Mégalithes ou faux ?

Je vous ai laissé-e-s, dernièrement, auprès d’un dolmen dont je me demandais s’il était réel ou non. Vous souvenez? C’était sur la terrasse de l’Observatoire de Meudon.

Carte postale ancienne (source)

Je m’étais promis aussi d’aller voir de près la bâtisse exceptionnelle que je voyais en face, dans la Forêt…

Me voici donc en train d’explorer le Bois de Clamart. Rien. Je ne trouve rien. Des allées, des avenues, pas de problème. Mais rien d’autre, à part des arbres, des arbres, des arbres. Normal, me direz-vous, en bois ou en forêt.
Je m’arrête donc sur un parking, en plein espace sylvestre. Et appelle l’Office de Tourisme de Clamart. Une dame très aimable me répond. Je résume ses dires. « Ah non, je ne sais pas. » « Vous savez, je viens d’arriver, je ne connais pas bien ». « Le bois? Non, je n’en sais rien ». Lorsque, perdant quand même un peu patience, je lui demande de me passer un-e collègue plus informé-e, elle déclare avec amabilité : « Ma collègue connaissait mieux que moi. Mais elle a pris sa retraite ». Chou blanc, donc, comme on dit…

Une dame arrive avec ses enfants. Je lui parle d’un éventuel menhir. La réponse vient de sa fille « Venez avec nous. On va nourrir les canards. Le menhir est juste à côté ». Je les suis donc… Et arrive à la Pierre aux Moines. Qui serait, en réalité, la Pierre de Chalais.


Il faut dire qu’il est bien difficile, dans le coin, de démêler le vrai du faux… Pour ce qui est de la « Pierre aux Moines », ou censée l’être, ce serait bien un « vrai », déjà attesté en 1904. Un historien considère qu’il s’agirait en réalité d’un reste d’un dolmen, ce qui expliquerait sa petite taille.

Quoi qu’il en soit, la ville actuelle s’enorgueillit de cette histoire, comme vous pouvez le voir sur ce texte extrait du site officiel.

« une campagne de fouilles menées entre 1915 et 1919 sur le secteur de Trivaux a permis de découvrir des milliers d’objets néolithiques : des pierres taillées, des tessons de poteries, des grattoirs, des couteaux en silex, des tranchets et même des débris d’une urne. La preuve était donc faite que le site fut occupé par l’homme entre -5 000 et 2 000 ans. Des mégalithes et dolmens non datés sont visibles sur la terrasse de l’Observatoire (mégalithe trouvé en 1845 sur l’actuelle avenue du Château et installé sur la terrasse en 1861) et dans les bois (la Pierre aux Moines est un menhir a été redécouvert en 1893 par Marcellin Berthelot et classé monument historique en 1895). Depuis 1896, le cimetière des Longs Réages compte parmi les tombeaux une originalité venue des landes bretonnes, le dolmen de Ker-Han. Les douze blocs ont été acheminés depuis le Morbihan pour y retrouver leur usage ancestral, celui d’une sépulture pour la famille Piketti.

Pourquoi Meudon ? Les Gaulois appelaient ce lieu Mole-Dum et les Romains Moldunum, ce qui a donné Meudon. Ce toponyme existe aussi en Bretagne, au Brésil, aux États-Unis, en Suisse…« 

Il existe ainsi des pierres « vraies », « fausses », déplacées… Peu importe, l’environnement est si agréable… Comme je vous le montrerai dans un prochain article, dédié aux étangs…

Merci de vos commentaires !

Je viens de me rendre compte qu’un grand nombre de commentaires à divers articles, depuis le « J 34 après N.C » n’avaient pas été validés… tout simplement parce que je n’ai pas été informée de leur proposition.
C’est pourquoi aujourd’hui je présente mes excuses à celles et ceux qui les ont produits.
Non seulement je les ai publiés ce jour, mais j’y ai aussi répondu.


Merci à vous de vous faire l’écho de ce que j’écris, sans prétention aucune.
Merci de m’apporter des précisions, voire de me corriger.
Merci de me faire part de vos idées, de vos ressentis, de vos émotions.
Merci de répondre, de compléter, de confirmer.
Merci de me lire.
Et merci de partager…

Pique-nique près de l’Observatoire de Meudon

Fermeture des restaurants = pique-nique obligatoire, pour celles et ceux qui, comme moi, sont appelé-e-s à bouger pour leur travail. Les rues et parkings, ce n’est pas l’idéal… alors on cherche des endroits plus agréables. En l’occurrence, ce jour, la terrasse de l’Observatoire de Meudon, que je ne connaissais pas.

Une vaste terrasse avec des allées bien tracées, bien ombragées, impeccables comme la mise en pli des vieilles dames de mon enfance.

Peu de monde, alors que les berges de la Seine, non loin de là, sont prises d’assaut par toutes celles et tous ceux qui veulent profiter du soleil et de l’air printanier, inattendu à cette époque de l’année, et qui nargue les adeptes du confinement…

La pelouse est tout aussi soigneusement entretenue que les arbres bien taillés. Pas un poil ne dépasse!

La vue du bord de la terrasse, sur la capitale et sa proche banlieue méridionale, est remarquable. Seule Notre Dame n’est pas visible!

Depuis le Bois de Boulogne jusqu’à la Forêt de Meudon, le panorama est exceptionnel. A propos de cette forêt, une vaste bâtisse attire mon regard. Malgré les recherches sur le net, je ne parviens pas, à ce moment, à l’identifier. Je me promets de continuer mes investigations, qui par la suite me conduiront aux « Apprentis d’Auteuil », qui ne sont plus « Orphelins », mais l’édifice gérée par eux est encore dénommé « Orphelinat Saint Philippe »…

L’Orphelinat Saint Philippe, au piémont du bois de Clamart, dans la forêt de Meudon

Le site officiel de l’entité gestionnaire révèle l’histoire de cet ensemble (car il y avait aussi une maison de retraite pour les Frères des Ecoles chrétiennes), inauguré en 1888, que l’on doit à Marie Brignole Sales, Marquise de Ferrari, Duchesse de Galliera. Oui, vous avez bien compris, c’est la même qui est à l’origine du Musée qui porte son nom…

Il est actuellement impossible de s’approcher de l’Observatoire lui-même, car d’importants travaux sont effectués sur la partie sud de la terrasse. Mais on peut tout de même l’admirer, après avoir salué celui qui en fut à l’origine, Jules Janssen.

Statue de Pierre Jules César Janssen

Si l’on observe le socle, on voit une montgolfière…

Savez-vous pourquoi?

« Le 2 décembre 1870, il quitte Paris assiégé en ballon pour aller observer l’éclipse à Oran. Ce sera la seule mission scientifique de toute l’aventure des ballons montés. Curieusement, la plaque commémorative (largement posthume) de cet exploit, sur le socle de sa statue au château de Meudon, le représente décollant du parc du château, alors qu’il a décollé de la Gare d’Orléans. »

C’est lui qui « pousse à la création de l’Observatoire d’astronomie physique à Paris, décidé en 1875. Il présente un projet de restauration du château de Meudon, commence à installer divers instruments d’observation dès 1876, puis obtient les fonds nécessaires (plus d’un million de francs de l’époque) à reconstruire les bâtiments. À la suite de la promulgation de la loi l’instaurant le 15 avril 1879, les travaux démarrent; une grande coupole est créée qui abrite toujours des instruments d’observation. » (source)

Plan de l’Observatoire sur le site officiel

 » Fondé en 1876 à l’initiative de Jules Janssen, cet observatoire est entièrement dédié à l’astrophysique, discipline alors complètement nouvelle. Il va progressivement se doter d’instruments impressionnants et novateurs. Unissant ses forces à celles de l’Observatoire de Paris en 1926, il va garder sa spécificité scientifique. Si les observations nocturnes ont cessé, il est toujours un site d’observation quotidienne du Soleil et continue d’accueillir le travail de nombreux astrophysiciens. » (source)

Jean Jacques Henner - Jules Janssen Orsay.jpg
Un brin malicieux, non, le Jules?

Juste pour en finir avec l’astronome, il faut reconnaître que c’était une sacrée personnalité. Plus que sexagénaire, après 1888, il va entreprendre trois fois l’ascension du Mont Blanc, pour aller y faire installer une lunette de 30 mètres au plus près du sommet! Il vivra 83 ans, et vous pourrez aller le saluer au Père Lachaise, à moins qu’il n’ait rejoint d’autres planètes?

L’étrangeté de cet édifice vient du fait qu’on a en quelque sorte « relooké » un ancien château.

La coupole a ainsi été déposée sur ce qui constituait l’axe central de la symétrie architecturale.

Château de Meudon — Wikipédia

En revenant vers l’entrée, j’ai le temps de baguenauder un peu… D’abord pour m’étonner des contreforts du mur de soutien à l’ouest…

Il y a en réalité une terrasse supérieure, à laquelle les profanes comme moi n’ont pas accès. On aperçoit d’ailleurs une autre coupole au-dessus du mur.

Les arbustes, bien à l’abri du vent et au soleil la majeure partie de la journée, en profitent pour arborer (c’est le cas de le dire!) une floraison magnifique, qui évoque les beaux jours d’un printemps épanoui et épanouissant…

Atmosphère plus vernale qu’hivernale ou hiémale…

Certains arbres ont été visiblement considérés, eux, comme trop vieux pour être sécures, et on les a coupés sans regrets.

J’ai en vain tenté d’identifier l’âge…

Au contraire, d’autres commencent à voir naître et grandir nombre de bourgeons très prometteurs de vie et d’avenir…

Les druides seraient à la fête sur cet espace verdoyant, car le gui pousse, croît et prolifère à foison sur les branches.

Ils ont d’ailleurs sans doute un jour, sous d’autres frondaisons, dû oeuvrer et célébrer, comme le suggère le dolmen qui leur a survécu.

Pour la petite histoire, je pensais que c’était un « faux », placé là par un « artiste » malin comme il en existe.

Eh bien non, j’ai appris par la suite qu’il y avait eu de nombreux dolmens et menhirs en forêt de Meudon… je vous en reparlerai dans un prochain article.

Mais il est temps de repartir, car l’heure tourne et il faut retourner au travail. Un dernier regard aux bâtiments qui abritent les chercheur-e-s…

… et revoici la place qui donne accès à cet endroit étonnant par l’aspect hétéroclite de ses décors.

Patte d’oie ?

Des plantes (et belles…) au Jardin

Le soleil et l’air printanier de ce dernier jour de février invitaient à la promenade… Me voici donc au Jardin des Plantes, très fréquenté en cette belle journée. Au point que vous ne verrez pas de photographie de la gloriette, car impossible de trouver un angle de vue sans risquer de contrevenir au droit à l’image… Je me suis donc contentée des serres, des végétaux et des statues…

Les fleurs sont encore rares, mais elles commencent à pointer le bout du nez, pour certaines, tandis que d’autres embaument déjà, comme les hyacinthes.

.Hélas, il est à peine 17 heures 15, et des sifflets retentissent dans tous les coins du Jardin… les gardiens chassent tout le monde à grand renfort de gestes et de cris… il faut regagner la sortie, et repasser devant une statue qui m’a toujours interpellée, et que le soleil met en valeur…

Mais la sortie habituelle est déjà close, et je passe par une cour que je ne connaissais pas, et où m’attend une autre statue, une autre « belle plante »… Je vous laisse deviner ce qu’elle tient à bout de bras…

Subériculture

Voilà longtemps que je ne me suis pas laissée séduire par un mot… Celui-ci m’a questionnée ! Alors je vous le propose aujourd’hui.
Souvenez-vous, hier je vous ai laissé sur la route menant de Saint Raphaël aux Arcs. Non, pas la célèbre station de ski, mais les Arcs sur Argens, petit bourg provençal à la porte des Maures. Je crois d’ailleurs vous en avoir déjà parlé sur ce blog, car je m’y rends assez régulièrement, et il est magnifique avec ses ruines romaines et son vieux village médiéval. Sans compter les caves de Sainte Roseline et la maison des vins du Var!

En me promenant donc dans le village, hier soir, j’ai découvert que de nouveaux panneaux touristiques avaient été placés, dont l’un non loin de la maison où je séjourne parfois. En titre :  » La subériculture ».

Savez-vous de quoi il s’agit?

Dans l’affirmative, inutile de lire ce qui suit. Attendez mon prochain article.

Dans la négative, voici quelques pistes.

La première : une forme de sylviculture.

La deuxième : en lien indirect avec la viticulture.

Vous avez trouvé?

Non ? Je continue par l’intitulé d’un article de Var Matin, en juillet 2019 : « On vous dit tout sur la subériculture, cette activité historique qui se taille une place dans la forêt arcoise. » Et voici la photo qui l’illustre.

Vous y êtes ?

Si non, encore un indice : les deux personnes représentées sont des « leveurs de liège ».

Cette fois, vous devriez avoir la réponse… Nous pouvons donc revenir à la commune. En 1882, elle produisait 600 mètres cube de liège… ça en fait, des bouchons ! Mais à l’époque on s’en servait surtout pour ses qualités : imputrescible, étanche, isolant, résistant à des températures élevées. Pas mal, non? Les bouchons furent produits, quant à eux, à partir de 1897 dans une « fabrique de bouchons perfectionnés » (sic).

« Le nombre de fabriques semble atteindre un sommet en 1862, où le récapitulatif attestant de la situation industrielle et commerciale dans le département du Var signale l’existence de 137 établissements. L’écart entre le nombre de fabriques recensées dans l’arrondissement de Draguignan et les autres est encore plus marquant: si 73 exploitations de bouchons sont recensées dans l’arrondissement de Draguignan, on compte 55 fabriques dans l’arrondissement de Toulon, et seulement 9 dans l’arrondissement de Brignoles. »

« En 1862, le nombre de travailleurs dans l’industrie du liège semble atteindre son apogée: 1789 ouvriers sont recensés, soit 1116ouvriers dans l’arrondissement de Draguignan, 593 ouvriers dans l’arrondissement de Toulon, et 80 ouvriers dans l’arrondissement de Brignoles. » (source)

Une rue des Arcs rappelle cette histoire, la « Rue des bouchonniers »; Ce qui est bien injuste, car si, au début du 19ème, il y avait 2/3 d’hommes parmi le personnel employé, la tendance était inversée à la fin du siècle, date de création de l’entreprise locale : 2/3 de femmes.

A l’heure actuelle, la subériculture est relancée dans les forêts environnantes. Certes, il se fera encore des produits, objets et bouchons de liège, mais c’est d’autres qualités du chêne-liège qui sont mises en avant.

« Un chêne-liège entretenu, dont on prélève régulièrement l’écorce, produit non seulement 250 à 400% de liège de plus qu’un arbre sauvage, mais peut aussi fixer plus de CO2, contribuant ainsi à la séquestration du carbone dans le bois et l’écorce. Grâce à son écorce, le chêne-liège résiste mieux au passage des incendies. Il permet de stabiliser les sols après ces accidents, surtout lors de fortes précipitations d’automne. » (ONF).

Elle a donc de beaux jours devant elle…

Exode

Je devais rester en vacances chez moi jusqu’à dimanche… mais il a fallu fuir en ce vendredi pour éviter le confinement demandé par S3I (Idiot, Inapte, Incapable… on pourrait ajouter Imbu de sa personne et Influent ennemi de la ville qu’on lui a confiée).

Reveire la soustra noustra…

Vite, passer dans le département voisin, et aller profiter du soleil et de la plage au Dramont, plus exactement à Camp Long, dans la jolie petite baie du Tiki Plage. Pique-nique sur le chemin qui fait le tour du sémaphore, face à la Grande Bleue, tentative de bain (l’eau est encore bien fraîche!), puis sieste sur la plage.

Ambiance conviviale, ambiance de vacances. Enfin! ça fait du bien…

Il n’est que 16 heures, mais déjà tout le monde replie bagages, pour être de retour à temps à la maison (les bouchons vers l’A8, à Fréjus, en témoigneront un peu plus tard hélas). Des enfants ont édifié une structure en bois sur ce qui est habituellement la terrasse du café – restaurant pieds dans le sable…

Les véliplanchistes reviennent sur le littoral…

Il faut repartir tôt, car l’heure du couvre-feu approche et il reste de la route à faire. Sur le chemin qui me ramène à la voiture, un panonceau rappelle l’histoire du lieu lors de la Seconde Guerre Mondiale.

Il ne faut pas oublier que la plage du débarquement est située tout près, de l’autre côté du sémaphore. On peut y voir, sur un vaste parking, une des péniches concernées. Pas le temps de passer à Saint Raphaël, je « coupe » pour reprendre au plus vite l’autoroute qui me mènera vers Les Arcs sur Argens…

Le printemps en février

La journée fut magnifique… Plutôt envie d’aller promener et bronzer que de travailler… Donc, ce midi, direction La Turbie, via le col d’Eze. De manière étonnante, le bourg ne semble pas souffrir de la situation. Du monde dans les rues, une ambiance plutôt gaie avec des gens en terrasse des cafés (mais debout, bien sûr!), et les restaurants, boulangeries et bars proposant toutes sortes de plats à emporter. Le pique-nique était dans la voiture, mais j’avais trop envie de salade niçoise et de pan bagnat. Donc direction une boulangerie à l’enseigne attrayante : « Ma première boulangerie« . Un régal pour les yeux et le nez, à l’intérieur. Avec des pains superbes, visiblement faits avec goût. Et des petits plats pour le repas. Sans compter les bugnes (c’est de saison!). Et ils ne manquent pas de l’humour qui se fait si rare ces derniers temps..

La salade niçoise était bonne, mais sans plus. Car il lui manquait le mesclun, remplacé par la laitue…normal en ce mois de février, me direz-vous… Par contre, le pan bagnat était excellent, bien « bagnato », avec malgré tout une croûte bien croustillante. Quant aux bugnes… j’ai eu du mal à en laisser!

Pas de visite au Trophée ce jour, car direction la plage. Le port de Beaulieu est bien triste, avec bateaux désertés et terrasses désertes. La plupart des boutiques et restos sont fermés. Et la plage voisine est presque vide malgré les 20 degrés, un soleil radieux et une mer très calme.

Les villas affichent toujours leur aspect prétentieux, qu’elles soient en bord de plage ou en à-pic sur l’impressionnante falaise.

Mais le littoral présente un aspect étrange… Des mini-collines l’ont envahi… Faites de végétaux séchés, elles gênent l’accès à l’anse où les enfants se baignent sans danger, quel que soit le temps et le nombre de méduses.

Cela semble faire le bonheur des goélands et pigeons, qui s’ébattent gaiement au piémont.

Quant à leurs collègues humains, ils et elles se promènent, bronzent, lisent… Deux jeunes femmes discutent devant une bouteille de blanc. Une silhouette de nageuse dans le lointain. Trois jeunes gens bavardent plus qu’ils ne pêchent, canne en l’air. Des enfants s’égaient, d’autres jouent avec le sable, ou regardent les petites méduses transparentes à forme d’hippocampe…


Le sol est parfois jonché de troncs, branches, morceaux divers d’arbres aux formes parfois torturées.

Et l’un d’entre eux attire mon regard, car il provoque une image plutôt étonnante, d’un être humain aux formes très allongées…

Sur le chemin du retour, pause humour avec l’abri des personnes qui ont édifié les mini-monts..

Obsolescence non programmée

Il est des mots comme des hommes : certains deviennent grabataires. Ils ne sont pas comme les objets techniques actuelles : leur obsolescence n’est pas programmée. Non, elle survient sans que l’on ne sache comment ni pourquoi. Ils ne sont plus exploités, utilisés, modifiés, ils n’évoluent plus. Pire, ils tendent à disparaître de notre belle langue. On pourrait penser : « Normal, il en est d’autres qui ont la même signification ». Mais non. Pas toujours. Celui dont j’ai envie de vous parler ce matin est de ceux qui n’ont pas vraiment de synonymes. On pourrait faire remarquer : « Normal, il est trop difficile à écrire » ou encore « à prononcer » ou encore « à mémoriser ». Mais non. L’objet de cet article est simple. A écrire, prononcer et mémoriser. Alors, pourquoi est-il enterré vivant ?

Hier soir, dans une conversation anodine avec mes convives, il a surgi au détour d’une phrase, prononcé par un ami qui aime les belles-lettres (encore une expression grabataire!). « Ingambe ».

Je l’ai aussitôt repris. Avec délectation. « Ingambe ».

Et j’ai vu renaître des « vieillards » d’autrefois, de naguère comme de jadis. Gambadants, allègres, par monts et par vaux. Vous vous souvenez de Georges Hautecourt dans Les Aristochats ?

Qui, soit dit en passant, me fait penser à Voltaire… Etait-il ingambe, notre cher François-Marie ? En tout cas, Jean-Baptiste Pigalle y a pensé avant moi…

Voltaire nu ou le Vieillard Idéal, Pigalle

Bien sûr, on en arrive à ce petit village breton, vous savez, celui qui osa résister au grand César? Et à l’un de ses habitants, plus ingambe que quiconque…

Pas de femmes ingambes? Mais si, j’en ai trouvé! Dans l’article « Funambules » de l’Encyclopedia Universalis. Il y est question d’une funambule qui se produisait encore à 80 ans. Elle dansait sur la corde, cette Madame Saqué!

Ce mot fait la nique à l’âgisme!

Vous ne vous en souvenez pas, vous non plus? Mais si… faites un effort. « Gambadant », vous avez compris ? Et vous connaissez « in », le contraire de « out »… Vous avez même peut-être utilisé le joli terme « gambettes »… ou l’expression plus rare « être en jambes »… Voilà. Vous y êtes! Allons le chercher chez un autre vieux coproduit par une bande de vieux…

Tout en bas, à gauche, sur cette page du Dictionnaire de l’Académie Française

Si vous ne parvenez pas à lire, je recopie pour vous :  » Léger, dispo, alerte. Il n’est que du styke familier« . Allons donc, moi qui le trouvait plutôt aristocratique, le voici réduit au rang de vulgaire!

La dernière attestation que j’en ai trouvée, lors de mes premières recherches sur le net, se trouve dans une oeuvre littéraire est due à… un Américain. Certes, parfaitement bilingue, puisqu’il devint le premier membre étranger de l’Académie Française, après avoir refusé l’offre de Pompidou de lui attribuer la nationalité française : Julian Hartridge Green, dans son oeuvre « fleuve », son Journal (19 volumes, Roger Martin du Gard est largement distancié!), l’utilise pour décrire la démarche d’un de ses personnages.

« Je regarde marcher la vieille. Elle est intéressante; elle ne titube pas, au contraire, elle danse un peu, elle est ingambe, c’est une alerte pocharde » (Green, Journal,1948, p. 219).

Mais, depuis, j’en ai découvert une plus récente. La citation de ce terme est aussi le fait d’un étranger d’origine. Jorge Semprun, dans son oeuvre « Exercices de survie« . Au fait, la connaissez-vous? Voici un extrait de la quatrième de couverture.

« J’étais dans la pénombre lambrissée, discrètement propice, du bar du Lutetia, quasiment désert. Mais ce n’était pas l’heure ; je veux dire, l’heure d’y être en foule, l’heure d’y être attendu ou d’y attendre quelqu’un. D’ailleurs, je n’attendais personne. J’y étais entré pour évoquer à l’aise quelques fantômes du passé. Dont le mien, probablement : jeune fantôme disponible du vieil écrivain que j’étais devenu.
J’avais tout juste le désir d’éprouver mon existence, de la mettre à l’épreuve

Jorge Semprun Mora est espagnol, lui. Après l’Américain, voici un Espagnol qui remet sur pied notre grabataire.

 » D’abord, tous les Polonais rassemblés étaient jeunes, ingambes, apparemment en bonne santé. Les chefs de la communauté polonaise avaient abandonné derrière eux les vieillards, les malades, les naufragés. — (Jorge Semprún, Exercices de survie, 2012, p. 120) »

Je vous laisse la parole, si vous trouvez plus récent. Et vous propose un défi : faire revivre le mot. Si vous l’employez, le prononcez, l’écrivez, le diffusez sur les réseaux sociaux, revivra-t-il? Retrouvera-t-il sa place, « in gambe« , « sur ses jambes »?

Lorsque j’entendis ce mot, je pensai immédiatement à un instrument dont le nom m’a souvent interpellée : « viole de gambe ». Mais quel rapport entre les deux? Et d’abord, y a-t-il un rapport?

Eh oui, il en est un : la « viola da gamba » se différencie de la « viola da bracchio », tout simplement parce qu’elle se pose sur un genou ou entre les genoux, donc contre la ou les jambes, alors que la seconde se tient « à bras ». Regardez le tableau de Mathias Grünewald (vous savez, celui pour qui Paul Hindemith composa une symphonie en 1934 – j’y reviendrai peut-être un jour, car l’oeuvre a fait couler beaucoup d’encre)… on boucle en revenant à la musique! car notez que le tableau est présenté en fond de la page). Au premier rang, elle est « da gamba ». Au deuxième, « da braccio »…

Image illustrative de l’article Viola da braccio
Extrait du retable d’Issenheim, Mathias Grünewald

… et si vous voulez en savoir davantage sur cet instrument, suivez les explications de Myriam Rignol, violiste de l’un de mes ensembles préférés, les Arts Florissants.

Joueuse de viole de gambe, Bernardo Strozzi (source)

Fascination pour le citron

J’ai retrouvé avec plaisir Nissa la Bella et la chaleur, le ciel bleu et mes citronniers. L’un d’entre eux a souffert, une branche est à moitié cassée, et je me suis surprise à rechercher hier sur le net comment soigner l’arbre qui égaie tellement la verdure et dont le jaune tranche sur le bleu profond du ciel méditerranéen!

Les citrons, il y en a ici toute l’année, c’est incroyable! Et, cette fois, ils sont encore plus beaux et plus nombreux que d’habitude… Je sens que je vais aller solliciter mon voisin italien et son épouse nissarde pour qu’il et elle m’aident à faire du Limoncello avec cette abondante récolte.

Limone nella Villa Felicita, Georges Oucif

Le citron sous tous ces aspects…

De la citronnade fraîche au Mojito, une évocation d’été et de chaleur… De la rondelle dans le Martini à l’apéritif au Limoncello en digestif, il encadre les bons repas… Du jus intégré à la sauce crème fraîche des coquilles Saint Jacques à celui que l’on verse délicatement avec l’huile d’olive vierge sur un délicieux poisson, il aggrave ma gourmandise.

Ingrédient d’un savon qui prend parfois sa forme, d’une lingette parfumée prête à effacer sur nos mains les odeurs désagréables, ou noyé, en tranche, dans une coupelle d’eau tiède comme « rince-doigts », il embaume notre peau, comme les parfums dans la composition desquels il entre si souvent…

Sur ses arbres nourriciers, le fruit est un mini-soleil, reproduit à foison.

Et comment ont fait les Mentonnais privés cette année de la Fête et de ses chars?

Jonchant le sol hier, un citron a attiré notre regard, et un ami l’a photographié… Je vous présente donc « Monsieur Citron ».

Citron farceur, Georges Oucif