Un petit tour à Saint Paul de Vence

Vous avez peut-être suivi le périple effectué en ce samedi de février, du carnaval de Vence à la chapelle dite « Matisse »… Il nous mène ensuite tout naturellement à Saint Paul, car mes amies ne connaissaient pas la Fondation Maeght.

Le temps manque cruellement, car elle ferme à 18 heures (et, en réalité, un peu avant, comme j’ai pu le constater). Mais ce sera une première approche. Comme il n’y a pas, à cette époque de l’année, d’exposition spécifique, cela leur permettra d’avoir une idée du fond. Et de voir le magnifique parc où j’aime à méditer, assise sur le banc face à « la fourche », avec en toile de fond la Grande Bleue…

Les lumières du couchant me fascinent toujours autant. Elles subliment, en ce crépuscule, les oeuvres qu’elles éclairent de leurs rayons aussi malicieux que le Labyrinthe de Miro.

Les « fidèles » de ce blog ont déjà vu ces oeuvres, comme elles et ils ont vu le banc de Luigi Mainolfi, que je vous ai montré dernièrement, Per quelli che volano. J’ai pensé qu’il s’agissait d’une phrase d’auteur. Apparemment, pas. Mais une auteure a écrit postérieurement (2017, alors que l’oeuvre date de 2011) sous ce titre. A lire ici. En voici un extrait. Poignant, voire triste. J’ai aimé.

« Tardi per essere lì a dare il primo abbraccio,
tardi per offrire una spalla su cui piangere,
tardi per confortare chi ne ha bisogno. »

A l’intérieur, peu de variations dans la collection permanente. Mais l’impression de retrouver de vieux « amis ». Ubac, Hartung, Miro, Soulages… une « revoyure » bien agréable!

Mais j’ai aussi découvert des peintres que je ne connaissais pas et dont les oeuvres m’ont touchée, autant esthétiquement qu’émotionnellement.

Pierre Fauchet, d’abord, et le tableau intitulé Selva.

J’ai pu trouver sur le net une exposition dans une ville que je connais bien, Aire-sur-la-Lys, durant laquelle des écrits (ou encore là, sur la manière dont nous « habitons« ) ont été produits sur ce peintre, disparu en 2015, à 55 ans.

La Muse qui m’amuse… Tel est le titre de la seconde oeuvre découverte, dont l’auteur est Marco del Re, dont l’annonce du décès en 2019 m’a appris qu’il n’était autre que le compagnon d’Isabelle Maeght, la petite-fille d’Aimé.

La vaste salle du premier étage est consacrée à Modigliani et son environnement, en ce moment. J’ai particulièrement apprécié les photos de l’artiste au travail.

Virée du Labyrinthe et du Musée par des gardiens impatients de fermer, je baguenaude encore un peu dans les jardins qui sont exceptionnellement déserts à cette heure…

Une nouvelle oeuvre y a pris place, que j’appellerai « Pierre sur échelle » si je voulais me montrer un peu espiègle… Vous l’avez repérée, sur la photo ci-dessus? Approchons-nous, et faisons-en le tour…

Un aveu à vous faire. Après recherches, je me suis rendu compte qu’elle est là depuis 13 ans! Il s’agit d’une oeuvre d’un artiste suédois, Erik Dietman, intitulée « Monumental ». Cherchant à en savoir davantage sur lui, j’ai trouvé un article qui présente cet artiste à l’oeuvre très hétérogène.
« Au-delà de l’humour, l’œuvre impertinente et truculente d’Erik Dietman a un fort impact esthétique. Hétérogène, elle vise à stimuler intensément le goût pour la curiosité et l’excès. Elle prend sa source dans le mariage de l’exubérance et de l’élémentaire au service d’une forme toujours limitée à son expression essentielle. »

On va fermer les portes, il faut quitter ce havre de paix. Mais c’est pour en retrouver un autre, bien différent, sur les remparts de Saint Paul, peu fréquentés en cette heure, un soir d’hiver au goût de printemps. Une jolie terrasse avec vue mer et montagnes (vous ne verrez pas la vue « montagnes », photo ratée pour cause de contrejour mal apprécié)…

Une dernière surprise : une bière dont le nom m’intrigue sur la carte. Je la commande. Elle est excellente. Appréciez le jeu de mots!

L’exposition Hartung suivie d’une performance-concert

En ce glacial jeudi de janvier, il fallait un peu de courage pour se rendre à l’autre bout de Paris… Mais il faut avouer que le jeu en valait la chandelle.
Le Musée d’Art Moderne, après une période de fermeture précoce le soir, ouvrait en nocturne, ce qui permettait, avant le concert réservé, de visiter l’exposition.

L’exposition Hartung

Peut-on aimer une oeuvre sans apprécier son auteur? Telle a été la question en filigrane tout au long de la visite de cette exposition, qui présente une magnifique rétrospective des expériences picturales, sculpturales et photographiques d’Hans Hartung.

L’homme ne me plaît pas beaucoup, je dois bien l’avouer. Cette mise en scène permanente de sa vie, une forme de carriérisme peut-être, et la manie de classer toutes ses productions dès le début me posent question.

Autoportrait

Mais je ne prétends pas bien le connaître…
Par contre, le foisonnement intense de sa production et les expérimentations qui le caractérisent me séduisent au plus haut point.
Je n’apprécie pas toutes ses oeuvres, mais presque. Et voir emprunter à de nombreux peintres pour ses débuts, puis prendre son envol et tester, tenter, tester sans cesse, m’intrigue et me plaît, je dois le dire.

« La fabrique du geste », je trouve le titre très juste pour cette rétrospective. Je pensais déjà bien connaître les peintures d’Hartung, mais j’en ai découvert d’autres, notamment celles de ses débuts.

Qui penserait Hartung en voyant cette oeuvre?

Et le fil conducteur est bien la « fabrique »… mais aussi, et c’est plus ce qui me perturbe, la « fabrication ». Et l’artiste semble s’être autant « fabriqué » qu’il ne l’a fait pour sa gestuelle et sa production.

Mais je reste coite devant un certain nombre de ses inventions. Celle-ci, par exemple…

Ou encore celle-là…

Désolée pour le reflet, mais c’est le propre des musées que de ne pas savoir bien éclairer les toiles… Et encore, le MAM n’est pas le pire… Il n’est qu’à aller au Louvre pour en souffrir encore davantage! Je n’ai donc pas pris davantage de photos et vous renvoie au site dédié de la Fondation Hartung-Bergman.

Le concert-performance Rodolphe Burger & Mahut

J’avais eu la bonne idée de réserver très tôt pour ce concert dont la présentation m’intriguait et qui était offert… eh oui, un concert gratuit, ce n’est pas si fréquent! Bien m’en a pris, car il a vite été complet. Il faut dire que la salle Matisse est certes haute de plafond, mais assez contraignante en termes de places… je n’ose dire « assises », car il n’y a que de rares sièges pliants, et le public se contente des marches sises face aux trois toiles du Maître.

La salle vue du fond…

J’étais intriguée, et je n’ai pas été déçue. La performance est aussi intrigante que réussie. Et je n’ai pas été la seule enthousiasmée par ce concert aux saveurs de psychédélisme, comme l’a fait observer un des spectateurs.

Le parti-pris de la répétition et des « boucles », au départ un peu dérangeant, se révèle envoûtant… L’exploitation de la voix de Hartung est remarquable… Quant au « texte », dit, lu, récité ou chanté – eh oui, toutes ces modalités ont été mises en oeuvre ! -, il m’a fascinée. Notamment par le paradoxe soulevé « lenteur » (non exprimé) vs « rapidité » (répété à outrance, en contrepoint de ralentis…).

Impossible de citer tous les instruments utilisés par Mahut, tant ils sont nombreux, variés, et, pour certains, « fabriqués »… n’oublions pas que Mahut est aussi plasticien…

La « panoplie » d’instruments-oeuvres de Mahut

Ce foisonnement d’instruments pour une oeuvre aussi brève (40mn) fait écho aux instruments exploités par Hartung, dont j’ai appris qu’il les numérotait, classait, rangeait et photographiait méthodiquement.

Bref, des moments intenses, des vibrations profonds, et des émotions esthétiques de toutes sortes… Un excellent moment, malheureusement interrompu brutalement par l’annonce de la fermeture du Musée! La salle voulait rappeler, mais ce ne fut pas permis… dommage!

PS En recherchant pour vous des images des artistes concernés, je me suis rendu compte qu’il en existait peu… et la vidéo de Burger que je vous propose n’est pas très proche de ce qui a été présenté! Le voici ici avec Higelin. Et ici dans Radioactivity. Ce qui vous donne une idée de l’éventail de ses interprétations vocales ou musicales.

Quant à Mahut, j’ai trouvé une vidéo qui donne bien l’idée de ce qu’il a joué hier… Il est ici avec Lavilliers. Et un bel article sur les deux artistes…