Le Brokoa gagne l’Espagne

La météo n’est pas idéale en ce mercredi de mai, et il faut impérativement arriver au port avant la nuit… Telle est la gageure de l’équipage du Brokoa, quittant le port de Donibane Lohizune dans la matinée du 13 mai.

Quelques aguerris, et des « semi-novices » comme moi, ravie de retrouver le plaisir de naviguer, malgré la pluie, le vent et des creux de plus d’un mètre. A bord de « txalupa handi ». La chaloupe biscayenne a été construite à partir d’un plan de 1878.

« BROKOA à été réalisé pour participer au concours « Bateaux des côtes de France – Brest 92». Une demi coque a était retravaillée à partir d’un plan de 1878 provenant du chantier Mutiozabal (Orio–Gipuzkoa) fourni par l’Aquarium de Saint Sebastien. Sa réalisation a reçu le deuxième prix dans sa catégorie ainsi que quatre mentions spéciales. La « txalupa handi » (chaloupe biscayenne) gréée de deux voiles au tiers est armée à l’aviron. Elle a participé à toute l’histoire de la pêche basque (baleine, morue). A partir du XIXème siècle les chaloupes pratiquaient une pêche côtière qui leur permettait de prendre, de novembre à mai, dorades, raies, congres, maigres, merlus, grondins et autres poissons de fond. De juin à octobre, elle pêchait le thon blanc et rouge à la traîne dans le Golfe de Gascogne. »

Difficile de mettre les voiles, en raison du temps. Impossible de ramer avec nos faibles muscles et de telles vagues… C’est donc au moteur que se fait la première partie du trajet. Une vitesse de 3 noeuds et quelques permettra d’arriver avant que la tempête ne gagne les côtes basques.

Un avantage : nous pouvons admirer les impressionnantes strates inclinées de la côte.

« D’où viennent ces hautes falaises qui bordent la Corniche ? Elles ont été dessinées il y a 100 millions d’années par un sillon creusé entre les blocs ibérique et européen qui provoqua des avalanches sous-marines et déposèrent des sédiments de flyshs. Le flysch est donc un dépôt sédimentaire composé principalement par une alternance de grès et de marnes. C’est cette alternance qui donne cet aspect de strates superposées les unes sur les autres : une plaque de grès plus dure et plus épaisse et entre chacune de la marne plus friable.

Lors de la création des continents, le bloc ibérique est rentré en contact avec le bloc européen et c’est alors que les sédiments marins ont émergés pour former la Corniche et les Pyrénées.

Les falaises atteignent au plus haut point une hauteur de 45 m.«  (source)

Une fois passé le Cap Figuier, alias « Higuer Lumuturra », la houle est un peu moins forte. Vite, éloignons-nous de la côte, pour aller enfin hisser misaine et grand voile…

Le temps est toujours menaçant, mais nous filons entre les « grains » et évitons sereinement la Belharra.

« La vague géante Belharra apparaît à 3 km au large de la Corniche Basque à Urrugne. Elle apparaît à cet endroit précis grâce à la présence d’un haut-fond rocheux situé à seulement 15 mètres de profondeur appelé : le Belharra Perdun (l’herbe verte en basque) qui a donné son nom à la vague. »

Il faut dire que nous avons une chance que n’avaient pas les marins du 19ème siècle : la possibilité de la situer exactement grâce aux applications de nos portables!

Et c’est avec beaucoup de plaisir que nous traçons au près serré en direction de la faille entre deux falaises surmontée du phare d’entrée dans le port de Pasaïa.

Car c’est là que se déroule en ce week-end de l’Ascension le « Pasaïa Itsas Festibala » auquel vont participer les deux bateaux de l’association à laquelle j’adhère, Itsas Begia, le Brokoa et l’Itsas Begia, et celui d’une association soeur, Trois Mâts basque : l’Alba, une chaloupe sardinière à vapeur.

Le soleil a réapparu, après ces sept heures de nuages… Il est temps d’affaler les voiles, de vérifier que tout est clair pour l’accostage…

Les rames sont bien en rangs serrés… Elles serviront avec un autre équipage lors de la deuxième parade du week-end.

Le vent n’est hélas pas favorable pour une entrée à la voile. C’est donc le moteur qui prend le relais pour celle-ci.

Le rouge est bien à tribord…

… Le drapeau espagnol est un peu caché par le français… Mais trop tard pour le rattacher plus haut…

… Et le vert est bien à babord…

Je remarque au passage que l’inscription « Libérez les prisonniers basques » qui y était lors de mon dernier passage a disparu!

Nous accostons en même temps que l’Alba…

L’heure du goûter est dépassée, et nous n’avons toujours pas déjeuner… Hâte de nous mettre à l’abri du vent glacial pour le pique-nique. Mais mauvaise surprise : la grille est close, impossible de gagner le quai. C’est donc en grelottant sur notre bateau que nous devrons manger, puis attendre qu’on veuille bien nous délivrer, plus d’une heure après. Un peu long, avec le froid et la fatigue, même si la vue est belle…

Sculptures fugaces

Après une sieste sur la plage en ce bel après-midi de week-end pascal, une petite promenade s’impose. L’idée? Aller découvrir une exposition de sculptures, juste un peu plus loin. Mais silence… je vous laisse découvrir quelques-unes des oeuvres exposées « no comment »…

Où a lieu cette exposition? Je vous sens impatient-e-s de le savoir… Les photographies suivantes vous donneront quelques indices.

Pas de doute, vous êtes bien au pied d’une falaise. Plus précisément, la falaise de Mers-les-Bains, que les « Anciens » et « Anciennes », dont l’addiction à ce site n’est plus à prouver, connaissent bien pour en avoir déjà vu moultes photos.

Une des artistes mêle matière textile au métal, dans une série d’oeuvres intitulée « Traces de vie humaine ».

Si vous souhaitez connaître les noms des exposant-e-s, en voici quelques-uns : Eole, Chronos, Thalassa, et Rouille (je n’ai pas trouvé le mot grec… si l’un-e d’entre vous le connaît, merci de me le donner en commentaire?)

A ce propos, connaissez-vous l’histoire de Télèphe?

Un jour, les Grecs, croyant débarquer sur les rivages de Troie, arrivèrent en Mysie, sur les terres de Télèphe. Celui-ci les combattit et tua Thersandre fils de Polynice. Mais il se prit le pied dans un cep de vigne et, perdant l’équilibre, il reçut d’Achille une mauvaise blessure qui ne guérissait pas. Il consulta l’oracle qui répondit: « Celui qui t’a blessé te guérira »; il ne comprit pas ce qu’il fallait faire et se rendit à Mycènes déguisé en mendiant à l’époque où se préparait à nouveau l’expédition des Grecs contre Troie. Il se confia à la reine Clytemnestre qui lui dit qu’il n’y avait qu’un moyen de se faire entendre: se saisir du petit Oreste (qui était aussi son fils) et faire pression sur Agamemnon. Quoi qu’il en fût Agamemnon et les chefs grecs tenaient d’un oracle qu’ils n’arriveraient à Troie que conduits par Télèphe. Aussi accédèrent-ils à sa demande.

Bien qu’Achille ait été instruit par le Centaure Chiron, il ne comprit pas ce qu’il devait faire pour le guérir et c’est Ulysse qui trouva la solution en inventant une sorte d’homéopathie avant l’heure: grâce à la rouille de la lance d’Achille. Télèphe fut guéri et conduisit la flotte grecque vers Troie en oubliant son alliance avec son beau-père Priam, mais il ne porta pas les armes contre lui. En revanche après sa mort son fils Eurypyle, combattit à nouveau dans le rang des Troyens

Si cette légende aux nombreuses variantes dans la littérature grecque vous intéresse, vous pouvez lire ceci.

Mais revenons sur la côte d’Albâtre pour un dernier regard à cette exposition d’oeuvres en mouvance permanente, alliant permanence et éphémère…