



Le printemps, le soleil, les chants des petits zozios… c’est le moment de profiter des parcs et jardins si nombreux et beaux dans notre capitale… Direction donc les Tuileries. Voilà bien longtemps que je n’y suis allée et, la dernière fois, une partie était un vaste chantier…
Autant faire une arrivée triomphale, non? Pardon pour ce vilain jeu de mots… Bien sûr, je parlais de l’Arc de Triomphe du Carrousel. A ce propos, je me suis interrogée sur l’origine de ce nom. Il vient tout simplement de la situation du monument, sur la place qui portait déjà à l’époque napoléonienne le nom de « Place du Carrousel ». Pourquoi? Parce qu’en 1662, Louis XIV avait célébré de manière grandiose la naissance de son fils, le Dauphin, par un superbe spectacle équestre, donc un magnifique « carrousel ».

Les chevaux sont toujours là… mais moins vivants : c’est un quadrige qui domine les lieux, depuis le sommet de l’arc… difficile à photographier car, en cette fin d’après-midi, le soleil est déjà très à l’ouest…


Il serait aujourd’hui impossible d’imaginer reproduire le spectacle offert par le Roi Soleil… Vous devinez pourquoi? Réfléchissez… une construction moderne, insolite en ces lieux, qui a fait couler beaucoup d’encre et n’est toujours pas acceptée par un certain nombre de nos compatriotes… Vous voyez de quoi je parle ?

Mais la façade de l’aile nord, récemment rénovée, brille de son classicisme intact et plus éclatant que jamais, d’un ocre se détachant sur le bleu du ciel et le vert des buissons bien taillés.

Je ne me lasse pas des innombrables statues qui peuplent – j’allais écrire « qui hantent » – nos espaces verts, et servent de socle aux pigeons orgueilleux, telle cette Nymphe qui ne s’attendait pas à un tel couvre-chef…

Regardez la photo ci-dessus. De nouvelles statues sont venues s’ajouter aux anciennes… Vous les voyez, au fond à gauche?
Continuons à admirer les personnages antiques, plus ou moins mythologiques. Cassandre, d’abord, qui se met ici sous la protection de Pallas.

Joies courbes, n’est-ce pas? Mais il n’y a pas que des courbes féminines à admirer dans ce Jardin… Une petite devinette? A qui appartiennent celles-ci?

A un héros et au Monstre qu’il est en train de tuer… Mi-homme mi-taureau… ça vous dit quelque chose?

Eh oui, Thésée et le Minotaure… On comprend mieux Ariane, n’est-ce pas?
Délaissons maintenant la statuaire pour nous intéresser à la nature. Enfin, la nature bien travaillée, à en croire les panneaux qui expliquent les oeuvres d’art des jardiniers/ères.

Je n’ai pour ma part pas beaucoup vu de ce « bleu précieux »… mais peut-être n’est-ce pas la saison? Il faudra revenir… Par contre, j’ai vu « l’ivoire divin »… enfin, un peu relevé par de l’orangé et du jaune…



Une petite pause sur les fauteuils près de l’un des beaux bassins des Tuileries, pour admirer les « amerrissages » des cols verts et s’attendrir sur les petits canetons. Quand tout à coup surgit, du côté de la Tour Eiffel, un autre arc, en ciel celui-là, tout à fait inattendu vu l’absence de pluie.

Mais il se fait tard, et le soleil commence à décliner derrière l’Obélisque qui se mire dans l’eau et commence à se dévêtir…


Invitée à aller voir la pièce de Sartre, je dois avouer que mon enthousiasme était assez limité. J’ai beaucoup apprécié le texte quand j’avais quatorze ans, mais je craignais de le trouver un peu « poussiéreux ». A l’entrée du théâtre, accueillie par des hommes en noir à l’oeil rouge, je commençais à me questionner. Le rideau était ouvert, et laissait voir un décor rouge foncé, trois fauteuils Voltaire, et un candélabre à trois branches, diffusant une lumière rouge. Au-dessus de la scène, un large écran orné d’une oeuvre picturale : de larges tâches rouges sur fond blanc.

Je fus bien agréablement surprise d’assister à un spectacle qui, tout en respectant l’idée, voire le texte, était dynamique et, par instant, plutôt drôle. Cela aurait-il plu à Jean-Paul? Pas sûr… Mais quoi qu’il en soit, réussir à rendre dynamique l’attente éternelle dans un Enfer partagé, voilà qui me semble un véritable challenge. Et un challenge réussi, en l’occurrence. Bravo donc à la metteure en scène, qui était aussi l’une des actrices sur les planches, en ce soir d’avril, à la Comédie de Paris.

Magnifique dans son étonnant costume (pantalon de cuir noir très serré, agrémenté de bandes rouges sur les côtés, et son chemisier-chasuble en pointe, d’un rouge vif), Joyce Franrenet a tout de suite réveillé l’auditoire fatigué par sa journée de travail ou de tourisme. Volontairement à l’opposé, Mathilde Mosnier incarnait Estelle, grands yeux bleus et bouche pulpeuse, avec tous les poncifs de la féminité. Mais des deux, qui est la plus « forte »?

Le troisième défunt à commencer sa vie éternelle dans « l’enfer, c’est les Autres » était joué par Tanguy Mendrisse, entre violence intériorisée et charme dévastateur.

Leur hôte, interprété par Alexandre Tessier, était aussi sombre, froid, inquiétant qu’énigmatique. A faire frissonner de peur…

Un jeu enlevé, parfois limite burlesque, des répliques qui fusent, une alternance de jeu de séduction et de violences, symboliques ou physiques… Pas question de s’ennuyer un seul instant! Et j’ai beaucoup apprécié l’exploitation de l’écran suspendu : les visions intérieures des personnages qui se remémoraient leur passé ou « voyaient » le présent dont ils étaient absents mais aussi (trop?) présents étaient traduites en jeu d’ombres chinoises sur fonds jaunes ou bleus, ce qui était une sorte « d’ouverture » pour cet « huis clos », mais une ouverture aussi factice que fugace…

« L’enfer c’est les autres ” a été toujours mal compris. On a cru que je voulais dire par là que nos rapports avec les autres étaient toujours empoisonnés, que c’était toujours des rapports infernaux. Or, c’est tout autre chose que je veux dire. Je veux dire que si les rapports avec autrui sont tordus, viciés, alors l’autre ne peut être que l’enfer. Pourquoi ? Parce que les autres sont, au fond, ce qu’il y a de plus important en nous-mêmes, pour notre propre connaissance de nous-mêmes. Quand nous pensons sur nous, quand nous essayons de nous connaître, au fond nous usons des connaissances que les autres ont déjà sur nous, nous nous jugeons avec les moyens que les autres ont, nous ont donné, de nous juger. Quoi que je dise sur moi, toujours le jugement d’autrui entre dedans. Quoi que je sente de moi, le jugement d’autrui entre dedans. Ce qui veut dire que, si mes rapports sont mauvais, je me mets dans la totale dépendance d’autrui et alors, en effet, je suis en enfer. Et il existe une quantité de gens dans le monde qui sont en enfer parce qu’ils dépendent trop du jugement d’autrui. Mais cela ne veut nullement dire qu’on ne puisse avoir d’autres rapports avec les autres, ça marque simplement l’importance capitale de tous les autres pour chacun de nous. » (Sartre, Entretien avec Moshé Naïm, 1964)
Vous avez bien joué? Mais je n’ai vu aucune réponse en commentaires… c’est dommage!
Voici donc la solution du jeu, en images bien sûr.
La première, je pense que vous l’avez deviné, est une tenue inspirée de Matisse (1981).

La deuxième ne présentait pas de difficultés, que vous soyez ou non fan de Mondrian, à qui elle rend hommage en 1965.

Le troisième vêtement n’était pas une robe, mais son motif est bien inspiré d’un peintre dont je vous ai montré la tombe dernièrement, dans son magnifique environnement : Braque.

Il y avait un piège dans la photo de la robe suivante. Le tableau que l’on voyait derrière est de Magnelli. Il fallait regarder de l’autre côté – ce que bien sûr vous ne pouviez pas faire! – pour voir celui de Sonia Delaunay…

Matisse, Mondrian, Braque, Delaunay… Qui sont les autres artistes ? J’y arrive…
La cinquième tenue n’évoquait peut-être rien d’autre pour vous qu’un ensemble de formes géométriques colorées. Pas faux. Mais il fallait les attribuer à l’Américano-Libanaise qui était à la fois poète, écrivaine et artiste visuelle, et qui a disparu en novembre dernier : Etel Adnan.

La suivante est présentée comme si l’oeuvre du grand couturier était influencée par celle d’un peintre et sculpteur américain, Ellsworth Kelly. L’explication jointe est claire : rien n’a été prouvé. Mais les deux artistes sont bien reliés par la présentation qui est faite de leurs oeuvres.

Les adeptes de Tom Wesselmann auront aisément reconnu son style et les traits érotiques de certaines de ses oeuvres.

Enfin, il était difficile de reconnaître Picasso dans la superbe robe longue bicolore (si l’on peut dire… le noir est-il une couleur?)…

Adnan, Kelly, Wessermann et Picasso… tel était le quartet gagnant pour cette série. J’espère que vous vous êtes bien amusé-e ?
Je ne pensais pas me poser un jour cette question. Jusqu’à ce jour d’avril où, suite à une suggestion d’un ami, je suis allée voir l’exposition proposée par le Centre Pompidou, Yves Saint-Laurent aux Musées.

Le pluriel interpelle. Il est explicité dans la présentation en ligne sur le site du Centre.
« Elle prend la forme inédite d’un parcours dans les collections permanentes de six musées parisiens: le Centre Pompidou, le Musée d’art moderne de Paris, le Musée du Louvre, le Musée d’Orsay, le Musée national Picasso-Paris et le Musée Yves Saint Laurent Paris.«
Ainsi, il resterait à voir les 5 autres musées… Pourquoi pas?
Mais, en attendant, je vous invite à une petite visite, qui, effectivement, ne manque pas d’intérêt. Ou plutôt, à un petit jeu : je vais, dans un premier temps, vous proposer les vêtements du grand couturier, tels que présentés dans le musée. A vous de deviner à quel-le artiste ils vous font penser. Vous êtes prêt-e ?
Commençons par les plus faciles…




Passons maintenant à plus difficile…




Avez-vous trouvé? Si non, je vais vous aider, avec une liste des artistes, par ordre alphabétique : Adnan, Braque, Delaunay, Kelly, Matisse, Mondrian, Picasso, Wesselmann.
Résultats dans un prochain article…
Une invitation « surprise » : je ne savais pas ce que j’allais voir. Et je n’ai pas cherché à le savoir. Bien m’en a pris. Car ce fut une belle surprise, effectivement, que ces moments passés en compagnie de Pierre-Louis Calixte. Mais ce ne fut pas un monologue, comme annoncé sur le programme.
Le (524ème) sociétaire de la Comédie Française a fait revivre son grand-père (et j’avais envie de dire « la canne de son aïeul »), un metteur en scène et un comédien… et toutes sortes d’autres personnes/ages, depuis les petites mains du costumier jusqu’au Roi Soleil, en passant par Musset et Brassens… Sans compter bien sûr Molière – pardon, Jean-Baptiste Poquelin -, le prétexte de ce que j’ai envie de qualifier de « performance » pour la belle polysémie de ce mot.
J’utilise souvent le terme « co-incidence », volontairement orthographié de cette manière, pour désigner ces conjonctions de sensations, d’affects, d’évènements, qui tout à coup éclairent notre vie d’une lumière profonde, la mettent en abîme, la transcendent.
C’est une succession de ces co-incidences qui fait revivre les quatre personnes évoquées plus haut, dans un tourbillon éblouissant de « jeux » d’acteur qui, là aussi, rend hommage à Molière. Je ne veux pas trop en parler, pour ne pas déflorer ce qui est plus qu’une pièce…
Je discutais avec des amis hier soir du sens du terme « interpréter » en musique. Avec ce spectacle, j’ai appréhendé toutes les facettes de ce que peut être « l’interprétation » d’un acteur seul sur scène, je crois. Ce fut époustouflant – mot que j’utilise rarement, mais le seul capable de traduire ce que j’ai éprouvé.
Avec toute la gamme des sentiments. Avec tout l’éventail de ce que peuvent produire la voix humaine (merci Cocteau) et le corps agile…
Un petit mot encore pour la mise en scène – j’avais envie d’écrire l’auto-mise en scène, voire mise en jeu de soi. Sobre et d’une richesse incroyable, grâce aux livres et aux costumes de scène.
« Singulis », est-il écrit dans le titre. Singulier mais pas seul, entouré des morts et de tous les acteurs et personnels de la Maison de Molière, sur laquelle j’ai appris beaucoup.
Et j’ai compris le reste du titre au fur et à mesure du déroulé du spectacle, y compris le x entre parenthèses : Molière / Matériau(x).
J’ai regretté alors de ne pas avoir vu le premier des spectacles, avec Danièle Lebrun, Le Silence de Molière. Et cela m’a donné envie de voir le dernier du triptyque, Ex-traits de femmes, par Anne Kessler. « « Louison, Agnès, Armande, Henriette, Arsinoé, Célimène, Elvire, Madame Pernelle, Dorine… toutes si différentes mais qui viennent d’un seul et même cœur, celui de Molière. »
Qui se souvient de ce château en bord de Seine, si près de Paris? Qui a jamais entendu parler du château de Becon? Sans « les Bruyères », si vous pensiez à cela. Quoique. Oui, vous pourriez l’ajouter si vous pensez que tous deux se situent à Courbevoie…
J’ai cherché l’étymologie du terme. Deux pistes trouvées : d’une part, « la terre de Becco », ce dernier étant un nom gaulois; d’autre part, « le phare terrestre » (Claude Bourgeois, 1997). Pas impossible, car il y avait un port à cet endroit.
Bref, un château dominant la Seine, à une époque où ses rives étaient verdoyantes.

« Les Bruyères », c’était un quartier d’Asnières-sur-Seine et de Bois-Colombes… Et, sur le plan ci-dessus, vous pouvez situer le château, car l’île située en face porte toujours le même nom (ou presque) : c’est celle qui soutient le pont de Courbevoie. Difficile d’imaginer autant de verdure à cet endroit, non? Et encore plus un bac, comme celui que l’on voit sur la carte ci-dessous.

Le château fut construit à la fin du XVIIIème siècle, à peu près à l’emplacement de ce qui fut une maison de campagne qui aurait accueilli un temps Richelieu, au hameau de Becon. Au départ, ce n’était qu’une « maison de plaisance », qui appartenait à Mme de Choiseul. Par la suite, le Comte Orsini l’agrandit. Il passa ensuite entre les mains du Comte de Cayla, pair de France, puis à sa fille, puis au docteur Guillée. C’est dans ces lieux que Thiers aurait écrit son Histoire du Consulat et de l’Empire.

Il aurait par la suite abrité une congrégation religieuse frappée d’interdit par l’archevêché de Paris, et enfin servi d’avant-poste aux fédérés pendant la Commune de Paris, ce qui lui a valu quelques dégâts sévères. Et ce fut pour moi l’occasion de découvrir un ouvrage intéressant, qui porte sur la loi du 10 Vendémiaire an IV. Je vous conseille d’y jeter un oeil, c’est passionnant. Et lisible en ligne sur le site de la BNF…

Quels liens, me direz-vous, entre ce livre et le château? Les indemnités, et ce qui a valu une mini-guerre juridique entre l’Etat, Paris et les communes environnantes. J’y ai découvert (pages 140 à 144) ce qui a été nommé « L’affaire du Château de Bécon », au Tribunal de la Seine le 10 décembre 1873.

Or à cette époque il semble que le château ait déjà été racheté par le Comte Stirbey, dont je vous ai déjà parlé dans des articles précédents (vous savez, celui qui a adopté les peintres Achille et Consuelo Fould? Est-ce à partir de ce « secours spécial distribué par voie de répartition administrative » (pour reprendre l’expression du texte) qu’il a commencé à embellir l’édifice, notamment en y ajoutant un escalier monumental?

Lorsque je vous ai parlé du Musée Roybet-Fould, j’ai évoqué les questions que me posaient la présence d’un artiste né dans la même région que moi, le Nord. Plus précisément, pour ce qui le concerne, Valenciennes. Carpeaux était tombé amoureux de son modèle qu’il représenta en buste.

Il avait alors 42 ans, et la jeune femme en avait 20 de moins. Et le 20 avril 1869 Jean-Baptiste Carpeaux épousa Amélie Victorine Marie Clotilde (aussi orthographié Clothilde) de Montfort, dont le père était conseiller général de la Marne et gouverneur du Palais du Luxembourg. Le couple eut très vite trois enfants, dont l’un, Charles, né en 1870, deviendra un photographe explorateur; sa soeur Louise Clément-Carpeaux, née en 1872, sera, elle, sculpteure et écrira sur la vie et l’oeuvre de son père.
Mais l’artiste développa une jalousie maladive à l’égard de sa femme, et le couple se sépara en 1874. Etait-il déjà malade? On peut le penser en voyant son autoportrait peint cette année-là.

Peint au château de Bécon? C’est possible, car c’est à cette époque que Jean-Baptiste Carpeaux fut accueilli par le Prince Stirbey qui le logea dans une dépendance de sa demeure, où l’artiste mourut, un an plus tard, d’un cancer de la vessie. Il n’aura pas vu grandir ses enfants, dont l’aîné avait 5 ans…

Au début du XXème siècle, l’endroit était champêtre : près du château, des moulins, une ferme, comme on le voit sur cette carte.

On y voit les stations de chemin de fer. C’est ce moyen de transport qui va entraîner l’industrialisation de ce coin de paradis, avec des noms célèbres : Guerlain, Cadum, Berliet, Hispano-Suiza. C’est la présence de cette usine qui aurait provoqué le bombardement de Courbevoie lors de la seconde guerre mondiale. Episode douloureux pour la ville. Et qui valut au château une destruction partielle, dont il ne se remit pas.
Il finit par disparaître en 1957.
Heureusement que Buffet en a saisi le charme avant…


J’ignorais totalement l’existence de ce peintre dénommé Ferdinand Roybet. Il faut dire que ce n’est pas spécialement le type de peinture que j’aime… Je vous propose cependant de découvrir quelques-unes de ses oeuvres, dont certaines vous évoqueront sans doute quelques maîtres flamands…
Commençons par les dessins et gravures, car c’est ainsi que débuta sa production artistique…
« Né à Uzès en 1840, Ferdinand Roybet s’installe avec ses parents à Lyon vers 1846. Le jeune homme a treize ans quand il entre, en 1853, à l’Ecole des Beaux-arts de Lyon dans l’atelier du graveur Joseph Vibert (1799-1860). Il pratique ainsi le dessin, la gravure et la lithographie. » (site du Musée)
Ce fils de cafetier était donc bien précoce… dans l’art comme dans la vie, puisqu’il se maria et fut père très jeune.




« L’enseignement ne correspond pas à ses attentes et il quitte l’école pour étudier la peinture, dans l’atelier du peintre J.B. Chatigny ainsi qu’au musée de Lyon où il affine ses observations par l’étude directe de la nature.«

« A la mort de son père en 1864, il rejoint Paris aidé dans son installation par son ami lyonnais Antoine Vollon. En 1865, le jury du Salon retient deux tableaux de Roybet. Membre comme Vollon de la Société des Aquafortistes, il expose également deux eaux-fortes.«
Il n’a donc que 25 ans quand il commence à être connu…

« La carrière de Roybet se confirme en 1866 quand la Princesse Mathilde achète une de ses œuvres intitulée « Fou sous Henri III » (musée des Beaux-arts de Grenoble). Ferdinand Roybet développe dorénavant des scènes de reconstitutions historiques en correspondance avec les idéaux artistiques du Second Empire. Sa peinture parfois réduite aux simples portraits dit de Mousquetaires s’enrichit au fil des ans d’apports extérieurs. Ainsi, ses voyages, en Hollande, en Afrique du Nord, en Italie ou en Espagne l’amènent à étudier les compositions de grands maîtres dont l’influence est directement perceptible dans ses œuvres : Frans Hals, Rembrandt, Jordaens, Velázquez…«

Lorsqu’il peint ce tableau, Ferdinand a 32 ans, et il a choisi de vivre en Algérie, abandonnant les Salons pour un temps… Mais il en revint et poursuivit son oeuvre, entre commandes (car il fallait bien vivre!) et créations.
« Au faîte de sa carrière, Ferdinand Roybet se constitue une importante collection d’objets d’art décoratif, de mobiliers anciens de style Louis XIII, néo-gothique ou oriental. C’est tout naturellement qu’il peint des collectionneurs et des amateurs d’art. L’analyse de ses œuvres révèle un cercle d’amis très large auquel il fait appel comme modèles pour d’importantes compositions comme « La Main chaude » (1894), « La Sarabande » (1895), « L’Astronome » (1898) ou « Le Refus des impôts » (1909). En 1900, il est fait officier de la légion d’Honneur. Il achève sa carrière par une peinture intime essentiellement composée de sujets religieux. Il décède à Paris dans la nuit du 10 au 11 avril 1920.«
Un détail amusant : l’artiste s’était constitué une véritable collection de vêtements « d’époque » pour en habiller les ami-e-s qui posaient pour lui, comme dans ce tableau qui rappelle les protestations lors des premiers impôts. Tous les « modèles » étaient des amis du peintre!

Sujets sérieux, sujets plus drôles… Ferdinand, au fil des ans, s’est essayé à traiter des thématiques extrêmement variées. Ainsi, le « jeu de la main chaude ».

« Ce jeu (dont parle Diderot dans ses lettres à Sophie Volland) est souvent représenté par les peintres des XVIIe et XVIIIe siècles.
Règle du jeu :
Un joueur est désigné comme victime. Il doit se courber sur les genoux d’un autre joueur, les yeux fermés et tendre sa main ouverte derrière lui. Les autres joueurs se tiennent en arc de cercle derrière lui le bras levé et la main ouverte. Les joueurs se concertent pour savoir qui sera le coupable. Le coupable frappe alors dans la main de la victime. Celle-ci se retourne et doit trouver le coupable. Si le coupable est démasqué il prend la place de la victime, sinon celle-ci se remet en position. » (source)

J’avoue que, peu emballée au départ par l’idée de découvrir ce peintre – la visite était surtout motivée par le projet de voir le Pavillon de la Norvège et de la Suède qui abrite le musée -, je me suis progressivement intéressée à ce Ferdinand qui commence à dessiner à 13 ans, « monte » seul à Paris et devient célèbre en deux ans, à 25 ans, abandonne tout pour aller vivre en Algérie à 32, puis revient, éprouve des difficultés et « se vend » pour sortir des problèmes financiers.
Et, à environ cinquante ans, rencontre celle qui va embellir sa vie, jusqu’à ce qu’elle soit internée, en 1905, pour raisons psychiatriques à Suresnes.

Juana Romani a 27 ans de moins que lui… Je ne développerai pas l’histoire de cette artiste ici, car j’ai vraiment envie d’aller plus loin, de la découvrir davantage, de mieux comprendre qui était cette jeune Italienne qui finit tristement sa vie, comme Camille Claudel, et dont voici l’un des portraits, par celui dont elle fut d’abord le modèle, puis devint la Muse…

Sans compter que son ancienne élève (vers 1895), Consuelo Fould, l’apprécie tellement qu’elle met comme clause au legs de sa demeure, ce fameux « Pavillon », la contrainte d’en faire un Musée destiné à collectionner son oeuvre, mais aussi celle de Ferdinand, et de le nommer « Roybet-Fould »… Admiration pour l’artiste? Le Maître? Ou l’homme?