Un déjeuner « surréaliste »

Il faisait beau ce midi… Je décidai donc de déjeuner en terrasse, même si l’environnement n’était pas superbe, et pour cause : des travaux partout! Comme en ce moment c’est assez général à Paris, on finit par passer outre…

Me voici donc installée au soleil, tranquille, dans un coin un peu reculé de la terrasse d’une brasserie, Un peu gênée, dois-je le dire, de voir travailler sans répit devant moi trois hommes, engoncés dans de chaudes tenues orange, bottes aux pieds… Durant tout le temps de mon séjour en terrasse, l’un d’entre eux arrosait le sol en ciment frais, tandis que les deux autres, armés de grandes raclettes, évacuaient l’eau. Lorsqu’ils arrivaient à l’extrêmité de la place, ils revenaient au point de départ, et recommençait. Sans fin… Le tonneau des Danaïdes revu et corrigé version XXIème siècle… Quoique… Pour une fois, je pensais que des machines auraient pu les remplacer, moi qui ne suis pas pour le remplacement de l’Homme par le Robot… Mais là, quand même, ce travail rude et répétitif, dans une tenue inadaptée au temps…

Arrive alors une jeune femme en trottinette. Elle gare soigneusement celle-ci, s’installe à la table voisine sans me saluer, dos au soleil. Quelques temps après, elle est rejointe par une autre, à peine plus âgée, qui lui concède la place face au soleil.

Les voici donc attablées, comme deux vieilles copines – qu’elles ne sont pas du tout, comme je le comprendrai après. Elles passent un temps impressionnant à discuter du menu, ce qui attire mon oreille, d’autant que l’une a vraiment une voix forte et ne cherche pas à baisser le ton. C’est ainsi que je vais être amenée à suivre toute leur conversation…

Et je n’en reviens pas, je dois bien l’avouer. Dans un premier temps, tout passe au peigne fin de leurs critiques acerbes. Travaillaient-elles pour un guide culinaire? Manque de chance, l’une avait commandé une salade César. Celle-ci est servie, abondante et alléchante… Mais en fine observatrice la cliente remarque des tranches fines de ce délicieux lard qu’aiment les Breton-ne-s… Et se plaint à l’autre. Qui consulte la carte sur Internet. Le lard n’est pas dans la liste des ingrédients qui composent la salade! Les voici donc hélant le serveur, débordé car seul pour une terrasse d’environ 60 couverts… Et renvoyant le plat. Lorsqu’il s’éloigne, la personne concernée dit à l’autre qu’elle ne sais comment se comporter en un tel cas. L’autre, d’un ton docte, bien haut et fort, lui dit qu’il faut expliciter, tout en restant « bienveillante ». Je n’en reviens pas! ce mot dans sa bouche! et répété! « Bienveillante »…

Ma curiosité est attisée. Qui sont-elles? Je prolonge donc mon repas par un dessert, pour essayer de deviner… Vous savez combien je suis joueuse!

Elles se plaignent du retard apporté à leur servir le dessert, en oubliant que c’est le renvoi du plat qui a tout décalé.
Et, tout à coup, le ton change entre elles. Les voici en train de discuter « affaires ». Chacune a un site, et un appui réciproque semble possible. Des influenceuses?

Elles discutent « partenariat », « liens », « référencement », quand la plus âgée dit à l’autre qu’elles ne jouent pas sur le même terrain. Elle a « l’oreille de Paris », dit-elle. Et ne fait pas payer les restaurants sur lesquels elle publie – j’apprends un peu plus tard que ce n’est pas elle qui écrit, qu’elle a « des petites mains » pour ce faire… Alors que l’autre a un site « Sortie » ou « Sortir » à Nantes, et fait payer les établissements cités.

Alors, me direz-vous, qui est la « Verbe Haut »? Elle finit pas se découvrir en montrant une de ses « publications papier » : le Petit Futé.

Pourquoi parler de « surréalisme », me direz-vous? Certes, le terme est mal approprié et discutable. Mais la surimpression des ouvriers au travail, de ces deux jeunes femmes aux critiques acerbes et au comportement mercantile, en train de négocier, pendant que, dans le ciel, se poursuit le ballet des hélicoptères amenant les malades à l’hôpital tout proche, cette surimpression, disais-je, me transportait dans un univers paradoxal qui me questionnait…

Et, par la suite, j’ai pu échanger avec le serveur et celle qui l’avait rejoint à la fin. Tous deux craignaient terriblement le retour du patron, « Olivier », que la Dame du Petit Futé avait affirmé connaître et à qui elle n’allait pas manquer de se plaindre… Inégalité, quand tu nous tiens…

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