D’Urrugne à Ainhoa. 1. Une chapelle en bord de route

Je vous ai parlé d’Ainhoa tout récemment, mais ai omis de présenter la route qui m’y a conduite. Celles et ceux d’entre vous qui connaissent le coin se diront « Mais voyons, il n’y a qu’une demi-heure de route! »… Certes. Mais celles et ceux d’entre vous qui lisent ce blog depuis longtemps savent à quel point j’ai le chic pour faire « route buissonnière ». Ce fut le cas ce jour-là, où, partie de Saint Jean de Luz à mi-journée, j’avais décidé d’explorer le Pays Basque hispanophone. C’est ainsi qu’après avoir longé la Bidassoa avec toujours autant de plaisir, je bifurquai vers un petit bourg dont le nom m’interpellait : « Lizarra », alias « Estella » en espagnol. « Lizarra », cela peut avoir trait à « ville ancienne » ou « église ancienne » (et son existence est déjà attestée à l’époque romaine) , mais aussi évoquer le frêne, arbre très répandu dans ses environs. Toutefois, comme vous venez de le lire, c’est plutôt le sens d’ « Etoile » qui a été retenu.

« La légende rapporte qu’en 1085, des bergers alertés par une pluie d’étoiles, miraculeuse, découvrirent la statue dite de Notre-Dame-du-Puy. Et depuis ce temps-là, le bourg primitif, dont il est fait mention, à l’époque romaine sous le nom de Gebalda, fut appelé Estella, nom proche du terme castillan estrella, étoile. En tout cas, pour les pèlerins, la ville était Estella Bella, Estella la belle et la Basilique de la Vierge du Puy veille sur la ville.« 

Le chemin français de Saint Jacques de Compostelle passe par cette bourgade, c’est sans doute ce qui explique le nombre important de randonneurs croisés, et cette jolie chapelle, au bord de la route, qui ne compte pas moins de 5 croix dans son environnement.

Hélas elle est fermée, mais cela vaut la peine d’en faire le tour! Jugez-en vous-même…

Intrigant, non? Approchons-nous…

Si l’un-e d’entre vous connaît la signification de ce symbole, merci de me la donner en commentaire… Je me suis cru revenue dans l’Atlas, lorsque je travaillais sur les gravures rupestres! Et d’autres surprises m’attendent…

C’est avec regret que j’abandonnai ce coin idyllique pour poursuivre vers le bourg…

La chapelle du Rosaire à Vence

« Cette œuvre m’a demandé quatre ans d’un travail exclusif et assidu, et elle est le résultat de toute ma vie active. Je la considère malgré toutes ses imperfections comme mon chef-d’œuvre. »

Ainsi Henri Matisse parlait-il de la Chapelle du Rosaire, à qui il consacra effectivement les années 1947 à 1951 (trois ans avant son décès). J’ai déjà vu maintes fois ce monument, mais je le revois toujours avec plaisir, comme à chaque fois que je le fais découvrir à d’autres. Pourtant, je ne suis pas une « fan » de cet artiste, même s’il est né dans une ville proche de mon lieu de naissance, et même si j’admire son oeuvre. Mais ce lieu aux lignes et aux décors épurés appelle profondément à la spiritualité, quelle qu’elle soit.

Venez avec moi, entrez…

Avançons jusqu’à l’autel… Matisse a conçu chaque objet, depuis le crucifix qui orne cet autel jusqu’à la nappe sacerdotale, brodée de poissons (regardez bien, vous en verrez 3 sur le pan visible sur la deuxième photo ci-dessous).

Un livre est ouvert à la date du jour… le texte fait écho à l’actualité : « Va d’abord te réconcilier avec ton frère… Mets-toi vite d’accord avec ton adversaire… »

La lumière filtrant à travers les vitraux de la façade sud se reflète dans les céramiques peintes de celle du nord, alors que le panneau du fond reste contrasté noir / blanc.

Si j’avais déjà vu la chapelle, je n’avais, par contre, jamais visité l’exposition qui relate sa conception. Elle est particulièrement intéressante, car présente des plans, des dessins, mais aussi des photos qui nous montrent les diverses phases de l’élaboration.

Hélène Adant (Hélène Mossoloff) a ainsi pris des clichés de l’artiste en pleine création. Pour information, cette photographe d’origine russe était la cousine de Lydia Delectorskaïa, qui fut le modèle et l’assistant de Matisse de 1926 à sa mort, sa dernière muse. Si vous voulez en savoir plus sur l’auteure des photos, voici quelques liens : ici et

On découvre qu’il y avait dans sa demeure une maquette de la chapelle, d’une taille lui permettant de créer in situ l’ensemble des vitraux et décors.

On le voit en train de concevoir le Christ qui orne l’autel.

On ressent une irrépressible émotion en lisant les extraits de missives manuscrites, comme celle-ci, qui questionne la préparation de la nappe ornée de poissons.

On le « voit » demander conseil aux religieux et religieuses qui lui apportent leurs lumières, comme ici pour les poissons, ou plus bas pour la conception du confessionnal.

Une photo le montre, peignant une esquisse en « grandeur réelle ».