Une pièce pas si « drôle » qu’annoncée

« Le soir de Noël, Frédérique rend visite à sa fille Mathilde par surprise.
« Ça, c’est l’amour » propose une immersion au coeur d’une histoire familiale drôle et bouleversante.
« 

Telle est l’annonce faite sur le site officiel du théâtre des Bouffes Parisiens. De quoi allécher, n’est-ce pas, une personne qui a envie de se distraire de l’absence de drôlerie de l’actualité… D’autant qu’elle est portée par deux actrices que j’aime beaucoup : Josiane Balasko et Marilou Berry. Eh oui, la mère et la fille, dans la vie comme sur scène.

De quoi tenter, non? Et leur jeu est aussi excellent que complémentaire, tout au long d’une pièce que je qualifierais de « sinistre » si elle n’était pas aussi bien interprétée.

Sans trop vous dévoiler l’intrigue, c’est l’histoire d’une famille où les drames se rejouent de génération en génération. Et pour quelqu’un qui, comme moi, vit depuis sa naissance ce genre de situation, ce n’est pas drôle du tout. Mais pas du tout. Restons cependant objective.

Comme je le disais, un jeu d’acteur-e-s excellent, y compris celui du seul « mâle », Riad Gahmi, dans un personnage à mon sens difficile à interpréter en finesse, ce à quoi il parvient cependant par moments.

Un texte intéressant, quoique parfois un peu « forcé » à mon goût, pour mieux accentuer l’aspect comique (oui, il y en a un peu) et dramatique (et ça, il y en a beaucoup, parfois à la limite du mélo). Et une mise en scène sobre mais bien vue, dans un décor volontairement « ordinaire ». Je glisse une photo copiée sur le net, avec le nom de son créateur, pour que vous en preniez connaissance. Pour ma part, jamais de photo pendant le jeu.

J’ai notamment apprécié les longs silences, qui permettent aux spectateur-e-s de reprendre souffle. Si vous n’avez pas peur d’assister à une pièce trop proche de certaines réalités cruelles, foncez! Car ce sont bientôt les dernières (fin 26 avril).

Mais si vous voulez vous détendre et rire tranquillement, allez voir un spectacle réellement « drôle » !

La Sauvage

La pièce s’ouvre sur l’interprétation quelque peu « forcée » d’un chanteur sur le retour, en veste noire à paillettes, évoquant les tenues des rockers dans les années 80, et notamment celui qui aurait eu 80 ans cette année, Johnny Hallyday. Ce qu’il chante? « La Sauvage », une chanson d’amour… On comprend très vite que nous nous trouvons en pleine répétition, d’un orchestre que l’on pourrait qualifier de « familial » : le père dirige et chante, la mère joue de son corps et des maracas, la fille et sa copine sont au violon, et un pianiste complète le tout.

Le trio familial et l' »amie de la fille »

On apprend aussi très vite qu’il est depuis longtemps l’amant de la mère, ce qui ne l’empêche pas de courtiser la fille. Une sorte de vaudeville où tout serait révélé d’entrée de jeu. Sur quoi va donc porter l’intrigue?

Elle est double : le devenir de cet orchestre minable, qui manque de revenus, et celui de la jeune fille, courtisée par le pianiste et amoureuse d’un autre artiste, beaucoup plus renommé et à la fortune apparemment non négligeable. Le centre de l’attention se déplace donc vers celui-ci. D’abord, par son évocation dans les propos des autres personnages. Ensuite, pas son dialogue avec un protagoniste « étranger » à l’ensemble. Enfin, par son amour visible (trop visible?) pour la jeune fille.

Mais, en réalité, sur le « pouvoir d’agir » d’une jeune fille, dont le personnage a été créé, ne l’oublions pas, dans les années 30. Et, dans « Sauvage », on pourrait retenir aussi le sens de « (se) Sauver ».

Le père se réveillant d’une sieste post-prandiale dans la maison du riche prétendant

Loin de moi l’idée de vous raconter la pièce. Il faut la lire, il faut la voir, il faut la vivre. Et apprécier la mise en scène dépouillée, le jeu des actrices et acteurs, toutes et tous amateurs/trices (« amateurices » comme dirait Charline), les dialogues mordants, le panel d’émotions…

Cette pièce de Jean Anouilh est peu connue, peu jouée depuis sa création au Théâtre des Mathurins en 1934. Le personnage de Thérèse est intéressant.

« Solitude, honte, poids du passé, solidarité de la misère et de la déchéance, impossible pureté, mythe du bonheur, achèvent de mettre en place les éléments récurrents d’un univers dramatique original »

L’amie qui m’accompagnait ce soir n’a pas compris le dénouement (dont je ne vous dirai rien), opposé à sa vision féministe et militante, engagée.
Quant à moi, après avoir eu un peu de mal à entrer dans l’intrigue, et surtout dans l’intrication comique/tragique, j’ai beaucoup apprécié le jeu des acteurs. Sobre pour les jeunes héros, plus « forcé » pour les parents, et en particulier le père, un Michel Piccoli en plein délire d’autodérision.