La Sauvage

La pièce s’ouvre sur l’interprétation quelque peu « forcée » d’un chanteur sur le retour, en veste noire à paillettes, évoquant les tenues des rockers dans les années 80, et notamment celui qui aurait eu 80 ans cette année, Johnny Hallyday. Ce qu’il chante? « La Sauvage », une chanson d’amour… On comprend très vite que nous nous trouvons en pleine répétition, d’un orchestre que l’on pourrait qualifier de « familial » : le père dirige et chante, la mère joue de son corps et des maracas, la fille et sa copine sont au violon, et un pianiste complète le tout.

Le trio familial et l' »amie de la fille »

On apprend aussi très vite qu’il est depuis longtemps l’amant de la mère, ce qui ne l’empêche pas de courtiser la fille. Une sorte de vaudeville où tout serait révélé d’entrée de jeu. Sur quoi va donc porter l’intrigue?

Elle est double : le devenir de cet orchestre minable, qui manque de revenus, et celui de la jeune fille, courtisée par le pianiste et amoureuse d’un autre artiste, beaucoup plus renommé et à la fortune apparemment non négligeable. Le centre de l’attention se déplace donc vers celui-ci. D’abord, par son évocation dans les propos des autres personnages. Ensuite, pas son dialogue avec un protagoniste « étranger » à l’ensemble. Enfin, par son amour visible (trop visible?) pour la jeune fille.

Mais, en réalité, sur le « pouvoir d’agir » d’une jeune fille, dont le personnage a été créé, ne l’oublions pas, dans les années 30. Et, dans « Sauvage », on pourrait retenir aussi le sens de « (se) Sauver ».

Le père se réveillant d’une sieste post-prandiale dans la maison du riche prétendant

Loin de moi l’idée de vous raconter la pièce. Il faut la lire, il faut la voir, il faut la vivre. Et apprécier la mise en scène dépouillée, le jeu des actrices et acteurs, toutes et tous amateurs/trices (« amateurices » comme dirait Charline), les dialogues mordants, le panel d’émotions…

Cette pièce de Jean Anouilh est peu connue, peu jouée depuis sa création au Théâtre des Mathurins en 1934. Le personnage de Thérèse est intéressant.

« Solitude, honte, poids du passé, solidarité de la misère et de la déchéance, impossible pureté, mythe du bonheur, achèvent de mettre en place les éléments récurrents d’un univers dramatique original »

L’amie qui m’accompagnait ce soir n’a pas compris le dénouement (dont je ne vous dirai rien), opposé à sa vision féministe et militante, engagée.
Quant à moi, après avoir eu un peu de mal à entrer dans l’intrigue, et surtout dans l’intrication comique/tragique, j’ai beaucoup apprécié le jeu des acteurs. Sobre pour les jeunes héros, plus « forcé » pour les parents, et en particulier le père, un Michel Piccoli en plein délire d’autodérision.

Violoncelle et orgue

Il me faut vous présenter des excuses… j’ai été absente un long moment… Non pour cause de vacances, mais parce que j’étais débordée de travail. Quand on accompagne des personnes qui doivent rendre des écrits et ont des difficultés pour ce faire, et lorsque les échéances arrivent, l’urgence fait que l’on aide à rédiger, mais que l’on n’est plus disponible pour écrire soi-même. C’est ce qui m’est arrivé dernièrement.

J’ai donc de nombreux articles en souffrance. Au moment de reprendre, je me pose la question : revenir sur eux? ou commencer par « l’actualité »? Je fais le choix, en ce lundi matin d’un mai peu chaleureux, de la seconde idée. Et vais donc vous parler du concert que j’ai vu hier après-midi…

Mes fidèles lecteurs/trices le savent bien, j’adore le violoncelle… Hier après-midi, concert annoncé, en l’église Saint Rémy de Vanves.

Me voici donc parmi la cinquantaine de personnes venues profiter de cette aubaine. Car le programme annonçait en outre de l’orgue. Jamais je n’avais entendu de concert violoncelle et orgue. Moi qui suis fana de « trompette et orgue », c’est l’occasion de découvrir! C’est l’association Orgues de Vanves qui a eu cette bonne idée d’une association assez rare, me semble-t-il.

Le premier morceau ne m’a pas séduite. Qui plus est, trois erreurs de l’organiste, pourtant virtuose. Peut-être parce qu’il ne connaît pas l’instrument, dont il n’est pas titulaire?

Deuxième morceau, cette fois, le violoncelle en solo, devant l’autel. Un ravissement. Mais que vois-je? A peine fini, le violoncelliste reprend son instrument, le range, et file en courant par la porte de côté. Effarement. Moi qui viens écouter le « cello »!

Un deuxième morceau de l’orgue en solo… cette fois, sans couac. Très beau.

Et, surprise, l’oeuvre suivante est en duo. En réalité, Christophe Jeannin avait rejoint rapidement son collègue, Lorenzo Cipriani, au balcon! Une succession d’interprétations émouvantes, qui me font frissonner, voire, pour deux d’entre elles, verser quelques larmes.

L’entente des deux interprètes est remarquable, et ils entraînent le public dans leur univers musical. Jamais je n’avais entendu jouer de l’orgue ainsi, avec tant de « douceur » et de volupté. Jamais non plus je n’avais imaginé que ces deux instruments réussiraient à quasi concurrencer la voix humaine dans l’interprétation de mon Ave Maria préféré… Je n’en ai trouvé qu’un exemple sur le net, mais beaucoup moins bon à mon sens. Mais si l’un-e d’entre vous en connaît un autre, n’hésitez pas à transmette?

Longs applaudissements d’un public ravi, debout, tournant le dos au tabernacle… Car oui, c’est l’inconvénient d’un tel concert : on ne voit pas les musiciens, qui sont en haut, et derrière… Mais après tout, écouter les yeux fermés, cela n’amplifie-t-il pas l’émotion?