Passer le bac… à La Bouille

J’aime à franchir la Seine par un des nombreux bacs qui ont survécu au temps. En ce matin de février, me voici donc rejoignant La Bouille pour ce faire… Quelques kilomètres en amont, un panneau m’avertit que la première traversée du jour ne s’effectuera qu’à 9h30… heure de démarrage du jury auquel je suis convoquée! Vite, changement de direction, pour Duclair, car, décidément, je ne veux pas retourner vers Rouen.

La file d’attente est assez longue, mais l’homme d’équipage « chargé du chargement » (j’ignore le terme technique…) pousse les conducteurs à serrer les voitures, deux gros camions, un tracteur et sa remorque, et me fait monter sur le plateau, l’arrière de la voiture débordant de celui-ci… Pas rassurée, je vérifie à plusieurs reprises que le frein à main tient bien… Et me voici sur le fleuve, au niveau bien élevé en cette saison, et au courant puissant.

Il n’y a pas de beau levant comme parfois, ni de brume pour évoquer le Rhin et ses légendes, ni de ces vagues qui, de temps en temps, font houle comme sur les mers… L’aube point, un peu grise, mais avec une lueur translucide qui adoucit l’horizon.

Et c’est quand même une pause magique après le trajet dans Paris puis sur l’autoroute A 13 toujours bien chargée à l’aube…

Sur le chemin du retour, je ne renonce pas, et me représente au bac de La Bouille, espérant que l’amplitude de fonctionnement dépasse les 7 heures. Et oui, il est là. Le « chargé du chargement », cette fois, est en train d’arroser la cale à grande eau, ce qui me laisse pantoise. Il me fait des signes que je ne parviens pas bien à interpréter, et je pense qu’il va me laisser sur la rive, car le bac, beaucoup plus petit que celui de Duclair, est déjà bien plein. Mais non, il me fait signe d’avancer. Une fois bien en place, bien serrée entre la voiture qui me précède et le fond du bateau, je le vois s’approcher de ma vitre, faire signe que je l’ouvre, et il me donne la signification de ses gestes : je dois éteindre mes phares.

A nouveau cet instant suspendu, où l’on est au volant mais flottant sur les ondes fluviales… J’adore! Mais c’est court, et il faut déjà débarquer. Je fais alors ce que je me promets de réaliser depuis longtemps, dans ce bourg où je ne m’arrête que pour acheter au petit matin les viennoiseries qui me serviront de petit-déjeuner, et parfois de repas en cette période de fermeture des restaurants : je visite l’intérieur du village. La lumière n’était pas bonne pour la photo, et qui plus est beaucoup ont été prises à contre-jour, mais je vous présente quand même quelques photos. J’irai les refaire lorsque soleil et météo seront plus cléments…

L’architecture en est extrêmement variée, malgré une forte empreinte normande. Et certaines demeures contemplent la Seine depuis longtemps, visiblement.

Des petits panonceaux inscrivent le bourg dans l’histoire, et en particulier l’histoire des artistes qui l’ont fréquenté, comme Gauguin, qui l’a peint, ou qui y sont nés, comme Hector Malot. Une anecdote raconte que le mât de beaupré d’un navire est venu casser la fenêtre de la chambre où se trouvait ce nouveau-né… Pour le cas (fort im?probable) où vous ignoreriez ce que c’est, voici un petit rappel.

Le pilote ne devait pas être très clair pour aller planter ce mât sur la berge, car cela signifie que le bateau était perpendiculaire au courant! Etait-ce un navire proche de celui qui est représenté 54 ans plus tard sur le tableau de Gauguin?

Falaises de La Bouille, Gauguin, 1883

Un artiste dénommé Albert Lebourg a peint plus de 90 toiles sur La Bouille, qu’il appréciait particulièrement le matin ou le soir.

Albert Lebourg (source)

Sisley a également beaucoup apprécié le paysage aux environs de La Bouille, qu’il peindra à la fin du même siècle.

La Seine à la Bouille, coup de vent – Alfred Sisley – 1894

Un postimpressionniste normand, Robert Antoine Pinchon, a représenté le bourg en hiver, au début du XXème.

La Bouille sous la neige, Robert Antoine Pinchon

Vous comprenez maintenant, je l’espère, le plaisir éprouvé à fréquenter ces lieux et préférer le bac au moderne et majestueux Pont Flaubert, qui serait, selon un de mes amis, une prouesse technique… Nous y reviendrons…

Sur le chemin de retour…

Rassurez-vous, je ne ferai pas comme Plus belle la vie, en termes de nombre d’épisodes. Ce n’est qu’un triptyque… dont voici le troisième volet.

Après la quête du grand Cerf, l’arrêt sur images rue Dussoubs, voici donc quelques « observations » sur le chemin qui me ramenait chez moi.

Le Centre Beaubourg fait oeuvre originale, pour marquer la distanciation dans la file d’attente, avec des citations aussi diverses que variées. L’une d’entre elles m’a particulièrement attirée, car elle faisait écho à l’entretien que je venais d’avoir…

Dans une rue voisine, un aubergiste montre autant d’humour que celui de Saint Valéry sur Somme, dont j’ai publié quelques photos de la salle de restaurant vue par la vitrine…

Client-e-s du jour

Le masque est bien évidemment présent!

Boire son cocktail avec un masque…

Mais chez le voisin, c’est toute la tenue qui préfigure peut-être ce que sera la nôtre pour faire face au virus…

Mode 2021

La Seine m’offre à nouveau ses débordements, et les oiseaux se sont emparés des rambardes et des bancs, avec belle vue sur les flots.

Un peu plus loin, des passant-e-s s’interrogent : on y va? on n’y va pas?

On se tâte…
Et on fait demi-tour !

Vers le Grand Cerf

J’avais ce jour-là rendez-vous avec le Grand Cerf.

Non, je ne partais pas à la chasse.

Et je ne me prenais pas non plus pour Bambi !

Souvenir ému du film qui m’a tant fait pleurer !

Il s’agit d’un de ces passages parisiens que j’affectionne. Je décidai donc de m’y rendre à pied, en baguenaudant, à mon habitude. Me voici donc sur le Pont de la Tournelle, celui qui me relie le plus à la rive droite. L’occasion de constater que, depuis la veille, le niveau d’eau avait encore monté.

Si vous comparez ces photos à celles que j’ai déjà postées, vous observerez que le passage en bord du fleuve est de plus en plus difficile, et que l’on ne peut plus accéder aux bancs situés sur la berge sud de l’Ile Saint Louis.

Un petit plaisir en passant, le changement d’angle… rires…

J’observai alors un phénomène étrange : sous le pont suivant, un reflet très brillant… mais reflet de quoi? J’ai passé un bon moment à l’observer, sans parvenir à comprendre ce qui le justifiait.

Rue de la Barre, passage le long de la mairie du 4ème – qui célèbre De Gaulle par une exposition photo -, rue de la Verrerie… je ne vous décris pas le trajet, que j’ai déjà commenté. Le Centre Pompidou fait peau neuve – ou plutôt tuyaux neufs -, et l’on a bien du mal à distinguer ce qui relève de l’édifice moderniste et ce qui est échafaudages… Le Forum des Halles pleure la foule disparue, et le Père Tranquille l’est plus que jamais, désert et tristounet. Même le parvis est calme. Seule l’Eglise Sainte Eustache connaît une certaine animation, car on y sert un petit déjeuner aux plus pauvres… de plus en plus nombreux… En levant les yeux, j’observe un détail étrange.

L’étrange cadran solaire

Grossissez l’image, et vous observerez les nombres en chiffres romains sagement alignés sous le cadran solaire…

Pause au début de la rue Montorgueil, pour un bon vin chaud servi à la terrasse d’une pizzeria. Une belle table ronde semble attendre le/la client-e, et des fauteuils en rotin me tendent les bras, mais la serveuse explique qu’il est interdit de s’y asseoir. Heureusement, quelqu’un de bien malintentionné a cisaillé le fil métallique recouvrant un banc proche, et il est possible d’en profiter, malgré l’interdit.

Un peu d’animation rue Montorgueil, mais quelle tristesse de voir tous ces bars, dont l’un que j’affectionne particulièrement, et tous ces restaurants fermés ou réduits à devenir « fast food »!

Tintin et le Capitaine Haddock dominent toujours, pour mon plus grand plaisir, l’angle avec la rue des Petits Carreaux. En fouinant sur le net, j’avais appris que celle-ci est née d’une scission avec son aînée, et qu’il existait des débats concernant son nom.

La rue Greneta me conduit à un square étonnant, portant le nom de Place Goldoni. Tout simplement parce que le dramaturge italien est mort tout près, rue Dussoubs. Un détour m’a conduite devant la maison qui l’a abrité.

Face à cette demeure d’une sobriété remarquable, un jeu de plaques colorées attire mon regard.

Mais quittons la rue Dussoubs – au fait, saviez-vous qu’elle a porté à une époque le nom de « Gratte-cul »? – pour arriver revenir Place Goldoni.

Le mur faisant face à une école élémentaire est orné de symboles de ballons de football, et deux plaques expliquent aux passant-e-s qu’en tapant avec un ballon sur le mur, on fait pousser les arbres et développer les insectes. Les enseignant-e-s auront ensuite bien du mal à expliquer les phénomènes scientifiques!

Si vous observez ce qui se trouve au-dessus de ces oiseaux stylisés, vous découvrez un morceau d’oeuvre d’art. Il s’agit en effet de La Place des Enfants, oeuvre d’un artiste né en Belgique en 1959, Patrick Corillon.

Voici sa présentation sur Wikipedia:

« L’œuvre occupe un mur aveugle d’une superficie de 666 m2 (39 m de haut sur 23 m de large). Elle est composée de plaques d’acier découpées et colorées, formant les voyelles a, e, i, o, u, écrites à la manière manuscrite ; les couleurs reprennent celles évoquées par Arthur Rimbaud dans son poème Voyelles. »

Il est temps de me diriger vers le Passage du Grand Cerf, mais je me laisse encore distraire, attirée d’abord par un panneau apportant des informations sur la rue sise en face de celui-ci.

Je ne sais si vous parviendrez à le lire, mais ce panonceau explique l’erreur commise, concernant la rue Marie-Stuart, et revient sur son passé, car cette rue abritait jadis des dames…

Une autre curiosité, un peu plus loin, m’entraîne à faire un détour.

Dommage, pas le temps d’aller déguster, mais je me promets d’y revenir… Il est temps maintenant de pénétrer dans le passage qui est ma destination finale. Voici ce qu’en dit un guide.

« En 1825, la maison du « roulage du Grand Cerf », qui était le terminus des Messageries Royales, fut démolie. La date d’ouverture du passage reste imprécise.
Sans doute, vers 1835, il fut ouvert. Le style de la verrière est cependant plus tardif.
Son histoire est étroitement liée à l’histoire du quartier : le quartier Saint-Denis était en 1830 le plus populaire et industrieux de Paris où l’on y trouvait des petites fabriques et des ateliers.

L’apparition de passages plus luxueux fit de l’ombre au Passage du Grand Cerf. Pourtant, la qualité de son architecture mérite une attention. Sa hauteur, 11,80 m, est la plus importante de tous les passages parisiens.

Sa structure en partie métallique permettait de construire deux niveaux de façade entièrement vitrée. L’habitation ne commence qu’à partir du troisième étage. Ainsi, on a pu dire que ce Passage était plutôt destiné à la production et à l’artisanat qu’au luxe et à la vente de ses produits. »

Et c’est encore le cas, comme j’ai pu le constater en discutant dans deux de ses « boutiques ». Mais c’est une autre histoire, que je vous narrerai peut-être plus tard… Je vous laisse découvrir le Passage par images, sans commentaires…

De la crue aux bougies… une Chandeleur inattendue

Je ne sais pourquoi, mais je me suis toujours figurée que la Chandeleur était une fête païenne… Une partie de journée tout à fait inattendue, hier, m’a appris qu’il n’en était rien, et qu’elle correspondait à la présentation de l’Enfant Jésus au Temple… Un rituel social, donc, mais qui, pour les « croyants », correspond à la reconnaissance du Messie, au travers de la parole du vénérable Syméon.

Gerbrand van der Eeckhout (1672)

Mais comment en suis-je arrivée là, me direz-vous?

Tout simplement parce qu’il faisait doux hier, et qu’au milieu d’une journée de comptabilité – sous l’effet de la menace de suppression de mon autorisation, il y avait urgence! -, je suis allée voir si la Seine était bien cette vieille dame paresseuse qui était « sortie de son lit ». D’accord, j’emprunte cette image à l’équipe de Yann Barthès qui se moquait, hier soir, des chaînes d’informations qui avaient relayé des images catastrophiques de l’inondation alors qu’elle ne touche qu’une petite partie des berges.

Aux alentours des îles de mon quartier, il y avait bien inondation… Mais d’abord, une bonne surprise! La culture est de retour… Eh oui, un bouquiniste a ouvert son échoppe, et offre à mes yeux médusés une série de « Budé », cette collection qui a embelli ma jeunesse.

Je ne sais comment les habitant-e-s des péniches voisines peuvent aller les voir, car leurs passerelles sont devenues inutiles! Elles ressemblent à des rames mal coordonnées…

Côté rive droite, ce n’est pas mieux. Les péniches qui offrent l’été des terrasses si vivantes sont aujourd’hui menacées par la montée des eaux.

Les arbres des berges ont les pieds dans l’eau, et la pointe de l’île ne peut plus accueillir les musicien-ne-s ni les amoureux/euses. Le réverbère se transforme en balise…

Je poursuis mon chemin vers une église que je n’ai encore jamais visitée, bien qu’elle jouxte l’un de mes cafés-restaurants préférés, l’Ebouillanté, dont je vous ai déjà largement parlé, et la Maison des Compagnons du Devoir, où j’ai déjà déjeuné dans une ambiance conviviale, et que des apprentis m’ont fait visiter un jour. j’emprunte donc la pittoresque rue de l’Hôtel de Ville et débouche sur la Place de l’Orme, où des policiers sont en train de vérifier l’identité de porteurs et porteuses de banderolles (en ce moment, peu de jours sans manifestation dans la capitale!), au milieu d’un troupeau de camions de CRS. Hésitation… faire demi-tour pour fuir cette ambiance? Mais finalement, je décide de pénétrer dans l’église Saint Gervais Saint Protais.

Comme je n’ai pas pu photographier la façade en ces temps perturbés et par la météo et par la révolte grondante, j’emprunte cette photo à Wikipédia, pour que vous puissiez imaginer la taille de cette église.

Façade de l'église, vue l'ouest

A l’époque de la construction de la basilique qui l’a précédée (entre 387 et 576), on était plus malin qu’au XXème siècle, et on construisait à l’abri des inondations… ce qui explique l’emplacement de ce qui fut une église très fréquentée, d’abord par les commerçants et artisans des quartiers proches, puis par la haute bourgeoisie, avant de devenir l’église des offices d’une communauté religieuse.

Celles et ceux qui me suivent depuis longtemps connaissent mon penchant pour l’art romain. Mais il faut avouer que parfois le gothique « en jette » – pour reprendre une expression naguère vulgaire et aujourd’hui bien surannée… Toutefois, je ne vais pas vous saoûler avec l’histoire et l’architecture de l’édifice, que vous pourrez trouver sur le net – attention, il y a plusieurs églises dédiées à ces deux frères, en France, comme l’atteste la base Mérimée. Je vais plutôt vous livrer quelques impressions, non pas « soleil levant » mais méridiennes.

Un émerveillement d’abord. Devant les vitraux. Certes, ils sont très divers : époques gothique, Renaissance, et plus tardives. Vitraux transparents blancs, comme ce fut la mode à une période donnée (que je ne suis pas parvenue à identifier, mais non, ce ne sont pas les vitraux de Soulages à Conques…). Et des vitraux très modernes, aux magnifiques couleurs vives.

Il est impossible de « rendre » l’effet d’un vitrail par des photographies, et je le regrette. Car le vitrail est vivant. Il change, varie, se transforme, en jouant avec la lumière… c’est ce qui fait pour moi tout son attrait, dont je ne me lasse pas.
Le ciel était pourtant bien gris ce jour, comme vous avez pu le constater sur les photos de la Seine. Mais les vitraux donnaient un air un peu méditerranéen, faisant oublier la grisaille ambiante. Les bleus et les jaunes, notamment, sont superbes, avec une palette aussi étendue que les couleurs de la mer, du ciel et du soleil…

Un vitrail tranche parmi les autres, par la géométrie de ses formes, un peu rugueuses, et la violence du jaune, presque trop « resplendissant ».

Et cela s’explique par l’Histoire. Le jour du vendredi saint, des croyant-e-s étaient rassemblé-e-s dans l’église pour célébrer la mort du Christ. Soudain un obus toucha l’édifice, faisant plus de 100 victimes. Ce vitrail a été construit sur la symbolique de la Porte du Paradis, ouverte à celles et ceux qui trouvèrent la mort en pleine prière.

Un autre vitrail m’a profondément touchée. Ou plutôt, un détail de vitrail, plus ancien, celui-là.

Comme un écho à travers le temps…

La musique est omniprésente dans l’église. Bien sûr, en premier lieu par l’orgue des Couperin – qui demeuraient dans la maison jouxtant l’édifice, orgue qui donne lieu à de nombreux concerts… actuellement tous annulés. Mais c’est une autre espèce d’orgue qui a attiré mon regard, à la fois par sa forme et par sa décoration.

Ce qui m’a interpelée?

La forme, en premier lieu…

La mise en avant de quatre instruments, psaltère, cithare, harpe et… ? je ne suis pas parvenue à trouver le nom français du quatrième… un nouveau jeu pour vous!

A chacun est associé un « saint », dont le nom est écrit mais incompréhensible pour moi… j’ai cru voir « Aron »…

L’écriture d’un texte, en bas, en hébreu… et, d’une manière générale, l’impression d’influence orientale qui s’en dégage.

Et l’on retrouve celle-ci dans divers détails, dont par exemple les icônes qui encadrent l’accès au choeur et celle qui orne l’autel, ainsi que le menorah, le chandelier à 7 branches… A quoi est-elle due? Une hypothèse serait que l’église est fortement reliée à Jérusalem, par la communauté qui la fréquente. Et j’ai fait une nouvelle découverte: j’ignorais qu’il se créât encore des communautés religieuses.

« … c’est à Paris qu’est née la première fraternité de Jérusalem. (…) La genèse de cette première fondation citadine commence au… Sahara ! C’est là au milieu du désert de pierres de l’Assekrem que Frère Pierre-Marie a reçu cette intuition que le véritable désert est aujourd’hui dans les villes. Alors est né en lui ce désir de faire jaillir un oasis de prière au cœur de Paris, cette ville qui l’a déjà adopté depuis plusieurs années. Parallèlement, le Cardinal François Marty, alors archevêque de Paris, a lancé un appel pour que s’installent dans la capitale des moines pour l’an 2000. Ce désir et cet appel vont faire alliance dans une rencontre mémorable entre Frère Pierre-Marie et le Cardinal Marty. Le fameux « c’est d’accord » de ce dernier deviendra un ordre de mission pour cette première fraternité dite « de Saint-Gervais ». Celle-ci verra le jour avec douze frères pour les premières vêpres de la fête de Toussaint en 1975. » (source)

Et j’ai vu les moines et les moniales. Car trois messes sont célébrées chaque jour. Et l’une d’entre elles avait lieu en ce mardi de la Chandeleur, à midi et demie. J’ai donc eu le privilège d’assister à une belle cérémonie, à la fois simple et émouvante. Plusieurs officiants, une trentaine de religieux/euses en aube d’un blanc éclatant, dans le choeur. Et, dans la nef, une assemblée très diverse, contrairement à d’autres qui ressemblent à des Ehpad… Une quinquagénaire souriante a offert une bougie (avec une jolie corolle de papier blanc) à mon voisin, et l’a allumée. Une vieille Africaine est venue m’en apporter une, et a fait de même. Quelques minutes plus tard, tout le monde tenait en main une bougie avec flamme vive… Le choeur a été soudain éclairé par une lumière vive. Et la messe a commencé.

J’en retiens trois points saillants.

Les chants, purs, s’élevaient, conduits par une voix très cristalline, qui m’a rappelée l’héroïne d’une nouvelle écrite par un ami. J’ai regretté de ne pouvoir les enregistrer!

L’échange des regards, entre les « fidèles », dont j’ai appris plus tard par un ami pratiquant assidu qu’il remplaçait les poignées de mains souvent pratiquées. Mais ces « regards de paix » – pour reprendre le qualificatif du prêtre – prenaient en cette période cruelle un signification forte, et cela m’a beaucoup émue.

Et le fait que la communauté, contrairement aux autres, ne portait pas de masques. Comme une famille, en quelque sorte?

Si vous voulez avoir une idée de celle-ci, les Laudes sont retransmises sur You Tube. Voici la retransmission de celles d’aujourd’hui et d’une messe du dimanche, qui vous permettra de mieux comprendre (non, non, je ne fais pas de prosélytisme!)

Et, pour en finir avec cet épisode dont je pourrais parler plus longuement, un détail qui m’a frappée…

A la sortie de l’église, me voici à nouveau sur la place de l’Orme, en réalité Place Saint Gervais, ancien Carrefour de l’Orme.

Image illustrative de l’article Place Saint-Gervais (Paris)
Photo copiée sur Wikipedia

 » Il était autrefois un usage général de planter un orme, protégé par une chaîne, devant la grande porte des églises. Après la messe, on se réunissait à l’ombre de cet arbre, les juges y rendaient la justice et l’on y acquittait les rentes. Cet arbre, appelé « orme Saint-Gervais », était entretenu par la fabrique de Saint-Gervais, il servait également de point de rencontre et plusieurs peintures et gravures en gardent témoignage, ainsi que des représentations de cet orme sur les stalles à l’intérieur de l’église et sur des bâtiments voisins.

Ce carrefour est cité dans Le Dit des rues de Paris, de Guillot de Paris, sous le nom de « l’Ourmetiau », car à cette époque, vers 1300, l’orme était jeune1. »

« Vers 1790, l’arbre est arraché pour agrandir et débarrasser la place ; il servit à la construction d’affûts de canons. »

« L’orme actuel fut planté en 1935. »

Comme un panonceau explique l’historique de la place et indique que l’orme est représenté sur les façades de la rue qui longe le côté septentrional (gauche, sur cette photo) de l’église, me voici à la recherche de celui-ci… Il fallait le trouver! En réalité, il s’agit d’un motif de la ferronnerie des balcons.

Orme, détail d’une demeure de la rue François-Miron

Il ne me restait plus

qu’à longer les quais nus

traverser le pont chenu

sur la Seine toujours en crue…

J 20 après N-C

Sérénité et rêveries devant le lever de soleil, qui m’a accueillie ce matin sur les bords de Seine, quand j’ai décidé de ne pas prendre le bac de La Bouille, et de poursuivre en bord du fleuve vers le bac de Duclair… Je ne commençais la journée de travail qu’à 9h et disposais donc d’un peu de temps! J’aime à me laisser aller à la contemplation de l’eau au levant, quand la brume renvoie aux contes de fées et mystères médiévaux…

Pique-nique et promenade

Il fait beau, voire chaud, en ce mardi soir. Rendez-vous a été pris avec des ami-e-s pour un pique-nique en bord de Seine. Impossible en effet de profiter de terrasses… encore moins de restaurants… Donc, quelques victuailles et boissons dans le sac à dos, et me voici en route vers le quai de la Tournelle. Réfléchissons… où y aura-t-il du soleil le plus longtemps possible, dans les environs?

Un petit tour sur l’Ile Saint Louis s’impose… je pense à la pointe de l’île, toujours si accueillante. Semblable à la proue d’un bateau, qui n’aurait pas qu’une figure, mais plusieurs, car il y a toujours quelque personne pour y rêvasser, traînasser, lisant ou écrivant, dormant ou méditant, voire jouant de la musique… Aujourd’hui, ce n’est pas une, mais une multitude… quel monde! On sent un afflux lié aux conditions de vie des précédents mois, ainsi qu’à la survenue de ce temps plus que printanier.

Une contrainte imposée par la distance physique : trouver soit une grande table, soit un vaste espace, soit deux « bancs » (ou équivalents) se faisant face, à au moins un mètre. Je finis par trouver un banc non loin d’une bordure de pierre suffisamment haute pour servir d’assise… pas trop de monde… le soleil devrait rester visible assez longtemps vers l’ouest… et m’y installe donc.

Les deux jeunes gens assis en bord de rive discutent tranquillement. Ils sont peu à peu rejoints par deux, quatre, six… etc. autres, chacun bardé de boissons plus que de nourriture. Bientôt l’un d’entre eux sort une enceinte, et la musique se fait entendre. Cela ne me gêne pas, mais l’amie qui me rejoint ne supporte pas les basses… elle devra cependant s’y faire, car entretemps les rives droite et gauche se sont remplies et sont maintenant surpeuplées…

Le ciel est d’un bleu méditerranéen…

et se reflète dans une Seine toute surprise d’être le centre de ces retrouvailles collectives…

Après le pique-nique, balade vers une autre île, celle de la Cité. Mes ami-e-s n’ont pas encore vu Notre Dame en cours de réparation… Elle est embellie par la lumière du couchant…

Les gargouilles se détachent sur le bleu du ciel, encore davantage maintenant que la flèche n’est plus là.

L’Hôtel Dieu semble déserté…

Est-il troublé

par la Belle Dame

qui se cache

derrière les feuillages ?

Le Marché aux Fleurs a triste mine, avec ses plantes semi-desséchées abandonnées sur les toits. Mais il reste de belles fleurs derrière les rares vitrines non protégées par des volets… Sabots de Vénus ou non ? Je ne sais, mais je reste en émoi devant ces magnifiques sculptures vivantes.


Dans une autre boutique, je retrouve un bouquet qui réveille la petite fille en moi. La « monnaie du pape » chère à ma grand-mère est là. Il y en avait toujours au moins un vase dans la maison ardennaise…

Phébus n’est pas trop pressé de disparaître, dans nos contrées, et cela permet d’admirer sa trajectoire…

Le temps de raccompagner les amis jusqu’au milieu du Pont (la « Rive Gauche » refuse de passer Rive Droite… rires), la belle luminosité s’était éclipsée, et façade ainsi que tours ont repris leur couleur blanche.

Entretemps, j’avais eu le temps de m’amuser du mauvais goût flagrant des décors proposés par deux boutiques du Marché aux Fleurs, et de profiter des deux Fontaines Wallace, hélas en mauvais état…

Les restaurants sont clos dans le Quartier Latin comme ailleurs, c’est tristounet. Mais un propriétaire d’une pizzéria habituellement prise d’assaut par les touristes lutte vaillamment.

Il a établi tout un étal devant son restaurant, mis de la musique et propose des boissons… mais seuls les serveurs sont là, à attendre le chaland qui ne vient pas. Un décor de fête mais pas de participant-e-s… triste!

Tous les bouquinistes ont disparu… Pourtant, la vente des livres est autorisée ? Découragés par le peu de passant-e-s?

Une autre Fontaine Wallace a été transformée en oeuvre d’art moderne… digne d’intégrer la collection de Beaubourg…

Les rues sont libres de circulation. Qu’elles soient piétonnes, comme la Rue Galande que j’affectionne particulièrement, ou prêtes à accueillir des véhicules. Même le boulevard Saint Germain est désert !

J’en profite pour baguenauder en m’étonnant, m’émerveillant, m’amusant devant les vitrines… Je vous emmène? Un vrai tour du monde en quelques centaines de mètres…

Les peluches en prennent à leur aise… Les unes jouent à se faire passer pour des canidés, tandis que les autres attendent les client-e-s qui ne viennent pas… Un peu d’humour pour vaincre la nostalgie des rues vivantes d’autrefois…