Désuet ou rafraîchissant ? Une pause chez Carette

Il est de ces lieux qui fleurent bon le passé, et font revivre les Belles Dames et Courtois Messieurs de jadis… Tel est le cas de ce salon de thé dont j’ai poussé la porte pour la première fois en ce soir de janvier, après la représentation du magnifique spectacle de David Coria.

Photo empruntée à la page Facebook de l’établissement

Un vaste comptoir, sur le côté gauche de la salle, a de quoi exciter la gourmandise, avec sa farandole de gâteaux. Pour info, n’ayant pas réussi à le prendre en photo tant il est long, j’ai cherché sur le net. Apparemment, personne ne parvient à le photographier correctement!

Même si, à cette heure tardive, il est aux trois quarts vide, il reste néanmoins de quoi faire saliver, entre éclairs, tartelettes au citron, millefeuilles et autres pâtisseries, sans compter une diversité impressionnante de macarons. Pour ma part, j’ai opté pour cette délicate tartelette, dont j’ai apprécié la finesse de la pâte et la délicatesse de la crème.

Mais on peut aussi se sustenter avec du salé, notamment des sortes de Croque-Monsieur d’une délicatesse absolue.

L’établissement est né la même année que ma mère, en 1927… Et – cela ne s’invente pas – la co-fondatrice se prénommait… Madeleine! Son portrait trône en majesté dans la vaste salle et, de son regard sévère, elle semble encore surveiller le personnel à ses entrées et sorties de cuisine, et la clientèle à celles des toilettes…

Dans trois ans, l’établissement fêtera son centenaire, sans doute encore plus brillamment que celui de ses 90 ans, narré dans cet article. Un autre article, celui-ci dans le magazine du XVIème, présente joliment cette vieille institution du quartier :

 » C’est en 1927 que Jean Carette et sa femme Madeleine ouvrent leur pâtisserie sur la Place du Trocadéro.
Le lieu devient vite le rendez-vous familial des parisiens de la Rive droite. On va « chez Carette » de génération en génération, avec sa grand-mère à l’heure du thé, avec ses enfants pour un goûter gourmand ou ses amis au déjeuner.
Pourquoi le salon plaît-t-il toujours autant aujourd’hui ? Parce qu’il est immuable ! Si Carette s’est offert une petite beauté au tournant du XXIe siècle, l’établissement n’a jamais vraiment changé : le portrait de l’illustre patronne Madeleine Carette est toujours accroché au mur, les tables sont toujours en marbre rose, le carrelage en mosaïque a été conservé tout comme les miroirs et les éclairages en verre dépoli qui ont gardé leur style des années 30. Il y aussi le cérémonial d’un autre temps : les serveuses portant des tabliers blancs comme autrefois, la vaisselle joliment vintage avec ses services en porcelaine fleurie, ses carafes en argent, ses soucoupes et sous-tasses qui prennent toute la place sur les tables ! Carette, c’est tout cela : un service d’apparat, un décor mêlant classicisme et années folles, un lieu animé du matin au soir où se croisent la clientèle d’habitués, les riverains lisant le journal, quelques célébrités et des Instagrammeurs venus du monde entier pour photographier les pâtisseries dans leurs assiettes siglées Carette. »

J’ai cherché en vain des références littéraires où elle serait mise en scène, mais n’en ai pas trouvé. Mais il est vrai que Proust est décédé 5 ans avant sa création…

En quête du merveilleux à Bordeaux

Une fin d’après-midi à Bordeaux en ce 25 mars… Stationnement Place des Quinconces, et en route!

Sur le plan ci-dessous je n’ai pu suivre que le début de cette balade. Ensuite, je perds le fil car j’ai enchaîné toutes sortes de petites rues, en direction de la Librairie Mollat, mon étape intermédiaire, située près de « Gambetta ».

Les taggeurs (orthographe???) ne manquent pas d’humour pour ainsi défier Montaigne…

Je suis déjà passée par là à maintes reprises, mais n’avais jamais remarqué ce détail saphique.

La Place de la Bourse, noire de monde la veille, est quasi-déserte.

Se promener tête en l’air est bien la seule manière d’échapper à la société de consommation. Certains détails font de la ville une cité déjà bien méridionale.

Et l’on a l’impression d’assister à un concours de fenêtres.

Certaines boutiques à la devanture remarquable trompent le chaland. Publicité mensongère?

La curiosité me pousse à pousser… une porte et pénétrer dans un immeuble sans prétention. J’ai malheureusement raté la photographie de la fontaine situé en bas de ce bel escalier en colimaçon.

Mais je n’ai pas résisté à l’attrait du carrelage dont l’usure conduit à imaginer tous les pieds qui l’ont produite.

Refermons la lourde porte qui préserve la vie secrète de cet édifice. Il est temps d’aller vers le merveilleux…

Un espace hors du temps

Il est encore des lieux parisiens qui ont échappé à ma curiosité. Ainsi, le Musée de la vie romantique. Je connaissais son existence, mais doutais de son intérêt pour moi. Le romantisme n’est pas ce que je préfère en littérature ni en beaux-arts… Il a fallu une représentation d’Ophélie placardée sur des affiches et surtout des présentations du petit café qu’il abrite en son sein pour me donner envie d’y aller.

Et je n’ai pas regretté.

Un espace hors du temps, tel est l’expression qui m’est venue en pénétrant en cette matinée d’été dans une courette, puis un petit lieu arboré au charme désuet, qui échappe à tout bruit. On s’y sent tout de suite « bien », « tranquille », plus « serein-e »…

Même l’espace « cafeteria », sis dans une verrière, ne manque pas de charme malgré un aménagement « moderne »…

Ce qui m’a par contre choquée, c’est l’anglicisation outrancière de la pâtisserie. Et pas seulement dans les mots. Pas moyen de trouver un croissant ou un pain au chocolat, alias chocolatine. Non, ce ne sont que cakes ou scones… Il faut dire que les scones de Rose Bakery ont même envahi le Bon Marché… et le thé gagne du terrain sur le café… Normal, me direz-vous, pour un « salon de thé »… pardon, « tea room »… mais peut-on appeler « room » un jardin ?

Peu importe le contenu, pourvu qu’on ait l’ivresse… une ivresse douce et harmonieuse en ce clos verdoyant et paisible…