« Wasserfall blond »

En choisissant de publier le poème de celui qui a peuplé mon adolescence dans une famille aux racines ardennaises, j’ai été interpellée par l’association des termes « wasserfall » et « blond »…

Loin de moi l’idée de divaguer dans un commentaire littéraire, mais envie de galoper comme une enfant au sein des forêts vierges aux chutes d’eau sauvage.

Et de me remémorer. Quand aurais-je pu qualifier de « blonde » une cascade?

Les cascades de mon enfance étaient auvergnates… Je me souviens particulièrement de celle de Saillant, que je suis allée revoir voici peu. L’eau y est toujours aussi impétueuse, mais la cascade m’a semblé bien plus petite que dans mon souvenir…

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/4/44/Saillant_cascade.JPG
La cascade de Saillant
Source Wikimédia

Au Maroc, la cascade d’Ouzoud procurait le plaisir d’une douche naturelle telle qu’on n’aurait pas osé la rêver…

La cascade d’Ouzoud
Je l’ai vue moins abondante !
Source : Wikipédia

Mais c’est surtout la Guinée qui m’a offert les plus belles vues de cascades. A la fin de la saison des pluies, il en surgit à chaque détour de piste, déversant du sommet des falaises des voiles d’eau denses…

Et je garde un souvenir plaisant de la cascade de Dubreka, qui était assez proche de Conakry pour que nous puissions, du temps où je résidais dans cette ville, aller pique-niquer sur ses bords ou les pieds dans l’eau, et nous baigner dans les vasques naturelles…

Cascade de la Soumba, à Dubreka
Source

Mais aucun de ces cascades, pas plus que toutes celles que j’ai vues ailleurs, ne pourrait, selon moi, être qualifiée de « blonde »…

Alors mon esprit gamberge…

Quelle chaîne d’images et de mots a provoqué cette alliance inattendue? Faut-il évoquer la lumière naissance « albérale » – pour utiliser un de mes néologismes? Ou penser aux cascades de bière jaillissant d’une bouteille trop secouée? Ou relier la puissance des flots à celle de l’amour et soupçonner des amours adolescentes? Ou…

Mais laissons à la poésie son charme, et à Rimbaud le plaisir de sculpter ses expressions selon son désir…

Aube

J’ai embrassé l’aube d’été.

Rien ne bougeait encore au front des palais. L’eau était morte. Les camps d’ombre ne quittaient pas la route du bois. J’ai marché, réveillant les haleines vives et tièdes, et les pierreries regardèrent, et les ailes se levèrent sans bruit.

La première entreprise fut, dans le sentier déjà empli de frais et blêmes éclats, une fleur qui me dit son nom.

Je ris au wasserfall blond qui s’échevela à travers les sapins : à la cime argentée je reconnus la déesse.

Alors je levai un à un les voiles. Dans l’allée, en agitant les bras. Par la plaine, où je l’ai dénoncée au coq. A la grand’ville elle fuyait parmi les clochers et les dômes, et courant comme un mendiant sur les quais de marbre, je la chassais.

En haut de la route, près d’un bois de lauriers, je l’ai entourée avec ses voiles amassés, et j’ai senti un peu son immense corps. L’aube et l’enfant tombèrent au bas du bois.

Au réveil il était midi.

Arthur Rimbaud