nijinski ou le Scandale des gestes nouveaux« , à lire, écouter, partager…

Et, pour forclore, un émouvant court-métrage au début très « en écho », « Henri Storck, l’après-midi d’un faune » by Colinet André, avec de beaux airs de harpe celtique. Mais pour ouvrir sur l’avenir, une performance alliant vidéo et concert, en 2011, et Muses à découvrir…

Etti Anki

Comme j’avais souhaité cette semaine « Pessah semeah » à quelques ami-e-s, je recherchais un poème en lien avec cette fête, sans être pour autant un texte religieux.

Toros Roslin (1266)

J’en ai trouvé un, émouvant, mais dont la qualité littéraire ne m’a pas semblé extraordinaire. Je ne sais plus par quel détour du surf je suis arrivée à Yehouda Halevy – Judah ben Shmuel Halevi – sur lequel je reviendrai peut-être un jour, car j’ai envie d’en savoir davantage sur ce « rabbin, philosophe, médecin et poète sérafade » du 11ème siècle (décidément, j’en reviens toujours à ce siècle dans mes appétences…). Et il m’a conduite à découvrir une chanteuse dont j’ai beaucoup apprécié la voix, ce qui m’amène à vous guider vers elle en ce samedi saint qui est aussi Shabbat…

Chagall, Pessah (1968)

La rencontre s’est effectuée au travers de ce poème d’Halévi chanté par la jeune femme, dans cette vidéo (pour les impatient-e-s, allez directement à 3’49). J’ai cherché désespérément sa traduction, sans la trouver. Mais j’ai bon espoir qu’un-e lecteur / lectrice nous la transmette un jour…

Un point commun entre l’humaniste « hébraïsant et arabisant » du Moyen Age et l’actrice, chanteuse, poète et compositrice : la rencontre des cultures juives et arabes. Etti Ankri est en effet née à Lod, en 1963, dans une famille qui a vécu en Tunisie, et sa musique présente souvent des résonances séraphades, voire maghrébines.

Un album entier est consacré à Yehuda Halevi, Avdei Zman.

Pour poursuivre, laissez-vous entraîner par Eshebo

J’aime beaucoup sa voix, que vous pourrez apprécier, vous aussi, en choisissant les morceaux que vous souhaitez entendre sur ce site très bien fourni, mais uniquement audio : musicMe.

Le premier album d’Etti Ankri

Musicienne également, elle joue de divers instruments, comme vous pourrez le constater sur les enregistrements suivants : la guitare pour Ahava gdola, une sorte de tambourin, et je crois l’avoir vue jouer de l’oud, mais ne trouve pas de vidéo la montrant avec cet instrument…

En tant qu’actrice, elle a joué dans les films suivants, dont je ne suis pas parvenue à trouver des scènes photographiées…

Léhem (1986)
Resissim (1989)
Etti Anki dans Resissim
Deadline (1987)
Shabattot VeHagim (1999-2000)

Tornerai

Caillebotte (1876)

C’était hier l’anniversaire d’un des lecteurs fidèles de ce blog. Pas uniquement lecteur, car il l’enrichit régulièrement de ses commentaires. Parmi ces derniers, vous avez sans doute vu celui qui évoque un beau texte italien, « Tornerai ». Alors, en forme de cadeau d’anniversaire, j’ai décidé ce matin de consacrer mon article quotidien dans cette rubrique spécialement créée pour la période de confinement à ce texte… Bien qu’il ne s’agisse pas à proprement parler de poésie, mais du texte d’une chanson que vous n’êtes pas sans connaître, même si la traduction du titre italien ne correspond nullement au titre en français.
J’ai en effet été totalement déroutée, lorsque j’ai lu le commentaire puis que j’ai cherché les paroles en italien, de découvrir que l’on était passé, par je ne sais quelle pirouette ni surtout pourquoi, de « tu reviendras » à « j’attendrai ». Pourquoi ce glissement de point de vue ? Ce passage du sujet agissant au sujet passif ? Sur fond de question de genre, soit dit en passant… Mais revenons au texte dans sa langue d’origine. Il ne date pas d’hier! 1933… il sera bientôt nonagénaire!

Et c’est alors que commença une véritable enquête… Les paroles trouvées sur le net variaient d’un site à l’autre. Pourtant, les références musicales aboutissaient à la même mélodie. Et, à l’heure où j’écris ces lignes que je voudrais publier avant que la nuit ne s’achève, je viens juste de trouver la solution. Mais gardons le suspens.

Je ne suis pas parvenue à trouver le texte original, en italien.

Voici le premier texte en français, un très beau poème. C’est celui auquel le commentaire sus-cité faisait allusion.

Strophe 1

Les fleurs palissent,
Le feu s’éteint,
L’ombre se glisse
Dans le jardin.
L’horloge tisse
Des sons très las,
Je crois entendre ton pas.
Le vent m’apporte
Des bruits lointains.
Guettant ma porte,
J’écoute en vain.
Hélas plus rien,
Plus rien ne vient.

Refrain

J’attendrai le jour et la nuit,
J’attendrai toujours
Ton retour.
J’attendrai, car l’oiseau qui s’en fuit
Vient chercher l’oubli
Dans son nid.
Le temps passe et court
En battant tristement
Dans mon coeur plus lourd:
Et pourtant j’attendrai ton retour.

Strophe 2

Reviens bien vite,
Les jours sont froids,
Et sans limite
Les nuits sans toi.
Quand on se quitte
On oublie tout,
Mais revenir est si doux.
Si ma tristesse
Peut t’émouvoir
Avec tendresse
Reviens un soir.
Et dans tes bras
Tout renaîtra.

Traduction Louis Poterat, source

Au passage, un petit détour car je n’ai pu m’empêcher, vous vous en doutez, d’aller voir qui était ce « Louis Poterat ».

« Après des études de droit, Louis Poterat débute dans le journalisme, puis se lance dans le commerce. Il écrit d’abord pour des revues locales, et s’intéresse à la chanson. Il adapte des œuvres étrangères, et entre à la firme de cinéma Pathé-Marconi pour écrire en série des chansons de films. Ses premiers grands succès datent de la fin des années 1930, et sont des adaptations de chansons étrangères (J’attendrai, sur une musique du compositeur italien Dino Olivieri, en 1938, chantée par Rina Ketty ; Sur les quais du vieux Paris, dont la musique est due à un Allemand, Ralph Erwin, premier succès de Lucienne Delyle, en 1939). En 1943 il écrit la Valse des regrets sur la musique de la célèbre valse en la bémol, opus 39, no 15, de Johannes Brahms, qui deviendra un des grands succès de Georges Guétary. »

J’ai laissé tel quel le texte de Wikipédia, car il vous permet aussi de naviguer sur la Toile…

Carl Vilhelm Holsoe (1863-1935)

Une fois n’est pas coutume, nous allons donc effectuer une démarche historique, pour mieux cerner les avatars de ce texte. Vous me suivez ?

1937, première version trouvée en ligne, celle de Carlo Buti (1902-1953).

La version originale en français est chantée par Rina Ketty. Le disque proposé date de 1938, soit un an après. Or les paroles n’ont rien à voir, à l’exception du refrain. Une hypothèse surgit : les paroles de Louis Potérat ne seraient pas une traduction, mais une adaptation, très libre, une création en quelque sorte, pour ce qui concerne les deux strophes présentées plus haut…

Tino Rossi (1907-1983) reprend la chanson l’année suivante, en 1939. Jean Sablon (1906-1994) enchaîne, la même année. Je n’ai pas trouvé une autre version qui serait de Jacques Larue; si vous l’avez, merci de m’en donner le lien.

Voici alors les paroles. Je vous laisse jouer au « jeu des différences » avec celles de la première version…

J’attendrai
Le jour et la nuit, J’attendrai toujours
Ton retour
J’attendrai
Car l’oiseau qui s’enfuit vient chercher l’oubli
Dans son nid
Le temps passe et court
En battant tristement
Dans mon cur si lourd
Et pourtant, J’attendrai
Ton retour

J’attendrai
Le jour et la nuit, J’attendrai toujours
Ton retour
J’attendrai
Car l’oiseau qui s’enfuit vient chercher l’oubli
Dans son nid
Le temps passe et court
En battant tristement
Dans mon coeur si lourd
Et pourtant, J’attendrai
Ton retour

Le vent m’apporte
Des bruits lointains
Devant ma porte
J’écoute en vain
Hélas, plus rien
Plus rien ne vient
J’attendrai
Le jour et la nuit, J’attendrai toujours
Ton retour

J’attendrai
Car l’oiseau qui s’enfuit vient chercher l’oubli
Dans son nid
Le temps passe et court
En battant tristement
Dans mon cur si lourd
Et pourtant, J’attendrai
Ton retour
Et pourtant, J’attendrai
Ton retour

Je n’ai pas réussi à dater l’enregistrement effectué par Gino Bechi (1913-1993), présenté sur ce disque.

En 1956, c’est au tour de Luciano Virgili (1922-1986) de l’interpréter, accompagné de l’orchestre dirigé par Dino Olivieri, le compositeur de la musique.

Une vingtaine d’années plus tard, c’est une femme, Raffaella Carra (1943-), qui « modernise » l’air, comme dans cette vidéo de 1976.

Fritz von Uhde (1890)

En France, Dalida reprend la chanson ( apparemment la même année, mais ce serait à vérifier) et qui l’interprétera aussi en italien. Les paroles sont alors celles-ci… Nouveau jeu des différences…

J’attendrai le jour et la nuit
J’attendrai toujours ton retour
J’attendrai car l’oiseau qui s’enfuit
vient chercher l’oubli dans son nid
Le temps passe et court en battant tristement
dans mon coeur si lourd
Et pourtant j’attendrai ton retour
J’attendrai le jour et la nuit
J’attendrai toujours ton retour
J’attendrai car l’oiseau qui s’enfuit
vient chercher l’oubli dans son nid
Le temps passe et court en battant tristement
dans mon coeur si lourd
Et pourtant j’attendrai ton retour
Le vent m’apporte de bruits lointains
Guettant ma porte j’écoute en vain

Hélas, plus rien plus rien ne vient
J’attendrai le jour et la nuit
J’attendrai toujours ton retour
J’attendrai car l’oiseau qui s’enfuit
vient chercher l’oubli dans son nid
Le temps passe et court en battant tristement
dans mon coeur si lourd
Et pourtant j’attendrai ton retour
Et pourtant j’attendrai ton retour
Le temps passe et court en battant tristement
dans mon coeur si lourd
Et pourtant j’attendrai ton retour

Vous pouvez en trouver une traduction en italien, mais aussi russe et turc, si cela vous intéresse, sur ce site.

Caspar David Friedrich (1822)

Ce sont donc des générations diverses qui se sont emparées de cette chanson, lui donnant un sens différent selon l’interprète, son sexe d’état-civil, la langue et les paroles, qui ont, nous l’avons vu, beaucoup varié. On pourrait citer entre autres Jane Morgan (1924-), qui la chante en français et en anglais dans cet enregistrement, ou encore Lucienne Delyle, dont la voix rappelle celle d’Edith Piaf. Certaines versions plus récentes comme celle de Jill Barber reprennent les anciennes paroles. Pour ma part, j’ai beaucoup apprécié la réadaptation, modernisation, création – je ne sais quel terme choisir – des Petites Canailles, qui réussissent à merveille à allier les 1ères et 2èmes personnes du singulier, pour faire des deux personnages deux réels acteurs…

En ce lendemain de la Pessah, je ne puis ne pas mentionner la version emblématique en allemand, Komm zurück. Enfin, n’oublions pas les interprétations purement musicales, comme celle de Django Reinhardt

La chanson a été exploitée dans différentes productions audiovisuelles. Lesley Anne Down la chante pour Anthony Hopkins dans the Arch of Triumph (1984).

1954
1982

En allant vers le Luxembourg… la rue Champollion

Passer devant la Sorbonne ne se fait jamais sans une bonne dose de nostalgie… De même devant le Champo, qui permettait à l’étudiante que j’étais de retrouver les cinéastes d’antan. Les films à l’affiche sont toujours aussi tentants ! Et, en écrivant cet article, je viens de découvrir qu’il était classé monument historique depuis 2000… Si l’histoire des cinémas du quartier latin vous intéresse, en voici une présentation.

Vous l’avez deviné, nous allons donc quitter la rue des Ecoles pour prendre la rue Champollion. J’aime beaucoup cette petite rue, même si elle a perdu dernièrement quelques-uns des lieux pleins de charme qui la rendaient si attirante. Notamment une de ces librairies où l’on a du mal à trouver l’hôte tant il est perdu entre les rangées et piles de livres tous plus anciens et intéressants les uns que les autres. J’aimais beaucoup aller le voir et l’entendre parler de ses trésors. Hélas, comme la plupart des librairies de ce quartier, son antre aux trésors a disparu… J’ai trouvé un blog sur ce thème, Le cercle des librairies disparues

Mais il subsiste les cinémas… Après le Champo, c’est le Reflet Médicis, dont les affiches sont une invitation au voyage dans le cinéma d’art et d’essai.. Le Quartier Latin a changé d’enseigne (et de son cachet), et est devenu La Filmothèque du Quartier Latin. Mais il propose toujours des versions restaurées des films anciens, et, une fois par mois, des « leçons de cinéma », analyse par un-e expert-e d’un film après la projection de celui-ci.

Je n’ai pas cité les cinémas sis plus haut… C’est une spécificité de cette petite rue que de concentrer un si grand nombre de cinémas… Autre originalité, ses murs regorgent « d’oeuvres » éphémères, tout au moins quant à leur support. En voici un petit florilège…