Couchant à la pointe de Trévignon

Superbe après-midi ensoleillé en ce mois de novembre… Le couchant promet donc de l’être tout autant. Mais où aller voir le soleil se coucher sur l’Océan? Pas aisé lorsque l’on se trouve en Bretagne Sud! Sauf à aller sur une pointe, un « beg », pour parler correctement.

En route donc vers l’une des pointes les plus proches, à savoir celle de Trévignon. Vous allez me faire remarquer que ce nom n’évoque pas la Bretagne, non? Eh bien, détrompez-vous. Sa première partie désigne un village, « treb ». On la retrouve d’ailleurs dans bon nombre de lieux, comme Trégunc, Trévarez, etc. Quant à la seconde, elle correspond à des « marais », « vignen ». C’est donc « le village des marais ». Et effectivement, il est une zone marécageuse très riche en espèces animales et végétales, que j’ai visité naguère avec un « guide nature »… mais c’est une autre histoire! Aujourd’hui, c’est Phoebus qui m’intéresse, et je veux voir son char s’enfoncer dans les ondes.

J’aime la profonde minéralité des côtes bretonnes, dont les enrochements créent des oeuvres surprenantes, quand ils ne jouent pas à se déguiser, comme celui-ci, en rampe de lancement.

Sauter de roche en roche, enjamber les crevasses, « escalader » les rochers en surplomb, voilà qui fait revivre l’enfant en moi. Et le soleil joue aussi…

Il est encore relativement haut, à en juger par le magnifique contrejour que j’ai tenté de saisir avec mon objectif (pardonnez la mauvaise qualité de cette image!)

Le centre de sauvetage en mer est toujours là, bien campé sur ses multiples piliers…

Et le muret qui conduit au phare peut, en ce calme jour automnal, être emprunté sans risques, ce qui est loin d’être le cas lorsque les vagues se déchaînent.

Non, les rochers ne se sont pas déguisés cette fois… c’est bien la main de l’Homme qui les a modifiés, en taillant l’escalier final.

Oh qu’il est mignon

Le phare

de Trévignon…

Certain-e-s puristes me reprendront : « Ce n’est pas un phare, mais la balise d’entrée au port ». Et j’ajouterai même « de tribord »… rires…

Le char de l’Astre du Jour descend vers l’onde, et joue à cache-cache avec les roches…

Sur la jetée, les pêcheurs, plus ou moins professionnels (plutôt moins que plus, à en juger par leur comportement), se font concurrence. J’apprends ainsi que certains cherchent à saisir des maquereaux, et que les hameçons placés à différentes hauteurs sur le fil ont pour objectif de pouvoir prendre à diverses profondeurs… Eh oui, on peut se cultiver en se promenant sur un môle!

D’autres préfèrent jeter leur dévolu (oui, je sais, vous attendiez un autre complément d’objet…) sur les rochers environnants.

Les bateaux, eux, sont sagement rangés dans le petit port qui abritent autant les chalutiers que les petits canots bretons des plaisanciers.

La lumière change, il est temps de rebrousser chemin… Un « au revoir » au pseudo-phare…

Un au-revoir au « porz » qui est si « bihan »…

La nuit monte doucement… Ne bondissez pas ainsi, je préfère l’image de la montée de la nuit à celle de sa chute… La sérénité des crépuscules me sied…

J 59 après N-C… En route vers « Pen Ar Bed »

Lever de soleil sur la campagne picarde… et couchant sur l’Atlantique, au bout du monde ou presque, le Finistère… Quelques photos glanées chemin faisant…

9 h 01… J’ai appris plus tard qu’un énorme sanglier se promenait par là quelques minutes plus tôt… mais je n’ai vu que les arbres sagement alignés pour saluer la re-naissance de l’astre solaire… ou l’apparition du char du Dieu ?

Levant sur la campagne picarde

10 h 27… Traversée du bac de Duclair, près de Rouen. D’habitude, je le prends dans l’autre sens en allant travailler, en alternance avec celui de La Bouille. Je ne me lasse pas des bacs, qui me rappellent l’Afrique… et ont un parfum de passé un peu nostalgique. Sur le quai, une « oeuvre » sujette aux attaques du vent et de la pluie évoque celui-ci.

Hier
Aujourd’hui
Passagère clandestine
Mouette Soeur Anne

12 h 47. Pause pique-nique sur la plage d’Houlgate, en une journée très alcyonnienne…

[1] Chéréphon. Quelle voix, Socrate, est arrivée jusqu’à nous, de ces rivages et de ce promontoire ? Qu’elle est douce à l’oreille ! Quel est donc l’animal qui peut la produire ? Car on dit que les habitants des eaux sont muets.

Socrate. C’est un oiseau marin[2], cher Chéréphon ; on le nomme Alcyon, il a la voix gémissante et pleine de larmes : les hommes débitent à son sujet une fable antique. On dit que jadis femme et fille d’Éole, fils d’Hellen, elle pleurait amèrement un époux, objet de sa plus vive tendresse, mort à la fleur de l’âge : c’était Céyx, de Trachine, fils de Lucifer et d’une beauté égale à celle de son père : la volonté des dieux lui a donné des ailes ; et maintenant, semblable à un oiseau, elle vole le long des mers, cherchant son époux, et errant par toute la terre, sans pouvoir le rencontrer.

[2] Chéréphon. C’est Alcyon, dis-tu ! Jamais auparavant je n’avais entendu cette voix, qui m’est arrivée toute nouvelle. C’est un son vraiment lugubre que fait entendre cet oiseau : comment est-il donc fait, Socrate ?

Socrate. Il n’est pas grand, mais il a reçu des dieux une grande récompense de sa tendresse conjugale : durant tout le temps qu’il couve ses petits, le monde passe des jours nommés alcyoniens, remarquables par le calme qui règne su milieu même de la mauvaise saison ; c’est aujourd’hui l’un de ces plus beaux jours. Vois comme le temps est serein ! comme la mer tout entière est calme, sans vagues, et ressemble, pour ainsi dire, à un miroir !

Fronton près du lieu de pique-nique

17 h 27… Course contre la montre! Le soleil se couche, d’après mon application « météo », à 17 h 31… Il faut donc espérer pouvoir assister à son coucher, comme les courtisans à Versailles jadis. Et c’est un spectacle toujours aussi envoûtant, avec pour décor lointain les îles des Glénan.

18 h 07 La nuit tombe… Mais une nouvelle belle surprise offerte par la nature m’attend sur le tout dernier tronçon qui me ramène à l’intérieur des terres… Un superbe lever de lune… de pleine lune, devrais-je dire… qui me guide vers ma destination.

J 10 après N-C

Voici 10 jours, un tiers de mois, que j’ai commencé cette série de photos, une par jour, pour tenter de déjouer la morosité du confinement, soit par la dérision, l’humour et le rire (souvent jaune), soit par une quête esthétique, plus ou moins réussie. Une par jour, m’étais-je dit… Voici donc celle de ce 10 novembre, prise hier soir. Un moment à saisir : la pluie menaçait au loin tandis que le soleil qui avait permis un bain de mer le midi était en train de se coucher…

Rideau de pluie au couchant

En faisant route vers Paris entre 4 et 7 du matin, j’ai aussi pu admirer un superbe croissant de lune éclairant la campagne picarde et la vallée de la Bresle… Mais là, pas de photo possible… Je vous laisse donc imaginer…

J 7 après N-C

Rien de tel pour s’évader qu’une promenade sur les falaises. Surtout quand vient l’heure du couchant, et que celle-ci correspond à une marée presque haute, qui permet les entrées et sorties des chalutiers dans le port… Hier soir j’ai assisté à un ravissant (au sens profond du terme) ballet des bateaux. D’abord, l’entrée, alors que le soleil déclinait. Puis, la sortie, quand celui-ci commençait à disparaître progressivement…
J’ai pris des dizaines de photos, mais comme j’ai promis de n’en placer qu’une par jour…

Une pensée pour Jacques Brel… qu’aurait-il dit de ces ports silencieux?