Vers le sommet de la Butte

Il ne me reste plus qu’un petit bout de grimpette quand, dans un virage, j’aperçois un édifice qui m’interpelle. De quoi peut-il bien s’agir? J’en fais donc le tour, et découvre que cet ancien réservoir, l’un des trois de la Butte, désaffecté en 1930, abrite aujourd’hui la Commanderie Clos de Montmartre.

« Le premier et plus ancien réservoir de Montmartre, est situé Place Jean Baptiste Clément, à l’angle de la rue Lepic et de la rue Norvins. D’une capacité de 260 m3, il a été construit en 1835, et surélevé en 1865. Il a été  désaffecté en 1930, remplacé par le réservoir du Sacré-Cœur. La surélévation à aujourd’hui disparue.

Il a en fait été créé pour compenser la disparition des sources de Montmartre. De forme octogonale, ce réservoir intègre une fontaine renaissance, alimentée à l’époque par une pompe hydraulique à Saint-Ouen, relayée par une pompe à feu, passage Cottin, près de la rue Ramey.  En 1865, avec l’ajout de l’étage, le réservoir à été alimenté par les eaux de l’Ourcq et de la Dhuys.

Aujourd’hui cet ancien réservoir  abrite le siège de la Commanderie Clos Montmartre, association Loi 1901, qui apparaît comme une renaissance de la tradition vivante des vignerons parisiens. »

La Commanderie a été fondée en 1983, et vous pourrez en savoir davantage sur sa page Facebook, ici. Elle propose des festivités, notamment pour la Saint Vincent et les vendanges.

En face, une plaque rappelle l’emplacement d’une « Tour de Montmartre ».

Tout renseignement pris, elle était dénommée « Tour de Solférino », du nom d’une guinguette sise à côté, qui faisait payer pour que l’on puisse y monter le paysage… qui, soit dit en passant, devait être beaucoup plus beau que celui d’aujourd’hui!

Un peu plus haut, un panneau rappelle l’emplacement de la « mire du Nord ».

On ne peut pas la voir, car elle est située dans une résidence privée (Moulin de la Galette), mais je vous la présente grâce à Wikimedia.

Aujourd’hui, pas de visite au Sacré Coeur, car l’heure tourne et il est à craindre que les restaurants non « touristiques » ne servent plus… C’est donc le moment de redescendre par la face nord. Mais cela fera l’objet d’un quatrième article, si vous le voulez bien…

Balade à Montmartre (suite)

Nous nous sommes quitté-e-s hier devant le Moulin de la Galette… Reprenons donc l’ascension de la Butte.. Au fait, mont? butte? Vite, le net… Et j’y découvre que « une des buttes-témoins gypseuses formées de part et d’autre de la Seine et dénommées les « collines de Paris ». À 130,53 mètres, altitude du sol naturel à l’intérieur du cimetière du Calvaire, il jouxte l’église Saint-Pierre de Montmartre, plus ancienne église du Paris actuel. » (Wikipédia, vous aviez deviné!). Donc résumons-nous… Une « colline » qui est une des « buttes » et que l’on dénomme « mont »… simple, non? En tout cas, j’ai appris qu’elle était la plus haute de Paris! Et plus… j’ignorais ce qu’était une « butte-témoin ». Maintenant, je le sais!

Bloc-diagramme simplifié du relief de côtes. Le front de cuesta à pente forte est opposé au pendage des couches.

Une butte-témoin (3) se détache parfois en avant du front.

Mais je n’ai pas tout compris! Il faudra que j’y revienne… Pour l’instant, continuons à grimper la butte, enfin la colline, enfin le mont, bref, montons… et c’est une statue (enfin, des morceaux de statue…) qui attire le regard.

Marcel Aymé a en effet habité à deux pas de là, et repose tout près, au Cimetière Saint Vincent. Normal, donc, qu’une place lui soit dédiée. Avec l’un de ses personnages iconique, Monsieur Dutilleul. Mais savez-vous qui a réalisé cette oeuvre? J’étais pour ma part étonnée en le découvrant. Un indice? C’était un acteur. Eh non, pas le premier qui a interprété ce rôle (Bourvil), mais un acteur qui était aussi écrivain, peintre, sculpteur et potier. Cela vous dit quelque chose? En 1989, neuf ans avant son décès, c’est Jean Marais qui a produit cette oeuvre surprenante. Pas étonnant de la part de « La Bête », non?

Un peu plus haut, je découvre avec stupeur un jardin qui semble à l’abandon. Jugez-en par vous-même, comme moi, à travers la grille fermée.

Inattendu, n’est-ce pas, dans une ville qui manque de logements? Des plaques posées sur les grilles apportent quelques explications. D’abord, qu’il s’agit d’un « jardin » portant le nom d’un des auteurs que je ne suis jamais parvenue à comprendre, contrairement à Proust…

Bien qu’il n’ait jamais longtemps fréquenté Paris, l’auteur l’a tellement mis en scène qu’il a semblé évident de lui rendre cet hommage, comme d’autres, dont j’ai trouvé un autre exemple.

Une autre affiche évoque le souvenir du « Maquis de Montmartre ». Passionnante histoire que celle de cet espace « hors du temps », qui a perduré jusqu’au 20ème siècle, et a donné naissance au personnage caractéristique de la Butte, le petit Poulbot. Ce n’est pas l’objet de cet article, mais si l’histoire vous intéresse, vous en trouverez une belle vulgarisation illustrée sur ce site.

Je ne résiste pas à l’envie de vous faire lire plus en détail la page de droite. Focus donc!

Jouxtant ce jardin, puisqu’elle était initialement incluse comme lui sur le vaste terrain de la ferme, la Cité Internationale des Arts donne envie d’être un artiste invité ici en résidence!

Restons donc dans ce coin calme et enchanteur, jusqu’au prochain épisode?

Balade dominicale à Montmartre

Paris gronde, Paris proteste, et Paris court… Comment échapper à cela, le temps d’une belle journée, en ce dimanche printanier avant l’heure? En remontant le temps, en remontant les pentes… Rien de tel pour « se remonter » soi-même!

Direction donc ma colline préférée, Montmartre. Celles et ceux d’entre vous qui excellent en étymologie me feront remarquer qu’on n’échappe pas ainsi à la violence. Le nom ne renverrait-il pas, selon les deux hypothèses reconnues, au dieu de la guerre, Mars, qui y était honoré dans un temple au sommet, ou aux martyrs de l’époque pré-chrétienne, dont Saint-Denis, martyrs dont une rue qui en gravit l’escarpe rappelle le souvenir?

Source : https://archeologie.culture.gouv.fr/paris/fr/un-sanctuaire-montmartre

La chapelle des Martyrs à Montmartre (source Wikimédia)

La chance me sourit dès le trajet reliant le 5ème au 18ème : un bus détourné pour cause de semi-marathon s’arrête au moment où je m’apprête à attendre son collègue, heureusement face à de belles devantures (plus ou moins) anciennes.

Près de Pigalle, le chauffeur adorable me rappelle spontanément à quel arrêt je dois descendre… Et la grimpette commence d’abord par une rue Lepic bien encombrée de piétons, autochtones ou touristes. Vite, la quitter pour des rues plus sereines! Ce qui me permet de découvrir par hasard les restes de la demeure style « gothique » du Sieur Marie-Joseph-Charles de l’Escalopier (ça ne s’invente pas!), né au château de Liancourt, en Picardie, en 1872. Historien, archéologue, qui ne se contentait pas de travailler dans son bureau mais a partagé avec ses concitoyens ses recherches par un musée, une bibliothèque, etc.

Vous trouvez sans doute étrange l’angle de vue, mais la propriété est privée, et je n’ai pu prendre les photos que devant ou à travers une grille bien close… Il ne reste plus grand-chose de l’édifice initial, mais les constructions des alentours ont leur propre charme, y compris, en face de ce que vous voyez sur la photo suivante, un petit immeuble de bois aux larges ouvertures.

La rue elle-même ne manque pas de charme… y compris dans les tags qui l’ornent…

A l’angle qu’elle forme avec la rue Lepic, une ancienne brocante offre une vitrine où se bousculent des animaux apparemment en papier mâché. En transférant la photo (mal) prise, j’ai eu la surprise de découvrir des symboles dont je ne sais d’où ils proviennent…

Désormais suivons la rue Lepic, quasiment déserte. Je pense que la Commune de Montmartre a réussi à préserver des parties tranquilles en « orientant » les flux de touristes, car ici, comme plus loin d’ailleurs, peu de monde, alors que certains endroits sont littéralement bondés de troupeaux de visiteurs/euses.

Mon oeil a été attiré par deux bâtiments contrastant étrangement, au numéro 64. Les recherches sur le net ne m’ont guère éclairée sur leur histoire.

Les restaurants de la rue étaient quasiment déserts (mais aussi très chers), jusqu’à l’angle où se situe « Le Moulin de la Galette ». On devrait plutôt utiliser le pluriel, car il y avait deux moulins peu éloignés l’un de l’autre, comme vous le verrez sur la photo empruntée à Wikimedia.

A l’heure actuelle, entre les deux, un immeuble dont j’ai apprécié la rénovation (pour une fois!).

Je vous laisse face à l’entrée du restaurant, pour vous y retrouver prochainement et poursuivre avec vous la visite de ce coin de Paradis…

Une belle découverte : Berthe Weill. 1. Première galerie

Je dois bien l’avouer : je n’avais jamais entendu parler de cette artiste, et l’idée d’aller voir cette exposition ne m’est pas venue spontanément. D’autant que l’affiche n’était guère attrayante! Jugez-en vous-même!

Un nouvel aveu s’impose : j’ai été subjuguée par la force et la beauté de son oeuvre. Et le personnage m’a vraiment intriguée… Dès l’affiche, à vrai dire : que signifiait « Galeriste d’avant-garde »? Et pourquoi ce parti-pris d’un fond rose très « fifille ». Connotation totalement antinomique avec le portrait (dont j’ai appris par la suite qu’il est dû à son amie Emilie Charmy, qui ne l’a pas flattée!) très sombre, que seul éclaire un visage emprunt de finesse, avec un regard pétillant derrière les bésicles et un sourire en coin dont on ne sait s’il faut l’interpréter comme charmeur ou moqueur… La voici en photo, avec la famille Lévy, aux alentours de 1900 (au centre en bas).

Une volonté affirmée de s’installer comme galeriste, à une époque où les hommes dominaient dans ce métier. Elle avait d’abord ouvert une boutique en lien avec sa formation auprès d’un marchand d’estampes, Salvator Mayer, chez qui elle était entrée en apprentissage lors de son arrivée à Paris, depuis son Alsace natale. Mais très vite elle décida de devenir galeriste, avec un objectif précis : sortir des sentiers battus, et notamment de la tradition académique, et faire découvrir des peintres « d’avant-garde ». Nous sommes en 1901, elle a à peine 36 ans. Voici ce qu’elle en dit dans son autobiographie écrite en 1933.

L’adresse – 25, rue Victor Massé, dans le 9ème, a déjà une histoire, dans les Beaux-Arts : ce fut celle d’un certain Théo, qui y a abrité de 1886 à 1888 son frère Vincent… Ci-dessous, la « Vue depuis la fenêtre » qu’a peinte ce dernier à cette époque.

Petite parenthèse : si cette période vous intéresse, je vous conseille un article en ligne sur le site Paris la Douce, auquel j’ai emprunté cette reproduction. Mais revenons à Berthe, au talent d’inventeure, dans le sens profond du terme : celle qui découvre. Et pas n’importe qui : parmi les premiers artistes exposés, un jeune inconnu, Picasso!

Je n’ai pas choisi le Moulin de la Galette, plus connu, mais une autre toile de l’artiste, que je n’avais jamais vue, et qui a suscité en moi des émotions similaires à celles que je ressens devant certains tableaux de Chagall…

Elle a aussi été fait largement la promotion de Toulouse-Lautrec.

Ses réseaux lui permettent d’aller plus avant, de découvrir, encore et encore. Pourtant, elle ne ménage pas ceux à qui elle a affaire!

La liste de ces artistes plus ou moins (in)connus qu’elle a accueillis, encouragés, et dont elle a assuré la promotion commerciale est telle que je renonce à vous la transmettre. Vous la lirez aisément sur les nombreux articles et dans les livres qui lui sont consacrés. Le terme « artistes » a été choisi, car on trouve parmi les productions exposées des objets. J’en ai sélectionné pour vous deux qui ont attiré mon attention sur Paco Durrio.

Vous ne le connaissiez pas non plus? En cherchant à en savoir davantage sur ce sculpteur, je l’ai trouvé représenté par… Gauguin, guitare à la main.

Elle ne s’intéresse pas qu’aux Beaux-Arts… L’électricité éclaire sa galerie dès 1908, avant les grands travaux qui succédèrent à la crue de 1910. Elle fut la première de sa rue à passer du gaz à l’électricité… Autre signe de modernisme, qui, allié au rejet des contraintes et des normes, en font une personne étonnante et si « séduisante »…

Dés-espoir

J’écrivais l’autre jour à l’un de mes amis sur ce que je voyais dans la nature autour de moi, en ce moment… Il s’est gentiment (quoique…) moqué de moi, et m’a qualifiée de « poète ». Ces derniers jours, pourtant, j’ai l’impression que la Nature se rit des Hommes, qu’elle triomphe de leur « science », comme si elle était la seule à Savoir, Savoir-faire et Savoir-être, pour reprendre le trinôme usagé…

Alors, j’ai pensé à ce poème de Marie Krysinska. Oui, d’accord, encore une femme! Mais il faut le dire et le répéter, il y a eu autant d’auteures que d’auteurs, donc… CQFD.

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Une icône ?
Source

« Mme Marie Krysinska, dans la littèrature, occupera une place toute particulière, car personne, à moins de la plagier, ne pourra l’imiter. »

– Fernand Hauser, Simple Revue, 1894

Elle me plaît bien, cette petite Polonaise adoptée par Paris – ou adoptant Paris? – qui devient la seule femme « membre actif » des cercles littéraires des Hydropathes, des Zutiques, des Hirsutes et des Jemenfoutistes qui se réunissent au cabaret du Chat Noir.

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Elle accompagne au piano les chansons et les poèmes qu’on y déclame. Elle participe aux soirées de la Goguette du Chat Noir.

Malgré sa mort relativement précoce (50 ans), elle a laissé une littérature abondante et diverse, dont des critiques… et là, il faut bien avouer que la proportion de critiques « femmes » est moins importante, n’est-ce pas?

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Ronde du printemps

À Charles de Sivry.

Dans le Parc, dans le Parc les glycines frissonnent,
Etirant leurs frêles bras –
Ainsi que de jeunes filles
Qui se réveillent d’un court sommeil
Après la nuit dansée au bal,
Les boucles de leurs cheveux
Tout en papillotes
Pour de prochaines fêtes –
Dans le Parc.
Dans les Prés, dans les Prés les marguerites blanches
S’endimanchent, et les coquelicots
Se pavanent dans leurs jupes
Savamment fripées,
Mais les oiseaux, un peu outrés,
Rient et se moquent des coquettes
Dans les Prés.
Dans les Bois, dans les Bois les ramures s’enlacent:
Voûte de Cathédrale aux Silences
Où le pas des Visions se fait pieux et furtif,
Parmi les poses adorantes des Hêtres
Et les blancs surplis des Bouleaux –
Sous les vitraux d’émeraude qui font
Cette lumière extatique –
Dans les Bois.
Dans l’Eau, dans l’Eau près de joncs somnolents
Tremblent les étoiles plues du soleil
Dans l’Eau,
Et la Belle tout en pleurs
Tombe parmi les joncs somnolents,
Et la Belle
Meurt parmi la torpeur lumineuse des flots:
La Belle Espérance
S’est noyée, et cela fait des ronds
Dans l’Eau.

Marie Krysinska, 1889