Elle fait partie des « institutions » parisiennes, en termes de restauration : la Brasserie Bofinger perdure encore et encore. Et qui plus est, elle « vit » bien. J’y étais allée voici bien longtemps. J’y suis retournée cette semaine. Elle est toujours là. Elle n’a pas changé.
Et qui plus est, on y mange bien, pour un prix raisonnable.
Toute la vaisselle est estampillée!
Et aucun détail n’est oublié. Ainsi, pas de sachet plastique ou de petit pot ouvert pour la moutarde : une petite conserve de marque, individuelle.
La choucroute « signature » est excellente. Avec le petit bol de Crémant d’Alsace qui vient rehausser, au dernier moment, le goût du chou, c’est un vrai délice. Jarret, trois types de saucisse, poitrine… Tout y est, pour le plus grand plaisir des gourmand-e-s, dont je suis.
Elle était tellement copieuse que j’ai fait l’impasse sur le dessert, mais mon voisin s’est laissé tenter. Je lui ai conseillé la Forêt Noire. Il n’a pas été déçu!
Les vins proposés à la carte sont un peu chers, mais j’ai trouvé un Riesling acceptable, à partager avec un des convives… C’est le troisième de cette liste impressionnante de vins d’Alsace que vous trouverez en ligne ici.
Mais le plus impressionnant reste le cadre dans lequel on se restaure. Le Ministère de la Culture le décrit ainsi.
« Description historique
Fondée en 1864 par l’aubergiste alsacien Frédéric Bofinger, originaire de Colmar, elle sera la première brasserie parisienne à servir la bière à la pression, en 1870. Une partie du décor d’origine daterait de 1880. Après l’agrandissement de la brasserie en 1919, englobant trois boutiques avoisinantes, le décor a été refait de 1919 à 1921 par l’architecte Legay et le décorateur Mitgen, avec une coupole ovale ornée de motifs floraux. Le vitrail, au premier étage, montrant Gambrinus, Roi de la bière, est signé par les maîtres-verriers G. Neret et E. Royer ; les statues de hérons en céramique sont l’oeuvre du sculpteur Jérôme Massier. Après un nouvel agrandissement en 1930, une salle réalisée en 1931 à l’occasion de l’Exposition coloniale a été décorée de tableaux montrant des paysages alsaciens, réalisés par le peintre Jean-Jacques Waltz, dit Hansi, également auteur de l’enseigne de l’établissement. Les urinoirs, dont les montants sont ornés de têtes de dauphins, sont également à signaler. La devanture de l’établissement a été refaite en 1982, en chêne, à l’identique de celle de 1919. »(Base Mérimée)
Voici des photographies que j’ai faites, en relation avec le texte ci-dessus.
La coupole
2. Gambrinius, roi de la Bière
3. Autres éléments du décor
Mobilier et objets sont tout autant porteurs d’Histoire.
J’ai cherché à en savoir davantage sur cette marque et cette date…
« Peu de gens connaissent le prénom de ce créateur de génie, Ernest Mauviel, mais les produits hérités de son atelier artisanal fondé en 1830 sont devenus célèbres dans le monde entier. Quant à ses héritiers, tous ont le feu sacré. D’Ernest hier à Valérie aujourd’hui, déjà 7 générations que l’entreprise phare de la Baie du Mont St Michel magnifie les cuisines des professionnels et des particuliers, en France comme à l’étranger. Son savoir-faire d’exception est l’atout maître de son succès et sa capacité d’adaptation en est la clé de voûte. Depuis presque deux siècles, Mauviel 1830 s’adapte aux évolutions du marché. » (source)
Enfin, la vue du 1er étage où nous avons déjeuné ouvre en perspective sur la coupole de l’église Saint Pierre Saint Paul.
Invitée hier soir à un concert d’une de mes idoles, Gautier Capuçon (j’apprécie aussi son frère, mais comme je préfère le violoncelle au violon…), j’ai couru jusqu’à l’extrême nord-est parisien pour assister au concert auquel il participait, dans une salle que j’aime beaucoup, la Salle Pierre Boulez.
Si vous êtes un peu expert en musique, vous aurez compris, en voyant le programme, qu’il ne prenait part qu’à la première partie de celui-ci, car la Symphonie du Nouveau Monde ne permet pas de mettre en valeur un virtuose du violoncelle. Par contre, il nous a gâté-e-s en ajoutant un morceau extrait de son dernier album, Gaïa (en hommage à la Terre), Toward the Forest que Bryce Dessner a composé pour lui. Rappelons donc, pour celles et ceux d’entre vous qui ne suivent pas sa carrière, qu’il s’agit d’un projet, présenté en ces termes sur le site de l’éditeur, Warner Classic (où vous pourrez le trouver, soit dit en passant).
« … un album inspiré réunissant dix-sept créations mondiales signées par seize compositeurs contemporains. Ce projet explore la relation entre l’humanité et la nature sous un prisme multiple, puisant dans différents genres musicaux, esthétiques et influences culturelles, ainsi que dans les contrastes saisissants du monde naturel.
« Chaque morceau donne sa propre voix au violoncelle, nous plongeant dans la puissance et la profondeur de la nature et de la Terre, source de toute vie », explique Gautier. « Dans chaque pièce, c’est la Terre qui s’exprime en musique : parfois fragile, parfois majestueuse, toujours essentielle. … Cet album est aussi un chant d’alerte, un hymne à cette beauté menacée, une prière pour les générations futures. »
Mais revenons au début du concert. Comme je n’avais pas vu le programme en amont, il m’a beaucoup surprise. Imaginez: vous attendez un orchestre symphonique et un soliste, et vous vous retrouvez devant… 4 musiciens! Et qui plus est quatre trompettes! Je n’avais jamais vu cela. Et c’est apparemment normal, car en faisant mes recherches j’ai appris que ce serait le plus petit ensemble requis pour une « fanfare ». Plus le chef d’orchestre, bien sûr. Un morceau envoûtant, étonnant, que je n’avais jamais ouï. C’est le 5ème d’une série de 6, composée par Joan Tower (pianiste et compositrice américaine, aujourd’hui âgée de 87 ans), dédicacé à Joan Harris, née, elle, en 1920.
Une petite parenthèse pour vous expliquer cette dédicace. Toute sa vie, elle a lutté contre les inégalités et la pauvreté, et soutenu les arts. Son (second) époux fortuné l’y a aidée en finançant beaucoup de ses actions, dont la création d’un théâtre à leur nom.
« Joan and Irving Harris review plans for a concert hall in Aspen in 1993.
Harris forged ahead, helping to raise funds and secure a location at Millennium Park in Chicago’s Loop, the city’s bustling central business district. When it opened in November 2003, the Harris Theater became the first multiuse cultural venue built in downtown Chicago since 1929. It has gone far in creating the kind of supportive and lively arts community Harris and other believers long envisioned. »
C’est à l’occasion de ce concert à Aspen qu’a été créée cette « Fanfare for the Uncommon Woman n°5 » que j’ai beaucoup appréciée. En quelque sorte, un hommage à deux femmes, de deux générations différentes : une philanthrope active et une musicienne, compositrice.
S’est ensuivi une pièce assez longue, prenante, un peu « déprimante », mais si intense et magnifiquement jouée par Gautier Capuçon! Voici comment elle est expliquée sur Wikipédia.
« Le soliste ouvre le Largo par une phrase grave et méditative, puis dialogue avec l’orchestre, d’une manière de plus en plus énergique et tendue, surtout dans la deuxième partie du mouvement, marquée par les sonorités du xylophone et une opposition entre les pizzicatos et les accords du violoncelle et la percussion. La fin du mouvement revient à l’intériorité et la retenue du début. Les deux mouvements suivants s’enchaînent et sont indiqués l’un et l’autre Allegretto. Le début s’apparente à une danse tzigane, d’abord assez légère, puis prenant l’allure d’une toccata, avec roulements de tambour et sonneries de cor. La partie suivante est contrastée entre des phrases lyriques, d’autres rythmées, parfois des explosions de violence et une formule cadentielle très classique. L’œuvre s’achève par une longue note grave du violoncelle sur fond de martèlement léger au xylophone. »
Vous pourrez en voir et écouter quelques extraits sur You Tube, qui suffiront à vous faire comprendre l’admiration sans borne pour la virtuosité de Gautier Capuçon, qui n’est pas que « technique ». On parle de l’âme d’un instrument, mais ici c’est la rencontre de trois âmes, celles du compositeur, de l’interprète et de son violoncelle… Pour information, si vous l’ignorez, l’oeuvre a été écrite alors que Chostakowitch était soigné dans un sanatorium, en 1966. Une belle présentation en est faite sur le site de l’orchestre de Monte-Carlo, par une auteure qui termine ainsi :
« Par sa complexité et ses multiples arrière-plans, ce deuxième concerto pour violoncelle de Chostakovitch peut être considéré comme le bilan d’une vie. Par leur côté hagard, leur violence percussive, leur lyrisme douloureux et leur introversion absolue, les concertos pour violoncelle de Chostakovitch constituent des documents historiques en même temps que des confessions humanistes au plein sens du terme sur ce que fut la dictature stalinienne. »
Comme je vous le disais précédemment, la première partie s’est achevée sur un des morceaux de l’album Gaïa (publié en novembre 2025), inspiré des tableaux de paysages et de nature de Münch.
Un petit entracte a permis au public de se remettre de ses émotions, mais c’était pour en retrouver d’autres avec la Symphonie du Nouveau Monde, magistralement interprétée par l’Orchestre Symphonique de Paris. Emphase? Non. Pour l’avoir moultes fois entendue, je peux affirmer que c’est la plus riche et puissante interprétation à mon sens. Un orchestre totalement mobilisé sous la conduite de son chef « dansant », Andrès Orozco-Estrada, un Colombien qui est devenu récemment directeur musical de l’Orchestre Symphonique de la Radio Suédoise, et de la première violon solo, Sarah Nemtanu, qui vient d’être nommée, le 1er janvier 2026. Le site de cet orchestre est remarquablement bien conçu, et vous pourrez y trouver la présentation de chaque membre, organisée par familles d’instruments.
Le public est ainsi passé par toutes sortes d’émotions, jusqu’à l’envol puissant de la finale symphonique… porté par un orchestre uni et fort, sous la baguette d’un elfe et accompagné par un génie. Bref, une soirée magique…
Soirée aux Bernardins, pour un spectacle dont je me demandais ce qu’il allait me réserver. Inclus dans l’année « Mozart », dont je vous ai déjà présenté un spectacle magnifique, il m’intriguait à la fois par son titre et par l’acteur annoncé, Chevallier (vous savez, l’un des humoristes du duo, avec Laspallès).
Me voici donc en route vers le Collège des Bernardins, si blanc et lumineux en cette soirée de janvier…
J’ai déjà assisté à des spectacles au rez-de-chaussée et en sous-sol, mais jamais je n’étais « montée » au deuxième étage. J’y ai découvert avec étonnement une superbe salle de concert. Sur la scène, un piano et quatre sièges…
L’un des sièges servira d’escabeau! En effet, le personnage incarné par Chevallier bouge énormément dans l’espace. Il commence au milieu des spectateurs, va sur la scène du piano à un muret sur lequel il s’asseoit, redescend inviter des spectatrices à danser, remonte sur scène pour interagir avec les musiciennes, etc.
Loin de moi l’idée de vous révéler l’intrigue, je préfère vous laisser le plaisir de la découvrir, car ce spectacle va se rejouer, aussi bien en tournée dans tout le pays qu’à Paris à partir de février. Si vous avez l’occasion, je vous invite sérieusement et chaleureusement à aller le voir. Car en apparence « léger », comme certains airs mozartiens, le texte est fondamentalement profond, et invite à penser, méditer, rentrer en soi-même. Comme certains des morceaux interprétés avec brio par le trio Bagatelle.
Un vrai moment d’émotions partagées, de méditation collective, et de plaisirs, voire de rires. C’est rare! Merci donc à celles et ceux qui ont eu l’excellente idée de monter ce spectacle!
Une dernière photo que j’ai envie de partager avec vous… Une mise en abîme…
Si vous voulez en savoir plus, une vidéo sur You Tube présente le spectacle au travers d’interviews de l’acteur et du pianiste. Il y est aussi question de l’écrivain philosophe Fabrice Hadjadj.
Si vous avez suivi mes pérégrinations de ce samedi soir, vous avez sans doute remarqué qu’il a beaucoup été question de découvertes, de boissons et de rencontres… Mais où avons-nous pu nous sustenter? Mystère! Eh bien, je vous apporte (enfin!) la réponse : nous sommes retournés aux Pipos, qui avaient été une de mes bases naguère. J’avais découvert ce restaurant situé face à l’ancienne Ecole Polytechnique par hasard. Mais surtout, j’avais fait la connaissance de son patron lors d’un stage de rattrapage de points sur le permis de conduire… ça crée des liens! Et j’y allais donc assez souvent, car j’aimais à la fois le cadre, l’ambiance, la nourriture et l’accueil. Le patron l’a quitté, et j’y étais retournée une fois. Mais avais été très déçue et n’y suis pas retournée.
Pourquoi y aller ce soir-là, sinon pour remonter le moral à un vieil ami dont je sais qu’il adore les os à moelle, bien qu’il ne soit pas du genre canidé. Et nous y avons passé un excellent moment, autour d’un bon repas.
Le style est toujours aussi « vieille France ».
Néanmoins je remarque de nouveaux éléments de décor : les tableaux au plafond.
Le style est inattendu en ces lieux, mais pourquoi pas? Quant à la disposition, encore plus inattendue, n’est-ce pas?
On nous prévient tout de suite qu’une chanteuse sera présente durant la soirée. Effectivement, elle va aller et venir dans le restaurant durant tout le repas. Je n’aime pas son répertoire, mais j’admire sa voix et surtout son courage de continuer à chanter avec passion alors que les convives autour des tables sont plus attentifs à leurs hôtes et à leur repas qu’à la musique, visiblement.
Le repas? Parlons-en. Toujours aussi bon. Il paraît que l’os à moëlle, très copieux, est un régal. Pour ma part, ce fut du boeuf en croûte. Je n’ai pensé à le photographier qu’après en avoir dégusté plus de la moitié…
Et la tarte Tatin, agrémentée de crème fraîche, est toujours aussi délicieuse… Pour accompagner tout cela, un « petit » vin. C’est, comme souvent, le problème dans ce genre de restaurant : les prix des vins grimpent vite! Le choix s’est donc porté, après conseil de la fort agréable et très compétente serveuse, sur un Côte du Roussillon au nom tout à fait séduisant.
L’ambiance est aux échanges avec les tables voisines… D’un côté, deux amies trentenaires venues dîner avant le théâtre. De l’autre, d’abord un jeune couple très « bourgeois cathos timides », puis un quatuor de jeunes médecins, dont 3 venus de Montpellier pour la manifestation qui avait lieu ce jour. De joyeux drilles! Dont une (quel est le féminin de « drille »? de « médecin »? Ah la pauvreté de notre langue dans ce domaine!).
Lorsque nous nous décidâmes enfin à quitter ce lieu si chaleureux, nous eûmes la surprise de voir le barman (serveur? patron?) saisir le micro de la chanteuse et entamer une chanson, davantage dans les répertoires que j’apprécie.
Vous pouvez maintenant reconstituer la soirée… Dans l’ordre, Mexicain, puis repas franchouillard, ensuite Café Litteratum, et pour finir les USA avec le Long Hop… un vrai voyage!
Si vous suivez ce feuilleton, vous savez qu’hier nous avions rencontré, au Café Litteratum, deux inconnu-e-s. A la fermeture du café, à minuit, iels nous ont entraîné pour un dernier verre dans un autre débit de boissons du coin. Le Long Hope. Je passe aussi devant très souvent. Et je n’y avais jamais pénétré!
Une tout autre ambiance.
D’abord, la taille. Il est immense. Et encore, je ne l’ai pas totalement exploré, et me suis promis d’y retourner pour ce faire.
Ensuite, la musique. Tendance années 20. Pas 1920, non!
Et puis, le service. Non pas un seul serveur, comme au Luccha Libre, ni un couple, comme au Café Litteratum, mais une équipe nombreuse de jeunes serveuses et jeunes serveurs.
Enfin, la clientèle. Nous faisions figure de dinosaures. Même pas de quarantenaires!
Souvent j’avais remarqué un agglutinement de jeunes gens devant sa devanture. J’ai compris pourquoi : il programme beaucoup de matches, et pas seulement de football. Rien que pour samedi prochain, j’en ai compté 6, apparemment de football et de rugby. Et, comme c’est un pub anglais, il propose des bières variées, dont certaines à prix très modique…
En préparant cet article, avec notamment le site du lieu, j’ai découvert aussi qu’il abritait baby-foot et billard. A revisiter donc, pour mieux en appréhender les avantages (ou non). On peut aussi y manger des soupes et des burgers, visiblement à des prix raisonnables. Mais seulement jusqu’à 22h30, alors qu’il reste ouvert jusqu’à 2 heures du matin, heure à laquelle nous l’avons quitté, à l’issue de cette soirée mémorable…
Un dernier petit détail : il est ouvert 7 jours sur 7. Donc une valeur sûre pour celles et ceux qui ne programment pas sérieusement leurs pauses conviviales… Attention cependant : il semblerait que le billard soit potentiellement inutilisable les jours de concert ou de grand match.
Un dernier mot, pour les non-spécialistes de sports collectifs comme moi : que signifie son nom?
« A delivery that is bowled short, slow and lacking lift. This gives the batsman ample time to assess the ball’s trajectory and play an attacking shot, so it is typically an inadvertent delivery. This is contrasted with a bouncer, in which the ball is played short with a sharp lift and is much more difficult for the batsman to play.«
Cela dit, à part que c’est un coup remarquable au cricket, je n’ai toujours pas compris ce que c’était car je ne connais pas le jeu! Et rassurez-vous, point n’est besoin de le connaître pour y passer un bon moment, si la compagnie est agréable.
Je passe très souvent, dans la rue des Ecoles, devant un café dont la devanture m’a toujours interpellée, mais où je n’ai jamais osé entrer. Pourquoi? Difficile à dire… Sans doute, entre autres, à cause de son nom : Café Litteratum. Peut-être aussi parce qu’il est minuscule, et qu’on ne peut donc y entrer et rester sans communiquer avec les personnes qui y sont. Enfin, la couleur blanche omniprésente me questionnait un peu. Bref, je n’y avais jamais pénétré avant cette fameuse soirée de samedi, où l’ami avec qui j’étais m’y a emmenée. Car lui le connaît bien. Et le fréquente depuis longtemps. Alors qu’il ne m’en a jamais parlé! J’avoue que j’ai été interloquée…
Et ravie, par la suite, de cette magnifique découverte.
Un endroit intime, chaleureux, et un accueil remarquable de « Gloria » (en réalité, son nom de famille : son prénom est Maria-Amélia) et de son époux, « Carlos » (de son vrai nom José, Carlos Janela Antunes) : Portugais, comme vous l’avez deviné.
José Carlos est historien. Un érudit comme on n’en voit pas assez. En recherchant sur le net, j’ai trouvé quelques-unes de ses publications, dont une sur la Révolution des Oeillets : https://www.persee.fr/doc/mat_0769-3206_2005_num_80_1_1062. Il a été directeur de la Section de Portugais au Lycée International de Saint-Germain-en-Laye. Une culture qui n’a d’équivalent que sa simplicité et sa modestie… On peut y boire (notamment un incroyable choix de Chartreuse), y manger, et surtout discuter, échanger, communiquer. S’y « restaurer » dans tous les sens du terme.
Alors, si vous passez par là, ne faites pas comme moi. Arrêtez-vous, entrez. Et surtout prenez le temps d’y rester et de faire la connaissance des hôtes de ces lieux. C’est ouvert tous les jours de la semaine, du matin à minuit…
Et peut-être nous y rencontrerons-nous un jour? Comme j’y ai rencontré les personnes qui ont été à l’origine de la troisième découverte de cette folle équipée nocturne… Mais c’est une autre histoire…
J’aime les sorties improvisées, certes. Mais il est rare de découvrir trois lieux, dans la proximité de sa résidence, en une seule soirée! C’est pourtant ce qui m’est arrivé hier soir, en une équipée de quatre étapes…
Etape 1 : un cocktail au Mexique
Il est encore un peu tôt pour dîner lorsque la personne avec qui j’ai rendez-vous arrive. A peine 20 heures! Je propose d’aller explorer un lieu qui m’intrigue depuis longtemps. Nous descendons donc les quelques marches proches du Couvent des Bernardins, pour pousser la porte de La Lucha Libre. L’intérieur est étonnant, surtout à cet endroit de la capitale…
Ne comprenant pas le sens de ce nom, j’ai eu quelques indices dans la décoration. Les voyez-vous?
Je voyais un rapport avec la boxe, mais pourquoi « luccha libre »? L’explication m’est venue, comme toujours, par le net.
« D’origine mexicaine, la lucha libre, que l’on pourrait traduire par « lutte libre » en français, existe depuis le début des années 30. Mais elle n’a été populaire qu’à partir de 1934, avec l’arrivée du lutteur-vedette El Santo.
Très populaire en Amérique latine, au Japon et aux États-Unis, la lucha libre est le deuxième sport le plus populaire après le soccer au Mexique. Les règles sont presque les mêmes que pour la lutte professionnelle américaine. Toutefois, ce n’est pas le poids qui fait la force des luchadores (lutteurs), mais leur rapidité et la qualité de leurs techniques de lutte. Ils sont d’ailleurs réputés pour leurs mouvements spectaculaires et aériens. »
Univers mexicain, donc, et, bien sûr, comme boisson possible, du mescal! Pas pour moi, qui ai préféré un cocktail citron-gingembre etc. A cette heure, peu de monde. Le bar va se remplir peu à peu, plutôt d’une clientèle jeune.
Musique appropriée, images générées par IA pour une danseuse qui reproduit des milliers de fois le même déhanchement, et boissons intéressantes… De quoi passer un bon moment!
Par la suite, j’ai appris que la porte que vous voyez sur les photos, au fond, cache… un ring! Voici ce qu’en dit le site du bar.
« Unique en Europe, ce bar déjanté cache un vrai ring de catch dans son sous-sol ! Oui, oui, tu as bien lu : un ring où se déroulent régulièrement des combats de catch mexicain aussi impressionnants qu’amusants. Ambiance garantie !
La salle du ring, spacieuse et capable d’accueillir jusqu’à 80 personnes, est LE spot parfait pour les soirées d’entreprise, anniversaires qui sortent des sentiers battus, pots de départ mémorables ou afterworks survitaminés ! »
Alors, si le coeur vous en dit, rendez-vous pour un show de match pro le 18 janvier…
Nous en étions resté-e-s, dans le précédent article, au début des années 30… et vous vous doutez que cela va se gâter, pour tout le monde, et encore plus pour la galeriste issue d’une famille juive alsacienne…
Mais revenons en 1933, date à laquelle elle publie une autobiographie, ou plutôt une histoire de sa galerie. Enfin, un peu des deux…
Des artistes qu’elle a aidés y trouvent l’occasion de lui exprimer leur reconnaissance :
J’ai eu la chance de trouver sur un site une liste des artistes qu’elle a soutenus, avant qu’ils ne soient célèbres, voire même reconnus. Merci à son auteur, à qui je dois aussi le plan que je m’apprêtais à faire… Son blog, soit dit en passant, a été récompensé en tant que meilleur blog d’un étranger en France…
L’année suivant la parution de l’ouvrage, la galerie déménage à nouveau. Mais, cette fois, elle quitte les 18ème et 9ème pour le centre de Paris : la rue Saint Dominique. C’est sa quatrième adresse. Ce sera la dernière, car elle va devoir fermer en 1940.
Jusqu’au bout elle aura trouvé, encouragé, aidé, des artistes. Dont de nombreuses femmes. La liste en est impressionnante! Parmi elles, son amie, dont j’ai déjà évoqué le nom dans le premier article de cette série : Emilie Charmy, née Emilie Espérance Barret, dans une famille bourgeoise d’origine alsacienne, elle aussi. C’est au Salon des Indépendants qu’elle sera remarquée par Berthe, qui l’introduira dans une exposition collective en 1906. Voici son auto-portrait cette même année.
Piana Corsica, Emilie Charmy, 1906
Avec sa galerie, Berthe perd son logement. Mais elle a des ami-e-s. C’est sans doute ce qui l’a sauvée pendant la guerre (je ne suis pas parvenue à savoir ce qu’elle avait fait durant cette période). C’est, quoi qu’il en soit, ce qui va lui permettre de survivre à la misère. En 1946, une vente est organisée à son profit. 46 artistes qu’elle a soutenus vendent 80 oeuvres. Car ce n’est pas la Légion d’Honneur reçue en 1948 qui la nourrit! Elle vit alors dans une maison de retraite, à l’Isle Adam. Mais c’est à son domicile, rue Saint Dominique, qu’elle décède en avril 1951. Une triste fin de vie, mais éclairée par l’amitié, la reconnaissance et la solidarité…
Je n’ai pas lu cet ouvrage qui vient de paraître, mais il me semble intéressant. Vous pouvez aussi en savoir davantage en regardant les vidéos sur le site du Musée de l’Orangerie. Bonne découverte, à votre tour!
« Le 3 décembre 1917, Modigliani inaugure sa première (et dernière) exposition solo grâce à l’audacieuse Berthe Weill, qui a décidé de présenter 32 de ses œuvres dans sa galerie parisienne. Mais la police interrompt brutalement le vernissage et ordonne la fermeture de l’événement. Ses nus aux couleurs chaudes, dont certains affichent une toison pubienne, seraient coupables d’outrage à la pudeur ! L’exposition rouvre sans les toiles incriminées et l’artiste ne fait pas une seule vente. Un comble quand on sait que l’un des tableaux censurés, Nu couché, sera adjugé 170,4 millions de dollars chez Christie’s en 2015, rejoignant les records de l’histoire des enchères… »
Voici le tableau saisi pour « outrage aux moeurs »!
Amedeo Modigliani, 1916, Reclining Nude (Nu couché), oil on canvas, 65.5 x 87 cm, Foundation E.G. Bührle
Vous avez peut-être remarqué l’adresse sur l’affiche. Ce n’est plus le 25, rue Victor Massé, mais le 50, rue Taitbout. En effet, jusqu’alors, elle ne disposait que de six mètres de cimaise pour accrocher les oeuvres. Vu le succès grandissant de sa galerie, il lui fallait plus d’espace. Elle déménagea donc alors pour cette adresse.
Et voici, à cette époque, un portrait de l’artiste qui finira sa courte vie trois ans plus tard, en 1920.
1920, c’est aussi l’année de la migration de la galerie vers le 46, rue Lafitte. Pas très loin, et toujours dans le 9ème arrondissement. Pas un hasard, ce choix. Elle connaissait bien les lieux qui, quelques années plus tôt, abritaient la galerie de Clovis Sagot.
Les deux galeristes avaient des points communs, dont la découverte de « jeunes » artistes. Mais, d’après mes lectures, l’une était visiblement moins « commerçante » que l’autre.
« Picasso avait quitté la galerie de Berthe Weill en 1903 pour – selon les termes de cette dernière – trouver Sagot. En 1909, il s’en éloigne à son tour, afin de travailler avec ces autres marchands, plus reconnus et aux stratégies commerciales plus sûres. Lors de l’importante exposition «Manet and the Post-Impressionists» aux Grafton Galleries de Londres en novembre 1910 – janvier 1911, c’est néanmoins Sagot qui y envoie le plus grand nombre d’oeuvres de Picasso. » (source)
En 1909, Picasso aurait fait le portrait du marchand d’art à partir de la photo suivante.
Bref, trêve de divagations, Berthe Weill s’installe au 46 rue Laffitte, voie parisienne particulièrement marquée par les beaux-arts, mais aussi la littérature (Proust…), le théâtre (Sarah Bernard), bref, la société culturelle mais aussi politique d’alors. Pas de photo actuelle de l’immeuble, car le 46 est devenu… « Le 46 », un restaurant! Mais une photo un peu plus ancienne (source).
Je ne résiste pas à l’envie de partager avec vous cette étude, où l’auteur avoue ne pas savoir où se situait la galerie de Berthe (passage en gras). La liste est impressionnante!
« N°2 : Antoine BAER, qui vend ses tableaux au rez-de-chaussée de la maison de Sir Richard Wallace.
-N°3 : Galerie BRAME, spécialiste de Corot et plus tard de Degas aussi. Hector Brame s’était d’abord associé avec Durand-Ruel.
-N°5 : Galerie MOUREAUX, dont nous ne connaissons pas l’orientation artistique faute d’archives.
-N°6 : Ambroise VOLLARD s’était d’abord installé ici, avant d’ouvrir une galerie plus grande au N°39/41.
-N°8 : Alexandre BERNHEIM dit Bernheim-Jeune, de 1863 à 1906 ; il fut un des grands défenseurs des impressionnistes Monet et Renoir. Une des plus importantes expositions Van Gogh a eu lieu dans ses murs. Bernheim vend aussi Seurat, Bonnard et Matisse.
-N°10 : Adolphe BEUGNIET qui présente depuis 1848 des tableaux et aquarelles d’artistes importants comme Delacroix et plus tard – dans les années 1880 – Degas.
-N°12 : Alexis FEBURE, le premier marchand de tableaux de Manet.
-N°15 – dans les bâtiments sur rue de l’hôtel S.Rothschild : Galerie WEYLE qui malgré l’emplacement prestigieux est restée dans l’ombre de ses voisins.
-N°16 : DURAND-RUEL, sans doute avec Bernheim le marchand le plus important, mais qui reste à cette adresse où il s’était installé en 1870 jusqu’en 1920. Durand-Ruel a organisé la plupart des grandes expositions des impressionnistes, avec notamment Monet, Renoir, Pissarro, Sisley, et avait une renommée mondiale. Après 1920 il n’y avait que le siège new-yorkais qui a survécu jusqu’en 1950.
-N°20 : Simon CAHEN, spécialistes de tableaux « modernes » des années 1880.
-N°22 : Alphonse LEGRAND qui a – sans beaucoup de succès – essayé de vendre des tableaux de Caillebotte.
-N°27 : Alexis-Eugène DETRIMONT qui vend aussi des cadres, comme beaucoup de ses collègues. Detrimont siégeait d’abord au N°33 où il s’était fait une réputation comme marchand de tableaux de paysage, en particulier de Daubigny. Il présentait aussi Courbet. En 1886 il s’installe à la place de la galerie Louis LATOUCHE qui avait vendu des Monet et des Pissarro.
-N°28 : Galerie Gustave TEMPELAERE, une galerie mineure.
-N°38 : Galerie BOURDEL, galerie du second plan.
-N°39/41 : La galerie de VOLLARD où Cézanne était à l’honneur. Ambroise Vollard a sans aucun doute créé la célébrité de cet artiste, comme il l’a fait pour d’autres comme Picasso qui a peint un portrait cubiste du marchand qui était aussi écrivain à ses heures.
-N°43 : Galerie CARMENTRON qui a présenté des œuvres de Whistler. A la même adresse il y a eu aussi la galerie DIOT (vente d’aquarelles).
-N°46 : Clovis SAGOT, au début du XXe siècle un des principaux marchands (et grand ami) de Picasso, mais aussi de Gris, Léger, Lhote, Laurencin, Gleizes, Metzinger,…
-N°47 : Galerie GUERIN, comme son collègue Cahen (N°20) spécialiste de tableaux « modernes »
-N°52 : Pierre Firmin Ferdinand MARTIN dit le père Martin, le marchand des peintres de Barbizon et ensuite de plusieurs impressionnistes autour de 1874. Pissarro a été inscrit un temps à son adresse. Un des rares marchands de tableaux (avec Vollard, un peu plus tard) à avoir une nette position politique à gauche, voire anarchisante. Pour l’instant nous ne connaissons pas l’adresse exacte de quelques autres galeries importantes qui avaient leur siège dans la rue Laffitte à un moment ou un autre. Par exemple Berthe WEILL qui y était de 1919 à 1926 et présentait Picasso, Picabia, Dufy, mais aussi Rouault et Van Dongen … Ou la galerie TENDANCES NOUVELLES, dont Kandinsky était l’artiste le plus célèbre. Maurice GOBIN vendait jusqu’au début des années 1950 des estampes d’artistes modernes, dont Derain. Louise Abbéma a été le cœur artistique de cette rue, puisqu’elle y vivait. Les autres artistes, peintres surtout, ne faisaient qu’y passer pour aller chez leurs marchands de tableaux. Mais déjà cela a fait que la rue Laffitte ait sa place dans l’histoire de l’art français.
En 1920, Berthe Weill imagine de regrouper en une exposition un « Groupe éclectique : Fauves, cubistes et post-cubistes ». Trois générations d’artistes, dont beaucoup avaient débuté dans sa galerie. Parmi eux, Alexander Archipenko.
Parmi les artistes que soutient Berthe Weill, Alice Halicka, à qui elle consacre une présentation personnelle en 1922.
Le trentenaire de la galerie est visiblement l’occasion de joyeuses festivités…
Vous devinez que la galerie va connaître d’autres aventures… que j’évoquerai dans un troisième (et, promis, dernier) article…
Je dois bien l’avouer : je n’avais jamais entendu parler de cette artiste, et l’idée d’aller voir cette exposition ne m’est pas venue spontanément. D’autant que l’affiche n’était guère attrayante! Jugez-en vous-même!
Un nouvel aveu s’impose : j’ai été subjuguée par la force et la beauté de son oeuvre. Et le personnage m’a vraiment intriguée… Dès l’affiche, à vrai dire : que signifiait « Galeriste d’avant-garde »? Et pourquoi ce parti-pris d’un fond rose très « fifille ». Connotation totalement antinomique avec le portrait (dont j’ai appris par la suite qu’il est dû à son amie Emilie Charmy, qui ne l’a pas flattée!) très sombre, que seul éclaire un visage emprunt de finesse, avec un regard pétillant derrière les bésicles et un sourire en coin dont on ne sait s’il faut l’interpréter comme charmeur ou moqueur… La voici en photo, avec la famille Lévy, aux alentours de 1900 (au centre en bas).
Une volonté affirmée de s’installer comme galeriste, à une époque où les hommes dominaient dans ce métier. Elle avait d’abord ouvert une boutique en lien avec sa formation auprès d’un marchand d’estampes, Salvator Mayer, chez qui elle était entrée en apprentissage lors de son arrivée à Paris, depuis son Alsace natale. Mais très vite elle décida de devenir galeriste, avec un objectif précis : sortir des sentiers battus, et notamment de la tradition académique, et faire découvrir des peintres « d’avant-garde ». Nous sommes en 1901, elle a à peine 36 ans. Voici ce qu’elle en dit dans son autobiographie écrite en 1933.
L’adresse – 25, rue Victor Massé, dans le 9ème, a déjà une histoire, dans les Beaux-Arts : ce fut celle d’un certain Théo, qui y a abrité de 1886 à 1888 son frère Vincent… Ci-dessous, la « Vue depuis la fenêtre » qu’a peinte ce dernier à cette époque.
Petite parenthèse : si cette période vous intéresse, je vous conseille un article en ligne sur le site Paris la Douce, auquel j’ai emprunté cette reproduction. Mais revenons à Berthe, au talent d’inventeure, dans le sens profond du terme : celle qui découvre. Et pas n’importe qui : parmi les premiers artistes exposés, un jeune inconnu, Picasso!
Je n’ai pas choisi le Moulin de la Galette, plus connu, mais une autre toile de l’artiste, que je n’avais jamais vue, et qui a suscité en moi des émotions similaires à celles que je ressens devant certains tableaux de Chagall…
Elle a aussi été fait largement la promotion de Toulouse-Lautrec.
Ses réseaux lui permettent d’aller plus avant, de découvrir, encore et encore. Pourtant, elle ne ménage pas ceux à qui elle a affaire!
La liste de ces artistes plus ou moins (in)connus qu’elle a accueillis, encouragés, et dont elle a assuré la promotion commerciale est telle que je renonce à vous la transmettre. Vous la lirez aisément sur les nombreux articles et dans les livres qui lui sont consacrés. Le terme « artistes » a été choisi, car on trouve parmi les productions exposées des objets. J’en ai sélectionné pour vous deux qui ont attiré mon attention sur Paco Durrio.
Vous ne le connaissiez pas non plus? En cherchant à en savoir davantage sur ce sculpteur, je l’ai trouvé représenté par… Gauguin, guitare à la main.
Elle ne s’intéresse pas qu’aux Beaux-Arts… L’électricité éclaire sa galerie dès 1908, avant les grands travaux qui succédèrent à la crue de 1910. Elle fut la première de sa rue à passer du gaz à l’électricité… Autre signe de modernisme, qui, allié au rejet des contraintes et des normes, en font une personne étonnante et si « séduisante »…