La bal(l)ade de Nijinski

Dimanche en fin d’après-midi, direction Le Châtelet. Il y a encore de la place pour un spectacle, au dernier moment. Fait plutôt rare! Vite, frayons-nous un chemin dans la foule refoulée… par le service d’ordre qui encadre le retour de l’équipe du PSG vers le centre de Paris… et retrouvons-nous sereinement sur le rooftop du théâtre pour siroter un verre en attendant l’heure.

Elle arrive, il est temps de gagner la salle où se déroule ce dont j’ignore tout, n’ayant absolument pas vu de publicité sur ce spectacle.

Trois rangées de public, un piano devant, au centre, sous une estrade étroite et longue, telle qu’on les utilise pour un défilé de mode. Deux porte-manteaux avec des vêtements, une table, une chaise. Derrière, une photo en noir et blanc d’une salle de spectacle. Accrochée maladroitement, une feuille de papier où est tracé un triangle avec un oeil au centre – certain-e-s d’entre vous y verront peut-être un delta lumineux? Que vous ne verrez pas sur la photo ci-dessous, prise après la représentation, car elle a été déchirée. Et une proximité surprenante « scène »/piano/public (photo prise de ma place, au deuxième rang).

C’était dimanche. J’écris ce mercredi. Et je n’en suis toujours pas « remise ». Esthétiquement et émotionnellement. Un bijou. Une performance d’artiste exceptionnelle. Et un drame/drama comme on en voit peu. Retenez bien ce nom : Bertrand de Rouffignac.

Il « sidère », au sens fort du terme, tou-te-s les spectateurs/trices durant près de deux heures, accompagné de Guilhem Fabre, tantôt pianiste, tantôt acteur.

Nijinski revit à travers lui, magnifique, étonnant, inquiétant, et si beau, dans le sens grec du « καλὸς κἀγαθός », la Beauté tant physique que morale, la Beauté Pure. Je ne vous en dirai pas davantage, courez vite au Châtelet si vous êtes à Paris, car cela finit dans deux jours; sinon, tentez de le voir lors de la tournée, dont exceptionnellement je vous donne les dates et lieux ici.

« 6 JUIN 2026 / La Ferté-sous-Jouarre (Seine et Marne)
2 AOÛT 2026 / Betcave-Aguin (Gers), Festival Les Musicales des Coteaux de Gimone
12 AOÛT 2026 / Landéda (Finistère), Abbaye Notre Dame des Anges
29 AOÛT 2026 / Saint-Cierge-la-Serre (Ardèche) »

Olivier Py n’a pas fini de nous surprendre et de nous entraîner dans des univers saisissants!

Une pièce pas si « drôle » qu’annoncée

« Le soir de Noël, Frédérique rend visite à sa fille Mathilde par surprise.
« Ça, c’est l’amour » propose une immersion au coeur d’une histoire familiale drôle et bouleversante.
« 

Telle est l’annonce faite sur le site officiel du théâtre des Bouffes Parisiens. De quoi allécher, n’est-ce pas, une personne qui a envie de se distraire de l’absence de drôlerie de l’actualité… D’autant qu’elle est portée par deux actrices que j’aime beaucoup : Josiane Balasko et Marilou Berry. Eh oui, la mère et la fille, dans la vie comme sur scène.

De quoi tenter, non? Et leur jeu est aussi excellent que complémentaire, tout au long d’une pièce que je qualifierais de « sinistre » si elle n’était pas aussi bien interprétée.

Sans trop vous dévoiler l’intrigue, c’est l’histoire d’une famille où les drames se rejouent de génération en génération. Et pour quelqu’un qui, comme moi, vit depuis sa naissance ce genre de situation, ce n’est pas drôle du tout. Mais pas du tout. Restons cependant objective.

Comme je le disais, un jeu d’acteur-e-s excellent, y compris celui du seul « mâle », Riad Gahmi, dans un personnage à mon sens difficile à interpréter en finesse, ce à quoi il parvient cependant par moments.

Un texte intéressant, quoique parfois un peu « forcé » à mon goût, pour mieux accentuer l’aspect comique (oui, il y en a un peu) et dramatique (et ça, il y en a beaucoup, parfois à la limite du mélo). Et une mise en scène sobre mais bien vue, dans un décor volontairement « ordinaire ». Je glisse une photo copiée sur le net, avec le nom de son créateur, pour que vous en preniez connaissance. Pour ma part, jamais de photo pendant le jeu.

J’ai notamment apprécié les longs silences, qui permettent aux spectateur-e-s de reprendre souffle. Si vous n’avez pas peur d’assister à une pièce trop proche de certaines réalités cruelles, foncez! Car ce sont bientôt les dernières (fin 26 avril).

Mais si vous voulez vous détendre et rire tranquillement, allez voir un spectacle réellement « drôle » !

La Sauvage

La pièce s’ouvre sur l’interprétation quelque peu « forcée » d’un chanteur sur le retour, en veste noire à paillettes, évoquant les tenues des rockers dans les années 80, et notamment celui qui aurait eu 80 ans cette année, Johnny Hallyday. Ce qu’il chante? « La Sauvage », une chanson d’amour… On comprend très vite que nous nous trouvons en pleine répétition, d’un orchestre que l’on pourrait qualifier de « familial » : le père dirige et chante, la mère joue de son corps et des maracas, la fille et sa copine sont au violon, et un pianiste complète le tout.

Le trio familial et l' »amie de la fille »

On apprend aussi très vite qu’il est depuis longtemps l’amant de la mère, ce qui ne l’empêche pas de courtiser la fille. Une sorte de vaudeville où tout serait révélé d’entrée de jeu. Sur quoi va donc porter l’intrigue?

Elle est double : le devenir de cet orchestre minable, qui manque de revenus, et celui de la jeune fille, courtisée par le pianiste et amoureuse d’un autre artiste, beaucoup plus renommé et à la fortune apparemment non négligeable. Le centre de l’attention se déplace donc vers celui-ci. D’abord, par son évocation dans les propos des autres personnages. Ensuite, pas son dialogue avec un protagoniste « étranger » à l’ensemble. Enfin, par son amour visible (trop visible?) pour la jeune fille.

Mais, en réalité, sur le « pouvoir d’agir » d’une jeune fille, dont le personnage a été créé, ne l’oublions pas, dans les années 30. Et, dans « Sauvage », on pourrait retenir aussi le sens de « (se) Sauver ».

Le père se réveillant d’une sieste post-prandiale dans la maison du riche prétendant

Loin de moi l’idée de vous raconter la pièce. Il faut la lire, il faut la voir, il faut la vivre. Et apprécier la mise en scène dépouillée, le jeu des actrices et acteurs, toutes et tous amateurs/trices (« amateurices » comme dirait Charline), les dialogues mordants, le panel d’émotions…

Cette pièce de Jean Anouilh est peu connue, peu jouée depuis sa création au Théâtre des Mathurins en 1934. Le personnage de Thérèse est intéressant.

« Solitude, honte, poids du passé, solidarité de la misère et de la déchéance, impossible pureté, mythe du bonheur, achèvent de mettre en place les éléments récurrents d’un univers dramatique original »

L’amie qui m’accompagnait ce soir n’a pas compris le dénouement (dont je ne vous dirai rien), opposé à sa vision féministe et militante, engagée.
Quant à moi, après avoir eu un peu de mal à entrer dans l’intrigue, et surtout dans l’intrication comique/tragique, j’ai beaucoup apprécié le jeu des acteurs. Sobre pour les jeunes héros, plus « forcé » pour les parents, et en particulier le père, un Michel Piccoli en plein délire d’autodérision.