Fascination pour le citron

J’ai retrouvé avec plaisir Nissa la Bella et la chaleur, le ciel bleu et mes citronniers. L’un d’entre eux a souffert, une branche est à moitié cassée, et je me suis surprise à rechercher hier sur le net comment soigner l’arbre qui égaie tellement la verdure et dont le jaune tranche sur le bleu profond du ciel méditerranéen!

Les citrons, il y en a ici toute l’année, c’est incroyable! Et, cette fois, ils sont encore plus beaux et plus nombreux que d’habitude… Je sens que je vais aller solliciter mon voisin italien et son épouse nissarde pour qu’il et elle m’aident à faire du Limoncello avec cette abondante récolte.

Limone nella Villa Felicita, Georges Oucif

Le citron sous tous ces aspects…

De la citronnade fraîche au Mojito, une évocation d’été et de chaleur… De la rondelle dans le Martini à l’apéritif au Limoncello en digestif, il encadre les bons repas… Du jus intégré à la sauce crème fraîche des coquilles Saint Jacques à celui que l’on verse délicatement avec l’huile d’olive vierge sur un délicieux poisson, il aggrave ma gourmandise.

Ingrédient d’un savon qui prend parfois sa forme, d’une lingette parfumée prête à effacer sur nos mains les odeurs désagréables, ou noyé, en tranche, dans une coupelle d’eau tiède comme « rince-doigts », il embaume notre peau, comme les parfums dans la composition desquels il entre si souvent…

Sur ses arbres nourriciers, le fruit est un mini-soleil, reproduit à foison.

Et comment ont fait les Mentonnais privés cette année de la Fête et de ses chars?

Jonchant le sol hier, un citron a attiré notre regard, et un ami l’a photographié… Je vous présente donc « Monsieur Citron ».

Citron farceur, Georges Oucif

Créativité tous azimuths

Non, je ne vais pas vous faire entendre Dalida… Mais simplement me faire le relais d’une jeune femme qui écrit des paroles pour des chansons. Lorsque je lui ai suggéré de publier un recueil de ses oeuvres, elle m’a répondu que ce n’étaient pas des poèmes, mais des paroles de chansons… Voilà qui a, vous l’imaginez, suscité des réflexions ultérieures… dont je vous fais part ici… et que je vous propose de prolonger. Quelles différences entre les deux?
D’ailleurs, certaines chansons n’ont-elles pas été simplement la mise en musique de textes poétiques? Je pense entre autres à « Je suis venu, calme orphelin… » chanté par Reggiani… Et combien d’auteur-e-s et interprètes de chansons sont tout aussi poètes que les autres? Il n’est qu’à penser à Brassens, parmi tant d’autres, ou à Gainsbourg, qu’on célèbre ces jours-ci.

« C’est la vie.

Lisse comme la Seine en septembre,
Légère comme un tas de cendres,
Douce et fière comme de l’acier,
Froide comme une seconde passée,
La vie c’est à prendre,
Mais jamais à laisser.
La vie c’est l’infini derrière des yeux fermés,
La vie c’est un pari qu’on ne gagnera jamais.

Envier le soleil sur la joue d’un enfant,
Toucher une larme dans l’œil d’un amant,
La sécher dans le creux de son cou,
Etre soi même et devenir fou.
La vie c’est un délit pour ceux qui ont tout dit,
La vie c’est une envie qui crie à l’infini,
La vie c’est un choix qui sans cesse recommence.
Faut-il vraiment se fier à tous ces sens ?
Une collection de souvenirs, tout un tas d’avenirs,
Pour ne pas se faire mal, il faut être fakir.

Peur, désir et oubli de soi,
Frisson d’un soir et peur du lendemain,
Empreinte d’une nuit et grand émoi,
La vie comme une étincelle le long de mes reins,
Me brûle à jamais , chaotique et sublime
Me voilà funambule au dessus de l’abîme,
Me voilà sirène au fond de l’océan,
Me voilà écume, te voilà mon amant.

Tout au creux de tes bras là ou rien ne m’atteint,
Là ou je serais moi , là ou je me sens bien,
Tu feras une danse au hasard de tes mains,
Le temps d’un instant tu seras mon destin.
Mon âme en transe, brûlée de tes yeux bruns,
La chaleur de ton souffle, ce feu qui me ronge,
ton odeur qui m’essouffle, une envie de mensonge,
La vie c’est pas après pas,
Une brusque envie de toi. »

Anne-Laure, janvier 2021

J’apprécie déjà beaucoup la phrase introductrice de sa page Facebook : « Poésie, échecs, musique
et insoutenable légèreté de l’être. »

Et le fait qu’avec d’autres, elle se bat pour la survie de la production et de l’interprétation musicale. Parmi d’autres combats qu’elle livre sans répit et parfois à son détriment. En voici la trace, avec une dédicace « Pour Manu »…

« Quand la norme devient l’énorme

Au royaume des p’tits chiens

les rois sont les borgnes

Au royaume des moutons, les loups sont légion

Au royaume des cons, gagne celui qui cogne

La vraie révolution commence aux balcons

Quand la norme devient l’énorme

Pendant que tu continues ta triste besogne

Fais tes calculs et dirige les opérations

Ecoute bien et entends notre grogne

Arrête de nous prendre pour des pions

Quand à la vie on substitue la mort

A l’envi on remplit les ports

Les ports d’armes, les ports de masques

Les porte-avions, les portes fermées

Jusqu’à ce qu’on en ait plein les basques

Et qu’on veuille tout faire péter

Quand à la vie on substitue la peur

A l’envi on nourrit les abuseurs

Les aboyeurs et les inquisiteurs

Les législateurs et les millions par heure

Alors même que la liberté se meurt

Et qu’on mange tous des pâtes au beurre. »

Résumons-nous.

Elle écrit. A 16 ans, elle avait déjà produit un roman, qu’elle a ensuite détruit…

Elle joue. Aux échecs, en tournoi. A de nombreux autres jeux, où elle gagne souvent!

Elle joue. De la musique : saxo, piano, harmonica, violon… rien ne lui fait peur. Seule. Ou en groupe. En « batucada », lors de la dernière manifestation de Cahors. En famille ou entre ami-e-s. En orchestre, pour du jazz ou d’autres types de musique.

Elle s’intéresse aux formes alternatives de pédagogie.

Elle cultive son jardin. Dans tous les sens que l’on peut donner à cette expression.

Et c’est une merveilleuse photographe. Je vous laisse en juger en visitant ce site.

Peut être une image de enfant, debout et plein air
Miroir d’eau, Bordeaux, Anne-Laure Fleurette

Bref, comme elle le dit, une « créative », une « subversive », une « inventive ».

Difficile pour de tels êtres de se faire accepter, comprendre, intégrer, « inclure ». La société est si rigide… j’allais écrire si « frigide »…

Peut être un gros plan de aliment, rose et nature

Vous l’aurez compris, j’ai une grande admiration pour cette femme…

Passer le bac… à La Bouille

J’aime à franchir la Seine par un des nombreux bacs qui ont survécu au temps. En ce matin de février, me voici donc rejoignant La Bouille pour ce faire… Quelques kilomètres en amont, un panneau m’avertit que la première traversée du jour ne s’effectuera qu’à 9h30… heure de démarrage du jury auquel je suis convoquée! Vite, changement de direction, pour Duclair, car, décidément, je ne veux pas retourner vers Rouen.

La file d’attente est assez longue, mais l’homme d’équipage « chargé du chargement » (j’ignore le terme technique…) pousse les conducteurs à serrer les voitures, deux gros camions, un tracteur et sa remorque, et me fait monter sur le plateau, l’arrière de la voiture débordant de celui-ci… Pas rassurée, je vérifie à plusieurs reprises que le frein à main tient bien… Et me voici sur le fleuve, au niveau bien élevé en cette saison, et au courant puissant.

Il n’y a pas de beau levant comme parfois, ni de brume pour évoquer le Rhin et ses légendes, ni de ces vagues qui, de temps en temps, font houle comme sur les mers… L’aube point, un peu grise, mais avec une lueur translucide qui adoucit l’horizon.

Et c’est quand même une pause magique après le trajet dans Paris puis sur l’autoroute A 13 toujours bien chargée à l’aube…

Sur le chemin du retour, je ne renonce pas, et me représente au bac de La Bouille, espérant que l’amplitude de fonctionnement dépasse les 7 heures. Et oui, il est là. Le « chargé du chargement », cette fois, est en train d’arroser la cale à grande eau, ce qui me laisse pantoise. Il me fait des signes que je ne parviens pas bien à interpréter, et je pense qu’il va me laisser sur la rive, car le bac, beaucoup plus petit que celui de Duclair, est déjà bien plein. Mais non, il me fait signe d’avancer. Une fois bien en place, bien serrée entre la voiture qui me précède et le fond du bateau, je le vois s’approcher de ma vitre, faire signe que je l’ouvre, et il me donne la signification de ses gestes : je dois éteindre mes phares.

A nouveau cet instant suspendu, où l’on est au volant mais flottant sur les ondes fluviales… J’adore! Mais c’est court, et il faut déjà débarquer. Je fais alors ce que je me promets de réaliser depuis longtemps, dans ce bourg où je ne m’arrête que pour acheter au petit matin les viennoiseries qui me serviront de petit-déjeuner, et parfois de repas en cette période de fermeture des restaurants : je visite l’intérieur du village. La lumière n’était pas bonne pour la photo, et qui plus est beaucoup ont été prises à contre-jour, mais je vous présente quand même quelques photos. J’irai les refaire lorsque soleil et météo seront plus cléments…

L’architecture en est extrêmement variée, malgré une forte empreinte normande. Et certaines demeures contemplent la Seine depuis longtemps, visiblement.

Des petits panonceaux inscrivent le bourg dans l’histoire, et en particulier l’histoire des artistes qui l’ont fréquenté, comme Gauguin, qui l’a peint, ou qui y sont nés, comme Hector Malot. Une anecdote raconte que le mât de beaupré d’un navire est venu casser la fenêtre de la chambre où se trouvait ce nouveau-né… Pour le cas (fort im?probable) où vous ignoreriez ce que c’est, voici un petit rappel.

Le pilote ne devait pas être très clair pour aller planter ce mât sur la berge, car cela signifie que le bateau était perpendiculaire au courant! Etait-ce un navire proche de celui qui est représenté 54 ans plus tard sur le tableau de Gauguin?

Falaises de La Bouille, Gauguin, 1883

Un artiste dénommé Albert Lebourg a peint plus de 90 toiles sur La Bouille, qu’il appréciait particulièrement le matin ou le soir.

Albert Lebourg (source)

Sisley a également beaucoup apprécié le paysage aux environs de La Bouille, qu’il peindra à la fin du même siècle.

La Seine à la Bouille, coup de vent – Alfred Sisley – 1894

Un postimpressionniste normand, Robert Antoine Pinchon, a représenté le bourg en hiver, au début du XXème.

La Bouille sous la neige, Robert Antoine Pinchon

Vous comprenez maintenant, je l’espère, le plaisir éprouvé à fréquenter ces lieux et préférer le bac au moderne et majestueux Pont Flaubert, qui serait, selon un de mes amis, une prouesse technique… Nous y reviendrons…

Julia Fischer

Certain-e-s m’ont reproché de rédiger en ce moment des articles trop longs… Celui-ci sera donc très bref.

Juste l’envie de vous faire découvrir ou réentendre une violoniste que j’apprécie beaucoup : Julia Fischer.

D’abord, parce que j’apprécie beaucoup son jeu, à la fois sincère, dynamique et engagé. Bref, vivant.
Une semaine lui a été consacrée par Emilie Munera et Rodolphe Bruneau-Boulmier sur France Musique, au mois de janvier dernier. Vous pourrez donc vous y délecter d’informations sur elle et d’écoute de divers morceaux.

Vous trouverez aussi beaucoup d’interprétations de pièces très variées sur Spotify ou d’autres applications.

Mais il y a une autre raison : l’artiste partage sa passion pour la musique et le violon sous forme d’un « club » qu’elle a créé sur le net. Certes, c’est payant : 5 euros par mois ou 50 euros par an. Mais c’est tellement riche, que cela en vaut la peine. Et peut-être un modèle économique qui permettrait aux musicien-ne-s de « survivre » en période de crise comme celle que nous vivons… et, vu le nombre d’oeuvres que l’on peut écouter… franchement, ça vaut la peine!

« Dès l’âge de 3 ans, d’abord au piano puis au violon, je me suis sentie musicienne, avec toutes les responsabilités que cela implique. Cela vient peut-être de mon éducation. Ma mère pianiste, d’origine slovaque, mon père, mathématicien vivant en Allemagne de l’Est dans un pays communiste où l’art était une nécessité vitale. Je n’ai jamais eu peur de rien. Je crois que j’étais une gentille petite fille, mais avec un goût immodéré du risque. » (extrait d’un article du journal Le Monde).

A écouter sans modération…

Jeux de mots et jeux de lettres…

Le plaisir de retrouver la Ville. Pas l’Eternelle. En ce moment, on ne peut plus l’atteindre. Mais, vous savez, celle dont le bateau vogue mais ne coule pas?

Ecole avec date 1904 portant fièrement le blason de la Ville

Je me suis donc offert une petite promenade de 16.30 à 17.30, couvre-feu oblige, en ce 15 février moins froid que les journées précédentes. Rue Monge, rue Pestalozzi, rue de l’Epée de Bois, rue Mouffetard, et retour vers la Seine. Je vous sens frémir de curiosité toponymique, n’est-ce pas?

Monge, vous connaissez, même si vous n’aimez pas les mathématiques. Mais connaissez-vous son prénom? Gaspard! Non, pas le « pauvre Gaspard » de Rutebeuf… Il était Comte (de Péluse), et, si son nom a été donné à la rue et la place de ce quartier, c’est qu’elles sont proches de l’ancienne Ecole Polytechnique dont il fut l’un des fondateurs et où il enseigna. Je ne vais pas disserter sur lui, il y aurait beaucoup à dire. Du bon comme du mauvais. Donc je vous laisse vous plonger dans sa biographie, ses cours et/ou ses oeuvres scientifiques, voire sa « correspondance mathématique » éditée en 1947 par René Taton (un Ardennais ! – il faut rappeler que Monge avait épousé une riche veuve propriétaire d’une fonderie ardennaise).

Avec son copain Napoléon, je ne vous dis pas où…

Mais Pestalozzi??? Plus difficile, non? Qui le connaît? Si vous n’avez pas entendu parler de lui, c’est vraiment triste, car cet homme mena de nombreuses expériences pédagogiques, fort en avance sur son époque, ce qui lui valut de nombreux déboires. Prenez le temps de le découvrir sur le site de La Ligue de l’Enseignement belge. Et, ce qui ne gâte rien, dans la lignée de Rousseau. « Rousseau brisa avec la force d’un Hercule les lourdes chaînes de l’esprit humain » écrit-il en 1826.

Johann et Anna Pestalozzi

Ne cherchez pas qui était Mouffetard… le nom proviendrait d’un lieu-dit jadis dénommé Mont Cétard. J’ai eu bien du mal à en trouver trace, de ce « Mont »…

« Nous ne reproduirons pas ici toutes les opinions de nos écrivains qui semblent, en traçant l’origine de l’église Saint-Marcel, avoir pris à tâche de se contredire. Il est certain cependant que saint Marcellus ou Marcel, évêque de Paris, fut enterré vers l’an 436 dans cet endroit, sur une éminence appelée Mons Cetardus (Mont-Cétard), depuis, par altération, Mouffetard. Le tombeau de l’évêque, bientôt illustré par des miracles, attirait un grand concours de fidèles qui construisirent autour du mausolée, des habitations qui peu à peu formèrent un bourg ou village que Grégoire de Tours appelle vicus Parisiensis civitatis. Sous nos rois de la première race, la tombe de saint Marcel avait disparu et sur son emplacement s’élevait un oratoire dédié au pieux évêque. Vers cette époque le bourg de Mont-Cétard avait change de nom et portait celui de Chambois. La petite rivière de Bièvre le séparait du bourg de Saint-Médard. Ce village de Chambois, dans les siècles suivants, eut sa juridiction particulière et fut même entouré de fossés. Dès le XIe siècle il portait le nom de Saint-Marcel, et s’accrut tellement par la suite qu’il fut considéré comme une ville. Les lettres-patentes de Charles VI, de l’année 1410, le désignent sous ce titre. Le roi, par ces lettres, confirme l’octroi par lui fait aux manants et habitants d’icelle ville de Saint-Marcel, d’un marché chaque semaine et de deux foires par an. Au XVe siècle, la capitale avait déjà absorbe plusieurs villages environnants et atteignait la petite ville de Saint-Marcel. Envahie bientôt par cette marée montante, elle perdit ses privilèges et devint faubourg de Paris. L’église Saint-Marcel avait été détruite par les Normands ; elle fut reconstruite au milieu de XIe siècle ainsi que le prouvent certaines parties de l’édifice, notamment les chapiteaux déposés aujourd’hui dans une des cours du palais des Beaux-Arts. » (source)

Pour vous donner une idée, « avant »… (source)

Impossible d’en savoir plus sur le net, mais j’ai trouvé la source de l’histoire : une publication de 1815 (page 312), que vous pourrez lire en ligne : Histoire civile, physique et morale de Paris (rien que ça!!!). Par J.-A. Dulaure, volume 1.

Reste l’Epée de Bois, qui n’est pas suspendue sur vos têtes, mais qui a donné son nom à un cinéma que vous connaissez peut-être – et à un théâtre mais à ne pas chercher dans celle-ci… voir la Cartoucherie! Son nom serait lié à une ancienne enseigne, et aurait détrôné la dénomination précédente : rue du Petit-Champ. Si vous voulez en savoir plus, plongez page 202 dans le Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris, par Lazare, en ligne ici.

Mais revenons à aujourd’hui – ou plutôt à hier, au moment où j’écris ces lignes – pour sourire aux jeux de mots, plus ou moins bons, présents dans les enseignes.

On ne file pas la laine, ce sont les toiles qui filent…
Et si c’étaient des objectifs? ou des objections?

Certaines vitrines m’interpellent. C’est le cas de celle-ci, que l’on pourrait dénommer « Chat-rentaises »…

L’architecture est un peu tristounette, dans certaines zones, car des immeubles sans intérêt esthétique (en tout cas pour moi) ont remplacé les anciennes demeures. Quand ils ne les ont pas « sur-montées »!

Jolie vue…
… mais il ne faut pas lever le nez!

Les librairies survivent, dans ce quartier de la Contrescarpe. J’ai discuté avec la patronne de celle que je préfère, l’Arbre du Voyageur. Elle me dit « tenir le coup », mais impactée surtout par la limitation horaire à 18h, car c’est le soir qu’elle avait le plus de client-e-s. Heureusement, elle en a de fidèles, comme moi, qui ont modifié leurs habitudes pour continuer à fréquenter ce petit coin de paradis. En ce moment, clin d’oeil à deux de mes amis dont je parlais hier, tous deux fans de la culture nipponne, une vitrine consacrée à sa littérature.

L’Arbre du Voyageur

La littérature résiste aux lieux d’alimentation (épiceries, supermarchés, fastfoods, boutique de « fooding » en tout genre, et heureusement encore quelques vrais restaurants), et survit par les librairies, les lieux de culture (s’ils survivent à la fermeture prolongée!) et les plaques rappelant la mémoire des écrivain-e-s qui y ont vécu.

Hemingway
James Joyce et Valery Larbaud

J’ai beaucoup aimé le quasi vis-à-vis de l’Ancien et du Moderne-rappelant-l’Ancien, en haut de la rue du Cardinal Lemoine.

Chez le libraire…

Ses propriétaires ne manquent pas d’humour, et je vous conseille d’aller voir leur site.

« Tripot Littéraire & Artistique, Bar Cabaret, Estaminet, Dicentrarchus labrax, Cambuse, Lupanar, fondé le mercredi 2e aoust 1589, à deux heures après minuit à Paris », selon le site de ce lieu.

Et inutile de vous dire que j’ai apprécié leur annonce liée à la situation.

Le gouvernement a décidé de fermer les bars et restaurants jusqu'au 20 janvier dans le cadre de l'Etat d'urgence. Le Conseil d’État a conclu, s’appuyant sur une étude scientifique, que les restaurants et bars (comme les hôtels et les salles de sport) présentaient un risque significativement plus élevé de transmission du virus que les autres lieux de brassage de population, commerces notamment. 


Lamentations 3:26 Il est bon d'attendre en silence Le secours de l'Éternel.

La Place de la Contrescarpe reste une bulle de vie, malgré tout. Si les établissements historiques, comme le Café Delmas et son voisin d’en face, sont fermés, les autres sont restés ouverts et offrent toutes sortes de breuvage et de nourriture aux jeunes qui les dégustent… assis à même le sol ou sur les bancs, debout, marchant, sur cette place qui est restée bien vivante. J’aurais aimé filmer, mais pour cause de droit à l’image… vous vous contenterez de mon témoignage.

Pour finir, une photo qui, je vous le souhaite, vous permettra de garder le sourire…

Il et elle ont leur masque???

L’amitié de deux peintres

Sur le compte Facebook d’un de mes amis, un tableau « partagé » depuis un autre site, celui de Yoyo Maeght, une oeuvre de jeunesse de Picasso (1899).

Vous connaissez sans doute l’histoire hélas abrégée trop vite de l’amitié des deux jeunes Espagnols qui, s’ennuyant dans leur pays, décidèrent de le quitter et de venir ensemble à Paris tenter leur chance, à l’Exposition Universelle de 1900. Leur histoire a été narrée dans une belle bande dessinée.

Elle fait écho en moi à celle de Montaigne et La Boétie.

« L’amitié, c’est un nom sacré, une chose sainte. Elle ne peut exister qu’entre gens de bien. Elle naît d’une mutuelle estime, et s’entretient non pas tant par les bienfaits que par bonne vie et mœurs. Ce qui rend un ami assuré de l’autre, c’est la connaissance de son intégrité. Il a pour garants son bon naturel, sa foi, sa constance. Il ne peut y avoir d’amitié où se trouvent la cruauté, la déloyauté et l’injustice. Entre méchants, lorsqu’ils s’assemblent, c’est un complot, et non une société. Il ne s’entretiennent pas, mais s’entre-craignent. Ils ne sont pas amis, mais complices. » (La Boétie, Discours sur la servitude volontaire)

La Boétie avait trois ans de plus que Montaigne. Ils ont 25 et 28 ans quand ils se rencontrent. Montaigne en a 30 quand son ami meurt, comme Alexandre le Grand et Jésus, à 33 ans. Il ne se remettra jamais de cette perte, dont il écrit dans Les Essais :

« Si je compare la vie tout entière aux quatre années pendant lesquelles il m’a été donné de jouir de la douce compagnie et société de cette personnalité, ce n’est que fumée, ce n’est qu’une nuit obscure et pénible. Depuis le jour où je l’ai perdu, je ne fais que traîner languissant, et les plaisirs mêmes qui s’offrent à moi, au lieu de me consoler, redoublent le regret de ma perte : il me semble que je lui dérobe sa part. »

Pour avoir perdu un de mes amis chers décédé trop tôt, Jean Pinquié, je comprends cette difficulté à continuer à vivre, voire, comme je le fais, à écrire (il était un vrai écrivain, lui!) quand l’Autre a disparu…

Jean Pinquié, vers 1999

Une amitié (partagée avec un troisième larron) de 18 ans interrompue par son décès précoce, le 21 février 2007 (14 ans bientôt! Comme si c’était hier…). Mais je ne suis pas ici pour parler de moi… revenons au duo de peintres dont je traite aujourd’hui.

Carlos n’avait qu’un an de plus que Pablo… Ils formaient un joyeux duo d’amis. Et il le soutenait financièrement, car il était beaucoup plus à l’aise que lui.

Vers 1900, avec Angel Fernandez de Soto (source)

Suite à des amours malheureuses avec une danseuse du Moulin Rouge, Carlos Casagemas se suicida, dans le Café de l’Hippodrome (eh oui, il y avait un hippodrome, à l’endroit approximatif d’un magasin de bricolage et de l’Hôtel Mercure), 128, Boulevard de Clichy. Il avait 21 ans quand il s’est tiré, devant ses amis, une balle dans la tête, après avoir tenté de tuer celle qui lui causait tant de tourments.

Picasso fit trois tableaux de son ami mort, d’après les récits de leurs amis communs, car il se trouvait alors à Barcelone.

1901

J’ai déjà parlé ici du tableau qui évoque l’enterrement de Casagemas, oeuvre visible (hors Corona fermeture) au Musée d’art Moderne.

Evocation (1901)

Je ne commenterai pas ce tableau, car je pense que chacun-e ressent et « vit » le drame, mais aussi la puissance de l’évocation et la pérennisation de l’amitié.

Pablo fera revivre son ami dans une toile ultérieure, en plein coeur de sa Période Bleue – dont on dit qu’elle fut inspirée par ce drame.

La Vie (1903)

Un beau MOOC raconte l’histoire, et présente une intéressante – quoique partiellement discutable, peut-être – analyse de la toile. On y apprend que celle-ci avait été peinte sur l’oeuvre que le jeune peintre avait présenté à l’Exposition Universelle à Paris, et qu’il n’avait alors pas réussi à vendre.

Inutile de vous dire combien je suis contente d’avoir découvert le premier tableau, que je ne connaissais pas… Merci à celle et celui qui me l’ont fait découvrir!

Revenons aux Lupercales et aux petits oiseaux…

Je hais les fêtes qui ont eu un sens mais ont été récupérées par le Commerce, avec un grand C, quand elles n’ont pas été déviées (Noël) ou créées (Fête des Grands-Mères!)… La Saint Valentin cumule, en relevant de ces deux catégories.


Autour de moi, aujourd’hui, je vois des hypocrisies (couples contractualisés qui s’obligent à la fêter, couples en formation où c’est un moyen de drague, de l’un-e ou de l’autre) ou des souffrances (personnes seules, veufs/veuves, homme ou femme venant de se faire « larguer » par l’être aimé, quand ce n’est pas un papa qui a perdu la fille baptisée Valentine pour symboliser l’amour avec sa femme, disparue aussi…).
Bref, ce jour est particulièrement cruel. Bien sûr, rien n’empêche de le fêter avec bonheur quand on aime et qu’on est aimé. Mais pas besoin de tapage médiatique. Ni d’achats coûteux. Fort inégalitaires, d’ailleurs – ou révélateurs d’un fait de société ?

Un sondage diffusé hier montre que les hommes dépensent 130 euros en moyenne alors que les femmes réduisent la dépense à moitié… Un autre, présenté ci-dessus, montre des écarts moindres, mais réels aussi.

Infographie Saint Valentin

Observons, si vous le voulez bien, que la plupart des cadeaux « profitent » en boomerang à ceux qui les font. « Elle » va s’embellir pour lui plaire et donc le séduire, « il » va l’aider en cela pour qu’elle lui plaise. « Elle » et « il » profiteront ensemble des dîners, voyages, etc.

C’est encore pire aux Etats-Unis (source).

« Aux États-Unis, tout le monde ne célèbre pas la SaintValentin mais selon des spécialistes du secteur du commerce, ceux qui sont concernés dépensent en moyenne 196 dollars, soit 180 euros. Si on regarde ces chiffres de plus près, les hommes dépensent en moyenne 291 dollars et les femmes 106. »

Un autre sondage a été fait au Canada. Voici un extrait d’une synthèse de ses résultats (source).

« Une donnée intéressante tirée du sondage canadien indique que malgré les sommes importantes qu’on prévoit débourser, seulement 30 % des gens sondés estiment que célébrer la Saint-Valentin est important pour eux.

Le sondage révèle aussi que les hommes comptent dépenser davantage que les femmes pour l’occasion (209$ vs 109$) et que près d’un quart des Canadiens célèbrent la Saint-Valentin à une autre date afin d’éviter les foules. »

Donc, le silence médiatique serait bienvenu pour éviter de « remuer le couteau dans la plaie » – voire les plaies – de celles et ceux qui souffrent. Côté commercial, j’ai beaucoup apprécié cette idée (MDR)

« Parmi les cadeaux insolites à offrir à votre amoureux(se), à Boston, au lieu d’offrir un bouquet de fleurs, un magasin alimentaire propose d’offrir un cornet de côtelettes grillées dans un emballage Saint-Valentin pour la somme de 30 dollars.  » Enfin un commerce qui prend en compte la misère actuelle de certain-e-s… encore faudrait-il connaître le prix « normal » de cette viande pour savoir quelle marge le magasin va faire sur le dos des « amoureux »!

Et dire qu’à l’origine il y avait des fêtes qui célébraient la nature!

Un historien, Louis Réau, qui a travaillé sur l’iconographie de l’art chrétien, émet l’hypothèse que la date est liée, dans l’imaginaire des peuples d’autrefois, à l’appariement des oiseaux. Joli, non? Et pas que des pigeons!

Et vous vous doutez que je vais revenir à la Rome Antique (peu romantique, soit dit par ailleurs, si vous me permettez ce très mauvais jeu de mots)… et aux Lupercales, qui étaient célébrées aux Ides de Februar.

« Le 15 février à l’aube, à Rome, deux groupes de jeunes gens, appartenant respectivement aux gentes des Fabii et des Quinctii, se réunissaient au Lupercal, cette grotte au pied du Palatin, où la louve de la légende avait allaité les jumeaux fondateurs. Après avoir sacrifié une chèvre dont ils découpaient la peau en lanières, ces luperques, vêtus d’une simple peau de bouc, se lançaient dans une course folle autour du Palatin et fouettaient de leurs lanières tous ceux qu’ils rencontraient, les femmes en particulier. »

Bon, ce n’est pas mieux pour la gent féminine! Les hypothèses sont nombreuses pour expliquer ce rite, considéré entre autres comme célébrant l’enlèvement des Sabines, et souvent comme rite de fécondité. Voir à ce sujet cet article, si cela vous intéresse. Ou encore celui-ci.

Vues par Edme Bouchardon (XVIIIème)

En essayant d’y voir plus clair, j’ai trouvé un passage d’Ovide qui présente le mois de février ainsi. Je vous fais grâce du latin, et ai pris la traduction des Fastes par Nisard, proposée en ligne.

 » Février est le mois des purifications (2, 19-54)

Februa, chez nos pères, signifiait cérémonie expiatoire, [2, 20] et en plus d’une circonstance aujourd’hui, cette étymologie peut se reconnaître encore. La laine que les pontifes reçoivent du roi des sacrifices et du flamine s’appelait Februa dans l’ancien idiome, ainsi que le froment brûlé et le sel que le licteur porte dans les maisons désignées pour être purifiées, [2, 25] ainsi que le rameau qui, coupé sur l’arbre pur, couronne le chaste front des prêtres. Moi-même j’ai vu une flamine demander les februa, et on lui donna une branche de pin. Enfin tout ce qui est expiation pour la conscience de l’homme [2, 30] était désigné sous ce nom chez nos ancêtres à la longue barbe. Ce mois s’appelle donc Februarius, parce que le Luperque asperge alors tous les lieux d’eau lustrale, avec des lanières de cuir, et en chasse ainsi toute souillure, ou bien parce qu’on apaise alors les mânes des morts, et que la vie recommence plus pure, une fois les jours passés des cérémonies funèbres. »

Ovide s’interroge sur l’origine de la cérémonie évoquée plus haut.

« La troisième aurore qui se lève après les Ides voit les Luperques courant tout nus, et célébrant la fête du dieu qui porte deux cornes. Muses, dites-nous l’origine de ces solennités [2, 270] et de quelles contrées elles furent transportées dans notre Latium.« 

« Les antiques populations de l’Arcadie adoraient Pan, dieu des troupeaux; à chaque pas, dans leurs montagnes, on retrouvait ses autels. Témoin le Pholoé, [2, 275] témoin la cime du Nonacris, couronnée de pins sauvages, le haut Cyllène, et les neiges des sommets parrhasiens; témoin l’eau du Stymphale et le Ladon, qui roule à la mer ses flots impétueux. Chaque jour, il recevait des offrandes comme protecteur des troupeaux, comme dieu des cavales, comme gardien des brebis. Évandre apporte avec lui le culte de cette divinité rustique. [2, 280] Il n’existait alors de Rome que l’emplacement de Rome même. Pan, depuis ce jour, est aussi un dieu pour nous, et le flamine Diale célèbre encore sa fête d’après les rites anciens, tels que nous les ont transmis les Pélasges. »

Il apporte quatre hypothèses explicatives à la course des Luperques dénudés. La première, c’est la nudité de Pan.

« C’est que le dieu se plaît à errer d’un pas rapide au sommet des montagnes escarpées, et à jeter l’alarme parmi les bêtes sauvages. Nu lui-même, il veut que ses ministres le soient: les vêtements embarrassent celui qui veut courir. »

Le Dieu Pan (source)

La seconde, c’est le souvenir d’ancêtres dont la nudité est révélatrice de la force et de la puissance.

« Suivant les traditions, les Arcadiens habitaient la terre avant la naissance de Jupiter; [2, 290] c’était une race plus vieille que la lune. Leur vie était celle des brutes, étrangères à toute culture; multitude grossière et ignorante, qui habitait sous la feuillée, paissait l’herbe des champs, et ne connaissait d’autre boisson que l’eau puisée à deux mains dans les torrents. [2, 295] Aucun taureau ne gémissait à traîner le soc acéré de la charrue; aucun laboureur ne dictait des lois à la terre; on ignorait l’usage du cheval, chacun se portait lui-même; la brebis marchait revêtue de sa toison; les hommes vivaient sous le ciel, nus, [2, 300] habitués à supporter la pluie et les injures de l’air. Maintenant donc, la nudité des Luperques, souvenir des moeurs de nos aïeux, nous donne aussi une idée de leur riche indigence. »

Manuela Caregnato (source)

La troisième part d’une anecdote savoureuse, que je vous livre dans son intégralité, bien qu’elle soit longue.

« Mais pourquoi Faunus, surtout, repousse-t-il tout vêtement? C’est ce que nous apprend une tradition où respire la gaieté antique. [2, 305] Un jour le jeune héros de Tirynthe accompagnait le pas de la reine sa maîtresse; Faunus les aperçut du haut d’une colline, et embrasé aussitôt de mille feux, « Adieu, nymphes des montagnes, s’écria-t-il, adieu; désormais voici celle que je veux aimer. La belle Méonienne marchait, laissant flotter sur ses épaules sa chevelure parfumée; [2, 310] une agrafe d’or brillait à son sein, une ombrelle dorée, que supportait la main puissante d’Hercule, défendait son visage des rayons brûlants du soleil. Ils arrivent au Tmolus, tout planté de vignes, forêts de Bacchus, au moment où l’humide Hespérus attelle ses coursiers noirs. [2, 315] Une grotte les reçoit, toute lambrissée de tuf et de pierre ponce vive; à l’entrée murmurait un ruisseau. Tandis que les esclaves préparent le repas et le vin, Omphale veut revêtir Alcide de sa propre parure. Elle lui donne sa tunique légère, teinte de la pourpre africaine; [2, 320] elle lui donne la délicate bandelette qui naguère lui servait de ceinture; mais celle-ci ne peut suffire à entourer le corps d’Hercule; déjà il a brisé aussi le lien de sa tunique, pour ouvrir un passage à ses robustes mains; ses larges pieds sont emprisonnés dans une étroite chaussure. [2, 325] Omphale, à son tour, saisit la lourde massue, la dépouille du lion, et les traits les moins pesants que renferme le carquois. Ainsi travestis, ils se mettent à table, puis se livrent au sommeil, reposant près l’un de l’autre sur des lits séparés. – Pourquoi? – Ils se préparaient à offrir le lendemain, au point du jour, un sacrifice à l’inventeur de la vigne, [2, 330] et pour cela, ils devaient être purs tous deux.

On était au milieu de la nuit; que n’ose pas l’amour dans son délire? Faunus, à travers les ténèbres, s’avance vers l’antre frais, et voyant les esclaves ensevelis dans l’ivresse et le sommeil, il espère que les maîtres ne dormiront pas moins profondément. [2, 335] Il entre, adultère audacieux, et porte ses pas çà et là; ses mains prudentes le précèdent, et interrogent tout sans bruit. Il arrive au lit désiré; il en a touché les étoffes; jusqu’ici tout semble sourire à ses projets; mais sa main rencontre le poil hérissé du monstre de Némée; [2, 340] il frémit, il s’arrête, et recule saisi de frayeur; ainsi tremble le voyageur à l’aspect du serpent qu’il allait fouler aux pieds. Il sent au lit voisin de doux et fins tissus; il se laisse prendre à ces apparences trompeuses; [2, 345] il monte et se place sur le devant de la couche; la raideur et la dureté de la corne ne seraient que de faibles emblèmes de la violence de ses désirs. Cependant il commence à soulever légèrement la tunique; les jambes qu’elle recouvre sont velues, et tout hérissées d’un poil rude. Il veut aller plus loin; le héros de Tirynthe [2, 350] le repousse du coude; il tombe avec bruit. La reine appelle ses femmes, demande des flambeaux, et les flambeaux qu’on apporte à l’instant éclairent la scène. Le dieu gémit tout meurtri de sa lourde chute, et lève à peine de terre ses membres froissés. [2, 355] Alcide et tous rient du malheur de Faunus; la Lydienne aussi rit de la confusion de son amant.

C’est depuis cette époque que le dieu ne peut souffrir les vêtements perfides qui ont été cause de son erreur; il veut qu’on se présente nu à ses autels. »

Statue de Jacques Gena (source)

La quatrième est toute mignonne, avec ses références à l’amour fraternel.

« Ajoute, ô ma muse, à ces traditions étrangères, une cause du même usage, puisée dans l’histoire du Latium, [2, 360] et que mon coursier vole dans cette carrière où le sol est ferme sous ses pas.

C’était la fête de Faunus, aux pieds de chèvre; une chèvre lui ayant été immolée suivant l’usage, chacun était venu prendre sa part de ce frugal festin. Tandis que les prêtres disposent, pour le repas, les entrailles de la victime, passées dans des broches de saule, [2, 365] Romulus et son frère, avec les jeunes bergers, couraient nus dans la plaine, exposés aux rayons du soleil en ce moment au milieu de sa course. Combattre avec le ceste, lancer au loin, soit le javelot, soit une pierre pesante, tels étaient les jeux où ils faisaient assaut de force et d’adresse. Tout à coup un berger crie du haut de la colline: « Cours sauver tes taureaux, [2, 370] ô Romulus; des voleurs les détournent et te les enlèvent. » Le temps manquait pour s’armer; les deux frères s’élancent dans des directions différentes; c’est Rémus qui fait lâcher prise aux voleurs; il revient, il arrache les viandes qui sifflaient encore devant les brasiers, et s’écrie: « Les vainqueurs seuls en mangeront. » [2, 375] Ainsi fait-il, les Fabiens l’imitent. Romulus arrive trop tard, et ne trouvant plus que des os dépouillés et des tables dégarnies, il sourit, mais regretta que Rémus et les Fabiens eussent été plus heureux que ses Quintiliens. La trace de cet événement subsiste encore: la course sans vêtements [2, 380] consacre le souvenir de l’avantage obtenu par Rémus.« 

Et le poète met en lien la flagellation avec l’enlèvement des Sabines (qui, soit dit en passant, devaient connaître des méthodes de stérilisation et d’avortement pour éviter de procréer pour leurs ennemis).

« [2, 425] Jeune épouse, qu’attends-tu? Ni la vertu des simples, ni les prières, ni les chants magiques ne te feront concevoir. Offre patiemment ton sein aux coups d’une main qui te rendra mère, et bientôt le nom d’aïeul charmera l’oreille du père de ton époux. Il fut un temps où nos Romaines, comme poursuivies par une influence funeste, [2, 430] obtenaient rarement de l’hymen les doux fruits qu’on en espère.

« Que m’a donc servi, s’écriait Romulus (car il régnait alors), que m’a donc servi l’enlèvement des Sabines? Sommes-nous plus puissants? La guerre! voilà tout ce que nous avons gagné avec ces violences. Pour avoir à ce prix des épouses stériles, mieux eût valu s’en passer. [2, 435] Au pied de l’Esquilin, s’élevait, consacré à la grande Junon, un bois que la cognée avait respecté depuis de longues années; tous les couples s’y rendent et fléchissent le genou; ils vont mêler leurs voix suppliantes. Tout à coup, les arbres balancent leurs cimes agitées, et, ô merveille! [2, 440] on entend la déesse parler ainsi au sein de la forêt: « Mères du Latium, qu’un bouc velu vous pénètre!« 

La foule reste muette et consternée à cet oracle mystérieux. Un augure, dont le nom s’est perdu dans la suite des âges, exilé récemment de l’Étrurie, [2, 445] s’avise d’immoler un bouc; il se fait un fouet de la peau de la victime, coupée en lanières, et les femmes, dociles à l’ordre qu’elles en reçoivent, viennent s’offrir à ses coups. La lune ramenait pour la dixième fois dans les cieux son croissant renouvelé: l’époux était devenu père, les épouses avaient enfanté. Grâces te furent rendues, ô Lucine! et c’est ce bois sacré lui-même qui te donna ce nom; [2, 450] ou peut-être vient-il de ce que tu es la déesse à qui nous devons de voir le jour. Sois donc bonne et propice, ô Lucine, à la jeune épouse enceinte; prête-lui ton secours, et qu’elle soit délivrée doucement et à temps du fardeau qu’elle porte dans son sein. »


D’accord, le détour par les Fastes a été longuet, mais avouez que c’est savoureux, non? Et plus drôle et « nature » que les chocolats, les roses et les parfums…

Notez que c’est lors des Lupercales qu’Antoine offrit la couronne à César!

Ces fêtes perdurèrent jusqu’au VIème siècle, et l’on peut penser que, par la suite, le Carnaval joua un rôle partiellement similaire…

L’iconographie concernant ces fêtes et ce qu’elles évoquent est assez importante. Mais je me suis amusée en constatant que les oeuvres picturales, durant des siècles, ne montrent jamais la nudité totale…

Andrea Camassei (source)

Pour terminer, j’ai apprécié le conseil donné par un site que je ne connaissais pas, découvert au moment où j’allais boucler cet article et vous donner un conseil à peu prés identique…

« Fêtez la Saint-Valentin à la manière des fêtes Lupercales

« 14 février, 15 février, c’est la semaine ou jamais pour laisser aller votre imagination débridée en matière amoureuse.

Commencez par envoyer une lettre d’amour à l’élu(e) de votre coeur. Si vous en avez plusieurs envoyez des lettres adaptée en vous aidant de “fabriquez vos lettres d’amour“.

Si vous osez, organisez une fête lupercale chez vous…ou dans la rue et chronométrez le temps que mettront les forces de l’ordre à vous appréhender. »

Un peu de musique dans ce monde absurde…

Je ne sais pas si vous avez fait comme moi hier soir, à savoir vous réjouir d’un programme musical, « pour une fois »!, en début de soirée sur la une, et si vous avez tenté de le suivre jusqu’au bout. Personnellement, je n’y suis pas parvenue, malgré la participation de musiciens célèbres, comme Gauthier Capuçon. Mais même lui n’est pas parvenu à sauver cette émission, et j’oserai même dire que, bien que je sois loin d’être fan de Johny Halliday, sa tentative de substituer son instrument à la voix du chanteur m’a paru pitoyable. Et que dire de Claudio Cappello tentant de reproduire Caruso? Ou encore Dany Brillant singeant Aznavour! Bref, impossible pour moi d’aller plus loin… Sans doute dommage, car la programmation était alléchante, mais le caritatif ne justifie pas la médiocrité.

Ce n’est donc pas de cela que je vous parlerai aujourd’hui, mais d’un air que j’ai entendu par hasard un matin en démarrant ma voiture alors que la radio était branchée sur France Musique. Un air que chantait ma mère, qui jouissait, jeune, d’une voix lui permettant d’interpréter des opéras, opérettes… et chants d’église… Quand j’ai cherché à le retrouver sur le net, je me suis aperçue qu’il avait été interprété, et l’était encore, par des couples parfois improbables. Je vous propose donc en ce matin frigorifique de nous réchauffer au moins le coeur en découvrant quelques-uns d’entre eux.

Avant d’en arriver à l’interprétation, arrêtons-nous sur les paroles.

Belle nuit, ô nuit d’amour,
Souris à nos ivresses,
Nuit plus douce que le jour,
Ô belle nuit d’amour!Le temps fuit et sans retour
Emporte nos tendresses,
Loin de cet heureux séjour
Le temps fuit sans retour.

Zéphyrs embrasés,
Versez-nous vos caresses,
Zéphyrs embrasés,
Donnez-nous vos baisers!
Vos baisers! vos baisers! Ah!Belle nuit, ô nuit d’amour,
Souris à nos ivresses,
Nuit plus douce que le jour,
Ô belle nuit d’amour!
Ah! Souris à nos ivresses!
Nuit d’amour, ô nuit d’amour!
Ah! ah! ah! ah! ah! ah! ah! ah! ah! ah!

Vous avez reconnu – ou pas – les paroles de La Barcarolle (source). Je croyais naïvement (je suis néophyte en opéra!) que c’était un chant d’amour évoquant des plaisirs indicibles, mais ai découvert qu’il n’en est rien, et qu’en réalité elles reliaient au fantastique puisqu’elles avaient été initialement écrites pour Les Fées du Rhin, en tant que Chant des Elfes, qui fut leur premier titre. Nous sommes donc passés du Rhin de légendes au Grand Canal de Venise… Quels écarts! J’ai aussi appris que le terme même « barcarolle » venait de « barque », et que le rythme ternaire de la musique évoquait le balancement des embarcations sur les flots – ce qui m’a fait saisir la plaisanterie d’un des binômes dont je vais vous parler… D’une barque rhénane, nous voici donc transporté-e-s sur une gondole à Venise… pour y rejoindre la courtisane Giuletta, avec qui le Poète tente d’oublier ses amours malheureuses, en compagnie du / de la transgenre de l’histoire, La Muse devenue Nicklausse, le/la même qui, à la fin, le « consolera » (???) par ces mots : « Des cendres de ton cœur, réchauffe ton génie, / Dans la sérénité, souris à tes douleurs ! / La muse apaisera ta souffrance bénie, / On est grand par l’amour, et plus grand par les pleurs ! » (source) – pour ma part je préfère la première option!

Mais revenons à ce qui est le thème de cet article, à savoir les binômes de chanteurs/euses qui ont interprété le « couple » courtisane / Muse déguisée en homme.

Celui que j’ai entendu en ce matin glacé de février, de manière tout à fait inattendue mais bienvenue, était interprété par deux mezzo-soprano, Anne Sofie von Otter et Stéphanie d’Oustrac.

Je ne résiste pas à l’envie d’opposer à leur sérieux lors de l’entrée en scène et du début le « personnage » de Montserrat Caballe, d’abord dans cette représentation de 2011 (elle avait alors 78 ans), mais surtout ses rires et sa connivence avec Marilyne Horne en 1990 – le second étant pour moi un enregistrement inoubliable à tout point de vue. Les deux femmes se connaissent de longue date, je l’ai découvert en lisant la biographie de « La Superba ».

« Le premier succès international de Montserrat Caballé survient en 1965, quand elle remplace Marilyn Horne, enceinte, pour une Lucrezia Borgia en version de concert au Carnegie Hall de New York, où elle fait sensation : le New-York Times titre « Callas + Tebaldi = Caballé » ». (source Wikipedia)

La soprano à la large tessiture et la mezzo-soprano sont nées à la même époque, l’une en 33 et l’autre en 34, et cela fait donc, à ce moment, 25 ans qu’elles se connaissent, ce qui permet de comprendre le véritable « dialogue » de leurs voix.

Très différente, selon moi, la version suivante, chantée par Anna Netrebko (soprano) et Elina Garança (mezzo-soprano). Je suis très partagée à ce sujet. De belles voix, certes, avec une amplitude remarquable, et qui se complètent à merveille. Mais l’air résonne tout autrement… Je les préfère dans la Norma, lors de ce concert.

Bien moins connues, deux jeunes femmes lors d’un concours en Pologne, en 2014 : Julia Pietrusewicz (soprano) et Katarzyna Radon (mezzo-soprano).

J’apprécie l’interprétation plus sobre de Kristina Bitenc (soprano) et Monika Bohinec (mezzo-soprano), bien que la prestation de l’orchestre me plaise moins que les autres – vous remarquerez au passage l’attirance du preneur / de la preneuse de vue pour les jeunes femmes!

Les chanteuses des pays de l’Europe « orientale » (par rapport à la France) sont visiblement attirées par ce morceau, à en juger par leur quantité sur la toile… En voici un autre exemple, avec des « roulades »… Il y a un autre enregistrement du duo, avec un son de piètre qualité, mais remarquable par l’absence d’orchestre. Une autre particularité : Irina (soprano) et Cristina (mezzo-soprano) Lordachescu sont soeurs.

Si vous poursuivez la recherche sur You Tube, Spotify ou autre, vous observerez comme moi la grande variété d’interprétations de ce morceau si bref… D’orchestres et accompagnements musicaux divers, de voix et de « jeux » entre celles-ci, de formes d’appropriation de l’oeuvre aussi…

Je me suis demandé si la Callas avait été enregistrée, chantant cet air. Oui, mais il m’est inaccessible. Si vous êtes abonné-e à Deezer, partagez-le?

Pour finir, une de mes versions préférées, celle de Natalie Dessay et Philippe Jaroussky – mais j’avoue ne pas être totalement impartiale, car je suis fervente admiratrice de ce dernier, comme de beaucoup de contreténors…

Sur le chemin de retour…

Rassurez-vous, je ne ferai pas comme Plus belle la vie, en termes de nombre d’épisodes. Ce n’est qu’un triptyque… dont voici le troisième volet.

Après la quête du grand Cerf, l’arrêt sur images rue Dussoubs, voici donc quelques « observations » sur le chemin qui me ramenait chez moi.

Le Centre Beaubourg fait oeuvre originale, pour marquer la distanciation dans la file d’attente, avec des citations aussi diverses que variées. L’une d’entre elles m’a particulièrement attirée, car elle faisait écho à l’entretien que je venais d’avoir…

Dans une rue voisine, un aubergiste montre autant d’humour que celui de Saint Valéry sur Somme, dont j’ai publié quelques photos de la salle de restaurant vue par la vitrine…

Client-e-s du jour

Le masque est bien évidemment présent!

Boire son cocktail avec un masque…

Mais chez le voisin, c’est toute la tenue qui préfigure peut-être ce que sera la nôtre pour faire face au virus…

Mode 2021

La Seine m’offre à nouveau ses débordements, et les oiseaux se sont emparés des rambardes et des bancs, avec belle vue sur les flots.

Un peu plus loin, des passant-e-s s’interrogent : on y va? on n’y va pas?

On se tâte…
Et on fait demi-tour !

Vitrines

Je vous ai laissé, lors de ma promenade, Passage du Grand Cerf. Or, dans la rue Dussoubs dont je vous ai parlé avant d’y parvenir, je me suis amusée à photographier quelques vitrines qui m’inspiraient…

A défaut de musées…

Obliques

Les commerces de tissus m’ont toujours fascinée…

Fauve dépecé
Empilements
Obliques courbes

… mais j’admire aussi les merceries, où la passementerie me surprend toujours.