Murmuration

Quel joli mot, n’est-ce pas? Connaissez-vous ce terme? Ce n’était pas mon cas, lorsque je l’ai découvert cette semaine dans la Lettre de Thot Cursus à laquelle je suis abonnée. Depuis, bien évidemment, je me suis informée sur son sens.

Le CNTRL ne le connaît pas. Il s’agit donc d’une création récente, voire d’un néologisme?

Ah non! une autre recherche, toujours sur ce site, aboutit à une définition : « Bruit de protestation, de mécontentement, de plainte, de récrimination ». Ah ? J’espérais quelque chose de plus poétique! Elle provient du Dictionnaire du Moyen Français. « Voici encore une de mes lacunes ! », me dis-je, en me précipitant pour comprendre de quoi il ressortait. D’un dictionnaire conçu tout récemment par une équipe de l’Université de Lorraine, pour couvrir une période dont le terminus a quo (encore une découverte terminologique : la date de début, en français vulgaire) est 1330 (avant avènement des Valois et guerre de Cent Ans) et le terminus ad quem (limite de fin) est 1500 (les guerres d’Italie correspondent à une forte modification de la langue). Si la genèse de ce dictionnaire vous intéresse, vous pouvez lire cet article en ligne.

Bref, le terme était utilisé durant cette période, soit avant 1500… pas nouveau! Mais, visiblement, moins ou non utilisé par la suite?

Pas vraiment non plus. Et là, nouvelle surprise : ce phénomène ne s’entend pas (enfin, presque), mais se voit… Et vous en avez toutes et tous vus! Moi-même j’ai souvent tenté de le photographier, sans grand succès : on le doit aux oiseaux ou insectes en vol. Je vous conseille de regarder cette petite vidéo, vous comprendrez mieux.

Encore une surprise : son exploitation dans des chorégraphies, comme ce Projet Murmuration de Sadeck Berrabah, qui en a fait un ballet extraordinaire dont vous trouverez un extrait ici. Le Ballet des Lucioles est visible dans une autre vidéo.

En ce sens, le spectacle de Veronal dont je traitais dernièrement comporte des murmurations. Ce sont d’ailleurs les morceaux que j’ai préférés!

Revenons à l’article qui a suscité mes questionnements.

« On s’intéresse à ce phénomène dans plusieurs disciplines, par exemple, pour la coordination de centaines de drones, dans les techniques de contrôle des foules, dans l’élevage d’espèces grégaires, en marketing et même en éducation. Le phénomène pose aussi d’intéressantes questions en philosophie et en sociologie.

Certes nous prétendons à un certain libre arbitre comme individu, mais nous consentons dans plusieurs situations à adopter les idées et comportements communs à un groupe et de là à concentrer notre attention seulement sur certains éléments. Vu de l’extérieur, plusieurs mouvements sociaux sans coordination correspondent à une murmuration, manifeste du partage des mêmes référents par des milliers sinon des millions de personnes et que des intelligences artificielles ont tôt fait d’amplifier sur les réseaux. »

Pourquoi s’intéresser à cela dans le domaine auquel se réfère Thot Cursus?

« L’école est le principal vecteur de la transmission de référents communs à une société. La murmuration n’a pas de coordination, mais elle peut être influencée. La liberté académique vient avec une certaine responsabilité de ne pas enseigner n’importe quoi ni d’en sous-estimer la portée. Je suis toujours surpris du peu de considérations sociales quand vient le temps d’enseigner l’économie, le marketing ou même la santé. Certaines idées qui ne se situent pas dans le courant matérialiste sont systématiquement écartées. Nous avons le droit d’étendre notre vision au delà de notre seul groupe, sous peine de voir nos capacités de réflexion réduites à «quelques éléments simples et faciles à interpréter». »

Les articles de ce dossier montrent des expériences passionnantes autour de la question « Jusqu’où irions-nous pour nous conformer au groupe », comme reporté dans le film I comme Icare.

« Lors de son procès, le criminel nazi, Eischmann explique qu’il n’était pas difficile pour lui d’envoyer des milliers de personnes à la mort… puisque le langage bureaucratique facilite cela. Le « Amtssprache » ou « langage bureaucratique » dans lequel le locuteur n’assume aucune responsabilité de ses actes ; toute initiative individuelle est inexistante.« 

« D’un point de vue purement cinétique,la murmuration des oiseaux a été modélisée, elle répond à deux règles simples:

  • chaque oiseau réagit à ceux qui l’entourent (5 à 10 voisins)
  • n’importe quel individu peut initier le mouvement du groupe« 

Autrement dit, on passe vite des mouvements collectifs d’oiseaux à des mouvements de foule dangereux, qu’ils soient physiques ou idéologiques… Mais aussi, d’un point de vue plus optimiste, on peut en arriver à l’intelligence collective, ce à quoi aboutit cet article : Les hommes savent-ils murmurer? Dont le titre se poursuit par « ou préfèrent-ils percoler? »

L’exemple des cyclistes qui se coordonnent est proposé dans un autre article sur le même thème.

Mais on observe bien des murmurations dans les villes si l’on filme longtemps et accroît la vitesse des images, comme dans cette vidéo sur Osaka, qui m’a rappelée un très beau film muet vu autrefois. Cela m’a remémoré un film que j’avais adoré, lors de sa sortie, voici quelques années, voire décennies. Dans mon souvenir, il était de Coppola. Mais apparemment non, je ne le trouve pas sur le net. L’avez-vous vu? Une suite d’images aux lumières éblouissantes, montrant les voitures dans une ville à gratte-ciel, sur une musique époustouflante. Ni acteur, ni parole. Qu’images et musique. Si vous en avez une idée, merci de mettre un commentaire, ça me ferait plaisir de le revoir… et c’était bien de la murmuration d’humains.

Des vidéos sont également présentées dans le dossier, pour réfléchir à ce type de phénomène et à ce qu’il peut entraîner de positif ou négatif. Phénomène que l’usage du numérique permet d’amplifier, au travers des réseaux. Je vous invite à lire l’intéressant article sur les foules numériques, tout à fait en lien avec l’actualité récente et le futur proche…

Les arts se sont emparés du phénomène, comme le montrent quelques exemples, comme ce magnifique film du photographe Xavi Bou.

Une exposition en 2020 regroupait des oeuvres autour de ce thème.

Murmurations

Le terme apparaît aussi dans le titre d’oeuvres littéraires, comme le livre de Robert Lock, où l’auteur utilise le « pattern » pour évoquer la vie d’individus en 150 ans.

Murmuration par Robert Lock

Finissons, si vous le voulez bien, par une note d’humour…

Green Humour

D’Ile Saint Louis à Saint Louis en Ile…

Dernier épisode de la balade en l’Ile Saint Louis que vous suivez depuis quelques temps… souvenez-vous, nous avions quitté les Boulangers pour nous diriger vers le bout de l’île… Ce jour-là, je n’avais pas pris de photo de l’hôtel particulier qui a fait couler beaucoup d’encre lors de son rachat par un prince du pétrole… Mais j’en ai pris une hier en repassant devant lui, avec un avantage : hier, le soleil brillait…

La rue Saint Louis en l’Ile sépare le nord du sud de celle-ci… Elle porte le nom d’une église dont j’ai déjà parlé dans ce blog, pour un concert, puis à propos du dimanche des Rameaux. Perpétuellement en travaux, elle n’a pas en ce moment un aspect très engageant. Mais les portes en sont toujours ouvertes…

Les travaux effectivement ne permettent pas d’apprécier l’architecture intérieure, occultée comme celle de l’extérieur. La crèche est encore à sa place, et les Rois Mages sont bien arrivés à temps, pour l’Epiphanie.

Les fonts baptismaux et leur environnement ne sont pas impactés par la rénovation.

Et je me demande pourquoi une serrure est présente. Que protège-t-on? L’eau bénite?

Sur les murs entourant les fonts, des tableaux d’une finesse remarquable interprètent, au XVIème siècle, l’enfance du Christ.

Naissance
Rois Mages

Le tableau suivant suscita mon étonnement. J’ai visité nombre d’églises, abbatiales et cathédrales, mais je n’avais jamais vu traiter ce sujet : la circoncision. Or tel était bien le thème de ce tableau, placé au centre de l’ensemble.

Sur ce tableau, la disproportion entre le corps et la tête du personnage de droite est frappante, tout autant que son expression même.

« L’homme n’est ni ange ni bête, et le malheur veut que qui veut faire l’ange fait la bête »… Cette phrase des Pensées de Pascal m’est venue en voyant le tableau suivant, la Tentation du Christ, où la représentation du Diable est parlante.

Mais revenons aux anges, ou plutôt angelots, avec ce bénitier proche de la sortie. Comme j’ai raté ma photo, j’en emprunte une autre pour que vous puissiez mieux le voir.

Bien sûr, je n’ai pu m’empêcher de me demander ce qu’avait bien pu faire cette Soeur Louise pour faire ainsi pénitence. Et quelle ne fut pas ma surprise d’apprendre en surfant, par la suite, qu’il s’agissait… de Louise de la Baume le Blanc, alias Louise de la Vallière, la maîtresse passionnée de Louis XIV dont elle fut la favorite pendant 6 ans, phénomène rare pour cet homme « volage ».

Louise de La Vallière — Wikipédia
Portrait par Pierre Mignard (ami de Molière)

Délaissée au profit de Madame de Montespan, elle va progressivement se tourner vers la religion et suivre les conseils de Bossuet pour entrer finalement au Carmel, après avoir failli mourir d’une grave maladie, à trente ans.

File:6410 Louise-de-la-Misericorde de la Valliere.jpg

Elle y vivra trente cinq années, dont les dernières furent marquées par des douleurs physiques intenses. Une gravure montre une visite du roi à celle qui fut sa maîtresse autrefois.

Louis XIV et Mademoiselle de la Vallière dans le Couvent des Carmélites à Chaillot (source)

Je dois avouer que j’ai perdu mon latin en essayant de comprendre s’il s’agissait d’un couvent de Carmélites ou de Visitandines…

Gravure représentant le couvent de Chaillot vers 1774.
Couvent des Visitandines à Chaillot vers 1774

Pas mal, non, pour un couvent? Jolie vue sur la Seine… A l’origine, un château construit sur ordre de Marie de Médicis. Chaillot s’appela alors « Catherinemont ». Je vous passe les détails sur les modifications architecturales et les (re)ventes successives de l’édifice et de ses magnifiques terrasses en jardin sur le fleuve. Mais le couvent accueillit nombre de femmes nobles dont les noms ne vous seront pas inconnus, comme Louise de la Fayette (Mère Angélique), Marie Mancini, la nièce de Mazarin, et plusieurs membres de la famille Stuart. C’est l’explosion de la poudrerie de Grenelle, sur l’autre rive, qui détruit en grande partie le couvent en 1794.

« Le 31 août 1794, à 7h15, 65 000 livres (30,2 t) ou 150 t de poudre, selon les sources, explosent dans le magasin de poudre du Château de Grenelle situé près de l’Ecole militaire. Selon la direction, des arbres sont coupés et des bâtiments renversés, cette explosion semble avoir été initiée dans le grenoir de la Liberté. La veille, 50 000 livres (≈ 23,3 t) de poudre sont envoyées sur les frontières. Deux jours plus tôt, 100 000 (≈ 46,5 t) sont sorties du magasin de poudre. Depuis 3 mois, il n’y avait pas été stocké aussi peu de poudre dans la poudrerie qu’au moment de l’explosion.
Le bruit engendré par l’explosion est entendu jusqu’à Fontainebleau.
Les sauveteurs portent secours aux blessés et retirent des centaines de victimes des décombres. Les hôpitaux de la Charité et du Gros-Caillou sont débordés par une arrivée massive de blessés. A 11 h, tous les blessés ont reçu les premiers soins. L’administration de police est chargée de surveiller particulièrement les établissements publics. Le comité de salut public et de sûreté générale qui a en charge la surveillance de l’arsenal et des maisons de détention, met en sûreté à Meudon les stocks de poudre, salpêtre et soufre ayant échappé à l’explosion
. » (source)

Mais tout cela nous a entraîné bien loin de l’église Saint Louis en l’Ile, n’est-ce pas? En quelque sorte, le bénitier est un rescapé d’une catastrophe qui a fait plus de 1000 morts (une autre vision de Grenelle…).

La date inscrite sur le bénitier correspond aux voeux perpétuels de Louise, prononcés le 3 juin 1675 au couvent des Carmélites, rue du faubourg Saint Jacques (il était situé en face du Val de Grâce).

Une fois sortie de l’Eglise, je retrouve les rues calmes de l’île, puis le quai d’Orléans, dont je vous parlais dans le 1er article, d’où mon regard est attiré par une étrange embarcation.

Il n’est pas tout neuf, ce pousseur. J’en ai trouvé une photo prise en 2009 à Conflans Sainte Honorine. Un petit pousseur comme celui-là peut déplacer des barges énormes.

Poussage — Wikipédia

Les barges peuvent atteindre jusqu’à 180 mètres de long… Mais pourquoi pousser plutôt que remorquer? Eh bien, je viens de l’apprendre : la consommation est moindre, c’est donc plus économique. Pas étonnant que Lafarge fasse pousser ses barges… par Richelieu!

Chorégraphies contrastées

J’ai assisté la semaine dernière à deux spectacles de danse, au Palais de Chaillot. L’un d’entre eux, vous en avez déjà entendu parler sur ce blog, était un hymne à la vie, à l’amour, au(x) plaisir(s). Des corps nus, des scènes érotiques, des tableaux d’une beauté vivante et pure, des fleurs, de l’eau… Bref, un bouquet de joies et d’émotions partagées. La salle a vibré d’un bout à l’autre du spectacle.

Je n’ai pas voulu vous en dire davantage dans le précédent article, car vous pouviez encore aller le voir, et il me semblait important de ne pas trop dévoiler ce qui est, de bout en bout, surprises heureuses. Comme il n’est plus à l’affiche actuellement, je puis être plus loquace.

Au départ, sur la scène, des silhouettes revêtues de survêtements à capuche. Elles s’en dépouillent progressivement, et les spectateurs/trices découvrent des corps presque nus. Seul un slip ou un string les habille. Seul? Pas vraiment. Car les corps sont magnifiés par des cordes. Depuis, j’ai recherché sur le net si on pouvait comprendre la technique. Et j’ai trouvé. Il s’agit d’une série de noeuds utilisés pour le shibari, dénommée « Kikkou » (pour en savoir plus, voir ici). Les couleurs de cordes étaient variés, et j’ai particulièrement admiré l’esthétique d’un beau « dessin » de corde rouge sur l’ébène d’un des danseurs. Tout le début est assez lent, la montée en charge émotionnelle progressive. Des êtres qui vivent des scènes d’orgie, dont certaines dignes d’un certain Sade, mais sans la violence, qui s’ébattent et se débattent dans les plaisirs physiques… La musique elle-même est suggestives. Et de très beaux « tableaux », de corps enchevêtrés, immobiles ou frissonnants.

A droite de la scène, un portant orné de cordes de diverses couleurs. Et deux personnes, un homme et une femme, vêtus de noir, assis à côté. Un-e à un-e, les artistes se détachent du groupe dansant et s’approchent du portant. L’homme se lève, choisit une corde, et, en direct, sous nos yeux, leur attache les bras et mains dans le dos. Et le danseur, ou la danseuse, repart parmi les autres…. comme si de rien n’était. A ce moment, la chorégraphie devient plus précise, s’interprète souvent en binômes mouvants.

Nos désirs font désordre, 2ème volet de Desire'series par SINE QUA NON ART  – C'est Comme Ca qu'on Danse
Nos désirs font désordres, Cie SINE QUA NON ART (c) Xavier Léoty (source)

Par la suite, tout le monde quitte la scène et revient, tirant derrière soi (bras et mains toujours attachés) un grand vase rempli de branchages, de feuillages et de fleurs. Cette fois, les deux personnes en noir vont auprès de chacun-e. L’homme orne cette fois la jambe d’une nouvelle architecture de noeuds, tandis que la femme crée de splendides compositions florales en piquant sur le réseau de corde placé sur la tête des danseurs/euses tantôt une branche, tantôt une gigantesque feuille, tantôt des fleurs… Et chacun-e se remet à évoluer en une danse très lente, cette fois. L’ensemble se fige de temps à autres en un tableau éclatant de couleurs. Composition picturales de compositions corporelles et florales. Superbes.

La lumière se rallume dans la salle. La fin? Non, pas du tout. Les artistes ont leurs bras libérés mais les visages masqués et montent les escaliers, distribuant des pièces de la composition florale. Puis redescendent sur scène.

La musique devient plus vive, et retentit plus fort. Tout le monde se libère des noeuds. Une partie se dénude complètement, l’autre joue avec string ou slip. On s’arrose, l’eau envahit la scène. Et suscite des glissades dans tous les sens, parmi les restes de bouquets… Une joyeuse libération totale, qui fait vibrer la salle, jusqu’à la scène finale…

Les spectateurs/trices enthousiastes se lèvent, crient, sifflent, applaudissent. Un délire complet. Qui dure, dure… une « standing ovation » sans fin… et tout le monde repart avec le sourire…

Pour en connaître davantage et voir des extraits d’une autre représentation de Nos désirs font désordres, voyez ceci.

Tout autre est le second spectacle…

Il commence par un ballet de grandes marionnettes qui glissent magistralement sur la scène. Elles portent des robes longues très larges, amples mais raides, qui accroissent la sensation de « raideur mobile », si j’ose dire. Elles finissent pas disparaître, et arrivent des jeunes femmes vêtues de curieuses robes noires sur des chemisiers blancs. Curieuses, car des sortes de bretelles reliées par une large bande de tissu noir occultent les poitrines. Elles sont reliées par des cordes à une grande croix posée sur le sol. Des pleureuses du Christ? Je ne m’aventurerai pas à l’interprétation des divers actes du ballet, tant tout m’a semblé obscur – à tous les sens du terme.

Puis elles tirent la croix, laissant la scène vide. Elle se remplit progressivement de vastes coffres sur roulettes, qui font évidemment penser à des cercueils. Ce qui semble se confirmer lorsque deux danseuses coiffées de têtes géantes représentant des vieilles sont glissées dans l’un des coffres.

La musique fait penser aux airs méditerranéens d’autrefois, et les corps souvent battent le rythme. Quelques beaux tableaux dont on n’a pas le temps de saisir tout l’attrait esthétique… et une danse évoquant parfois la pantomime.

Puis les danseuses s’effacent et reviennent en robe blanche mi-longue, formant corolles lorsqu’elles tournent sur elles-mêmes. Rires, cris, elles s’ébattent sur scène. J’ai du mal à vous raconter ce que j’ai vu, tant il m’a été difficile de suivre et, encore plus de comprendre. Un bébé? des fleurs blanches… des rondes… l’apparition de « belles Dames », d’un géant sans tête… Tout cela doit avoir du sens, mais trop surréaliste pour moi. Et pour les autres? Les spectateurs/trices restaient tranquilles, rien ne bougeait (sauf mon voisin qui regarda sa montre). Mais on ne ressentait aucune vibration.

Très technique, beaucoup de recherche, assez esthétisant parfois. Pour ce qui me concerne, il m’a manqué l’émotion. Même les tambours à la fin ne m’ont pas fait vibrer, c’est dire!

Pourtant, la présentation était alléchante.

« Marcos Morau embrasse ici l’histoire de l’art, de Pablo Picasso à Luis Buñuel, ose l’hommage distancié aux Ballets russes, emporte sa troupe de danseurs dans des contrées nouvelles. Vague de corps virtuose, ensembles chorégraphiés au cordeau, travail sur le rythme : tout est empreint d’une folle énergie. Le chorégraphe revisite les processions de son Espagne natale comme le sacré des corps. De son inventivité, doublée d’un goût pour les tableaux vivants, résulte une transe à la beauté léchée, peut-être la plus belle de son répertoire. Un spectacle magistral. « Soma » en grec signifie « corps », « sonum » en latin « son ». Sonoma, ballet-monde, est riche de ces racines. »

Il y a encore une semaine de représentation, j’aimerais que l’un ou l’une d’entre vous aille y assister et me donne son ressenti. Pour les autres, un extrait est visible en ligne ici. J’aurais dû le regarder avant, ce que je me refuse toujours à faire!

Rien de commun entre l’hommage vibrant et la « communion » entre le public et les artistes vécus lors du premier spectacle, et les applaudissements mesurés d’une grande partie du public lors du second. Mais certain-e-s semblent avoir apprécié, à en juger par des applaudissements plus forts. Peut-être des érudit-e-s, qui ont reconnu les évocations des autres arts à travers cette chorégraphie si particulière? Sans doute ne le suis-je pas assez…

Fleurs déposées à l’issue du spectacle
« Nos désirs font désordre »

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Incursion discrète chez les Boulangers

Je vous ai laissés, souvenez-vous, au numéro 11 du Quai d’Anjou. Il est temps de poursuivre la promenade, qui amène quelques mètres plus loin au numéro 7 dont le porche, lui aussi, est ouvert, ce qui suscite ma curiosité.

Au fond du porche, une salle ouverte laisse à penser qu’il vient de s’y dérouler un banquet. Ce qui, par ces temps de « barrières », est en soi surprenant.

Une autre porte, sur la droite, fermée mais vitrée, laisse entrevoir une galerie faisant penser à un musée. A tout hasard, je manie la clanche – pardon, la poignée – et, bien que je n’aie pas prononcé le fameux « Sésame, ouvre-toi », la porte s’ouvre, découvrant effectivement un univers engageant, fleurant bon le pain chaud.

L’entrée

Dommage que je ne puisse vous transmettre le plaisir olphactif!

Une plaque explique au/à la visiteur/euse l’histoire de l’édifice, sa destination et sa composition.

Corporation des maîtres boulangers? Voilà qui attise ma curiosité! Vous êtes prêt-e-s pour un petit détour historique? Revenons 1500 ans en arrière, à l’époque du roi Dagobert (vous savez, celui qui aurait mis un jour sa culotte à l’envers?). C’est lui qui commença à réglementer la vente du pain. Les paysans faisaient cuire leur pain au « four banal », ainsi appelé à cause du « ban », la redevance due au Seigneur du coin pour avoir le droit de s’en servir (outre le fait qu’on devait entretenir le four et le chemin qui y menait).

Four à pain. Enluminure extraite du Tacuinum sanitatis (vers 1390-1400)
Four à pain. Enluminure extraite du Tacuinum sanitatis (vers 1390-1400)

Vous avez sans doute, dans vos explorations touristiques été amené-e à voir l’un de ces fours, dont certains ont subsisté, voire commencent à être de nouveau utilisés pour des fêtes locales. Ainsi, à Urval, en Dordogne, on explicite ainsi l’événement:

« Chauffe du four : cette opération dure environ 1h30. Allumage du feu dans le four et alimentation en bois pendant environ 1h. Evacuation des braises. Nettoyage du four.
Mise au four du pain (15 minutes) et cuisson pendant 45 minutes
« .

Four banal du XIVème, remis en état, à Urval (source)

Point de « boulanger » à l’époque médiévale, mais le métier de « talmelier » (ou « talemelier »). Le terme apparaît dans des textes du XIIIème siècle.

« Du vieux-francique *tarewamelo « farine de froment », lié au néerlandais tarwemeel composé de tarwe (« froment ») et de meel (« farine »). Le talemelier ou talemeslier est un métier, cité dans le Livre des Métiers d’Étienne Boileau en 1268. Il figure aussi dans le Dictionnaire de Godefroy, cité à partir d’archives départementales de 1288. Albert Dauzat y voyait sans l’expliquer une influence des verbes ancien français taler (battre) et mesler (mélanger). A l’origine, il s’agit d’un tamisier qui tamisait la farine de froment grossière reçue des moulins. Plus tard, pour diversifier son activité, il a obtenu le droit de cuire le pain dans le four banal, devenant également « fournier« . Dès qu’il a pu obtenir le droit d’avoir son propre four, il est devenu l’équivalent de « panetier » ou de « pâtissier« . »

Ainsi, à l’origine, les boulangers étaient parfois des fermiers. Fermiers? Oui, car ils payaient le fermage, la redevance, soit au Seigneur, soit à la commune ou à d’autres propriétaires, comme certaines congrégations religieuses.

Calendrier médiéval (source)

Mais pourquoi les appelle-t-on, par la suite, « boulangers », le savez-vous?

Le terme, d’après le CNTRL, apparaîtrait en 1100 et aurait une origine picarde. Bienvenue chez les Ch’tis! Je vous laisse découvrir le petit « pavé » qui expose cela scientifiquement.

« 1100 lat. médiév. bolengarius subst. Abbeville (Recueil des Actes des Comtes de Ponthieu, éd. Brunel, 11 dans Bambeck Boden, pp. 186-187); autres textes pic., ibid.; ca 1120 bolengerius (Cartulaire de l’abbaye de Saint Martin de Pontoise, no40, 35 dans Quem.); ca 1170 bolengier (Aymeri de Narbonne, 2122 dans T.-L.); 1299 boulanger (Chart. de Charles d’Anjou dans Gdf. Compl.). Terme d’orig. pic.; prob. élargissement normalisant par le suff. -ier* de l’a. pic. boulenc « celui qui fabrique des pains ronds » (fin xiies., Charta Peagiorum urbis Ambianensis, quae est Philippi Comitis Flandriae dans Du Cange, s.v. bolendegarii [plur. boulens]), lui-même dér. avec suff. -enc (issu du germ. -ing, littéralement « celui qui fabrique les pains »; cf. a. fr. *tisserenc, tisserand*) d’un a. b. frq. *bolla « pain rond » (FEW t. 15, 1, p. 176) que l’on peut déduire du m. néerl. bolle « pain rond », Verdam [néerl. mod. bol « id. »], a. h. all. bolla, glosé pollis « fine farine de froment » (Graff t. 3, col. 96), m. h. all. bolle « farine de résidu », « pâtisserie faite avec cette farine » (Lexer) que Marchot dans Romania t. 47, pp. 207-211 rapproche du lat. pollen « fleur de farine », v. aussi Falk-Torp t. 1, p. 91. L’hyp. selon laquelle bolengier serait dér. de l’a. fr. bolenge « bluteau », xiiies. agn., G. de Biblesworth, Traité, 155 dans T.-L. (Wedgwood dans Romania, t. 8, pp. 436-437; Marchot, ibid., t. 47, pp. 211-213) fait difficulté des points de vue géogr. et chronologique. »

Si l’étymologie est pour vous zone obscure, pas de problème, passons directement à la suite. Vous l’aurez compris, le boulanger est soumis aux taxes diverses et au versement d’une sorte de loyer. Et c’est parfois dur pour lui de bien gagner sa vie, alors que le prix du pain est réglementé (quand il est, par la suite, propriétaire de son propre four, il travaille souvent en famille : pas de diversification, dans ce cas, des sources de revenus).

Réunion des Musées Nationaux-Grand Palais -
Codex Vindobonensis, series nova 2644 : préparation du pain (source)

Ils s’organisent et s’associent jusqu’à fonder une « corporation de métier ».

« Dans les bourgs et villes du Moyen Âge, après l’An Mil, les artisans s’organisent sous forme d’associations professionnelles, les « corps de métiers », aussi appelés selon le lieu : « gildes » (ou « guildes »), « hanses »

Ces associations organisent l’entraide et sévissent contre les franc-tireurs qui voudraient casser les prix ou dénaturer les pratiques professionnelles. Elles sont hiérarchisées, avec des maîtres, des compagnons et à la base des apprentis. Leur direction est assurée par des maîtres élus, les jurés, réunis en « jurandes » ou « maîtrises ».

Après quelques années de formation auprès d’un maître, les apprentis deviennent compagnons. Ils vont alors de ville en ville pour compléter leur formation chez différents maîtres. Les meilleurs, s’ils en ont les moyens, exécutent un « chef-d’oeuvre » et le soumettent à un jury. Ils peuvent alors devenir maîtres à leur tour. »

Un texte écrit en 1315 nous en apporte une preuve, en mettant en scène un boulanger, Roger le Passeur. Je vous situe le contexte : les Parisiens écrivent au prévôt pour se plaindre du prix élevé du pain.

« Au temps où les gens de Paris trouvaient que le pain était cher, en l’année 1315, ils avaient prié le prévôt de s’enquérir de l’affaire, et de voir si les boulangers ne ramassaient pas trop de sous. Roger Le Passeur fut nommé avec Pierre de Gournay pour défendre leurs confrères talemeliers et pour démontrer à tous que, s’ils avaient beaucoup de sous, on ne pouvait pas dire vraiment, comme de la boulangère de la chanson, qu’ils ne leur coûtaient guère. » (source. Attention, authenticité non prouvée)

Un intéressant ouvrage raconte la cérémonie durant laquelle on devient « maître ». Je ne suis pas parvenue à copier, mais vous le trouverez ici.

Pour faire bref, naquit la Corporation des Maîtres-Boulangers, à l’image d’autres corporations plus connues.

Atget, Eugène. Siège de la Corporation des Maîtres-Boulangers (1916)
Musée Carnavalet (source)

A côté de la corporation existe aussi la confrérie. Aux XVIIIème siècle apparaissent les Compagnons Boulangers du Devoir du Tour de France. Puis vont naître les syndicats, et une Confédération qui sera actée en 1884. En 1889, c’est le Syndicat Général de la Boulangerie qui voit le jour.

« En 1889, se tient au Palais du Trocadéro et sous la présidence de M. CORNET – Président du Syndicat de la Boulangerie de PARIS – le deuxième Congrès National de la Boulangerie. Les statuts d’un Syndicat Général de la Boulangerie Française y sont adoptés.

Le Président CORNET devient le Président de ce Syndicat Général dont le siège social est provisoirement situé au 7, quai d’Anjou, dans un hôtel particulier de 1642, situé dans l’Ile Saint-Louis. »

Au passage, nous avons ainsi la date de construction de l’Hôtel que je vous fais visiter virtuellement…

Mais je ne suis pas là pour écrire l’histoire de la boulangerie! Revenons donc à notre visite… Pour rappel, nous sommes ici.

Plan affiché dans l’entrée

Il est un meuble qui m’a toujours séduite, par sa simplicité et l’évocation de sa fonction… j’en ai acheté un dès que j’ai pu! C’est la maie. Eh bien, me voilà gâtée! Une exposition de maies, toutes plus belles les unes que les autres!

Les murs sont ornés de grandes reproductions de dessins qui présentent les différentes phases de la fabrication du pain.

Puis on arrive à un palier, qui dessert un escalier et une pièce d’où sort l’odeur alléchante dont je vous parlais au début.

Une machine à pétrir (je ne connais pas le nom technique fait écho à celle qui ornait l’entrée :

Et un objet m’impressionne, mais, comme il n’y a pas de commentaires, je ne comprends pas bien de quoi il s’agit…?

Le fournil des Boulangers du Grand Paris situé au rez de chaussée de leur superbe  siège au 7 quai d’Anjou vient de subir une rénovation majeure. Fours et batteurs dernière génération à écrans interactifs faciliteront le travail et permettront des économies substantielles d’énergie, le matériel de viennoiserie permettra des formations au CQP de tourier. Dans le laboratoire de pâtisserie  il sera possible d’opter pour des cuissons à basse température et à vapeur, bref de quoi donner envie de mettre la main à la pâte ! Le nouveau fournil peut accueillir 8 à 12 stagiaires avec possibilité de louer une salle dans les étages supérieurs.

J’apprendrai, au fil de mes recherches pour écrire ce texte, que la pièce dont la porte entrouverte laisse percevoir une activité artisanale intense est effectivement un site de fabrication du pain.

« Le président Franck Thomasse et son équipe voulaient mettre à  disposition un outil attractif, performant  permettant à différents acteurs de la filière de réaliser des présentations de gamme où des formations en boulangerie, viennoiserie  mais aussi des stages en pâtisserie et  en snacking.

L’adresse prestigieuse sur l’ile de la Cité à deux pas de la cathédrale Notre Dame, est également très attractive pour les boulangers étrangers de passage à Paris lors de salons professionnels. La première fournée est imminente et les réservations affluent ! » (source)

Et la photo nous éloigne du four banal!

Source ; site de l’AIPF (Association Internationale du Pain Français)

Mais une incursion au premier étage (sur la pointe des pieds) renvoie dans le passé : un magnifique vestiaire en bois précède l’entrée du Syndicat. Pas de photo, il faisait trop sombre!

En redescendant, un dernier coup d’oeil sur la salle qui m’avait intriguée au début.

Le portail que vous apercevez au font me permet de retrouver la Seine et les bruits de Paris, après cette parenthèse totalement inattendue. Direction maintenant la pointe de l’Ile… mais c’est une autre histoire…

Promenade sur l’Ile Saint Louis

Par ce bel après-midi de janvier, une petite pause promenade s’impose après la succession de visios. Direction : les îles. Pas celles du Pacifique, hélas, mais celles de la Seine, toute proche de mon lieu de résidence devenu lieu de travail. Et en particulier, ce jour, le tour de l’Ile Saint Louis. Déjà fait, me direz-vous. Oui mais. Il cache encore des trésors, que seul un portail laissé grand ouvert, puis une porte non close permettent de découvrir. C’est ce qui m’est arrivé et que je vous raconterai dans un prochain article, celui-ci ne concernant que la promenade jusqu’au lieu mystérieux que je vous présenterai alors.

Le début de la promenade m’a amenée à patauger…

Jusqu’au moment où il fallut se rendre à l’évidence : ce n’étaient plus les pieds, mais les mollets qu’il fallait tremper! Donc, remontée sur le quai d’Anjou. Pour que vous compreniez mieux, un petit plan s’impose peut-être…

Source de ce plan

Reprenons tranquillement : arrivée par le Pont de la Tournelle (vous le voyez, au Sud?), puis descente sous le Quai d’Orléans. La première photo est prise en face du Mémorial des Martyrs de la Déportation, face à la cathédrale en travaux (je vous ai épargné cette vue affligeante), près du Pont Saint Louis.

Contrejour depuis le Quai d’Anjou

Ce contrejour fait à peine ressortir le Panthéon sur un fond de couchant…

Vue du Quai d’Orléans

Prise quelques minutes plus tard, cette vue du bout du Quai d’Orléans, avec, à gauche, l’île de la Cité, au fond, la Tour Saint Jacques et, plus à droite, l’Hôtel de Ville éclairé par les derniers rayons de soleil. Le quai Bourbon, lui, ne bénéficie plus du soleil. Il se poursuit par le quai d’Anjou, où se situe ce que j’étais en train de narrer. C’est en contrebas de celui-ci qu’il est impossible de poursuivre, car l’eau a envahi le quai. Ce qui me permet de prendre la photo que j’avais ratée à l’aller…

Une tombe? Non point… juste une affiche électorale, en quelque sorte…

Morte de rire, j’imagine la même chose dans une zone de reboisement !

La remontée au niveau supérieur substitue l’architecture à l’ambiance aquatique (à défaut d’être sylvestre). Mais la publicité de notre Mairie continue. Après l’écologie, le progrès technologique.

Vous pourrez comprendre mieux en lisant le site de la Ville, mais je résume : le livreur peut savoir où il y a des zones de stationnement libres (plutôt pas mal), depuis son téléphone. Et… la Ville de Paris est alertée des dépassements de durée de stationnement en temps réel (malin, non? Même plus besoin de payer des contractuel-le-s ni des voitures espionnes!).

Après cette plongée dans le futur idyllique qui nous attend, revenons aux charmes de l’architecture d’antan… D’abord, l’Hôtel de Lauzun, au 17. Puis, au numéro 11, un portail ouvert m’invite à pénétrer dans une cour.

Vous avez du mal à lire la plaque? Un petit zoom s’impose (vous me pardonnerez le flou…)

Mais qui est ce Nicolas Lambert de Thorigny ? Difficile de savoir s’il était honnête ou pas, à en juger par ce que j’ai trouvé sur lui. Son frère, en tout cas, ne l’était pas : c’était un trafiquant notoire. Quant à lui, dit Lambert le riche, il avait acquis une telle fortune qu’il ne possédait pas moins de 14 immeubles sur l’ïle Saint Louis! Sa fonction? Président à la Chambre des Comptes, d’après la plaque et certains documents. Mais je ne l’ai pas retrouvé parmi les Premiers Présidents. Peut-être ne présidait-il qu’une des Chambres? Pour comprendre, une petite notice fournie par les Archives Nationales.

 » Elle avait trois grandes fonctions. Les deux premières, gestion du domaine royal et contrôle des comptes royaux, étaient étroitement liées à l’origine puisque le roi, comme tout seigneur, était censé, en règle générale, ne tirer des ressources que de son domaine. La dernière fonction était qualifiée « d’ordre public », c’est-à-dire à caractère public ; il s’agissait essentiellement de l’enregistrement de tout acte ayant des conséquences en matière de domaine et de finances royales, de la réception du serment de divers personnages, dont les comptables publics, et de la conservation des archives domaniales et comptables.

Peu à peu, les compétences de la Chambre s’étendirent et, à la fin de l’Ancien Régime, elle avait le contrôle de tous les comptes de la monarchie. Pour certains types de comptes, ce contrôle se faisait auprès des chambres provinciales concernées ; pour d’autres, par exemple en matière de bâtiments royaux ou d’extraordinaire des guerres, la chambre des comptes de Paris avait compétence sur tout le royaume. Cette compétence pouvait s’étendre au-delà même du territoire métropolitain, puisqu’étaient aussi rendus devant elle, par exemple, les comptes des colonies.

Au fur et à mesure des réunions de domaines princiers au domaine royal, la chambre des comptes de Paris avait absorbé la plupart des petites chambres provinciales. En revanche, c’est par démembrement de la chambre des comptes de Paris que furent créées les chambres des comptes de Montpellier (1523) et de Rouen (1580).

Le décret du 7 septembre 1790 supprima officiellement les douze chambres des comptes subsistant alors. Dans les faits, celle de Paris, comme la plupart des autres chambres, continua quelque temps à siéger ; elle tint sa dernière séance le 19 septembre 1791.« 

Source : site du British Museum

Il s’est offert pour la construction de cet Hôtel un architecte célèbre, celui-là même à qui l’on doit les appartements royaux au Château de Versailles : Louis le Vau.

Louis le Vau (source)

Soit dit en passant, le rusé Nicolas pouvait aller à pied au travail (ce qu’il ne faisait sans doute pas)… La Chambre des Comptes était en effet situé sur l’ile voisine, près de la Sainte Chapelle.

Veue de la Saincte Chapelle et de la Chambre des Comptes de Paris - Numélyo

Elle avait été partiellement détruite par un incendie huit ans avant la construction de l’Hôtel, dans la nuit du 26 au 27 octobre 1737.

Incendie de la Chambre des Comptes. Anonyme. Musée Carnavalet

Une grande partie des archives a disparu dans cet incendie. Il en sera de même lors de l’incendie de ce qui était devenu la Cour des Comptes. Elle s’était installée dans le Palais d’Orsay qui brûla en 1871… et ne retrouva des locaux stables qu’en 1912! Un hasard malheureux?

En effectuant ces recherches, j’ai découvert que la plaque photographiée n’est pas celle qui se trouvait sur la façade quand furent répertoriées les plaques de la Ville de Paris par des amateurs d’histoire, qui tiennent un site intéressant sur ce thème.

https://cb3e1e70-a-62cb3a1a-s-sites.googlegroups.com/site/parisparlesplaques/4eme-arrondissement/lambert-de-thorigny-nicolas-sp/Anjou%20%28Q%20d%27%29%20-%20015.JPG?attachauth=ANoY7crgberw_TLGtbqNzgfrLDLQqFp838pSzkjogsPa9_StB3q2pdgL-OPbna6EWvyCj3jvRmaEy8_djyhua9nJ4iH_7uEXt38H4B1pnyhGQxTc0aVBaxiytQNbk6uoeTymCj--pPwwFI3v4Pe2epheR6pFo8-onrE4Acn_Cf3eX5IHkXA_lNBJeUTd1DqAFnmdSHVFfbsRoD_vuikiydU9JRD8PX7NiqvozzNwbIEmF7JEuVALhDbKtt8Jybegca9TwClC-uEuhbNrZtY2QXhC6ymO-tHYGLq-DzFgWb3sriejswFRjwRmgFAE1wF7YZTEXgPwG0FS&attredirects=0
Plaque présentée sur le site Paris au fil des Plaques

Cela m’a conduite à explorer davantage… Qui est donc ce troisième personnage apparu récemment sur la plaque? Ma petite enquête m’a amenée à deux personnes ayant porté ce nom récemment : un officier de marine, né en 1904 et mort en 1994 – mais peu vraisemblable… – et une autre personne, née en 1918 et décédé en 2010… mais acheter un tel immeuble à 27 ans? Par contre, ce qui est certain, c’est qu’une descendante ou épouse de descendant de cet inconnu habite l’Hôtel, où elle exerce en tant qu’avocate. Elle aurait ainsi honoré la mémoire de son (beau-?) père ou aïeul (de son époux?) en faisant changer la plaque? En profitant de la renommée des autres noms sur celle-ci?

Les vastes portes en bois me laissent imaginer les équipages que cet Hôtel pouvait accueillir…

Sous le porche, une porte ouverte m’incite à jeter un oeil à l’intérieur, où je découvre un bel escalier surmonté de deux médaillons représentant des personnages du XVIIème siècle.

Il faudra que j’aille revoir le buste présent au pied de l’escalier, car j’en ai raté la photo et ne puis vous dire de qui il s’agit. Mais je comprends maintenant pourquoi les appliques murales comportent des fleurs de lys!

Quelques mètres plus loin, un autre portail ouvert… mais c’est une autre histoire…

Un spectacle « décoiffant » !

Un public debout, qui applaudit encore et encore… des danseurs qui reviennent, ensemble, séparément, en faisant parfois le pitre, en glissant sur la scène… J’ai vu beaucoup de spectacles de danse, mais encore jamais un comme celui-ci!

Je ne vous en dévoilerai pas grand chose, car ce serait enlever à votre plaisir, si vous allez le voir. Ce que je vous conseille plus que vivement.

Un grand bol d’air.

La Vie.

L’Amour, l’amitié, la chaleur.

Une virtuosité exceptionnelle de cette troupe animée par un même élan, qui transforme l’espace-scène en… non, je ne vous le dirai pas, allez voir!

Tout y est : beauté, sensualité, érotisme, poésie. Sans oublier la Nature.

Ah ! J’allais oublier de vous dire de quoi je parlais. « Nos désirs font désordre »… au Théâtre National de Chaillot. Mais attention, il ne reste que deux soirées, vendredi 21 et samedi 22 janvier…

Et je vous en dirai plus après, promis!

Le resto du dimanche soir

Qui d’entre vous ne s’est pas un dimanche soir heurté à cette difficulté? Trouver un lieu vivant, un petit restaurant où clore le week-end avec des copains/copines ou ami-e-s ? Se restaurer dans tous les sens du terme avant d’aborder la semaine de travail?

Les Parisien-ne-s pouvaient, jusqu’à 2020, échapper à « la malédiction du dimanche soir ». La crise a quelque peu changé la donne : même en semaine la capitale « vit » moins… que dire de cette soirée qui clôt ou ouvre la semaine, selon les cultures. Rappelons qu’en langue arabe, par exemple, la dénomination des jours de la semaine indique qu’elle commence le dimanche : son nom signifie « le premier », le lundi étant « le deuxième », le mardi « le troisième », etc. Seul le vendredi échappe à cette règle, puisque son nom désigne une « assemblée ». En effet, c’est le jour saint de la semaine, celui d’une Prière spécifique. Il correspond dans l’histoire à la veille du Sabbat. Le « week-end » est donc, pour les pays musulmans, le vendredi-samedi et non le samedi-dimanche. Mais revenons à Paris un dimanche soir… je viens de rentrer de Picardie. Il fait froid dans mon studio. J’ai faim… Un appel d’amis qui me proposent de sortir. Il est déjà plus de 20 heures… Nous décidons de nous retrouver près du Panthéon. Chose dite, chose faite. Il est maintenant 21 heures. Où aller dîner dans une ambiance chaleureuse? Ils connaissent une adresse à la Contrescarpe. Que je ne connais pas? Eh oui! Je n’ai pas encore exploré tous les recoins de ce quartier…

Alors que les rues environnantes sont quasi-désertes, y compris ma rue si vivante la semaine avec tous les bars pour étudiant-e-s ouvrant leur terrasse le soir même en hiver, le quartier que j’aime beaucoup est toujours aussi animé. A vrai dire, la crise a eu du bon en éloignant les touristes : la Contrescarpe a retrouvé son allure de quartier où règnent les mixités.

Je vous laisse deviner le type de nourriture qui y est servi, en vous donnant un indice.

Dos du Menu

Avez-vous remarqué deux choses ?

D’abord, on dirait une île!!!

Ensuite, je vous propose un jeu : situez Saïgon… A vous…

En entrant, je suis saisie par l’atmosphère à la fois calme, sereine et chaleureuse qui règne dans ce petit restaurant. Les gens ont l’air bien, heureux… ça tranche avec la morosité ambiante!

La carte est d’un goût étrange, très colorée. Les plats plus connus des Français y cohabitent avec d’autres plus originaux. Les prix sont abordables (autour de 10-15 euros le plat principal ou unique). Les plats sont aussi joliment présentés qu’ils se révèlent pleins de saveurs fines et diverses. Les beignets sont un régal, les nems aussi. Le canard au tamarin est un ravissement. Quant au poulet à la citronnelle, il enchante les papilles…

Quatre trésors

A propos de « trésor », je suis preneuse de l’explication de ce terme très employé dans la cuisine vietnamienne. Qui sait à quoi il correspond? Je n’ai pas trouvé la réponse sur le net!

Le décor de la salle est un peu trop chargé, comme souvent dans ce type de restaurant, mais certains détails le distinguent de la plupart d’entre eux.

J’ai beaucoup apprécié ces mini-vanneries… Excusez la mauvaise qualité des photos, mon Iphone n’est décidément pas bon pour oeuvrer la nuit! Et ici, lumière douce pour ambiance feutrée…

Il ne me reste plus qu’à vous donner l’adresse de ce petit repaire convivial. Retour au Menu…

Ecoinçon

Celles et ceux d’entre vous qui me lisent depuis longtemps savent à quel point j’aime apprendre de nouveaux mots. J’ai été gâtée cette semaine, avec un florilège de termes qui n’appartenaient pas à mon vocabulaire. En voici un exemple : « écoinçon ».
Avez-vous une idée de son sens?

Si vous le décomposez et en recherchez la « racine », vous pouvez trouver… Alors que moi, je ne l’ai pas compris d’entrée de jeu dans le contexte où il était employé.

Il s’agissait – souvenez-vous, si vous avez lu l’article précédent sur le théâtre des Champs-Elysées – de la description de la salle. Le lustre, les peintures de Maurice Denis… vous y êtes? Je cite : « Il y illustre quatre thèmes dans les écoinçons« . Or, le lustre est rond, et la forme globale de ce que l’on serait tenté de dénommer « plafond » est… je ne sais comment dire? … ovaloïde?

Vous aviez peut-être, comme moi, pensé à « coin ». Mais des coins dans des ronds ou des ovales, voilà qui est original ! Me serais-je trompée ?

Que nenni ! Il s’agit bien d’un mot forgé à partir de « coin ». Alors, me direz-vous ? Comment se fait-ce ?

Le CNTRL précise que le terme est apparu en 1331 sous la forme « escoinson » (L. Delisle, Actes Normands de la Chambre des Comptes sous Philippe de Valois, 28). Mais a disparu jusqu’en 1798, date à partir de laquelle il est orthographié tantôt « écoinson », tantôt « écoinçon ».

Bien gentil de nous donner étymologie, histoire et orthographe, me direz-vous, mais cela ne nous donne pas sa signification !

Résumons-nous : cela vient de « coin », est employé en architecture et en menuiserie/ébénisterie… Bon, d’accord, je cède, le plus simple est de citer les définitions officielles:

A.− ARCHITECTURE

  1. Pièce de menuiserie ou de maçonnerie, souvent décorée, établie à l’intersection de deux murs et formant encoignure : … l’architecture naît d’une adaptation du nombre à la pierre; puis la sculpture, c’est-à-dire la forme spirituelle, naît de l’architecture, s’étire sur la colonne, s’inscrit aux courbes des voussures et des tympans, aux étroitesses des écoinçons. Cassou, Panorama des arts plastiques contemp.,1960, p. 676.2.P. méton.

2. Pierre qui forme l’encoignure de l’embrasure d’une porte ou d’une fenêtre. Les douze écoinçons des six dessus de portes de l’hôtel de ville, que Carrière vient de peindre (Goncourt, Journal,1892, p. 259).

B.−AMEUBL. Partie qui est située à l’angle d’un meuble ou d’une partie du meuble. Écoinçons de l’abattant, des vantaux.Les pieds des meubles restent légèrement galbés, les panneaux carrés ou rectangulaires sont échancrés et une rosace est placée dans l’écoinçon (Viaux, Meuble Fr.,1962, p. 111).

Meuble en écoinçon. Meuble construit pour être placé à l’angle d’une pièce. Armoire en écoinçon (Fonv.1974).

Mais alors, objecterez-vous à juste titre, pourquoi parler d’écoinçon dans ce cas de formes « sans coins »?

J’ai trouvé un autre sens au terme, dans les beaux-arts, en recherchant les oeuvres du peintre.

Voyez ceci. Les écoinçons seraient les parties restantes lorsque l’on dessine un ovale sur un support rectangulaire. Ou un cercle sur un support carré.

Maurice Denis. Motif décoratif dont un tondo avec écoinçons. (1928)
(Source)

Un article très intéressant montre comment le peintre s’est vu contraint à peindre les Béatitudes dans les écoinçons de l’Eglise Saint Louis de Vincennes. En voici un exemple:

Ecoinçon nord-ouest de l’Eglise Saint Louis de Vincennes

« Dans cette église à l’architecture très novatrice, de plan carré, Maurice Denis ne trouve évidemment pas le contexte habituel des églises anciennes. En particulier, les murs des trois façades autres que celle du choeur sont occupés par d’immenses verrières en béton. C’est dans les écoinçons des quatre grands arcs délimitant tout le volume de l’église qu’il est envisagé de placer les fresques des « Béatitudes », à l’intérieur de « panneaux ronds ». » (Source)

Il ne reste plus qu’à trouver des images de l’ensemble de l’oeuvre. Pas facile! Et seule la maquette au 10ème est accessible sur le net.

Maquette au dixième de la coupole du théâtre des Champs-Elysees_0
Maquette au dixième de la coupole du théâtre des Champs-Elysées. Maurice Denis (1911 ou 1912) (Source)

On voit nettement la partition en 4, avec des parties plus étroites séparant les fresques. Dans chacune, un rondo et… des écoinçons !

Quittons la peinture et le théâtre pour d’autres environnements agrémentés d’écoinçons. Beaucoup de hauts reliefs sur les façades des églises, notamment autour des portails.

Détail du décor sculpté de l’une des façades sur cour du château de Louppy-sur-Loison (Meuse). © Bernard Galéron (Source)
Source : culture.gouv.fr

Pour ce qui est du mobilier, vous l’avez vu, il y a deux sens. Soit le meuble lui-même est « en écoinçon », c’est-à-dire destiné à meubler une encoignure.

Fauteuil en écoinçon Louis XV - Meuble de style
Fauteuil en écoinçon Louis XV

En plus moderne, voici ce que cela donne :

Christian GRATIA d'une paire de fauteuils d'écoinçon
Christian Gratia, Fauteuil d’écoinçon (source)

Soit il y a des écoinçons sur les meubles (mais aussi sur des parquets).

écoinçon à la grecque
Ecoinçon à la grecque

Je vous laisse jouer à les repérer sur les photos ci-dessous…

Petit meuble chinois en bois naturel et écoinçons (source)
Miroir en bois de placage à décor marqueté d'écoinçons de bois clair. |  Miroir bois, Miroir, Decoration
Miroir en bois de placage à décor marqueté (source)
Tapis Orient en laine et coton, le champ marine à
Tapis d’Orient (source)

Je terminerai par un tableau, dont les écoinçons sont particulièrement « parlants ».

Peintre anonyme, Le duc d’Angoulême remettant la médaille de bronze à l’ébéniste François Baudry, 1827, huile sur toile, Paris, Arts décoratifs, inv. 2009.169.1.

Je vous conseille de lire le billet de l’auteure… Katia Schaal, « Des médailles aux écoinçons d’une remise de médaille », publié dans le carnet de recherche Au revers de la médaille, le 20/08/2019, https://medaille.hypotheses.org/489.

C’est à vous… Repérez des écoinçons autour de vous et placez la photo en commentaire ?

Haendel au Théâtre des Champs Elysées

Jamais je n’étais allée dans ce théâtre à l’histoire si marquée… Et j’en étais ravie, je dois bien l’avouer, de découvrir enfin l’édifice. En écho aux Années 30 qui ont marqué ma semaine, depuis la discussion sur les costumes de l’époque pour une pièce de Sacha Guitry qu’un de mes amis va jouer en amateur, jusqu’à l’architecture de Boulogne-Billancourt, en passant par le Musée qui leur est consacré… Il ne manquait plus que l’architecture et les oeuvres de ce théâtre, typique de l’Art Nouveau annonçant l’Art Déco !

Avant de pénétrer dans la salle, une visite s’imposait…

Vous l’avez compris, les escaliers aux fers si artistiquement stylés et aux détails si travaillés m’ont particulièrement intéressée. Mais je le fus aussi par les tableaux qui ornent les murs, à tous les étages.

Comment ne pas penser aux vers de Baudelaire ?

« Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté. »

C’est une Invitation à d’autres Voyages que nous propose le théâtre.
D’abord, un voyage dans le temps. En effet, une série de vitrines propose des objets, maquettes, affiches et photographies qui évoquent les divers spectacles célèbres qui s’y sont déroulés, ainsi que les acteurs et hôtes qui ont fréquenté ces lieux.

Je ne connaissais pas les ballets suédois, et me suis donc intéressée au sujet. C’est ainsi que j’ai découvert un documentaire très bref et intéressant à ce sujet. Vous le trouverez ici. Quant à l’histoire du théâtre lui-même, un exposé très complet est en ligne ici.

La sonnerie retentit. Il est temps de pénétrer dans la salle…

Dans un premier temps, j’essaie de décrypter ce qui est peint et écrit tout autour du plafond lumineux…

En effectuant mes recherches plus tard, j’ai compris pourquoi je n’avais pas compris; ce n’est pas un texte, mais un ensemble de textes qui se lisent… en croix! Voici la présentation qui en est faite.

 » Il y illustre quatre thèmes dans les écoinçons : l’Orgue, l’Orchestre, le Chœur et la Sonate. Et entre deux, les phrases suivantes.
– Au-dessus de la scène : « Aux rythmes dionysiaques unissant la Parole d’Orphée, Apollon ordonne les jeux des Grâces et des Muses ». En effet, nous apercevons parmi les personnages Apollon, Orphée et sa lyre, Eurydice, Ariane…
– A gauche de la scène : « Du cœur de l’Homme de toutes les voix de la nature jaillit la symphonie ». Beethoven et ses œuvres, représentées par des femmes.

– A droite de la scène : « l’Architecture de l’Opéra classique ennoblit les passions et les destins tragiques ». On y voit l’opéra baroque de Versailles, le compositeur Glück, Don Juan et Papageno de Mozart, Agathe, Carmen de Bizet…
– Et derrière le public, en face de la scène : « Sur les cimes dans l’angoisse et le rêve, drame lyrique ou poème, la Musique s’efforce vers un pur idéal ». Sur la gauche Chopin est adossé à un rocher, Wagner est représenté par des personnages de ses œuvres (Parsifal, Brünnhilde, Tristan et Yseult), Mélisande sous les traits de l’actrice Yvonne Lerolle, aux côtés de la fille de Maurice Denis… »

Car c’est Maurice Denis qui est l’auteur des fresques, dont il a voulu qu’elles représentent l’histoire de la musique, en s’appuyant sur ses conversations avec Vincent d’Indy.

Le lustre lui-même est exceptionnel à plus d’un titre. Par son esthétique, d’abord.

Mais aussi parce que c’est lui qui assure l’excellente acoustique de la salle. Qui pourrait deviner les prouesses techniques que cache cette merveilleuse apparence? Je vous invite à visionner ce documentaire qui explique ce qui est dissimulé entre le plafond et le lustre, avant de présenter des détails de l’oeuvre de Maurice Denis.

Mais il est temps de se concentrer sur la scène… les musiciens commencent à entrer, puis les chanteurs, puis le chef d’orchestre…

Le silence se fait, et le ténor va se placer à la droite du chef… Je découvre alors que les paroles sont traduites et projetées à trois endroits. En grand, au-dessus de la scène. Et en plus petit, à droite et à gauche, beaucoup plus bas. Au début, j’apprécie de comprendre ce qui est dit, car l’anglais de cette époque, qui plus est, chanté, n’est pas aisément compréhensible pour la mauvaise anglophone que je suis. Par la suite, j’en suis venue à me demander si cela ne constituait pas plutôt un obstacle, comme un paravent entre l’oeuvre et l’auditeur-e…

Moi qui avais déjà assisté à une représentation de la même oeuvre à la Madeleine deux ans avant, j’ai trouvé fort peu de ressemblances entre les deux interprétations. Il faut dire que la première était plutôt perturbée, comme je l’ai narré dans l’article Le Messiah que je lui ai consacré sur ce blog. Un point commun cependant : la soprano, dans les deux cas, a une voix trop faible, qui est couverte par la musique, et peu audible pour les spectateur-e-s. N’était-elle pas en forme, ou n’a-t-elle pas suffisamment levé la tête pour que la machinerie placée dans le lustre saisisse mieux les sons ? Marie-Henriette Reinhold ne semblait pas très à son aise sur scène. Il serait intéressant d’en connaître la raison… Très peu de vidéos sur elle en ligne, mais celle-ci démontre bien la puissance de sa voix. Un mystère, donc, que ce qui pourrait apparaître comme une contre-performance.

L’orchestre joue avec coeur et talent, sous la direction d’un chef expressif, qui par moments « danse » sur la scène. Hans Christoph Rademann n’hésite pas à quitter le pupitre pour être au plus près des musicien-ne-s et du choeur. Si cela vous intéresse, vous pourrez le voir en action, dans le Magnificat (Bach) sur cette vidéo.

La « basse » est interprétée par le bariton Tobias Berndt. Une véritable prouesse lors de la deuxième partie de l’oratorio… et le public l’a reconnue, à en juger par la force des applaudissements en fin de spectacle! On peut en avoir un aperçu dans son interprétation d’un autre air de Händel, en ligne ici.

Le ténor est Islandais. Benedikt Kristjansson a bien modifié son apparence depuis le temps où il enregistra la Passion de Saint Jean de Bach. Plus de cheveux longs… et il paraît bien « sage »… trop, à mon goût, trop de retenue dans son expression, c’est dommage… Mais je ne suis pas spécialiste, loin de là!

Ma préférée, et de loin, fut Dorothée Mields. Gracieuse malgré une robe vraiment affreuse et qui ne l’avantageait pas, la soprano (annoncée ici comme ténor?) m’a conquise dans les (trop rares) airs qu’elle a interprétés. Vous pouvez la voir et l’écouter sur cette vidéo ou cette autre. Et j’aime beaucoup l’entendre dans ce morceau.

Le choeur, quant à lui, s’est révélé exceptionnel et a séduit le public, qui aurait aimé un « bis » à la fin de la représentation.

J’attendais avec impatience le Hallelujah, me demandant si, comme cela se fait dans certains pays, le public allait se lever pour l’entendre. Ce ne fut pas, à mon sens, le « morceau d’éclat » de l’ensemble. Par contre, le « Amen » final a emporté / transporté / enthousiasmé, au sens profond du terme – allusion à theos, le Dieu – la salle. J’en ai écouté plusieurs versions en ligne, dont celle-ci qui a beaucoup de grâce, mais aucune n’atteint la puissance, la force, la beauté prenante de celle que j’ai entendu en ce mois de janvier 2022.

Malgré les petits « bémols » – c’est le cas de le dire! – que je me suis permis dans ce qui précède, ce fut un spectacle remarquable, et des moments très émouvants, de ceux qui marquent la mémoire. S’il en est parmi vous qui ne connaissez pas l’oeuvre, vous pouvez la découvrir dans son intégralité lors d’un enregistrement à la Grace Cathedral de San Francisco.

« Standing ovation » pour le choeur, les chanteur-e-s, l’orchestre et son chef, qui a duré longtemps… Hélas le public n’a pas eu droit à un « bis » quelconque, dommage!

Musée des Années 30 (suite et fin)

Promis, c’est le dernier épisode de cette présentation du Musée des Années 30 à Boulogne-Billancourt ! Nous allons donc ensemble descendre du 4ème étage au rez-de-chaussée, rapidement et en ne jetant qu’un coup d’oeil sur les collections… Enfin, je vais essayer!

Peintures des années 30

Loin de moi l’idée de tout vous expliquer ici : il faut que vous puissiez, vous aussi, découvrir ce Musée. Je vais donc me contenter d’une sélection des oeuvres qui m’ont intéressée.

On bascule progressivement hors de l’Europe, avec des peintres voyageurs…

Comme je vous le disais dans le début de cette série d’articles consacrés au Musée, je viens de rater l’exposition Bouchaud. Mais deux oeuvres du peintre sont exposées dans les collections permanentes.

Toute la suite du 3ème étage est consacrée à l’Afrique et l’orientalisme.

Voyage en terres lointainesSans commentaires…

J’ai préféré vous livrer cette série sans commentaires, pour laisser l’émotion intacte.

On découvre, dans une petite salle un peu à l’écart, un artiste explorateur, Alexandre Iacovleff.

Impossible de trouver en ligne un documentaire sur cet artiste étonnant, proche de la photo. Mais comme il a fait l’objet d’une exposition ailleurs, un reportage vous le présente assez rapidement, ainsi que les croisières Citroën auxquelles il a participé. Quelques planches sont présentées dans une petite salle, donnant une idée de son travail de « reporter ».

Oeuvres liées à la religion

Comme vous l’avez compris, je n’ai pas saisi la « narration » ou « logique » muséographique de ces lieux. La suite de la collection est en lien avec la religion. J’ai beaucoup moins aimé, mais vous en livre quelques exemples.

Vierge du Village Français, Carlo Sarrabezolles (1925)

Cette statuette m’a appris qu’il existait, dans l’Exposition internationale des Arts décoratifs de Paris en 1925, une Chapelle du groupe des catholiques des Beaux-Arts. C’est là qu’était exposée cette Vierge à l’enfant.

Des maquettes de décoration d’églises et de chapelles sont présentées dans cet espace du 2ème étage.

Résurrection, Marthe Flandrin (1943). Maquette pour la voûte de l’abside de l’église du Sacré Coeur de Colombes
Résurrection du Christ, Marthe Flandrin (1953). Maquette pour l’église Saint-Martin de Givry-sur-Aisne

Et pour finir rapidement… quoique…

J’ai dû écourter ma visite, plus longue que je ne l’avais prévue. Et je vais faire de même dans ce blog, pour vous éviter l’ennui, et faire en sorte qu’il vous reste encore beaucoup à découvrir. Donc, juste un regard sur quelques oeuvres exposées au 2ème étage, puis on redescend au rez-de-chaussée, où une partie de l’entrée est consacrée à des sculptures… plutôt monumentales!

Un petit arrêt, malgré tout, devant ce tableau de Jaro Hilbert, peint à Ljubijana en 1929.

Cet artiste français (peintre, sculpteur et dessinateur) est né en Slovénie de parents tchèques, et a vécu presque 100 ans, de 1897 à 1995. Je me promets de le découvrir mieux ultérieurement, si j’en ai le temps…

Deux étages par ascenseur (le 1er est consacré à l’administration du Musée), et me voici revenue au rez-de-chaussée. En entrant, je n’avais absolument pas remarqué un espace pourtant vaste, sorte de « proue » du navire…