Promenade au Luxembourg

Le « pont » du 11 novembre a permis aux Parisien-ne-s et touristes de profiter de belles journées ensoleillées… Et ils et elles étaient en nombre dans le jardin du Luxembourg, à se promener, se prélasser ou bavarder assis sur les fauteuils verts d’eau, s’occuper d’enfants, pratiquer le tennis, jouer aux échecs, voire au bridge (c’était la première fois que je voyais cela!)…

Jamais non plus je n’avais vu les chrysanthèmes orner les vasques… ce qui m’a laissée interrogative… Etait-ce idoine?

Les petits navires voguent, voguent, voguent, comme ils le faisaient déjà lorsque je me promenais, jeune étudiante revenant de la Sorbonne…

Visiblement, le vent vient du Nord-Est!

La Statue de la Liberté ne veille pas que sur New-York… Et je me suis demandé si la différence de taille était proportionnelle à la différence de superficie…

Un superbe Gingko Biloba veille sur elle.

Il vient de Virginie, comme nous l’apprend une plaque expliquant qu’il a été offert en 1993 à l’occasion du 250ème anniversaire de la naissance de Thomas Jefferson…

Je vous laisse faire le calcul!

Les ramures qui me surplombent flamboient encore, pour certaines, tandis que des arbres sont déjà dépouillés pour l’hiver qui approche.

Il est toujours des statues à découvrir, et d’autres que l’on aime revoir. Comme le faune dansant, que j’ai déjà placé sur ce blog, ou encore l’acteur grec…

Est-il au Panthéon des acteurs, ou sort-il de notre Panthéon ? Et pourquoi tourne-t-il le dos à notre Panthéon ?

J’aimerais être Doisneau pour « saisir » les scènes qui se déroulent sous mes yeux. Mais je tente malgré tout, comme pour ce « couple » hors du temps.

Mais c’est l’heure de la Vérité, cette étrange statue que je découvre pour la première fois, moi qui suis allée et continue à aller si souvent dans ce Jardin!

« Une légende allemande du XIIe siècle décrit en détail comment, à travers la bouche, le diable — identifié à Mercure(dieu protecteur des commerces et aussi des escroqueries) — retint longuement la main de Julien (qui avait escroqué une femme et devait jurer sur cette idole sa bonne foi) lui promettant à la fin le rachat de son âme misérable et de grandes fortunes s’il remettait au goût du jour les divinités païennes.

Dans une autre légende allemande datant de deux siècles après celle-ci, nous retrouvons l’image de la bouche qui « n’ose pas » mordre la main d’une impératrice romaine qui — bien qu’elle eût effectivement trahi son époux — trompe la bouche par un stratagème logique. »

C’est à Rome, dans la paroi de l’église Santa Maria in Cosmedin que l’on trouve un bas-relief datant du 1er siècle, dénommé « Bocca della Verita » (« Bouche de la Vérité »).

Bocca della Verita (source)

Pourquoi vous narrer cela? Tout simplement parce que j’ai recherché l’origine du symbole représenté dans la statue dont je parlais, la Bouche de la Vérité.

Boccha della Verita, Jules Blanchard, 1871

La Velléda

Le grand jeu lors de ma dernière promenade au Luxembourg (dont je ne vous ai pas encore parlé…) était d’observer les statues… Pour diverses raisons que je n’évoquerai point ici, cela risque de vous ennuyer.

Source de la photo

L’une de celle-ci représente la Velléda… ce qui aussitôt m’a fait remémorer le poème de Verlaine que j’aime tant, avec cette statue végétant dans le fond du « petit jardin » des souvenirs de l’artiste. Si ma mémoire est bonne, je vous en ai déjà dit un mot, mais, tant pis, parfois bis repetita placent…

Ayant poussé la porte étroite qui chancelle,
Je me suis promené dans le petit jardin
Qu’éclairait doucement le soleil du matin,
Pailletant chaque fleur d’une humide étincelle. Rien n’a changé.

J’ai tout revu : l’humble tonnelle
De vigne folle avec les chaises de rotin…
Le jet d’eau fait toujours son murmure argentin
Et le vieux tremble sa plainte sempiternelle.

Les roses comme avant palpitent, comme avant
Les grands lis orgueilleux se balancent au vent.
Chaque alouette qui va et vient m’est connue.

Même, j’ai retrouvé debout la Velléda
Dont le plâtre s’écaille au bout de l’avenue,
– Grêle, parmi l’odeur fade du réséda.

Mais la Velléda a-t-elle existé? Voilà ma curiosité aiguisée… Jolies jambes bien que des chevilles un peu épaisses, superbe poitrine, air pensif imitant l’oeuvre de Rodin…
Dans la statuaire, elle est souvent représentée avec cet air pensif… Mais rien d’étonnant, si l’on sait que c’est le même sculpteur qui est à l’origine des bronzes conservés en France et de la statue dont je parle…

Maindron, Hippolyte (1801-1884) Velléda. vers vers 1838 . Bronze. H. 45,8 x L. 15,7 x P. 18 cm.

Qui était-elle donc, disais-je? Tacite en parle dans La Germanie. »Vidimus sub divo Vespasiano Veledam diu apud plerosque numinis loco habitam; sed et olim Albrunam et complures alias venerati sunt, non adulatione nec tanqua facerent deas. »

L’historien l’aurait peut-être vue comme l’évoque le « vidimus » du début de la phrase ? C’est possible, car elle a été amenée à Rome en tant que prisonnière, selon Stace, Sylv., I, 4, 90: « Captivæque preces Veledæ« .

S’il l’a vue, me direz-vous, c’est qu’il et elles vivaient à la même époque… ça se précise! Et, comme vous savez que Tacite est né en 53 ou 54 après Jésus-Christ… et ce devait être une personnalité extraordinaire, si l’on en croit les récits historiques.

 » Munius Lupercus, commandant d’une légion, fut envoyé en présent à Veleda. (4) Cette fille, de la nation des Bructères, jouissait au loin d’une grande autorité, fondée sur une ancienne opinion des Germains, qui attribue le don de prophétie à la plupart des femmes, et, par un progrès naturel à la superstition, arrive à les croire déesses. (5) Veleda vit alors croître son influence, pour avoir prédit les succès des Germains et la ruine des légions. (6) Lupercus fut tué en chemin. (7) Un petit nombre de centurions et de tribuns, nés en Gaule, restèrent comme otages entre les mains de Civilis. (8) Les quartiers des cohortes, de la cavalerie, des légions, furent saccagés et brûlés; on ne conserva que ceux de Mayence et de Vindonissa. »

Image illustrative de l’article Bructères

Après l’avoir située dans le temps, vous pouvez désormais la situer dans l’espace… Vous voyez où sont les Bructères, à l’ouest de la Germanie, bien loin des Goths et autres Vandales?

Elle a joué un rôle diplomatique entre les Romains et les Germains, et, lors de la défaite en 77 (ou 78, n’ergotons pas), elle fut effectivement amenée à Rome pour le « triomphe ». Car oui, il y avait des Germains dans les limites du « limes », et d’autres qui étaient restés libres, comme les Bataves… Mais tout ceci est bien compliqué.
Donc, célèbre, courageuse, diplomate… Quoi d’autre?

On la dit « prophétesse »… En tout cas, on a retrouvé une stèle qui se rit de cet aspect de Velléda… En voici un extrait de la présentation dans la Revue des Etudes Grecques en 1948.

L’inscription a été trouvée près d’un grand temple, construit à partir du vie s. av. J.-C. au S.-E. et à peu de distance de l’acropole d’ Ardéa et dont il reste le soubassement. C’est « un fragment d’une mince plaque de marbre pentélique, qui mesure 0 m. 165 de largeur, autant de hauteur, 0 m. 025. d’épaisseur, brisée de tous côtés sauf à la partie inférieure. Les lettres, gravées assez grossièrement et hautes de 11 ou 12 mm., semblent appartenir à la fin du Ier ou au début du IIème siècle de notre ère. En négligeant une première ligne, dont il reste des vestiges indéchiffrables, on lit» (P. 164.
— Βελήδαν vac.
— ]λευητις έδει ποιευχ[θαι
— μακρης περί παρθενο[
— ην οι ‘Ρηνοπόταΐ σέβουσι —
5 — φρίσσοντες χρυτέης κερα[ —
— ]ν αργή ν « να μή τρεο[ —
— ]αι γαλκοϋν απο[Αυσσέτω —

Si vous voulez en lire davantage, c’est ici... Et voici la traduction proposée dans ce texte :

« Oracle concernant Vèléda.

Tu te demandes ce qu’il te faut faire de la vierge à la
haute taille que les buveurs de Rhin révèrent en tremblant ?
Qu’avec des pinces d’or maintenant, pour n’avoir pas à la
nourrir oisive, elle mouche un nez (?) tout de bronze »

D’accord, cela reste bien hermétique, mais on a une idée de sa stature et de son aura… pour ne pas dire de son statut… sans jeu de mots aucun!

Pas étonnant dès lors que des écrivains nourris aux lettres grecques et latines s’en soient emparées… Chateaubriand la fait revivre dans le récit d’Eudore, dans les Martyrs. Celui-ci tomba amoureux de la belle Gauloise.

« Sa taille était haute ; une tunique noire, courte et sans manches, servait à peine de voile à sa nudité. […] La blancheur de ses bras et de son teint, ses yeux bleus, ses lèvres de rose, ses longs cheveux blonds qui flottaient épars, annonçaient la fille des Gaulois, et contrastaient, par leur douceur, avec sa démarche fière et sauvage. Elle chantait d’une voix mélodieuse des paroles terribles, et son sein découvert s’abaissait et s’élevait comme l’écume des flots. » (source)

L’auteur a puisé à des sources littéraires et historiques les bases de la création de son héroïne, comme il l’explique lui-même dans les Remarques : Strabon, Denys le Voyageur et Pomponius Mela. Il semble que ce soit ce dernier qui lui a inspiré l’idée de situer Velléda parmi les prêtresses d’une île que j’aime beaucoup : l’île de Sein. C’est d’elle dont il est question dans l’exhortation de Velléda, au livre IX.

« O île de Sayne, île vénérable et sacrée ! je suis demeurée seule des neuf vierges qui desservaient votre sanctuaire. Bientôt Teutatès n’aura plus ni prêtres ni autels. Mais pourquoi perdrions-nous l’espérance ? J’ai à vous annoncer les secours d’un allié puissant : auriez-vous besoin qu’on vous retraçât le tableau de vos souffrances, pour vous faire courir aux armes ? Esclaves en naissant, à peine avez-vous passé le premier âge, que des Romains vous enlèvent. Que devenez-vous ? Je l’ignore. Parvenus à l’âge d’homme, vous allez mourir sur la frontière pour la défense de vos tyrans, ou creuser le sillon qui les nourrit. Condamnés aux plus rudes travaux, vous abattez vos forêts, vous tracez avec des fatigues inouïes les routes qui introduisent l’esclavage jusque dans le coeur de votre pays : la servitude, l’oppression et la mort, accourent sur ces chemins en poussant des cris d’allégresse, aussitôt que le passage est ouvert. Enfin, si vous survivez à tant d’outrages, vous serez conduits à Rome : là, renfermés dans un amphithéâtre, on vous forcera de vous entre-tuer, pour amuser par votre agonie une populace féroce. Gaulois, il est une manière plus digne de vous de visiter Rome ! Souvenez-vous que votre nom veut dire voyageur. Apparaissez tout à coup au Capitole, comme ces terribles voyageurs vos aïeux et vos devanciers. On vous demande à l’amphithéâtre de Titus ? Partez : obéissez aux illustres spectateurs qui vous appellent. Allez apprendre aux Romains à mourir, mais d’une tout autre façon qu’en répandant votre sang dans leurs fêtes : assez longtemps ils ont étudié la leçon, faites-la-leur pratiquer. Ce que je vous propose n’est point impossible. Les tribus des Francs qui s’étaient établis en Espagne retournent maintenant dans leur pays ; leur flotte est à la vue de vos côtes ; ils n’attendent qu’un signal pour vous secourir. Mais si le ciel ne couronne pas vos efforts, si la fortune des Césars doit l’emporter encore, eh bien ! nous irons chercher avec les Francs un coin du monde où l’esclavage soit inconnu. Que les peuples étrangers nous accordent ou nous refusent une patrie, terre ne peut nous manquer pour y vivre ou pour y mourir. » (source)

Pomponia avait en effet fait état de la présence de neuf (novem) vierges pour l’oracle de Sein.

« Sena in Britannico mari, Osismicis adversa littoribus, Galici numinis oraculo insignis est : cujus antistites, perpetua virginitate sanctae, numero novem esse traduntur : Barrigenas vocant, putantque ingeniis singularibus praeditas, maria ac ventos concitare carminibus, seque in quae velint animalia vertere, sanare quae apud alios insanabilia sunt, scire ventura et praedicare : sed non nisi deditas navigantibus, et in id tantum ut se consulerent profectis. » — Pomponius Mela, Chorographie, III, 6.

Chateaubriand savait qu’il existait une controverse à ce sujet, mais peu lui importait (je cherche désespérément l’imparfait de « challoir » : « peu lui chaulait »?)…

« “ Strabon diffère de ce récit, en ce qu’il dit que les prêtresses passaient sur le continent pour habiter avec des hommes. J’avais, d’après quelques autorités, pris cette île de Sayne pour Jersey ; mais Strabon la place vers l’embouchure de la Loire. Il est plus sûr de suivre Bochart (Géograph. sacr., pag. 740), et d’Anville (Notice de la Gaule, pag. 595), qui retrouvent l’île de Sayne dans l’île des Saints, à l’extrémité du diocèse de Quimper, en Bretagne. ” — “ Les Martyrs ”, Remarques sur le Livre IX, p. 155.

Permettez-moi une petite parenthèse historique?

Eudore est l’archétype de l’interculturel. D’origine grecque, et j’ose dire illustre, puisque descendant du héros de la guerre de Troyes Philipoemen, il est né en Arcadie, qui est devenue province romaine. Il sert donc l’armée de Dioclétien, mais connaît le poids de la colonisation. Si l’on ajoute à cela qu’il est chrétien…

Des parallèles ont été faits entre les périodes historiques. Ainsi, Paul Bénichou y voit un argumentaire pour la vision sociale de la religion chrétienne source de Liberté à la veille de la Révolution de 1789. Jean Marin, lui, rapproche cet épisode de la période où il était, en 1940, avec De Gaulle en Angleterre…

Mais revenons au roman…

Les amours réciproques d’Eudore et de la Gauloise Velléda appartiennent au Panthéon des Amours Impossibles. Il fallait donc que l’un-e des deux mourût… Devinez qui? Mais oui, bien sûr, la Femme… (notez que c’est souvent le cas!)

Et le romantique en lui se délecte à décrire le sacrifice de celle-ci. L’épisode se déroule au cours d’une bataille qui met en danger de mort Ségenax, qui n’est autre que le père de Velléda. Eudore cherche à le sauver, et y parvient.

« Dans ce moment, un char paraît à l’ extrémité de la plaine. Penchée sur les coursiers, une femme échevelée excite leur ardeur, et semble vouloir leur donner des ailes. Velléda n’ avait point trouvé son père. Elle avait appris qu’ il assemblait les gaulois pour venger l’ honneur de sa fille. La druidesse voit qu’ elle est trahie, et connaît toute l’ étendue de sa faute. Elle vole sur les traces du vieillard, arrive dans la plaine où se donnait le combat fatal, pousse ses chevaux à travers les rangs, et me découvre gémissant sur son père étendu mort à mes pieds. Transportée de douleur, Velléda arrête ses coursiers, et s’ écrie du haut de son char :
 » Gaulois, suspendez vos coups. C’ est moi qui ai causé vos maux, c’ est moi qui ai tué mon père. Cessez d’ exposer vos jours pour une fille criminelle. Le romain est innocent. La vierge de Sayne n’ a point été outragée : elle s’ est livrée elle-même, elle a violé volontairement ses voeux. Puisse ma mort rendre la paix à ma patrie ! « 
Alors, arrachant de son front sa couronne de verveine, et prenant à sa ceinture sa faucille d’ or, comme si elle allait faire un sacrifice à ses dieux :
 » Je ne souillerai plus, dit-elle, ces ornements d’ une vestale ! « 
Aussitôt elle porte à sa gorge l’ instrument sacré : le sang jaillit. Comme une moissonneuse qui a fini son ouvrage, et qui s’ endort fatiguée au bout du sillon, Velléda s’ affaisse sur le char ; la faucille d’ or échappe à sa main défaillante, et sa tête se penche doucement sur son épaule. Elle veut prononcer encore le nom de celui qu’ elle aime, mais sa bouche ne fait entendre qu’ un murmure confus : déjà je n’ étais plus que dans les songes de la fille des Gaules, et un invincible sommeil avait fermé ses yeux.
 » (source)

En lisant ce passage, j’ai compris une erreur que j’avais commise lors de mon observation des statues. Je ne m’étais, à vrai dire, pas posé de questions. Pour moi, ce qui figurait à la ceinture de la Dame était un croissant de lune! Mais non, bien sûr, c’est la faucille des Druides et Druidesses…

Ainsi, dans la simple évocation de la statue endormie dans « le petit jardin », c’est tout un univers que réveille Verlaine… La fureur des armes et la sagesse des mots, l’ardeur d’une héroïne et la passion d’une humaine, la Terre et la Mer… Le feu et l’eau… et l’histoire de peuples vaincus qui ne peuvent se soumettre.

On comprend pourquoi cette figure légendaire a inspiré tant de plumes et de pinceaux, tant de marteaux et de couteaux… En voici un petit florilège, choisi non pour l’esthétique mais pour la diversité des interprétations.

Un air de ressemblance, me direz-vous? Certes, puisqu’elles sont les oeuvres du même sulpteur, Laurent Honoré Marqueste. Je ne vais pas vous ennuyer avec leur histoire, mais sachez qu’elles datent des environs de 1875 et que vous pouvez en voir à Paris comme à Toulouse…

François Lepère, Velléda, autour de 1871 (source)

Dix ans plus tard, Louis Edouard Paul Fournier dessinait « La dernière prophétie de Velléda », visible au musée de Morlaix.

C’était alors une véritable mode, à laquelle cédèrent aussi des peintres.

André Charles Voillemot , Velléda (vers 1869) (source)

Un petit détour humoristique, pour montrer l’exploitation qui en fut faite par un publiciste qui avait pu voir certaines de ces oeuvres, car il a vécu dans la seconde moitié du 19ème siècle.

Lucien Baylac, illustrateur (1851-1911) (source)

Je suis immédiatement allée chercher ce qu’était « Acatène »…

« Acatène » est le nom d’une marque de bicyclette commercialisée par la compagnie parisienne La Métropole à partir du milieu des années 1890. Ce terme décrit littéralement le système de transmission « sans chaîne » appliqué au cycle. À cette période, les constructeurs se livrent à une véritable « guerre des chaînes », depuis que Henry J. Lawson a présenté en 1879 une bicyclette à traction arrière par chaîne. Mais la solidité fait encore défaut à ce type de transmission et les fabricants réfléchissent à d’autres solutions comme sur ce modèle Acatène où la roue arrière est entraînée par un jeu d’engrenages coniques. Le système obtient un certain succès dans les courses en 1897 et 1898, mais il s’avère cependant moins efficace au démarrage et en côte que les bicyclettes à chaîne, technologie encore utilisée sur les cycles modernes en raison de sa facilité d’entretien et de sa robustesse. » (source)

J’aurais pu le deviner : a (sans) catena (chaîne). Mais alors, quel lien avec Velléda? Aucune idée!!! et vous?

Un opéra porte le nom de la célèbre Gauloise, comme en atteste cette autre affiche.

La partition est en ligne ici.

« L’opéra Velléda a également été représenté à Rouen le 18 avril 1891, où il était impatiemment attendu. Malgré les succès de Velléda à Londres en 1882 et à Rouen en 1891, ce fut la seule œuvre Lyrique du compositeur normand représentée au Théâtre des Arts. » (source)http://www.musimem.com/lenepveu.htm

Je ne suis pas parvenue à en trouver les paroles… Vous pouvez m’y aider?

Du coup, j’ai appris qu’en réalité l’Italie s’était amourachée de Velléda bien avant la France. Pas mois de trois opéras entre 1820 et 1840, comme l’atteste cette histoire des opéras, pardon, ce dictionnaire.

De fil en aiguille, j’ai appris que Dukas avait aussi composé une Velléda…

« La musique de Dukas est si rare qu’on ne saurait trop se réjouir de la redécouverte d’une de ses œuvres oubliées. Le compositeur d’Ariane et Barbe-bleue, très exigeant envers lui-même, avait en effet la fâcheuse habitude de détruire toutes les partitions dont il n’était pas satisfait. Heureusement, grâce à l’honorable institution du Prix de Rome, une de ses œuvres de jeunesse a été préservée et, sous les auspices du Palazzetto Bru Zane, elle a revu le jour en 2011 à Venise. Ayant obtenu en 1888 le second grand prix avec sa cantate Velléda (le jury lui a préféré la version de Camille Erlanger), Dukas ne parvint pas à remporter le Premier Prix l’année suivante comme on pouvait l’espérer : en 1889, sa Sémélé ne lui valut aucune récompense. Justement, plutôt que de proposer une énième enregistrement de L’Apprenti sorcier, n’aurait-il pas été judicieux de graver cette cantate malheureuse, pour accompagner Velléda ? La musique composée par l’impétrant en 1888 est d’une telle finesse, d’une telle originalité, qu’on en aurait bien repris une dose. Chantal Santon est une magnifique prêtresse gauloise, aux côtés d’un Julien Dran vaillant mais éprouvé par une tessiture très tendue. Jean-Manuel Candenot leur donne une réplique plus qu’adéquate dans le plus bref rôle de Ségénax. L’ouverture Polyeucte, composée peu après, est moins éblouissante que les premières pages de Velléda, mais elle vient elle aussi compléter notre connaissance du trop perfectionniste Dukas. [Laurent Bury] » (source)

Une partie est en ligne sur YouTube (prélude) ou encore ici (acte 3).

Je ne puis achever cette liste sans rendre hommage à la vision dépouillée et très anachronique de l’illustre Corot, visible au Louvre.

Les liens avec la Bretagne vous sont aussi, je l’espère, tout aussi désormais compréhensibles.

Jules-Eugène Lenepveu (1819-1898), Velléda, effet de lune, 1883. (source)

Voici le commentaire du Musée de Bretagne :

« Dans ce tableau, à la suite de Corot ou de Cabanel, il a choisi d’illustrer le thème de Velléda, la druidesse de l’île de Sein, qui souleva son peuple contre la domination romaine et qui a été immortalisé par Chateaubriand dans Les Martyrs. Velléda apparaît au romain Eudore qui s’en éprend.

La celtomanie ambiante en fit un thème à la mode dans la peinture, la sculpture ainsi que dans la musique à partir de la seconde moitié du XIXe siècle.
La composition particulièrement théâtrale, avec une vue de Velléda en contreplongée qui se détache en clair-obscur sur le fond d’un paysage baigné d’une lumière crépusculaire, témoigne des activités parisiennes du peintre de décors. L’ensemble de la toile est traitée dans une facture académique à l’aide d’une matière lisse et onctueuse dans une gamme colorée relativement monochrome : un camaïeu de bleu, de gris, de vert et de brun qui s’estompe dans le lointain dans un effet de brume, à peine rehaussé d’une pointe d’un blanc plus épais dans le traitement des vagues et de l’écume, seule touche impressionniste dans une peinture romantique héroïque et lyrique
. »

On voit comment ce qui ne constitue que des hypothèses liées aux lectures de textes anciens est ici interprétée comme une « vérité » servant la cause…


Une Irlande colorée

J’eusse pu tout aussi bien intituler cet article « Une Irlandaise coloriste »! Car c’est d’une peintre qu’il s’agit, peintre que j’ai découverte récemment, en découvrant un de ses tableaux, tout à fait fortuitement.

Et j’ai aimé.

D’où ce petit article à son sujet, pour le cas où certain-e-s partageraient mes goûts picturaux.

Oh! rien à voir avec les Grands, ni les Grandes. Mais oser à ce point faire cohabiter des couleurs vives pour représenter son pays… Voilà qui m’a séduite.

D’abord, le tableau en question.

Vera Gaffney Art |Irish Artist |Limited edition print artwork

Et un autre, intitulé « Sligo Wave »

La mer est un de ses thèmes préférés, mais elle peint également des paysages irlandais, comme celui-ci, où elle reprend un autre de ses sujets favoris, les fleurs.

Vera Gaffney - Foxford Way | Quadros

Toute une série « lune » m’a quelque peu questionnée. En effet, j’aime beaucoup l’abstrait de ces tableaux, mais moins la taille de la « lune » dans chacun d’entre eux…

Vera Gaffney (20th/21st Century) 'Lun No Lae

A vous de me dire ce que vous en pensez?

Alors que j’avais déjà posté cet article, un lecteur attentif me fait remarquer qu’il manque… Le nom de l’artiste! Quelle étourdie fais-je! Le voici donc : Véra Gaffney. Son site est ici, et vous pourrez trouver d’autres tableaux sur des sites de galeries, comme celle-ci, située à Dublin..

Un déjeuner « surréaliste »

Il faisait beau ce midi… Je décidai donc de déjeuner en terrasse, même si l’environnement n’était pas superbe, et pour cause : des travaux partout! Comme en ce moment c’est assez général à Paris, on finit par passer outre…

Me voici donc installée au soleil, tranquille, dans un coin un peu reculé de la terrasse d’une brasserie, Un peu gênée, dois-je le dire, de voir travailler sans répit devant moi trois hommes, engoncés dans de chaudes tenues orange, bottes aux pieds… Durant tout le temps de mon séjour en terrasse, l’un d’entre eux arrosait le sol en ciment frais, tandis que les deux autres, armés de grandes raclettes, évacuaient l’eau. Lorsqu’ils arrivaient à l’extrêmité de la place, ils revenaient au point de départ, et recommençait. Sans fin… Le tonneau des Danaïdes revu et corrigé version XXIème siècle… Quoique… Pour une fois, je pensais que des machines auraient pu les remplacer, moi qui ne suis pas pour le remplacement de l’Homme par le Robot… Mais là, quand même, ce travail rude et répétitif, dans une tenue inadaptée au temps…

Arrive alors une jeune femme en trottinette. Elle gare soigneusement celle-ci, s’installe à la table voisine sans me saluer, dos au soleil. Quelques temps après, elle est rejointe par une autre, à peine plus âgée, qui lui concède la place face au soleil.

Les voici donc attablées, comme deux vieilles copines – qu’elles ne sont pas du tout, comme je le comprendrai après. Elles passent un temps impressionnant à discuter du menu, ce qui attire mon oreille, d’autant que l’une a vraiment une voix forte et ne cherche pas à baisser le ton. C’est ainsi que je vais être amenée à suivre toute leur conversation…

Et je n’en reviens pas, je dois bien l’avouer. Dans un premier temps, tout passe au peigne fin de leurs critiques acerbes. Travaillaient-elles pour un guide culinaire? Manque de chance, l’une avait commandé une salade César. Celle-ci est servie, abondante et alléchante… Mais en fine observatrice la cliente remarque des tranches fines de ce délicieux lard qu’aiment les Breton-ne-s… Et se plaint à l’autre. Qui consulte la carte sur Internet. Le lard n’est pas dans la liste des ingrédients qui composent la salade! Les voici donc hélant le serveur, débordé car seul pour une terrasse d’environ 60 couverts… Et renvoyant le plat. Lorsqu’il s’éloigne, la personne concernée dit à l’autre qu’elle ne sais comment se comporter en un tel cas. L’autre, d’un ton docte, bien haut et fort, lui dit qu’il faut expliciter, tout en restant « bienveillante ». Je n’en reviens pas! ce mot dans sa bouche! et répété! « Bienveillante »…

Ma curiosité est attisée. Qui sont-elles? Je prolonge donc mon repas par un dessert, pour essayer de deviner… Vous savez combien je suis joueuse!

Elles se plaignent du retard apporté à leur servir le dessert, en oubliant que c’est le renvoi du plat qui a tout décalé.
Et, tout à coup, le ton change entre elles. Les voici en train de discuter « affaires ». Chacune a un site, et un appui réciproque semble possible. Des influenceuses?

Elles discutent « partenariat », « liens », « référencement », quand la plus âgée dit à l’autre qu’elles ne jouent pas sur le même terrain. Elle a « l’oreille de Paris », dit-elle. Et ne fait pas payer les restaurants sur lesquels elle publie – j’apprends un peu plus tard que ce n’est pas elle qui écrit, qu’elle a « des petites mains » pour ce faire… Alors que l’autre a un site « Sortie » ou « Sortir » à Nantes, et fait payer les établissements cités.

Alors, me direz-vous, qui est la « Verbe Haut »? Elle finit pas se découvrir en montrant une de ses « publications papier » : le Petit Futé.

Pourquoi parler de « surréalisme », me direz-vous? Certes, le terme est mal approprié et discutable. Mais la surimpression des ouvriers au travail, de ces deux jeunes femmes aux critiques acerbes et au comportement mercantile, en train de négocier, pendant que, dans le ciel, se poursuit le ballet des hélicoptères amenant les malades à l’hôpital tout proche, cette surimpression, disais-je, me transportait dans un univers paradoxal qui me questionnait…

Et, par la suite, j’ai pu échanger avec le serveur et celle qui l’avait rejoint à la fin. Tous deux craignaient terriblement le retour du patron, « Olivier », que la Dame du Petit Futé avait affirmé connaître et à qui elle n’allait pas manquer de se plaindre… Inégalité, quand tu nous tiens…

L’Amour à l’Abbaye

Peu d’expositions tentantes, en ce moment, en Pen-Ar-Bed. Néanmoins l’Abbaye de Daoulas propose, jusqu’en décembre, une exposition sur l’Amour. Voilà qui est doublement alléchant, car j’aime ce site et son environnement proche, le fond de la rade de Brest…

En route donc vers Daoulas, par cet après-midi de grisaille – le soleil des jours précédents s’est enfui sous les nuages… Aucune idée de ce qui m’attend, car le site officiel est peu explicite, et je n’ai pas recherché, comme je le fais parfois, les articles sur cet événement. Je découvre l’affiche en arrivant. Surprenante. Peu esthétique, à mon goût. Ce rouge et ce jaune, pourquoi? Par contre, le sous-titre fait énigme « Récits d’Orient, récits d’Occident »… Et le « sur-titre » (si j’ose ce néologisme) aussi : que signifie le terme écrit en langue arabe? Il ne reste qu’à entrer pour en savoir davantage. A l’accueil, une charmante jeune fille offre un plan de l’abbaye (ignorant que j’y suis déjà venue maintes fois) et n’en dit pas davantage sur l’exposition.

Un projet d’une ambition délirante

Des affiches dès l’entrée apportent quelques explications, en une introduction didactique de la visite.

Le projet semble bien ambitieux : couvrir tous les siècles depuis l’Ancien testament, et ce, pour deux contrées aussi différentes… Le tout dans un espace relativement restreint. Une sacrée gageure!

Et c’est tout le problème de cette exposition, il faut bien l’avouer.

Un atout : l’optimisation des espaces

Malgré une belle muséographie, dont voici quelques illustrations.

A droite, des affiches du XIXème… Au fond, des gravures et tableaux… et, au milieu, des »biscuits » ou autres statuettes…
Tableau, statuette en bois et marionnettes
Pour regarder non par la serrure, mais par le trou… des gravures, films ou photos allant de l’érotisme au porno, en passant par l’humour…

Dans chaque salle, à l’exception de celle où figure ce « mur à trous », Orient et Occident sont rapprochés, pour mieux montrer les différences et invariants. Mais les supports sont extrêmement variés, ainsi que les objets exposés. Trop, peut-être?

Des Testaments à aujourd’hui, que d’époques « survolées »…

La première salle, bien sûr, est consacrée au couple infernal… Adam et Eve, tels que vus dans la Bible et interprétés en Islam. On y apprend notamment que, comme la notion de « péché » est absente de cette religion, la pomme « Malus » n’apporte pas le mal « Malum »…

Adam et Eve, version orientale

On parcourt ensuite les débuts de l’Islam et le soufisme, puis le Moyen Age et l’Amour courtois, avant d’en arriver aux époques plus récentes…

Un hymne à l’Islam éclairé, et une réflexion sur la « tentation »

L’Islam éclairé est mis en valeur, sous forme de textes qui montrent combien il était ouvert, et d’enluminures et dessins divers.

Non seulement l’Islam apparaît, au fil de l’exposition, comme beaucoup plus ouvert qu’on ne le pense généralement, mais en outre les moeurs des époques concernées sont représentées comme libres, toute source de plaisir étant acceptée, qu’il s’agisse de couples hétéro- ou homosexuels.

L’exposition tend à démontrer que chacune des civilisations a eu des périodes d’ouverture et des périodes de rejet des plaisirs et des amours.
Ainsi en fut-il, par exemple, pour l’homosexualité, considérée dans la Grèce Antique comme une des voies de l’Education, avec des Maîtres comme Socrate et leurs disciples, jeunes gens qu’ils éveillaient aussi physiquement. En Orient aussi, l’homosexualité a été à certaines époques vécue comme ordinaire. Peut-être davantage pour les jeunes femmes que pour les jeunes hommes? Ou a-t-on fait davantage silence pour ces derniers?

A ces périodes admissives s’opposent les restrictions diverses. Celles qui notamment sont liées à l’idée du « péché de chair », de la « luxure », contrôlées par l’Eglise à partir du Moyen Age, et par la bourgeoisie après la Révolution.

Ainsi est né le concept de « Tentation ». Je n’ai pas photographié celle de Saint Antoine, et ai été plutôt séduite par l’image qui suit…

Cette réflexion s’achève sur des notes plutôt tristes, avec notamment les morts d’amant-e-s célèbres (j’y reviendrai), mais aussi positives, avec des oeuvres presque iconoclastes de jeunes femmes artistes dans des pays bridant les libertés, comme celle-ci…

Une extrême diversité d’objets, de sons et d’images

Vous l’avez compris, malgré un aspect très pédagogique/andragogique et une volonté de narration muséographique, on ressent quelque peu une impression d’assemblage hétéroclites d’objets, de sons et d’images.

Mais je ne nierai pas que certains des objets exposés sont très intéressants, et souvent très esthétiques. Cela va des poteries aux tableaux, en passant par les statuettes et une collection de récipients contenant toutes les « potions » pour l’amour…

Coupe aux amoureux, Chypre, 14ème siècle

Omniprésence de la littérature, de la musique, des beaux-arts et du 7ème art

Disséminés à divers endroits, de confortables espaces pour regarder, voir, entendre… des oeuvres d’art, des poèmes, de la musique, et beaucoup de films.

La mort d’Atala
Une des nombreuses illustrations des
Mille et Une Nuits

Vous ne verrez ici aucun extrait des films projetés, mais sachez qu’ils ont fait revivre Fernandel admirant une danseuse orientale, Jean Marais en séducteur de dame, et des acteurs/actrices du cinéma muet dont je ne me rappelle plus le nom, sans oublier les couples célèbres comme ceux de West Side Story et, bien évidemment, Roméo et Juliette dans des versions très différentes, mais toujours aussi émouvantes.

Un autre écran, interactif, pour choisir parmi les plus célèbres chansons d’amour… Dont celle-ci, qui vous rappellera peut-être quelque chose?

Dans ce foisonnement, le visiteur/la visiteuse peut choisir, jouer, élire, se prendre en photo, et même raconter une histoire d’amour, parler de ses amours, de ses expériences sentimentales ou érotiques… pour ensuite être entendu par les autres…

Et la Bretagne, dans tout ça?

Bien sûr, elle était déjà présente dans la partie « Amour courtois » et dans la légende de Tristan et Yseult… Mais elle a droit à une vitrine entière, avec à nouveau statuettes et images..

J’ai beaucoup aimé la série de cartes postales anciennes, mais aussi une série de bijoux dont j’ignorais l’existence : les épingles de pardon, Ar spilhenn Pardon. Je précise que nous « sortons » de l’exposition, car j’ai raté la photographie, et vous en propose donc d’autres, pour mieux comprendre de quoi il s’agit, concernant ce bijou qui préludait à l’amour, pardon, à « karantez« …

… Je lui faisais signe,
Elle ne venait pas.
Je lui offrais des noix,
Elle ne venait pas.
Je lui achetais une belle épingle,
Elle vint alors.
Ai-je bien fait ma mère?
– Oui, mon garçon,
Ton père faisait ainsi avec moi.
(Entendu à Scaër) (source)

« 

L’usage des épingles de pardon était fort local, puisqu’il est attesté dans les limites de la Cornouaille et du pays pagan ; un petit débordement par le sud sur le pays vannetais est envisageable, si l’on en croit notre malicieuse paludière. Malgré tout, ces jolies fantaisies étaient un produit d’importation, fabriquées jusqu’en Bohême et peut-être même en Afrique du Nord, comme semblent en témoigner certains ornement très arabisants.

Elles mesurent de 8 à 12 centimètres et sont constituées d’une tige surmontée d’une perle de tête assez volumineuse, autour de laquelle sont attachées des chaînettes elles-mêmes agrémentées de perles de taille plus réduites et de breloques. Ces pendeloques étaient en nombre variable, de une pour les acheteurs les plus modestes et jusqu’à trois pour ceux qui avaient les moyens. » (source)

Pour finir, il faut… une chanson d’amour, non? En voici une très belle… et une autre, qui nécessite que vous sachiez dire « je t’aime » en langue bretonne : « da garan ».

Couchant à la pointe de Trévignon

Superbe après-midi ensoleillé en ce mois de novembre… Le couchant promet donc de l’être tout autant. Mais où aller voir le soleil se coucher sur l’Océan? Pas aisé lorsque l’on se trouve en Bretagne Sud! Sauf à aller sur une pointe, un « beg », pour parler correctement.

En route donc vers l’une des pointes les plus proches, à savoir celle de Trévignon. Vous allez me faire remarquer que ce nom n’évoque pas la Bretagne, non? Eh bien, détrompez-vous. Sa première partie désigne un village, « treb ». On la retrouve d’ailleurs dans bon nombre de lieux, comme Trégunc, Trévarez, etc. Quant à la seconde, elle correspond à des « marais », « vignen ». C’est donc « le village des marais ». Et effectivement, il est une zone marécageuse très riche en espèces animales et végétales, que j’ai visité naguère avec un « guide nature »… mais c’est une autre histoire! Aujourd’hui, c’est Phoebus qui m’intéresse, et je veux voir son char s’enfoncer dans les ondes.

J’aime la profonde minéralité des côtes bretonnes, dont les enrochements créent des oeuvres surprenantes, quand ils ne jouent pas à se déguiser, comme celui-ci, en rampe de lancement.

Sauter de roche en roche, enjamber les crevasses, « escalader » les rochers en surplomb, voilà qui fait revivre l’enfant en moi. Et le soleil joue aussi…

Il est encore relativement haut, à en juger par le magnifique contrejour que j’ai tenté de saisir avec mon objectif (pardonnez la mauvaise qualité de cette image!)

Le centre de sauvetage en mer est toujours là, bien campé sur ses multiples piliers…

Et le muret qui conduit au phare peut, en ce calme jour automnal, être emprunté sans risques, ce qui est loin d’être le cas lorsque les vagues se déchaînent.

Non, les rochers ne se sont pas déguisés cette fois… c’est bien la main de l’Homme qui les a modifiés, en taillant l’escalier final.

Oh qu’il est mignon

Le phare

de Trévignon…

Certain-e-s puristes me reprendront : « Ce n’est pas un phare, mais la balise d’entrée au port ». Et j’ajouterai même « de tribord »… rires…

Le char de l’Astre du Jour descend vers l’onde, et joue à cache-cache avec les roches…

Sur la jetée, les pêcheurs, plus ou moins professionnels (plutôt moins que plus, à en juger par leur comportement), se font concurrence. J’apprends ainsi que certains cherchent à saisir des maquereaux, et que les hameçons placés à différentes hauteurs sur le fil ont pour objectif de pouvoir prendre à diverses profondeurs… Eh oui, on peut se cultiver en se promenant sur un môle!

D’autres préfèrent jeter leur dévolu (oui, je sais, vous attendiez un autre complément d’objet…) sur les rochers environnants.

Les bateaux, eux, sont sagement rangés dans le petit port qui abritent autant les chalutiers que les petits canots bretons des plaisanciers.

La lumière change, il est temps de rebrousser chemin… Un « au revoir » au pseudo-phare…

Un au-revoir au « porz » qui est si « bihan »…

La nuit monte doucement… Ne bondissez pas ainsi, je préfère l’image de la montée de la nuit à celle de sa chute… La sérénité des crépuscules me sied…

Un jour, un tableau

Celles et ceux qui me suivent savent qu’il y a eu un long silence de ma part, et que je suis depuis quelques temps moins régulière qu’avant. Une explication en est que je ne parviens plus à modifier les « widgets » qui me permettaient les « actualités »… et celles-ci sont restées bloquées en juillet, ce qui m’a découragée, et donc démotivée.
Par contre, il est quelqu’un qui ne se décourage visiblement jamais, et qui continue à nous nourrir d’art quotidiennement.
Je tiens donc à lui rendre hommage ici, car c’est un vrai bonheur que de se plonger dans les images qu’il choisit avec soin pour nous faire voyager, rêver, penser, jouir de l’esthétisme ou de la recherche picturale… quand ce n’est pas de la « naïveté »…

Merci donc à l’auteur de Un jour, un tableau, qui nous offre le Monde…

Moi qui déteste Facebook… Il me contraint à m’y rendre, mais dans un objectif bien agréable…

Et merci aussi des échos que cela crée, pour mon modeste blog. Je viens d’y retrouver les goémoniers… J’en étais sûre!

Mais il continue aussi à suivre mes fils d’Ariane… Comme avec ce tableau sur les femmes au lavoir, à Concarneau… qui évoque la série « lessive » du confinement dur… ou encore ce qui a trait à la couture., comme celui qui m’a fait découvrir une peintre finlandaise, Helene Schjerfbeck. En voici un autre, que j’apprécie…

Encore un ?

Si vous souhaitez la connaître davantage, lisez ceci.

Décidément, j’aime beaucoup la peinture des pays scandinaves, si dépouillée mais si riche…

Outre la Beauté, la Quête et les traces des fantasmes des peintres (voir les chevelures, les seins et les nuques!), il est un autre aspect qui saute aux yeux en feuilletant cette extraordinaire collection de tableaux, et que certains commentaires d’ailleurs soulignent : c’est l’aspect ethnographique. Que de scènes, que de détails, nous en apprennent plus sur certaines coutumes ou sur le quotidien des pays et des peuples que ne le feraient des textes ou documentaires! Car c’est aussi le regard de l’artiste sur ces us et sur le vécu… Par exemple, les toiles de cet artiste polonais, dont voici un autre exemple.

Wiktor Chrzanowski

Qu’est-ce qui relève du « reportage »? Et qu’est-ce qui est « souvenir »? voire « interprétation »? voire « rêve »? Peu importe… c’est ça, la poïesis!

Je ne puis m’empêcher, pour (ne pas) finir, de « voler » un tableau, tant il me semble extra-ordinaire, lui qui montre l’ordinaire… En ce temps du souvenir des mort-e-s, ce sera mon hommage à celles qui nous ont précédé-e-s…

Fierté d’une mère – Nikol Schattenstein (Lituanie 1877-1954 USA)

Le jeu d’Anatole

Le Lucernaire propose souvent des spectacles intéressants, originaux, voire drôles. C’est le cas en ce moment, avec ce que je ne sais comment la désigner, la « pièce » intitulée « Le jeu d’Anatole ou Les Manèges de l’Amour ».

Imaginez une scène exigüe, sur laquelle trois à quatre personnages tiennent à peine ensemble.

Et une mise en scène permettant de la transformer en salon, en restaurant, en salle de spectacle, et en belvédère… Une vraie gageure, un pari réussi pour le metteur en scène, Hervé Lewandowski.

Anatole est le stéréotype de l’homme assoiffé de conquêtes. Il se heurte, durant sa vie, à d’autres stéréotypes, de femmes, cette fois. Femmes diverses, tant par la condition sociale que par le style et par le caractère, par les choix de vie aussi. De la « cocotte » pseudo-artiste à la femme bourgeoise, elles se succèdent dans sa vie – et dans son lit – sans qu’il parvienne à les comprendre. Pour les interpréter, une seule actrice.

Mélodie Molinaro est surprenante, inattendue, enjouée, terriblement vivante, et impressionnante dans les diverses facettes de « la femme idéale », qui sont ainsi représentées successivement, jusqu’au dénouement inattendu. Elle chante, danse, virevolte, mais aussi pense, joue et se joue de l’Homme, et émeut…

L’ami fidèle, qui observe, commente, enregistre les méandres des amours d’Anatole, est interprété par Yann Sebile, terriblement séduisant avec sa redingote et son chapeau haut-de-forme…

Quant au troisième homme, il change de costume, de rôle, de ton, tout au long de la pièce, dans une succession incroyable de « seconds rôles ». Tous les personnes incarnés par Guillaume Sorel contribuent à « créer le décor », rendre compte de l’époque et du lieu… et faire rire les spectateurs/trices…

Enfin, proche de la scène, un acteur « invisible » mais pourtant très présent : le pianiste, qui est parfois « convoqué » par les autres, comme un des personnages. Son jeu permet d’évoquer les époques, par des interprétations situées de la musique d’Offenbach, qui accompagne les chansons ou devient fond sonore.

Car la musique est omniprésente et nous entraîne ailleurs, encore ailleurs, dans l’espace comme dans le temps.

Bref, vous l’avez compris, j’ai aimé ce spectacle, qui fait voyager, chantonner, danser sur son siège, et qui fait rire tout en étant au final très profond…

Pour en découvrir davantage, vous pouvez regarder ceci. Mais je vous le déconseille si vous envisagez d’aller voir la pièce… Mieux vaut se laisser surprendre, non?

Goémon

Un de mes lecteurs assidus, que je remercie au passage de sa fidélité (nous avons eu nos premiers échanges lors du premier confinement!), a transmis en commentaire un beau texte sur la collecte du goémon, suite au précédent article « Varech ».

En écho, j’ai eu envie de rechercher quelques tableaux que je connaissais sur ce thème… et en ai trouvé aussi d’autres…

Avant de les partager avec vous, quelques petites informations complémentaires, si le sujet vous intéresse.

Je reviendrai d’abord sur la distinction entre « goémon d’épave » et « goémon de rive ». Ce que décrit le texte proposé par « Karlhiver », c’est la récolte du goémon de rive. A cet effet, je ne vais pas faire de plagiat, mais vous transmettre un article synthétique du Télégramme qui évoque ces différences. Les photos intercalées ne proviennent pas de l’article, mais de différents musées bretons.

« Goémon d’épave ou goémon de rives, ils n’étaient pas ramassés de la même manière, ni n’avaient les mêmes utilisations.

2006.22.5. Goémonières Musée départemental breton - Musée départemental  breton

Le premier était ramassé à l’aide de grands râteaux. Il était préalablement partagé selon le nombre de personnes présentes à la récolte, la quantité de goémon échoué et les lieux. Dès l’instant où le phare s’arrêtait, le travail pouvait commencer. A Landunvez, toutes les personnes composant la famille comptaient pour le partage, sans obligation de présence pour les enfants.

2006.22.12. Goémoniers Musée départemental breton - Musée départemental  breton

En ce qui concerne le goémon de rive, la coupe occupait autant les femmes, les enfants que les hommes. Les plus robustes goémoniers chargeaient les charrettes tirées par les chevaux. Chaque famille se voyait attribuer une portion de grève. Cette attribution était faite pour quatre ans. Le goémon était étalé ensuite sur la dune pour sécher. Argenton, qui n’était alors que dune, bon nombre de constructions n’existant pas encore, était recouvert de goémon. Le soir, celui-ci était ramassé en tas. Une fois complètement sec, le goémon était brûlé dans des fours creusés à même la dune, et dotés de cloisons en pierres. Il en ressortait des pains de soude qui étaient vendus aux usines afin d’en extraire de l’iode.

Goémoniers. Les paysans de la mer - Histoire - Le Télégramme

Déjà, au XVIII e siècle, le goémon était utilisé comme combustible. Une coupe de goémon de rive était effectuée en septembre pour cet usage. Les algues n’entrent alors dans l’alimentation que sous la forme de «chondrus crispus», séchés et blanchis. Celui-ci est mis à bouillir dans du lait. Son refroidissement s’accompagne d’une gélification qui donne une sorte de flan. Les algues sont, par contre, largement utilisées dans l’alimentation animale, comme apport de protéines végétales. Les algues ont également servi d’engrais pour amender les terres. Au XIX e siècle, le ramassage du goémon de rive a permis le développement d’un vrai commerce. L’arrivée des engrais chimiques a fait disparaître cette activité.

230 idées de Seaweed. goémon | ile ouessant, bretagne paysage, soupe aux  algues

L’usage industriel de l’algue, quant à lui, a débuté avec la fabrication du verre qui utilisait les algues sous forme de cendres. C’est ainsi que dès le XVIII e siècle, la coupe et le brûlage du goémon se sont organisés sur les côtes. A la fin du XVIII e siècle, l’utilisation des cendres de varech a permis de découvrir l’iode. L’industrie locale va alors naître et tourner jusqu’en 1955 environ, avec un quota annuel de 60 à 70 tonnes d’iode. » Source

Les tableaux qui suivent traitent du même thème, mais évoquent, chacun à leur manière, un « éclairage » de celui-ci.
Certains tiennent du « reportage », comme celui-ci, qui rappelle l’importance des fours dans la région de Porspoder.

Déchargement du « tali » de la Marie-Pierre dans l’anse du C’hloc’h à Porspoder.
Huile sur toile de Jean-Marie Couillard. © coll. particulière.
Yves Colin, futur inventeur du « scoubidou », est debout dans la charrette
et vide la cargaison à l’aide d’un croc.
Son père François est resté dans le bateau avec le jeune Didier Bellec.
On distingue au loin les fumées blanches des fours à goémon en activité.
Source

Rien à voir, ou presque, avec la vision épurée de Gauguin…

Gauguin, ramasseuses de varech

… ou encore celle de Sérusier…

Sérusier, Rémasseur de goémon

Un des peintres bretons incontournables, Mathurin Méheut, se situe à l’intermédiaire des deux premiers, dans ce tableau qui montre l’effort des goémoniers sur leurs frêles embarcations.

Mathurin Méheut, Goémoniers sur leurs drômes

« Méheut représente ici le ramassage du goémon sur des drômes, sortes de radeaux de cordes entrecroisées sur lequel les algues sont récoltées à l’aide de bêches. Dans une certaine instabilité, les goémoniers se dirigent grâce à des perches. Les silhouettes des hommes et des femmes montrent l’effort important pour se guider dans les courants marins et le vent. » Source

Les deux tableaux suivants montrent un traitement moderne d’une époque révolue, alors que le second est bien ancré dans sa contemporanéité…

jean-Julien Lemordant, Ramasseurs de varech
Jules-jacques Veyrassat, Chevaux-Le ramassage du varech

Pour celles et ceux d’entre vous qui voulez en voir davantage, un ensemble proposé par Wikiwand.

Je ne pouvais finir cette série par l’un de mes peintres préférés, Boudin, qui, bien que Normand, aimait à séjourner en Bretagne.

Boudin, Brest, La Rade, récolte du varech (1893)

Varech

Plage de Kerneuc, 31 octobre 2021

En écrivant ce titre, je me suis questionnée sur le choix du mot et son orthographe… Allais-je écrire « varech », « varechs », ou goémon (avec ou sans s)? Ou m’adonner aux joies de la bretonnitude et opter pour « bezhin » ou « gouemon »?

Evidemment, pour celles et ceux d’entre vous qui me connaissez, je me suis précipitée sur le CNTRL puis sur le Littré…

Intéressante découverte, comme souvent… Car, si j’avais voulu évoquer une épave, j’aurais aussi pu faire ce choix terminologique.

« Nom collectif de tous les débris que la mer rejette sur ses côtes. Naufrages et varech, qu’est-ce ? ce sont les biens pêchés au bord de la mer, des lacs et des rivières, Arch. des Finances, mss. Instr. sur la Chambre des Comptes, 1701, p. 19. » (Littré)

Le saviez-vous? Moi, non…

Cela viendrait, d’après le Littré, de la racine indo-européenne présente dans « frangere » (bien connue maintenant avec la mode des « frexit »!)

Pour ce qui concerne l’incertitude singulier / pluriel, elle fut vite levée. On peut mettre les deux, car le singulier de « varech » est un singulier collectif et désigne « du varech » ! Donc ex-aequo…

Reste le goémon. Il est plus précis, puisqu’il ne désigne que des algues… « Mélange d’algues marines brunes des genres fucus et laminaire, récoltées sur les côtes bretonnes et normandes, que l’on utilise comme engrais ou dont on extrait de la soude et de l’iode. » (CNTRL)

Mais un point commun : l’épave. En effet, ce qui est rejeté par la mer sur les côtes, comme ce fut le cas dans le Finistère dernièrement, est dénommé « goémon d’épave »… J’aurais donc dû intituler cet article « Goémon d’épave »…

Car j’ai eu envie ce matin de partager avec vous quelques photos prises sur la Plage de Kerneuc, à Fouesnant – pardon, Fouen… En recherchant la bretonnitude, les traducteurs ont laissé le foin mais oublié la vallée (nant)…

Je tiens à préciser qu’aucune des photos n’a été retouchée, ni même recadrée. Il n’est que le « champignon » qui a été pivoté…

L’idée de leur donner des titres m’a titillée, mais je préfère laisser chacun-e

J’ai volontairement laissé les photos dans l’ordre où elles ont été prises, car cela correspond aux changements réels de luminosité, et aux « découvertes » tout au long de cette belle promenade, le visage fouetté par un suroît agréable…

Et une belle surprise en fin de balade…