Poésies philosophiques

Pieter Pourbus — Wikipédia
Pourbus Allégorie de l’amour Collection Wallace London

Au courant de l’amour lorsque je m’abandonne,
Dans le torrent divin quand je plonge enivré,
Et presse éperdument sur mon sein qui frissonne
Un être idolâtre.

Je sais que je n’étreins qu’une forme fragile,
Qu’elle peut à l’instant se glacer sous ma main,
Que ce coeur tout à moi, fait de flamme et d’argile,
Sera cendre demain ;

Qu’il n’en sortira rien, rien, pas une étincelle
Qui s’élance et remonte à son foyer lointain :
Un peu de terre en hâte, une pierre qu’on scelle,
Et tout est bien éteint.

Et l’on viendrait serein, à cette heure dernière,
Quand des restes humains le souffle a déserté,
Devant ces froids débris, devant cette poussière
Parler d’éternité !

L’éternité ! Quelle est cette étrange menace ?
A l’amant qui gémit, sous son deuil écrase,
Pourquoi jeter ce mot qui terrifie et glace
Un coeur déjà brisé ?

Quoi ! le ciel, en dépit de la fosse profonde,
S’ouvrirait à l’objet de mon amour jaloux ?
C’est assez d’un tombeau, je ne veux pas d’un monde
Se dressant entre nous.

On me répond en vain pour calmer mes alarmes !
« L’être dont sans pitié la mort te sépara,
Ce ciel que tu maudis, dans le trouble et les larmes,
Le ciel te le rendra. »

Me le rendre, grand Dieu ! mais ceint d’une auréole,
Rempli d’autres pensers, brûlant d’une autre ardeur,
N’ayant plus rien en soi de cette chère idole
Qui vivait sur mon coeur !

Ah! j’aime mieux cent fois que tout meure avec elle,
Ne pas la retrouver, ne jamais la revoir ;
La douleur qui me navre est certes moins cruelle
Que votre affreux espoir.

Tant que je sens encor, sous ma moindre caresse,
Un sein vivant frémir et battre à coups pressés,
Qu’au-dessus du néant un même flot d’ivresse
Nous soulève enlacés,

Sans regret inutile et sans plaintes amères,
Par la réalité je me laisse ravir.
Non, mon coeur ne s’est pas jeté sur des chimères :
Il sait où s’assouvir.

Qu’ai-je affaire vraiment de votre là-haut morne,
Moi qui ne suis qu’élan, que tendresse et transports ?
Mon ciel est ici-bas, grand ouvert et sans borne ;
Je m’y lance, âme et corps.

Durer n’est rien. Nature, ô créatrice, ô mère !
Quand sous ton oeil divin un couple s’est uni,
Qu’importe à leur amour qu’il se sache éphémère
S’il se sent infini ?

C’est une volupté, mais terrible et sublime,
De jeter dans le vide un regard éperdu,
Et l’on s’étreint plus fort lorsque sur un abîme
On se voit suspendu.

Quand la Mort serait là, quand l’attache invisible
Soudain se délierait qui nous retient encor,
Et quand je sentirais dans une angoisse horrible
M’échapper mon trésor,

Je ne faiblirais pas. Fort de ma douleur même,
Tout entier à l’adieu qui va nous séparer,
J’aurais assez d’amour en cet instant suprême
Pour ne rien espérer.

Louise Ackermann

Rêver de… marchés…

Mattin Laurent Partarrieu

Non, je ne suis pas au Pays Basque, malheureusement inatteignable pour moi… jusqu’à quand??? Mais aujourd’hui, c’est jour de marché à Doullens, et je rêve aux marchés si vivants d’autrefois et de naguère…

Jadis, le marché aux porcs de Doullens

C’est pourquoi j’ai pensé à ce tableau, et, comme j’ai trouvé sur une page recommandée par un de mes amis, Tableaux, une autre vision du marché, j’ai eu envie de faire un petit rêve de marché…

Le Marché du Cours Saleya à Nice avant sa « rénovation »

Marché

Sur la petite place, au lever de l’aurore,
Le marché rit joyeux, bruyant, multicolore,
Pêlemêle étalant sur ses tréteaux boiteux
Ses fromages, ses fruits, son miel, ses paniers d’oeufs,
Et, sur la dalle où coule une eau toujours nouvelle,
Ses poissons d’argent clair, qu’une âpre odeur révèle.
Mylène, sa petite Alidé par la main,
Dans la foule se fraie avec peine un chemin,
S’attarde à chaque étal, va, vient, revient, s’arrête,
Aux appels trop pressants parfois tourne la tête,
Soupèse quelque fruit, marchande les primeurs
Ou s’éloigne au milieu d’insolentes clameurs.
L’enfant la suit, heureuse ; elle adore la foule,
Les cris, les grognements, le vent frais, l’eau qui coule,
L’auberge au seuil bruyant, les petits ânes gris,
Et le pavé jonché partout de verts débris.

Mylène a fait son choix de fruits et de légumes ;
Elle ajoute un canard vivant aux belles plumes !
Alidé bat des mains, quand, pour la contenter,
La mère donne enfin son panier à porter.
La charge fait plier son bras, mais déjà fière,
L’enfant part sans rien dire et se cambre en arrière,
Pendant que le canard, discordant prisonnier,
Crie et passe un bec jaune aux treilles du panier.

Albert Samain, Aux flancs du vase (1898)

Rue des Abbesses, Maximilien Luce (1898)

Tornerai

Caillebotte (1876)

C’était hier l’anniversaire d’un des lecteurs fidèles de ce blog. Pas uniquement lecteur, car il l’enrichit régulièrement de ses commentaires. Parmi ces derniers, vous avez sans doute vu celui qui évoque un beau texte italien, « Tornerai ». Alors, en forme de cadeau d’anniversaire, j’ai décidé ce matin de consacrer mon article quotidien dans cette rubrique spécialement créée pour la période de confinement à ce texte… Bien qu’il ne s’agisse pas à proprement parler de poésie, mais du texte d’une chanson que vous n’êtes pas sans connaître, même si la traduction du titre italien ne correspond nullement au titre en français.
J’ai en effet été totalement déroutée, lorsque j’ai lu le commentaire puis que j’ai cherché les paroles en italien, de découvrir que l’on était passé, par je ne sais quelle pirouette ni surtout pourquoi, de « tu reviendras » à « j’attendrai ». Pourquoi ce glissement de point de vue ? Ce passage du sujet agissant au sujet passif ? Sur fond de question de genre, soit dit en passant… Mais revenons au texte dans sa langue d’origine. Il ne date pas d’hier! 1933… il sera bientôt nonagénaire!

Et c’est alors que commença une véritable enquête… Les paroles trouvées sur le net variaient d’un site à l’autre. Pourtant, les références musicales aboutissaient à la même mélodie. Et, à l’heure où j’écris ces lignes que je voudrais publier avant que la nuit ne s’achève, je viens juste de trouver la solution. Mais gardons le suspens.

Je ne suis pas parvenue à trouver le texte original, en italien.

Voici le premier texte en français, un très beau poème. C’est celui auquel le commentaire sus-cité faisait allusion.

Strophe 1

Les fleurs palissent,
Le feu s’éteint,
L’ombre se glisse
Dans le jardin.
L’horloge tisse
Des sons très las,
Je crois entendre ton pas.
Le vent m’apporte
Des bruits lointains.
Guettant ma porte,
J’écoute en vain.
Hélas plus rien,
Plus rien ne vient.

Refrain

J’attendrai le jour et la nuit,
J’attendrai toujours
Ton retour.
J’attendrai, car l’oiseau qui s’en fuit
Vient chercher l’oubli
Dans son nid.
Le temps passe et court
En battant tristement
Dans mon coeur plus lourd:
Et pourtant j’attendrai ton retour.

Strophe 2

Reviens bien vite,
Les jours sont froids,
Et sans limite
Les nuits sans toi.
Quand on se quitte
On oublie tout,
Mais revenir est si doux.
Si ma tristesse
Peut t’émouvoir
Avec tendresse
Reviens un soir.
Et dans tes bras
Tout renaîtra.

Traduction Louis Poterat, source

Au passage, un petit détour car je n’ai pu m’empêcher, vous vous en doutez, d’aller voir qui était ce « Louis Poterat ».

« Après des études de droit, Louis Poterat débute dans le journalisme, puis se lance dans le commerce. Il écrit d’abord pour des revues locales, et s’intéresse à la chanson. Il adapte des œuvres étrangères, et entre à la firme de cinéma Pathé-Marconi pour écrire en série des chansons de films. Ses premiers grands succès datent de la fin des années 1930, et sont des adaptations de chansons étrangères (J’attendrai, sur une musique du compositeur italien Dino Olivieri, en 1938, chantée par Rina Ketty ; Sur les quais du vieux Paris, dont la musique est due à un Allemand, Ralph Erwin, premier succès de Lucienne Delyle, en 1939). En 1943 il écrit la Valse des regrets sur la musique de la célèbre valse en la bémol, opus 39, no 15, de Johannes Brahms, qui deviendra un des grands succès de Georges Guétary. »

J’ai laissé tel quel le texte de Wikipédia, car il vous permet aussi de naviguer sur la Toile…

Carl Vilhelm Holsoe (1863-1935)

Une fois n’est pas coutume, nous allons donc effectuer une démarche historique, pour mieux cerner les avatars de ce texte. Vous me suivez ?

1937, première version trouvée en ligne, celle de Carlo Buti (1902-1953).

La version originale en français est chantée par Rina Ketty. Le disque proposé date de 1938, soit un an après. Or les paroles n’ont rien à voir, à l’exception du refrain. Une hypothèse surgit : les paroles de Louis Potérat ne seraient pas une traduction, mais une adaptation, très libre, une création en quelque sorte, pour ce qui concerne les deux strophes présentées plus haut…

Tino Rossi (1907-1983) reprend la chanson l’année suivante, en 1939. Jean Sablon (1906-1994) enchaîne, la même année. Je n’ai pas trouvé une autre version qui serait de Jacques Larue; si vous l’avez, merci de m’en donner le lien.

Voici alors les paroles. Je vous laisse jouer au « jeu des différences » avec celles de la première version…

J’attendrai
Le jour et la nuit, J’attendrai toujours
Ton retour
J’attendrai
Car l’oiseau qui s’enfuit vient chercher l’oubli
Dans son nid
Le temps passe et court
En battant tristement
Dans mon cur si lourd
Et pourtant, J’attendrai
Ton retour

J’attendrai
Le jour et la nuit, J’attendrai toujours
Ton retour
J’attendrai
Car l’oiseau qui s’enfuit vient chercher l’oubli
Dans son nid
Le temps passe et court
En battant tristement
Dans mon coeur si lourd
Et pourtant, J’attendrai
Ton retour

Le vent m’apporte
Des bruits lointains
Devant ma porte
J’écoute en vain
Hélas, plus rien
Plus rien ne vient
J’attendrai
Le jour et la nuit, J’attendrai toujours
Ton retour

J’attendrai
Car l’oiseau qui s’enfuit vient chercher l’oubli
Dans son nid
Le temps passe et court
En battant tristement
Dans mon cur si lourd
Et pourtant, J’attendrai
Ton retour
Et pourtant, J’attendrai
Ton retour

Je n’ai pas réussi à dater l’enregistrement effectué par Gino Bechi (1913-1993), présenté sur ce disque.

En 1956, c’est au tour de Luciano Virgili (1922-1986) de l’interpréter, accompagné de l’orchestre dirigé par Dino Olivieri, le compositeur de la musique.

Une vingtaine d’années plus tard, c’est une femme, Raffaella Carra (1943-), qui « modernise » l’air, comme dans cette vidéo de 1976.

Fritz von Uhde (1890)

En France, Dalida reprend la chanson ( apparemment la même année, mais ce serait à vérifier) et qui l’interprétera aussi en italien. Les paroles sont alors celles-ci… Nouveau jeu des différences…

J’attendrai le jour et la nuit
J’attendrai toujours ton retour
J’attendrai car l’oiseau qui s’enfuit
vient chercher l’oubli dans son nid
Le temps passe et court en battant tristement
dans mon coeur si lourd
Et pourtant j’attendrai ton retour
J’attendrai le jour et la nuit
J’attendrai toujours ton retour
J’attendrai car l’oiseau qui s’enfuit
vient chercher l’oubli dans son nid
Le temps passe et court en battant tristement
dans mon coeur si lourd
Et pourtant j’attendrai ton retour
Le vent m’apporte de bruits lointains
Guettant ma porte j’écoute en vain

Hélas, plus rien plus rien ne vient
J’attendrai le jour et la nuit
J’attendrai toujours ton retour
J’attendrai car l’oiseau qui s’enfuit
vient chercher l’oubli dans son nid
Le temps passe et court en battant tristement
dans mon coeur si lourd
Et pourtant j’attendrai ton retour
Et pourtant j’attendrai ton retour
Le temps passe et court en battant tristement
dans mon coeur si lourd
Et pourtant j’attendrai ton retour

Vous pouvez en trouver une traduction en italien, mais aussi russe et turc, si cela vous intéresse, sur ce site.

Caspar David Friedrich (1822)

Ce sont donc des générations diverses qui se sont emparées de cette chanson, lui donnant un sens différent selon l’interprète, son sexe d’état-civil, la langue et les paroles, qui ont, nous l’avons vu, beaucoup varié. On pourrait citer entre autres Jane Morgan (1924-), qui la chante en français et en anglais dans cet enregistrement, ou encore Lucienne Delyle, dont la voix rappelle celle d’Edith Piaf. Certaines versions plus récentes comme celle de Jill Barber reprennent les anciennes paroles. Pour ma part, j’ai beaucoup apprécié la réadaptation, modernisation, création – je ne sais quel terme choisir – des Petites Canailles, qui réussissent à merveille à allier les 1ères et 2èmes personnes du singulier, pour faire des deux personnages deux réels acteurs…

En ce lendemain de la Pessah, je ne puis ne pas mentionner la version emblématique en allemand, Komm zurück. Enfin, n’oublions pas les interprétations purement musicales, comme celle de Django Reinhardt

La chanson a été exploitée dans différentes productions audiovisuelles. Lesley Anne Down la chante pour Anthony Hopkins dans the Arch of Triumph (1984).

1954
1982

Disparition

Pour celles et ceux qui suivent quotidiennement ce blog (eh oui, il y en a! merci!)
Cette nuit j’ai rédigé un article… au moment de le compléter par les images, impossible d’intégrer celles-ci…

Et quand j’ai voulu enregistrer, puis publier, impossible…

Pas moyen non plus de copier le contenu!

Pendant deux heures j’ai essayé de dépanner, puis de contacter WordPress… En vain!

J’ai fini par éteindre mon ordi.
Et viens de le rallumer en cette fin d’après-midi; tout refonctionne…. mais l’article a disparu.
Alors, promis, si ça marche, vous en aurez deux demain!

Valete…

Hypocoristique

En cherchant ce matin l’explication d’un nom de famille à consonance apparemment anglaise, alors qu’il s’agit d’une famille typiquement française, de la région Grand Est, j’ai découvert un mot. J’adore. J’adore apprendre un nouveau terme. Cela remonte à mon enfance! Dès que j’ai su lire, je me suis plongée dans tous les dictionnaires possibles. Ce furent d’abord bien sûr le Larousse Illustré, puis le Larousse en 20 volumes. Le Quillet… Je passai ensuite aux dictionnaires de langues, et découvris ainsi l’écriture gothique qui m’a séduite. J’étais alors en 6ème. J’avais 9 ans. Vinrent ensuite les délices des Gaffiot et Bailly…

Bref, j’ai découvert un nouveau mot : « hypocoristique ».

Et, en plus, une énigme. Je ne trouvais pas la « racine » de ce mot, ni en grec ni en latin, parmi mes maigres connaissances.

S’il y avait eu un h entre le c et le o, j’aurais imaginé une chanteuse aussi piètre que moi, incapable d’intégrer même un mauvais choeur… Mais il n’y en a pas…

Lors de mes recherches sur le net, j’ai découvert un site où une personne, sous forme de jeu, a fait la même démarche que moi… Je cite donc intégralement ce « jeu ».

« 

JEU 48 : Hypocoristique

Hypocoristique : Adjectif du grec hypo, inférieur / en-dessous et du grec chorus signifiant chœur, chant (chorale). La lettre « h » de chorus a disparu pendant la révolution française car considéré comme une marque de noblesse…noblesse qui, rappelons-le, a été alors déchue de ses privilèges. Cet adjectif signifie donc logiquement  « en manque de chant » Mon perroquet semble déprimé, je pense qu’il est hypocoristique !Je n’aime pas aller dans ce lieu hypocoristique : c’est angoissant et triste. Par extension il qualifie toutes choses provoquées par ce manque musical. Il a des boutons hypocoristiques qui apparaissent à force de s’enfermer dans le silence.

Attention, c’est une plaisanterie… Le h n’a pas disparu… Mais j’ai beaucoup apprécié ce blog, qui s’appelle Filigrane

Je pouvais toujours chercher l’étymologie, je ne risquais pas de la trouver!

« Étymol. et Hist. 1893 (DG). Empr. au gr. υ ̔ π ο κ ο ρ ι σ τ ι κ ο ́ ς « caressant » et « propre à atténuer »; cf. l’angl. hypocoristic (1796 ds NED). » (CNRTL)

Mais alors, me direz-vous, quel rapport entre un nom de famille et ce terme?

Le plus simple est que je revienne à la source, le CNRTL.

« (Terme) qui exprime une intention caressante, affectueuse, notamment dans le langage des enfants ou ses imitations. Redoublement hypocoristique; usage, valeur hypocoristique d’un mot. Les procédés formels employés pour créer des termes hypocoristiques sont par exemple les suffixes dits « diminutifs » (fillette), le redoublement (chien-chien, fifille), l’abrègement des prénoms (Mado, Alec), ou le choix de termes conventionnellement hypocoristiques (fr. mon petit poulet, mon chou) (Mounin1974). »

Ainsi, les noms de famille tels que Colas, Collet ou Colson sont des hypocoristiques de Nicolas. Comme Clos, Closse, de Nicolaus…

Mais où est passé le « Ni »?

Nouvelle question, et un autre terme « savant »…

Eh oui, le fait de supprimer le début du mot se nomme une « aphérèse ». On enlève, on ôte, on supprime… « Toine » « Toinette », pour « Antoine » ou « Antoinette ». Et le célèbre anglais « I’m » pour « I am ».

« PHONÉT. ,,Suppression (gr. aph-airesis) d’un phonème ou groupe de phonèmes à l’initiale du mot, par exemple d’une voyelle après voyelle finale du mot précédent : angl. I am > I’m.«  (Mar. Lex. 1951), ou de la syllabe initiale dans des noms propres de personnes (Colas < Nicolas, Chardin < Richardin) ou dans des jurons (tudieu < vertu Dieu). »

Prenom ElisabethLisa - Page 4

Attention! A ne pas confondre, bien sûr, avec l’apocope… Mais ça, vous vous en doutiez, n’est-ce pas?

« Coupure qui affecte la finale d’un mot, soit par chute phonétique d’un élément, soit par abrègement arbitraire.«  (Mar. Lex. 1951) : 1. Negoti, pour Negotii, est une apocope. Les poëtes français usent quelquefois de l’apocope; ils écrivent, par exemple, Londre pour Londres, je voi pour je vois, encor pour encore, etc. On dit par apocope, Grand’messe, grand-mère, au lieu de Grande messe, grande-mère. Ac.1835. »

Notons que, si vous écoutez les enfants, vous pourrez noter qu’ils et elles sont spécialistes de l’aphérèse : « core » pour « encore », « garde », pour « regarde », « pitaine » pour « capitaine », etc.

Et, si vous ne le saviez pas encore, « chandail » provient de l’aphérèse de « marchand d’ail »… Eh oui!

« Abrév. pop. de (mar)chand d’ail, nom donné au tricot porté par les vendeurs de légumes aux Halles de Paris. Fréq. abs. littér. : 89. »

Nous voici parti-e-s bien loin! Mais ça distrait en ces temps sinistres… et la langue est notre héritage…

Notez qu’en breton on adore les suffixes hypocoristiques, « ou », « ig », « achou »… Si cela vous intéresse, je vous renvoie à un linguiste, spécialiste des hypocoristiques celtiques… ou à cet article publié dans Arbres, du CNRS.

Alors, si l’on vous nomme ou a nommé-e « Ma bichette », « mon p’tit loup », « fifille à son papa », « mon coeur », vous savez maintenant qu’on a fait des « hypocoristiques » sans forcément le savoir. Si on a déformé votre prénom comme « Nany » pour « Danièle », « Fifi », pour « Philippe », « Vavard », pour « Gérard », aussi… Et si en plus on en a supprimé la première syllabe, on a produit une aphérèse!

Épinglé sur des paroles

Si vous voulez aller plus loin et que vous avez du temps à perdre en ce dimanche d’avril confiné, vous pouvez vous initier à « la recette de l’énoncé hypocoristique à l’imparfait » (Bres, 2003), si si, je n’invente rien! Et là, vous allez vous amuser.

« Commençons par une impression : les énoncés que l’on peut qualifier d’hypocoristiques apparaissent comme échoïques, comme si le locuteur parlait à la place de son interlocuteur 3, plus précisément verbalisait un élément du comportement non verbal et/ou vocal de celui-ci. C’est particulièrement net pour (7) dans lequel les mots de l’enfant semblent être l’écho des manifestations de joie de la bête. Comme tels, les énoncés hypocoristiques me semblent relever de la classe englobante de l’énoncé dialogique (Bres et Verine 2002). »

Et voici, pour la bonne bouche, c’est le cas de le dire, la fin de cet article :

« Pareil à l’amateur de bonne chère qui, dégustant la recette perpignanaise du lièvre au chocolat, n’identifiera plus cet ingrédient, croira qu’au contact de la viande de lièvre il a perdu sa saveur cacaotée, et mettra la suavité et l’onctuosité du mets sur le compte de la viande elle-même, le linguiste court toujours le risque double d’effacer le sens ou l’instruction d’un morphème parce qu’il ne le/la reconnaît plus, et d’imputer abusivement, par déplacement métonymique, tel élément du sens produit résultatif à tel morphème, alors qu’il n’est pour rien, ou au mieux simplement partie prenante, dans sa production. Ainsi fait-on, me semble-t-il, lorsqu’on escamote les instructions temporelle et aspectuelle de l’imparfait, qu’on les troque contre la valeur hypocoristique. L’imparfait dans l’énoncé hypocoristique reste lui- même, et c’est fort de cette identité qu’il participe au renforcement de la production du sens hypocoristique. »

La représentation grammaticale du temps derrière les apparences ...

Je vous laisse donc vous distraire sainement…

La fibule

Nuit d’angoisse, je ne parviens pas à dormir… J’allais vous livrer un poème de Louise Ackermann, Le Cri, mais je me suis rappelée vous avoir promis un poème de Mririda N’Aït Attik, cette poète berbère que j’ai découverte lorsque je résidais au Maroc. Si sa poésie vous intéresse, sachez qu’il en existe un recueil par René Euloge, publié sous le titre Les Chants de la Tessaout.

Une des éditions des poèmes de Mririda n’Aït Attik

Vous ne le savez peut-être pas, mais la Tessaout, ou Tassaout, est une rivière qui descend du Haut Atlas marocain vers le fleuve dont le nom signifie « Source de Vie », l’Oum Er Bia. Eh oui, vous remarquerez que, pour une fois, la racine est identique à celle du mot grec, pour désigner la vie, « bios »… rare, mais cela arrive…

J’ai connu la Tessaout lors de mes nombreuses randonnées dans l’Atlas, dont je vous parlerai peut-être un jour.

Une partie de la Vallée de la Tessaout, et le village de Megdaz où est née Mririda N’Aït Attik

Hélas mon recueil est à Nice, et celui d’un ami qui le possède également, aux Arcs sur Argens… j’ai donc dû me contenter des quelques rares poèmes publiés sur le net pour faire mon choix ce jour. Celui que je vous propose évoque un des bijoux qui m’a fascinée et me fascine encore.

Parmi les nombreux bijoux, deux belles fibules…

La fibule

Grand-mère ! Grand-mère ! depuis qu’il est parti, 

Je ne songe qu’à lui et je le vois partout… 

Il m’a donné une belle fibule d’argent, 

Et lorsque j’ajuste mon haïk sur mes épaules, 

Lorsque j’agrafe le pan sur mes seins, 

Lorsque je l’enlève, le soir, pour dormir, 

Ce n’est pas la fibule, mais c’est lui que je vois !

 

-Ma petite fille, jette la fibule et tu l’oublieras 

Et du même coup tu oublieras tes tourments…

-…Grand-mère, depuis bien des jours, j’ai jeté la fibule, 

Mais elle m’a profondément blessé la main. 

Mes yeux ne peuvent se détacher de la rouge cicatrice, 

Quand je lave, quand je file, quand je bois… 

Et c’est encore vers lui que va ma pensée !

 

-Ma petite fille, puisse Dieu guérir ta peine ! 

La cicatrice n’est pas sur ta main, mais dans ton cœur.

Mririda N’Aït Attik, traduction René Euloge

Source

Une vidéo sur le mouvement Queer

Je suis tombée par hasard ce jour sur une vidéo remarquable sur le mouvement Queer, et je ne résiste pas à l’envie de la partager avec vous.
Cela fait longtemps que je tente d’expliquer cette optique, peu connue et souvent victime de rejets a priori…

La jeune femme présente de manière très claire le Queer, et je vous propose de l’écouter et de la regarder…

Vous pourrez ensuite réagir! rires…

L’Auvergne à Paris : le Trumilou

Ne cherchez pas « Trumilou » sur Internet, vous ne trouveriez que le nom du restaurant, pas sa signification… Il faut rechercher « Troumelou », lié au village d’Auzers, dans le Cantal… qui a aussi une auberge de ce nom.

Le Troumelou.
Source : site du village d’Auzers

L’explication est apportée dans un article qui relate l’histoire du restaurant parisien, en ligne ici. Quoi qu’il en soit, le restaurant reste auvergnat depuis des décennies, le père de l’actuelle propriétaire étant né près du Puy Mary.

Et des tableaux, photos et objets rappellent cette origine, parmi les innombrables décors de ce lieu au charme désuet, inattendu à cet endroit. En effet, le Trumilou est situé Quai de l’Hôtel de Ville, au 88.

Situation. Source : site du restaurant

En ce moment, difficile à repérer à cause des échafaudages, et mieux vaut y aller aux heures où les travaux de rénovation de façade sont arrêtés!

On y mange délicieusement bien, des plats traditionnels et des recettes auvergnates, mais pas seulement… Et la gentillesse du personnel est remarquable. C’est la première fois qu’on me fait goûter une tarte au citron pour que je sache si j’allais la prendre. Car j’avais dit aimer l’acidité, et ne pas trop apprécier les amandes… Effectivement, elle est excellente, mais j’ai fini par lui préférer un délicieux crumble pomme-rhubarbe.


Une bonne « auberge » – c’est le mot qui me semble plus approprié, car plus adapté à l’ambiance chaleureuse et à la qualité des plats – à essayer absolument, avant qu’elle ne soit un jour malencontreusement rénovée, comme c’est la mode…

De la rue de l’Hôtel de Ville à la rue de Jouy

Je pourrais, pour commencer cet article, proposer une devinette… et serais sûre que, sans plan, nul-le ne pourrait la situer correctement. Car moi-même j’ai douté de mon GPS quand j’ai cherché l’adresse exacte des lieux sur lesquels je voulais écrire. J’étais en effet persuadée qu’il s’agissait d’un Quai, car nous sommes en bordure de Seine, rive droite… Ou d’une avenue, tant la quatre voies et le trottoir qui la longe sont larges… Eh bien non…

Je vous ai déjà emmené-e-s dans le coin : la péniche Marcounet, les Anysetiers, la Maison Européenne de la Photographie, le village Saint Paul et la rue de la Barre ont fait l’objet d’articles sur ce blog… Cette fois, nous nous contenterons du segment situé entre la Caféothèque et l’Hôtel de Sens.

La Caféothèque

Je ne peux m’empêcher de céder à la nostalgie quand j’évoque ce lieu que j’aime, car il a beaucoup changé dernièrement et n’a plus tout à fait le même charme. Le mur végétalisé d’un des salons a disparu, les serveurs ne font plus déguster en commentant chaque café, et le « jeu » de dégustation n’est plus accessible…

Il n’en reste pas moins que cet endroit reste un hâvre de sérénité, où il fait bon demeurer tranquillement à lire ou rêvasser…

Il faut vous aventurer à travers un dédale de pièces pour parvenir à mon coin préféré, un salon au mobilier original et coloré, aux murs ornés de tableaux (le café est aussi galerie… et lieu de concerts) , auquel les plantes vertes donnent un petit air de jardin d’hiver…

Mais n’oubliez pas de visiter la pièce étonnante où se déroulent les cérémonies de dégustation du café, la véritable caféothèque, au fond en entrant, après le comptoir.

La carte des cafés est intéressante, sa lecture révèle une forme de poésie, permettant d’imaginer arômes et plantations… Et, pour les gourmand-e-s, le buffet de pâtisserie ne manque pas d’attraits!

La Cité Internationale des Arts

En me rendant aussi fréquemment à la Caféothèque, je ne pouvais que m’interroger sur ce que cachait une façade aussi laide que celle de la Cité (CIA!!!). Vous remarquerez sur le site officiel qu’ils ont fait preuve d’astuce en prenant une vue de l’arrière valorisé par le parc… Il fallait que j’aille voir… Mais généralement manque de temps… sauf en ce mois de juillet qui me permet de baguenauder tranquillement dans Paris…

Une fois la lourde porte métallique poussée, on entre à gauche dans un vaste hall. Et il faut de l’astuce pour trouver le lieu d’exposition! Car le Centre est avant tout résidence d’artistes… et il est quasi désert en cette période estivale. Deux gardiens m’expliquent comment me rendre dans la partie consacrée aux expositions, et me donnent en toute confiance un code… qui ne servira pas…

Descente au sous-sol, pour trouver un vaste couloir aux allures d’hôpital…

Jusqu’au 31 juillet, cet espace accueille une exposition d’Ali Badr, artiste qui se partage entre Londres et l’Arabie Saoudite, Expand And Collapse.

Voici ce qu’écrit Noam Alom, commissaire de l’exposition, à propos de ces oeuvres :  » Ses dessins suggèrent des oscillations possibles entre observation, réaction et documentation. La pratique de l’artiste évoque le paradoxe inhérent à la tentative de capturer un mouvement tout en créant un objet statique. Cela se manifeste dans les collaborations de Badr Ali avec des danseurs, où il questionne les formes et les courbes que les corps génèrent en se mouvant dans l’espace. »

Au fond de ce long corridor, un salon étonnant au style purement vintage…

Tout aussi étonnant, mais dans un autre style, ce petit boitier électrique décoré…

Une fois au fond, il ne reste qu’à faire demi-tour, pour revenir vers l’escalier qui conduit du hall à ces lieux… et vice-versa!

A l’extérieur, une pelouse occupée par deux jeunes filles en maillot de bain, en train de pique-niquer… La vue aux alentours ne manque pas d’intérêt… c’est un des beaux hôtels du Marais qui se cache là-derrière…

L’Hôtel d’Aumont

Un exemple typique de l’architecture du XVIIème siècle, d’un classicisme certain, cet Hôtel d’Aumont… Normal, Mansart est passé par là…

Plus étonnant, l’environnement… Accolé littéralement au mur ouest de l’Hôtel, un bâtiment à l’architecture incertaine…

Et, comme juchée sur le mur, une étonnante structure, que j’hésite à qualifier…

Ne cherchez pas l’accès à l’Hôtel par ce côté : il s’effectue par la rue de Jouy, située un peu plus à l’est, sur la gauche… Profitez-en pour aller admirer, si ce n’est déjà fait, le magnifique rémouleur.

La rue de Jouy actuelle ressemble peu à ce qu’elle fut, à en juger par cette photographie, copiée d’après sa reproduction.

Un peu plus loin, la MEP… Maison Européenne de la Photographie… déjà présentée, mais qui fera prochainement l’objet d’un nouvel article…

Exposition à la Chapelle de Kerbader (Fouesnant les Glenan)

Reportage de notre correspondant en Bretagne…

Une exposition collective d’artistes est organisée comme chaque année par l’association Les amis de Kerbader, dans la chapelle éponyme. Anne-Marie Dalhen, la dynamique présidente, y réunit un grand nombre d’artistes, essentiellement bretons, voire du Finistère.

Chaque semaine l’exposition est entièrement renouvelée. Cet article ne reflète donc que les oeuvres présentées du 22 au 29 juillet 2019.

Impossible de faire un commentaire exhaustif sur les nombreux/euses artistes, c’est donc Suite à son exposition été 2018 en Ardèche, Abstr’Onirique, Philippe Colin présente une nouvelle série de ses dernières oeuvres, Ma Br’Onirique. Pour celles et ceux qui ignorent tout de la langue bretonne, « Ma Bro », c’est « Mon Pays ».

 » O Breizh, ma bro, me ‘gar ma bro ! », selon l’hymne national breton… autres versions ici, Tri Yann, version symphonique

Eclats de mer sur les rochers, soleils levant / couchant sur le Bout du Monde…

… ou encore vert frais des Marais, tels ceux de Mousterlin…

Autant d’évocations, d’interprétations… je précise qu’elles sont de moi, non du peintre lui-même, qui se refuse à toute traduction de ses oeuvres… (voir son site)

Parmi les autres, l’oeil est attiré par une série de tableaux composés à partir d’écorces d’arbres.

La peinture de Claudine Jacq est fraîche, variée, et d’une originalité certaine.

Bref, une exposition à voir absolument si vous avez la chance de passer par « Ma Bro » d’adoption…