L’art du détour. Episode 3

Petit rappel pour celles et ceux qui n’auraient pas suivi les précédents épisodes… Retour aéroport – Villa : en temps normal, une vingtaine de minutes. Mais recherche de terreau pour agrumes servant de prétexte, je me retrouve d’abord dans un vallon, puis à Bellet, et enfin dans une vieille famille nissarte qui cultive les agrumes. Nous en étions au moment où je regagnais la Vallée du Var par une petite route de montagne. Autrement dit, où je me dirigeais vers l’ouest alors que ma Villa est plein est…Descente donc vers la vallée du Var, un Var qui est resté étonnamment en eau cet été, alors qu’on parlait de sècheresse! Passage devant le centre commercial… J’oublie de m’arrêter pour faire le plein, un des objectifs du détour! Car à l’ouest de Nice le carburant coût en moyenne 20 centimes de moins que de l’autre côté… Arrivée dans le coin des jardineries et entreprises d’horticulture, je m’aperçois que midi est passé depuis un bon moment. Or, ici, tout ferme entre 12 ou 12.30 et au moins 14 heures! Soleil oblige!

Une idée alors : pourquoi ne pas aller déjeuner « Chez Michel », à Castagniers? Je ne suis pas bien loin de ce village perché où l’enseigne existe depuis le début du XXème siècle et où m’entraînait autrefois une famille nissarde qui, comme les autres, allait, le dimanche midi, y faire ripaille. Direction donc Castagniers. Petite grimpette en lacet, et le tour est joué. Il y a de la place pour stationner, contrairement à la dernière fois que j’y suis venue!

L’auberge est toujours là, dominant la vallée, avec sa jolie terrasse devant l’église du village.

Un accueil souriant par un jeune couple, qui se relaiera pour nous servir. Les parasols sont agréables par cette chaleur, et j’adore déjeuner près de l’eau. Ici, une fontaine surmontée d’une étonnante statue.

L’ardoise est alléchante, et je choisis de déguster des gnocchis aux girolles. Un régal!

Accompagnés d’un vin du Var, car, comme je le disais dans le précédent article, le vin de Bellet est trop coûteux, ces petites auberges ne le servent pas. Des mignardises sont proposées en entrée, et il fait bon déjeuner tranquillement après le trajet Paris -Orly dans un bus surpeuplé, le vol Paris -Nice dans un avion sentant les produits chimiques, la route aéroport – Boulevard de la Madeleine – Chemin du Génie – Route de Bellet – Vallée du Var – Catagniers! Un peu de répit bien mérité, non? Bref, le temps a passé, et 14h sonnent à l’église. Un petit café? Oui, bien sûr. Quand j’ai enfin le courage de me lever de mon siège, c’est pour une petite promenade dans le village.

Un dernier regard sur l’auberge…

En face, la Mairie, joliment décorée d’une peinture abstraite.

La petite placette qui la jouxte est, elle, ornée d’une charrette fleurie, qui me rappelle les charrettes des marchandes de fleurs du Cours Saleya, naguère.

Comme, hélas, dans la plupart des villages français, on croise peu d’habitant-e-s. Mais leurs demeures font des clins d’oeil.

Ici une piscine avec vue imprenable sur les montagnes… Là, le rouge des statues animalières attire le regard…

Beaucoup d’oliviers, et je constate que la récolte doit être proche, quelle que soit la couleur du fruit.

Plus de 15 heures maintenant… les magasins sont ouverts, mais l’envie de plage est plus forte ! Pas de redescente, donc, vers la Vallée du Var. Direction : l’est. En passant par Tourrette-Levens, autre village perché que j’aime beaucoup. Et voilà comment, de 20 minutes envisagées, le trajet de retour de l’aéroport a occupé 6 heures de la journée. Comment aussi je suis rentrée avec un réservoir quasi-vide, et sans le terreau pour nourrir mes citronniers. Mais que de beaux et bons souvenirs!

Palmes et buis en rameaux…

C’était hier le Dimanche des Rameaux. J’aime cette tradition qui évoque si bien la Renaissance, le Printemps. Et j’aime tout simplement le mot « rameau ». Allons voir notre vieil ami CNTRL.

1.Division, ramification d’une tige, d’une branche d’arbre; petite branche.Dans les rameaux fleuris Les oiseaux s’appelaient avec de petits cris (Bouilhet, Melaenis, 1857, p. 76). La route jonchée de rameaux morts (Beauvoir, Mandarins, 1954, p. 354):

1. … [ces grands hêtres] sont si chargés de rameaux, et ces rameaux ramifiés encore par filaments sont si chargés de feuilles, qu’on aperçoit à peine, à travers le réseau de leur ramure, l’étang limpide qui brille en bas sous les peupliers. Lamart., Nouv. Confid., 1851, p. 133.

SYNT. Rameau cassé, desséché, flétri; rameau de chêne, de lierre, de sapin; rameaux épais, flexibles, frêles, frémissants, nus, vivaces; longs, lourds, vastes rameaux; jeunes rameaux; les rameaux se balancent, s’étendent.

2.Locutions

a)Rameau d’olivier, rameau vert

− [P. allus. au rameau rapporté par la colombe à Noé, annonçant la fin du Déluge]Christophe Colomb I: Je suis la colombe dans sa main. Qu’il ouvre la main et je partirai et du rivage inconnu là-bas c’est moi qui lui rapporterai un rameau vert (Claudel, Chr. Colomb, 1929, 1repart., p. 1155).

− [Symb. d’espoir, de paix]Cette simple remarque, dans le silence qui l’entoure, est pour notre obstiné le rameau d’olivier. Elle lui fait aussitôt reprendre courage (Sarraute, Ère soupçon, 1956, p. 90):

2. Un jour l’Émir de Qalaat reçut une ambassade des chrétiens de Tripoli, désireux d’établir avec lui des rapports de bon voisinage. Il accueillit avec empressement ces porteurs du rameau vert, car il ne rêvait que de jouir en paix de ses richesses, de ses beaux jardins et de son harem… Barrès, Jard. Oronte, 1922, p. 13.

b)Rameau d’or

− [P. allus. au rameau d’or qu’Énée doit trouver pour pouvoir descendre aux Enfers]N’y a-t-il pas aussi un rameau d’or pour me guider et m’ouvrir les grilles? (Butor, Modif., 1957, p. 180).

− Dans le domaine des traditions, des symb.

♦ Gui, branche de gui.Si le rameau d’or, déjà brandi dans les vallées de la préhistoire, s’est distribué triomphalement dans nos forêts druidiques, il s’éparpille aujourd’hui encore dans la pluie scintillante des étrennes (Dévigne, Légend. de Fr., 1942, p. 100). »

♦ [Symb. d’immortalité ou de sagesse]La loi des lois est qu’il faut penser ce qu’on ne sait pas par ce qu’on sait. Remontant, avec ce rameau d’or, jusqu’aux pensées de nos naïfs ancêtres, je comprends que la magie fut la première physique (Alain, Propos, 1921, p. 333).

« Rameau » évoque pour moi le renouveau, et le paradoxe fragilité / vitalité. Sans compter, bien sûr, la musique de Jean-Philippe.

Quand je suis à Nice, j’apprécie les palmes, et les tressages que l’on en fait.

Cette tradition perdure, et FR3 a fait un reportage à ce sujet, que vous pouvez voir en ligne. Une démonstration de la technique est aussi proposée ici. Nice Matin titrait sur ce thème récemment.

Mais dans les Hauts-de-France (décidément, je ne m’habituerai jamais à cette dénomination), comme dans les Ardennes et en Thiérache, contrées d’origine de ma famille, c’est du buis qui est utilisé. Dans les jardins de nos grands-parents il y avait souvent cet arbuste dont personnellement je n’apprécie ni l’esthétique ni l’arôme. Je vous ai narré voici quelques temps la procession de l’Ile Saint Louis, à Paris. Là aussi, point de palmes, mais du buis.

Mon propos n’est pas de développer sur cette fête qui marque, pour certain-e-s, le début de la Semaine Sainte. Il est de vous raconter comment j’ai eu conscience de la déperdition de traditions entre les générations.

M., une jeune femme d’une trentaine d’années, m’appelle en ce dimanche matin. Nous échangeons, et l’expression « dimanche des Rameaux » est citée. « C’est quoi? ». Explications. « On fait ça par tradition ou parce qu’on y croit? ». Bref, elle ignorait totalement de quoi il s’agissait. Nouvelles explications. J’avoue que cela m’a quelque peu perturbée. D’abord, parce qu’elle est professeure des écoles, donc censée connaître l’Histoire et ouvrir aux diverses cultures. Mais aussi, parce que c’est un membre de ma famille. Et cela m’a poussée à m’interroger sur l’intrication, voire la confusion, entre culture et croyance, qui pousse à oublier, souvent volontairement, les traditions. La laïcité n’empêche pas de les transmettre, me semble-t-il? Teintées ou non de foi, selon les individus. A moins que… Bref, un beau sujet de réflexion pour les géniteurs/trices de nos jours, et pour les aïeux/aïeules de naguère, n’est-ce pas?

Un peu d’humour pour la détente… une image provenant du site d’une paroisse, à l’époque ancienne du GC (Grand Confinement)…

Balade au Parc d’Estienne d’Orves. Séquence 3 : au sommet

Après la présentation des acteurs et la montée, voici le troisième volet de cette aventure dans un parc niçois… Le petit groupe est arrivé, suant et transpirant, sur le plateau sommital, et y découvre une belle yeuseraie. Petit arrêt pour écouter l’histoire d’un jeune couple à la Roméo et Juliette… Seule différence, dans celle-ci c’est le père de la jeune fille qui les tue tous les deux. Résultat : une anastomose.

Comment? Vous ne savez pas de quoi il s’agit? Eh bien vous n’êtes pas les seul-e-s… moi non plus. Personne dans le groupe, d’ailleurs… En voici les conséquences en image.

Anastomose expliquée par la légende

Comme vous le voyez, les deux branches se sont rejointes et n’en forment plus qu’une. D’où la légende… Et, pendant que nous y sommes à enrichir le vocabulaire, sachez, si vous l’ignorez, que le même phénomène, sous terre, est désigné par le terme d’anamorphose…

Après les pins d’Alep et l’yeuseraie, une superbe oliveraie, qui a été initiée par Augustin (le vieux). 450 oliviers au total. Ce sont des cailletiers, qui produisent ces olives ovoïdales si particulières qui sont la spécialité de Nice.

Nouvel arrêt, pour cette fois découvrir que La Fontaine a bien raconté n’importe quoi en médisant des cigales, qui cymbalisent autour de nous. Des petits trous dans le sol attestent de la sortie de terre de ces insectes pour leur reproduction unique précédant leur mort.

L’entrée des artistes

Les oeufs sont placés dans des brins d’herbacées. Puis les petites larves descendent dans le sol et vont s’y développer pendant 7 ans, nous explique Antoine, avant d’en ressortir lorsque l’hygrométrie et la température (28 degrés) sont à leur goût. Elles muent alors, ce dont témoignent les nombreuses mues restées sur place, dont voici quelques exemples.

Une étrange procession de fantômes
Mue sur tronc
Mise en scène

Regardez les pattes de devant et leur forme étrange. Elles ont servi pendant des années à ramener l’urine sur la terre enlevée pour faire les galeries souterraines, et la mélanger à celle-ci afin de la transformer en une sorte de « ciment » pour les consolider.

Nous poursuivons la randonnée à travers le plateau et découvrons le chemin par lequel le comte Apraxine venait rejoindre son compère. Puis nouvel arrêt botanique, pour admirer un beau micocoulier, dont Antoine explique avec ferveur qu’il fait partie de notre culture. Prévert a d’ailleurs écrit un beau poème autour de lui, dans Arbres.

C’est son bois qui était souvent utilisé pour faire des fourches. Les enfants aimaient à en cueillir les petits fruits sombres pour s’en régaler malgré leur goût un peu amer…. Enfin, nous apprenons qu’une liqueur en était tirée, pour être distribuée à l’office du soir de Noël : le Sauve-Chrétien.

Celtis Australis ou Micocoulier

Au fait, dans le précédent article, j’ai oublié de vous signaler une autre gourmandise tirée d’un arbre : l’espèce de Nutella que l’on peut faire avec la pâte contenue dans les caroubes… Essayez!

Un peu plus loin je reçois enfin la réponse à une question posée au début de la promenade, intriguée que j’étais par de grandes tiges sans feuilles. Les feuilles, les voici. Souvenez-vous de l’architecture gréco-romaine et des hauts de colonne de certaines de nos églises…

Feuille d’acanthe… au naturel!

Mais les tiges et fleurs, elles, sont bien plus loin. Pourquoi? Les graines « explosent » littéralement et sont projetées loin de la plante d’origine, ce qui explique cette étonnante dispersion.

Vous voyez les fleurs tout au loin?

Nous poursuivons la balade sylvestre jusqu’au sommet où nous avons la désagréable surprise de découvrir… des immeubles modernes! Une partie de la propriété a en effet été revendue et a donné lieu à un gros projet immobilier. Ce qui fait se côtoyer les traces de restanques et le chemin bordé de roquette avec ces monstres colorés et un grillage affreux.

Roquette

Ici autrefois on cultivait en particulier les célèbres oeillets qui étaient stockés dans des étages de villas au plafond bas et aux petites fenêtres toujours ouvertes, avant d’être emballés dans des malles en osier et transportées vers les pays lointains (Angleterre, Russie…).

Une métairie était implantée là, dont subsiste un bâtiment qui se dégrade malheureusement.

Villa La Conque

Une fontaine permet de se rafraîchir et de remplir les gourdes, tout en profitant d’une vue superbe sur la Grande Bleue et le phare de Nice, avant d’entamer la redescente (séquence suivante!)…