Des bananiers en Picardie

Fin d’après-midi dans le joli village de Lucheux. Avec des ami-e-s, nous décidons d’aller boire un verre au café du village. Eh oui, il y a un café, dans ce petit bourg picard! Et un café bien vivant et accueillant, que je vais vous faire découvrir.

Mais avant, je vous emmène sur le chemin qui y mène. Celles et ceux qui suivent mon blog reconnaîtront certains détails. Je laisse les autres découvrir. D’abord, le beffroi… qui, dit-on, abrita Jeanne d’Arc (où n’a-t-elle pas dormi? elle concourt sur ce point avec Napoléon…)

Puis la Maladrerie qui abrite la Mairie…

Et enfin on arrive à destination, le café du village.

Son nom ? Bar de la Source. Il faut dire que, des sources, il y en a beaucoup ici. L’eau de Lucheux était célèbre autrefois. Elle est connue depuis l’Antiquité, et les Moines du Moyen-Age et des siècles suivants l’ont exploitée pour ses vertus thérapeutiques. Bien plus tard, elle est devenue la Cristalline, et sa production industrielle faisait vivre une partie des habitant-e-s du coin. Hélas, les nitrates l’ont envahie, et l’usine a été délocalisée. Il en reste des bâtiments transformés en hangar agricole, et les fonds de la société n’abondent plus les caisses municipales, tandis que les personnes qui y travaillent doivent désormais faire des distances énormes si elles veulent garder leur emploi.

Mais revenons au Bar de la Source. Il a été repris voici quelques années par un homme charmant, qui aime visiblement son activité. Il a peu à peu transformé ce qui n’était qu’un petit bar fermé en un lieu de vie. Des jeux, d’abord. Des soirées repas convivial, ensuite. Puis création l’an dernier d’une terrasse. Et, cette année, décoration de celle-ci.

C’est devenu le lieu de rencontres incontournable, et permet aux populations très hétérogènes du village et des alentours de faire connaissance. Les enfants peuvent s’égayer dans le jardin. Parties de billard ou de baby-foot mêlent les générations. Et l’accueil est remarquable. Hier soir, un pâté picard nous a été offert pour accompagner la Chouffe et le Pastis… Les animaux sont aussi de la partie…

Un mot encore : pendant la période de confinement, le bar s’est transformé en mini-épicerie, et garde encore cette fonction, permettant aux producteurs du coin d’écouler ainsi leurs légumes, fruits et fromages. On y trouve ainsi de délicieux fromages de chèvre à côté de fraises provenant du village… Un régal…
Bref, vous l’avez compris, j’étais heureuse de voir valider une de mes thèses : un café authentique et chaleureux est vraiment créateur de lien social et source de vie pour un village tel que celui-ci. Bref, c’est bien le Café de la Source… de Vie luchéenne.

Il ne reste qu’à redescendre en traversant la Place, source de conflits internes parmi les villageois. Place du 8 Mai 1945 ou Place du Beaubourg?
Tout au long du chemin, des maisons témoignent de la reconstruction du village au début du 18ème siècle, et l’on peut admirer les appareillages de briques et de pierres blanches.

Mousse de mer…

Beau temps sur la côte picarde hier, mais un phénomène étrange…

Les rochers émergeant du sable, ainsi que les blocs tombés des falaises, étaient entourés d’une belle écume blanche qui tremblotait sous le souffle d’Eole…

Je n’avais jamais vu cela à ce point, et si quelqu’un-e en a l’explication, qu’il/elle me la donne!

Une magnifique écume, qui donne au minéral un air d’art pauvre, digne du Centre qui porte le nom d’un de nos anciens présidents…

Je vous en livre quelques photos, et j’ai regretté de ne pas avoir mon appareil (celles-ci sont faites grâce à la marque à la pomme)…

« Plage dynamique »…

Au pied de la falaise de Mers-les-Bains

« Plage dynamique »… Mais elle l’a toujours été, la plage, dynamique!

Avec le flux et le reflux de la mer…

Avec le sable se mouvant sous les vagues… blessé par les pelles des enfants et des pêcheurs de verre… transformé en oeuvre d’art ou en édifices et bateaux plus ou moins réussis par les parents retrouvant leur puérilité…
Avec les montagnes de galets sans cesse modifiées par la puissance des flots ou les pieds des baigneuses et baigneurs…

Avec toute cette vie qui grouille en elle et autour d’elle…

Alors, pourquoi cette expression ?

Contraindre les personnes à « bouger »… Facile pour les enfants! Moins pour celle ou celui qui a travaillé durement les jours précédents… et encore moins pour les personnes qui ont des difficultés à se mouvoir. Si ma mère était encore de ce monde, il lui serait interdit de rester à admirer la mer? Et l’enfant à la jambe cassée doit aussi marcher sans cesse s’il veut en profiter?

Vous l’avez compris, retrouver hier soir un de mes sites favoris dans ces conditions a déclenché une vraie colère contre les aberrations actuelles! D’autant plus que les galets sont jonchés d’énormes engins : les travaux printaniers, habituellement finis à cette époque, n’ont pas été réalisés. Des monstres métalliques embellissent le paysage. Bien statiques, eux!

Alors les personnes font ce qu’elles peuvent. Les bancs étant interdits, bardés de cordon en plastique rouge et blanc (combien de déchets toxiques indestructibles pour ce faire, au niveau national?), elles s’asseoient sur la digue ou sur les épis, le temps d’avaler leur sandwich. Car on tend nettement à la « mauvaise bouffe »: droit d’acheter frites, hamburgers et glaces pour les manger officiellement debout en marchant, alors que les restaurants qui proposent poissons et salades à des client-e-s détendu-e-s, bien assis-e-s, restent clos. Je pense aux jeunes qui ont racheté les Mouettes cette année, anciens salarié-e-s du patron qui leur a vendu le fond… à la famille qui tient l’Octopussy et à son personnel, qui m’accueillent quelle que soit l’heure quand j’arrive de Paris le vendredi soir…

Les personnes font ce qu’elles peuvent, disais-je. On « marchotte », on s’appuie, on fait quelques pas puis on s’assied avant de repartir. Un manège étonnant… Et à l’heure du dîner, c’est un concours d’inventions pour rester en famille ou entre ami-e-s sans que cela ne se remarque trop… Certain-e-s « craquent » et sont quand même « en grappes » assis par ci par là, sauf sur les bancs, les galets et le sable…

Et les oiseaux narguent ces pauvres humains…

Mouettes rieuses et goélands fanfaronnent…

Interdit !
Conversation à la plage, Louis Valtat (autour de 1910)

« Homme libre, toujours tu chériras la mer…

La mer est ton miroir… »

Colombe

A nouveau une de ces co-incidences dont je vous ai souvent parlé… Je venais de répondre au commentaire de « Karlhiver », qui traite entre autres de la rue de la Colombe à Paris, et lui promettais d’aller revoir cette rue et rechercher la colombe sur une grille rue des Barres, quand j’ai appris le décès de Salah Stétié. Alors j’écris, dans le peu de temps disponible que j’ai cet après-midi, ce bref article pour saluer ces rencontres, et vous transmettre le poème du grand pacifiste qu’il fut, où il est question de colombe… Repose en paix, Salah Stétié… et que les colombes se multiplient et se rencontrent…

Femme et enfant à la colombe, Ivanne

Paix

La paix, je la demande à ceux qui peuvent la donner
Comme si elle était leur propriété, leur chose
Elle qui n’est pas colombe, qui n’est pas tourterelle à nous ravir,
Mais simple objet du cœur régulier,
Mots partagés et partageables entre les hommes
Pour dire la faim, la soif, le pain, la poésie
La pluie dans le regard de ceux qui s’aiment

La haine. La haine.
Ceux qui sont les maîtres de la paix sont aussi
les maîtres de la haine
Petits seigneurs, grands seigneurs, grandes haines toujours.
L’acier est là qui est le métal gris-bleu
L’acier dont on fait mieux que ces compotes
Qu’on mange au petit déjeuner
Avec du beurre et des croissants

Les maîtres de la guerre et de la paix
Habitent au-dessus des nuages dans des himalayas,
des tours bancaires
Quelquefois ils nous voient, mais le plus souvent
c’est leur haine qui regarde :
Elle a les lunettes noires que l’on sait

Que veulent-ils ? Laisser leur nom dans l’histoire
À côté des Alexandre, des Cyrus, des Napoléon,
Hitler ne leur est pas étranger quoi qu’ils en disent :
Après tout, les hommes c’est fait pour mourir
Ou, à défaut, pour qu’on les tue

Eux, à leur façon, qui est la bonne, sont les serviteurs d’un ordre
Le désordre, c’est l’affaire des chiens – les hommes, c’est civilisé
Alors à coups de bottes, à coups de canons et de bombes,
Remettons l’ordre partout où la vie
A failli, à coups de marguerites, le détraquer

À coups de marguerites et de doigts enlacés, de saveur de lumière,
Ce long silence qui s’installe sur les choses, sur chaque objet,
sur la peau heureuse des lèvres,
Quand tout semble couler de source comme rivière
Dans un monde qui n’est pas bloqué, qui est même un peu ivre,
qui va et vient, et qui respire…

Ô monde… Avec la beauté de tes mers,
Tes latitudes, tes longitudes, tes continents
Tes hommes noirs, tes hommes blancs, tes hommes rouges,
tes hommes jaunes, tes hommes bleus
Et la splendeur vivace de tes femmes pleines d’yeux et de seins,
d’ombres délicieuses et de jambes
Ô monde, avec tant de neige à tes sommets et tant de fruits
dans tes vallées et dans tes plaines
Tant de blé, tant de riz précieux, si seulement on voulait
laisser faire Gaïa la généreuse
Tant d’enfants, tant d’enfants et, pour des millions
d’entre eux, tant de mouches
Ô monde, si tu voulais seulement épouiller le crâne chauve
de ces pouilleux, ces dépouilleurs
Et leur glisser à l’oreille, comme dictée de libellule,
un peu de ta si vieille sagesse

La paix, je la demande à tous ceux qui peuvent la donner
Ils ne sont pas nombreux après tout, les hommes
violents et froids
Malgré les apparences, peut-être même ont-ils encore
des souvenirs d’enfance, une mère aimée,
un très vieux disque qu’ils ont écouté jadis
longtemps, longtemps

Oh, que tous ces moments de mémoire viennent à eux
avec un bouquet de violettes !
Ils se rappelleront alors les matinées de la rosée
L’odeur de l’eau et les fumées de l’aube sur la lune.

Photographie emprumtée au blog sosduneterrienneendetresse

Pique-nique et promenade

Il fait beau, voire chaud, en ce mardi soir. Rendez-vous a été pris avec des ami-e-s pour un pique-nique en bord de Seine. Impossible en effet de profiter de terrasses… encore moins de restaurants… Donc, quelques victuailles et boissons dans le sac à dos, et me voici en route vers le quai de la Tournelle. Réfléchissons… où y aura-t-il du soleil le plus longtemps possible, dans les environs?

Un petit tour sur l’Ile Saint Louis s’impose… je pense à la pointe de l’île, toujours si accueillante. Semblable à la proue d’un bateau, qui n’aurait pas qu’une figure, mais plusieurs, car il y a toujours quelque personne pour y rêvasser, traînasser, lisant ou écrivant, dormant ou méditant, voire jouant de la musique… Aujourd’hui, ce n’est pas une, mais une multitude… quel monde! On sent un afflux lié aux conditions de vie des précédents mois, ainsi qu’à la survenue de ce temps plus que printanier.

Une contrainte imposée par la distance physique : trouver soit une grande table, soit un vaste espace, soit deux « bancs » (ou équivalents) se faisant face, à au moins un mètre. Je finis par trouver un banc non loin d’une bordure de pierre suffisamment haute pour servir d’assise… pas trop de monde… le soleil devrait rester visible assez longtemps vers l’ouest… et m’y installe donc.

Les deux jeunes gens assis en bord de rive discutent tranquillement. Ils sont peu à peu rejoints par deux, quatre, six… etc. autres, chacun bardé de boissons plus que de nourriture. Bientôt l’un d’entre eux sort une enceinte, et la musique se fait entendre. Cela ne me gêne pas, mais l’amie qui me rejoint ne supporte pas les basses… elle devra cependant s’y faire, car entretemps les rives droite et gauche se sont remplies et sont maintenant surpeuplées…

Le ciel est d’un bleu méditerranéen…

et se reflète dans une Seine toute surprise d’être le centre de ces retrouvailles collectives…

Après le pique-nique, balade vers une autre île, celle de la Cité. Mes ami-e-s n’ont pas encore vu Notre Dame en cours de réparation… Elle est embellie par la lumière du couchant…

Les gargouilles se détachent sur le bleu du ciel, encore davantage maintenant que la flèche n’est plus là.

L’Hôtel Dieu semble déserté…

Est-il troublé

par la Belle Dame

qui se cache

derrière les feuillages ?

Le Marché aux Fleurs a triste mine, avec ses plantes semi-desséchées abandonnées sur les toits. Mais il reste de belles fleurs derrière les rares vitrines non protégées par des volets… Sabots de Vénus ou non ? Je ne sais, mais je reste en émoi devant ces magnifiques sculptures vivantes.


Dans une autre boutique, je retrouve un bouquet qui réveille la petite fille en moi. La « monnaie du pape » chère à ma grand-mère est là. Il y en avait toujours au moins un vase dans la maison ardennaise…

Phébus n’est pas trop pressé de disparaître, dans nos contrées, et cela permet d’admirer sa trajectoire…

Le temps de raccompagner les amis jusqu’au milieu du Pont (la « Rive Gauche » refuse de passer Rive Droite… rires), la belle luminosité s’était éclipsée, et façade ainsi que tours ont repris leur couleur blanche.

Entretemps, j’avais eu le temps de m’amuser du mauvais goût flagrant des décors proposés par deux boutiques du Marché aux Fleurs, et de profiter des deux Fontaines Wallace, hélas en mauvais état…

Les restaurants sont clos dans le Quartier Latin comme ailleurs, c’est tristounet. Mais un propriétaire d’une pizzéria habituellement prise d’assaut par les touristes lutte vaillamment.

Il a établi tout un étal devant son restaurant, mis de la musique et propose des boissons… mais seuls les serveurs sont là, à attendre le chaland qui ne vient pas. Un décor de fête mais pas de participant-e-s… triste!

Tous les bouquinistes ont disparu… Pourtant, la vente des livres est autorisée ? Découragés par le peu de passant-e-s?

Une autre Fontaine Wallace a été transformée en oeuvre d’art moderne… digne d’intégrer la collection de Beaubourg…

Les rues sont libres de circulation. Qu’elles soient piétonnes, comme la Rue Galande que j’affectionne particulièrement, ou prêtes à accueillir des véhicules. Même le boulevard Saint Germain est désert !

J’en profite pour baguenauder en m’étonnant, m’émerveillant, m’amusant devant les vitrines… Je vous emmène? Un vrai tour du monde en quelques centaines de mètres…

Les peluches en prennent à leur aise… Les unes jouent à se faire passer pour des canidés, tandis que les autres attendent les client-e-s qui ne viennent pas… Un peu d’humour pour vaincre la nostalgie des rues vivantes d’autrefois…

Retour à la Vie Sociale

Lundi matin, route vers la capitale. Première impression de liberté, même surveillée… Rouler… Voir d’autre paysages… se dé-placer…

Puis travail en présentiel. Bon, d’accord, tout le monde fait un peu « zombie » à l’arrivée. Mais la salle est grande ouverte, les distances entre tables sont respectées, et les masques tombent. Certes, difficile de se comprendre facilement à 10 mètres de distance, mais on y arrive. Et « voir » d’autres humains, échanger, discuter, voire débattre de vive voix, quel bonheur!

Versailles est quasi déserte, mais Paris l’est un peu moins. Moins de voitures, plus de deux roues et de piétons. Moins de vieux/vieilles, plus de jeunes. Les promenades dans la ville enrichie des couleurs et odeurs du printemps sont superbes. La lumière sur Notre Dame au couchant est splendide. Est-ce le manque qui fait paraître encore plus belle notre ville???

Bref, vous l’avez compris, mon blog peut reprendre ses tonalités « d’avant »… en espérant qu’il n’y ait pas de refermeture!

Etats d’âme

Je m’étais dit que la fin du confinement marquerait la fin de la série « poème »… Mais j’ai envie de continuer… et les commentaires des un-e-s et des autres m’y poussent aussi, je dois le dire…

En me promenant sur le net pour chercher qui est ce José Ramon Ripoll dont « Karlhiver » nous a transmis un très beau poème, je suis tombée par hasard ou par algorithme sur un autre poète, qui écrit aussi en langue espagnole, car il est Cubain : José Marti. Je ne suis pas à même de le traduire, mais je pense que, comme moi, vous pourrez en sentir la saveur dans le texte original.

Yo soy un hombre sincero
De donde crece la palma.
Y antes de morirme quiero
Echar mis versos del alma.

Yo vengo de todas partes,
Y hacia todas partes voy:
Arte soy entre las artes,
En los montes, monte soy.

Yo sé los nombres extraños
De las yerbas y las flores,
Y de mortales engaños,
Y de sublimes dolores.

Yo he visto en la noche oscura
Llover sobre mi cabeza
Los rayos de lumbre pura
De la divina belleza.

Alas nacer vi en los hombros
De las mujeres hermosas:
Y salir de los escombros,
Volando las mariposas.

He visto vivir a un hombre
Con el puñal al costado,
Sin decir jamás el nombre
De aquélla que lo ha matado.

Rápida como un reflejo,
Dos veces vi el alma, dos:
Cuando murió el pobre viejo,
Cuando ella me dijo adiós.

Temblé una vez -en la reja,
A la entrada de la viña,-
Cuando la bárbara abeja
Picó en la frente a mi niña.

Gocé una vez, de tal suerte
Que gocé cual nunca: cuando
La sentencia de mi muerte
Leyó el alcalde llorando.

Oigo un suspiro, a través
De las tierras y la mar,
Y no es un suspiro. -es
Que mi hijo va a despertar.

Si dicen que del joyero
Tome la joya mejor,
Tomo a un amigo sincero
Y pongo a un lado el amor.

Yo he Visto al águila herida
Volar al azul sereno,
Y morir en su guarida
La víbora del veneno.

Yo sé bien que cuando el mundo
Cede, lívido, al descanso,
Sobre el silencio profundo
Murmura el arroyo manso.

Yo he puesto la mano osada
De horror y júbilo yerta,
Sobre la estrella apagada
Que cayó frente a mi puerta.

Oculto en mi pecho bravo
La pena que me lo hiere:
El hijo de un pueblo esclavo
Vive por él, calla y muere.

Todo es hermoso y constante,
Todo es música y razón,
Y todo, como el diamante,
Antes que luz es carbón.

Yo sé que el necio se entierra
Con gran lujo y con gran llanto, –
Y que no hay fruta en la tierra
Como la del camposanto.

Callo, y entiendo, y me quito
La pompa del rimador:
Cuelgo de un árbol marchito
Mi muceta de doctor.

Au pays où sont les tombes des héros, Antanas Zmuidzinavicius (1911)

Juste pour ajouter un mot sur José Marti, si vous ne le connaissez pas : il a été tué à 42 ans lors de la guerre d’indépendance de 1895, au cours de la première bataille contre les Espagnols, lui qui avait été le fondateur du Parti Révolutionnaire.

José Marti

PS : en recherchant les illustrations de cet article, je viens de découvrir un blog très intéressant, qui présente notamment des tableaux de pays dont l’art m’est moins familier que d’autres. Voici la page dont est extraite celui qui nous vient de Lituanie. Et voici l’adresse du blog qui m’a mise sur la piste de José Marti.

Miroir surprise

Vous est-il arrivé d’ouvrir un courriel et de « vous » voir dans celui-ci? C’est ce que j’ai vécu ce matin en ouvrant ma Lettre quotidienne, qui évoquait aujourd’hui une oeuvre de la collection du FRAC Auvergne… Je vous la livre dans l’instantané de l’émotion… C’est une oeuvre de Gregory Crewdson, photographe né à Brooklyn en 1962, fils d’un psychanalyste… Pour en savoir plus sur lui, une vidéo

The Shed, Gregory Crewdson (2013) Copyright FRAC Auvergne

Kristall / Crystal… Rencontre d’une photographe actuelle et d’une jeune écrivaine du siècle dernier

Peinture de guérison, Aude Rémery

Abonnée à une Lettre qui me nourrit chaque matin de magnifiques images, j’ai eu le bonheur de découvrir en cette aube ensoleillée une étoile disparue trop vite et une photographe qui, elle, est bien vivante. Alors que le travail m’attend, je ne résiste pas à l’envie de vous le faire partager…

La photographe est Allemande, elle s’appelle Miriam Tölke, a 43 ans et vit à Stuttgart.

L’écrivaine est… je ne sais quoi dire… Jugez un peu. Elle est née en 1924 à Czernowitz. Cette ville était alors située en Bucovine, province longtemps autrichienne, devenue roumaine en 1920, aujourd’hui en Ukraine. Donc… elle est Autrichienne si l’on considère sa famille? Roumaine pour les historiens? Ukrainienne pour les politiques?
Cela vous rappelle peut-être quelque chose, un autre écrivain… Paul Celan, de son nom de naissance Paul Pessach Antschel (en allemand) ou Ancel (en roumain). Il était né en 1920 à Cernauti, dans la même province. Ce poète (et traducteur) est devenu, lui, Français, en 1955, par naturalisation. Lui a eu la chance de connaître « l’après-guerre ». Ce ne fut pas le cas de la jeune Selma Meerbaum – Eisinger, qui mourut du typhus dans un camp de travail ukrainien en 1942. Vous avez bien lu… Elle n’avait que 18 ans… Vous avez deviné pourquoi… Ajoutons qu’elle avait un lien de cousinage éloigné avec Paul Celan, dont les parents sont d’ailleurs décédés dans le même camp.

Les vivres des morts pour les vivants, David Olère

Un Musée de la Famille nous parle de sa jeunesse et présente, en anglais, le poème dont il est question dans cet article, Crystal (je ne l’ai trouvé écrit ni en allemand ni en français, désolée!). Mais vous pouvez entendre Kristall déclamé par Ole Irenäus Wieröd.

Crystal

        All’s calm. And many withered leaves here lie
        like brown gold dipped in sunshine.
        The sky is very blue
        white clouds are rocking by.
        Hoar-frost blows brightness on the pine.

        Firs are standing fresh and green
        lofty tops rising into the height.
        The red beeches, slender and keen,
        listen to the eagle calling in his flight
        and dare go ever higher as heaven were.
        Lonely benches standing here and there
        and here a patch of grass, now half-frozen,
        the sun as its own darling had is chosen.
 
        Selma Meerbaum-Eisinger, 8 décembre 1940

Issak Levitan (Source à aller visiter!)

Il nous reste d’elle un recueil de 51 poèmes, en langue allemande. Certains de ses poèmes ont été traduits en français par Paul Segnol.

Pour écouter sa poésie dans la langue d’origine : Fritz Stavenhagen.

J’ai beaucoup aimé aussi, pour ma part, Traüme (« Rêves »), en allemand par le même lecteur, et chanté en yiddish par Ruth Levin, et cette superbe vidéo sur Ich bin der Regen (« Je suis la pluie ») alliant musique, chanson et acrobatie/danse, par Nadine Maria Schmidt & Frühmorgens am Meer.

Edvard Munch

Je disais donc au début de ce texte que je venais de la découvrir grâce à un article sur une exposition qui devait se dérouler dans une galerie -qui n’a réouvert qu’aujourd’hui12 mai, Bildhalle à Zürich. La galerie a eu la bonne idée de présenter l’exposition en ligne, ce qui nous permet d’en profiter… Voici donc l’oeuvre que son auteure met en lien avec la jeune fille, un collage.

Third Eye (le Troisième Oeil), Myriam Tölke, 2020 (Source)

« Je prends tout hors contexte, le réorganise, reconfigure les pièces détachées, mélange les matériaux et les techniques, crée un nouvel ordre hors du chaos de l’abondance. Je suis une randonneuse, je passe la plupart de mon temps en ville et j’adore étudier les gens, les lieux, les gestes et les mouvements. La nature me donne l’horizon devant lequel toutes les parties se rejoignent. » Miriam Tölke, 2019 (Source)

Essence, Miriam Tölke (2019)

Se révolter ou accepter ?

Ryan Heywett

En ce matin du 11 mai, beaucoup de personnes autour de moi hésitent et ne savent plus que penser. Alors que la sphère commerciale, à l’exception des secteurs encore interdits d’activités, comme bars, restaurants… et culture, pousse à se réjouir, les citoyen-ne-s qui réfléchissent se demandent comment agir et réagir… L’heure est aussi aux bilans. Deux mois, si brefs dans une vie, mais si importants quand il n’en reste plus beaucoup à vivre… Qu’en avons-nous fait? En quoi nous ont-ils modifiés et ont-ils ou vont-ils changer le cours de notre vie ? Mais cessons là. Comme vous l’avez remarqué, depuis deux mois j’ai tenté au travers de ce blog de « survivre intellectuellement » et de distraire celles et ceux d’entre vous qui étaient isolé-e-s, découragé-e-s, parfois en manque de « société » tout simplement. Aujourd’hui, je vais consacrer mon dernier article « quotidien » – mais peut-être le resteront-ils, qui sait? – à l’un des « cadeaux » qui m’ont été offerts par les un-e-s et les autres, au travers des échanges qui se sont multipliés grâce à Internet.

Lasar Segall

Le poème du jour, qui sera le dernier de la séquence « La Poésie pour clef« , m’a été transmis par une amie, qui l’a enregistré et m’a envoyé une vidéo… que je ne parviens pas à placer ici pour l’instant. Promis, dès que je le pourrai, je le ferai.

Emiliano di Cavalcanti

Acceptation

É mais fácil pousar o ouvido nas nuvens

e sentir passar as estrelas

do que prendê-lo à terra e alcançar o rumor dos teus passos.

É mais fácil, também, debruçar os olhos nos oceanos

e assistir, lá no fundo, ao nascimento mudo das formas,

que desejar que apareças, criando com teu simples gesto

o sinal de uma eterna esperança.

Não me interessam mais nem as estrelas, nem as formas do mar, /nem tu.

Desenrolei de dentro do tempo a minha canção :

não tenho inveja às cigarras : também vou morrer de cantar.

Cecilia Meireles

Comme vous ne lisez peut-être pas couramment le portugais, en voici la « traduction » en français – si vous me lisez souvent, vous savez ce que je pense de ces interprétations, même si elles sont très bien pensées… d’où la présence du texte original…

Il est plus facile deposer l’oreillesur les nuages

et sentir se déplacer les étoiles

que la fixer au sol et percevoir le son de tes pas.

Il est plus facile, aussi, de plonger les yeux dans les océans

et d’assister, là, au fond, à la naissance silencieuse des formes,

que vouloir que tu apparaisses, créantavec ton simple geste

le signe d’une espérance éternelle.

Je ne m’intéresse plus aux étoiles ni aux formes de la mer, ni à toi.

J’ai déroulé de l’intérieur du temps ma chanson :

Je n’envie pas les cigales : je vais, moi aussi, mourir d’avoir trop chanté.

Traduction Jacky Lavauzelle

A luna, Tarsilo di Amaral (1928)

Je ne connais pas bien la littérature brésilienne, c’est un doux euphémisme. Et j’ai ainsi découvert l’écrivaine remarquable qu’a été Cecília Benevides de Carvalho Meireles, décédée en 1964 à 63 ans. Sa poésie est vivante et forte, trace de la personnalité de cette femme qui s’est adonnée non seulement à la poésie, mais aussi à l’enseignement et au journalisme. Vous pourrez trouver quelques oeuvres traduites ici.

J’ai aimé entendre ses poèmes lus, comme Retrato par Paulo Autran, sans fond musical ou avec, ou encore Recado aos amigos distantes par José-António Moreira. D’autres ont été mis en musique et chantés, comme Motivo par Fagner. D’autres enfin ont donné lieu à une mise en images avec accompagnement musical (à l’esthétisme plus ou moins réussie), comme Nem tudo é facile ou O Tempo. On en trouve même dansés en un lent tango, comme le même O Tempo. A voir absolument!

Renova-te, Cecilia Meireles (source)