Un peu d’humour ne fait pas de mal, en cette matinée grise de novembre… J’ai donc décidé d’essayer de vous distraire avec des photos prises pendant la visite, mais qui ne concernent pas toujours le peintre et ses oeuvres. Pas toujours, car je commencerai quand même par souligner ce que je retiens ou que j’interprète comme pointe d’humour dans ses tableaux…
On pourrait intituler le tableau : « Concours de couvre-chefs » !
Quelle délicate intention ! Le peintre a pensé aux ignares, qui ne reconnaîtraient pas le personnage, ou qui ne sauraient pas que la signature apposée au bas d’un tableau, souvent discrètement, est celle de l’artiste… Il a donc placé un cartellino bien en vue, accroché par une jolie épingle (pour rappel aux mêmes ignares : à l’époque, le post-it n’avait pas vu le jour).
Dans l’extrait de tableau, suivant, on peut se demander si c’est le peintre qui, au dernier moment, a voulu rajouter un peu trop rapidement les bésicles, ou si c’est Jean-Paul Sartre qui a voulu mettre son grain de sel…
Vous pardonnerez mon impudence, mais je n’ai pas résisté à mettre des mots sur les expressions des visages de certains personnages…
Même technique (plus ou moins bien exploitée) sur des photos de visiteurs/teuses… D’autres, bien évidemment anonymisées, ont été prises pour partager avec vous ce qui m’a fait sourire ou rire.
Mise en abîme… Mais attention ! Votre chapeau doit être de la même teinte que l’habit du personnage, en l’occurrence vêtement qui confirme le dicton « l’habit ne fait pas le moine »!
Celle-ci ne prend pas de photos, mais elle en a « plein les bottes »!
J’ai axé le précédent article sur la manière dont le peintre exposé en ce moment au Louvre peint (et dépeint) les émotions, sentiments, interactions des personnages qu’il met en scène. Aujourd’hui j’ai plutôt envie de vous parler des détails qui m’ont frappée.
Les tissus
Qu’il s’agisse de tissus « nobles », voire brodés d’or ou d’argent, ou de simples tissages, de plissés ou de broderies, de dentelles ou de passementeries, nombreux sont les détails qui attirent l’oeil, même dans des tableaux complexes.
Le périzonium du Christ montre un drapé remarquable.
Et certaines compositions évoqueraient presque des tableaux non-figuratifs…
2. Les ailes des anges
J’ai été saisie en particulier par les ailes des anges. Les unes apparaissent très unies et soyeuses. Dans d’autres, on distingue des plumes et duvets. Certaines brillent, dans des couleurs douces mais vives. D’autres voient leur aspect sombre éclairé par d’autres lumières. Bref, aucune aile ni aucune paire ne ressemble à une autre…
3. Les parties du corps
Chaque partie visible des corps est visiblement très travaillée… si j’ose dire, de la tête aux pieds. Même les muscles et les petits plis de peau transparaissent, comme chez Saint Jérôme.
Une fois de plus, je vais avouer mon ignorance : je ne connaissais pas le peintre sur lequel porte l’exposition que je suis allée voir en ce 30 octobre lors de la nocturne du Louvre.
« Francisco de Zurbarán compte, avec Diego Velázquez et Bartolomé Esteban Murillo, parmi les peintres espagnols les plus importants du XVIIe siècle. D’abord considéré comme un caravagesque marqué par l’ascétisme monastique, il a progressivement été reconnu au XXe siècle comme un coloriste prodigieux et célébré pour son style très personnel, qui allie la simplification des volumes à un naturalisme saisissant. » (introduction sur le site du Louvre)
La première impression est saisissante. Quelle que soit la thématique, les « portraits » sont d’une variété et d’une expressivité incroyable. Très rarement « convenus ». Toujours très expressifs. Vivants. Qu’ils soient en interactions ou en méditation, les personnages semblent vivre devant nous. Mais fi de discours. Je vous en propose un florilège pour ce premier article sur Zurbaran, que j’ai découvert avec grand plaisir hier.
L’expression d’une « intériorité » forte
2. Groupes de personnages
Le plus souvent représentés par « catégories », ils symbolisent un type particulier. Cela va des « pauvres » aux cardinaux, en passant par les moines et la Sainte Famille (avec les Rois Mages dans la scène que j’ai retenue).
3. Personnages en action(s)
Les gestes sont particulièrement bien représentés dans des scènes d’un réalisme fort, comme celle où le prêtre essuie délicatement le petit sexe du bébé qu’il vient de circoncire. Mais aussi des gestes symboliques, tel celui du Christ adolescent se piquant et saignant, alors qu’il répare une couronne d’épines.
4. Personnages en interaction(s)
Qu’il s’agisse d’interactions verbales ou gestuelles, la représentation qui en est faite par le peintre est d’une authenticité saisissante. Les personnages se parlent, se touchent, se montrent « complices » ou « protecteurs »… depuis l’homme se touchant le crâne (ou se grattant la tête?) jusqu’à la main posée sur l’épaule de celui que l’on veut interpeller ou de la petite soeur qu’on protège.
5. Les dialogues à imaginer…
Dialogues avec des êtres divins ou célestes, mais aussi dialogues entre humains. Simples échanges ou discussions, voir négociations, dans des circonstances narrées dans l’ensemble du tableau : concile (je ne rajouterai pas « iabule »!), veillée d’un mort, ou tout simplement prière, voire apparition de la Vierge ou d’un (arch-) ange. Et ce, à tous les âges, même quand l’être, trop jeune, ne peut encore parler, comme le bébé Jésus interpellé par son copain Jean-Baptiste ou écoutant l’un des Mages.
6. Un portrait d’une taille impressionnante
Je ne voudrais pas terminer cette série sans un vrai portrait, d’un réalisme saisissant, et d’une taille hors-norme, d’un homme étrange au yeux presque pers…
Je vous ai promis dernièrement de vous parler de la pièce vue cette semaine au théâtre de la Pépinière. Le moment est venu, bien que la tâche me paraisse difficile. En effet, je crains d’en dévoiler trop pour celles et ceux qui voudraient aller la voir, et pas assez pour les autres. Alors je vais faire court.
Une pièce qui montre que deux acteurs brillants – et sportifs par ailleurs -, peuvent nous entraîner d’un bout du monde à l’autre (ou presque) uniquement par le texte, le corps et des morceaux de cartons porteurs de messages. La pièce commence avant de commencer… Un bon début, n’est-ce pas?
L’entracte n’en est pas vraiment un…
Et elle finit après avoir fini…
Une belle fin, n’est-ce pas?
Entre les deux, on voyage de l’Islande à l’Espagne, parmi les animaux peuplant ou survolant les mers, en compagnie parfois d’une sirène.
On apprécie le jeu des acteurs, et ce que je ne crains pas d’appeler la « chorégraphie » et les performances physiques de l’un et de l’autre. Même si l’un (que vous voyez habillé – ou plutôt déshabillé – en nageur) ne cesse de s’agiter durant tout le spectacle.
Et surtout, on réfléchit à la politique, l’amour, l’écologie, les relations avec les animaux, et la relation que l’on a avec notre propre corps…
Je ne vous en dirai pas plus. Sachez simplement que les ami-e-s qui l’ont vue, aussi différents soient-elles et ils, ont tous, sans exception, beaucoup apprécié le spectacle. Alors, si vous le pouvez, allez vite le voir. Vous passerez un excellent moment de partage avec une salle qui sera, je l’espère pour vous, aussi pleine et en délire que celle où j’étais ce mardi soir.
Le terme « performance » m’a toujours intriguée. Qu’est-ce qu’une « performance »? A quelle aune l’évaluer? Jusqu’au jour où je me suis penchée sur le concept (oh combien « flou ») de « genre ». Et donc où j’ai dû affronter une langue que j’abhorre, l’anglais – eh oui, j’apprécie l’italien, l’espagnol, le portugais, l’allemand, l’arabe, mais pas l’anglais… dommage pour Shakespeare et Byron! Puis celui où j’ai découvert l’univers des Drag, qu’iels soient queen ou king. Et on en revient au bon vieux Shakespeare, puisque c’est dans un de ses textes que se situerait la première utilisation écrite de ce mot.
Au seuil de la victoire, Coriolan est persuadé par sa mère, Volumnia, d’épargner la ville, sachant que cela pourrait lui coûter la vie. Aufidius et ses complices complotent son assassinat. Coriolan retourne à Corioles, où il est assassiné. Rome honore Volumnia pour avoir sauvé la ville.
« VOLUMNIA I prithee now, sweet son, as thou hast said My praises made thee first a soldier, so, To have my praise for this, perform a part Thou hast not done before. »
Rassurez-vous, dans le cas dont je vous parle, l’acteur ne jouait pas sa vie. Mais il a « performé » dans ce sens. A savoir « interprété », « joué » son rôle – et, en l’occurrence, il y en a eu plusieurs car le personnage lui-même interprète les personnes avec lesquelles il se trouve en interaction. Ce qui fait qu’en étant seul, d’un bout à l’autre de la pièce, sur la scène, il réussit à convoquer plus d’une dizaine de personnes. On entend et voit ainsi un interne et celles et ceux avec qui il oeuvre quotidiennement, un patient, et toute une série de spécialistes : gastro-entérologue, pneumologue, cardiologue, urologue…. Et, bien sûr, LE « mandarin », entouré de sa cour de petits « bleus ». Il ne manquait que le/la psychiâtre. Eh bien, il le fait arriver à la fin! Je ne vous raconterai pas l’histoire pour ne pas la déflorer. Au cas où vous auriez été alléché-e par cette description.
Avouez que l’affiche est aussi alléchante! Malheureusement, je suis assez hermétique à ce genre de théâtre. Je cherche à me distraire, pas à revivre des épisodes plus ou moins douloureux de ma vie. Car j’ai fréquenté presque tous les hôpitaux parisiens. Pour mon frère, d’abord : Trousseau quand il était enfant, puis Tenon, La Salpétrière, Roussy et pour finir, Valenciennes. Pour moi aussi : Boucicaut, Pasteur (deux disparus!), La Salpétrière…
Mais j’aime l’humour noir. Une anecdote? Quand j’étais à Pasteur, on venait d’annoncer la prochaine fermeture de l’hôpital. Le personnel n’avait donc pas le moral. C’est moi, de la chambre où j’ai séjourné tout un mois de juillet, qui tentait de leur remonter. Et nous lisions ensemble les BD que j’avais apportées. En particulier Les femmes en blanc. Vous connaissez?
Un autre exemple? Pour moi, le film culte, c’est MASH.
Sans doute n’étais-je pas réceptive ce soir-là, car j’ai, pour ma part, fort peu ri. Mais aussi parce que, plus que noir, l’humour était souvent vulgaire, ce que je déteste. Les « pipi-caca », ce n’est pas pour moi. Ni les pets. Mais j’ai apprécié la satire de l’administration et de l’organisation hospitalières. Et les autres spectateurs/trices ont ri d’un bout à l’autre, et l’acteur a été salué par des applaudissements prolongés. Il les méritait. Car tenir à ce rythme, sur scène, pendant plus d’une heure sans interruption (or il est né une semaine après moi), en jouant tous les rôles dans une diversité de voix, de mimiques, de postures, de gestes, etc. n’est pas donné à tout le monde. Et Olivier Saladin est brillant dans ce que l’auteur, Daniel Pennac, qualifie de « monologue gesticulatoire ». Rien d’étonnant à ce qu’il soit ainsi ébouriffé à la fin! Quant à la présence de la voiture, je ne vous en dirai rien, bien sûr. Ni pourquoi il joue un médecin alors que le titre porte sur un malade… Allez voir la pièce!
Comme je vous l’ai dit précédemment, c’est le compositeur de deux des oeuvres au programme qui dirige l’orchestre en ce vendredi soir. N’en ayant jamais entendu parler, j’ai cherché qui était Thomas Adès. Voici ce qu’en dit le site de l’Opéra National de Paris :
« Né à Londres en 1971, le compositeur, chef d’orchestre et pianiste Thomas Adès a étudié le piano à la Guildhall School of Music & Drama et la musique au King’s College de Cambridge. Ses opéras sont au nombre de trois : Powder Her Face (1995), The Tempest (2004) et The Exterminating Angel (2016).
En 2021 a eu lieu à Londres la première de Dante, œuvre spécifiquement écrite pour la danse. Sa musique de chambre comprend les quatuors à cordes Arcadiana (1994) et The Four Quarters (2010), un Quintette pour piano (2000) et le quintette pour clarinette Alchymia (2021). Sur le plan orchestral, il a composé Asyla (1997), le Concerto pour violon « Concentric Paths » (2005), Tevot (2007), In Seven Days (2008), Polaris (2011), un Concerto pour piano et orchestre (2019), Shanty-over the Sea pour cordes (2020), Märchentänze pour violon solo et piano / orchestre (2021) et Air-Homage to Sibelius pour violon et orchestre (2022). » Apparemment, le site n’est pas très compler, puisqu’on ne voit pas dans ces lignes les deux oeuvres représentées ce soir : En tant que chef d’orchestre, Thomas Adès se produit notamment avec l’Orchestre philharmonique de Los Angeles, l’Orchestre symphonique de Londres et le Royal Concertgebouw d’Amsterdam.
À l’Opéra national de Paris : The Dante Project, 2023 ; The Exterminating Angel, 2024 ; tournées Orchestre de l’Opéra national de Paris (San Sebastián, Saint-Jean-de-Luz), 2025″
En effet, ce soir, c’est un concerto In the Seven Days qui est joué en première partie, puis une oeuvre indéfinissable, Aquifer, qui clôt la seconde. J’ai beaucoup apprécié les deux, pour des raisons différentes. Au passage, remarquons qu’elles comportent 7 mouvements… comme la symphonie de Sibelius est la 7ème, ce chiffre domine la soirée, comme l’a aussi observé l’auteur d’un article que je vous conseille de lire, car il est vraiment expert et intéressant. En voici un extrait :
« D’une durée de 30 minutes, il est structuré en 7 mouvements regroupés entre trois parties : les deux premières parties de trois numéros vont du spirituel/cosmique au réel/terrien et au vivant, et la dernière s’intitule Contemplation. »
J’ai été totalement transportée dans certains de ces mouvements, d’une lenteur et douceur dé-concert-antes, c’est le cas de le dire. Voici ce qu’en dit l’article sus-cité.
« Le mouvement III. Land- Grass -Trees est envoûtant sous les doigts de Bertrand Chamayou, les notes s’égrènent comme des lumières sur un tapis sombre de cordes, avec une magnifique progression comme un vent qui se lève et devient puissant (ou comme un arbre qui pousse ?).«
Le concerto laisse une place surprenante au piano, dont Chamayou joue divinement.
J’ai un peu moins aimé Aquifer, peut-être parce que sa présentation m’avait laissé espérer entendre le doux murmure de l’eau, et que c’est plutôt un torrent qui a déferlé au début et à la fin.
Ce final a aussi questionné l’auteur de l’article…
« Arpèges mystérieux, crescendos très bien menés tant dans l’écriture que dans la direction, climax dansant (le chef danse lui-même et Bernstein n’est pas loin), c’est de la belle écriture avant un final glorieux en do majeur. Mais quel est le sens de cet accord triomphal alla Symphonie n°5 de Beethoven, Symphonie n°3 avec orgue de Saint- Saëns, voire Symphonie n°7 de Mahler ? S’agit-il seulement d’obtenir à bon prix les faveurs du public, tant le do majeur force aux vivas et aux applaudissements ? Ou s’agit-il aussi de célébrer la magnificence des poches géologiques quand leur précieux liquide retourne à la lumière de la surface terrestre ? Qui danse et pour se réjouir de quoi ? Ce final, en 2024 et encore plus en 2026, interroge. »
Si vous souhaitez découvrir davantage ce compositeur, son site est accessible, en anglais…
Mais vous me connaissez, je n’allais pas m’en tenir là. La question du double rôle « compositeur / chef d’orchestre » m’a poussée à faire des recherches. J’ai ainsi appris que, si la fonction « direction d’orchestre (ou de choeur) » est attestée depuis l’Antiquité, avec différents « outils » dont la main, l’archet, et même la canne – qui a causé la mort de Lulli qui se l’était enfoncée dans le pied lors d’une répétition difficile -, le fait qu’une personne se consacre à cette direction, en tournant le dos au public, date de la fin du 18ème siècle en France, et de la moitié du 19ème en Angleterre, où les résistances furent plus fortes.
« Louis Spohr (1784-1859), puis Carl Maria von Weber (1786-1826) et Felix Mendelssohn (1809-1847) sont ainsi les premiers chefs à diriger les musiciens avec une baguette ou un archet face à l’orchestre et non plus aux spectateurs, au grand étonnement des orchestres et des auditeurs, plutôt déroutés et fortement réticents devant cette pratique indécente, qui fait tourner si impoliment le dos au public. »
Il ne manque plus que Mendelsohn… Pour vous amuser, une représentation de lui, enfant, déjà en direction d’orchestre. L’image est sous copyright, comme vous le voyez, mais autorisée pour usage non commercial. Malgré la pollution par le chiffrage, j’ai souhaité la partager avec vous…
Légende: Mendelssohn-Bartholdy, Felix ; compositeur allemand . Hambourg 3.2.1809 – Leipzig 4.11.1847. Felix Mendelssohn-Bartholdy enfant dirigeant. Grav. sur bois d’ap. dessin de Woldemar Friedrich (1846-1910), coloriée ultérieurement.
Technique/matériel: GRAVURE SUR BOIS • ARTS GRAPHIQUES • IMPRIME
Si cette question vous intéresse, je vous conseille de lire cet article très intéressant de ResMusica, qui a répondu à ma question : est-ce « habituel » que des compositeurs dirigent l’interprétation de leurs propres oeuvres? La réponse est « oui ». Les premiers à l’avoir fait ne sont autres que Berlioz et Wagner. Je vous laisse jouer à reconnaître les compositeurs dans ce schéma proposé par l’article sus-cité…
Par contre, cela provoque un autre questionnement. « Quelle place, dès lors, à « l’interprétation », dans toutes les acceptions du terme?
J’ignorais qui était Thomas Adès, certes. Mais j’apprécie Sibelius… Direction donc le Parisian Far West en ce vendredi soir! Arrivée un peu tôt, je prends le temps de monter au 2ème étage et y découvre un bar fort agréable et étonnamment peu fréquenté.
Le temps d’un Moscow Mule, et me voici redescendant vers le 1er, pour gagner ma place. Le plafond est toujours aussi beau!
Je suis toujours étonnée par le nombre impressionnant d’instruments dans un orchestre symphonique. Mais, cette fois, je le suis encore davantage. Pourquoi? Je ne sais. Peut-être les deux pianos? Les percussions très variées? Ou simplement le fait que, la scène étant plus petite que celle de la Philharmonie ou de la Seine Musicale, la quantité paraît supérieure? Mais voici qu’arrive un homme que je prends pour le chef d’orchestre.
Mais non, c’est un présentateur qui vient introduire le spectacle. Et j’apprends alors que le Maestro, ce soir, est aussi le compositeur de deux des morceaux qui vont être interprétés. Fait assez rare, n’est-ce pas? Mais d’abord Sibelius, avec Tapiola. En 1926, Sibelius, qui a alors 61 ans, vit dans la Villa Ainola (du nom de son épouse, Aino), nichée dans une forêt de pins. C’est là qu’il va composer ses deux dernières oeuvres, qui font l’objet du concert de ce 10 avril, cent ans plus tard. Il poursuivra sa vie sans composer durant les 31 années qu’elle durera encore, jusqu’en 1957…
Si vous êtes fan de la mythologie ougro-finnoise, vous connaissez sûrement Tapio. Ce n’était pas mon cas avant cette nuit, où je l’ai découvert. Revenons en 1835, plus exactement le 28 février. Un érudit, Elias Lönnrot, publie le premier Kalevala ou Les vieilles chansons caréliennes du peuple finnois d’antan. Vous êtes perdu-e? Alors décomposons. La Carélie, c’est une république sise à l’est de la Finlande.
« En 1617, par le traité de Stolbova, signé par la Suède (à laquelle était alors rattachée la Finlande) et la Russie, que la Carélie fut divisée en deux: à l’ouest, la Carélie finlandaise, à l’est, la plus étendue, la Carélie russe, elle même divisée en Carélie blanche au nord, et en Carélie Olonets au sud. Lorsque la Finlande passa sous domination russe, la partition resta effective même si les nationalistes finlandais, renforcés par tout un courant littéraire et musical, en firent, au milieu du XIXème siècle, un thème de leurs aspirations… » (source).
Je vous passe tous les détails de la Première Guerre Mondiale, durant laquelle la Carélie redevint Finnoise.
« ‘C’est en octobre 1920 que le traité de Tartu signé par la Finlande et la Russie soviétique fixa la frontière entre les deux pays: si, au Nord, la Finlande gagnait un accès à la mer de Barents, elle dut en revanche renoncer à ses prétentions sur les régions de Repola et Porajärvi contre la volonté affichée de leurs habitants. »
Sibelius n’est pas Carélien. Il est né et a vécu en Finlande méridionale, dans la région d’Helsinki. Mais il s’est intéressé à un ouvrage publié en 1835 par un certain Elias Lönnrot. Explorateur, médecin, poète et linguiste. Bref, un érudit, qui soutenait qu’une nation ne peut exister sans base culturelle partagée.
« Voici qu’un désir me saisit, L’idée m’est venue à l’esprit De commencer à réciter, De moduler des mots sacrés, D’entonner le chant de famille, Les vieux récits de notre race… »
« Lönnrot eut l’idée de rassembler les légendes de l’ancienne Finlande en 1828. Il parcourt Finlande et la Carélie pendant les sept années suivantes rendant même dans les plus petits villages. Puis, il compara et adapta ces légendes pour en faire une épopée héroïque qu’il appela le Kalevala. Ce recueil s’est enrichi jusqu’à rassembler près de 23 000 vers en 1849. En réalité, le Kalevala prend sa source en partie dans l’ancienne mythologie et en partie dans l’imagination d’Elias Lönnrot lui-même. Dans son ardeur à vouloir écrire une épopée comparable à l’Iliade d’Homère, Lönnrot a écrit des poèmes entièrement nouveaux à partir de fragments d’informations qu’il a réunis pendant ses voyages. Le Kalevala raconte une querelle entre deux peuples: les Kaleva originaires du sud de la Finlande et les Pohjola venus du nord de la Finlande et de la Laponie. »
Si vous voulez le lire à votre tour, le voici, ce livre qui regroupe cinquante chants, sous le titre Kalevala, « Terre Nourricière des Héros ».
Parmi les divinités, Tapio.
« Dieu ou esprit de la forêt, Tapio apparait sous forme humaine en général nu mais parfois magnifiquement habillé; il porte une magnifique barbe de lichen et d’épais sourcils en mousse. Il est cité dans le récit du Kalevala. Les chasseurs lui adressaient des prières avant la chasse pour qu’elle soit fructueuse.
Il vivait au cœur de la forêt en compagnie de son épouse, la belle déesse de la forêt, Mielikki. Ils étaient les parents du dieu de la chasse, Nyyrikki et de trois filles Annikki, Tellervo, Tuulikki. » (Source)
Et nous en revenons à Sibelius, et à Tapiola, le premier des morceaux de cette soirée. Le dernier composé par le musicien. Comme un oméga face à l’alpha qui serait sa Première Symphonie. Voici ce qu’en dit Radio Classique.
« Sibelius s’inspire des contes mythiques du Kalevala écrits dans les années 1830, sous la plume d’Elias Lönnrot (1802-1894). Vingt-trois mille vers exaltent les chants de Carélie. Sibelius choisit l’un des héros, Kullervo pour sa symphonie. L’identité nationale nourrit l’originalité du langage du compositeur. Elle annonce la Première Symphonie de 1899. Celle-ci recompose un folklore imaginaire criant de vérité.
L’inspiration se tourne plus volontiers vers les couleurs slaves d’un Tchaïkovski. « Il y a chez cet homme bien des choses que je reconnais en moi-même » affirme Sibelius à son épouse Aino, en songeant au musicien russe. Lors de la création, en 1899, le succès est d’autant plus immédiat que le public s’approprie l’œuvre comme un acte de résistance face à l’hégémonie de la Russie du tsar Nicolas II.«
Très d’actualité, n’est-ce pas? Mais alors que dans cette symphonie le héros est le seul personnage tragique de la mythologie finlandaise, Tapio est au contraire une divinité respectée, à laquelle les chasseurs s’adressent avant leur équipée. Dieu ou esprit? Je ne sais. Mais il est souvent représenté sous forme humaine avec barbe de lichen et sourcils en mousse.
Revenons à la musique, maintenant que nous avons une idée du contexte… Vous ne l’entendrez pas par l’Orchestre de Radio France, mais par celui de Londres. Cependant, vous aurez une idée de la puissance de ce poème symphonique en écoutant ceci. Et, si vous voulez en savoir davantage sur sa composition, un podcast en ligne est disponible sur le site de RadioFrance.
Je n’y étais jamais allée. Jusqu’à ce 9 avril 2026 où une amie m’y a invitée. Et ce petit théâtre si chargé d’histoire m’a beaucoup plu. Alors, au compte-rendu de la pièce à laquelle j’ai assisté, un petit article sur les lieux, si vous me permettez. Pour commencer, un petit mot de celui qui est à l’origine de cet édifice, et que l’on connaît sous le nom de Jacques Offenbach. Beaucoup de textes ont été écrits à son sujet. J’ai choisi un article scientifique de Jean-Paul Yon datant de 1992 traitant de la création du théâtre et de « La difficile naissance de l’opérette« .
Je ne vais pas vous entraîner dans les méandres de la recherche compliquée d’une salle pour jouer un nouveau type de spectacle dans les années 1850… Elle amène à négocier par exemple l’exploitation de la Salle Lacaze, du nom du prestidigitateur qui l’anime,
Offenbach monte rapidement une troupe, et les représentations commencent.
Cet extrait d’un article de Georges Héquet, critique de l’Illustration, est intéressant, n’est-ce pas? Mais les Champs Elysées ne sont pas le meilleur endroit, à cette époque : trop « excentrés », « la périphérie de Paris » ! La fermeture de ces premiers Bouffes Parisiens est décidée l’été 1855.
Un rapport du 7 décembre 1854 explique ce qu’était ce « Théâtre des Jeunes Elèves ».
Ce théâtre n’était que 20ème au classement des établissements parisiens, avec « seulement » 840 places (je serais curieuse de connaître le classement en termes de quantité de places à l’heure actuelle!). Et il avait très mauvaise réputation. A l’époque il y avait un palmarès étonnant : les ouvrages censurés. Sur les 123 (concernant le théâtre : au total ils étaient 8330!) censurés partiellement ou totalement entre 1835 et 1848, 10 le concernaient.
Après moultes péripéties dont je vous ferai grâce, un arrêté transforme les lieux en un véritable théâtre le 21 octobre 1855.
Nouvelles péripéties car Offenbach veut embellir les lieux et fait pour cela des emprunts, monte une société, subit un procès, en remonte une deuxième, et la naissance est sans cesse retardée. Elle a enfin lieu, et voici ce qu’en dit le journal La France Musicale du 6 janvier 1856.
C’est l’opérette qui va permettre à Offenbach de mener à bien ses projets. Il ne concurrence pas l’Opéra, ni l’Opéra Comique, mais on l’accuse de mettre à mort le vaudeville et donc le Théâtre du Palais Royal! Je vous laisse découvrir la suite, si cela vous intéresse, dans le très intéressant article sus-cité, ou par des émissions telles que la série que lui a consacrée Radio France et reviens au présent. En effet, nous ne voyons pas le théâtre tel qu’il était à ses débuts.
Sur les 715 salles parisiennes répertoriées comme « théâtres » (je ne partage pas cette manière de classer, car on y retrouve de grandes salles de spectacle comme l’Arena et le Casino de Paris!), elle est encore dans les plus grandes en termes de quantité de places, avec ses 600 places. Télérama a effectué une cartographie des « 80 salles qui comptent à Paris ». On y trouve bien les Bouffes! Personnellement, je trouve ces lieux chargés d’histoire fort intéressants.
Sur la maquette ci-dessus, j’ai encadré la place où je me situais. Et voici ce que je voyais.
Mon jeune voisin a eu la gentillesse de prendre quelques photos pour moi..
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J’allais oublier de vous dire où la trouver ! Elle est située entre l’Opéra et la rue où l’on ne mange qu’asiatique, vous savez? la rue Sainte Anne. On la trouve rue Monsigny. Connaissez-vous le Sieur qui lui a donné son nom? Un compositeur, un autre… Je vous présente Pierre-Alexandre Monsigny, né en 1729 et mort en 1817, à pas moins de 88 ans. Et, hasard ou pas, il est considéré comme l’un des fondateurs de l’opéra comique. Un théâtre de Boulogne-sur-Mer porte son nom.
Si vous voulez en savoir plus sur lui, vous trouverez sur You Tube des interprétations de ses oeuvres. Mais les seules que j’ai trouvées filmées proviennent… d’Asie! comme celle-ci, O ma tendre Musette.
« Le soir de Noël, Frédérique rend visite à sa fille Mathilde par surprise. « Ça, c’est l’amour » propose une immersion au coeur d’une histoire familiale drôle et bouleversante.«
Telle est l’annonce faite sur le site officiel du théâtre des Bouffes Parisiens. De quoi allécher, n’est-ce pas, une personne qui a envie de se distraire de l’absence de drôlerie de l’actualité… D’autant qu’elle est portée par deux actrices que j’aime beaucoup : Josiane Balasko et Marilou Berry. Eh oui, la mère et la fille, dans la vie comme sur scène.
De quoi tenter, non? Et leur jeu est aussi excellent que complémentaire, tout au long d’une pièce que je qualifierais de « sinistre » si elle n’était pas aussi bien interprétée.
Sans trop vous dévoiler l’intrigue, c’est l’histoire d’une famille où les drames se rejouent de génération en génération. Et pour quelqu’un qui, comme moi, vit depuis sa naissance ce genre de situation, ce n’est pas drôle du tout. Mais pas du tout. Restons cependant objective.
Comme je le disais, un jeu d’acteur-e-s excellent, y compris celui du seul « mâle », Riad Gahmi, dans un personnage à mon sens difficile à interpréter en finesse, ce à quoi il parvient cependant par moments.
Un texte intéressant, quoique parfois un peu « forcé » à mon goût, pour mieux accentuer l’aspect comique (oui, il y en a un peu) et dramatique (et ça, il y en a beaucoup, parfois à la limite du mélo). Et une mise en scène sobre mais bien vue, dans un décor volontairement « ordinaire ». Je glisse une photo copiée sur le net, avec le nom de son créateur, pour que vous en preniez connaissance. Pour ma part, jamais de photo pendant le jeu.
J’ai notamment apprécié les longs silences, qui permettent aux spectateur-e-s de reprendre souffle. Si vous n’avez pas peur d’assister à une pièce trop proche de certaines réalités cruelles, foncez! Car ce sont bientôt les dernières (fin 26 avril).
Mais si vous voulez vous détendre et rire tranquillement, allez voir un spectacle réellement « drôle » !
Au retour de l’Aveyron, enfin, de l’Ascension, il était justement temps de l’entreprendre, cette ascension (sans ascenseur!) pour regagner le sommet de la Butte, alias colline, alias mont. Petit détour par le Cimetière Saint Vincent, que j’avais découvert lors d’une autre balade montmartroise, mais que j’avais envie de revoir plus longuement, tant il m’avait plu. Et il a de quoi plaire! A cela plusieurs raisons. La première est l’ambiance sereine qu’il dégage. Vous me direz « pas étonnant, pour un « lieu de repos éternel ». Bon, d’accord. La deuxième est la beauté et la variété de sa végétation. Des personnes étaient, ce jour-là, venues le visiter d’un point de vue botanique, d’ailleurs.
La troisième concerne les personnes qui y demeurent. D’une part, des « personnalités » célèbres, et d’autre part, des personnes qui reflètent la vie du Montmartre de jadis. Je vous emmène promener parmi les tombes?
Faisons comme celui ou celle qui est à l’origine de la découpe de Paris en arrondissements, commençons par le centre, avec la tombe de Michou. Pas étonnant de retrouver là celui qui a animé un cabaret à un kilomètre tout juste.
Continuons vers la droite, pour trouver celle qui a formé avec Trintignant l’un des plus aimés des couples au cinéma.
Aimée, elle l’a été, et amoureuse aussi sans doute… Pas moins de quatre mariages…
« Son premier mariage, c’était en 1949 avec un certain Edouard Zimmermann. L’union ne durera qu’un an. Elle fréquente ensuite Jean Cocteau. Elle poursuit ensuite sa vie amoureuse avec le cinéaste Nikos Papatakis de 1951 à 1958. C’est avec lui qu’elle aura sa seule fille, en 1951. Par la suite, Anouk Aimée s’unira avec le chanteur Pierre Barouh, qu’elle avait rencontré sur le film de Claude Lellouche, « Un homme et une femme« , et qui a changé sa vie. Ils vivront leur histoire d’amour de 1966 à 1969. Enfin, c’est avec l’acteur britannique Albert Finney (vu dans « Voyage à deux », et plus récemment dans « Erin Brockovitch ») qu’elle convolera une quatrième fois en noces : de 1970 à 1978. »
Pourquoi est-elle enterrée ici? Tout simplement parce qu’elle habitait le Vieux Montmartre. Plus exactement, Impasse Girardon.
Anouk Aimée, dont vous découvrirez ci-dessous la véritable identité, si vous ne la connaissez pas…
Avez-vous vu le chat? Joignons « chat » et « aimée »… Cela vous rappelle-t-il un des livres que les enfants continuent à apprécier? Les Contes du Chat Perché?
Voulez-vous saluer son auteur? Celui dont je vous ai déjà parlé, voici peu, dans un précédent article, où nous avions pu admirer la statue du Passe-Muraille réalisée par Jean Cocteau? Il n’est pas bien loin…
Nous parlions de cinéma… revenons-y, avec un scénariste et réalisateur qui fut aussi en lien avec Jean Cocteau : Claude Pinoteau. Lui qui habitait Neuilly, pourquoi est-il enterré ici? Simplement parce que c’est l’emplacement du caveau familial…
« Lucien Pinoteau, complice de Poulbot et futur Président, fonde en 1936 « l’OEuvre des gosses de la Butte Montmartre » qui deviendra dès 1939 « l’OEuvre des P’tits Poulbots ». » (source : https://www.republique-de-montmartre.com/notre-histoire.html). Mais savez-vous qui est Poulbot? Permettez-moi une petite digression…
Dessinateur, illustrateur, caricaturiste, et « goguettier »… Vous ne connaissez pas ce mot? Rendez-vous bientôt pour que je vous en parle, je ne veux pas trop m’éloigner ici. Comme je vous reparlerai de Poulbot quand j’irai visiter le cimetière de Montmartre. Car non, il n’est pas ici!
Allons du côté du Quai des Brumes, de l’Hôtel du Nord et des Enfants du Paradis, pour retrouver Marcel Carné, reposant lui aussi à l’ombre du Sacré Coeur – pourquoi? je l’ignore. Si vous le savez, merci de placer un commentaire pour partager l’information !
Quittons le 7ème art pour « les beaux arts ». Pas étonnant par contre de trouver ici Utrillo, qui a tant peint la Butte! Sa tombe est dans les « étages supérieurs », c’est le cas de le dire! (celle de Carné, tout en bas au contraire).
Mais j’ai été surprise de trouver non loin de lui un peintre que j’aime beaucoup et que j’associe à la Normandie : son Musée n’est-il pas à Honfleur ? Alors j’ai cherché. Il est effectivement mort à Deauville, au bord de la mer qu’il aimait tant. Et a été enterré quatre jours plus tard, le 12 août 1898, à l’endroit où vous pouvez lui rendre hommage. Pourquoi là? Je ne sais. Mais son ami Edmond Yon lui avait dédicacé une toile représentant les moulins de Montmartre. Sans doute y fréquentait-il d’autres artistes?
Parmi les autres arts, la musique, avec notamment Arthur Honneger, qui avait un atelier à Montmartre.
Surplombant la tombe, une belle oeuvre sculpturale orne une sépulture moins dépouillée.
Vous en apercevez une autre au loin. Le premier rang près de l’entrée offre en effet une belle perspective sur ce qui pourrait faire d’un cimetière un musée en plein air.
Loin de moi l’idée de vous détailler toutes les tombes de gens « célèbres » ou moins qui peuplent ces lieux. Il y en aurait pour longtemps et ce serait ennuyeux. Je préfère partager avec vous plan et liste que j’ai trouvés alors que j’achevais ma balade.
Vous pourrez ainsi aller voir chacune et chacun. A moins que vous ne préfériez, comme moi, « errer » un peu au hasard pour d’autres découvertes, comme cette magnifique et émouvante épitaphe. J’ai longuement hésité à la publier, mais comme elle est visible de toutes et tous sur site et que je ne vous donnerai pas le nom d’une personne enterrée ici, je me suis dit que la RGPD ne s’appliquait plus.