De retour à Donibane Lohizune

Après ces journées passionnantes de découvertes en mer et sur terre, les derniers instants en Pays Basque ont été embellis par un délicieux dîner et une nuit agréable dans mon hôtel préféré. Je vous ai déjà parlé du restaurant, le Pil Pil Enea.

Mais tant pis, je recommence.

D’abord, parce que l’accueil y est chaleureux, avec un patron-serveur des plus aimables, et qui ne manque pas d’humour. Ensuite, parce que les plats servis sont toujours aussi bons. En l’occurrence, un assortiment de tapas (« assiette luzéenne »), parmi lesquels mes préférés sont de petites aumônières fourrées de fromage frais de brebis. Sur la carte : « croustillants d’ardi-gana ». « Ardi », c’est la brebis. « Gana », le fromage. Mais le jambon, les piquillos, les beignets de piment frit et les chipirons sont des petites merveilles.

Ensuite, un merlu à l’espagnole. Fondant à souhait, baignant dans une délicate sauce, accompagné de grenailles. Mmmmm…

Le tout, bien sûr, arrosé de ce vin découvert récemment. Au départ, peu apprécié. Puis de plus en plus. Et maintenant, j’en raffole. Le Txakoli. En plus, très amusant à servir, avec le bec verseur utilisé aussi pour le cidre, rappelant le « Pays Basque », « Euskal Herria ».

Je ne savais quoi choisir comme dessert. Le patron m’a conseillé la « Coupe Manzana ». Et je n’ai pas regretté…

Un sorbet pomme accompagné (on verse soi-même les doses que l’on souhaite, au fur et à mesure) d’une liqueur du même fruit. Un peu sucré, mais si rafraîchissant et « digestif » après cet excellent repas!

Il ne manque qu’une nuit sereine avant de reprendre la direction de la capitale et du travail. Bien sûr, dans « mon » hôtel luzéen : l’Agur Deneri.

Sur les hauteurs de Ciboure, il offre une magnifique vue sur la plage et le port de Saint-Jean-de-Luz. Le couple qui le tient est d’une incroyable gentillesse et cherche toujours à faire plaisir. Les chambres sont lumineuses, agréablement décorées. Avec une amie, j’ai eu l’occasion d’en voir plusieurs, et voici quelques exemples. La « rose », rez-de-jardin…

La « jaune », numéro 2, également rez-de-jardin. Très lumineuse, non?

Enfin (car je ne vais pas vous faire visiter tout l’hôtel!) celle que je préfère, et que l’on m’attribue même si je réserve en dernière minute, comme ce fut le cas ce jour-là, la 26, angle du deuxième étage, ce qui permet d’avoir la meilleure vue, avec un beau balcon…

Elle permet de voir le soleil se lever sans se lever soi-même du lit…

Et les douches sont garnies de jets massants. Que demander de plus? Ah oui! Un petit déjeuner dont chaque aliment est tracé – la liste des fournisseurs, fermes, apiculteurs, éleveurs des environs vous est transmise, et servi dans une salle aux baies vitrées offrant une large vue sur les villes, plage, port, montagnes aux alentours. De quoi reprendre des forces avant de reprendre… le travail! Ce qui fut fait le lendemain…

Un retour sous le « Euskal eguzkia »

Le soleil commence à se montrer à travers les nuages lorsque nous appareillons. Il faut d’abord faire dégager l’embarcation qui s’est amarrée au Brokoa, et cela prend un certain temps… Mais enfin le bateau est dégagé et s’élance vers la sortie.

Tandis que le chef de bord est attentif au cap, je dis un « au revoir » au petit hôtel qui m’a accueillie le premier jour et renseignée le dernier sur les possibilités de se garer… La sortie du port me donne l’occasion de vous avouer une erreur dans le premier article de cette série : l’inscription réclamant le retour au pays des prisonniers basques est bien toujours là… j’étais sans doute trop fatiguée pour la voir à l’aller!

Cap au large, avec le moteur car il n’y a pas un souffle de vent…

Tiens tiens, qui vois-je dans le lointain? Notre-Dame de Rumengol, venue saluer mon départ?

Une traînière vient narguer une nouvelle fois l’équipe de rameurs non patentés, en nous doublant puis tournant au nez du Brokoa.

Tout est calme, trop calme. L’occasion de faire des photos!

Un dernier regard aux côtes espagnoles et à l’entrée des ports de Saint Sébastien et de Pasaïa, et nous nous élançons vers Saint-Jean-de-Luz, en parallèle à la côte.

Pendant que certains jouent les « figures de mâts » (à défaut de proue), d’autres espèrent que le barreur va éviter les « frêles » embarcations amarrées au large…

Le vent se lève doucement. Cela va permettre de hisser la grand voile.

Un voilier vient nous narguer, sous foc, lui. Mais n’est-ce pas notre chef de bord de l’aller et son frère qui se trouvent à bord et nous « mitraillent » de leur appareil photo? Vite, leur montrer de quoi nous sommes capables. Et donc hisser la misaine.

Et c’est fièrement vent arrière que nous nous dirigeons vers Socoa, la Rhune à tribord.

Un gros paquebot est amarré face à l’entrée, et nous revoyons nos photographes.

Trop de courant à marée montante pour entrer dans le port en vent arrière à la voile. Le chef de bord donne donc l’ordre d’affaler les voiles, au grand regret de son équipage qui se rêvait entrant à la voile. Mais Sagesse oblige, et un ordre est un ordre, surtout de la part d’un ancien commandant de la Marine Nationale!

C’est donc au moteur que nous passons Socoa, les digues de l’Artha, pour viser l’entrée gardée par le phare construit en 1936 par Pavlosky. L’équipage, en toute autonomie, range tranquillement les voiles et love les cordages pendant que le chef, ayant repris la barre laissée durant la course à plusieurs membres de l’équipage, veille à ne rien heurter.

Après quelques péripéties dues au fort courant, le Brokoa reprend sa place au port.

Le travail n’est pas fini pour le chef de bord, qui doit maintenant garder traces du voyage.

Le Brokoa gagne l’Espagne

La météo n’est pas idéale en ce mercredi de mai, et il faut impérativement arriver au port avant la nuit… Telle est la gageure de l’équipage du Brokoa, quittant le port de Donibane Lohizune dans la matinée du 13 mai.

Quelques aguerris, et des « semi-novices » comme moi, ravie de retrouver le plaisir de naviguer, malgré la pluie, le vent et des creux de plus d’un mètre. A bord de « txalupa handi ». La chaloupe biscayenne a été construite à partir d’un plan de 1878.

« BROKOA à été réalisé pour participer au concours « Bateaux des côtes de France – Brest 92». Une demi coque a était retravaillée à partir d’un plan de 1878 provenant du chantier Mutiozabal (Orio–Gipuzkoa) fourni par l’Aquarium de Saint Sebastien. Sa réalisation a reçu le deuxième prix dans sa catégorie ainsi que quatre mentions spéciales. La « txalupa handi » (chaloupe biscayenne) gréée de deux voiles au tiers est armée à l’aviron. Elle a participé à toute l’histoire de la pêche basque (baleine, morue). A partir du XIXème siècle les chaloupes pratiquaient une pêche côtière qui leur permettait de prendre, de novembre à mai, dorades, raies, congres, maigres, merlus, grondins et autres poissons de fond. De juin à octobre, elle pêchait le thon blanc et rouge à la traîne dans le Golfe de Gascogne. »

Difficile de mettre les voiles, en raison du temps. Impossible de ramer avec nos faibles muscles et de telles vagues… C’est donc au moteur que se fait la première partie du trajet. Une vitesse de 3 noeuds et quelques permettra d’arriver avant que la tempête ne gagne les côtes basques.

Un avantage : nous pouvons admirer les impressionnantes strates inclinées de la côte.

« D’où viennent ces hautes falaises qui bordent la Corniche ? Elles ont été dessinées il y a 100 millions d’années par un sillon creusé entre les blocs ibérique et européen qui provoqua des avalanches sous-marines et déposèrent des sédiments de flyshs. Le flysch est donc un dépôt sédimentaire composé principalement par une alternance de grès et de marnes. C’est cette alternance qui donne cet aspect de strates superposées les unes sur les autres : une plaque de grès plus dure et plus épaisse et entre chacune de la marne plus friable.

Lors de la création des continents, le bloc ibérique est rentré en contact avec le bloc européen et c’est alors que les sédiments marins ont émergés pour former la Corniche et les Pyrénées.

Les falaises atteignent au plus haut point une hauteur de 45 m.«  (source)

Une fois passé le Cap Figuier, alias « Higuer Lumuturra », la houle est un peu moins forte. Vite, éloignons-nous de la côte, pour aller enfin hisser misaine et grand voile…

Le temps est toujours menaçant, mais nous filons entre les « grains » et évitons sereinement la Belharra.

« La vague géante Belharra apparaît à 3 km au large de la Corniche Basque à Urrugne. Elle apparaît à cet endroit précis grâce à la présence d’un haut-fond rocheux situé à seulement 15 mètres de profondeur appelé : le Belharra Perdun (l’herbe verte en basque) qui a donné son nom à la vague. »

Il faut dire que nous avons une chance que n’avaient pas les marins du 19ème siècle : la possibilité de la situer exactement grâce aux applications de nos portables!

Et c’est avec beaucoup de plaisir que nous traçons au près serré en direction de la faille entre deux falaises surmontée du phare d’entrée dans le port de Pasaïa.

Car c’est là que se déroule en ce week-end de l’Ascension le « Pasaïa Itsas Festibala » auquel vont participer les deux bateaux de l’association à laquelle j’adhère, Itsas Begia, le Brokoa et l’Itsas Begia, et celui d’une association soeur, Trois Mâts basque : l’Alba, une chaloupe sardinière à vapeur.

Le soleil a réapparu, après ces sept heures de nuages… Il est temps d’affaler les voiles, de vérifier que tout est clair pour l’accostage…

Les rames sont bien en rangs serrés… Elles serviront avec un autre équipage lors de la deuxième parade du week-end.

Le vent n’est hélas pas favorable pour une entrée à la voile. C’est donc le moteur qui prend le relais pour celle-ci.

Le rouge est bien à tribord…

… Le drapeau espagnol est un peu caché par le français… Mais trop tard pour le rattacher plus haut…

… Et le vert est bien à babord…

Je remarque au passage que l’inscription « Libérez les prisonniers basques » qui y était lors de mon dernier passage a disparu!

Nous accostons en même temps que l’Alba…

L’heure du goûter est dépassée, et nous n’avons toujours pas déjeuner… Hâte de nous mettre à l’abri du vent glacial pour le pique-nique. Mais mauvaise surprise : la grille est close, impossible de gagner le quai. C’est donc en grelottant sur notre bateau que nous devrons manger, puis attendre qu’on veuille bien nous délivrer, plus d’une heure après. Un peu long, avec le froid et la fatigue, même si la vue est belle…

PilPil Enea

Photographie copiée sur le site Tourisme 64

J’avais voulu intituler cette série « restaurants luzéens ». Je me suis aperçue d’une erreur : l’adjectif s’écrit « luziens »! J’ai ensuite voulu le traduire en basque. « Restaurant » se dirait, d’après le net, « jatextea ». Et Luzien? « Donibandar ». Mais, pour le premier, je ne sais pas si cela désigne n’importe quel type de restaurant! Et, pour le second, c’est certes le gentilé, mais ce terme peut-il devenir adjectif, rapporté à un objet??? J’ai donc supprimé l’intitulé, pour ne garder que le nom des commerces. Après le Bar Basque, c’est au tour du Pil Pil Enea aujourd’hui. Continuons nos escapades linguistiques : « pilpil », c’est une « façon de cuire quelques poissons typiques du Pays Basque qui est fait avec de l’huile, du piment et de l’ail, dans une casserole d’argile, et servi bouillant » (source). On s’attend donc à ce qu’ « enea » désigne un poisson, n’est-ce pas? Eh bien, non. J’ai utilisé le traducteur Itzuli pour rechercher les noms de différents poissons… en vain! « Enea », c’est un terme pour désigner une maison, avec la connotation d’ambiance chaleureuse et d’ancrage familial.

Pour découvrir ce restaurant, il faut être bien informé : sa devanture est étroite, et il est situé dans une petite rue à l’écart de la plage, du port et du centre ville. Pour ma part, ce fut le résultat d’une recherche sur le net un soir où de nombreux autres étaient fermés. Encore fallut-il ensuite trouver l’adresse! Et j’ai compris pourquoi il ne communique pas davantage : il est comble tous les jours… Sa renommée est telle qu’il ne désemplit pas, et j’avais bien fait de réserver! Et j’ai compris pourquoi. Si vous voulez réussir la triangulation « accueil chaleureux », « ambiance conviviale » et « excellents plats », c’est là qu’il faut aller.

J’ai été tellement absorbée par la conversation de l’hôte et la dégustation que j’ai oublié de faire des photos de l’intérieur et que je n’ai pensé à prendre celle du plat principal qu’après avoir commencé à manger la morue!

Quant au dessert et au vin, le Txacoli qui s’imposait, vous n’en verrez rien!

J’emprunte au site du restaurant son histoire.

« Avec son grand-père patron pêcheur et sa grand-mère gérante d’une pension de famille, c’est tout naturellement qu’Yvan se tourne vers les métiers de bouche dans un seul et unique but : créer un endroit chaleureux où le plaisir d’une bonne table se partage. Il cuisine dans son restaurant des plats traditionnels tels que la fameuse soupe de poissons de sa grand-mère mais également des plats typiques basques. Il s’approvisionne en poissons auprès des pêcheurs locaux.

Suite à sa formation en école hôtelière, Yvan part travailler en Allemagne quelque temps. Ensuite, il revient en France pour accroître son expérience dans le restaurant gastronomique d’un Relais & Châteaux situé dans le Sud-Ouest. De là, il s’oriente vers un autre type de restauration en cuisinant dans une auberge familiale à Arcangues.

Sa passion pour les produits frais du terroir et son envie de perpétuer et de préparer les recettes de sa famille, le conduit à reprendre l’ancienne pension de famille. »

Yvan est donc aux fourneaux, et c’est Nicolas qui s’occupe de la salle et des client-e-s, avec dynamisme et humour. Il s’est bien moqué de moi, notamment (mais avec bienveillance) quand j’ai demandé des couverts pour manger les tapas…

Une adresse à noter, et n’oubliez pas de réserver : il n’y a que 26 places!

Le Bar Basque

J’ai annoncé le dernier article sur ma récente virée en terre basque, mais j’avais oublié mon projet d’écrire sur les restaurants découverts durant ce séjour. Je vais vous les présenter rapidement, dans l’ordre où j’y ai dîné, en commençant par le Bar Basque.

C’est une véritable « institution » de la ville, car il est plus que centenaire. Voici ce qu’en écrit le CIAP.

« Le Bar Basque était l’institution luzienne des années 1920, le premier endroit de la ville où la société mondaine se réunissait pour passer des soirées festives.

C’est en 1924 que Charles Cerutti, célèbre pour la réussite de son restaurant-dancing à Cannes et directeur du restaurant du casino de la Pergola, reprend le Bar Basque. Cet établissement connait alors un succès florissant et devient un lieu emblématique des fêtes durant les années folles. »

Vous connaissez peut-être l’histoire de la Pergola? Sinon, je vous conseille de lire ce site, très intéressant, avec, qui plus est, de nombreuses photos montrant les transformations (plus ou moins bienvenues) de celle-ci.

Je ne suis pas parvenue à trouver une photo de cet homme, venu du Sud natal pour diriger le restaurant du complexe hôtelier tout « moderne » jouxtant le casino, et qui eut l’idée de reprendre ce bar. Au fait, qui l’avait créé? Je l’ignore…

L’atmosphère est restée marquée par l’ancienneté du bar.

Un article récent narre notamment l’histoire d’oeuvres qui ornaient les murs.

« De l’immense comptoir en bois sculpté, aux belles poutres massives, son vrai plancher en bois, ses peintures dans les boiseries murales et des photos d’hier, toute une époque se reflète dans l’authenticité de son décor et des souvenirs d’une maison avançant sur son centenaire en 2024. Haut lieu de soirées luziennes, c’est aussi un voyage dans les pas d’Hemingway ou encore de Maurice Ravel qui aimaient particulièrement le non moins célèbre cocktail « Macca’B » ! Poètes, écrivains, musiciens ont couronné son histoire artistique, comme les peintures originales du peintre Benjamin Floutier. Pour la petite histoire, le spécialiste Robert Poulou a expliqué « Ce sont probablement ses plus belles œuvres, accrochées dans le bar de 1925 à 2005. Pendant quatre-vingts ans, des générations de Basques et des milliers de touristes ont pu contempler ces tableaux, lesquels ont été vendus aux enchères en 2005 ».

Voici un exemple d’un des tableaux de Louis-Benjamin Floutier, vendus aux enchères.

Les tableaux ont été vendus, la salle a été amputée, mais le bar a survécu aux difficultés, et son histoire subsiste malgré le temps, comme on le constate dans l’anecdote concernant le cocktail indiqué ci-dessus.

« Hippolyte fait à jamais partie de la fresque du Bar basque, grâce à son invention en 1946 du cocktail « Macca’B » (prononcer « macchabée »). Plusieurs alcools (« cinq-six », se bornera-t-on à nous confier), trois cerises à l’eau-de-vie et une demi-tranche d’orange, le tout rallongé au champagne. « Du Moët-et-Chandon, à l’époque », glisse Edouard Béréau. « C’est très trompeur, celui qui en boit finit généralement « bien touché ». D’où le  »macca’B » », s’amuse notre mémoire du Bar. »

Sur Instagram, durant le confinement, on découvre que cette « liqueur secrète » a été vendue « à emporter »…

Bien sûr, la pelote basque n’est pas oubliée. J’ai découvert en cherchant sur le net qui était Jean Urruty, que ce que j’avais photographié est en réalité une publicité pour l’apéritif Byrrh, datant de 1953.

« Jean Urruty est très présent dans la presse depuis ses premiers titres de champion du monde. Au-delà des résultats sportifs, la presse sportive parisienne se plaît à raconter sa vie, pour en faire un personnage emblématique du paysage médiatique français. 

Et c’est ainsi qu’en 1953, un curieux partenariat voit le jour avec de vin apéritif Byrrh, qui aboutit à un objet publicitaire peu usuel : une affiche reprenant la vie de Jean Urruty en bande dessinée.

Le texte est signé Gaston Bénac (1881-1968) et reprend les éléments les plus pittoresques de la vie de Jean Urruty, et il est illustré de 16 vignettes de Paul Ordner (1901-1969). On y découvre les débuts d’Urruty à Saint-Palais, ses rencontres avec le politicien Ybarnégaray, le roi d’Espagne Alphonse XIII ou Winston Churchill, ses exhibitions retentissantes à Paris, au Mexique ou en Russie, ses essais au tennis, son incarcération au camp de Rava-Ruska, sa passion pour la chasse… et l’alcool Byrrh »

On peut le voir en action sur des films de l’INA, dont celui-ci datant de 1966. Regardez le film, il est passionnant, et on y apprend beaucoup sur la pelote.

Mais revenons à cette soirée de novembre où j’ai eu l’occasion de dîner, pour la première fois, dans ce Bar Basque. Un délicieux foie gras, arrosé d’un Irouléguy, bien entendu, un Xut. Depuis, j’ai appris que « xut » était un mot signifiant « pentu, escarpé ». Mais d’autres affirment que c’est un terme de rugby, le « drop ». Si parmi mes lecteurs/lectrices il en est qui connaissent la langue, merci de m’éclairer par un commentaire!

Mes amis ont opté pour les croquettes de chipiron à l’encre.

Une adresse, donc, à découvrir absolument… Un seul regret : le manque de disponibilité du personnel, que d’autres ont signalé aussi sur Tripadvisor. Mais nous ne sommes ni Hémingway ni Ravel, et encore moins joueurs de pelote basque…

De l’arbre au navire

Cet article marque la fin de la série consacrée à mon récent séjour au Pays Basque… et de ceux qui concernent la vie maritime à Saint-Jean-de-Luz. En réalité, c’est peut-être par lui que j’aurais dû débuter la série, car c’est par la visite de cette exposition que tout a commencé. Vous en avez déjà vu une partie, à savoir les maquettes. Mais un autre objectif en est d’apporter, de manière très pédagogique, voire andragogique – n’ergotons pas! – des précisions sur les chantiers navals très présents naguère à Donibane Lohizune et dans les autres bourgades de la côte et de l’intérieur des terres.

Pourquoi parlè-je de péda- ou andra- gogie? Tout simplement parce qu’on y apprend beaucoup sur la conception et la construction des embarcations de jadis, sous forme de posters très bien conçus et d’objets leur correspondant. Je vous propose donc une petite balade dans l’univers laborieux du Labourd d’autrefois (excusez le mauvais cadrage de certaines photos, mais la plupart étaient très en hauteur, et je ne disposais pas d’échelle à roulettes!).

Bien sûr, pas question de reprendre toute l’exposition : je focaliserai sur quelques-uns des thèmes.
D’abord, pour faire un bateau, à cette époque, il faut du bois et du chanvre… Or le Pays Basque regorge de zones sylvestres… Et, quand on recherche des essences exogènes ou exotiques, le commerce maritime est bien vivant…

Quant au chanvre, sa culture dans le sud-ouest de la France est attestée depuis l’époque romaine, et certains chercheurs émettent l’hypothèse qu’elle remonterait à la Préhistoire.

« Les débuts de la culture du chanvre (Cannabis sativa) en France et en Europe occidentale sont mal connus. Jusqu’à présent, les plus anciennes mentions de semences dans cette zone n’étaient pas antérieures à l’époque romaine. Le site humide de fond de vallée d’Al Poux (Fontanes, Lot) a livré des akènes qui tendent à attester la culture du Cannabis dans le Sud-Ouest de la France à la fin de l’âge du Fer. La présence des semences sur le site pourrait résulter d’une culture du chanvre directement sur les bords du ruisseau ou d’un apport des plantes après la récolte pour leur rouissage dans le cours d’eau. Le rôle particulier des contextes humides dans la conservation des semences de chanvre est souligné. » (source)

Les savoir-faire du chanvre textile sont entrés au Patrimoine immatériel de l’UNESCO.

« Jusque dans les années 1960, les agriculteurs entretenaient fréquemment
une petite parcelle de chanvre pour leurs besoins domestiques. Les femmes filaient et tissaient encore à la ferme… »
(source)

Ce n’est pas le sujet, mais notons qu’au Pays Basque son exploitation s’est amplifiée depuis quelques années, avec la relance du textile, au point qu’un article titre « A Saint-Jean-de-Luz, ils sont complètement « chanvrés » (sic)

Par contre, beaucoup plus en lien avec l’exposition, un article sur Le travail du chanvre et ses applications à la navigation et à la pêche dans l’Espagne médiévale vous intéressera sans doute. Mais revenons à l’exposition… Je passe plusieurs panneaux expliquant la gestion forestière au niveau national et la « merveille » que représente la construction des voiliers, pour aller directement au travail du bois pour construire un bateau.

J’ai appris que le gouvernail axial était dénommé « à la bayonnaise »…

J’emprunte les lignes et la photo qui suivent au site « Détours en France ».

« Pour les navigateurs d’autrefois, qui affrontaient les mers les plus lointaines sans GPS ni pilote automatique, bien diriger le bateau était crucial. Le gouvernail d’étambot, qui fut un excellent substitut à la rame de gouverne, est probablement apparu en Extrême-Orient peu après l’an mille puis, deux siècles plus tard, dans les pays scandinaves. Par le jeu mystérieux des assonances et associations d’idées, il en vint plus tard à prendre le nom de « gouvernail à la bayonnaise ». Si les gens de Bayonne, marins chevronnés, n’en sont pas vraiment les inventeurs, ils sont parmi les premiers à l’avoir utilisé systématiquement, sur leurs « naus » au long cours, et à l’avoir représenté, dès le XIVe siècle : levez la tête vers la clé de voûte de la cathédrale Sainte-Marie et vous le verrez ! »

Le Musée Basque en présente un exemplaire magnifique, jugez-en vous-même :