Le cimetière Saint Vincent

Au retour de l’Aveyron, enfin, de l’Ascension, il était justement temps de l’entreprendre, cette ascension (sans ascenseur!) pour regagner le sommet de la Butte, alias colline, alias mont. Petit détour par le Cimetière Saint Vincent, que j’avais découvert lors d’une autre balade montmartroise, mais que j’avais envie de revoir plus longuement, tant il m’avait plu. Et il a de quoi plaire! A cela plusieurs raisons. La première est l’ambiance sereine qu’il dégage. Vous me direz « pas étonnant, pour un « lieu de repos éternel ». Bon, d’accord. La deuxième est la beauté et la variété de sa végétation. Des personnes étaient, ce jour-là, venues le visiter d’un point de vue botanique, d’ailleurs.

La troisième concerne les personnes qui y demeurent. D’une part, des « personnalités » célèbres, et d’autre part, des personnes qui reflètent la vie du Montmartre de jadis. Je vous emmène promener parmi les tombes?

Faisons comme celui ou celle qui est à l’origine de la découpe de Paris en arrondissements, commençons par le centre, avec la tombe de Michou. Pas étonnant de retrouver là celui qui a animé un cabaret à un kilomètre tout juste.

Continuons vers la droite, pour trouver celle qui a formé avec Trintignant l’un des plus aimés des couples au cinéma.

Aimée, elle l’a été, et amoureuse aussi sans doute… Pas moins de quatre mariages…

« Son premier mariage, c’était en 1949 avec un certain Edouard Zimmermann. L’union ne durera qu’un an. Elle fréquente ensuite Jean Cocteau. Elle poursuit ensuite sa vie amoureuse avec le cinéaste Nikos Papatakis de 1951 à 1958. C’est avec lui qu’elle aura sa seule fille, en 1951. Par la suite, Anouk Aimée s’unira avec le chanteur Pierre Barouh, qu’elle avait rencontré sur le film de Claude Lellouche, « Un homme et une femme« , et qui a changé sa vie. Ils vivront leur histoire d’amour de 1966 à 1969. Enfin, c’est avec l’acteur britannique Albert Finney (vu dans « Voyage à deux », et plus récemment dans « Erin Brockovitch ») qu’elle convolera une quatrième fois en noces : de 1970 à 1978. »

Pourquoi est-elle enterrée ici? Tout simplement parce qu’elle habitait le Vieux Montmartre. Plus exactement, Impasse Girardon.

Anouk Aimée, dont vous découvrirez ci-dessous la véritable identité, si vous ne la connaissez pas…

Avez-vous vu le chat? Joignons « chat » et « aimée »… Cela vous rappelle-t-il un des livres que les enfants continuent à apprécier? Les Contes du Chat Perché?

Voulez-vous saluer son auteur? Celui dont je vous ai déjà parlé, voici peu, dans un précédent article, où nous avions pu admirer la statue du Passe-Muraille réalisée par Jean Cocteau? Il n’est pas bien loin…

Nous parlions de cinéma… revenons-y, avec un scénariste et réalisateur qui fut aussi en lien avec Jean Cocteau : Claude Pinoteau. Lui qui habitait Neuilly, pourquoi est-il enterré ici? Simplement parce que c’est l’emplacement du caveau familial…

« Lucien Pinoteau, complice de Poulbot et futur Président, fonde en 1936 « l’OEuvre des gosses de la Butte Montmartre » qui deviendra dès 1939 « l’OEuvre des P’tits Poulbots ». » (source : https://www.republique-de-montmartre.com/notre-histoire.html). Mais savez-vous qui est Poulbot? Permettez-moi une petite digression…

Dessinateur, illustrateur, caricaturiste, et « goguettier »… Vous ne connaissez pas ce mot? Rendez-vous bientôt pour que je vous en parle, je ne veux pas trop m’éloigner ici. Comme je vous reparlerai de Poulbot quand j’irai visiter le cimetière de Montmartre. Car non, il n’est pas ici!

Allons du côté du Quai des Brumes, de l’Hôtel du Nord et des Enfants du Paradis, pour retrouver Marcel Carné, reposant lui aussi à l’ombre du Sacré Coeur – pourquoi? je l’ignore. Si vous le savez, merci de placer un commentaire pour partager l’information !

Quittons le 7ème art pour « les beaux arts ». Pas étonnant par contre de trouver ici Utrillo, qui a tant peint la Butte! Sa tombe est dans les « étages supérieurs », c’est le cas de le dire! (celle de Carné, tout en bas au contraire).

Mais j’ai été surprise de trouver non loin de lui un peintre que j’aime beaucoup et que j’associe à la Normandie : son Musée n’est-il pas à Honfleur ? Alors j’ai cherché. Il est effectivement mort à Deauville, au bord de la mer qu’il aimait tant. Et a été enterré quatre jours plus tard, le 12 août 1898, à l’endroit où vous pouvez lui rendre hommage. Pourquoi là? Je ne sais. Mais son ami Edmond Yon lui avait dédicacé une toile représentant les moulins de Montmartre. Sans doute y fréquentait-il d’autres artistes?

Parmi les autres arts, la musique, avec notamment Arthur Honneger, qui avait un atelier à Montmartre.

Surplombant la tombe, une belle oeuvre sculpturale orne une sépulture moins dépouillée.

Vous en apercevez une autre au loin. Le premier rang près de l’entrée offre en effet une belle perspective sur ce qui pourrait faire d’un cimetière un musée en plein air.

Loin de moi l’idée de vous détailler toutes les tombes de gens « célèbres » ou moins qui peuplent ces lieux. Il y en aurait pour longtemps et ce serait ennuyeux. Je préfère partager avec vous plan et liste que j’ai trouvés alors que j’achevais ma balade.

Vous pourrez ainsi aller voir chacune et chacun. A moins que vous ne préfériez, comme moi, « errer » un peu au hasard pour d’autres découvertes, comme cette magnifique et émouvante épitaphe. J’ai longuement hésité à la publier, mais comme elle est visible de toutes et tous sur site et que je ne vous donnerai pas le nom d’une personne enterrée ici, je me suis dit que la RGPD ne s’appliquait plus.

L’Aveyron au pied de Montmartre

Vous vous êtes peut-être demandé pourquoi j’avais évoqué l’Aveyron dans le titre de mon précédent article… et je réitère! Mais peut-être aussi avez-vous deviné? Souvenez-vous : en ce dimanche de mars, il était près de 14 heures, et je n’avais toujours pas déjeuné… Eh oui, l’équipe qui m’a fort gentiment et gaiment accueillie dans un restaurant, au bas de la Butte, était aveyronnaise. Et, bien sûr, une partie (non négligeable) de la carte aussi. Son nom pourtant ne l’évoque pas. Il me faisait penser davantage à une fête religieuse : l’Ascension.

Quand je suis arrivée, je visais bien évidemment les tables au soleil. Mais elles étaient occupées. Les seules libres se situaient près de l’entrée et étaient à l’ombre. Un jeune homme vient m’accueillir. Je lui explique ce que je suis en train de faire : calculer, en projetant la course du soleil, quelle serait celle qui bénéficierait la première de ses rayons. Et je lui en désigne une. Il me dit que j’ai raison, mais qu’elle est réservée, et m’en suggère une autre, que j’accepte. Effectivement, une dizaine de minutes plus tard, je bénéficiais de la chaleur solaire. Quant à la table réservée, j’ai compris pourquoi et surtout à qui : à sa soeur et un ami venus… de l’Aveyron.

Lui-même avait acquiescé quand, après avoir vu la carte, je lui avais demandé s’il était  » de là-bas ». Autre détail le rendant bien sympathique, ce tout jeune patron de restaurant : il essayait d’écrire sur une ardoise affichée au mur (que vous voyez sur la photo ci-dessus, derrière ma chaise – celle qui porte un blouson blanc), et n’y parvenait pas. Je lui demande ce qu’il veut inscrire : il voulait faire une réduction aux personnes qui avaient, le matin, couru le semi-marathon de Paris. Je lui demandai s’il l’avait fait lui-même. « Oui », me répondit-il, en me montrant la grosse médaille grise (en plastique!) qu’il cachait sous ses vêtements.

Et ses amis l’avaient aussi fait, bien sûr, d’où leur retard et leur tenue (et l’épuisement avoué par la suite de l’un d’entre eux). Ce fut donc un repas avec des échanges fort sympathiques. Et un repas au rapport qualité/prix inégalable, avec une saucisse grillée (de l’Aveyron, bien sûr) et un aligot délicieux. Il regrettait de ne plus avoir de Marcillac (qui s’imposait!), mais le Malbec de Cahors bio était tout à fait agréable.

L’intérieur est d’une belle sérénité, en alliance d’orange non agressif et de vert amande.

Bref, si vous passez par là, n’hésitez pas à vous y restaurer. Et, le dimanche, y prendre un brunch. C’était le repas des jeunes voisins de table, et il avait l’air exquis!

Quitte à descendre la Butte pour une nouvelle « ascension » après, comme je l’ai fait pour « remonter rue Saint Vincent ».

Sauf si vous préférez emprunter le bus qui vous y aide, le 40. Il passe tout près du 62 rue Custine où se situe l’établissement. Et vous pouvez aussi venir d’ailleurs, car les métros 4 et 12 ne sont pas loin! J’allais oublier de vous donner l’URL de son site : https://lascensionmontmartre.com/

De Montmartre à l’Aveyron

Nous en étions resté au sommet de la Butte. Il faut maintenant en redescendre! De préférence en passant pas les lieux-cultes : les vignes, la Maison Rose et le Lapin Agile… En raison d’une surcharge de travail, j’ai dû reporter la rédaction des deux derniers articles. Le week-end m’apportant un répit, j’en profite pour revenir vers Montmartre… et, vous vous y attendez je pense, me diriger vers le vignoble (dont je n’ai encore à ce jour pas réussi à goûter le produit!)

Si vous regardez le panneau ci-dessus, il ne date que de moins d’un siècle. Je ne sais pourquoi, mais j’ai toujours imaginé qu’il remontait quasiment à l’Antiquité?

Savez-vous combien il y a de cépages dans le vin de Montmartre (pour rappel, en général les assemblages en dépassent rarement 3-4)?

Eh oui, vous avez bien lu! Pas moins de vingt cépages pour ce vin exceptionnel!

A quoi sert cette étrange « paillotte »? Mystère… Mais continuons à descendre, car le rose d’une maison m’attire. Je ne suis pas la seule, à en juger par le nombre de touristes, visiblement de toute provenance, qui se pressent autour d’elle. Si vous regardez ce site, vous la verrez telle qu’elle était au 19ème siècle. Et, comme vous le savez sans doute, elle est liée à l’histoire de la peinture française, en particulier d’Utrillo. La voici telle qu’il l’a peinte…

… Et la voici telle que je l’ai vue…

Elle a visiblement dû être protégée pour survivre à la promotion immobilière! Un peu plus loin on peut constater que les habitant-e-s ne manquent pas d’humour. D’abord, un jeu de mots qui n’est compréhensible que si l’on connaît le nom de l’artère : la rue des Saules. Ensuite, le petit diablotin souhaitant des vendanges heureuses…

Au rose a succédé des dégradés de blanc et ocre, quand tout à coup, la palette s’amplifie. Pas seulement à cause des façades! Tel les instruments d’un orchestre, vélos, murs, palissades et fleurs offrent une symphonie de couleurs.

Un salut au passage à ceux qui ont permis à cet établissement de vivre et de survivre : Frédé, qui le tenait quand l’édifice a failli être absorbé par un projet immobilier, et Aristide Bruant qui l’a sauvé en le rachetant, pour ensuite le revendre au fils de l’ancien tenancier… Je vous laisse deviner qui est l’un et qui est l’autre, sur cette photo, même si on ne voit pas la couleur des écharpes…

Quittons l’établissement dont j’ai appris qu’en réalité il s’appelait au départ « Le Lapin à Gill », car André Gill, caricaturiste, avait imaginé un lapin bondissant d’une casserole comme enseigne de l’auberge-guinguette qu’il fréquentait, pour un petit détour par la rue Saint Vincent, pour un dernier regard au Clos Montmartre.

Et je reprends la rue des Saules pour descendre chercher un restaurant, un peu plus éloigné des troupeaux de touristes. Il est temps : presque 14 heures. On a beau être à Paris, les restaurants ont leurs horaires!

Une façade attire mon regard. Décidément, l’humour est omniprésent!

Le chemin va m’amener en Aveyron… Mais c’est une autre histoire…

Vers le sommet de la Butte

Il ne me reste plus qu’un petit bout de grimpette quand, dans un virage, j’aperçois un édifice qui m’interpelle. De quoi peut-il bien s’agir? J’en fais donc le tour, et découvre que cet ancien réservoir, l’un des trois de la Butte, désaffecté en 1930, abrite aujourd’hui la Commanderie Clos de Montmartre.

« Le premier et plus ancien réservoir de Montmartre, est situé Place Jean Baptiste Clément, à l’angle de la rue Lepic et de la rue Norvins. D’une capacité de 260 m3, il a été construit en 1835, et surélevé en 1865. Il a été  désaffecté en 1930, remplacé par le réservoir du Sacré-Cœur. La surélévation à aujourd’hui disparue.

Il a en fait été créé pour compenser la disparition des sources de Montmartre. De forme octogonale, ce réservoir intègre une fontaine renaissance, alimentée à l’époque par une pompe hydraulique à Saint-Ouen, relayée par une pompe à feu, passage Cottin, près de la rue Ramey.  En 1865, avec l’ajout de l’étage, le réservoir à été alimenté par les eaux de l’Ourcq et de la Dhuys.

Aujourd’hui cet ancien réservoir  abrite le siège de la Commanderie Clos Montmartre, association Loi 1901, qui apparaît comme une renaissance de la tradition vivante des vignerons parisiens. »

La Commanderie a été fondée en 1983, et vous pourrez en savoir davantage sur sa page Facebook, ici. Elle propose des festivités, notamment pour la Saint Vincent et les vendanges.

En face, une plaque rappelle l’emplacement d’une « Tour de Montmartre ».

Tout renseignement pris, elle était dénommée « Tour de Solférino », du nom d’une guinguette sise à côté, qui faisait payer pour que l’on puisse y monter le paysage… qui, soit dit en passant, devait être beaucoup plus beau que celui d’aujourd’hui!

Un peu plus haut, un panneau rappelle l’emplacement de la « mire du Nord ».

On ne peut pas la voir, car elle est située dans une résidence privée (Moulin de la Galette), mais je vous la présente grâce à Wikimedia.

Aujourd’hui, pas de visite au Sacré Coeur, car l’heure tourne et il est à craindre que les restaurants non « touristiques » ne servent plus… C’est donc le moment de redescendre par la face nord. Mais cela fera l’objet d’un quatrième article, si vous le voulez bien…

Balade à Montmartre (suite)

Nous nous sommes quitté-e-s hier devant le Moulin de la Galette… Reprenons donc l’ascension de la Butte.. Au fait, mont? butte? Vite, le net… Et j’y découvre que « une des buttes-témoins gypseuses formées de part et d’autre de la Seine et dénommées les « collines de Paris ». À 130,53 mètres, altitude du sol naturel à l’intérieur du cimetière du Calvaire, il jouxte l’église Saint-Pierre de Montmartre, plus ancienne église du Paris actuel. » (Wikipédia, vous aviez deviné!). Donc résumons-nous… Une « colline » qui est une des « buttes » et que l’on dénomme « mont »… simple, non? En tout cas, j’ai appris qu’elle était la plus haute de Paris! Et plus… j’ignorais ce qu’était une « butte-témoin ». Maintenant, je le sais!

Bloc-diagramme simplifié du relief de côtes. Le front de cuesta à pente forte est opposé au pendage des couches.

Une butte-témoin (3) se détache parfois en avant du front.

Mais je n’ai pas tout compris! Il faudra que j’y revienne… Pour l’instant, continuons à grimper la butte, enfin la colline, enfin le mont, bref, montons… et c’est une statue (enfin, des morceaux de statue…) qui attire le regard.

Marcel Aymé a en effet habité à deux pas de là, et repose tout près, au Cimetière Saint Vincent. Normal, donc, qu’une place lui soit dédiée. Avec l’un de ses personnages iconique, Monsieur Dutilleul. Mais savez-vous qui a réalisé cette oeuvre? J’étais pour ma part étonnée en le découvrant. Un indice? C’était un acteur. Eh non, pas le premier qui a interprété ce rôle (Bourvil), mais un acteur qui était aussi écrivain, peintre, sculpteur et potier. Cela vous dit quelque chose? En 1989, neuf ans avant son décès, c’est Jean Marais qui a produit cette oeuvre surprenante. Pas étonnant de la part de « La Bête », non?

Un peu plus haut, je découvre avec stupeur un jardin qui semble à l’abandon. Jugez-en par vous-même, comme moi, à travers la grille fermée.

Inattendu, n’est-ce pas, dans une ville qui manque de logements? Des plaques posées sur les grilles apportent quelques explications. D’abord, qu’il s’agit d’un « jardin » portant le nom d’un des auteurs que je ne suis jamais parvenue à comprendre, contrairement à Proust…

Bien qu’il n’ait jamais longtemps fréquenté Paris, l’auteur l’a tellement mis en scène qu’il a semblé évident de lui rendre cet hommage, comme d’autres, dont j’ai trouvé un autre exemple.

Une autre affiche évoque le souvenir du « Maquis de Montmartre ». Passionnante histoire que celle de cet espace « hors du temps », qui a perduré jusqu’au 20ème siècle, et a donné naissance au personnage caractéristique de la Butte, le petit Poulbot. Ce n’est pas l’objet de cet article, mais si l’histoire vous intéresse, vous en trouverez une belle vulgarisation illustrée sur ce site.

Je ne résiste pas à l’envie de vous faire lire plus en détail la page de droite. Focus donc!

Jouxtant ce jardin, puisqu’elle était initialement incluse comme lui sur le vaste terrain de la ferme, la Cité Internationale des Arts donne envie d’être un artiste invité ici en résidence!

Restons donc dans ce coin calme et enchanteur, jusqu’au prochain épisode?

Balade dominicale à Montmartre

Paris gronde, Paris proteste, et Paris court… Comment échapper à cela, le temps d’une belle journée, en ce dimanche printanier avant l’heure? En remontant le temps, en remontant les pentes… Rien de tel pour « se remonter » soi-même!

Direction donc ma colline préférée, Montmartre. Celles et ceux d’entre vous qui excellent en étymologie me feront remarquer qu’on n’échappe pas ainsi à la violence. Le nom ne renverrait-il pas, selon les deux hypothèses reconnues, au dieu de la guerre, Mars, qui y était honoré dans un temple au sommet, ou aux martyrs de l’époque pré-chrétienne, dont Saint-Denis, martyrs dont une rue qui en gravit l’escarpe rappelle le souvenir?

Source : https://archeologie.culture.gouv.fr/paris/fr/un-sanctuaire-montmartre

La chapelle des Martyrs à Montmartre (source Wikimédia)

La chance me sourit dès le trajet reliant le 5ème au 18ème : un bus détourné pour cause de semi-marathon s’arrête au moment où je m’apprête à attendre son collègue, heureusement face à de belles devantures (plus ou moins) anciennes.

Près de Pigalle, le chauffeur adorable me rappelle spontanément à quel arrêt je dois descendre… Et la grimpette commence d’abord par une rue Lepic bien encombrée de piétons, autochtones ou touristes. Vite, la quitter pour des rues plus sereines! Ce qui me permet de découvrir par hasard les restes de la demeure style « gothique » du Sieur Marie-Joseph-Charles de l’Escalopier (ça ne s’invente pas!), né au château de Liancourt, en Picardie, en 1872. Historien, archéologue, qui ne se contentait pas de travailler dans son bureau mais a partagé avec ses concitoyens ses recherches par un musée, une bibliothèque, etc.

Vous trouvez sans doute étrange l’angle de vue, mais la propriété est privée, et je n’ai pu prendre les photos que devant ou à travers une grille bien close… Il ne reste plus grand-chose de l’édifice initial, mais les constructions des alentours ont leur propre charme, y compris, en face de ce que vous voyez sur la photo suivante, un petit immeuble de bois aux larges ouvertures.

La rue elle-même ne manque pas de charme… y compris dans les tags qui l’ornent…

A l’angle qu’elle forme avec la rue Lepic, une ancienne brocante offre une vitrine où se bousculent des animaux apparemment en papier mâché. En transférant la photo (mal) prise, j’ai eu la surprise de découvrir des symboles dont je ne sais d’où ils proviennent…

Désormais suivons la rue Lepic, quasiment déserte. Je pense que la Commune de Montmartre a réussi à préserver des parties tranquilles en « orientant » les flux de touristes, car ici, comme plus loin d’ailleurs, peu de monde, alors que certains endroits sont littéralement bondés de troupeaux de visiteurs/euses.

Mon oeil a été attiré par deux bâtiments contrastant étrangement, au numéro 64. Les recherches sur le net ne m’ont guère éclairée sur leur histoire.

Les restaurants de la rue étaient quasiment déserts (mais aussi très chers), jusqu’à l’angle où se situe « Le Moulin de la Galette ». On devrait plutôt utiliser le pluriel, car il y avait deux moulins peu éloignés l’un de l’autre, comme vous le verrez sur la photo empruntée à Wikimedia.

A l’heure actuelle, entre les deux, un immeuble dont j’ai apprécié la rénovation (pour une fois!).

Je vous laisse face à l’entrée du restaurant, pour vous y retrouver prochainement et poursuivre avec vous la visite de ce coin de Paradis…

Une belle découverte : Berthe Weill. 1. Première galerie

Je dois bien l’avouer : je n’avais jamais entendu parler de cette artiste, et l’idée d’aller voir cette exposition ne m’est pas venue spontanément. D’autant que l’affiche n’était guère attrayante! Jugez-en vous-même!

Un nouvel aveu s’impose : j’ai été subjuguée par la force et la beauté de son oeuvre. Et le personnage m’a vraiment intriguée… Dès l’affiche, à vrai dire : que signifiait « Galeriste d’avant-garde »? Et pourquoi ce parti-pris d’un fond rose très « fifille ». Connotation totalement antinomique avec le portrait (dont j’ai appris par la suite qu’il est dû à son amie Emilie Charmy, qui ne l’a pas flattée!) très sombre, que seul éclaire un visage emprunt de finesse, avec un regard pétillant derrière les bésicles et un sourire en coin dont on ne sait s’il faut l’interpréter comme charmeur ou moqueur… La voici en photo, avec la famille Lévy, aux alentours de 1900 (au centre en bas).

Une volonté affirmée de s’installer comme galeriste, à une époque où les hommes dominaient dans ce métier. Elle avait d’abord ouvert une boutique en lien avec sa formation auprès d’un marchand d’estampes, Salvator Mayer, chez qui elle était entrée en apprentissage lors de son arrivée à Paris, depuis son Alsace natale. Mais très vite elle décida de devenir galeriste, avec un objectif précis : sortir des sentiers battus, et notamment de la tradition académique, et faire découvrir des peintres « d’avant-garde ». Nous sommes en 1901, elle a à peine 36 ans. Voici ce qu’elle en dit dans son autobiographie écrite en 1933.

L’adresse – 25, rue Victor Massé, dans le 9ème, a déjà une histoire, dans les Beaux-Arts : ce fut celle d’un certain Théo, qui y a abrité de 1886 à 1888 son frère Vincent… Ci-dessous, la « Vue depuis la fenêtre » qu’a peinte ce dernier à cette époque.

Petite parenthèse : si cette période vous intéresse, je vous conseille un article en ligne sur le site Paris la Douce, auquel j’ai emprunté cette reproduction. Mais revenons à Berthe, au talent d’inventeure, dans le sens profond du terme : celle qui découvre. Et pas n’importe qui : parmi les premiers artistes exposés, un jeune inconnu, Picasso!

Je n’ai pas choisi le Moulin de la Galette, plus connu, mais une autre toile de l’artiste, que je n’avais jamais vue, et qui a suscité en moi des émotions similaires à celles que je ressens devant certains tableaux de Chagall…

Elle a aussi été fait largement la promotion de Toulouse-Lautrec.

Ses réseaux lui permettent d’aller plus avant, de découvrir, encore et encore. Pourtant, elle ne ménage pas ceux à qui elle a affaire!

La liste de ces artistes plus ou moins (in)connus qu’elle a accueillis, encouragés, et dont elle a assuré la promotion commerciale est telle que je renonce à vous la transmettre. Vous la lirez aisément sur les nombreux articles et dans les livres qui lui sont consacrés. Le terme « artistes » a été choisi, car on trouve parmi les productions exposées des objets. J’en ai sélectionné pour vous deux qui ont attiré mon attention sur Paco Durrio.

Vous ne le connaissiez pas non plus? En cherchant à en savoir davantage sur ce sculpteur, je l’ai trouvé représenté par… Gauguin, guitare à la main.

Elle ne s’intéresse pas qu’aux Beaux-Arts… L’électricité éclaire sa galerie dès 1908, avant les grands travaux qui succédèrent à la crue de 1910. Elle fut la première de sa rue à passer du gaz à l’électricité… Autre signe de modernisme, qui, allié au rejet des contraintes et des normes, en font une personne étonnante et si « séduisante »…

Dés-espoir

J’écrivais l’autre jour à l’un de mes amis sur ce que je voyais dans la nature autour de moi, en ce moment… Il s’est gentiment (quoique…) moqué de moi, et m’a qualifiée de « poète ». Ces derniers jours, pourtant, j’ai l’impression que la Nature se rit des Hommes, qu’elle triomphe de leur « science », comme si elle était la seule à Savoir, Savoir-faire et Savoir-être, pour reprendre le trinôme usagé…

Alors, j’ai pensé à ce poème de Marie Krysinska. Oui, d’accord, encore une femme! Mais il faut le dire et le répéter, il y a eu autant d’auteures que d’auteurs, donc… CQFD.

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Une icône ?
Source

« Mme Marie Krysinska, dans la littèrature, occupera une place toute particulière, car personne, à moins de la plagier, ne pourra l’imiter. »

– Fernand Hauser, Simple Revue, 1894

Elle me plaît bien, cette petite Polonaise adoptée par Paris – ou adoptant Paris? – qui devient la seule femme « membre actif » des cercles littéraires des Hydropathes, des Zutiques, des Hirsutes et des Jemenfoutistes qui se réunissent au cabaret du Chat Noir.

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Elle accompagne au piano les chansons et les poèmes qu’on y déclame. Elle participe aux soirées de la Goguette du Chat Noir.

Malgré sa mort relativement précoce (50 ans), elle a laissé une littérature abondante et diverse, dont des critiques… et là, il faut bien avouer que la proportion de critiques « femmes » est moins importante, n’est-ce pas?

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Ronde du printemps

À Charles de Sivry.

Dans le Parc, dans le Parc les glycines frissonnent,
Etirant leurs frêles bras –
Ainsi que de jeunes filles
Qui se réveillent d’un court sommeil
Après la nuit dansée au bal,
Les boucles de leurs cheveux
Tout en papillotes
Pour de prochaines fêtes –
Dans le Parc.
Dans les Prés, dans les Prés les marguerites blanches
S’endimanchent, et les coquelicots
Se pavanent dans leurs jupes
Savamment fripées,
Mais les oiseaux, un peu outrés,
Rient et se moquent des coquettes
Dans les Prés.
Dans les Bois, dans les Bois les ramures s’enlacent:
Voûte de Cathédrale aux Silences
Où le pas des Visions se fait pieux et furtif,
Parmi les poses adorantes des Hêtres
Et les blancs surplis des Bouleaux –
Sous les vitraux d’émeraude qui font
Cette lumière extatique –
Dans les Bois.
Dans l’Eau, dans l’Eau près de joncs somnolents
Tremblent les étoiles plues du soleil
Dans l’Eau,
Et la Belle tout en pleurs
Tombe parmi les joncs somnolents,
Et la Belle
Meurt parmi la torpeur lumineuse des flots:
La Belle Espérance
S’est noyée, et cela fait des ronds
Dans l’Eau.

Marie Krysinska, 1889