
Depuis bien longtemps je « suis » cette chorégraphe hors normes, qui m’a séduite dès que je l’ai vue en Avignon, voici… je ne sais combien d’années… La dernière fois que je l’ai vu danser, c’était au Musée d’Orsay, et elle était seule, non sur une scène mais sur le sol, devant nous qui étions assis-e-s par terre. Maintenant elle ne danse plus, je pense? Mais elle continue de créer, encore et encore. Et de nous enchanter.
Ce fut le cas cette semaine, dans la salle du Théâtre Libre, dont les « hiéroglyphes » et les « sequins-boucliers » m’interpellent.



Le public était tellement « pris » qu’il a mis du temps avant d’applaudir, à la fin du spectacle. Et les applaudissements ont duré, duré, duré… Les trois danseurs et les trois danseuses le méritaient largement. Mais aussi celle qui a imaginé un tel spectacle. A la fois onirique et authentique. A la fois inspiré de l’Histoire de l’Humanité et des histoires des humains.
On pouvait par moments revivre les grands mythes, Orphée et Eurydice, Icare, Faust… et à d’autres moments revivre les épisodes sanglants de notre histoire, mais aussi nos élans, nos amours, nos enthousiasmes… La Vie. Et la Mort. Jusqu’à la Cène « interprétée », dans tous les sens du terme. Les portes glissant sur la scène comme autant de portes vers le Bonheur ou vers la Disparition. Vers le Paradis ou vers l’Enfer.
Et ces corps qui courent, glissent, s’entrelacent, se rejettent… Jouant avec des chaises, bondissant sur des pneus ou des tables. Dans des rythmes tantôt endiablés, tantôt d’une lenteur, pour ne pas dire d’une langueur (sur)prenante… La musique est remarquablement variée, et les chansons lancinantes ou entraînantes.
Ces corps et leurs clones, dans un film projeté à la fenêtre dominant la scène. Comme autant de fantômes, de spectres, d’âmes… ou simplement de doubles, symbolisant peut-être une autre Vie, une forme de Résurrection?
Bref, 72 minutes que l’on ne voit pas passer, tant on est enveloppé – que dis-je, enlevé/élevé/transporté – par cette alternance de tourbillons spontanés de vie et de marche ralentie, réfléchie, de mortels qui hésitent parfois à franchir le seuil…


J’allais oublier… Si vous voulez avoir un aperçu, regardez cette vidéo…