En marge de l’exposition Zurbaran, rions un peu…

Un peu d’humour ne fait pas de mal, en cette matinée grise de novembre… J’ai donc décidé d’essayer de vous distraire avec des photos prises pendant la visite, mais qui ne concernent pas toujours le peintre et ses oeuvres. Pas toujours, car je commencerai quand même par souligner ce que je retiens ou que j’interprète comme pointe d’humour dans ses tableaux…

On pourrait intituler le tableau : « Concours de couvre-chefs » !

Quelle délicate intention ! Le peintre a pensé aux ignares, qui ne reconnaîtraient pas le personnage, ou qui ne sauraient pas que la signature apposée au bas d’un tableau, souvent discrètement, est celle de l’artiste… Il a donc placé un cartellino bien en vue, accroché par une jolie épingle (pour rappel aux mêmes ignares : à l’époque, le post-it n’avait pas vu le jour).

Dans l’extrait de tableau, suivant, on peut se demander si c’est le peintre qui, au dernier moment, a voulu rajouter un peu trop rapidement les bésicles, ou si c’est Jean-Paul Sartre qui a voulu mettre son grain de sel…

Vous pardonnerez mon impudence, mais je n’ai pas résisté à mettre des mots sur les expressions des visages de certains personnages…

Même technique (plus ou moins bien exploitée) sur des photos de visiteurs/teuses… D’autres, bien évidemment anonymisées, ont été prises pour partager avec vous ce qui m’a fait sourire ou rire.

Mise en abîme… Mais attention ! Votre chapeau doit être de la même teinte que l’habit du personnage, en l’occurrence vêtement qui confirme le dicton « l’habit ne fait pas le moine »!

Celle-ci ne prend pas de photos, mais elle en a « plein les bottes »!

Devinette : que regarde le visiteur assis ?

Je finirai par un « jeu des 7 erreurs »…

Zurbaran : le sens du détail

J’ai axé le précédent article sur la manière dont le peintre exposé en ce moment au Louvre peint (et dépeint) les émotions, sentiments, interactions des personnages qu’il met en scène. Aujourd’hui j’ai plutôt envie de vous parler des détails qui m’ont frappée.

  1. Les tissus

Qu’il s’agisse de tissus « nobles », voire brodés d’or ou d’argent, ou de simples tissages, de plissés ou de broderies, de dentelles ou de passementeries, nombreux sont les détails qui attirent l’oeil, même dans des tableaux complexes.

Le périzonium du Christ montre un drapé remarquable.

Et certaines compositions évoqueraient presque des tableaux non-figuratifs…

2. Les ailes des anges

J’ai été saisie en particulier par les ailes des anges. Les unes apparaissent très unies et soyeuses. Dans d’autres, on distingue des plumes et duvets. Certaines brillent, dans des couleurs douces mais vives. D’autres voient leur aspect sombre éclairé par d’autres lumières. Bref, aucune aile ni aucune paire ne ressemble à une autre…

3. Les parties du corps

Chaque partie visible des corps est visiblement très travaillée… si j’ose dire, de la tête aux pieds. Même les muscles et les petits plis de peau transparaissent, comme chez Saint Jérôme.

Un formidable portraitiste… qui fait peu de portraits!

Une fois de plus, je vais avouer mon ignorance : je ne connaissais pas le peintre sur lequel porte l’exposition que je suis allée voir en ce 30 octobre lors de la nocturne du Louvre.

« Francisco de Zurbarán compte, avec Diego Velázquez et Bartolomé Esteban Murillo, parmi les peintres espagnols les plus importants du XVIIe siècle. D’abord considéré comme un caravagesque marqué par l’ascétisme monastique, il a progressivement été reconnu au XXe siècle comme un coloriste prodigieux et célébré pour son style très personnel, qui allie la simplification des volumes à un naturalisme saisissant. » (introduction sur le site du Louvre)

La première impression est saisissante. Quelle que soit la thématique, les « portraits » sont d’une variété et d’une expressivité incroyable. Très rarement « convenus ». Toujours très expressifs. Vivants. Qu’ils soient en interactions ou en méditation, les personnages semblent vivre devant nous. Mais fi de discours. Je vous en propose un florilège pour ce premier article sur Zurbaran, que j’ai découvert avec grand plaisir hier.

  1. L’expression d’une « intériorité » forte

2. Groupes de personnages

Le plus souvent représentés par « catégories », ils symbolisent un type particulier. Cela va des « pauvres » aux cardinaux, en passant par les moines et la Sainte Famille (avec les Rois Mages dans la scène que j’ai retenue).

3. Personnages en action(s)

Les gestes sont particulièrement bien représentés dans des scènes d’un réalisme fort, comme celle où le prêtre essuie délicatement le petit sexe du bébé qu’il vient de circoncire. Mais aussi des gestes symboliques, tel celui du Christ adolescent se piquant et saignant, alors qu’il répare une couronne d’épines.

4. Personnages en interaction(s)

Qu’il s’agisse d’interactions verbales ou gestuelles, la représentation qui en est faite par le peintre est d’une authenticité saisissante. Les personnages se parlent, se touchent, se montrent « complices » ou « protecteurs »… depuis l’homme se touchant le crâne (ou se grattant la tête?) jusqu’à la main posée sur l’épaule de celui que l’on veut interpeller ou de la petite soeur qu’on protège.

5. Les dialogues à imaginer…

Dialogues avec des êtres divins ou célestes, mais aussi dialogues entre humains. Simples échanges ou discussions, voir négociations, dans des circonstances narrées dans l’ensemble du tableau : concile (je ne rajouterai pas « iabule »!), veillée d’un mort, ou tout simplement prière, voire apparition de la Vierge ou d’un (arch-) ange. Et ce, à tous les âges, même quand l’être, trop jeune, ne peut encore parler, comme le bébé Jésus interpellé par son copain Jean-Baptiste ou écoutant l’un des Mages.

6. Un portrait d’une taille impressionnante

Je ne voudrais pas terminer cette série sans un vrai portrait, d’un réalisme saisissant, et d’une taille hors-norme, d’un homme étrange au yeux presque pers…

Le Louvre… encore et encore!

Il fait la une de l’actualité aujourd’hui, avec la démission de Mme Des Cars (au fait, est-elle de la famille du célèbre Guy que je dévorais jeune ado???). Mais ce n’est pas pour cela que je vous en parle… J’ai la chance de bénéficier d’une entrée gratuite, et donc d’y aller, et retourner, et revenir, encore et encore… Et je dois avouer que si, au départ, j’étais assez réservée sur ce musée dont je subissais la forte fréquentation dans les parties que je visitais « comme tout le monde », j’ai découvert et je continue à découvrir une réserve inépuisable de trésors. D’où mon envie de vous en parler aujourd’hui…

La question est : par quoi commencer? Car je vais vous ennuyer si je reprends tout ce que j’ai vu… Alors, je me lance. Et je vous emmène dans la section où j’ai rencontré, par hasard, deux des personnages qui ont marqué mes jeunes années : « Europe du Nord ».

Une énorme surprise d’abord, d’y rencontrer LE peintre de ma ville natale, dont peu de gens ont entendu parler, je pense : Mabuse. Cela vous dit quelque chose? Si oui, placez un commentaire, ça me fera plaisir – d’ailleurs, à ce propos, j’ai peu de commentaires pour mes articles, ce qui me navre, car j’aime savoir ce que savent ou pensent mes lecteurs/trices -. Autre nom : Jean Gossaert. Peut-être le connaissez-vous mieux sous ce nom? Si non, en quelques mots. Pourquoi « Mabuse »? Parce qu’il est né (en 1478) à Maubeuge. Alias Malbodium, « le mauvais sol », à cause des marécages qui caractérisaient les lieux, qui ont permis à Aldegonde d’être sanctifiée pour avoir miraculeusement échappé à un violeur en les traversant… Je vous le présente donc, à travers un selfie (pardon, un autoportrait) hélas non daté. Mais comme on perd sa trace alors qu’il n’a que 54 ans…

On sait assez peu de la vie de Jean (prononcez Jan, à la flamande), qui a dû passer par Bruges avant d’aller à Anvers, où il est reçu franc-maître à la Guilde de Saint-Luc, en 1503, sous le pseudo (oh le bel anachronisme!) de Jennyn Van Henegouve. Il a travaillé pour Philippe de Bourgogne et l’a accompagné en Italie pendant presque 7 ans, puis est revenu avec lui en Flandres, où il est vite débordé par des commandes religieuses. Ce n’est qu’à partir de 1515 qu’il va pouvoir exploiter tout ce qu’il a acquis en Italie, en décorant le château du suzerain, à Suiburg (avec une tendance à l’érotisme…). C’est lui qui décore le char funèbre de Ferdinand le Catholique. Les Grands du moment se l’arrachent. Entre autres Charles Quint et Marguerite d’Autriche. Bruxelles, Utrecht, Anvers… Il voyage pour ses commanditaires, jusqu’au moment où on perd sa trace, à Middleburg. Pour vous aider à vous y retrouver, une carte de l’époque. J’ai entouré les villes où il a séjourné en noir… La flèche indique la direction de Maubeuge.

La dernière oeuvre que l’on connaît de lui est assez étonnante pour que je vous la copie : Danaé, peinte en 1527.

Vous en connaissez l’histoire? Que de rebondissements!

« Danaé est la fille d’Acrisios, roi d’Argos et d’Eurydice. Le mythe raconte qu’Acrisios enferme Danaé dans une tour après avoir consulté un oracle qui prédit au roi qu’il sera tué par son petit-fils. Il enferme donc sa fille pour l’empêcher de s’accoupler avec un homme et de donner naissance à une descendance.

Cependant Zeus tombe amoureux de la jeune princesse. Pour échapper à l’oeil jaloux de sa femme légitime Héra et pénétrer dans cette tour, il se transforme en pluie d’or et s’accouple avec Danaé. Celle-ci donne naissance à Persée.

Effrayé, Acrisios enferme sa fille et son petit fils dans un coffre qu’il jette à la mer et qui échoue sur l’île de Sérifos. Accueillie par le roi Polydecte, Danaé est forcée de l’épouser. Une fois Persée devenu adulte, comme Polydecte voit en lui une menace pour son mariage avec Danaé il l’envoie combattre Méduse. Mais Persée revient vainqueur et transforme Polydecte en pierre avec la tête mortelle de la Gorgone ; puis il réussit à ramener sa mère à Argos et tue son grand père pour se venger de les avoir abandonnés. L’oracle avait donc dit vrai. »

Mais revenons au 21ème siècle, et au Louvre, pour vous présenter les deux oeuvres de Mabuse que j’y ai découvertes. Le premier, « Portrait d’un moine âgé de 40 ans », date de 1526.

Le second a été peint onze ans avant.

Je vous laisse lire le commentaire officiel.

Bien sûr, je n’ai pas eu accès au revers. Voici donc une photographie « Wikimedia ».

Or, fait étonnant, je viens d’apprendre que Jean de Carondelet était un ami d’Erasme. Erasme que j’avais « rencontré » lorsque j’étais élève au Collège Budé de Maubeuge, et que j’ai retrouvé dans ma vie d’adulte, au détour d’un chemin… Et à nouveau lors de la visite au Louvre dont je vous parle. Il est dans la salle voisine de celle où est exposé son ami, peint par Hans Holbein le Jeune.

J’espère ne pas vous avoir ennuyé-e en parlant de moi, et, si vous le voulez bien, je continuerai à partager cette visite « Europe du Nord » dans un prochain article…

David au Louvre

Je n’aurais personnellement pas choisi spontanément d’aller voir David, car il ne fait pas partie de mes peintres préférés. Mais comme j’y étais invitée… direction donc Le Louvre en cet après-midi froid et gris. Et les premiers tableaux ont bien failli me faire abandonner. Vous savez, ces oeuvres gigantesques qui débordent de relents de bravoure et de scènes de carnage? Mais heureusement, j’ai continué, et j’ai découvert d’autres versants de son oeuvre, dont certains m’ont intéressée, à défaut de me séduire. A mon habitude, donc, loin d’une critique experte ou hardie, je vais focaliser sur quelques points de cette exposition qui ont retenu mon attention.

Les portraits

En bonne béotienne que je suis, j’ignorais que David avait peint des portraits autres que ceux des célébrités. Je dirais même « un nombre non négligeable de portraits », voire d’auto-portraits. En voici quelques échantillons… Ce qui a attiré mon attention, c’est l’originalité des visages, moins « inexpressifs » que chez beaucoup d’artistes de cette époque.

Les femmes notamment ont souvent l’air épanoui, voire un peu « canaille »…

Les détails

Ce qui m’a saisie, entre autres, est le sens du détail, même sur des toiles de dimensions impressionnantes. Qu’il s’agisse de passementerie, de crinières ou chevelures, ou de clins d’oeil à l’Histoire sous forme de gravures rupestres inédites…

Focalisation sur les seins

Dans les dernières salles de l’exposition, j’ai été surprise par le nombre de seins dénudés dans des tableaux où leur exhibition n’était pas toujours nécessaire. Appétence d’un homme vieillissant ou intérêt purement esthétique?

Un condensé de domination masculine !

Une thématique redondante : des femmes agenouillées devant des condensés de virilité, qu’ils soient guerriers ou divins… Qu’elles soient âgées, mères ou sans doute maîtresses (à en juger par la tête d’Héra !), elles se prosternent devant le Mâle…

Je finirai par un tableau qui m’a particulièrement séduite, et me « parle » beaucoup. Je me tais et vous laisse le découvrir…

Naviguons-nous parmi les Fous?

Mes fidèles lecteurs l’ont constaté : ce blog se fait rare, et, après un long silence depuis l’été, sa reprise a été interrompue par un nouveau mutisme… que je romps aujourd’hui, car l’un de vous s’est manifesté pour me parler de son intérêt envers les derniers articles. Cela me donne le courage de reprendre… Et donc de vous proposer ce qui sera le quatrième article sur cette exposition, qui se poursuivait sur les « fous » d’hier et d’aujourd’hui, en se terminant par un tableau dont j’ai eu bien du mal à reconnaître l’auteur… ce sera l’énigme du jour…

Mais revenons au sujet du jour : le Fou du Roi…

Les joueurs/euses d’échec, parmi vous, le savent bien : le fou est situé près du roi, comme la reine. C’est dire la place qu’il occupait dans une cour royale… Imaginez-vous à la place des nobles et monarques au Moyen-Age. C’est l’hiver, il fait froid, on ne chasse plus, on est enfermé dans des châteaux tous plus sinistres les uns que les autres malgré les cheminées et les tentures… On a beau festoyer et lutiner parfois, convoquer des musiciens, trouvères et troubadours pour se distraire, on s’ennuie quand même parfois. Alors, avoir un « boute-en-train » à demeure, pourquoi pas? L’idée fait son chemin, et ces « fous » qui étaient jusque là dehors, et pour lesquels existaient une fête et des élections (comme celle de Quasimodo), commencent à pénétrer et à s’installer dans les demeures royales. Leur rôle va évoluer au cours du temps, et ils deviendront parfois des « Sages » déguisés en « Bouffons »…

L’exposition ne pouvait pas les ignorer, et elle leur fait une large place, dans deux salles qui leur sont consacrées. Une autre salle m’a intéressée. Elle est consacrée au Carnaval de Nüremberg. Et l’on y retrouve la Nef des Fous, dans une version… sur roue… Une thématique que l’on retrouve régulièrement dans le défilé, comme vous pourrez le constater à partir des images suivantes, accompagnées des années concernées…

Excusez la mauvaise qualité des photos, mais je voulais vous montrer les variations d’un char sur un même thème! A quoi fait-il référence? A un théologien de cette époque, dont les écrits sont quelque peu tombés dans l’oubli, mais pas ceux qu’il a fait publier, comme le De Revolutionolibus orbium de Nicolas Copernic, en 1543.

Andreas Osiander (1498-1552) a été un acteur important de la Réforme, notamment pour la ville de Nüremberg. Une anecdote en passant : comme il était devenu ami avec Thomas Crammer, c’est sa nièce qu’a épousé celui-ci, dont le nom ne vous dit peut-être rien? Mais si je vous dis « Archevêque de Canterbury », cela vous parle davantage?

L’autre personnage représenté sur ces chars carnavalesques n’est autre que l’auteur de la Nef des Fous, Sébastien Brant. Si vous n’avez pas lu cet ouvrage, précipitez-vous! Il n’est absolument pas démodé, malgré ses 530 ans…

Et la satire des travers des Humains est irrévérencieuse au possible! Vous pourrez en entendre un extrait, si vous vous rendez au Louvre, ainsi qu’un autre texte enregistré, l’Eloge de la Folie, d’Erasme.

Ce qui me conduit tout naturellement à l’un de mes peintres préférés, Jérôme Bosch, qui ne pouvait pas ne pas être présent dans une telle exposition (oh la belle litote! rires…)

Il est temps maintenant de quitter l’Univers des Fous… ou d’y revenir? Auparavant, un petit florilège de représentations de « Fous » qui m’ont frappée, amusée, intéressée, et que je souhaite partager avec vous.

Et je ne voudrais pas terminer sans un clin d’oeil pour « boucler » avec la cornemuse…

Fou d’Amour ou Amour fou?

Dans ce troisième épisode concernant l’exposition du Louvre, nous allons parler d’amour. Enfin, continuer à parler, car nous avons déjà rencontré l’amour de Dieu avec Saint François d’Assises, le désir amoureux avec Aristote… Nous en arrivons maintenant à l’érotisme, limite pornographie. Cela commence avec des satires de l’amour courtois. Le fou s’interpose entre les représentants des deux sexes… Mais il symbolise avant tout le plaisir physique, du désir à l’orgasme.

On en arrive ainsi à la gravure qui suit, où le fou se cache dans l’angle droit, tandis qu’une fontaine représente le Manneken-Pis de l’époque.

C’est ainsi qu’on le voit passer, cornemuse au dos, devant la porte où des couples font ripaille… voire plus…

Habituellement, ce sont les sirènes qui attirent par leur chant… Ici, c’est le fou qui attire par sa musique…

Et je ne commenterai pas les images qui suivent!

Une expo de ouf (2 bis)

Je vous avais promis de vous donner la solution… La voici donc : il s’agit d’un philosophe de l’Antiquité Grecque, que d’aucun-e-s (comme moi) avaient tendance à considérer comme un « Sage »… Aristote! Eh oui… Alors, comment se fait-il qu’on le trouve représenté en si fâcheuse posture?
A l’origine, de violents débats autour de la philosophie, dans la Sorbonne médiévale (mais pas seulement!). Il a été victime des controverses entre l’Eglise et la Science. Dans un tel cas, les partis cherchent à nuire aux personnes qui leur sont opposées. De nos jours, c’est plutôt aux vivant-e-s. Mais à cette époque, aucun problème pour attaquer les mort-e-s, donc Aristote.

Qu’avait-il donc fait qui lui a valu un tel traitement artistique? Tout simplement d’avoir été amoureux de la maîtresse d’Alexandre le Grand, Phyllis. Les trouvères ou troubadours se saisirent de l’histoire, et ainsi naquit le Lai d’Aristote.

Moi qui faillit devenir médiéviste et qui suis fan des Lais de Marie de France, je dois bien avouer que je ne connaissais pas ce lai. Je ne résiste donc pas à l’envie de vous le livrer tout entier, ce qui vous permettra de méditer cette nuit…

Aristote, qui avait pour élève Alexandre le Grand (356-323 av. J.-C.), reprochait à ce dernier de se laisser déconcentrer de ses royales fonctions par la courtisane Phyllis dont il était éperdument amoureux. Obéissant, le brave roi de Macédoine cesse donc de fréquenter la donzelle et s’en retourne traiter les affaires de l’État. Apprenant les raisons de son abandon, la gourgandine décide de se venger du vieux philosophe et tente de le séduire en se pavanant sous ses fenêtres en tenue légère. Notre Stagirite tombe sous le charme ! Phyllis annonce alors au sage que s’il veut la posséder, il devra d’abord se livrer à un petit caprice et, sellé et bridé, se laisser chevaucher par la belle. L’éminent barbu accepte ce jeu sans se douter du tour qu’on est en train de lui jouer. En selle et hue ! voilà Phyllis qui se promène à dos d’Aristote dans les jardins du roi, le fouettant pour le faire avancer. Alexandre du sommet de sa tour, assiste à cette scène accablante. Amusé, il reproche tout de même à son maître de n’avoir point de raison et d’avoir cédé au jeu de la tentation. Le philosophe est bien contraint d’admettre qu’il n’a su résister à son désir, mais profite de la situation pour donner la leçon à son pupille : si même le sage succombe, que de précautions doit prendre le jeune et fougueux Alexandre pour ne pas se laisser prendre aux pièges de la séduction. Comme le dit Aristote : «Veritez est, et ge le di, / Qu’amor vaint tout et tout vaincra / Tant com cis siecles durera » (Lai d’Aristote version de M. Delbouille, v. 577-579).

Au fait, nouvelle énigme : qu’est-ce donc qu’un Stagirite?

Une expo de ouf (2)

Je vous avais promis une suite à la narration relative à l’expo sur le Fou… Je tiens donc parole, en vous présentant une autre découverte surprenante. En entrant dans la troisième salle, je me suis demandé si ce n’était pas une expo sur le Genre… ou sur les Domina… Jugez-en plutôt…

Ce n’est qu’en lisant les explications, puis en me référant à la littérature médiévale que j’ai compris… Mais ne croyez pas que je vais vous dire de quoi ou de qui il s’agit! A vous de deviner… Si vous trouvez, placez un commentaire. Sinon, réponse demain!

Une expo de ouf!

Le Musée du Louvre présente régulièrement des expositions très intéressantes. Il me tardait d’aller voir celle qui est consacrée au « Fou », qu’il soit ou non dans la nef…

La figure du Fou est abordée sous des angles très variés, et je dois bien avouer que je n’ai pas porté le même intérêt aux divers thèmes, en « mauvaise élève » que je suis. Je me propose donc de vous présenter brièvement ceux qui m’ont le plus intéressée, et délaisserai donc – je vous prie de m’en excuser – une partie de l’exposition.

Point de départ : le Moyen Age

Mais avant cela, première statue, première surprise : je ne sais pourquoi, mais je n’ai jamais associé la cornemuse (ni le biniou!) au Fou, tel qu’on peut le voir à l’entrée de l’exposition.

Je n’apporterai pas ici d’explication, car nous retrouverons cet instrument dans une autre salle, et je vous en parlerai alors plus en détail…

Il n’est pas question non plus que je synthétise tous les discours exposant en détail les innombrables contenus explicatifs. Pour cette période, sachez simplement que j’ai essentiellement retenu qu’était considéré comme « fou » celui ou celle qui s’écartait du dogme catholique, soit en reniant Dieu, soit en se comportant étrangement. Je fus ainsi très surprise de rencontrer ici Saint François d’Assise, qui parlait aux oiseaux…

Je me suis littéralement régalée des nombreux manuscrits exposés, avec des enluminures toutes plus fines, élégantes, esthétiques les unes que les autres. Et comme la lettre mise en avant dans ces textes (le D de Dieu) est aussi mon initiale, je ne résiste pas au plaisir de vous en donner deux exemples…

La seconde lettrine (eh oui, c’est le bon terme!) montre le mot entier, en latin : « Deus »

Les représentations du fou sont déjà bien présentes dans ces manuscrits, et j’ai dû en choisir deux parmi leur grand nombre. La première est une vision satirique de l’Eden, Adam dévorant la pomme. Regardez bien au coin inférieur gauche, vous verrez l’orthographe du mot à cette époque : « fol ». C’est celle qui perdurait encore à la Renaissance, souvenez-vous de ce qui était écrit près de la fenêtre de la chambre de François 1er à Chambord : « Souvent femme varie. Bien fol (est) qui s’y fie ».

La seconde montre un des « accessoires » permettant d’identifier le fou : sa « marotte », sceptre de fantaisie, ici tenue par un moine extravagant.

Dans le même espace se côtoient ainsi les dévoyés qui s’éloignaient de la doctrine chrétienne, voire la vilipendaient, celui qui, au contraire, aimait et vénérait tellement Dieu qu’il fut surnommé le « Fou de Dieu », et les Vierges Folles. A leur propos, je me suis rendu compte que je considérais comme acquis qu’il y avait des « vierges folles » et des « vierges sages », mais que j’ignorais totalement ce qu’il en était. Si c’est votre cas, vous allez pouvoir profiter, si cela vous intéresse, de ce que j’ai appris. A savoir qu’il s’agit d’une parabole du Christ rapportée par Saint Mathieu. Comme elle est courte, je vous la cite dans son intégralité.

« « Le royaume des Cieux est comparable à dix jeunes filles invitées à des noces, qui prennent leur lampe pour sortir à la rencontre de l’époux.
Cinq d’entre elles sont insouciantes et cinq sont prévoyantes.
Les insouciantes ont pris leur lampe sans emporter d’huile, tandis que les prévoyantes ont pris des flacons d’huile avec leurs lampes.
Comme l’époux tarde, elles s’endorment.

Au milieu de la nuit on entend un cri :
“Voici l’époux ! Sortez à sa rencontre.”
Alors toutes ces jeunes filles se réveillent et préparent leur lampe.
Les insouciantes demandent aux prévoyantes :
“Donnez-nous un peu de votre huile car nos lampes s’éteignent.”
Les prévoyantes leur répondent :
“Nous n’en aurons pas assez pour nous et pour vous.
Allez plutôt chez les marchands vous en acheter.”
Pendant qu’elles sont parties en acheter, l’époux arrive. Celles qui sont prêtes entrent avec lui dans la salle des noces et on ferme la porte.

Plus tard, les autres jeunes filles arrivent à leur tour et disent :
“Seigneur, Seigneur, ouvre-nous !”

Et l’époux leur répond :
“Amen, je vous le dis : je ne vous connais pas.”

Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure. »

Je vous laisse méditer, et reviendrai vous conter la suite demain…