Gautier Capuçon, quelle virtuosité!

Invitée hier soir à un concert d’une de mes idoles, Gautier Capuçon (j’apprécie aussi son frère, mais comme je préfère le violoncelle au violon…), j’ai couru jusqu’à l’extrême nord-est parisien pour assister au concert auquel il participait, dans une salle que j’aime beaucoup, la Salle Pierre Boulez.

Si vous êtes un peu expert en musique, vous aurez compris, en voyant le programme, qu’il ne prenait part qu’à la première partie de celui-ci, car la Symphonie du Nouveau Monde ne permet pas de mettre en valeur un virtuose du violoncelle. Par contre, il nous a gâté-e-s en ajoutant un morceau extrait de son dernier album, Gaïa (en hommage à la Terre), Toward the Forest que Bryce Dessner a composé pour lui. Rappelons donc, pour celles et ceux d’entre vous qui ne suivent pas sa carrière, qu’il s’agit d’un projet, présenté en ces termes sur le site de l’éditeur, Warner Classic (où vous pourrez le trouver, soit dit en passant).

« … un album inspiré réunissant dix-sept créations mondiales signées par seize compositeurs contemporains. Ce projet explore la relation entre l’humanité et la nature sous un prisme multiple, puisant dans différents genres musicaux, esthétiques et influences culturelles, ainsi que dans les contrastes saisissants du monde naturel.

« Chaque morceau donne sa propre voix au violoncelle, nous plongeant dans la puissance et la profondeur de la nature et de la Terre, source de toute vie », explique Gautier. « Dans chaque pièce, c’est la Terre qui s’exprime en musique : parfois fragile, parfois majestueuse, toujours essentielle. … Cet album est aussi un chant d’alerte, un hymne à cette beauté menacée, une prière pour les générations futures. »

Mais revenons au début du concert. Comme je n’avais pas vu le programme en amont, il m’a beaucoup surprise. Imaginez: vous attendez un orchestre symphonique et un soliste, et vous vous retrouvez devant… 4 musiciens! Et qui plus est quatre trompettes! Je n’avais jamais vu cela. Et c’est apparemment normal, car en faisant mes recherches j’ai appris que ce serait le plus petit ensemble requis pour une « fanfare ». Plus le chef d’orchestre, bien sûr. Un morceau envoûtant, étonnant, que je n’avais jamais ouï. C’est le 5ème d’une série de 6, composée par Joan Tower (pianiste et compositrice américaine, aujourd’hui âgée de 87 ans), dédicacé à Joan Harris, née, elle, en 1920.

Une petite parenthèse pour vous expliquer cette dédicace. Toute sa vie, elle a lutté contre les inégalités et la pauvreté, et soutenu les arts. Son (second) époux fortuné l’y a aidée en finançant beaucoup de ses actions, dont la création d’un théâtre à leur nom.

« Joan and Irving Harris review plans for a concert hall in Aspen in 1993.

Harris forged ahead, helping to raise funds and secure a location at Millennium Park in Chicago’s Loop, the city’s bustling central business district. When it opened in November 2003, the Harris Theater became the first multiuse cultural venue built in downtown Chicago since 1929. It has gone far in creating the kind of supportive and lively arts community Harris and other believers long envisioned. »

C’est à l’occasion de ce concert à Aspen qu’a été créée cette « Fanfare for the Uncommon Woman n°5 » que j’ai beaucoup appréciée. En quelque sorte, un hommage à deux femmes, de deux générations différentes : une philanthrope active et une musicienne, compositrice.

S’est ensuivi une pièce assez longue, prenante, un peu « déprimante », mais si intense et magnifiquement jouée par Gautier Capuçon! Voici comment elle est expliquée sur Wikipédia.

« Le soliste ouvre le Largo par une phrase grave et méditative, puis dialogue avec l’orchestre, d’une manière de plus en plus énergique et tendue, surtout dans la deuxième partie du mouvement, marquée par les sonorités du xylophone et une opposition entre les pizzicatos et les accords du violoncelle et la percussion. La fin du mouvement revient à l’intériorité et la retenue du début. Les deux mouvements suivants s’enchaînent et sont indiqués l’un et l’autre Allegretto. Le début s’apparente à une danse tzigane, d’abord assez légère, puis prenant l’allure d’une toccata, avec roulements de tambour et sonneries de cor. La partie suivante est contrastée entre des phrases lyriques, d’autres rythmées, parfois des explosions de violence et une formule cadentielle très classique. L’œuvre s’achève par une longue note grave du violoncelle sur fond de martèlement léger au xylophone. »

Vous pourrez en voir et écouter quelques extraits sur You Tube, qui suffiront à vous faire comprendre l’admiration sans borne pour la virtuosité de Gautier Capuçon, qui n’est pas que « technique ». On parle de l’âme d’un instrument, mais ici c’est la rencontre de trois âmes, celles du compositeur, de l’interprète et de son violoncelle… Pour information, si vous l’ignorez, l’oeuvre a été écrite alors que Chostakowitch était soigné dans un sanatorium, en 1966. Une belle présentation en est faite sur le site de l’orchestre de Monte-Carlo, par une auteure qui termine ainsi :

« Par sa complexité et ses multiples arrière-plans, ce deuxième concerto pour violoncelle de Chostakovitch peut être considéré comme le bilan d’une vie. Par leur côté hagard, leur violence percussive, leur lyrisme douloureux et leur introversion absolue, les concertos pour violoncelle de Chostakovitch constituent des documents historiques en même temps que des confessions humanistes au plein sens du terme sur ce que fut la dictature stalinienne. »

Comme je vous le disais précédemment, la première partie s’est achevée sur un des morceaux de l’album Gaïa (publié en novembre 2025), inspiré des tableaux de paysages et de nature de Münch.

Un petit entracte a permis au public de se remettre de ses émotions, mais c’était pour en retrouver d’autres avec la Symphonie du Nouveau Monde, magistralement interprétée par l’Orchestre Symphonique de Paris. Emphase? Non. Pour l’avoir moultes fois entendue, je peux affirmer que c’est la plus riche et puissante interprétation à mon sens. Un orchestre totalement mobilisé sous la conduite de son chef « dansant », Andrès Orozco-Estrada, un Colombien qui est devenu récemment directeur musical de l’Orchestre Symphonique de la Radio Suédoise, et de la première violon solo, Sarah Nemtanu, qui vient d’être nommée, le 1er janvier 2026. Le site de cet orchestre est remarquablement bien conçu, et vous pourrez y trouver la présentation de chaque membre, organisée par familles d’instruments.

Le public est ainsi passé par toutes sortes d’émotions, jusqu’à l’envol puissant de la finale symphonique… porté par un orchestre uni et fort, sous la baguette d’un elfe et accompagné par un génie. Bref, une soirée magique…

Mozart au Paradis

Soirée aux Bernardins, pour un spectacle dont je me demandais ce qu’il allait me réserver. Inclus dans l’année « Mozart », dont je vous ai déjà présenté un spectacle magnifique, il m’intriguait à la fois par son titre et par l’acteur annoncé, Chevallier (vous savez, l’un des humoristes du duo, avec Laspallès).

Me voici donc en route vers le Collège des Bernardins, si blanc et lumineux en cette soirée de janvier…

J’ai déjà assisté à des spectacles au rez-de-chaussée et en sous-sol, mais jamais je n’étais « montée » au deuxième étage. J’y ai découvert avec étonnement une superbe salle de concert. Sur la scène, un piano et quatre sièges…

L’un des sièges servira d’escabeau! En effet, le personnage incarné par Chevallier bouge énormément dans l’espace. Il commence au milieu des spectateurs, va sur la scène du piano à un muret sur lequel il s’asseoit, redescend inviter des spectatrices à danser, remonte sur scène pour interagir avec les musiciennes, etc.

Loin de moi l’idée de vous révéler l’intrigue, je préfère vous laisser le plaisir de la découvrir, car ce spectacle va se rejouer, aussi bien en tournée dans tout le pays qu’à Paris à partir de février. Si vous avez l’occasion, je vous invite sérieusement et chaleureusement à aller le voir. Car en apparence « léger », comme certains airs mozartiens, le texte est fondamentalement profond, et invite à penser, méditer, rentrer en soi-même. Comme certains des morceaux interprétés avec brio par le trio Bagatelle.

Un vrai moment d’émotions partagées, de méditation collective, et de plaisirs, voire de rires. C’est rare! Merci donc à celles et ceux qui ont eu l’excellente idée de monter ce spectacle!

Une dernière photo que j’ai envie de partager avec vous… Une mise en abîme…

Si vous voulez en savoir plus, une vidéo sur You Tube présente le spectacle au travers d’interviews de l’acteur et du pianiste. Il y est aussi question de l’écrivain philosophe Fabrice Hadjadj.

Un flamenco revisité

Superbe spectacle ce mardi 30 janvier, au Théâtre de Chaillot. Un flamenco totalement revisité, tout en gardant la sobriété et la virtuosité initiales.

Au départ, je me suis demandé si je ne m’étais pas trompée de programme. Car, dans une semi-obscurité, une musique lancinante, qui n’a rien à voir avec le rythme attendu, et des danseurs et danseuses tout de noir vêtu-e-s, bougeant lentement, très lentement, sur la scène elle aussi noire…

Je vous laisse la surprise, si vous allez voir ce spectacle (ce que je vous recommande vivement), mais progressivement tout s’anime, puis se calme à nouveau. Les corps obéissent au chant très doux d’une femme comme au chant traditionnel de l’homme, au violoncelle, au saxo, à la clarinette, et les claquettes deviennent aussi parfois instruments de musique.

Un décor également très sobre, mais qui révèle des surprises… Comme je le disais, au début totalement noir. Puis descendent des bouts de bois clair attachées à de longues cordes, de la même teinte. Ils vont ainsi remonter, descendre plus ou moins bas, remonter… Jusqu’au moment où le « danseur étoile », qui n’est autre que le chorégraphe, David Coria, en tire un bâton avec lequel il « joue » ensuite. Et jusqu’à la fin où les danseurs lient plusieurs de ces bâtons pour transformer la pépinière de jeunes pousses resserrées en une fûtaie bien claire…

De gauche à droite : la chanteuse-violoncelliste, le joueur d’instruments à vent et à percussion, le chanteur, les quatre membres de la troupe, et à l’extrême gauche, le chorégraphe David Coria

Les costumes du début sont élégants, comme il se doit dans le flamenco, et permettent de saisir les mouvements des corps, quand ils ne les amplifient pas. Par contre, ceux de la fin sont éclatants et décalés, et, pour ma part, j’ai regretté ce changement. La musique et la danse suffisaient à traduire l’évolution vers le festif, me semble-t-il.

Ainsi, ce spectacle est à la fois sobre et extrêmement riche, totalement envoûtant. Et j’ai même ri (intérieurement) en assistant au détournement complet des codes. Par exemple, quand ce sont deux grands gaillards qui se portent mutuellement, voire une femme qui porte un homme. Ceux du flamenco sont parfois totalement respectés, parfois aussi mis à mal en une transgression visiblement revendiquée.

Une performance extraordinaire, à la fois des chanteur.euse, des musicien-ne-s et des danseurs et danseuses. Une chorégraphie très innovante, foisonnante dans la sobriété. Bref, un concentré d’oxymores. Et un jaillissement d’émotions contradictoires… Bref, un vrai moment de bonheur intense, partagé par le public, qui a participé par moments, et ovationné à la fin.

Comme toujours, et volontairement, je n’avais pas lu les explications avant. Je viens donc d’en prendre connaissance, après avoir écrit ce qui précède. Et voici la présentation « officielle » du spectacle sur le site de la Maison de la Danse.

« Après le bouleversant ¡Fandango!, le Sévillan David Coria revient avec Los Bailes Robados, un flamenco contemporain empreint de cris et de révoltes, soutenu par des jeux vocaux et sonores remarquables. S’inspirant de moments d’hystérie collective (la chorémanie) où des groupes se mettaient subitement à danser, sans relâche et jusqu’à la mort, il crée un manifeste politique qui invoque le désir d’être soi et d’agir dans la liberté, exorcisant la douleur et l’asservissement — criant pour la femme, le fou, le différent et les invisibles, pour tous les os brisés par leurs danses. Accompagné de sept interprètes d’exception dont le maître du chant flamenco David Lagos et la violoncelliste Isidora O’Ryan, il nous invite à un pas de deux avec la vie, avec des êtres aux corps ondulants qui, du chaos à l’harmonie, s’engagent dans une gestuelle hypnotique et vibrante. »

Mes recherches m’ont aussi amenée sur le terrain linguistique, comme toujours. Que signifie le titre? Exactement ce que j’avais imaginé : « Les bals dérobés ». En voici des extraits:

Enfin, vous pourrez voir des extraits du précédent spectacle de David Coria, Fandango, sur le net. Dont celui-ci, où l’on entend et voit le chanteur. Et si vous préférez découvrir David Lagos autrement, c’est ici, par exemple. Pour découvrir Isadora O’Ryan, vous pouvez entre autres regarder (et surtout écouter) cet extrait, ou aller sur sa chaîne You Tube. Quant à David Coria, il communique sur Instagram. Plusieurs vidéos d’extraits sont visibles, comme ici, ici ou encore là, avec des commentaires du chorégraphe.

Violoncelle et orgue

Il me faut vous présenter des excuses… j’ai été absente un long moment… Non pour cause de vacances, mais parce que j’étais débordée de travail. Quand on accompagne des personnes qui doivent rendre des écrits et ont des difficultés pour ce faire, et lorsque les échéances arrivent, l’urgence fait que l’on aide à rédiger, mais que l’on n’est plus disponible pour écrire soi-même. C’est ce qui m’est arrivé dernièrement.

J’ai donc de nombreux articles en souffrance. Au moment de reprendre, je me pose la question : revenir sur eux? ou commencer par « l’actualité »? Je fais le choix, en ce lundi matin d’un mai peu chaleureux, de la seconde idée. Et vais donc vous parler du concert que j’ai vu hier après-midi…

Mes fidèles lecteurs/trices le savent bien, j’adore le violoncelle… Hier après-midi, concert annoncé, en l’église Saint Rémy de Vanves.

Me voici donc parmi la cinquantaine de personnes venues profiter de cette aubaine. Car le programme annonçait en outre de l’orgue. Jamais je n’avais entendu de concert violoncelle et orgue. Moi qui suis fana de « trompette et orgue », c’est l’occasion de découvrir! C’est l’association Orgues de Vanves qui a eu cette bonne idée d’une association assez rare, me semble-t-il.

Le premier morceau ne m’a pas séduite. Qui plus est, trois erreurs de l’organiste, pourtant virtuose. Peut-être parce qu’il ne connaît pas l’instrument, dont il n’est pas titulaire?

Deuxième morceau, cette fois, le violoncelle en solo, devant l’autel. Un ravissement. Mais que vois-je? A peine fini, le violoncelliste reprend son instrument, le range, et file en courant par la porte de côté. Effarement. Moi qui viens écouter le « cello »!

Un deuxième morceau de l’orgue en solo… cette fois, sans couac. Très beau.

Et, surprise, l’oeuvre suivante est en duo. En réalité, Christophe Jeannin avait rejoint rapidement son collègue, Lorenzo Cipriani, au balcon! Une succession d’interprétations émouvantes, qui me font frissonner, voire, pour deux d’entre elles, verser quelques larmes.

L’entente des deux interprètes est remarquable, et ils entraînent le public dans leur univers musical. Jamais je n’avais entendu jouer de l’orgue ainsi, avec tant de « douceur » et de volupté. Jamais non plus je n’avais imaginé que ces deux instruments réussiraient à quasi concurrencer la voix humaine dans l’interprétation de mon Ave Maria préféré… Je n’en ai trouvé qu’un exemple sur le net, mais beaucoup moins bon à mon sens. Mais si l’un-e d’entre vous en connaît un autre, n’hésitez pas à transmette?

Longs applaudissements d’un public ravi, debout, tournant le dos au tabernacle… Car oui, c’est l’inconvénient d’un tel concert : on ne voit pas les musiciens, qui sont en haut, et derrière… Mais après tout, écouter les yeux fermés, cela n’amplifie-t-il pas l’émotion?

Un concert comme naguère

Un concert intimiste dans une belle demeure de la Plaine Monceau, avez-vous déjà vécu cela? C’est ce qui m’est arrivé la semaine dernière, pour mon plus grand plaisir.

L’annonce était discrète, peu « alléchante ». Mais je fus attirée par le lieu insolite : un musée dont je n’avais jamais entendu parler. Je ne vous dévoile pas lequel, car je vous le ferai découvrir plus tard. Mieux vaut garder le suspens pour motiver son public, n’est-ce pas? (rires)

Imaginez un ancien jardin d’hiver, hélas dépouillé de beaucoup de ses plantes. Mais la verrière est toujours là, l’espace aussi.

Un piano. Trois sièges, auxquels font face en arc-de-cercle une vingtaine d’autres. Le public s’installe. A peine une quinzaine de personnes. Pourtant, le prix n’est pas dissuasif : 15 euros avec la visite du Musée!

Une dame, tout sourire, présente rapidement le programme. Puis nous voyons descendre trois jeunes femmes des escaliers en colimaçon. L’une avec un violon, l’autre avec un violoncelle. La troisième ne porte pas son instrument!

C’est la pianiste qui annonce la première oeuvre qui sera jouée, un trio de Beethoven. Après un bref entracte, elle poursuivra avec un trio de Mendelssohn.

« Ludwig van BEETHOVEN : Trio, opus 1 nº1 30 mn »

  1. Allegro ;
  2. Adagio cantabile ;
  3. Scherzo allegro assai ;
  4. Finale presto

Félix MENDELSSOHN : Trio, opus 66 nº2  28 mn 1. Allegro energico e con fuoco ; 2. Andante espressivo ; 3. Scherzo : Molto allegro quasi presto ; 4. Allegro appassionato »

Deux oeuvres très différentes, que les artistes jouent avec passion et finesse. Chacune montre une personnalité bien différente. La réserve de la violoniste, Anna-Li Hardel complète à merveille l’enthousiasme de la pianiste, Marina Saïki, et la profondeur de la violoncelliste, Romane Bestautte.

Pour ma part, j’ai particulièrement apprécié l’adagio de Beethoven et l’andante de Mendelssohn. Mais l’interprétation des deux oeuvres par le Trio Lazuli a été remarquable, et les rappels furent nombreux et bien mérités. Des artistes à suivre, donc… En attendant, vous pourrez voir un extrait d’une de leurs interprétations sur YouTube.

Il cello e il cielo

Comme les « ancien-ne-s » de ce site le savent, j’aime le violoncelle. Alors, comment résister, par cet après-midi pluvieux, à l’appel de cette annonce? D’autant que je ne connais pas cet endroit!

Je situais bêtement l’Oratoire au Louvre ! Que nenni! Il est situé non loin, certes, mais pas du tout dans le périmètre de celui-ci. Mais en réalité c’était vrai jadis. Car il s’agit ni plus ni moins de l’ancienne Chapelle Royale du Palais.

Et j’imaginais une sorte de petite chapelle. Que nenni! En réalité, l’édifice est de taille imposante, aussi vaste qu’une grande église.

Un peu d’histoire en passant ? C’est la Congrégation de l’Oratoire (avatar de la Société de l’Oratoire, issue de la Contre-Réforme), créée en 1612 par Marie de Médicis, qui a souhaité un lieu de prière digne de sa renommée et fait lancer le chantier en 1620. Après modification des plans, il fut achevé en 1623. C’est là qu’eurent lieu les cérémonies funèbres de Richelieu, de Louis XIII, d’Anne d’Autriche et de Marie-Thérèse. Mais la consécration de l’église n’eut lieu qu’en 1750… et cela dura peu, puisqu’elle fut désacralisée à la Révolution. C’est justement en 1789 que les protestants obtiennent la liberté de culte. Et, en 1811, la première cérémonie protestante a lieu à l’Oratoire qui, depuis, est l’un des plus grands temples de Paris. Si vous voulez en savoir plus, le site de l’Oratoire est très pédagogique.

Une mini-exposition sur le mémorial de Coligny l’est également. Toutes les explications concernant histoire, actualités de l’époque, architecture et statuaire y sont apportées.

Comme tous les temples, très austère. Mais, pour ma part, j’ai ressenti une forme de malaise en y pénétrant. Une tristesse, un manque de « vie », en quelque sorte.

Le concert m’a fait oublier tout cela. Pas un concert ordinaire, non. Alternance de commentaire (par une pasteure) et lecture (par une autre pasteure) d’extraits de la Bible (plus ou moins) relatifs aux rêves et de morceaux interprétés au piano et au violoncelle.

Le public est séduit par la pianiste, dont il apprend très vite qu’elle n’est autre que l’organiste en titre de l’Oratoire. Ce qui m’a donné envie d’aller l’entendre à l’orgue, bien sûr. Coréenne née et élevée en Australie, elle a rejoint la France et mène une carrière internationale. C’est son jeune frère, arrivé plus récemment en France, qui est au violoncelle.

Et ce fut un délice de les entendre, dans des oeuvres extrêmement variées.

Parmi celles-ci, j’en ai particulièrement apprécié deux : Romance sans parole pour piano et violoncelle, de Mendelsohn (je n’en ai pas trouvé une aussi bonne interprétation sur le net, mais vous pouvez écouter ici pour en avoir une idée) et la Suite bergamasque de Debussy. Mais l’ensemble était bien choisi et interprété avec beaucoup de sensibilité, et, d’après un connaisseur, l’interprétation de Bach, remarquable.

Des chants moraves au « cello »… Chronique d’une matinée ordinaire

Cello, c’est le violoncelle, vous le savez sans doute? Joli mot, qui me fait penser aux oiseaux italiens… mais des oiseaux graves, aux sonorités prenantes et prégnantes…
J’avais commencé en ce gris matin de novembre par une tentative de réécouter les Chants Moraves de Dvorak… Rien à voir avec le violoncelle, me direz-vous.

Hier en effet je suis allée écouter le choeur Polycantus.

Le concert de ce mardi 26 novembre

Le concert avait lieu dans l’église de l’Annonciation, dans le 16ème arrondissement, église qui en réalité est un lieu de culte protestant, comme l’attestent le livret de chants et la Bible offerts à la lecture des spectateurs/trices ( j’ai passé un bon moment à essayer de trouver des chants communs au culte protestant et au culte catholique, en attendant le début du concert! ).

« Eglise »- temple de l’Annonciation

J’ai beaucoup aimé les Chants Moraves et la Messe, et seulement regretté l’interprétation trop « appliquée » du choeur, qui ne permettait pas de faire jaillir l’émotion que j’attendais, que j’espérais. Un peu trop « amateurs » sans doute, avec une exception, un jeune homme que j’avais remarqué, et qui d’ailleurs a été salué par le chef. Qui est-il? Je ne puis vous le dire, hélas… Mais vous le verrez sur cette photographie (hélas très mauvais, désolée!) : il est à droite, devant la colonne. Si vous le reconnaissez, merci de me dire de qui il s’agit, j’aimerais le réentendre chanter!

Le choeur

Six chants moraves, dont les textes évoquent la culture rurale et les troubles de l’amour… Six mélodies très différentes, dont certaines très entraînantes invitent à la danse (difficile sur un banc d’église, de surplus fort inconfortable!)…

Puis un intermède au piano, trois mazurkas de Chopin…

Ensuite, la messe en ré… avec de curieuses séquences… L’Agnus Dei scindé, par exemple, apparaît à deux moments… Ma voisine, perturbée, a même recherché dans le programme ce qui pouvait se passer…

Elle est belle, cette messe! Dommage qu’elle ait été aussi platement interprétée… En voici une autre version

Bref, pour revenir au fil de cet article, je suis allée rechercher sur le net d’autres interprétations des chants moraves… en vain, à l’exception d’un autre choeur amateur… Mais You Tube poursuit son chemin, et propose d’autres titres… selon quelle ontologie??? je l’ignore, mais il est parfois fantaisiste… j’ai donc eu droit à un certain nombre de chants, et ai réécouté avec plaisir certains d’entre eux…

Puis un morceau de violoncelle m’a donné envie de réentendre une artiste découverte par hasard hier… Sol Gabetta… Si l’on regarde les photos obtenues par une recherche « images » sur son nom, on ne peut, je pense, qu’être saisi-e par l’intensité de ses expressions, et imaginer celle du jeu de cette violoncelliste argentine qui désormais vit et travaille en Suisse.

Superbe aussi, cette interprétation , modèle pour moi de beauté liée à une extrême simplicité qui apure l’oeuvre – déjà très épurée – du compositeur estonien Arvo Part

Bref, me voici passée de Dvorak à Part… de la Tchéquie à l’Estonie, en passant bien sûr par la Pologne avec Chopin… Ne manquent que la Lituanie et la Lettonie… une prochaine fois?

Un peu de musique en ce monde de brutes. Billet 4

Décidément la programmation de France Musique me plaît ce matin, au point que c’est le deuxième billet que j’écris… Vous remarquerez que j’ai écrit « deuxième » et non « second », car je me dis qu’il y en aura peut-être un autre encore…

J’étais en train de prendre un billet sur le net pour le concert de ce soir à la Philharmonie – vous connaissez maintenant mon goût pour le violoncelle, et on joue le Concerto pour violoncelle de Dvorak ( le voici, interprété par Jacqueline Dupré ) – quand, coïncidence, c’est du violoncelle que j’entends…

C’est pourquoi je vous entraîne à la découverte ou la réécoute, selon votre culture musicale, de Joseph Jongen, et en particulier le Poème No. 1 pour violoncelle et orchestre.

Autre coïncidence, l’image… Je me trompe peut-être, mais il me semble reconnaître la patte d’Hammershoi…

L’un-e de mes lecteurs/trices peut-elle / il confirmer ou infirmer ??? Merci!