Un espace hors du temps

Il est encore des lieux parisiens qui ont échappé à ma curiosité. Ainsi, le Musée de la vie romantique. Je connaissais son existence, mais doutais de son intérêt pour moi. Le romantisme n’est pas ce que je préfère en littérature ni en beaux-arts… Il a fallu une représentation d’Ophélie placardée sur des affiches et surtout des présentations du petit café qu’il abrite en son sein pour me donner envie d’y aller.

Et je n’ai pas regretté.

Un espace hors du temps, tel est l’expression qui m’est venue en pénétrant en cette matinée d’été dans une courette, puis un petit lieu arboré au charme désuet, qui échappe à tout bruit. On s’y sent tout de suite « bien », « tranquille », plus « serein-e »…

Même l’espace « cafeteria », sis dans une verrière, ne manque pas de charme malgré un aménagement « moderne »…

Ce qui m’a par contre choquée, c’est l’anglicisation outrancière de la pâtisserie. Et pas seulement dans les mots. Pas moyen de trouver un croissant ou un pain au chocolat, alias chocolatine. Non, ce ne sont que cakes ou scones… Il faut dire que les scones de Rose Bakery ont même envahi le Bon Marché… et le thé gagne du terrain sur le café… Normal, me direz-vous, pour un « salon de thé »… pardon, « tea room »… mais peut-on appeler « room » un jardin ?

Peu importe le contenu, pourvu qu’on ait l’ivresse… une ivresse douce et harmonieuse en ce clos verdoyant et paisible…

Balade aux Tuileries

Le printemps, le soleil, les chants des petits zozios… c’est le moment de profiter des parcs et jardins si nombreux et beaux dans notre capitale… Direction donc les Tuileries. Voilà bien longtemps que je n’y suis allée et, la dernière fois, une partie était un vaste chantier…

Autant faire une arrivée triomphale, non? Pardon pour ce vilain jeu de mots… Bien sûr, je parlais de l’Arc de Triomphe du Carrousel. A ce propos, je me suis interrogée sur l’origine de ce nom. Il vient tout simplement de la situation du monument, sur la place qui portait déjà à l’époque napoléonienne le nom de « Place du Carrousel ». Pourquoi? Parce qu’en 1662, Louis XIV avait célébré de manière grandiose la naissance de son fils, le Dauphin, par un superbe spectacle équestre, donc un magnifique « carrousel ».

Le Grand Carrousel au Louvre, 5-6 juin 1662

Les chevaux sont toujours là… mais moins vivants : c’est un quadrige qui domine les lieux, depuis le sommet de l’arc… difficile à photographier car, en cette fin d’après-midi, le soleil est déjà très à l’ouest…

Il serait aujourd’hui impossible d’imaginer reproduire le spectacle offert par le Roi Soleil… Vous devinez pourquoi? Réfléchissez… une construction moderne, insolite en ces lieux, qui a fait couler beaucoup d’encre et n’est toujours pas acceptée par un certain nombre de nos compatriotes… Vous voyez de quoi je parle ?

Mais la façade de l’aile nord, récemment rénovée, brille de son classicisme intact et plus éclatant que jamais, d’un ocre se détachant sur le bleu du ciel et le vert des buissons bien taillés.

Je ne me lasse pas des innombrables statues qui peuplent – j’allais écrire « qui hantent » – nos espaces verts, et servent de socle aux pigeons orgueilleux, telle cette Nymphe qui ne s’attendait pas à un tel couvre-chef…

Regardez la photo ci-dessus. De nouvelles statues sont venues s’ajouter aux anciennes… Vous les voyez, au fond à gauche?

Continuons à admirer les personnages antiques, plus ou moins mythologiques. Cassandre, d’abord, qui se met ici sous la protection de Pallas.

Joies courbes, n’est-ce pas? Mais il n’y a pas que des courbes féminines à admirer dans ce Jardin… Une petite devinette? A qui appartiennent celles-ci?

A un héros et au Monstre qu’il est en train de tuer… Mi-homme mi-taureau… ça vous dit quelque chose?

Eh oui, Thésée et le Minotaure… On comprend mieux Ariane, n’est-ce pas?

Délaissons maintenant la statuaire pour nous intéresser à la nature. Enfin, la nature bien travaillée, à en croire les panneaux qui expliquent les oeuvres d’art des jardiniers/ères.

Je n’ai pour ma part pas beaucoup vu de ce « bleu précieux »… mais peut-être n’est-ce pas la saison? Il faudra revenir… Par contre, j’ai vu « l’ivoire divin »… enfin, un peu relevé par de l’orangé et du jaune…

Une petite pause sur les fauteuils près de l’un des beaux bassins des Tuileries, pour admirer les « amerrissages » des cols verts et s’attendrir sur les petits canetons. Quand tout à coup surgit, du côté de la Tour Eiffel, un autre arc, en ciel celui-là, tout à fait inattendu vu l’absence de pluie.

Mais il se fait tard, et le soleil commence à décliner derrière l’Obélisque qui se mire dans l’eau et commence à se dévêtir…

Grignan – Episode 3

Je reprends le récit de ma balade matinale à Grignan, récit interrompu sous le coup de l’émotion hier…

Souvenez-vous, je sortais du cimetière jouxtant la Chapelle Saint Vincent… Vous y êtes? Et me retrouvai donc, si vous avez compris la topologie, devant la salle des fêtes, face à ce qui est ici dénommé « Le Mail ». Je viens de vérifier le sens de ce terme, qui pour moi désignait une promenade le long d’un cours d’eau. Eh bien non, pas du tout, c’est seulement une « promenade publique ». Alors, pourquoi faisais-je cette erreur? Tout simplement parce que dans mon enfance j’ai toujours entendu parler du « Mail de la Sambre »… comme quoi des erreurs peuvent perdurer!!!

Au bout de ce Mail, un édifice arrondi, avec des colonnes, m’intrigue… Et, lorsque je m’approche, me ravit… Une belle fontaine, aux eaux claires qui laissent voir des pièces… de quoi protège-t-elle? Je l’ignore…

Une petite grimpette, et me voici longeant les remparts de la ville médiévale. Les époques s’y mêlent et entremêlent…

Les murs sont, comme le long du Mail, ornés de rosiers grimpants.

C’est en effet une caractéristique de ce bourg que de s’être spécialisé dans les rosiers anciens – à propos, je m’aperçois que je n’ai toujours pas écrit l’article sur Bagatelle où je suis allée me promener en juillet!

De verdoyants jardins en contrebas…

Sous les remparts, de nombreux jardins, aussi variés que verdoyants, agrémentés de jolies ferronneries parfois.

Mignon, le cochon, non?

Et des prairies… Dans l’une d’entre elles, des animaux dont la silhouette au loin me frappe. Je m’approche donc… et découvre deux magnifiques porcidés noirs… Bien gras et dodus, pas comme ceux qui errent sur les routes de Corse…

Puis je m’engage dans les ruelles et placettes de la vieille ville, séduite par le calme qui y règne, par la beauté des couleurs, et intriguée par le nombre de chats qui semblent y régner en maîtres des lieux…

Chat gardien des lieux?

Quelques hommes jardinent, arrosent, reviennent du tennis. Tous souriants et aimables. Et les façades ou intérieurs aperçus révèlent la diversité des habitant-e-s comme celle des goûts architecturaux et décoratifs.

Le bien-être n’est pas oublié, et le nombre incroyable de bancs et sièges de toutes sortes en est la preuve…

Bancs privés…
Bancs publics… ne manquent que les Amoureux…

Plus haut le regard butte sur l’étonnante assise rocheuse du château.

Les bougainvillées lui donnent encore plus de relief…

Naturel et artificiel se jouent l’un de l’autre, et l’Homme s’en est donné à coeur joie pour transformer l’éperon rocheux en une subtile composition…

Les « maçons » aussi se sont amusés à glisser des symboles ici et là…

Le jeu du jour… Quels détails symboliques?

Levez la tête… un clocheton… A votre gauche, une petite fenêtre dont le volet porte une date étonnante… Un peu plus loin, on aperçoit la silhouette d’un autre village…

Un clocheton discret!
Regardez la date…
Au loin, la Garde Adhémar???

Le jour est maintenant bien levé. Je redescends vers la Porte du Tricot (original, ce nom n’est-ce pas? je ne suis pas parvenue à identifier l’origine du nom…), surmontée de ce que l’on nomme Tour de l’Horloge (pas original, ça!). C’est la seule des 7 portes de la ville à avoir « survécu »…

Il est l’heure de regagner Le Petit Jeu… un délicieux déjeuner m’y attend.

Il ne reste presque plus rien… Délicieuses, les petites crèpes!
Petits pots décorés par Caroline…

Suivi d’une baignade dans la piscine…. et de profiter de la douceur de ce jardin dominé par la maison d’hôtes…

Le temps de dire « au revoir » à Caroline et Bruno, et je quitte Grignan avec autant de regret que Le Petit Jeu…

Culture dans toutes les acceptions du terme, sous le MAM

Le trajet pédestre menant de l’arrêt de bus au Musée Guimet a conduit mes pas derrière le Musée d’Art Moderne, rue de la Manutention. Un petit détour par la toponymie, si vous le voulez bien… Pourquoi ce nom? Voici un plan du quartier en 1860.

Source : Wikimedia

Comme vous le voyez, il y avait une usine à gauche de la rue en montant depuis les quais. C’était la Manufacture de tapis de la Savonnerie, qui tenait son nom d’une ancienne… savonnerie, comme vous l’avez deviné. Celle-ci, transformée en orphelinat par Marie de Médicis, fut investie par deux lissiers qui souhaitaient tirer profit de la main d’oeuvre bon marché constituée par les orphelin-e-s… Ce devint donc une Manufacture, qui fut réunie par la suite à celle des Gobelins par Charles X, en 1825 (elle existe encore, et constitue une partie séparée du reste dans l’enceinte de la Manufacture des Gobelins). Résultat : des bâtiments vides… qui furent investis par l’Armée en 1836 pour en faire un dépôt de vivres appelé Manutention Militaire. Celle-ci fut remplacée cent ans plus tard par… Le Palais de Tokyo.

Quant aux « Usines Cail » que vous voyez sur le plan, je ne vais pas paraphraser Wikipédia et préfère le citer. « Du côté opposé à la Manutention, la rue était située le long de l’usine de la Société Ch.Derosne et Cail ensuite société Cail qui s’étendait jusqu’au quai Debilly. Cette usine qui construisait du matériel pour les sucreries, des machines-outils puis, à partir de 1844, des locomotives, dont les célèbres Crampton, était la plus importante entreprise industrielle de Paris, employant 1500 ouvriers dans les années 1850. L’usine fut détruite par un incendie en 1865 et les ateliers transférés à l’usine de Grenelle. L’usine de Chaillot ne fut pas reconstruite et les rues Fresnel et Foucault furent tracées en 1877 sur le lotissement du terrain des installations abandonnées. »

Vous savez maintenant tout – ou presque – sur le coin où je découvris des lieux intéressants, à ma grande surprise, moi qui déteste ce coin de Paris…

D’abord, un « Routier »… Vous n’allez pas me croire, n’est-ce pas? Et moi-même j’ai eu du mal à y croire, je dois l’avouer. En réalité, il ne l’est plus, depuis, je pense, bien longtemps… Je n’ai hélas pas réussi à en trouver l’histoire, car il n’a pas de site, juste une page Facebook. On peut imaginer qu’elle est en lien avec l’usine et la Manutention militaire, mais je n’en ai aucune preuve. Peut-être l’un-e de vous va-t-il pouvoir l’expliquer? Mais son apparence, extérieure et intérieure, évoque effectivement un relais d’autrefois.

La carte est alléchante, et je me suis promis d’aller tester un de ces jours… Vous verrez donc peut-être à nouveau un article sur ce site…

Ensuite, un… « jardin des habitants »… Le XVIème fait dans le social et le partage, maintenant? Bon, d’accord, je suis un peu partiale et stupide en disant cela, mais je n’ai pas pu m’en empêcher…

La hauteur des murs alentour est remarquable, et l’on se sent écrasé par ce béton et ces briques. Mais ils offrent des vues étonnantes, que j’ai envie de partager avec vous ici. D’abord, des architectures variées, avec des imbrications d’immeubles…

La façade ouest du Palais de Tokyo est aussi étonnante, avec ces spirales d’escaliers, réelles ou figurées…

L’arrière du Palais est conforté par d’énormes contreforts – j’espère ne pas me tromper de mot, je ne suis pas spécialiste d’architecture! – qui offrent une vue questionnante.

Par contre, dès que les marches qui relient cette rue à l’avenue du Président Wilson sont franchies, l’univers est totalement différent, puisque l’on retrouve le monde haussmannien… N’oublions pas notre première destination, le Musée Guimet… mais c’est une autre découverte, que je narrerai dans un autre article…

Le Petit Palais, Nuit des Musées

Que j’aimerais avoir le don d’ubiquité! Cela m’aurait permis d’être à la fois au Théâtre Antoine et de profiter de la Nuit des Musées… J’avais envie d’aller au Musée Picasso, ou encore au Musée d’Orsay, mais la plupart finissait leur programme vers 22h30. Le Grand Palais était tentant, avec une performance de Yoann Bourgeois. Mais je pressentais (j’ai pu le constater de visu) que ce serait la cohue… et comme j’ai visité l’exposition La Lune voici peu…

D’où le choix du Petit Palais, qui annonçait un concert tardif. Heureusement, il y a des taxis pour sauter du 10ème au 8ème, afin d’arriver à temps pour le spectacle repéré dans le programme.

 » À l’auditorium, trois pianistes se succèdent au fil de la soirée pour jouer sur un piano d’époque. Des oeuvres de Liszt, Chopin, entre autres, sont proposées pour (re)découvrir ces chefs-d’oeuvre de la musique romantique dans leurs sonorités d’origine »

Hélas, bien qu’arrivée à temps, je ne verrai pas ce concert… Une file incommensurable me fait renoncer au bout d’un quart d’heure d’attente. Car le temps passe, et je voudrais aussi voir ce que propose le Musée.

C’est donc dans la rubrique « Plaisir des yeux », et non « des sons » que figure cet article, à mon grand regret.

Des cris, des rires, des chants heurtent mes oreilles habituées au quasi-silence qui règne habituellement dans ces lieux… Hypothèse : le Boulevard du crime?

 » En prélude à sa grande exposition-événement, Paris romantique, 1815-1848, (ouverture le 22 mai), la galerie sud du Petit Palais change de décor et invite le visiteur à découvrir le Paris du début du XIXe siècle et son énigmatique Boulevard du Crime. C’est en effet à cette époque que le Boulevard du Temple, lieu emblématique de la ville, s’est vu attribué ce surnom mémorable en raison du foisonnement des théâtres dont les pièces jouées, principalement axées sur le thème du drame et du crime, étaient source de fascination. Dans la galerie sud, au détour des performances d’une vingtaine de comédiens, les visiteurs savourent le temps d’une soirée l’esprit et l’ambiance savamment reconstituée du Boulevard du crime. »

Effectivement, c’est bien cela…

« Reconstitution » d’une scène du Boulevard du Crime, lieu de théâtre en tout genre, devenu Boulevard du Temple, pour la plus grande joie de la foule, qui participe aux interactions / artistes.

Comme souvent dans ces Nuits, la foule délaisse les oeuvres d’art, comme cette statue abandonnée…

Ce qui m’étonne toujours dans ce Musée, c’est la concentration d’oeuvres en tout genre et de toute époque… Un assemblage hétéroclite qui, à mon sens, nuit au plaisir que l’on éprouve en « dégustant » telle ou telle époque, tel ou tel art. Ici, on passe de l’époque antique au XIXème en quelques mètres…

Bien sûr, cela me permet d’aller saluer Dionysos, les Ménades, Isis-Aphrodite et les Satyres…

… avant d’aller voir et revoir les tableaux dont je ne me lasse pas…

Mobilier et objets se bousculent dans une galerie que je trouve étouffante, et dans laquelle je ne me sens pas à l’aise, tant il y règne un relent de mort… Mais cela n’empêche pas la pause devant des éléments que j’apprécie, comme ce paravent et ce peigne, à la fois pour leur esthétique et pour les questions qu’ils suscitent en moi, qui aime essayer d’imaginer à quelles vies ils ont participé et comment…

Qu’a dissimulé naguère ce paravent ?
Et quelle chevelure a paré ce magnifique peigne?

La visite s’est terminée par les jardins. Hélas le café restaurant n’a pas daigné rester ouvert pour l’occasion, mais ce fut quand même un plaisir de me promener dans les jardins, parfois bousculée par des comédiens qui couraient…