Raccommodages

La raccommodeuse, Louis Tiffoli (1970)

L’autre jour, l’auteur du blog UN jour UN tableau m’a fait souvenir de l’art du raccommodage… Que ce soit une activité intime ou une activité d’extérieure, elle m’a toujours fascinée. Je m’explique.

Femme reprisant un bas, Vincent Van Gogh (1881)

Qui d’entre vous a vu un jour un-e de ses grands-parents se saisir d’un de ces superbes oeufs en bois ou en onyx, pour le glisser dans une vieille chaussette et ensuite, patiemment, en boucher le trou en croisant les fils me comprendra.

On vend encore de ces oeufs à repriser

Cela, pour « l’intime »… Quoique…

Un soldat de l’Union répare un uniforme dans ce stéréogramme de la vie quotidienne dans un campement pendant la Guerre civile américaine. [Library of Congress 1s02987] (source)

« La chaussette à l’endroit, mettre un “œuf”
(une grenade ferait tout aussi bien l’affaire)
en dessous du trou. »Instructions pour repriser
une chaussette dans l’article « Needle Pointers »
(« Brodeurs », NDT),
Yank, The Army Weekly, février 1943.

Soit dit entre parenthèses, n’hésitez pas à vous référer à la source indiquée en légende de la photo, c’est succulent! On y découvre que les soldats canadiens aimaient recevoir leur trousse de couture… Mais en recherchant davantage, je me suis aperçue que la trousse à couture faisait partie du paquetage des soldats, déjà lors de la Première Guerre Mondiale.

Raccommoder, repriser et recoudre les boutons… 1914-1918

Qui d’entre vous a observé un jour des marins en train de raccommoder des filets de pêche ou une voile abîmée me comprendra. Cela, pour « l’extérieur ». Quoique…

Pêcheur réparant son filet, Gabriel Augizeau

Partir !
Aller n’importe où,
vers le ciel
ou vers la mer,
vers le montagne
ou vers la plaine !
Partir !
Aller n’importe où,
vers le travail
vers la beauté,
ou vers l’amour !
Mais que ce soit avec une âme pleine
de rêves et de lumières,
avec une âme pleine
de bonté, de force et de pardon !

S’habiller de courage et d’espoir,
et partir,
malgré les matins glacés,
les midis de feu,
les soirs sans étoiles.
Raccommoder, s’il le faut,                                                        
nos cœurs
comme des voiles trouées,
arrachées
au mât des bateaux.
Mais partir !
Aller n’importe où
et malgré tout !

Mais accomplir une œuvre !
Et que l’œuvre choisie
soit belle,
et qu’on y mette tout son cœur,
et qu’on lui donne toute la vie.

Cécile Chabot

J’ai déjà vu des tableaux et/ou photographies expliquant comment autrefois on réparait les voiles de ces merveilles des ondes, mais impossible d’en retrouver sur le net…

Un métier oublié que celui de raccommodeur… de porte-monnaies, par exemple. Si, si, ça existait! Le voici, peint par celui qui avait représenté aussi une touchante raccommodeuse de filet.

Le raccommodeur de porte-monnaie, Adolphe-Félix Cals

Dans certains cas, les parapluies aussi étaient raccommodées, comme en témoigne cet intéressant site sur Saint Sulpice Laurière.

Voilà qui fait écho au tableau suivant.

Le raccommodeur de parapluies, François Roeder (1879)

On raccommodait aussi la vaisselle cassée. Ainsi, on pouvait rencontrer dans la rue le raccommodeur de faïences.

Une chanson a été consacrée à ce métier, interprétée par Berthe Sylva.

Raccommoder, repriser, réparer… les limites sont floues, comme on l’a vu. N’oublions pas le désuet « rapiécer », qui a valu à la génération de 68 de faire du faux rapiéçage, lorsqu’il était de mode d’avoir des vêtements avec des « pièces ». Mais on est alors bien loin du raccommodage!

Et le langage figuré s’est emparé des verbes pour nourrir les analogies, comparaisons ou métaphores… Un mot donc, bien d’actualité, pour que « Gardarem lou moral »!

 » La présence réelle raccommode en quelques minutes ce qu’a gâté l’absence.« 
Henri-Frédéric Amiel, Les fragments d’un journal intime

Re-composition

C’est aujourd’hui l’anniversaire d’un de mes amis… Je me souviens du jour où il m’a parlé de ce qui a fait basculer sa vie, le suicide de son fils, jeune homme beau, brillant, intelligent, sensible. Un arbre a été planté près de sa tombe à Aix, un olivier… Zitouni… Arbre oh combien symbolique pour moi, qui avais aussi déposé un olivier sur la tombe de mon père.

Oliviers dans les Alpilles, Van Gogh (1889)

L’ami dont je vous parle est un Homme solidaire, un Ami sincère, un Etre rare qui vit et fait vivre par les liens qu’il crée, les combats qu’il mène et les chansons qu’il interprète au sein d’une chorale… C’est à lui que j’ai pensé en choisissant le poème de ce jour. Mais qui, je pense, s’adresse à chacun-e de nous.

Oliviers avec ciel jaune et soleil, Van Gogh (1889)

Encore frissonnant
Sous la peau des ténèbres
Tous les matins je dois
Recomposer un homme
Avec tout ce mélange
De mes jours précédents
Et le peu qui me reste
De mes jours à venir.
Me voici tout entier,
Je vais vers la fenêtre.
Lumière de ce jour,
Je viens du fond des temps,
Respecte avec douceur
Mes minutes obscures,
Épargne encore un peu
Ce que j’ai de nocturne,
D’étoilé en dedans
Et de prêt à mourir
Sous le soleil montant
Qui ne sait que grandir.

Jules Supervielle, La Fable du Monde

L’Homme à la fenêtre, Henri de Braekeleer (1876)

En recherchant les tableaux de Van Gogh sur le net, j’ai assisté à une nouvelle co-incidence. Je l’ignorais, mais, en 2012, il y avait eu une double exposition Hiroshige, l’art du voyage – Van Gogh, rêves du Japon par la Pinacothèque. Hiroshige, ça vous rappelle quelque chose?

Eric Stachowiak tous droits réservés © (source)