Beaumarchais trahi ?

Celles et ceux qui me connaissent savent combien j’apprécie le courage de Beaumarchais, qui a osé défier les « Grands » de son temps et semer les graines de la démocratie en terreau noble et royaliste. Ses textes percutants. Ses personnages si vivants. Ses idées si actuelles.

Aussi étais-je intéressée par l’invitation qui m’a été faite d’aller voir une représentation du « Mariage » à la Scala. D’autant que la distribution en était alléchante, Torreton en tête d’affiche.

Je ne sais si c’est moi qui n’était pas « in the mood » ou s’il faut suivre la critique acerbe du journal La Terrasse, lue hier soir après la représentation… Toujours est-il que je ne suis pas parvenue à me laisser happer par le jeu pourtant « habité » des actrices et acteurs, qui se sont démené-e-s pendant deux heures sur une scène au décor si minimaliste que j’avais parfois du mal à comprendre ce qu’il représentait : de grandes échelles, un vaste morceau de tissu faisant « tapisserie », et du mobilier à quatre pieds.

Il a fallu attendre la fin pour que l’on puisse vraiment apprécier l’esprit de Beaumarchais, à travers notamment une brève tirade joliment dite par Philippe Torreton.

« LE COMTE : … Il ne faudrait qu’étudier un peu sous moi la politique.

FIGARO : Je la sais.

LE COMTE : Comme l’anglais, le fond de la langue!

FIGARO : Oui, s’il y avait de quoi se vanter. Mais, feindre d’ignorer ce qu’on sait, de savoir tout ce qu’on ignore, d’entendre ce qu’on ne comprend pas, de ne point ouïr ce qu’on entend, surtout de pouvoir au-delà de ses forces; avoir souvent pour grand secret de cacher qu’il n’y en a point ; s’enfermer pour tailler des plumes, et paraître profond, quand on n’est, comme on dit, que vide et creux ; jouer bien ou mal un personnage ; répandre des espions et pensionner des traîtres ; amollir des cachets ; intercepter des lettres ; et tâcher d’ennoblir la pauvreté des moyens par l’importance des objets. Voilà toute la politique, ou je meure !

LE COMTE : Eh! c’est l’intrigue que tu définis !

FIGARO : La politique, l’intrigue, volontiers mais, comme je les crois un peu germaines, en fasse qui voudra. » (acte 3, scène 5)

Pour moi, la seule « Lumière » de cette pièce au rythme trop rapide, où parfois les paroles se perdent (voix trop faibles? mauvaise acoustique?), qui m’a révoltée car j’y voyais une trahison vis-à-vis d’un auteur si « fort », au texte si puissant.

Post scriptum

En lisant la critique dont je parlais plus haut, vous allez comprendre pourquoi j’hésitais à écrire mon propre texte… on dirait que je la plagie. Mais je vous assure que ce n’est pas le cas!

« Les cinq actes du spectacle filent à vitesse grand V, en un peu moins de deux heures, sans que les actrices et acteurs ne parviennent à approfondir les enjeux intimes et sociétaux de la pièce. La comédie de Beaumarchais, par le biais des jeux de séduction et des abus de pouvoir qui nourrissent les rebondissements de son intrigue, tend un miroir à la question du consentement et de la domination (de classe, de genre…) qui interrogent, bien sûr, pleinement notre époque. Aucune de ces correspondances contemporaines ne vient vivifier la mise en scène de Léna Bréban. Ici, le théâtre d’hier reste dans son siècle lointain, alourdi par des codes de jeu appuyés et des ressorts dramaturgiques inopérants. On rit peu, lors de cette journée pas si folle. On ne pense guère davantage. Ce n’est que lorsque la représentation cesse de courir pour laisser Annie Mercier, puis Philippe Torreton, déployer les accents de monologues enfin forts de sens, que ce Mariage de Figaro prend un peu de consistance.« 

Un dernier mot… Sans être âgiste, j’ai toujours ressenti un malaise quand des artistes trop vieux ou vieilles jouent des rôles d’une (voire plusieurs) génération(s) de moins. La première fois que je le ressentis, c’était pourtant un immense acteur : Jean Marais! Torreton, selon moi, ne « passe » pas dans le rôle de Figaro. Comment « croire » qu’il est le fils d’un père qui a une dizaine d’années de plus que lui et d’une dame qui n’a qu’un an de plus? A vous de jouer… où est le fougueux Figaro sur cette photo proposée par le site de La Scala?

Christian Krohg, une belle découverte…

Je suis allée récemment au Musée d’Orsay, pour y voir diverses expositions, mais il m’en restait une à visiter, qui se termine le 27. Or, hier, c’était déjà le 24. Un jeudi. Juste le jour de la « nocturne ». Belle conjonction! Me voici donc dans le bus qui me conduit vers le Musée d’Orsay, puis la file d’attente (car le billet pris par Internet avait mystérieusement disparu), puis filant vers les salles repérées au préalable.

Et je n’ai pas été déçue! Les émotions ont bien été au rendez-vous!

Bien sûr, il y avait celles que j’attendais, que j’espérais. Dans la série « marins », dont un tableau figurait sur l’affiche (voir ci-dessus!). Cependant je n’avais pas perçu l’originalité (pour l’époque) de son approche : l’angle de vue et le sens du détail. Le tableau reproduit sur l’affiche ci-dessus en est un exemple. En voici deux autres, qui, pour la fan de voile que je suis, illustrent deux des rôles importants sur un voilier…

Saisissant, non? Saisi, sans le « ssant », également!

Cette technique n’a pas été exploitée que sur l’eau… en voici un autre exemple, que j’ai beaucoup aimé.

Quelle intemporalité! Qui d’entre nous n’a pas eu ce geste, au grand dépit des parents ou grands-parents? Et qui ne continue pas à en être témoin, actuellement? C’est l’un des paradoxes que j’ai ressenti au cours de ma visite. A la fois une inscription réelle dans son époque – je dirais même une forme de révolte contre les injustices sociales, de militantisme – et une permanence au travers des siècles, notamment dans les interrelations humaines. Commençons par quelques peintures « narrant » littéralement des faits témoignent de la pauvreté, de l’injustice, de ce que l’on ne nommait pas encore la précarité.

La série de portraits de couturières épuisées par leur labeur est remarquable, et je ne résiste pas à l’envie de la partager avec vous.

Certaines oeuvres montrent combien la beauté subsistent malgré les difficultés, n’est-ce pas? Comme dans un des tableaux les plus connus du peintre, qui prenait parfois comme modèle des prostituées, ce que lui reprochait la « bonne société ».

Venons-en maintenant à ce que j’ai qualifié d’intemporel, de permanent, de « résistant ». En peignant des moments de la vie privée et/ou familiale, l’artiste soulève des émotions empreintes de l’écho qu’ils éveillent en nous. En tout cas, en moi. Car j’ai été très émue, je l’avoue, devant certains tableaux.

Au moment où j’écris ces lignes, il ne vous reste que le week-end pour aller voir l’exposition… Courez-y vite, si vous le pouvez. A défaut, il vous reste le net, où documentaires et photos ne manquent pas pour que vous puissiez « rencontrer » ce Norvégien qui n’a pas été que peintre, mais également écrivain et journaliste…

Une journée extra-ordinaire

Il est des jours où tout s’enchaîne mal, où les petits problèmes s’accumulent et nous poussent à penser que « tout va mal ». Ce n’est pas du tout ce qui s’est produit hier, où, au contraire, les faits se sont enchaînés pour me faire croire à une bonne étoile… Il n’est guère dans mes habitudes de vous raconter ma vie sur ce blog où je préfère partager mes découvertes, mes plaisirs, mes coups de gueule comme mes coups de coeur… Mais j’ai trop envie de vous narrer ce qui s’est produit et vais donc céder à cette envie.

Episode 1. Efficience de l’URSSAF

Ma journée s’annonçait plutôt pénible, avec de l’administratif. Comme je n’avais pas obtenu de réponse de l’URSSAF pour finaliser ma déclaration d’impôts, et qu’il est difficile d’avoir un interlocuteur (qui est le plus souvent une interlocutrice) au bout du fil, je tentai une connexion (mais le site a évolué et se « loguer » devient une épreuve que je ne réussis pas – je parle au passé simple, ça fait bien n’est-ce pas?) une nouvelle fois, j’osai un nouvel appel. Miracle, seulement quelques sonneries, et une voix me répond. Et me donne toutes les informations dont j’ai besoin, notamment où trouver la fameuse fiche qui m’a été adressée suite à ma demande (autre miracle!). Bref, en 10 minutes tout était résolu!

Episode 2. Un RDV pour une échographie une demi-heure après, dans un centre conventionné tout près de chez moi

Autre épreuve que je décidai d’affronter alors : trouver un rendez-vous pour une échographie dans les deux jours qui suivent, sans payer un supplément tel que les 122 euros de mon précédent examen. Vite, Doctolib. Il est alors 11h20 Première réponse, en première ligne : une proposition pour 12h (si, si!) au Centre de santé proche de chez moi (où tout est pris en charge).

Mais il faut être à jeun depuis au moins 6 heures. Une chance! J’ai oublié de petit-déjeuner! Et une seconde : je sors de la douche, il ne me reste plus qu’à me vêtir, chausser, attraper l’ordonnance et filer. Une heure après, l’examen était fait et je pouvais rentrer.

Episode 3. Un colis livré dans l’heure

Alors que je m’apprête à sortir dans la rue, je me retourne pour demander à l’homme que je venais de croiser, l’air perdu, si je pouvais l’aider. « Oui, je dois placer un avis de passage pour un colis pour Madame X ». « Eh bien, c’est moi, Madame X! Vous avez le colis? » « Non, je l’apporterai vers 13h » « Je ne suis pas sûre d’être de retour, car je pars faire un examen médical. » « Alors ce sera jeudi ». « Mais, jeudi, je ne serai pas ici. Puis-je vous laisser mon numéro de téléphone, et vous m’appellerez tout à l’heure, j’essaierai de vous retrouver dans le quartier? » Il accepta et m’appela pour que je garde trace du sien. A mon retour, je lui envoie un SMS. Il m’appelle aussitôt : « J’arrive dans 5 mn ». Et c’est ainsi que je pus réceptionner un gros carton, toute étonnée, car je n’avais rien commandé. Qui contenait un minuscule boîtier adressé gratuitement par Orange…

Episode 4. Cadeau d’un commerçant

Comme j’étais sortie très vite du Centre de santé, je décidai de pousser jusqu’au magasin de matériel informatique Gingko, un peu plus loin sur le Boulevard Saint Germain, car j’étais en manque d’encre pour mon imprimante. J’y achetai un jeu de cartouches noire et de couleurs. Au moment de payer, le commerçant me demande si je ne voudrais pas une bleue en supplément. Gratuite. Je n’ai pas refusé, bien sûr!

Episode 5. Une rencontre étonnante

Revenons un peu en arrière. Alors que j’arrivais au magasin sus-cité, s’y trouvait déjà une belle jeune femme. Qui s’adressa à moi : « Vous allez assister à une résurrection! » Je lui demandai si elle avait fait un voeu avec un cierge à l’église (intégriste) voisine… Le réparateur-commerçant dont je viens de vous narrer la générosité avait réussi à réparer son Mac alors qu’il l’avait totalement lâché. Nous échangeons sur nos professions. Elle me déclare mener des expériences autour de la démocratie participative. Je lui demande si elle s’inscrit dans la même mouvance que mon ami José Dhers. Elle ne le connaît pas, mais aussitôt regarde sur le net. Comme je la questionnais sur ses « expériences », elle me parla de « Ma Voix », à l’Assemblée Nationale.

Si cela vous intéresse, un mémoire sur ce sujet m’a permis de mieux comprendre ensuite. Nous décidons d’échanger nos coordonnées. Etonnée par son prénom et son nom, je les lui fais répéter… D’abord, le prénom, plutôt rare : Quitterie. Si vous voulez en savoir plus sur Sainte Quitterie, patronne d’Aire-sur-l’Adour, allez ici. Le prénom latin renvoie à la notion de « calme », de « tranquillité » : c’est la même racine que « quiet » « quiétude »… Ensuite, le nom, qui vous évoquera peut-être quelqu’un d’autre : « De Villepin ». Et, effectivement, c’est sa famille. Le net m’a appris qu’en réalité c’est une des branches des « Galouzeau de Villepin », très fournie en énarques…

« Ayant commencé sa carrière au début des années 2000 en créant des campagnes de communication pour des ONG, Quitterie de Villepin, 38 ans, connue aussi son nom de femme mariée – Delmas –, est devenue la responsable de la campagne numérique de François Bayrou en 2007. Se disant dégoûtée par la politique politicienne, elle a ensuite quitté le Modem. Elle est cependant restée très présente sur les réseaux sociaux, notamment grâce à sa campagne menée contre les marques de textile à la suite de l’effondrement meurtrier de l’atelier bangladais du Rana Plaza en 2013 (elle avait été invitée sur Arrêt sur images pour en parler, à voir ici). Elle est à l’initiative du mouvement #MaVoix lancé en 2015 qui veut « hacker l’Assemblée nationale », en imposant des candidats citoyens. »

Attention, cet article a 9 ans, elle en a donc 9 de plus… mais fait très jeune! et réside dans mon quartier… d’où sa visite à ce magasin, un 8 juillet au matin, qui permit cette rencontre… Elle tient un blog, je l’ai appris depuis… d’une bien meilleure qualité que le mien, à tous points de vue!

Episode 6. Une conjonction de livraisons bien menées

J’avais espéré déjeuner avec un ami ce midi-là. Mais il était retenu à la Défense, dans l’attente d’une livraison, et m’avait donc déclaré l’impossibilité de nous rejoindre. Vers 13 h, donc, après avoir réussi avec l’URSSAF, reçu mon colis dans les temps, chez moi (alors que je dois toujours me déplacer à la poste), fait mon échographie, acheté mes cartouches et en voir reçu une gratuite, rencontré Quitterie de Villepin et être rentrée chez moi, je m’apprêtais à pique-niquer dans mon studio. Je reçus alors un appel « La livraison est faite, je peux te rejoindre, sur le trajet de la ligne 1 ». Rendez-vous fut alors pris pour la sortie de la station Saint-Paul… Malgré une panne de mon téléphone, je réussis à y retrouver mon ami pour un agréable déjeuner… Et c’est alors que je vécus un autre moment étonnant…

Episode 7. Une rencontre plus que surprenante

Nous voici donc à la recherche d’un restaurant dans ce coin que je connais mal, bien qu’y ayant joué les touristes, dans l’église Saint Pierre Saint Paul et en découvrant l’Hôtel de Sully. Enfin nous en repérons un, que je vous recommande : le Café Fontaine Sully (au calme dans rue perpendiculaire à celle de Rivoli, et avec un personnel très sympathique).

Au moment de nous y installer en terrasse, une voix masculine : « Bonjour, Madame! ». Un charmant jeune homme… Mais qui pouvait-il être? Vite, mon cerveau tourne… Un stagiaire? Arrive alors une jeune femme, puis une autre, puis une dame plus âgée… Ce ne sont autres que les 4 personnes rencontrées la veille dans le train en provenance de Calais. J’avais entendu, tout au long du trajet depuis Abbeville, leur conversation. Une grand-mère et 3 jeunes gens venus passer quelques jours à Paris, en « touristes ». J’avais alors proposé mes services pour les aider à distinguer ce qu’il et elles avaient à voir, où aller manger peu cher, etc. Et leur avais donné l’adresse de ce blog. Un peu plus de 24 heures après, nous voici donc réuni-e-s par le hasard, dans un quartier où je vais assez rarement! Surprise réciproque, vous imaginez bien!

J’espère ne pas vous avoir ennuyé avec ce récit un peu long. Mais j’avais vraiment envie de partager cela avec vous. Peut-être vous demandez-vous comment j’ai achevé la journée? Au théâtre, à me tordre de rire… Mais c’est une autre histoire…

Pétaudière

Dans le train qui me ramenait en ce lundi matin vers Paris, une jeune fille épelait des mots… Le livre qu’elle avait en mains permettait d’émettre l’hypothèse qu’elle allait passer le concours d’entrée en formation « orthophonie ».

Ce qui fut confirmé lorsque j’éclatai de rire à l’énoncé d’un des mots : « pétaudière ». Qui, de nos jours, utilise ce terme? Pourquoi figure-t-il dans la liste qu’une potentielle future orthophoniste doit apprendre par coeur? Première énigme!

Mais il en est une autre pour moi : quelle est l’étymologie de ce mot? Aucune racine latine ni grecque ne me semblait l’expliciter…

Me voici donc parcourant le net, à la recherche de la réponse. Et je n’ai pas été déçue! Au point que j’ai eu envie de partager cela avec vous.
« Pétaud » est bien en lien avec « péter », si, si… et avec « paysan ». Il n’y avait que Rabelais pour oser donner ce nom à un souverain, dans le Tiers Livre, paru en 1546.

« Le roy Petault … nous envoya refraischir en nos maisons. Il est encores cherchant la sienne ».

C’est donc le nom d’un personnage fictif, un roi qui ne parvenait pas à faire régner l’ordre. J’ai renoncé à aller jusqu’au bout de la Satyre Ménippée, qui fait 406 pages et dans laquelle on ne peut faire une recherche lexicale, mais c’est là que le fameux « roi Pétault » apparaît pour la deuxième fois, à la fin du même siècle.

« L’hostel du roy Petaud où chascun est maistre (Essai sur les proverbes ds Sain., op. cit., p.236), c’est la cour du roy Petaud, chascun y est maistre« 

Ce personnage est donc devenu symbole du désordre, tel que celui qui était censé régner dans sa cour. Les auteurs se sont succédés, qui ont ainsi qualifié des souverains qu’ils méprisaient, comme Henri III, censé régner sur « une pétaudière »… Si la question vous intéresse, sachez qu’elle a donné lieu à une thèse : Une représentation de l’Histoire qui se joue des codes scéniques : « Henri III et sa Cour » et « La Cour du Roi Pétaud » (Christine Prévost). Il faut dire qu’Alexandre Dumas s’est emparé de ce personnage dans une pièce en un acte : Henri III ou la Cour du Roi Pétaud, dans laquelle il se pastiche lui-même.

« Dumas, auteur d’un pastiche de Dumas? Eh oui, cela est arrivé avec cette pièce de théâtre qui parodie Henri III et sa cour (voir une notice sur Henri III et sa cour sur dumaspere.com). Cette collaboration on ne peut plus étroite entre l’écrivain parodié et les auteurs de la parodie a permis à La cour du roi Pétaud d’être représentée dès le 28 février 1829, au Théâtre du Vaudeville, alors que la première de Henri III et sa cour avait eu lieu le 10 février.
La pièce démarque son modèle de très près. La cour d’Henri III est remplacée par celle du roi Pétaud (le roi Dagobert dans la première version), le duc de Guise par le duc de Childebrand, Saint-Mégrin par Saint-Flandrin, etc…
Les deux camps qui partagent la cour se déchirent autour de la question: faut-il porter les hauts-de-chausse à l’endroit, ou bien à l’envers?
Au fil de la pièce, on retrouve toutes les grands scènes de son modèle: le duc qui force sa femme à donner un rendez-vous à son rival, le roi qui déjoue les projets du duc en se nommant lui-même à la tête de la ligue que ce dernier voulait créer, etc… » (source)

Daumier s’en est emparé…

Puis ce fut le tour de Léo Delibes…

Cet opéra-bouffe met en scène deux rois, aussi ridicule l’un que l’autre. Voici un dessin d’un des costumes scéniques du Roi Pétaud :

Et bien sûr, Molière ne pouvait pas ne pas y faire allusion, et ce, dès la première scène du premier acte de Tartuffe.

Quant au terme « pétaudière », il semble qu’il apparaisse au 19ème siècle, d’abord chez Sainte-Beuve, dans une critique de la démocratie digne de certains politiques actuels. Pour certains étymologistes, il ne viendrait pas du personnage fictif, mais de l’habitude, chez des mendiants, d’élire un roi fictif, appelé « Roi Peto », de « peto, petare », en latin, qui signifie « je demande ».

« Quelles pétaudières sont les démocraties! On ne sait à qui s’en prendre (Sainte-Beuve, Corresp.,t.3, 1839, p.93) »

Huysmans, écrivain et critique d’art, s’en empare pour qualifier le Salon de 1880 :

« Le Salon de 1880, c’est une pétaudière, un fouillis, un tohu-bohu, aggravés encore par les incomparables maladresses du nouveau classement (Huysmans, Art mod.,1883, p.144). »

En 1936, c’est Céline qui l’utilise dans « Mort à crédit »:

Madame des Pereires (…) essayait de remettre un peu d’ordre… Que ça ait pas l’air trop étable… Déjà que c’était normalement une terrible pétaudière, alors depuis cette cohue, y avait plus un sifflet d’espace! (Céline, Mort à crédit,1936, p.527).

Depuis, les politiques de tout bord exploite le terme pour critiquer leurs rivaux.

«  »En tant que gaullistes, on ne peut accepter que la chienlit s’installe au sommet de l’État », souligne, dans le Télégramme, M. de Villepin. Laurent Fabius a vu jeudi sur France Info dans la présidence Sarkozy « la pétaudière dans tous les domaines »

« «A droite, c’est plutôt la cour du roi Pétaud, comme dans Tartuffe», lance Jack Lang sur France Inter. L’ancien ministre de la Culture précise : «Comme on dit en langage contemporain, c’est la pétaudière.»« 

Pasqua s’en empare pour critiquer la conférence de Seattle en 1999.

« Une seule chose permit à l’UE d’éviter de se déchirer en public davantage encore : il avait été opportunément prévu d’achever la conférence de Seattle le 3 décembre. Cette date butoir permit de mettre un terme à la pétaudière générale qui était en train de dégénérer dans la ville de Boeing et de Microsoft. »

Et pour Maigret (Bruno, pas le Commissaire!), en 2006, c’est toute la classe politique qui peut être traitée de telle.

« Bref, chers amis, dans la classe politique c’est ce qu’on pourrait appeler une pétaudière. »

Depuis quelques temps, les occurrences du terme explosent quantitativement, à propos des assemblées, de l’éducation nationale, etc. et tous les partis politiques y ont droit… Bref, un mot qui revient à la mode, même en l’absence de roi! Et les étrangers n’y échappent pas. Le Monde a ainsi titré en 2017 (eh oui, déjà!) : « Aux Etats-Unis, la pétaudière du président Trump. »

Bref, un mot qui a de l’avenir, et peut-être est-il nécessaire d’apprendre pour devenir orthophoniste, pour ne pas l’épeler comme ma jeune voisine « péto… »

Et si vous voulez vous amuser, vous pouvez lire cet article sur les appels à projets dans le sport, « de la complexité à la pétaudière », ou encore ce blog « Mots surannés« 

Sacrilège! : une exposition inspirante

Je n’avais pas entendu parler de cette exposition, mais un ami m’y a entraînée, et je ne l’ai pas regretté, loin de là. J’ose affirmer qu’elle enrichit. Elle nourrit la pensée. Surtout en ces temps troubles où l’on se sent parfois en tension entre nos valeurs et nos réactions… Les Archives Nationales présentent ce que je nommerai des pistes de réflexion autour des questions vives que sont l’articulation politique / religion(s), Etat / Eglise(s) ou autres organisations autour des religions, et l’impact sur le juridique, voire le quotidien. Passionnant et très riche!

Je vous emmène donc dans l’Hôtel de Soubise, remarquable exemple d’architecture et de jardins classiques.

Le parcours est d’abord historique, et commence avec l’histoire de Socrate. J’aimerais citer un vieil article (paru dans Le Monde en 1956!) à ce sujet, qui montre comment on en arrive (encore maintenant, hélas) à des aberrations comme le procès et la mort du philosophe.

« DEPUIS deux mille cinq cents ans Socrate est resté pour nous ce qu’il était pour ses contemporains : l’homme des contrastes. Il est l’avocat du pur entendement, mais aussi le messager de l’Erôs ; le philosophe critique, mais aussi l’homme guidé par des avertissements lumineux ; le porte-parole d’une morale pratique, mais aussi le visionnaire qui se sent rattaché aux essences éternelles. Son procès ajoute à son ambiguïté ou plutôt y met le sceau. Condamné pour impiété, c’est-à-dire pour introduire des nouveautés dans la religion et la cité, il était profondément religieux et parfait citoyen, soumis plus qu’aucun autre aux rites et aux lois. A l’heure où la raison ébranle les anciennes règles, son propos tend plutôt à retourner d’une certaine manière le rationalisme contre lui-même pour le mettre au service de la tradition. Mais ses juges n’ont su comprendre cet étonnant paradoxe. Sans doute parce que, au delà des affirmations et des négations qui opposent les hommes, Socrate a découvert une source plus originaire, la pensée interrogative ou dubitative, une certaine synthèse ou plutôt unité de la pensée interrogative et de la pensée dubitative. Et cette attitude, qui fait du doute une interrogation continue, il la maintint jusqu’au bout, capable de fixer la mort et de lui parler face à face. » (source)

Après Socrate, on en arrive assez vite à Jésus, bien sûr. A l’accusation de « blasphème » porté contre lui par Caïphe, lorsqu’il maintint son affirmation de filiation divine.

Trois expressions, trois motifs de sanction au nom des autorités… de l’Etat ou religieuses? « Lèse-majesté »; « blasphème »; « hérésie ».

Les rois de la récente France vont s’emparer de ce système « confusionnant » (si j’ose dire) pour asseoir progressivement leur pouvoir, y compris face à la toute-puissante Eglise catholique et à ses papes.

Et celui qui fut sanctifié et devint Saint Louis n’a pas été le plus tendre, en faisant brûler au fer rouge les lèvres des personnes accusées de blasphème! Et il a régné 43 ans… Or c’est sa canonisation, en 1297 qui permit la sacralisation de la dynastie royale et conforta sa puissance.

Un peu de généalogie pour se rafraîchir la mémoire et voir comment on en est arrivé à celui qui fut assassiné par l’un d’entre eux, devenu roi parce que la branche des Valois s’éteignait?

Et ça se corsa… car les protestants s’en mêlèrent, si j’ose dire…

Un tableau m’a particulièrement frappée, et j’ai eu la chance de l’entendre commenter par mon ami, féru d’histoire et doté d’une forte capacité d’objectivation. C’est le Typus religionis. Comment cette allégorie des ordres religieux, saisie chez les Jésuites, a-t-elle pu m’échapper jusqu’à présent?

Je ne vais pas tout vous dévoiler, et vous laisse en découvrir la richesse par vous-même. Mais, pour en revenir à Ravaillac et Henri IV, ce tableau inverse l’opinion répandue par l’histoire : l’assassin est parmi les personnages qui grimpent l’échelle menant au navire, alors qu’Henri IV est parmi les personnages de droite, destinés à sombrer…

Ce qui fait écho à ce tableau.

On voit à quel point la « diabolisation » a été exploitée par les uns et les autres, aboutissant aux supplices, tortures, crimes… et aux accusations plus ou moins (in)justifiées, comme celles qui figurent sur ce long rouleau correspondant au procès de Guichard, évêque de Troyes.

Vous l’avez compris, l’exposition est très riche et pousse à s’interroger et questionner ses propres principes. Au détour d’une salle consacrée à l’Histoire…

… une télévision! Qui apparaît comme anachronique, c’est le moins qu’on puisse dire. Pourquoi siège-t-elle là? Parce qu’elle évoque un événement qui touche à la question soulevée : le match de football où le fait que la Marseillaise soit sifflée par une partie du public (en particulier les supporters corses) a provoqué l’ire présidentielle, et poussé Jacques Chirac, alors président de la République, à quitter le stade avant le début de la rencontre. Son discours évoque à la fois le blasphème « (« atteinte aux valeurs essentielles de la République) et une forme de sacrilège… Je vous laisse regarder cela sur les archives de l’INA.

Un autre téléviseur relate les débats autour du port du voile, et la dernière salle est consacrée à ce sujet et à celui de la censure… Quand défendre la laïcité entre en tension avec la liberté d’expression… Vous voyez comment cette exposition « remue les méninges »!

Un homme heureux

Qui est cet « homme » bienheureux? Le titre semble simple, mais, à la sortie du cinéma, on peut se poser la question…

J’avais hésité à aller voir ce film qui a été lancé à coup de grands campagnes médiatiques, et traite d’un sujet très à la mode. Dans un tel cas, je suis toujours méfiante.

Et si vous me demandez maintenant « faut-il aller le voir? », j’hésiterais…

Oui pour avoir osé aborder ce thème.

Oui pour la performance de Fabrice Lucchini, pour une fois pas trop cabotin et assez sobre (quoique…), et pour celle de Philippe Catherine, pas trop « humoriste, j’en fais beaucoup ».

Oui pour la satire de la vie « politique » dans une petite ville du Pas-de-Calais. Satire qui prend cependant au sérieux quelques-uns des problèmes de ses habitant-e-s, dont certain-e-s gagnent leur vie grâce aux emplois fournis par EDF, en travaillant à la centrale nucléaire de Graveliens qui a massacré un coin de leur magnifique côte.

Mais aussi film qui rappelle l’importance, pour la population locale, de se défouler chaque année au Carnaval de Dunkerque.

Et oui, bien sûr, pour les magnifiques photos de Montreuil-sur-Mer et de ses environs.

Un coin de France dont on parle peu et qu’on montre encore moins, à l’exception des natifs/ives. Pourtant si beau et si accueillant, comme je l’ai constaté à maintes reprises. Mais, si j’y suis allée et retournée, ce n’est pas de mon propre chef. C’est parce que des ami-e-s d’Aire-sur-la-Lys me l’ont fait découvrir. Vous ne connaissez pas non plus cette ville? C’est ce que je disais…

Point d’interrogation cependant pour l’interprétation de Catherine Frot, en contre-emploi, peu crédible à mon sens dans ce rôle difficile.

Non pour la manière dont l’entourage familial est présenté sous un angle très optimiste, avec des enfants idéaux notamment.

Idem pour les électeurs/trices qui tout à coup défendent une cause dont on sait que, « in the real Life », elle ne le serait pas. Un peu trop « eau de rose »…

Je sais, je ne vous ai pas dit grand’chose du film. Mais c’est volontaire. Il faut le découvrir par vous-même, si la question de la « transition » et de son lourd processus vous intéresse. Et si vous voulez voir un (tout) petit bout des Hauts-de-France, en passant par tout le spectre des émotions…