Une belle course

Envie de me distraire… Pourquoi pas un petit ciné en cette fin de semaine ? Un de ces films dont on a un peu honte de les avoir vus, vous voyez le genre? Un Dany Boon / Line Renaud, par exemple… Pas intello pour deux sous, qualité esthétique non avérée, scénario simplissime, etc. Mais j’avais besoin de rire un peu, de choses simplissimes, justement.

Erreur grave! J’aurais mieux fait de regarder avant quelques critiques. Car tout y est de ce que je viens de dire… sauf le rire… Enfin, pas jaune…

Mélodramatique à souhait, scénario convenu comme ce n’est pas imaginable, avec la fin attendue… Et même des invraisemblances dans les parcours au sein des voies parisiennes, qu’elles soient ou non sur berges… Tournage d’ailleurs fait sans mettre une roue de la voiture dans lesdites voies…

« Un dispositif totalement immersif. « Nous avons installé des écrans 4K avec une définition de dingue en forme de “L” autour du taxi en studio, sur lesquels nous avons diffusé pendant le tournage tout le trajet qu’emprunte le taxi. Trajet que nous avions filmé avant sous tous les angles et tous les axes grâce à un camion plateforme avec de multiples caméras… Cela concerne même le ciel car nous avions un autre écran, celui-là face au véhicule, qui nous ramenait de la lumière sur le pare-brise et ramenait de la vie à l’intérieur de l’habitacle…« , explique le réalisateur. » (source)

Et qui plus est, une déprime assurée à la sortie, si on est un peu fragilisé par des deuils récents ou des maladies rampantes!

Vous l’aurez compris, je ne vous encourage pas vraiment à aller voir ce film, qui recèle tout ce que l’on peut craindre ou fuir… Sauf les beaux yeux bleus de l’actrice… Le comble de la coquetterie : elle a deux ans de plus (94 vs 92) que le personnage qu’elle incarne!

Héroïnes romantiques

Quand Girodet « illustre » Chateaubriand : Atala (1808)…

Je vous ai parlé hier du jardin du Musée de la Vie Romantique, mais ne vous ai point entraîné-e-s au sein de celui-ci. Une exposition y a lieu jusqu’à la fin de ce mois, intitulée « Héroïnes romantiques ».

… et quand Léopold Burthe revisite Shakespeare en dénudant Ophélie (1852)… au fait, suicide ou meurtre?

Je m’étais demandé, en voyant l’affiche, ce que recouvrait le terme « héroïne ». Et j’avais raison. Les différentes acceptions du mot sont effectivement exploitées, et c’est cela qui m’a quelque peu dérangée. Je ne m’en rends compte qu’en écrivant ces lignes. J’éprouvais un certain malaise en parcourant les quelques salles (le musée est petit…), malaise intellectuel que je ne m’expliquais pas. Je vais essayer de me faire comprendre.

Une autre vision de Cléopâtre !

Comment peut-on « mettre dans le même sac » (celles et ceux qui ont eu à subir les « maths modernes » avec « étiquettes » saisiront l’allusion, les autres peuvent deviner) une parricide, une jeune fille amoureuse d’un homme d’église, une guerrière et une poétesse? Comment peut-on placer sur le même plan des personnages de fiction, héroïnes de la littérature ou personnages mythologiques, et des êtres humains aussi divers que des reines au triste destin, des militantes, des meurtrières, et des artistes, dont certaines ayant incarné des personnages des autres catégories?

On commence par Sapho et Marie Stuart (si, si, dans la même pièce)…

Les revendications féministes ne sont pas loin non plus, sans que ne soit analysé le lien – ou questionnée l’absence de liens – avec le romantisme. Pas plus que celui-ci n’est explicité pour des visiteurs/euses qui souhaiteraient mieux en saisir toutes les facettes.

… pour finir par les danseuses, chanteuses et comédiennes…

Et je ne suis pas bien certaine que Madame de Staël aurait apprécié d’être en certaines compagnies ici présentes…

Cela n’enlève rien au « plaisir des yeux » et à l’émotion parfois ressentie devant les oeuvres exposées. Je ne vais pas toutes les présenter, et j’ai choisi deux d’entre elles qui m’ont interpellée pour des raisons, vous allez le voir, extrêmement différentes.

La première est une sculpture de Marie d’Orléans, datant de 1834.

Qui est ici « héroïne »? Les personnages de la littérature qui sont représentées (Desdémone, Juliette, Virginie et Atala)? Les anges classés – pardon, classées – dans le genre féminin par l’artiste? La femme aimée que cherche le poète depuis son tombeau? Rachel, qui aima tant Ahasverus selon le récit de Quinet (en ligne ici)? Ou l’artiste elle-même réalisant cette oeuvre empreinte de douceur et de pureté? Marie d’Orléans est morte si jeune aussi, emportée à 26 ans par la tuberculose après un mariage peu heureux, et sans avoir vu grandir le fils qu’elle venait de mettre au monde…

La seconde n’est pas vraiment une oeuvre, c’est l’histoire d’une jeune femme, morte elle aussi très jeune, à 22 ans. Mais pas de maladie. Elle a été exécutée en 1599. Pour avoir tué son père, qui aurait abusé de sa mère, de son frère et s’apprêtait à en faire de même avec elle. Une triste histoire dont j’ignorais tout jusqu’alors. Elle s’appelait Béatrice Cenci.

La Femme au Turban blanc, Ginevra Cantofoli, vers 1650 (reconnue comme Beatrice Cenci

Et quelle émotion devant la magnifique photographie de May Prinsep par Julia Margaret Cameron !

Study of Beatrice Cenci, Julia Margaret Cameron, 1866 (source)

Un espace hors du temps

Il est encore des lieux parisiens qui ont échappé à ma curiosité. Ainsi, le Musée de la vie romantique. Je connaissais son existence, mais doutais de son intérêt pour moi. Le romantisme n’est pas ce que je préfère en littérature ni en beaux-arts… Il a fallu une représentation d’Ophélie placardée sur des affiches et surtout des présentations du petit café qu’il abrite en son sein pour me donner envie d’y aller.

Et je n’ai pas regretté.

Un espace hors du temps, tel est l’expression qui m’est venue en pénétrant en cette matinée d’été dans une courette, puis un petit lieu arboré au charme désuet, qui échappe à tout bruit. On s’y sent tout de suite « bien », « tranquille », plus « serein-e »…

Même l’espace « cafeteria », sis dans une verrière, ne manque pas de charme malgré un aménagement « moderne »…

Ce qui m’a par contre choquée, c’est l’anglicisation outrancière de la pâtisserie. Et pas seulement dans les mots. Pas moyen de trouver un croissant ou un pain au chocolat, alias chocolatine. Non, ce ne sont que cakes ou scones… Il faut dire que les scones de Rose Bakery ont même envahi le Bon Marché… et le thé gagne du terrain sur le café… Normal, me direz-vous, pour un « salon de thé »… pardon, « tea room »… mais peut-on appeler « room » un jardin ?

Peu importe le contenu, pourvu qu’on ait l’ivresse… une ivresse douce et harmonieuse en ce clos verdoyant et paisible…

Paris au mois d’août. Harmonie du Soir…

Le roman de René Fallet est oublié depuis longtemps… Henri Plantin aurait dépassé la centaine d’années!

Son interprète dans le film éponyme est mort, mais ne serait pas loin de cette centaine (tiens, il était plus jeune que son personnage!). Pierre Granier-Deferre a aussi disparu depuis un bon moment…

La chanson perdure, mais qui l’écoute encore?

En cette belle soirée un peu trop fraîche pour moi, rien de tel que le pont d’une péniche amarré au port de l’Hôtel de Ville, pour voir le soleil disparaître sous le pont voisin. Etre placée derrière une bouée ne m’a pas trop gênée, je m’en suis amusée…

Quel plaisir de siroter un cocktail en assistant au lent trajet de Phoebus vers d’autres horizons… de quoi hésiter entre un Moscow Mule et une Caïpirinha… et goûter aux deux… Au fait, sauriez-vous deviner à quel verre correspond chacun?

Amusant rapprochement, soit dit en passant, entre la Russie et Cuba, la vodka et la cachaça! Mais cela ne suffit pas à me réchauffer, le vent est très frais… Il va être temps de rentrer au chaud!

Paris au mois d’Août. Bercy et environs au crépuscule

Exposition « Voyage en cerfs-volants », Clémentine Henrion

Que j’aime Paris ! Et encore davantage durant le mois d’Août… Si je le pouvais, c’est là que je choisirais de rester durant cette période où les foules se ruent sur des plages surchargées et des routes encombrées. Quand supprimera-t-on enfin la notion de « vacances » pour laisser chacun et chacune profiter des loisirs aux moments qu’elle ou il choisirait? Mais ce n’est pas mon propos aujourd’hui…

Sous les pavés, la plage…

Donc, Paris, en août, quand on travaille, c’est le Paris du crépuscule et de la soirée. Deux soirées, en l’occurrence, m’ont permis d’en profiter cette semaine.
La première, vous le savez déjà, m’a conduite à un concert gratuit à Bercy Village (voir article sur Ojos). Après le concert, balade… D’abord, Cour Saint Emilion et axes perpendiculaires… Deux expositions : une en l’air (photo ci-dessus), l’autre dans un des passages… J’ai apprécié le détournement des statues parisiennes, remplacées par des Comics…

Benoît Lapray, Monuments

dans les tranquilles jardins de Bercy. Des couples, des groupes d’ami-e-s ou des familles prennent l’air, se reposent, pique-niquent… et les canards font la sieste…

Les rosiers sont encore en fleur et, après la légère pluie de l’après-midi, exhalent un parfum discret. Une danseuse sur les marches qui mènent à la Passerelle Simone de Beauvoir (aurait-elle aimé voir son nom accolé à cet arche menant à… François Mitterand???). Sur celle-ci, on profite à la fois de la vue et de la brise fraîche, tout en admirant le couchant. De l’autre côté de la Seine, c’est l’embarras du choix pour aller boire un verre, car il y a vraiment très peu de monde. J’opte pour le pont d’une belle péniche.

Les cocktails à 10 euros, ce n’est vraiment pas trop pour la vue, le calme… et en outre, ils sont très bons. Une petite assiette d’acras en complément, et le tour est joué, pour profiter de la fin du jour.

Les photo ne sont pas géniales, mais vous donneront une idée de l’ambiance…

Poésie et musique : le duo Ojos

J’aime le jeudi soir aller écouter du jazz à la Péniche Le Marcounet. Ceux et celles d’entre vous qui me suivent depuis longtemps le savent bien. Mais en ce jeudi d’août, j’ai décidé de découvrir un groupe dont je n’avais jamais entendu parler. Ojos. Oui, Ojos, c’est son nom.

Un concert gratuit en plein air était annoncé à une heure raisonnable (19h) Cour Saint Emilion. Bon, je ne suis pas fan de cet endroit, mais ce n’est pas trop loin… Je regarde donc sur le net, et trouve des clips et autres vidéos. Cela me plaît. J’irai donc.

Arrivée sur place, je cherche. Pas de podium en vue. Comme il a plu, le concert est peut-être annulé? Mais au moins le podium serait encore là… Rien du côté du cinéma, je repars dans l’autre sens… et finis par découvrir, devant la FNAC, une installation assez rudimentaire, et quelques personnes qui squattent les rares bancs posés face à celle-ci. Il ne reste qu’à attendre…
Deux jeunes sont en train de faire des réglages… Je reconnais la chanteuse découverte sur le net quelques heures auparavant. C’est donc là. Et le concert va avoir lieu.
J’ai aimé. Mot affaibli mais le seul qui convienne.

J’ai aimé la personnalité des deux jeunes gens. Les gestes et la danse de la jeune femme. Sa voix aussi, bien sûr. Le jeu de guitare du musicien. La succession improbable de sons vifs et doux. De mots violents et tendres. Des langues espagnole et française. Une palette incroyable pour un concert qui, hélas, n’a pas duré longtemps. Car tel est le format de « Musiques en terrasses » à Bercy Village.

Une petite vidéo (mauvaise) qui vous donnera une idée…

La présentation sur le site n’est pas des meilleures. Jugez-en plutôt…

« 4 AOUT : Ojos

Hadrien et Elodie prêtent leur voix à des chansons originales et créatives, écrites et produites par leurs soins. Leurs compositions sont parsemées de slogans en espagnol, répétés plusieurs fois, les rendant plus mystérieuses. Le groupe s’identifie à de La Pop, mêlant français, anglais et espagnol. »

Pourquoi cette expression « prêtent leur voix »? Alors qu’il et elle écrivent leurs textes!

A la fin du spectacle, la plupart des spectateurs/trices dansaient, debout près des artistes. Une belle ambiance!

Je n’ai pas trouvé celui de la chanson que j’ai préférée, « Le Volcan qui dort« . On comprend mieux en écoutant sur YouTube que lors du concert… Ni celui de Corazon sin cara.

Mais en voici un autre, magnifique déclaration d’amour, « Seule« .

« Je traque le jour pour que la nuit ne s’arrête pas
La nuit personne ne voit la couleur de mes pas
Y olvidé como respirar

Que faut-il que je fasse je te sens jubiler si je m’efface
J’essaierai d’avancer, arme au poing, résignée à te faire face
Dime que dices tu, que dices a mi bella locura
Avec toi je respire pas

C’еst trop facile de dire quе tu m’aimes quand j’suis sola
J’écume mes mots le long des marches de notre immeuble
Mais t’es trop beau quand tu m’enlaces et je suis plus d’humeur
Y yo no puedo mas que tontería

Quand tu seras mort, quand t’auras tort, qu’est ce qu’il restera
Y a plus que le silence de mes désirs quand tu t’en vas Regarde ce que t’as fait de moi
« 

Coques en stock

Tout a commencé par un transport de fonds… Pas de liquidités, bien sûr, mais des oeuvres d’art. « Des photos », m’avait dit l’amie pour laquelle je m’étais engagée. Ce qui m’a conduite, un vendredi matin, au Nord de la Gare du Nord, autrement dit dans un quartier exotique pour l’adepte de la Rive Gauche que je suis. Et m’a aussi amenée à de multiples SMS et communications téléphoniques avec une artiste inconnue, qui me semblait bien stressée pour être réellement une artiste. Une représentation, je m’en rends compte. Pourquoi pensais-je que les artistes devaient être plus « zen » que les autres???

Nomade, je le suis. Et une nomade vit dans le moment présent. Fixer un jour de rendez-vous des semaines à l’avance relève du défi. Et fixer une heure de rendez-vous la veille un challenge. Bref, nous parvînmes quand même à nous retrouver, au pied de son immeuble, en ce vendredi matin. Vite, transformer ma compagne à 4 roues en « utilitaire », en abaissant les sièges arrière et en libérant le maximum de places (j’ai toujours dans ma voiture des couvertures, un sac de couchage, un oreiller, un réchaud et du matériel divers! sans compter que ce jour-là, partant en week-end, j’avais aussi une valise et mon ordinateur…). Une dame descend, nous nous saluons après qu’elle eut observé l’espace disponible. Puis elle redisparaît dans l’immeuble. J’attends dans ce quartier qui ne me semble guère accueillant… Elle revient avec un immense carton plat. Puis repart. Je place le carton au fond du coffre. Il ne reste plus guère de place pour autre chose! Sachant qu’elle avait bien spécifié que rien ne devait être placé au-dessus. Trois autres allers et retours. Mais, cette fois, des sacs avec des cadres plus petits et entassés. Tout finit par entrer. Nouveau salut. Et me voici partie vers la Picardie. Ce n’est que le lendemain, en effet, que je gagnerai la Normandie, plus exactement Le Tréport, où ma cargaison est attendue. Le samedi, impossible d’approcher la galerie de mon amie : marché plus fête foraine! J’attends donc le soir pour effectuer la livraison. Et rassurer enfin l’expéditrice. Je réalisai alors que j’ignorais la teneur de ce que j’avais transporté, que je n’avais ni compté ni vérifié ce que m’avait confié une parfaite inconnue! Et j’eus hier la preuve d’une erreur. Pas dans le nombre ni l’état. Non, tout était bien parvenu. Mais dans la teneur. Je pensais avoir transporté des photographies en noir et blanc. Pourquoi? Encore une représentation! J’ai réalisé que pour moi « photo d’art = photo en noir et blanc »… Pourquoi? Mystère…

Car les oeuvres enfin acheminées au Tréport, à la Galerie Résonances, sont bien des oeuvres d’art. Et pourtant éclatantes de couleurs.

Hier soir avait lieu le vernissage, et j’ai pu découvrir ce qui avait meublé mon véhicule pendant plus de 24 heures… Relisez le titre de cet article. Qu’a pu photographier cette Dame? Je vous aide avec un premier tableau (pris un peu de travers, excusez-moi…).

Vous avez deviné ? La mer ? Que nenni. Pourtant vous n’en êtes pas loin… Une autre photo ?

« Mais ce n’est pas une photo, c’est un tableau ! », ai-je souvent entendu dire hier soir. A juste titre. L’artiste elle-même considère qu’elle fait des tableaux… mais sans pinceaux (ni queue d’âne!). Simplement avec son appareil-photo.

Cathy raconte que, face à un groupe de jeunes élèves, elle leur avait proposé un brainstorming autour de la question « à quoi cela vous fait-il penser? », et avait obtenu un grande palette de réponses…

Alors, que photographie-t-elle ? Pensez au titre…

Des coques.

Pas des oeufs, non. Mais l’allusion au Capitaine Haddock pourrait vous aider. Des coques de navires, oui. En Bretagne ou au Maroc, pour la plupart des oeuvres présentées ici. Mais aussi dans bien d’autres ports. En voici deux autres exemples, toujours aussi mal pris.

Inutile de vous dire que j’ai beaucoup aimé. Expression plate, certes. Et cela ne me ressemble pas. Je suis d’accord. Mais « j’ai aimé » est ce qui me semble le plus fort, en l’occurrence. Et cela m’a rendu envieuse. Car moi aussi, je photographie parfois des coques, à marée basse. Souvenez-vous, j’avais fait une série à Camaret. Et une autre au Crotoy. Et des photos isolées, aussi, sur divers cours d’eau. Descendre sur la grève, patauger dans la vase, je connais. Choisir l’angle, la lumière, le cadrage… Mais jamais réussi d’aussi belles photos… C’est ça, l’art.
Seul bémol pour moi : j’aurais préféré des tirages « mat » pour la plupart d’entre elles… Mais il doit y avoir une raison au choix effectué de les faire en « brillant »?

Une dernière, hélas mal « rendue » par mon Iphone, d’autant qu’elle est exposée dans l’escalier qui descend à la cave. Cette fois, c’est à Tanger que les trois ont été prises.

Saisir l’instant, mais aussi magnifier les traces de l’usure et de l’abandon, des coups et des marques, de l’imperfection et de la destruction… Devenir médiateur-e entre le Temps et l’Homme, l’Objet et le Sujet, l’Anéantissement et la Vie… L’oeil de l’Artiste et la Magie des technologies…

Une belle « touche » !

Je revenais à pied de l’Hôtel de Ville, en raison de la grève des chauffeur-e-s de bus, quand mon regard fut attiré par un petit attroupement sur le quai d’Orléans, sur l’Ile Saint Louis. En m’approchant, je vis que deux personnes conversaient avec un pêcheur. Pêcher depuis le haut? Voilà qui m’intrigua… je m’approchai… puis me penchai…

Je vous présente une magnifique femelle « silure glane« . Qui l’a amenée dans cette fâcheuse position, sur les bords du quai? Rassurez pas, non point un vilain prédateur ni un accident fluvial, mais un jeune pêcheur, l’auteur de l’attroupement dont je parlais précédemment.

A gauche, le jeune pêcheur. A droite, le « passant sportif ».

Le pêcheur demande au jeune passant sportif (qui s’est arrêté pour le regarder) s’il accepterait de l’aider. L’autre accepte volontiers, et se retrouve en train d’apprendre à manier la canne, que va lui confier son propriétaire afin de descendre sur la berge. Pour ce faire, il se laisse glisser…

Mur-toboggan

Petit détail en passant : les traces rouges sur la queue ne sont pas des blessures. Il s’agit de la fraie, car c’est la saison de la reproduction. Dans quelques temps, il n’y aura plus ces « marques » typiques de la femelle, et son mâle s’occupera des oeufs pendant qu’elle se balade, avant peut-être d’être dévoré par elle…

« Coucou la Belle, j’arrive! »

Puis il se déchausse…

Il enfile des gants et plonge ses mains dans la gueule du Monstre, apparemment gentil…

Nous comprendrons par la suite qu’il est en train de retirer l’hameçon. Ayant fait sa connaissance ensuite, j’ai appris qu’il savait exactement ce qu’il faisait. Voici ses explications, données par courriel le jour même (nous sommes resté-e-s en contact…).

« Il s’agit d’une espèce originaire du Danube qui a colonisé la France au XXème siècle, une partie par voies fluviales naturelles, et une partie suite à des introductions dans le but d’en commercialiser la viande (ce fut un échec commercial).
Le silure n’est pourtant pas une menace pour notre écosystème dans la Seine et il cohabite bien avec la trentaine d’autres espèces de poissons qui vivent dans ce fleuve.
C’est un grand prédateur qui consomme des poissons, rats, canards, pigeons, mouettes, écrevisses, moules d’eau douce…
Mais il joue avant tout le rôle d’éboueur de la rivière en consommant les animaux morts et autres déchets notamment la nourriture jetée par les bateaux. Et il s’autorégule par cannibalisme.
Ils se reproduisent entre mai et juin dès que l’eau atteint 20 degrés. La femelle délimite un nid en général dans des racines immergées, puis le mâle la féconde et oxygène les oeufs en leur soufflant dessus durant plusieurs jours.
En général le silure est sédentaire et reste dans le même secteur.

A Paris le silure est recherché par les pêcheurs sportifs, qui le pêchent avec de grandes précautions (hameçons spéciaux, sans le sortir de l’eau comme vous l’avez vu, etc) pour assurer sa remise à l’eau dans de bonnes conditions qui ne perturbent pas son comportement naturel. L’association de pêche de Paris (Union des pêcheurs de Paris) dont je fais partie s’occupe de la protection des espèces aquatiques notamment en luttant contre les braconniers (des trafiquants pour le marché noir des pays de l’Est s’attaquent parfois aux silures).« 

Blason de l’UPP : non, ce n’est pas un silure!

Il tire le silure tout au long de la berge, jusqu’à un endroit peu profond où celui-ci est « posé », tout en restant dans l’eau, comme dit ci-dessus.

A ce moment, je me demandais ce qu’il faisait… J’apprendrai plus tard qu’il repérait des « marques » sur le sol pour pouvoir ensuite revenir prendre les dimensions… environ 2,10 mètres!

Entretemps, la police est revenue. Deux véhicules. Dans l’un, un pêcheur venu « aider » (trop tard!) et constater avec les autres la prise, ses conditions et la taille de la bête… Et puis, une autre activité : un concours de photos!

Ils et elle ne sont pas les seul-e-s : l’auxiliaire bénévole du pêcheur fait de même… mais pour la bonne cause : garder trace de cette prise.

J’apprendrai par la suite que l’animal a peut-être été déjà pêché :

« Probablement un poisson déjà pris par un de mes amis en 2021. Il est relativement fréquent de reprendre les mêmes silures car ils sont assez sédentaires.« 

Il m’avait expliqué de vive voix que ce silure nichait sans doute à l’extrêmité ouest de l’Ile Saint Louis. D’autres « nids » sont, paraît-il, bien visibles sur l’Ile de la Jatte; je me suis promis d’aller les chercher quand je retournerai sur cette île que j’aime beaucoup…

Un petit câlin, on serre le poisson dans ses bras, avant de le relâcher.

Car oui, quelques minutes plus tard, elle repartait tranquillement rejoindre ses congénères, s’enfonçant rapidement dans l’eau sombre de la Seine. Ce fut une merveilleuse leçon pleine d’espoir : on pêche pour le plaisir, et pour la « connaissance », mais on laisse libre ensuite l’animal.

Autre belle leçon en ce matin de mai : la solidarité entre des individus qui ne se connaissent pas. J’ai déjà parlé des deux jeunes gens. Mais il y avait là aussi une dame âgée, coiffée d’un foulard jaune, qui a gardé leurs affaires, et mon sac, pendant toutes les actions. En discutant par la suite avec elle, j’ai appris qu’elle était Kabyle d’origine, mariée à un Breton de Cancale. Gardienne d’un immeuble du coin, elle voulait le rejoindre en Bretagne, mais les habitant-e-s de l’immeuble lui avaient demandé de rester… et elle vivait toujours là, loin de son époux qu’elle aspirait à rejoindre…

Quatre individus d’horizons et d’environnements si différents, uni-e-s pour une heure de partage… cela aussi m’a réjouie…

Balade aux Tuileries

Le printemps, le soleil, les chants des petits zozios… c’est le moment de profiter des parcs et jardins si nombreux et beaux dans notre capitale… Direction donc les Tuileries. Voilà bien longtemps que je n’y suis allée et, la dernière fois, une partie était un vaste chantier…

Autant faire une arrivée triomphale, non? Pardon pour ce vilain jeu de mots… Bien sûr, je parlais de l’Arc de Triomphe du Carrousel. A ce propos, je me suis interrogée sur l’origine de ce nom. Il vient tout simplement de la situation du monument, sur la place qui portait déjà à l’époque napoléonienne le nom de « Place du Carrousel ». Pourquoi? Parce qu’en 1662, Louis XIV avait célébré de manière grandiose la naissance de son fils, le Dauphin, par un superbe spectacle équestre, donc un magnifique « carrousel ».

Le Grand Carrousel au Louvre, 5-6 juin 1662

Les chevaux sont toujours là… mais moins vivants : c’est un quadrige qui domine les lieux, depuis le sommet de l’arc… difficile à photographier car, en cette fin d’après-midi, le soleil est déjà très à l’ouest…

Il serait aujourd’hui impossible d’imaginer reproduire le spectacle offert par le Roi Soleil… Vous devinez pourquoi? Réfléchissez… une construction moderne, insolite en ces lieux, qui a fait couler beaucoup d’encre et n’est toujours pas acceptée par un certain nombre de nos compatriotes… Vous voyez de quoi je parle ?

Mais la façade de l’aile nord, récemment rénovée, brille de son classicisme intact et plus éclatant que jamais, d’un ocre se détachant sur le bleu du ciel et le vert des buissons bien taillés.

Je ne me lasse pas des innombrables statues qui peuplent – j’allais écrire « qui hantent » – nos espaces verts, et servent de socle aux pigeons orgueilleux, telle cette Nymphe qui ne s’attendait pas à un tel couvre-chef…

Regardez la photo ci-dessus. De nouvelles statues sont venues s’ajouter aux anciennes… Vous les voyez, au fond à gauche?

Continuons à admirer les personnages antiques, plus ou moins mythologiques. Cassandre, d’abord, qui se met ici sous la protection de Pallas.

Joies courbes, n’est-ce pas? Mais il n’y a pas que des courbes féminines à admirer dans ce Jardin… Une petite devinette? A qui appartiennent celles-ci?

A un héros et au Monstre qu’il est en train de tuer… Mi-homme mi-taureau… ça vous dit quelque chose?

Eh oui, Thésée et le Minotaure… On comprend mieux Ariane, n’est-ce pas?

Délaissons maintenant la statuaire pour nous intéresser à la nature. Enfin, la nature bien travaillée, à en croire les panneaux qui expliquent les oeuvres d’art des jardiniers/ères.

Je n’ai pour ma part pas beaucoup vu de ce « bleu précieux »… mais peut-être n’est-ce pas la saison? Il faudra revenir… Par contre, j’ai vu « l’ivoire divin »… enfin, un peu relevé par de l’orangé et du jaune…

Une petite pause sur les fauteuils près de l’un des beaux bassins des Tuileries, pour admirer les « amerrissages » des cols verts et s’attendrir sur les petits canetons. Quand tout à coup surgit, du côté de la Tour Eiffel, un autre arc, en ciel celui-là, tout à fait inattendu vu l’absence de pluie.

Mais il se fait tard, et le soleil commence à décliner derrière l’Obélisque qui se mire dans l’eau et commence à se dévêtir…

Louxor à Paris

Un édifice dont je n’avais jamais entendu parler! Il a fallu que des amis m’entraînent voir un film pour que je le découvre! Eh oui, c’est un cinéma. Le Louxor. Ce fut, puis ce ne fut plus, mais c’est redevenu un cinéma. Je m’explique.

Le Louxor date d’il y a un siècle. Un cinéma « architecture antique des années 20 », avec, vous l’avez compris je pense, des décors évoquant l’Egypte.

Les mosaïques sont l’œuvre de la fabrique de céramiques Gentil et Bourdet, implantée à Billancourt et très réputée dans les années 1920 et 1930.

L’architecte est discret, alors qu’on lui doit un certain nombre d’édifices dans Paris. Son nom ? Henri Zipcy. Vous pourrez en savoir plus sur lui en lisant cette page.

Envie de visiter? Je vous emmène…

Nous voici sous l’impressionnant porche, qui donne l’impression d’entrer dans un temple égyptien.

Non, non, nous ne sommes pas au bord du Nil, mais bien à Paris, plus exactement à Barbès. Car c’est face à la station de métro du même nom. Auquel est accolé celui de « Rochechouart ». Amusant rapprochement, si l’on pense au couple qu’auraient formé les deux personnes qui ont donné leur nom à cette station, après l’avoir donné aux Boulevards.

Armand Barbès en effet était un militant républicain, farouchement opposé à la Monarchie de Juillet.

Marguerite de Rochechouart de Montpipeau (non, je n’invente pas) était, elle, abbesse. Elle a dirigé l’abbaye de Montmartre – dont il ne reste que l’église Saint Pierre) de 1713 à 1727. Une des descendantes de sa famille n’est autre que la Marquise de Montespan…

Mais revenons à… non, au Louxor. Le film était projeté dans une « petite » salle en sous-sol, qui n’a rien d’exceptionnel. Mais la caissière fort aimable m’a autorisée à visiter la grande salle, beaucoup plus spectaculaire. Jugez-en vous-même…

La salle a peu changé depuis 1922.

Les verrières constituent en elles-mêmes de véritables oeuvres d’art.

Quant aux fauteuils, ils sont comme jadis recouverts d’un velours dont le rouge est assorti à des éléments du décor.

Profitant de l’autorisation accordée, je décidai de monter pour tenter de voir la terrasse dont j’avais vu la publicité sur le net. En effet, elle abrite un café, hélas ouvert seulement le soir. Mais à ma grande surprise, l’espace n’était pas clos comme je m’y attendais, et je pus ainsi visiter un salon accueillant une exposition de photographies.

La terrasse était également ouverte, et j’en profitai à loisirs. D’abord, pour admirer l’architecture et les décors.

Puis pour jouir d’une vue superbe sur les environs, avec en toile de fond la basilique.

Le métro passe tout près, comme vous pouvez le voir. Il n’a guère changé depuis l’inauguration de la ligne 2 en 1908.

Le temps vint de redescendre, bien à regret. Un dernier regard à un étrange oeil-de-boeuf…

Et le revoici, vu de l’escalier intérieur.

Une photo de 1931 montre que les oeils-de-boeuf étaient occultés par des figures égyptiennes.

En 1953, certains décors sont masqués par des affiches.

Un autre oeil-de-boeuf, situé un peu plus bas, me fit penser à une petite conférence donnée par une de mes amies, qui se reconnaîtra à travers de petit clin d’oeil (c’est le cas de le dire!)

Si vous souhaitez en savoir plus sur le Louxor, alias Palais du Cinéma, un livre a été écrit sur son histoire.

A défaut de livre, le site de l’association Les Amis du Louxor vous fera revivre son sauvetage.