Le terme « performance » m’a toujours intriguée. Qu’est-ce qu’une « performance »? A quelle aune l’évaluer? Jusqu’au jour où je me suis penchée sur le concept (oh combien « flou ») de « genre ». Et donc où j’ai dû affronter une langue que j’abhorre, l’anglais – eh oui, j’apprécie l’italien, l’espagnol, le portugais, l’allemand, l’arabe, mais pas l’anglais… dommage pour Shakespeare et Byron! Puis celui où j’ai découvert l’univers des Drag, qu’iels soient queen ou king. Et on en revient au bon vieux Shakespeare, puisque c’est dans un de ses textes que se situerait la première utilisation écrite de ce mot.
1608–1609 (date de rédaction),William Shakespeare, «La tragédie de Coriolan», dansComédies, histoires et tragédies de M. William Shakespeare [ … ] ( Premier Folio ), Londres : [ … ] Isaac Iaggard et Ed [ ward ] Blount , publié en 1623
Au seuil de la victoire, Coriolan est persuadé par sa mère, Volumnia, d’épargner la ville, sachant que cela pourrait lui coûter la vie. Aufidius et ses complices complotent son assassinat. Coriolan retourne à Corioles, où il est assassiné. Rome honore Volumnia pour avoir sauvé la ville.
« VOLUMNIA
I prithee now, sweet son, as thou hast said
My praises made thee first a soldier, so,
To have my praise for this, perform a part
Thou hast not done before. »
Rassurez-vous, dans le cas dont je vous parle, l’acteur ne jouait pas sa vie. Mais il a « performé » dans ce sens. A savoir « interprété », « joué » son rôle – et, en l’occurrence, il y en a eu plusieurs car le personnage lui-même interprète les personnes avec lesquelles il se trouve en interaction. Ce qui fait qu’en étant seul, d’un bout à l’autre de la pièce, sur la scène, il réussit à convoquer plus d’une dizaine de personnes. On entend et voit ainsi un interne et celles et ceux avec qui il oeuvre quotidiennement, un patient, et toute une série de spécialistes : gastro-entérologue, pneumologue, cardiologue, urologue…. Et, bien sûr, LE « mandarin », entouré de sa cour de petits « bleus ». Il ne manquait que le/la psychiâtre. Eh bien, il le fait arriver à la fin! Je ne vous raconterai pas l’histoire pour ne pas la déflorer. Au cas où vous auriez été alléché-e par cette description.

Avouez que l’affiche est aussi alléchante! Malheureusement, je suis assez hermétique à ce genre de théâtre. Je cherche à me distraire, pas à revivre des épisodes plus ou moins douloureux de ma vie. Car j’ai fréquenté presque tous les hôpitaux parisiens. Pour mon frère, d’abord : Trousseau quand il était enfant, puis Tenon, La Salpétrière, Roussy et pour finir, Valenciennes. Pour moi aussi : Boucicaut, Pasteur (deux disparus!), La Salpétrière…
Mais j’aime l’humour noir. Une anecdote? Quand j’étais à Pasteur, on venait d’annoncer la prochaine fermeture de l’hôpital. Le personnel n’avait donc pas le moral. C’est moi, de la chambre où j’ai séjourné tout un mois de juillet, qui tentait de leur remonter. Et nous lisions ensemble les BD que j’avais apportées. En particulier Les femmes en blanc. Vous connaissez?

Un autre exemple? Pour moi, le film culte, c’est MASH.

Sans doute n’étais-je pas réceptive ce soir-là, car j’ai, pour ma part, fort peu ri. Mais aussi parce que, plus que noir, l’humour était souvent vulgaire, ce que je déteste. Les « pipi-caca », ce n’est pas pour moi. Ni les pets. Mais j’ai apprécié la satire de l’administration et de l’organisation hospitalières. Et les autres spectateurs/trices ont ri d’un bout à l’autre, et l’acteur a été salué par des applaudissements prolongés. Il les méritait. Car tenir à ce rythme, sur scène, pendant plus d’une heure sans interruption (or il est né une semaine après moi), en jouant tous les rôles dans une diversité de voix, de mimiques, de postures, de gestes, etc. n’est pas donné à tout le monde. Et Olivier Saladin est brillant dans ce que l’auteur, Daniel Pennac, qualifie de « monologue gesticulatoire ». Rien d’étonnant à ce qu’il soit ainsi ébouriffé à la fin! Quant à la présence de la voiture, je ne vous en dirai rien, bien sûr. Ni pourquoi il joue un médecin alors que le titre porte sur un malade… Allez voir la pièce!
